Les contractions consécutives du produit intérieur brut (PIB) du Canada au cours des derniers trimestres ont soulevé des préoccupations quant à savoir si l’économie était entrée en récession. Nous ne partageons pas ce point de vue, pas plus que le Conseil du cycle économique de l’Institut C.D. Howe qui est responsable de la datation officielle des récessions au Canada.
L’une des principales raisons pour lesquelles nous ignorons la croissance du PIB est l’importante fluctuation de la croissance démographique au Canada. Cette fluctuation continue de perturber l’interprétation traditionnelle des données. En particulier, la baisse du PIB au cours des deux derniers trimestres a coïncidé avec une baisse de la population, la première depuis les années 1950.
Même si le chiffre total a diminué, la croissance réelle par personne a continué d’augmenter. Cela est important, car les mesures par habitant reflètent mieux l’expérience des ménages et des travailleurs sur le plan économique. Entre 2023 et 2024, le PIB par habitant a reculé de façon persistante, tandis que le PIB global surestimait la santé économique.
C’est maintenant le contraire qui est vrai : le PIB global semble pire que la réalité, tandis que le Canada connaît un début de reprise après un ralentissement amorcé au début de 2023.
Pour évaluer objectivement la situation actuelle, nous examinons les données économiques par rapport à celles des récessions précédentes. Nous avons constaté que, lorsque l’on tient compte des changements dans la croissance démographique, l’économie semble plus être au début d’une phase de reprise que victime d’une contraction marquée et synchronisée typique d’une récession.
Cela dit, des enjeux structurels persistent. La faiblesse des investissements des entreprises, le ralentissement de l’immobilier sur plusieurs années et la hausse du coût de la vie, en particulier pour les Canadiens à plus faible revenu, sont tous des sujets qui méritent une attention particulière. Les risques entourant le conflit au Moyen-Orient et les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada demeurent également élevés, ce qui assombrit les perspectives de l’économie par habitant, qui s’est révélée relativement résiliente jusqu’à présent.
PIB sectoriel par habitant
Les données sur le PIB sectoriel par habitant1 semblent plus résilientes en 2026. La production du secteur des services demeure robuste, soutenue par de solides dépenses des ménages. Les secteurs de production de biens, en particulier le secteur manufacturier, ont montré de la faiblesse en raison des tarifs douaniers américains persistants qui pèsent sur la demande étrangère.
- Les statistiques mensuelles sur la population utilisées pour les données par habitant de l’Enquête sur la population active ont été devancées de deux trimestres afin de tenir compte des méthodes employées pour mesurer l’évolution de la population de résidents non permanents dans l’enquête et de mieux les arrimer aux données démographiques réelles ↩︎
Données sur le marché du travail
Les taux d’emploi et de chômage au Canada reflètent mieux l’expérience par travailleur sur le marché du travail que les données globales sur l’emploi, qui sont fortement faussées par la croissance démographique.
Ces mesures se sont stabilisées au cours de la dernière année plutôt que de se détériorer, dans un contexte de stagnation du marché de l’emploi. La Banque du Canada et nous avons caractérisé ce contexte de « peu d’embauches et peu de licenciements ». Les licenciements permanents ont diminué plus récemment, ce qui contraste avec les replis précédents, notamment en 2023, où ils ont constamment augmenté.
Mesures de la diffusion du PIB
Finalement, une récession est généralement synonyme de contraction profonde, persistante et généralisée de l’activité économique. En ce qui a trait au dernier critère, l’institut C.D. Howe calcule un indice de diffusion qui cherche à mesurer l’ampleur de la contraction du PIB réel dans différents secteurs.
Selon nos calculs, l’indice de diffusion calculé à l’aide des données globales sur le PIB sectoriel laisse entrevoir principalement des fluctuations au cours des dernières années. Toutefois, le même indice calculé à partir du PIB sectoriel réel par habitant montre une forte détérioration en 2023, semblable à celle observée pendant la crise financière mondiale de 2008 et la récession de 2020 liée à la pandémie de COVID-19, suivie d’une reprise persistante au cours des années suivantes.
Ces tendances sont une fois de plus conformes à l’évaluation selon laquelle l’augmentation rapide de la population en 2023 a masqué une activité généralisée plus faible par personne. C’est l’inverse des tendances récentes, où le ralentissement de la croissance démographique pèse sur le PIB global, ce qui cache la résilience économique sous-jacente.
À propos de l’auteur :
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
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