Comme beaucoup s’y attendaient, le FOMC a maintenu son taux directeur lors de sa réunion de juin. Toutefois, la décision de ce mois-ci s’accompagne d’une préoccupation croissante à l’égard de la trajectoire de l’inflation. Trois membres ont voté contre la décision de maintenir la fourchette cible et ont indiqué qu’ils préféraient augmenter les taux d’intérêt lors de cette réunion. En effet, le conflit au Moyen-Orient a de nouveau été mentionné comme contribuant à l’incertitude élevée à l’égard de l’économie. Et, même si elle n’a été mentionnée que brièvement, la mise en œuvre d’une nouvelle série de tarifs douaniers présente un autre risque pour le contexte d’inflation persistante qui pèsera sur la Fed. Fait important, celle-ci continue de mettre l’accent sur le retour de l’inflation à sa cible de 2 %, ce qui laisse entrevoir une probabilité croissante que des hausses soient possibles avant la fin de l’année. De toute évidence, les commentaires formulés par le président Warsh lors de la conférence de presse donnent à penser que des hausses de taux ne peuvent être écartées :
« Si vous tentiez d’imposer l’idée qu’il s’agit d’une pause, je dirais que les prix sur les marchés financiers indiqueraient plutôt le contraire. Les prix des marchés financiers, pendant cette période intermédiaire, n’ont pas fait de pause. Ils ont réagi aux données sur l’inflation dans une direction, à la forte croissance économique dans une autre, et les taux nominaux et réels ont augmenté. La Fed a-t-elle modifié explicitement son taux directeur aujourd’hui? Non, mais je pense que c’est le début et non la fin de l’histoire. »
Alors que la Fed évalue la deuxième moitié de l’année qui approche, et s’il y a lieu ou quand relever les taux, nous nous attendons à ce que la banque centrale soit confrontée à la réalité de l’inflation comme étant un problème persistant.
Un faux sentiment de sécurité sur la trajectoire de l’inflation
Même si juin a été un bref répit pour les données de l’IPC et de l’IPP, si le président Warsh est stressé par l’inflation maintenant, nous nous attendons à ce qu’il ressente davantage la pression dans les prochains mois. La nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient et l’introduction de nouveaux droits de douane signifient qu’il est peu probable que des pressions déflationnistes apparaissent. Selon nos propres perspectives, l’IPC de base demeure confiné dans une fourchette de 2,6 % à 2,8 % jusqu’à la fin de l’année, mais il y a des risques de hausse. Si nous avons raison, la Fed devra composer avec une autre année d’inflation de base supérieure à sa cible de 2 %.
En plus des données sur l’inflation non coopératives d’un mois à l’autre, la Fed est confrontée à deux défis dans l’évaluation du signal d’inflation généré par les perturbations :
premièrement, les pressions inflationnistes sont étendues et ne se limitent pas aux secteurs touchés par le conflit au Moyen-Orient ni aux droits de douane. Près de 40 % du panier de l’IPC affiche des hausses de prix supérieures à 3 % sur 12 mois, ce qui comprend de nombreux services et la plupart des articles que les consommateurs achètent régulièrement, y compris la nourriture, le loyer, l’électricité et les services aux enfants.
Deuxièmement, la Fed doit composer avec les pressions structurelles du côté de l’offre sur l’inflation et déterminer le type d’inflation qui justifie le plus une réaction sur le plan de la politique monétaire. Le président Warsh a mentionné l’un de ces facteurs en particulier : la demande insatiable d’investissements dans l’IA, une tendance qui ne devrait pas reculer au cours des prochains mois.
Comme il l’a souligné :
« La caractéristique la plus frappante de l’économie est la forte croissance des investissements des entreprises. L’essor des dépenses en immobilisations dans le secteur de la haute technologie a été remarquable, mais cela ne facilite pas nécessairement le rôle de la Fed. »
Les consommateurs restent préoccupés par le niveau des prix
Par ailleurs, il est probable que les consommateurs n’évaluent pas les pressions sur le coût de la vie en fonction des variations d’une année à l’autre, mais en fonction de la hausse des prix qui les a frappés depuis la pandémie.
L’inflation a ralenti cette année, mais les prix ont augmenté de près de 30 % depuis janvier 2020. Les biens de consommation de base, y compris les aliments et les loyers, ont augmenté de 34 % et de 33 %, respectivement, pendant la même période. Plus récemment, les prix du pétrole ont fait volte-face : ils ont progressé de près de 5 % depuis la réunion de juin, et les prix de l’essence risquent d’osciller autour du niveau psychologiquement important de 4 $ le gallon.
Le marché de l’emploi étant solidement ancré, de nombreux consommateurs ont été en mesure de suivre le rythme, mais certainement pas tous. La confiance des consommateurs demeure près de creux records et une divergence croissante dans l’économie en forme de K donne à penser qu’une part de plus en plus importante de consommateurs accusent du retard par rapport à l’inflation. De fait, le FOMC continue de mettre l’accent sur le retour de l’inflation à sa cible, mais reconnaît qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir :
« Aucun de mes collègues du FOMC ne se fait d’illusion. Nous avons commencé un nouveau chapitre et nous comprenons que les cinq années et plus d’inflation supérieure à la cible ne peuvent être corrigées en neuf semaines ou par une seule baisse modérée des prix. »
Si le FOMC est véritablement préoccupé par l’inflation passée et future, le nouveau président de la Fed, M. Warsh, devra consacrer les prochaines réunions du comité à expliquer pourquoi il demeure si déterminé à s’attaquer à l’inflation, en maintenant la politique monétaire sur la touche… ce qui est clairement problématique.
La volatilité des prix des aliments demeure un risque clé dans les perspectives à l’égard de l’inflation.

À propos des auteurs :
Mike Reid est chef, Services économiques RBC – États-Unis. Il est chargé d’établir les perspectives économiques de RBC pour les États-Unis, de commenter les indicateurs macroéconomiques et de rédiger des analyses concernant le contexte économique.
Carrie Freestone est économiste principale aux États-Unis à RBC et membre de l’équipe des Services économiques aux États-Unis à RBC Marchés des Capitaux. Elle est responsable de prévoir les principaux indicateurs clés américains, notamment le PIB, l’emploi, les dépenses de consommation et l’inflation aux États-Unis. Elle contribue également aux commentaires sur la conjoncture économique aux États-Unis qu’elle transmet aux clients au moyen de publications, de présentations et par l’intermédiaire des médias.
Imri Haggin est économiste à RBC Marchés des Capitaux, où il se concentre sur la recherche thématique. Ses travaux antérieurs portaient sur la dynamique du crédit à la consommation et la modélisation des liquidités, et mettaient l’accent sur l’utilisation des données pour comprendre les comportements.
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