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La solide croissance canadienne permet de faire face à des difficultés liées aux tarifs douaniers

L’économie canadienne a fortement rebondi au deuxième trimestre. Les embauches ont repris, contribuant à faire baisser le taux de chômage. La demande intérieure est demeurée résiliente, tandis que les échanges commerciaux nets se sont redressés après un premier trimestre morose.

Les menaces tarifaires de l’article 338 des États-Unis ne feront pas dérailler la croissance globale au Canada. Lesdites menaces visent une base limitée de produits canadiens. Par conséquent, l’incidence sur les régions et les secteurs de production ciblés sera plus importante.

À l’échelle mondiale, les taux tarifaires généraux aux États-Unis ont continué de baisser, ce qui cadre avec nos perspectives d’une économie américaine résiliente qui profite des grandes constructions d’infrastructures et des dépenses publiques.

On s’attend toujours à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) maintienne ses taux cette année (et l’an prochain), même si l’inflation persistante laisse entrevoir des risques entourant ce scénario de base, lesquels pourraient nécessiter un relèvement des taux par la Fed.

La Banque du Canada est plus encline à maintenir ses taux inchangés en raison des signes de raffermissement de l’économie et de ralentissement de l’inflation de base. Nous nous attendons à des hausses modérées en 2027 si ces tendances se poursuivent.


La dernière série de menaces tarifaires américaines au titre de l’article 338 vise environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, notamment des produits tels que les matières plastiques, les vêtements et le matériel électrique.

Si elles sont mises en œuvre, ces mesures auront une incidence importante sur la demande de produits ciblés, mais leur ampleur sur nos prévisions globales devrait être moindre. Cela est conforme aux autres mesures visant spécifiquement certains produits jusqu’ici qui ont eu des effets prononcés, mais ciblés, sur l’économie canadienne.

Dans l’ensemble, nous estimons que 0,4 % du PIB et des emplois du Canada (selon les plus récentes données sur la valeur ajoutée des exportations de 2024) seraient directement touchés (voir ci-dessous pour plus de détails sur les spécificités sectorielles).

La politique tarifaire des États-Unis demeure une importante source d’incertitude, mais les données économiques au Canada s’améliorent dans tous les domaines.

La croissance du PIB réel au deuxième trimestre est nettement supérieure à nos prévisions antérieures, soutenue par la résilience des dépenses intérieures des ménages, des entreprises et des gouvernements, ainsi que par la reprise des échanges commerciaux nets dans le secteur de l’automobile, après la faiblesse observée au premier trimestre. L’activité dans le secteur de l’habitation a repris et le marché de l’emploi s’est également amélioré, le taux de chômage ayant diminué.

La principale question est de savoir dans quelle mesure la vigueur du deuxième trimestre se poursuivra. Les données du début de juillet, y compris l’augmentation des dépenses de consommation (Cet article est uniquement disponible en anglais.) et une hausse notable du nombre total d’heures travaillées, soutiennent notre optimisme prudent selon lequel l’économie continuera de croître tant globalement que par habitant jusqu’à la fin de 2026.

L’amélioration graduelle de l’économie et du marché du travail devrait être suffisante pour que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés jusqu’en 2026, avant que la diminution de la capacité excédentaire de l’économie n’incite à des hausses de taux modérées en 2027.

Les droits de douane américains continuent de diminuer en vertu des mesures prévues à l’article 301

Au risque de nous répéter, les récentes modifications tarifaires — notamment le passage des droits de douane au titre de l’article 122, désormais arrivés à expiration, aux mesures au titre de l’article 301 — devraient tout de même se traduire, dans l’ensemble, par une baisse des droits de douane américains, et non par une hausse.

Il est important de noter que les nouveaux droits de douane imposés en vertu de l’article 301, comme leur prédécesseur de l’article 122, s’appliquent à une gamme beaucoup plus restreinte d’importations que les tarifs généraux initiaux de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). Ils excluent une longue liste de produits de l’annexe II de l’annonce (représentant plus de 50 % des importations américaines en 2025), les importations déjà soumises aux droits de douane imposés en vertu de l’article 232 (20 % des importations américaines en 2025) et les importations en provenance du Canada et du Mexique conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Ainsi, environ le quart des importations totales est soumis aux droits imposés en vertu de l’article 301. Les droits de douane envisagés au titre de l’article 338 viendraient s’ajouter aux droits de douane existants, mais de manière très marginale, puisque le taux de 50 % ne concerne que 0,5 % du total des importations américaines en provenance du reste du monde.

L’atténuation des obstacles liés aux tarifs douaniers demeure globalement conforme à nos attentes selon lesquelles la forte croissance aux États-Unis, soutenue par des dépenses publiques structurellement importantes, persistera. La Fed doit encore déterminer si les taux d’intérêt actuels sont suffisamment restrictifs pour maintenir la pression sur l’inflation et la ramener à la cible de 2 %.

Il est difficile de répondre à cette question, ce qui oblige la Fed à s’appuyer davantage que d’habitude sur les données pour prendre ses décisions à court terme. De plus, les marchés ont été ébranlés lorsque le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a brusquement mis fin à ses indications prospectives et a cessé toute communication de la Fed concernant sa fonction de réaction.

Les données récentes laissent entrevoir un marché du travail tendu aux États-Unis, malgré des baisses inattendues de l’emploi qui reflètent en partie les changements démographiques. L’inflation hors énergie a connu un certain ralentissement en juin et juillet, ce qui devrait suffire à inciter la Fed à maintenir ses taux inchangés pour l’instant, même si cette situation reste délicate. En effet, la tendance haussière reste bien réelle et pourrait encore se concrétiser cette année si l’inflation s’inversait et reprenait de la vigueur.

  • Nous avons revu à la hausse la croissance annualisée du PIB du Canada au deuxième trimestre de 2026 de 1,7 % à 3,4 % selon les premières données mensuelles sur le PIB. Cela a fait passer le taux de croissance annuel prévu de 0,7 % à 0,9 %, ce qui représente toujours une accélération par rapport à 2025, une fois prises en compte les baisses sans précédent de la population canadienne.

  • Les données mensuelles sur le PIB ont été très sujettes à révision, mais elles sont cohérentes avec les données sur les dépenses montrant de solides augmentations des dépenses et des investissements dans l’ensemble des ménages, des entreprises et des gouvernements canadiens au deuxième trimestre, ce qui a soutenu le rebond du PIB.

  • Les prévisions du PIB et du taux de chômage aux États-Unis ont peu changé. La croissance au troisième trimestre a été légèrement plus forte (de 2,1 % à 2,4 % annualisée) et le taux de chômage a légèrement diminué. Dans l’ensemble, l’économie devrait croître à un rythme semblable en 2026 qu’en 2025, à un rythme tout juste supérieur à 2 %, le taux de chômage oscillant autour de creux historiques.

  • La courbe des taux aux États-Unis devrait demeurer plus accentuée que prévu. L’écart entre les taux des obligations du Trésor à 2 ans et à 10 ans devrait se situer en moyenne à 60 points de base pour le reste de 2026, avant de se resserrer en 2027.

2,25%

0 pb en juil. 2026

0 bps

sept. 2026

Comme beaucoup s’y attendaient, la Banque du Canada a maintenu son taux de financement à un jour à 2,25 % en juillet, tout en se montrant globalement satisfaite du maintien du taux directeur à son niveau actuel. Les prévisions révisées ont largement reflété les nôtres, s’attendant à ce que la capacité excédentaire soit lentement absorbée à mesure que la croissance du PIB s’accélérera au-delà de son potentiel. Les données publiées depuis la réunion ont généralement été positives, ce qui soutient notre prévision que la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés en 2026.

3,5-3,75%

0 pb en juil. 2026

0 bps

sept. 2026

En juillet, la Fed a maintenu ses taux inchangés, trois membres s’étant prononcés en faveur d’une hausse, et n’a apporté aucune modification notable à son communiqué. Lors de la conférence de presse, le président Warsh a à plusieurs reprises manqué l’occasion de présenter un cadre cohérent pour atteindre l’objectif d’inflation, ce qui a suscité des inquiétudes quant à sa crédibilité. L’assouplissement récent de l’inflation devrait être suffisant pour inciter la Fed à maintenir ses taux inchangés, mais le Federal Open Market Committee (FOMC) surveillera probablement de près les données sur l’inflation à court terme.

3,75%

0 pb en juil. 2026

0 bps

sept. 2026

Le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à 6 voix contre 3 pour le maintien du taux directeur à 3,75 % en juillet. Le gouverneur Andrew Bailey a déclaré que l’effet inflationniste de second ordre lié à la hausse des prix de l’énergie restait préoccupant, mais il a également, lors de la conférence de presse, réfuté les anticipations selon lesquelles la Banque d’Angleterre « se dirigeait vers une hausse des taux ». Nous nous attendons toujours à ce que la Banque maintienne son taux directeur à 3,75 % en 2026 et 2027.

2,25%

0 pb en juil. 2026

+25 bps

sept. 2026

Comme beaucoup s’y attendaient, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux à 2,25 % en juillet. La conférence de presse et le communiqué comportaient à la fois des éléments « conciliants » et « fermes », qui se sont globalement contrebalancés. Compte tenu de l’incertitude sur les marchés de l’énergie, nous avons du mal à accorder trop d’importance aux éléments légèrement conciliants et nous continuons de prévoir une autre hausse de taux en septembre. Le risque est que la BCE aille plus loin.

4,35%

0 pb en août 2026

 0 bps

sept. 2026

La Banque centrale de réserve d’Australie a maintenu son taux de financement à un jour inchangé à 4,35 % en août et a mis en garde les investisseurs contre les risques d’inflation. Les projections économiques révisées ont toutefois montré un ralentissement de la croissance, une capacité excédentaire croissante sur le marché de l’emploi et des consommateurs privilégiant l’épargne aux dépenses. Dans l’ensemble, nous ne voyons rien dans les prévisions qui nécessiterait un resserrement supplémentaire et nous nous attendons toujours à ce que ce taux de 4,35 % soit le sommet du cycle actuel.

Détails techniques à l’article 338 sur les tarifs douaniers :

La date limite fixée pour les dernières menaces américaines de droits de douane au titre de l’article 338 (le 19 août) approche à grands pas. Dans la précédente publication, nous avons parlé des six principaux points à retenir pour le Canada. En fin de compte, si les tarifs douaniers sont imposés, ils auront une incidence importante sur les secteurs et les régions producteurs, mais une incidence plus gérable sur l’ensemble de l’économie, car ils ne couvrent que 5 % des exportations canadiennes aux États-Unis.

À l’aide d’un tableau de correspondance entre le tarif douanier harmonisé pour et le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), nous avons ensuite mis en correspondance les produits figurant sur les listes tarifaires avec les secteurs directement concernés, puis nous avons croisé les données sur le commerce américain par secteur avec les statistiques canadiennes sur les exportations en valeur ajoutée afin d’estimer l’incidence potentielle sur la production et l’emploi dans chacun de ces secteurs, ainsi que sur l’économie dans son ensemble.

Dans l’ensemble, notre cadre donne à penser que les nouveaux droits de douane auront une incidence sur environ 0,4 % du PIB et des emplois à valeur ajoutée totaux du Canada, mais qu’ils pourraient nuire à environ 20 % de la production et des emplois dans les industries manufacturières ciblées, comme la fabrication de vêtements, de cuir et de produits analogues (SCIAN 316), fabrication de matériel et d’appareils électriques (SCIAN 335) et fabrication de textiles et de produits textiles en usine (SCIAN 313).



Les producteurs canadiens auraient du mal à trouver d’autres marchés d’exportation pour ces produits (en raison de la concentration relativement élevée des exportations vers les États-Unis par le passé), mais ils pourraient chercher à compenser cette perte sur le marché intérieur.

En effet, non seulement ces produits détiennent une part plus importante du marché intérieur que certains des biens ciblés précédemment, comme l’automobile, les métaux et le bois d’œuvre, le Canada affiche également un petit déficit commercial pour les produits figurant sur les nouvelles listes tarifaires avec les États-Unis, puisqu’il importe plus qu’il n’exporte. Cela donne à penser que les acheteurs canadiens pourraient remplacer une partie de la demande étrangère en achetant davantage sur le marché national plutôt qu’à l’étranger.


À propos de l’auteur :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


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