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Le point sur la politique du FOMC – Le dernier acte de M. Powell en plein cœur d’une dissidence croissante

La réunion du FOMC du 29 avril devait être sans conséquence du point de vue des décisions de politique monétaire et symbolique, car il s’agissait probablement de la dernière réunion de M. Powell en tant que président de la Fed après huit ans à ce poste. Ce qui a attiré le plus l’attention, ce n’est pas la décision elle-même – la Fed, comme on s’y attendait, a maintenu le taux des fonds fédéraux de 3,50 % à 3,75 %, mais la dissidence croissante au sein du FOMC, ainsi que l’annonce inattendue du président Powell selon laquelle il entend rester en tant que gouverneur. « Après la fin de mon mandat à la présidence, le 15 mai, je continuerai d’être gouverneur pour une période qui reste à déterminer. » Le président Powell a reconnu que son intention initiale était de prendre sa retraite, mais les préoccupations entourant l’indépendance de la Fed l’ont incité à faire ce choix.

L’enquête du ministère de la Justice sur le président Powell a été abandonnée, ce qui ouvre la voie au Comité sénatorial des banques pour faire progresser la nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed. Mais M. Warsh, une fois confirmé, fait face à un FOMC de plus en plus divisé, qui reste préoccupé par l’indépendance de la Fed. M. Powell a insisté sur la nécessité d’une banque centrale indépendante, qui agit selon le consensus et non la politique :

« La politique monétaire sera conçue par… 19 personnes.  Il y a beaucoup de stabilité là-dedans.  Si vous y réfléchissez, chaque nouveau président fédéral se trouve dans la même situation, c’est-à-dire que vous avez 18 collègues au FOMC.  Onze votes chaque année.  Et votre travail consiste à créer un consensus. »

La décision d’avril a fait l’objet de quatre voix dissidentes – le plus grand nombre de voix à n’importe quelle réunion depuis 1992 – trois des quatre membres du comité réclamant la suppression du biais d’assouplissement de la déclaration. Ce qui est important, c’est qu’il s’agit d’une approche plus neutre pour la Fed, qui correspond mieux à notre interprétation de l’économie américaine. En effet, nous avons soulevé des risques à la hausse tant pour la croissance que pour l’inflation, mais jusqu’à cette réunion, le précédent « biais de faiblesse » de la Fed ne correspondait pas à notre vision d’un marché du travail toujours serré. Comme M. Powell l’a fait remarquer dans la conférence de presse :

« Le taux de chômage est de 4,3 %. C’est donc un faible taux. C’est assez proche des estimations courantes du taux naturel. Nous en sommes là depuis longtemps. »

Et les divergences sont importantes, car elles suggèrent des risques plus bilatéraux, notamment parce que le contexte de l’inflation semble de plus en plus persistant. La Fed fait face à un choc énergétique important qui s’ajoute aux répercussions tarifaires qui ne se sont pas encore pleinement concrétisées. Pour la Fed, cela signifie qu’elle devra rester attentiste et voir comment les conséquences de ces deux situations se manifesteront dans les données sur l’inflation :

« Nous travaillons depuis longtemps selon l’hypothèse que les tarifs entraîneraient une augmentation de prix ponctuelle qui disparaîtrait avec le temps. En d’autres termes, il n’y aurait pas d’autres changements… l’inflation mesurée ne refléterait pas ce niveau plus élevé qui augmente de plus en plus… nous nous attendons vraiment à ce que cela se produise au cours des deux prochains trimestres. Nous surveillons donc attentivement pour voir ce que nous avons toujours pensé qui se passerait. C’est l’élément essentiel des prévisions. Nous devons vraiment voir cela. C’est difficile à dire en tenant compte de l’énergie. »

En termes simples, le virage vers les risques bilatéraux est mieux aligné qu’un biais d’assouplissement seulement, compte tenu des attentes de hausse de l’inflation.

De nombreux chocs ont été évoqués dans la presse, y compris les confinements liés à la Covid, les chocs de la chaîne d’approvisionnement, la crise bancaire régionale, les perturbations commerciales et les multiples conflits géopolitiques, qui ont tous peu affecté la croissance de l’économie américaine. Plus récemment, l’économie américaine a fait preuve d’une résilience perpétuée face à des taux plus élevés, à des répercussions tarifaires et à un choc des prix du pétrole qui demeure le risque le plus redoutable. Le contexte demeure positif au niveau des consommateurs, bien qu’il soit de plus en plus porté par les ménages à revenu élevé.

Dans l’avenir, tant que le taux de chômage demeurera stable, les consommateurs auront un revenu à dépenser, avec l’avantage supplémentaire des retours d’impôts qui servent de tampon à la hausse des prix de l’énergie. De plus en plus, de nombreux consommateurs plus âgés et plus riches ne comptent pas sur les revenus salariaux pour alimenter leur consommation, mais plutôt sur les revenus de retraite – sécurité sociale, loyer et dividendes – qui ont tous dépassé la croissance des salaires ces dernières années. En outre, les investissements des entreprises devraient s’accélérer, en partie en raison de la demande de centres de données et des avantages de l’amortissement accéléré grâce à la OBBBA.

La Fed voit cet élan dans les données, et il est difficile de justifier d’autres réductions lorsqu’elle décrit le contexte économique américain comme tel :

« La croissance est vraiment solide dans l’ensemble de notre économie. Cela s’explique en partie par le fait que les dépenses des consommateurs se maintiennent assez bien. Les données les plus récentes sont bonnes. L’autre aspect est une demande en apparence insatiable pour les centres de données partout aux États-Unis. Il y a donc beaucoup d’investissements des entreprises dans la construction de centres de données et aucune raison de penser que cela va changer. Vous avez donc une économie qui croît de 2 % ou plus. Le PDFD, c’est-à-dire les achats privés intérieurs, qui est vraiment un meilleur signal de l’élan de l’économie, est plus élevé que cela. C’est donc une bonne chose. »

Depuis la réunion de mars, nous avons vu les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les données de l’inflation globale, tandis que la mesure préférée de la Fed de l’inflation, les DPC de base, reste figée. Même si la Fed se concentre sur les DPC de base, qui connaîtront probablement une légère reprise à mesure que les répercussions tarifaires atteignent leur sommet, les prix de l’essence continueront d’influencer de façon significative les attentes d’inflation des consommateurs. De l’autre côté du mandat, le résultat positif du rapport sur le travail de mars a inversé les pertes nettes d’emplois en février. Et bien que l’économie américaine n’ait créé qu’environ 90 000 emplois au cours des six derniers mois, le taux de chômage est demeuré stable à 4,3 %. 

Comme le président Powell l’a dit à maintes reprises, il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude où se situe le taux neutre, mais il a réitéré son point de vue selon lequel le taux directeur demeure à un bon niveau, c’est-à-dire dans les hautes strates de la neutralité. Et dans le contexte d’une économie en croissance, d’un marché du travail stable et d’une inflation persistante, la Fed devra demeurer attentiste :

« Nous croyons vraiment que notre taux directeur est en bonne position.  Si nous devons le relever, nous le signalerons certainement et nous le ferons assurément.  Si nous devons le réduire, s’il y a lieu de le faire, nous indiquerons le contraire.  Je pense que, parce que nous avons l’impression d’être bien placés pour aller dans un sens ou dans l’autre, personne ne demande une hausse en ce moment.  Tout dépendra donc de l’évolution de la situation. »


À propos des auteurs :

Mike Reid est chef, Services économiques RBC – États-Unis. Il est chargé d’établir les perspectives économiques de RBC pour les États-Unis, de commenter les indicateurs macroéconomiques et de rédiger des analyses concernant le contexte économique.

Carrie Freestone est économiste principale aux États-Unis à RBC et membre de l’équipe des Services économiques aux États-Unis à RBC Marchés des Capitaux. Elle est responsable de prévoir les principaux indicateurs clés américains, notamment le PIB, l’emploi, les dépenses de consommation et l’inflation aux États-Unis. Elle contribue également aux commentaires sur la conjoncture économique aux États-Unis qu’elle transmet aux clients au moyen de publications, de présentations et par l’intermédiaire des médias.

Imri Haggin est économiste à RBC Marchés des Capitaux, où il se concentre sur la recherche thématique. Ses travaux antérieurs portaient sur la dynamique du crédit à la consommation et la modélisation des liquidités, et mettaient l’accent sur l’utilisation des données pour comprendre les comportements.


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