L’Enquête sur les perspectives des entreprises du troisième trimestre met en lumière le compromis de plus en plus délicat entre croissance et inflation auquel fait face la Banque du Canada avant sa prochaine décision de politique monétaire.
Les conditions des entreprises se sont généralement améliorées jusqu’au début août, mais les données recueillies après l’échec des négociations commerciales Canada-États-Unis du 21 août ont révélé un nouvel affaiblissement de la confiance, des exportations et des investissements, accompagné d’une hausse des attentes d’inflation.
Les attentes d’inflation à un à deux ans des entreprises avaient reculé entre mai et août, à mesure que les prix du pétrole et l’incertitude commerciale se modéraient, mais elles ont rebondi en septembre, revenant près des sommets du printemps, alors que les tendances s’inversaient.
Fait préoccupant, la moitié des entreprises sondées, davantage que le trimestre précédent, prévoient de transférer leurs hausses de coûts aux clients. La stabilisation de la demande et le désir des entreprises de regagner des marges comprimées alimentent aussi ce mouvement.
La probabilité d’une hausse du taux de la BdC en octobre a augmenté considérablement au cours de la fin de semaine, à la suite des commentaires fermes du gouverneur Macklem. Toutefois, les données de l’IPC de septembre publiées ce matin montrent que les mesures d’inflation sous-jacente s’établissent en moyenne à 1,9 %, tandis que l’enquête distincte auprès des consommateurs suggère des intentions de dépenses plus faibles dans les mois à venir.
Nous continuons de considérer la reprise économique fragile comme le principal contrepoids aux risques d’inflation accrus, et anticipons de la prudence de la BdC, surtout alors que la montée des rendements obligataires resserre déjà les conditions financières et alourdit les coûts d’emprunt pour les entreprises et les ménages.
Les risques liés à notre hypothèse de base, qui prévoit qu’il n’y aura pas de hausse des taux jusqu’en 2027, penchent vers des mouvements plus précoces, possiblement dès la décision de la semaine prochaine.
La confiance des entreprises s’est détériorée après l’échec des négociations commerciales
La confiance des entreprises et les perspectives de ventes s’étaient améliorées jusqu’au 21 août après s’être détériorées au deuxième trimestre, reflétant des vents contraires externes moins forts, une demande des consommateurs un peu plus robuste pour les produits abordables et le tourisme, ainsi que le soutien continu des dépenses publiques en infrastructures et en défense. La part des entreprises qui prévoient une récession au cours des 12 prochains mois est passée de 17 % à 6 %, son plus bas niveau depuis 2023.
Cependant, les trois quarts des réponses ont été recueillis avant la rupture des négociations commerciales. Les entreprises sondées après le 21 août ont rapporté une confiance nettement plus faible, des attentes d’exportations réduites et des attentes d’inflation plus élevées. Elles s’adaptent aux droits de douane par des modifications de chaîne logistique, des gains d’efficacité, une diversification des marchés d’exportation et, dans certains cas, une réduction de capacité.
Les plans d’investissement sont solides, mais la demande d’embauche demeure faible
Les intentions d’investissement se sont légèrement atténuées au troisième trimestre, mais demeurent solides. Les perspectives sont solides dans les secteurs des ressources naturelles, soutenues par une forte demande et des prix élevés des produits de base. Dans l’ensemble des secteurs, les entreprises prévoient investir davantage dans les technologies numériques et l’automatisation intégrant l’IA. Les intentions d’investissement ont encore reculé selon les données recueillies après le 21 août.
Les intentions d’emploi demeurent faibles et inférieures aux moyennes historiques. La plupart des entreprises prévoient des effectifs inchangés, invoquant une capacité suffisante. Une plus grande proportion d’entreprises ont signalé des difficultés en matière d’embauche, les pénuries étant principalement concentrées dans les métiers qualifiés et les postes techniques spécialisés dans les régions rurales, et certaines ont établi un lien avec les changements aux politiques d’immigration. Néanmoins, les signalements de pénuries de main-d’œuvre contraignantes sont restés globalement inchangés et inférieurs aux niveaux historiques au troisième trimestre.
La moitié des entreprises prévoient transférer les augmentations de coûts au troisième trimestre
La capacité suffisante de main-d’œuvre concorde avec les attentes de croissance des salaires qui demeurent près des moyennes historiques, inchangées depuis le milieu de 2024. Environ la moitié des entreprises, davantage que le trimestre précédent, prévoient transférer une partie ou la totalité de leurs hausses de coûts aux clients, reflétant non seulement les pressions d’approvisionnement, mais aussi des conditions de demande améliorées et des efforts pour regagner des marges comprimées par les augmentations de coûts antérieures.
Les attentes d’inflation à court terme des entreprises sont restées en deçà des niveaux élevés d’avril jusqu’en juillet et août, mais ont fortement augmenté en septembre, à 3,7 % sur un an et 3,1 % sur deux ans. Les attentes sur cinq ans sont demeurées à peu près inchangées. Fait préoccupant, près d’un quart des entreprises ont déclaré qu’il était « trop difficile de dire » quand l’inflation reviendra à 2 %, reflétant une incertitude accrue.
Les attentes d’inflation des consommateurs à court terme sont demeurées peu changées, mais toujours élevées. Fait nouveau au troisième trimestre, les attentes à plus long terme (sur cinq ans) ont augmenté considérablement pour correspondre aux attentes élevées à court terme, principalement en raison de la guerre en cours au Moyen-Orient.
Les intentions de dépenses des consommateurs s’affaiblissent malgré une meilleure santé financière
Les intentions de dépenses de consommation ont légèrement reculé, même si la perception de la santé financière s’est améliorée grâce à la hausse des valeurs d’actifs et à une confiance accrue dans le marché du travail. Les prix élevés et l’incertitude économique demeurent les principaux obstacles aux dépenses. Près de la moitié des consommateurs croient que les effets les plus graves des tensions commerciales sont encore à venir et prévoient reporter leurs achats importants. Les intentions de dépenses étaient également plus faibles parmi les ménages qui s’attendaient à une hausse de l’inflation causée par le conflit au Moyen-Orient.
Les perceptions du marché du travail se sont légèrement améliorées, mais demeurent inférieures à la moyenne au troisième trimestre, en partie en raison de la vigueur des secteurs des ressources naturelles. Les travailleurs des secteurs exposés au commerce rapportaient de meilleures conditions avant la reprise des tensions fin août, mais les inquiétudes liées aux pertes d’emploi demeurent élevées.
L’adoption de l’IA s’accélère parmi les entreprises et les travailleurs
Enfin, les entreprises de tous les secteurs investissent de plus en plus dans l’automatisation intégrant l’IA afin d’améliorer l’efficacité et de compenser les coûts plus élevés, ce qui leur permet de répondre à l’augmentation de la demande sans accroître leurs effectifs. Les travailleurs des secteurs à risque élevé de remplacement de tâches par l’IA continuent toutefois de rapporter des perceptions plus faibles du marché du travail et une confiance réduite dans leur capacité à trouver un autre emploi.
Environ 40 % des travailleurs utilisent maintenant l’IA au travail, principalement des outils d’IA générative, habituellement trois à quatre jours par semaine pendant moins d’une heure chaque jour. Malgré une utilisation active modeste, les gains de productivité sont importants : les travailleurs estiment qu’ils auraient besoin d’environ cinq heures supplémentaires par semaine pour accomplir le même travail sans IA. Un peu moins d’un cinquième des non-utilisateurs s’attendent à commencer à utiliser l’IA au cours des 12 prochains mois.
À propos de l’auteur :
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
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