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La récente entente de principe d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta fixe un objectif de réduction de 75 % des émissions de méthane de pétrole et de gaz d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2014.1 Cela pourrait s’avérer déterminant pour les ambitions climatiques du pays : le méthane a environ 80 fois plus d’incidence sur le réchauffement que le CO₂, sur une période de 20 ans, et représente près d’un quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur, ce qui en fait l’un des leviers les moins coûteux et les plus percutants pour les avancées liées au climat à court terme.

Pour les producteurs de pétrole et de gaz, la mesure et l’analyse du rendement des émissions de méthane offrent maintenant une plus grande souplesse sur le plan de la mise en œuvre, mais avec la vérification au premier plan.

Dans de nombreux cas, les entreprises du secteur du pétrole et du gaz sont déjà en place et comprennent plusieurs technologies clés de réduction des émissions de méthane, notamment : 

  • Unités de récupération de vapeur qui captent le gaz de réservoirs d’entreposage qui autrement serait libéré dans l’atmosphère ;

  • Systèmes pneumatiques à faible purge qui éliminent les émissions de méthane courantes provenant des instruments de contrôle des vannes et des pompes ;

  • Remplacements de joint d’étanchéité de compresseur pour prévenir les fuites des appareils sous pression ;

  • Leak detection and repair programs that use optical gas imaging and continuous monitors to find and tackle fugitive emissions.

Ensemble, ces technologies pourraient réduire les émissions de plus de trois millions de tonnes par année, soit l’équivalent d’environ 1 % des émissions annuelles en Alberta.2 La province a déployé ces technologies à grande échelle. Depuis 2019, l’Alberta a investi 172 millions de dollars dans la technologie de réduction du méthane, incluant l’installation de plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou à purge nulle. Les résultats sont tangibles : les programmes financés par le gouvernement ont permis d’éviter le rejet d’environ 17 millions de tonnes d’émissions, selon le gouvernement de l’Alberta. Un programme de mise en œuvre de 25 millions de dollars a permis à 49 exploitants de déployer l’équipement dans plus de 650 sites, à des coûts d’élimination inférieurs à 50 dollars la tonne.3

Le secteur canadien de l’atténuation des émissions de méthane compte plus de 130 entreprises, et les mesures de conformité en vertu de l’application renforcée des règles sur le méthane devraient créer 34 000 emplois entre 2027 et 2040.

Cependant, tout progrès comporte des vents contraires. L’Alberta avait gelé le prix des crédits du fonds provincial « Technology Innovation and Emissions Reduction » (TIER) à 95 dollars la tonne en mai 2025, bien en deçà de la trajectoire fédérale de 170 dollars, invoquant les pressions tarifaires exercées par les États-Unis.4 Le protocole d’accord engage les deux gouvernements à respecter un prix minimum réel de 130 dollars la tonne ; cependant, quelques jours après sa signature, l’Alberta a effectué des modifications qui ont inondé le marché des crédits.

Bien que l’accord soit prometteur, son succès dépend d’une vérification transparente, d’autant plus qu’une exploration aérienne pluriannuelle a révélé que les émissions de méthane de l’Ouest canadien s’avéraient presque deux fois les inventaires officiels.5 Le Canada en a tenu compte lorsqu’il a mis à niveau sa méthodologie, entraînant une augmentation de plus de 35 % des émissions fugitives déclarées.6 L’engagement de l’accord envers une évaluation indépendante par un tiers pourrait s’avérer son élément le plus important.

Grâce à une interdiction qui remonte à 1971, la Norvège affiche la plus faible intensité de méthane au monde, mais son secteur pétrolier et gazier ne représente qu’une fraction de celui du Canada.7 Le rapport Global Methane Tracker 2025 de l’AIE situe l’intensité des émissions en amont du Canada à environ 0,40 kg de méthane/GJ, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale de 0,55 kg de méthane/GJ, bien devant la Russie, l’Iran et le Turkménistan, mais plus élevé que la Norvège et l’Arabie saoudite.8

La réglementation de l’Union européenne (UE) sur le méthane, soit la première norme juridiquement contraignante au monde, exigera des importateurs qu’ils signalent l’intensité du méthane à partir de 2028 et atteignent les seuils d’intensité maximale d’ici 2030, liant rendement du méthane à faible émission et accès au marché, offrant ainsi un avantage potentiel aux producteurs pour concurrencer sur le plan de l’intensité du méthane.9

Les capitaux privés surveillent cette tendance. Un exemple récent est l’entreprise montréalaise GHGSat qui a levé 47 millions de dollars en septembre 2025, portant le financement total à 173 millions de dollars, avec l’appui des entités canadiennes Yaletown Partners, BDC Capital et Banque Nationale.10 La société GHGSat exploite désormais 16 satellites de détection du méthane et s’est associée à ExxonMobil et à Aramco.

Plus tard cette année, une ébauche d’accord d’équivalence devrait faire l’objet d’une consultation publique de 60 jours. Les signaux laissent entrevoir un régime mondial de plus en plus strict pour les émissions de méthane : normes d’importation de l’UE d’ici 2030 ; recherche par le Japon et la Corée du Sud d’un approvisionnement en gaz à faible émission de carbone ; et l’Engagement mondial sur le méthane, approuvé par 159 pays.

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  • Le Canada est l’un des six pays à disposer d’un éventail de technologies nucléaires conçues sur son territoire et exportables. Cet atout stratégique confère au Canada une position idéale pour façonner la sécurité énergétique mondiale et forger des alliances à long terme.

  • Le Canada peut tirer parti de l’ambition nucléaire croissante à l’échelle mondiale. Les États-Unis ont pour ambition de quadrupler leur capacité nucléaire, et plus de 30 autres pays se sont engagés à tripler la leur d’ici 2050.Le Canada peut offrir une valeur éprouvée tout au long de la chaîne d’approvisionnement nucléaire pour aider à répondre aux besoins d’un marché mondial en pleine expansion.

  • L’uranium est la vulnérabilité structurelle des États-Unis, et l’avantage du Canada. Les réacteurs nucléaires américains ont besoin de 25 355 tonnes d’uranium par an, mais ne comblent que 8 % de ce besoin au pays. Le Canada, qui possède les troisièmes plus importantes ressources en uranium au monde et qui augmente sa production, s’impose comme un pilier des chaînes d’approvisionnement de combustibles nucléaires en Amérique du Nord grâce à la grande qualité de ses gisements, à la fiabilité de sa production et à sa stabilité géopolitique.

  • La chaîne d’approvisionnement nucléaire du Canada est prête à s’étendre, mais se trouve à un point d’inflexion stratégique. Les projets de remise à neuf des installations nucléaires de l’Ontario ont permis de préserver des capacités de fabrication et d’ingénierie à rentabilité élevée, et ont démontré que les projets nucléaires d’envergure pouvaient être achevés avant l’échéance et à un coût inférieur au budget. Toutefois, la compétitivité future dépend d’une clarté suffisante des politiques, d’un pipeline de projets bien fourni et de la réussite de la construction de nouvelles centrales nucléaires, nécessaires pour justifier des investissements et une expansion soutenus.

  • Le Canada est confronté à trois scénarios nucléaires plausibles et non mutuellement exclusifs. Le Canada peut axer sa stratégie sur : 1) la sécurité de l’approvisionnement en uranium et en combustible ; 2) le leadership technologique grâce aux réacteurs à eau lourde sous pression et aux petits réacteurs modulaires à eau légère ; ou 3) l’intégration plus étroite au développement de l’infrastructure nucléaire nord-américaine.

  • Le Canada doit agir rapidement pour réaliser son ambition nucléaire. Alors que l’intérêt mondial pour l’énergie nucléaire connaît un essor fulgurant, les concurrents dans le secteur du nucléaire civil associent technologie, financement, diplomatie et partenariats à long terme. Le Canada dispose d’une marge de manœuvre de plus en plus réduite pour transformer ses intentions en influence durable. Cela pourrait représenter une occasion d’exportation de plusieurs milliards de dollars. En effet, selon un scénario de l’Agence internationale de l’énergie, les investissements dans le domaine nucléaire doivent presque doubler pour atteindre 120 milliards de dollars américains par an d’ici 2030 afin de doubler la capacité nucléaire.

Après une période de stagnation dans le monde occidental, l’énergie nucléaire fait son retour – une résurgence mondiale alimentée par la demande croissante d’énergie liée à l’intelligence artificielle, les préoccupations en matière de sécurité énergétique et l’évolution des politiques industrielles.

Le secteur de la technologie, confronté à une augmentation imminente de la demande d’énergie en raison des centres de données de l’IA, est un facteur clé de la renaissance nucléaire. Des entreprises comme Google, Microsoft, Meta et Amazon ont signé des ententes avec des producteurs d’énergie nucléaire conventionnelle et des sociétés de technologie nucléaire de pointe. Google a signé une convention d’achat d’énergie de 25 ans avec NextEra Energy en vue de la remise en service du Duane Arnold Energy Centre dans l’Iowa, une centrale de 610 MW à l’arrêt depuis 20201. L’entreprise a également apporté un capital de démarrage à Elementl Power pour le développement de trois sites nucléaires de pointe aux États-Unis2, et s’est associée à l’entreprise Kairos Power, spécialisée dans les petits réacteurs modulaires, et à la Tennessee Valley Authority dans le cadre d’un projet de développement3. Amazon a investi plus d’un milliard de dollars américains dans des projets et des technologies nucléaires4, notamment en prenant une participation dans X-Energy, une société de conception de petits réacteurs modulaires de pointe5. Enfin, Meta, qui cherchait à s’assurer un approvisionnement fiable en électricité à long terme pour nourrir ses ambitions en matière d’IA, a signé des ententes de 20 ans pour acheter de l’énergie auprès de trois centrales nucléaires américaines. Elle s’est également engagée à développer des petits réacteurs modulaires avec deux entreprises. Selon Meta, ces ententes lui permettront de disposer de 6,6 gigawatts d’énergie d’ici 20356.

Au-delà des besoins croissants d’énergie liés à l’intelligence artificielle, les préoccupations en matière de sécurité énergétique, particulièrement en Europe, remettent en cause les plans de sortie du nucléaire en faveur de l’élaboration de nouvelles stratégies dans ce domaine. L’Italie a récemment commencé à envisager la réintroduction de l’énergie nucléaire dans son bouquet énergétique, près de quarante ans après la fermeture de sa dernière centrale7. Le Danemark envisage activement le recours à l’énergie nucléaire8, et la Norvège a lancé des analyses d’impact en vue de l’installation d’un éventuel petit réacteur modulaire9. La Commission européenne élabore également une stratégie visant le déploiement de petits réacteurs modulaires d’ici les années 203010.

Planification et construction de réacteurs nucléaires: le retard de l’Occident

La résurgence du nucléaire en Occident se heurte toutefois à d’importants défis. Les projets de construction de réacteurs dans plusieurs pays occidentaux ont notamment été marqués par des dépassements de coûts et de délais qui ont accru les risques de non-achèvement et freiné le financement. Vogtle 3 et 4 en Géorgie, les premiers projets de nouveaux réacteurs aux États-Unis depuis des décennies, ont été finalisés en 2014 pour un coût estimé à 36,8 milliards de dollars, alors que le coût initial était estimé à 14 milliards de dollars11. Le projet de Flamanville 3, en France, a été relié au réseau en décembre 2024, avec un retard de douze ans et un coût de 13,2 milliards d’euros, soit quatre fois l’estimation initiale12. Le projet britannique Hinckley Point C est toujours en construction et devrait désormais coûter 49 milliards de livres, soit près du triple de l’estimation de 18 milliards de livres quand la construction a débuté en 2017, la première unité ne devant pas être mise en service avant 203013. Aux États-Unis, le projet V.C. Summer en Caroline du Sud a été abandonné en 2017 en raison des retards et des dépassements de coûts14.   

Mais avec le regain d’intérêt pour le nucléaire, la capacité mondiale pourrait augmenter de 75 % pour atteindre environ 730 GW d’ici 2050 si les politiques actuelles sont maintenues, selon l’Agence internationale de l’énergie.15 

Les États-Unis, pour leur part, visent à quadrupler ce qui constitue déjà le plus grand parc de réacteurs nucléaires au monde d’ici 2050 (contre un objectif initial de tripler la capacité), à renforcer leur chaîne d’approvisionnement et à moderniser l’approvisionnement en combustible nucléaire. Ils progressent rapidement dans le domaine de la technologie nucléaire de nouvelle génération, en consacrant environ 5 milliards de dollars de fonds fédéraux à la recherche, à la démonstration et au déploiement précoce de petits réacteurs modulaires et avancés par le biais de programmes du département de l’Énergie des États-Unis.

La Chine développe quant à elle une capacité additionnelle de 38,5 GW16, tandis que la Russie tire parti de l’énergie nucléaire pour atteindre ses objectifs en matière de politique arctique, industrielle et étrangère, en étendant son modèle d’exportation de réacteurs soutenu par l’État.

Fort d’importantes réserves d’uranium et d’une grande expertise en technologie nucléaire, le Canada est l’un des six pays à disposer d’un éventail de technologies nucléaires conçues sur son territoire et exportables. Il lance par ailleurs un nouveau programme de construction nucléaire qui pourrait devenir l’un des plus importants de l’Occident si l’ensemble des projets se déroulent comme prévu. La construction du premier petit réacteur modulaire du G7 a débuté sur le site nucléaire de Darlington, à Clarington, en Ontario. En outre, plusieurs réacteurs ont été remis à neuf avant l’échéance et à un coût inférieur au budget, allant à l’encontre de la tendance au dépassement des coûts des projets nucléaires dans d’autres pays occidentaux.

En d’autres termes, le Canada a l’occasion de jouer un rôle clé dans la résurgence de l’énergie nucléaire en assurant l’approvisionnement mondial en uranium et en combustible, en jouant un rôle de premier plan dans l’exportation de technologies et de services nucléaires vers ses alliés, en développant les chaînes d’approvisionnement nucléaires nord-américaines et en renforçant les exportations nucléaires mondiales.

Pour analyser ces trois scénarios, Leadership avisé RBC s’est entretenu avec des experts en énergie nucléaire au Canada et aux États-Unis et a estimé les besoins en combustible nucléaire pour les parcs de réacteurs en expansion des deux pays.

L’objectif

À mesure que les réacteurs redémarrent à l’échelle mondiale, la stabilité de l’exploitation minière de l’uranium et des services liés au combustible nucléaire (conversion, enrichissement, fabrication) devient de plus en plus cruciale pour la sécurité énergétique. Les gisements d’uranium de classe mondiale du Canada et son expertise en matière de conversion d’uranium constituent le pilier de la sécurité de l’approvisionnement du combustible nucléaire de ses alliés en Amérique du Nord et à l’étranger, et permettent de se prémunir contre l’insécurité énergétique et les risques de nationalisation des ressources.

La demande mondiale d’uranium devrait fortement augmenter

Tirer parti de l’avantage canadien

Les réacteurs prévus et en construction augmenteront les besoins mondiaux d’uranium à mesure qu’ils entreront en service, ce qui nécessitera l’ouverture de nouvelles mines, car la qualité des ressources existantes diminuera et l’approvisionnement en uranium secondaire deviendra plus limité.

Le Canada possède les troisièmes plus importantes ressources en uranium au monde après l’Australie et le Kazakhstan,17 et joue déjà un rôle clé dans les chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire grâce à la haute qualité de ses gisements, à la fiabilité de sa production, à sa stabilité géopolitique et à son expertise en matière de fabrication de combustibles.

L’expansion continue des projets existants et l’ouverture de nouvelles mines en Saskatchewan renforceront la position du Canada en tant que pilier essentiel de la sécurité énergétique pour ses alliés en Amérique du Nord et dans le monde. En misant sur ses atouts dans le domaine de la conversion d’uranium (le Canada détient 18 % de la capacité mondiale de conversion d’uranium),18 le Canada peut renforcer la stabilité de l’approvisionnement en combustible du parc nucléaire en expansion en Amérique du Nord et à l’étranger.

Les voies vers la réussite

Le parc de réacteurs nucléaires américain présente déjà des faiblesses majeures en matière de sécurité énergétique, 20 % de son uranium enrichi provenant de la Russie en 2024.19 Les États-Unis ont cherché à réduire cette dépendance en proposant des investissements dans le retraitement du combustible épuisé et en instaurant, sous l’administration précédente, une interdiction d’importer de l’uranium enrichi provenant de la Russie (la Russie contrôle 40 % de la capacité mondiale d’enrichissement)20. Cependant, même avec une expansion potentielle des infrastructures d’enrichissement, les États-Unis resteront dépendants des importations d’uranium, la production nationale ne représentant actuellement qu’une fraction des besoins annuels des réacteurs. En 2024, les opérateurs de réacteurs américains ont acheté 25 355 tonnes d’uranium, dont seulement 8 % provenaient du marché intérieur, le Canada constituant la principale source d’approvisionnement des États-Unis avec 36 % du total21 La poursuite du partenariat entre les États-Unis et le Canada en matière d’uranium sera essentielle pour la sécurité de l’approvisionnement en combustible nucléaire des États-Unis.

L’objectif

En tirant parti de son expertise technologique et en développant son programme nucléaire national de grande envergure, parallèlement à une expertise croissante dans le déploiement de petits réacteurs modulaires, le Canada renforcerait sa sécurité énergétique et économique à l’échelle nationale. Cela lui permettrait également de disposer d’un éventail unique de technologies de réacteurs, de services d’ingénierie et d’exploitation, ainsi que d’un soutien réglementaire pour les territoires nouvellement ou déjà dotés de centrales nucléaires.

Tirer parti de l’avantage canadien

L’expérience du Canada en matière de conception, de construction et d’exploitation du réacteur à eau lourde sous pression CANDU, avec un parc de 17 réacteurs en Ontario et au Nouveau-Brunswick et 12 unités exportées à l’international depuis les années 197022, constitue un atout majeur. Alimentés à l’uranium naturel, les réacteurs canadiens ne dépendent pas de combustibles à uranium enrichi, ce qui leur permet de ne pas être tributaires d’un groupe restreint de fournisseurs d’uranium enrichi – un atout de plus en plus précieux à l’heure où l’indépendance énergétique gagne du terrain à l’échelle mondiale. Des conceptions modernes à l’échelle du gigawatt et des versions modernisées des réacteurs existants pourraient élargir l’éventail de réacteurs du Canada, sous réserve d’obtenir les autorisations nécessaires et de faire leurs preuves sur le marché canadien. Parallèlement, la construction et l’exploitation réussies de petits réacteurs modulaires à eau légère à l’échelle du réseau en Ontario consoliderait la position du Canada en tant que pionnier et exploitant de cette technologie, permettant ainsi aux fournisseurs et aux opérateurs de commercialiser leur expertise en matière de construction, d’exploitation et de réglementation dans de nouveaux marchés.

Grâce à ces capacités combinées, le Canada pourrait devenir l’un des rares pays à disposer d’une expertise et d’une capacité d’exportation crédibles couvrant un éventail de technologies, des grands réacteurs nucléaires aux petits réacteurs modulaires.

Une telle stratégie en matière d’énergie nucléaire pourrait aussi donner de l’élan à plus de 200 fabricants nationaux qui soutiennent le programme du Canada. Le déploiement des réacteurs à eau lourde sous pression et des petits réacteurs modulaires à l’étranger pourrait permettre au Canada de créer de la valeur tout au long du cycle de vie des réacteurs, de l’approvisionnement en uranium et en combustible, au soutien réglementaire et à la construction et l’exploitation des réacteurs, en passant par la remise à neuf et le déclassement, et ce, même en délocalisant partiellement la chaîne d’approvisionnement dans les pays partenaires.

Les voies vers la réussite

L’expérience acquise lors des premiers projets de petits réacteurs modulaires permettra au secteur nucléaire canadien, ainsi qu’à ses partenaires de la chaîne d’approvisionnement, de la construction et de l’ingénierie, de consolider le déploiement à l’échelle mondiale. La Pologne,23 la Hongrie24 et la Bulgarie25 pourraient représenter à elles seules un pipeline de 40 petits réacteurs modulaires, offrant ainsi au Canada un marché initial crucial dès les années 2030. Le déploiement national de grands réacteurs, quant à lui, ouvrira la voie aux exportations internationales plus tard dans la décennie. Pour y parvenir, le Canada devra mener à bien la mise en œuvre et l’exploitation de ses installations locales, en s’appuyant sur le développement de sa chaîne d’approvisionnement et de sa base de production nucléaire au-delà de ses capacités actuelles en matière de remise à neuf. Il faudra combler les principales lacunes en matière de production, comme les caissons de réacteurs et la production d’eau lourde pour les nouveaux réacteurs. Le Canada devra aussi étoffer son bassin de talents pour se préparer à la construction de réacteurs tout en préservant son expertise existante, les déploiements mondiaux créant une concurrence pour les talents.

L’objectif

Une intégration plus étroite au sein de la chaîne d’approvisionnement des États-Unis (y compris la fabrication, la construction et le déploiement des composants des réacteurs) permettrait au Canada d’accéder à un pipeline d’exportation bien établi pour les grands réacteurs nucléaires à eau légère. Si le Canada parvient à mener des négociations commerciales fructueuses et à mettre en place un transfert transfrontalier de propriété intellectuelle, il pourrait partiellement délocaliser les chaînes d’approvisionnement pour les composants de grands réacteurs d’origine américaine, ce qui lui permettrait de soutenir ses propres programmes de construction au pays et de contribuer à la construction de réacteurs à l’étranger.

Tirer parti de l’avantage canadien

La coopération entre les États-Unis et le Canada pour le nucléaire civil s’appuie sur plusieurs décennies de collaboration technologique et d’échange d’expertise. Bien que le Canada et les États-Unis exploitent aujourd’hui des technologies de réacteurs nucléaires différentes et disposent de procédures de réglementation nucléaire distinctes, les deux pays ont officiellement collaboré à l’élaboration de plusieurs technologies de pointe, comme les combustibles pour les petits réacteurs modulaires de nouvelle génération et les petits réacteurs modulaires à eau légère, dans le cadre d’un travail technique conjoint entre les organismes de réglementation de chaque pays.26

Le Canada, dont le parc nucléaire repose depuis toujours sur une seule technologie, pourrait élargir son parc de grands réacteurs nucléaires pour y inclure des modèles d’origine américaine, tels que l’AP-1000, qui est déjà exploité depuis plus d’une décennie aux États-Unis et en Chine. Cela pourrait réduire les risques liés à la construction de réacteurs de l’ordre du gigawatt au Canada en tirant parti des enseignements des projets de construction antérieurs aux États-Unis et en Chine. Cela permettrait également de développer la chaîne d’approvisionnement nucléaire canadienne et d’accéder de manière sélective à un pipeline d’exportation mondial. À l’heure actuelle, des contrats pour 20 réacteurs AP-1000 ont été conclus dans des marchés comme la Pologne, la Hongrie, l’Ukraine et l’Inde,27 et des fabricants canadiens ont signé des protocoles d’entente pour la fourniture potentielle de composants, tels que de la robinetterie et des équipements de régulation de débit,28 ainsi que des générateurs de vapeur, des caissons à pression et des échangeurs de chaleur.29

Des fabricants canadiens ont déjà fourni des composants, notamment de la robinetterie30 et des services de fabrication de modules de réacteurs31 pour des projets nucléaires américains, tels que les réacteurs Vogtle 3 et 4 en Géorgie. Les chaînes d’approvisionnement nucléaires américaines, largement inactives jusqu’à l’arrivée des projets Vogtle, n’ont pas la capacité requise pour porter la construction de réacteurs aux niveaux envisagés par le gouvernement américain32 Si des projets de construction voient le jour, cela pourrait donc créer des occasions pour les fabricants canadiens. La chaîne d’approvisionnement nucléaire canadienne compte déjà plus d’une vingtaine d’entreprises détenant des certifications délivrées par l’American Society of Mechanical Engineers, couvrant les composants de base, les systèmes de sûreté et les systèmes de décharge33 ce qui témoigne de l’existence d’une base industrielle établie et agréée en mesure de soutenir le déploiement de réacteurs à grande échelle.

Les voies vers la réussite

Pour parvenir à s’intégrer plus étroitement à la chaîne d’approvisionnement nord-américaine, le Canada devra consolider et accroître les occasions de fabrication et d’exportation sur son territoire à mesure que les États-Unis développent leur base industrielle nucléaire. Washington considère de plus en plus l’énergie nucléaire comme un secteur économique stratégique, la politique industrielle jouant un rôle accru au même titre que les considérations commerciales. Les récents accords conclus entre le gouvernement fédéral américain et les partenaires du secteur nucléaire reflètent cette orientation et positionnent le déploiement de réacteurs comme un vecteur de renouveau industriel aux États-Unis. L’évolution des dynamiques commerciales existantes entre les États-Unis et le Canada, comme les droits de douane sur les composants fabriqués au Canada, ainsi que les négociations commerciales, détermineront la mesure dans laquelle le Canada pourra délocaliser sa production et accroître ses exportations actuelles vers les États-Unis.

  • Il y a 80 ans, le Canada est devenu le deuxième pays après les États-Unis à réaliser une fission nucléaire durable grâce à la pile expérimentale d’énergie zéro (ZEEP – Zero Energy Experimental Pile) aux laboratoires Chak River, en Ontario.34

  • La technologie canadienne de réacteurs nucléaires à eau lourde sous pression, le CANDU, fournit 15 % de l’électricité du pays grâce à 16 réacteurs en Ontario et un réacteur au Nouveau-Brunswick.35

  • Le secteur nucléaire canadien emploie environ 89 000 personnes,36 et est un important producteur d’isotopes médicaux, comme le cobalt 60, produit par les réacteurs et utilisé dans le traitement du cancer et la stérilisation médicale.

  • Le Canada est un chef de file en matière de technologies nucléaires de nouvelle génération : il a élaboré la première feuille de route du projet pilote de petits réacteurs modulaires au monde en 2018 et travaille actuellement à la construction du premier petit réacteur modulaire du G7 près de Toronto, un projet qui fournira à terme 300 MW de capacité, soit assez pour alimenter 300 000 foyers en électricité fiable et sans émissions.

  • Le Canada progresse rapidement dans la mise en œuvre de son dépôt en formations géologiques profondes, l’aboutissement de nombreuses années de consultation avec les parties prenantes et les Autochtones. Ce projet en est désormais à la phase d’évaluation environnementale, un pas de plus vers une solution unique pour la gestion responsable et à long terme du combustible nucléaire épuisé.

Pour développer son secteur nucléaire, le Canada doit renforcer et perfectionner plusieurs aspects de la chaîne d’approvisionnement :

  • Établir une stratégie nucléaire globale axée sur la sécurité énergétique et économique et sur une approche de déploiement par parc de réacteurs, une stratégie pancanadienne globale, en coordination avec l’Ontario et d’autres provinces, l’industrie et les universités, peut renforcer la confiance nécessaire aux investissements dans la chaîne d’approvisionnement, au développement de la main-d’œuvre, à la coopération interprovinciale et aux partenariats internationaux. Cette stratégie pourrait intégrer des objectifs de déploiement, des calendriers de construction pour les grands projets et une vision claire des technologies à adopter dans le but d’assurer la sécurité énergétique et économique future.

  • Mettre en place une infrastructure diplomatique et de financement concurrentielle pour les exportations nucléaires. La création d’une facilité de financement dédiée aux exportations nucléaires, soutenant un éventail de réacteurs multi-technologies incluant les petits réacteurs modulaires, pourrait rehausser la compétitivité du Canada en tant qu’exportateur de réacteurs nucléaires, de composants et d’expertise. Celle-ci pourrait être associée à une infrastructure diplomatique renforcée, avec des délégués commerciaux spécialisés dans le nucléaire et l’intégration de la coopération nucléaire civile dans les stratégies de politique étrangère du Canada.

  • Constituer et maintenir une main-d’œuvre qualifiée dans le secteur nucléaire. La planification du perfectionnement des aptitudes, y compris l’expansion des programmes d’apprentissage, l’accélération des procédures d’obtention de visas pour les spécialistes du nucléaire, des partenariats avec les universités et des centres de formation liés aux calendriers de déploiement, pourraient faciliter le déploiement du nucléaire à grande échelle.

  • Combler les lacunes critiques de la chaîne d’approvisionnement et soutenir l’expansion. Le Canada devra accroître la production d’eau lourde et combler les lacunes dans la fabrication de calandres et l’approvisionnement en zirconium pour les gaines de combustible, tout en aidant les fournisseurs locaux à demeurer concurrentiels face aux fabricants d’autres pays où le nucléaire civil est développé, comme la Chine. La chaîne d’approvisionnement nucléaire peut offrir une voie de diversification aux fabricants d’autres secteurs (p. ex., automobile), mais elle pourrait aussi bénéficier d’un soutien ciblé pour obtenir des certifications de production de composants nucléaires, coûteuses et chronophages, délivrées par des organisations professionnelles comme l’Association canadienne de normalisation et l’American Society of Mechanical Engineers.

  • Protéger la chaîne de valeur de l’uranium et renforcer la sécurité en matière de combustible. L’augmentation des capacités d’exploitation minière, l’expansion des infrastructures de conversion pour offrir davantage de services à valeur ajoutée tout au long du cycle du combustible nucléaire, ainsi que l’évaluation des besoins en matière de combustible avancé et l’expansion potentielle des capacités du Canada en matière de combustible dans des secteurs comme la fabrication et l’enrichissement permettront au Canada et à ses alliés de se préparer à un avenir énergétique sûr, quelle que soit la technologie utilisée.

Télécharger le rapport

Leadership avisé RBC tient à remercier les personnes et les organisations suivantes d’avoir partagé leur expertise.

AtkinsRéalis

Énergie atomique du Canada limitée

BWXT Canada

Cameco Corporation

Commission canadienne de sûreté nucléaire

Conexus Nuclear Inc.

David Paterson

Laurentis Energy Partners

Michelle Leslie

Milt Caplan, MZ Consulting

Norm Sawyer, ION Nuclear Consulting

Ontario Power Generation

RBC Marché des Capitaux

SMR Forum

The Breakthrough Institute

Canadian Association of Small Modular Reactors

Association nucléaire canadienne

Organization of Canadian Nuclear Industries

World Nuclear Association

Westinghouse Canada

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Les investissements dans les technologies géothermiques de nouvelle génération connaissent une forte croissance à l’échelle mondiale, stimulés par des percées récentes dans les techniques de forage qui transforment rapidement l’économie et la viabilité de la production d’électricité géothermique. Selon l’Agence internationale de l’énergie et les données d’Underground Ventures, un investisseur spécialisé dans la géothermie, le financement consacré à ces technologies de nouvelle génération a atteint environ 3 milliards de dollars canadiens en 20251. Les États-Unis et l’Indonésie dominent actuellement les investissements dans les projets de production d’électricité et de chauffage géothermiques2.

Bien que le Canada dispose d’une expertise de calibre mondial en matière de sous-sol, de gradients géothermiques élevés dans l’Ouest et le Nord-Ouest du pays, ainsi que d’entreprises comme Eavor, DEEP Earth Energy et Tu Deh-Kah Geothermal, le déploiement de la géothermie à l’échelle nationale accuse un retard considérable. Le Canada produit actuellement moins de six mégawatts (MW) d’électricité géothermique, soit 0,004 % de la capacité installée du pays3.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, les investissements mondiaux dans l’énergie géothermique pourraient atteindre 3 000 milliards de dollars canadiens d’ici 20504, les pays recherchant une source d’énergie de base fiable et sans émissions pour compléter les énergies renouvelables intermittentes. Les technologies avancées sont essentielles pour développer la géothermie, qui était traditionnellement limitée à certaines zones présentant une géologie appropriée. Deux technologies se distinguent : 1) Les systèmes géothermiques stimulés, qui s’inspirent des techniques de forage du schiste, créent de nouvelles fractures dans les roches chaudes en profondeur, y injectent des fluides et utilisent la vapeur produite pour générer de l’électricité5 ; 2) Les systèmes géothermiques en boucle fermée, qui reposent également sur des techniques de forage avancées et font circuler un liquide dans des conduites souterraines pour produire de l’électricité6,7..

Les innovations récentes réduisent considérablement les coûts. Les techniques de forage évoluées empruntées au secteur pétrolier et gazier, notamment les trépans à pastilles de diamant polycristallin et la surveillance en temps réel par fibre optique, abaissent les coûts de puits de 12 à 26 % par rapport aux estimations antérieures8. Des entreprises comme Fervo Energy, basée à Houston, ont démontré une production soutenue de 8 à 10 MW à partir de puits uniques sur leur projet Cape Station, en Utah, confirmant la viabilité commerciale des systèmes géothermiques stimulés9. De nouvelles analyses technico économiques montrent que, dans des régions à fort gradient comme le mont Meager en Colombie-Britannique ou le bassin de Liard dans les Territoires du Nord-Ouest, le coût actualisé de l’énergie pour les systèmes géothermiques stimulés pourrait descendre à 45–53 $ CA par MWh grâce à l’innovation continue, les rendant compétitifs par rapport aux centrales à cycle combiné au gaz et moins coûteux que les technologies nucléaires de nouvelle génération10.

L’occasion pourrait être importante.

Des recherches récentes menées à Baker Lake, au Nunavut, révèlent que des régions auparavant écartées du Bouclier canadien pourraient receler des ressources géothermiques profondes exploitables. Avec un gradient mesuré de 28 °C/km, nettement supérieur aux estimations nationales antérieures, la modélisation indique une probabilité de 90 % qu’un système profond de quatre kilomètres puisse répondre aux besoins de chauffage de la communauté, avec un potentiel de production d’électricité à 7 ou 8 km de profondeur11.

La Saskatchewan tire déjà parti de son expertise dans le domaine du pétrole et du gaz.

L’entreprise DEEP Earth Energy, basée à Saskatoon, s’est associée au fournisseur de services pétroliers SLB pour développer la première installation géothermique commerciale du Canada près d’Estevan, à la frontière entre la Saskatchewan et le Dakota du Nord. La phase 1 prévoit le forage de deux puits, et la phase 2 pourrait atteindre 18 puits pour une production de 30 MW12. Le projet mise sur les aquifères sédimentaires chauds du Bassin sédimentaire de l’Ouest canadien et démontre que l’infrastructure pétrolière et gazière du pays, qu’il s’agisse des appareils de forage, de l’expertise ou des chaînes d’approvisionnement, peut être mobilisée pour la géothermie.

Cependant, la fragmentation réglementaire menace de freiner cette dynamique.

Seules l’Alberta, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse ont adopté un cadre réglementaire dédié à la géothermie. Il n’existe aucune stratégie nationale, aucun programme coordonné de recherche et développement, et les outils financiers permettant de réduire les risques sont insuffisants pour accélérer les projets en phase initiale. Un modèle réglementaire national que les provinces pourraient adapter rapidement à leurs besoins, combiné à des initiatives soutenues par l’État comme l’Alberta Drilling Accelerator (ADA), pourrait catalyser le développement géothermique au Canada en réduisant les coûts de forage, en développant des outils adaptés aux hautes températures et en optimisant la stimulation des réservoirs.

Le Canada risque de laisser passer sa chance de prendre le leadership.

The U.S. Department of Energy’s Enhanced Geothermal Shot targets electricity costs below CAD$61/MWh by 2035.13 with billions in funding. Tech giants including Google, Meta, and Microsoft are investing heavily in geothermal partnerships. China, Indonesia, and the Philippines are rapidly expanding deployment. If Canada does not act with coordinated policy, regulatory harmonization, and strategic R&D investment, it risks becoming a technology taker rather than a technology maker in a sector where Canadian subsurface expertise and geological endowment offer natural advantages. Le programme Enhanced Geothermal Shot du département de l’Énergie des États‑Unis vise à ramener le coût de l’électricité sous les 61 $ CA par MWh d’ici 203513, grâce à des investissements de plusieurs milliards de dollars. Des géants technologiques comme Google, Meta et Microsoft investissent massivement dans des partenariats géothermiques. La Chine, l’Indonésie et les Philippines accélèrent rapidement le déploiement de cette technologie. Si le Canada n’agit pas avec des politiques coordonnées, une harmonisation de la réglementation et des investissements stratégiques en R-D, il risque de gaspiller l’expertise souterraine et la dotation géologique qui offrent des avantages naturels.


Vivan Sorab est responsable principale, Technologie propre, au sein de l’équipe Leadership avisé RBC.

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À la COP28 de 2023, 25 pays ont déclaré leur intention de tripler leur capacité nucléaire d’ici 2050, ouvrant la voie à une nouvelle course au déploiement de l’énergie nucléaire. Plusieurs changements structurels ont accéléré cet élan, encouragés par l’avantage concurrentiel du nucléaire pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe, et par l’importance cruciale de la sécurité énergétique dans un ordre géopolitique en mutation.

Où en est le Canada dans un monde qui revient à l’énergie nucléaire ?

Le Canada a une occasion à saisir, mais il devra agir vite s’il veut en profiter. Ses principaux atouts comptent son statut de pionnier dans la construction d’un petit réacteur modulaire (PRM) raccordé au réseau, à l’est de Toronto, et ses 80 années d’expérience en tant que puissance nucléaire civile de premier ordre.

Le PRM de Darlington, dont la mise en service est attendue d’ici 2030, constitue la première construction de réacteur canadien depuis une trentaine d’années, avec une capacité potentielle de 300 000 foyers desservis. Ce projet témoigne surtout de l’excellence de l’Ontario en matière d’exploitation nucléaire et de chaîne d’approvisionnement, et ouvre la voie à la province pour mettre son expertise au service des réseaux qui relient la Saskatchewan et la Pologne en passant par le Tennessee.

Cependant, les rivaux du Canada sont aussi dans la course. Le programme pilote de réacteurs nucléaires de l’administration Trump a pour objectif qu’au moins trois réacteurs d’essais nucléaires de pointe passent à un stade avancé d’ici l’été 2026. Le programme de PRM de la Chine progresse également, comme en témoigne le réacteur chinois ACP100 de démonstration qui a franchi de nouveaux jalons de construction en 2025.

Légende de la photo – Vivan Sorab, de Leadership avisé RBC, anime une table ronde sur le rôle des PRM dans le triplement de la capacité nucléaire mondiale lors du forum 2025 de l’Association nucléaire canadienne consacré aux petits réacteurs modulaires, à Edmonton.

Le succès du Canada dépendra de la capacité du pays à dynamiser son secteur nucléaire afin de fournir de nouvelles capacités à des fins électriques et non électriques, et à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire pour faire fonctionner les centrales nucléaires de demain.

Ce dont le Canada a besoin pour réussir :

Fonder l’approvisionnement en combustible nucléaire sur l’uranium canadien. La baisse potentielle de l’approvisionnement secondaire en uranium et l’émergence des PRM dans les années 2030 et 2040 entraîneront un remaniement des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire, et nous assisterons à une augmentation des besoins de concentration, de conversion et d’enrichissement de l’uranium et de la demande de services liés à la production de combustible. Les gisements d’uranium du Canada, reconnus à l’échelle mondiale, ainsi que le savoir-faire canadien en matière de conversion et d’enrichissement de l’uranium sont des atouts qui pourraient favoriser l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement de combustible nucléaire nord-américaine – et mondiale.

Collaborer avec les États-Unis pour assurer la sécurité énergétique nucléaire du continent. Les décennies d’expérience opérationnelle des États-Unis dans le secteur des réacteurs à eau bouillante (REB) seront précieuses pour le Canada au moment de construire son premier PRM sur le site du nouveau projet nucléaire de Darlington, sur la base d’un modèle REB. Le savoir-faire du Canada, en tant que pionnier dans la construction et le déploiement de PRM, jouera un rôle essentiel dans la réussite des projets de PRM similaires aux États-Unis, du début de leur construction à leur mise en service.

Rehausser la confiance des investisseurs Les risques liés à la construction ont entravé la participation du secteur privé au financement de nouveaux réacteurs nucléaires. Pour renforcer la confiance des investisseurs à l’égard des PRM, le succès de l’Ontario devra se traduire par la construction de nouveaux réacteurs. Cela dit, le soutien du gouvernement demeurera un facteur important, en particulier dans les territoires plus petits.

Promouvoir la mobilisation des Autochtones et l’équité. Le dialogue avec les communautés autochtones est essentiel pour assurer le succès des nouveaux projets nucléaires. L’effort comprend notamment la sensibilisation à la technologie, en particulier dans les collectivités où l’énergie nucléaire n’a jamais été développée auparavant, afin d’obtenir l’adhésion des collectivités et leur participation aux projets par l’entremise de la création d’emplois et de programmes de formation et de prise de participation.   

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Les relations commerciales houleuses entre les États-Unis et la Chine a propulsé les minéraux critiques à l’avant-scène. En fait, les terres rares, ces 17 éléments aux propriétés physiques et chimiques qui en font des composantes essentielles à certaines des technologies les plus cruciales au monde, ont été la plus récente arme de l’arsenal commercial de la Chine contre les États-Unis.

Au terme de récentes négociations commerciales avec les États-Unis, la Chine a exprimé sa volonté de revenir sur les restrictions à l’exportation des terres rares qu’elle avait annoncées en avril. Toutefois, cette menace a de nouveau souligné la dépendance collective de l’Occident à l’égard de la Chine. En septembre 2020, la première administration Trump a signé un décret qui insistait sur la dépendance préoccupante du pays à l’égard de la Chine en ce qui concerne les terres rares et a appelé à une augmentation de la production nationale. Même si les tentatives des États-Unis de rapatrier l’offre sont couronnées de succès, leur production ne représentera qu’une fraction de celle de la Chine, ce qui fait de la collaboration internationale, y compris avec le Canada, une exigence absolue.

Sept chiffres illustrent la situation actuelle – et le rôle potentiel du Canada.

67 %

Part de la production minière mondiale de terres rares provenant de la Chine. Si les États-Unis produisent 11 % du total mondial, soit la deuxième plus grande quantité, ils exportent la quasi-totalité de leur production aux fins de transformation. Les États-Unis étaient autrefois le premier producteur mondial de terres rares, mais ils perdent des parts de marché depuis les années 1980, la Chine dominant la production mondiale depuis lors. Le Canada a produit des terres rares par le passé, mais aucune exploitation minière n’y a lieu à l’heure actuelle.

Les États-Unis ont pris du retard dans la production de terres rares 
depuis les années 1980

99 %

Part du contrôle chinois sur la séparation et le traitement des terres rares lourdes. Les terres rares lourdes, telles que le terbium, permettent aux aimants de terres rares de fonctionner dans des applications à plus haute température, y compris certaines technologies de défense, sans perte de rendement. La Chine contrôle également 90 % des terres rares légères, y compris le néodyme, qui sont également des composantes clés des aimants. Des pays comme l’Estonie et le Canada disposent ou développent des capacités de séparation et de traitement des terres rares légères et lourdes.

92 %

Part du contrôle chinois dans la fabrication mondiale d’aimants de terres rares. Si les terres rares sont utilisées sous diverses formes (poudres pour le polissage de l’équipement optique, catalyseurs dans le raffinage du pétrole), elles servent également à fabriquer les aimants permanents les plus puissants du monde. Ces aimants sont utilisés dans les technologies à très haut rendement, notamment dans les avions militaires, les sous-marins et les produits électroniques, et sont difficiles à remplacer.

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Nombre d’entités américaines vers lesquelles les exportations de terres rares ont été interdites par la Chine en avril, tandis que les tensions commerciales s’intensifiaient entre les deux pays. Quinze de ces entités étaient liées à la fabrication de technologies de défense.

439 millions de dollars US

Montant dépensé par le ministère américain de la Défense depuis 2020 pour renforcer sa chaîne logistique nationale en terres rares.

22 millions de dollars

Ce que les États-Unis ont investi dans les entreprises canadiennes de traitement des terres rares depuis 2023. Le Canada est considéré comme une « source nationale » de minéraux critiques en vertu de la Defense Production Act (DPA) des États-Unis sur la production de défense, de sorte que les entreprises canadiennes peuvent bénéficier d’investissements en vertu du Titre III de la DPA.

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Projets de terres rares au Canada actuellement en phase d’exploration, d’estimation des ressources ou d’évaluation économique préliminaire. Il existe également trois installations de séparation et de traitement et deux usines de recyclage des terres rares. Pour tirer parti de cette occasion, quelques éléments pourraient accélérer les choses. 1/ Investissements publics : Le financement provincial en Saskatchewan, par exemple, a permis de rapprocher les installations de traitement des terres rares de la commercialité. Le soutien des pouvoirs publics pourrait également contribuer à accélérer les projets. 2/ Assurer l’écoulement des produits de terres rares : Comme le mentionne Le nouveau grand jeu, des décennies de politique industrielle et de percées technologiques ciblées ont laissé les fabricants occidentaux en concurrence avec des produits moins coûteux tout en étant assujettis à des normes environnementales plus strictes. La garantie d’un écoulement à des prix concurrentiels pourrait aider le secteur canadien des terres rares à s’implanter.

Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre, Institut d’action climatique RBC

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Le président américain Donald Trump pense que l’automobile, l’acier et l’aluminium, le bois d’œuvre, les produits pharmaceutiques et les semi-conducteurs sont les cinq secteurs stratégiques qui stimuleront la relance industrielle des États-Unis. Son plan global consiste à réduire les importations (et les déficits commerciaux), ainsi qu’à rapatrier la production dans chacun de ces secteurs et des industries connexes. Cela représente un défi pour certains des principaux fournisseurs des États-Unis, y compris le Canada.
Au Canada, ces cinq secteurs, qui revêtent une importance cardinale, dépendent fortement des exportations au sud de la frontière.

Les droits de douane imposés par Washington sur ces cinq secteurs stratégiques, qui jouent un rôle déterminant en matière de sécurité énergétique et nationale, risquent de nuire aux perspectives économiques du Canada et pourraient entraîner des pertes d’emploi et une fuite des capitaux.

Voici un survol de l’importance de chacun de ces secteurs pour l’économie canadienne :

Le Canada exporte pour 125 milliards de dollars de marchandises vers les États-Unis dans des secteurs clés

Automobile

  • Exposition au marché américain : 75,6 milliards de dollars d’exportation (2024).

  • Marché américain total : Avec 15,8 millions de véhicules neufs vendus en 2024, les États-Unis se classent au deuxième rang mondial, derrière la Chine qui en a compté 31,3 millions1.

  • Marché mondial : La valeur du marché mondial des produits du bois, qui se chiffre actuellement à 788 milliards de dollars américains, devrait presque doubler d’ici 2033. Nous avons récemment écrit sur un article sur les mesures que le Canada peut prendre pour profiter davantage de cet essor.

  • Rôle du Canada : La part des constructeurs et équipementiers nationaux dans le marché nord-américain de la construction automobile a diminué au fil du temps, tandis que celle du Mexique a augmenté. Cela dit, 92 % des exportations automobiles canadiennes sont toujours expédiées au sud de la frontière.

  • Situation douanière : En août 2024, sous l’administration Biden, les États-Unis ont augmenté les droits de douane applicables aux importations de bois d’œuvre de résineux canadien, les faisant passer à 14,5 %. Ce taux est toujours en vigueur et de nouvelles hausses se profilent à l’horizon.

  • Conséquences : L’industrie du bois d’œuvre se heurte déjà à des obstacles réglementaires qui ont entraîné la fermeture de scieries en Colombie-Britannique.

  • Prochaines étapes : Possiblement à compter de cet automne, les droits de douane imposés par les États-Unis sur les importations de bois d’œuvre de résineux pourraient augmenter à 34,5 %.

Produits pharmaceutiques

  • Exposition au marché américain : 10,6 milliards de dollars d’exportations7.

  • Marché américain total : En 2022, il s’est vendu pour 716 milliards de dollars de médicaments sur ordonnance aux États-Unis8, ce qui représente environ 2,8 % du PIB du pays.

  • Selon les données de l’U.S. International Trade Commission, de 2019 à 2024, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial annuel de 1,2 milliard de dollars avec le Canada dans le secteur des produits pharmaceutiques.

  • Marché mondial : On s’attend à ce que les dépenses en recherche et développement des sociétés pharmaceutiques dépassent 200 milliards de dollars américains9 cette année.

  • Rôle du Canada : Les États-Unis sont le principal marché d’exportation de produits pharmaceutiques du Canada. En effet, en 2024, le Canada y a envoyé 78 % de ses exportations dans ce secteur. Le Japon, qui occupe la deuxième place, a reçu 5 % des exportations (720 millions de dollars). Vient ensuite la Chine, avec 2 % des exportations (276 millions de dollars). L’industrie pharmaceutique canadienne employait 35 367 personnes en 2024.

  • Situation douanière: Initialement exemptées des droits de douane réciproques instaurés le 2 avril, les importations de produits pharmaceutiques font désormais l’objet d’une enquête officielle de la Maison-Blanche visant à déterminer leur incidence sur la sécurité nationale.

  • Conséquences : L’industrie met en garde contre une flambée des coûts et même des pénuries de médicaments clés10.

  • Prochaines étapes : Les produits pharmaceutiques pourraient bientôt être frappés d’importants droits de douane.

Semi-conducteurs

  • Exposition au marché américain : 637 millions de dollars, soit 56 % des exportations canadiennes de semi-conducteurs, en 202411.

  • Dans le secteur des semi-conducteurs, les États-Unis ont affiché un excédent commercial de 764 millions de dollars avec le Canada en 2024.

  • Marché mondial :  Les ventes mondiales de semi-conducteurs ont été estimées à 627 milliards de dollars en 202412.

  • Marché américain total : Selon une association industrielle, les entreprises évoluant dans l’écosystème des semi-conducteurs prévoient d’investir près de 450 milliards de dollars américains dans plus de 90 nouveaux projets manufacturiers dans 28 États américains13.

  • Rôle du Canada : Le Canada est en train d’émerger en tant que plaque tournante de l’IA, grâce à son électricité propre et bon marché, qui est considérée comme un avantage concurrentiel. L’auteur d’un rapport de Leadership avisé RBC, publié avant la guerre commerciale, estimait que le Canada pourrait attirer près de 100 milliards de dollars pour la construction de 20 à 30 centres de données. Des perturbations dans la jeune chaîne d’approvisionnement des puces pourraient interrompre ce flux de capitaux potentiel.

  • Situation douanière: Au début d’avril, les États-Unis ont annoncé l’ouverture d’une enquête sur les importations de puces et de produits électroniques, ouvrant la voie à de nouveaux droits de douane.

  • Conséquences : Plusieurs sociétés technologiques ont vu leurs actions chuter.

  • Prochaines étapes : Certains rapports14 laissent entendre que M. Trump pourrait annoncer un nouveau taux de taxation des importations de semi-conducteurs la semaine prochaine, avec une certaine flexibilité pour certaines entreprises. M. Lutnick a déclaré que cela devrait se faire d’ici un mois ou deux15.

Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre.


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Le président américain Donald Trump a finalement donné le coup de grâce au secteur automobile en imposant des droits de douane sur les importations d’automobiles et de pièces, bouleversant l’industrie automobile mondiale et menaçant de dommages économiques les principaux fournisseurs du marché américain. La taxe générale de 25 % imposée par les États-Unis a dominé les manchettes, mais, comme nous le verrons, un examen détaillé des droits de douane sera nécessaire pour en connaître les véritables coûts. Au moment où des pays comme le Canada, l’Allemagne et le Japon sont secoués par ces annonces, l’industrie est confrontée aux questions suivantes :

1. Comment les droits de douane seront-ils appliqués ?

  • L’annonce donne peu de détails en ce qui concerne les automobiles et les pièces automobiles visées. Les moteurs et les pièces de moteur, les pièces de transmission et du groupe motopropulseur, ainsi que les composants électroniques ont été montrés du doigt lors d’une enquête menée en 2019 sur les répercussions des importations d’automobiles sur la sécurité nationale des États-Unis.

  • Mais cette fois-ci, l’industrie reste plongée dans l’incertitude quant à l’étendue de l’applicabilité des droits de douane. L’annonce permet également au secrétaire américain au Commerce et aux producteurs nationaux d’automobiles ou de pièces automobiles de demander que les pièces qui ne sont pas déjà visées par des droits de douane le soient à l’avenir.

  • En 2024, les États-Unis ont importé pour 83 milliards de dollars américains de pièces et d’accessoires automobiles (excluant les moteurs) ; 41 % d’entre eux (35 G$ US) provenaient du Mexique et 13 % (11 G$ US), du Canada.

Le Mexique arrive en tête pour les importations de pièces automobiles aux États-Unis

2. Comment les droits de douane seront-ils mis en œuvre et comment la conformité sera-t-elle déterminée ?

  • Le coût réel des droits de douane dépendra de la quantité de contenu d’origine américaine que contiendront les véhicules importés, mais les détails restent flous.

  • Selon le décret présidentiel, un droit de douane de 25 % s’appliquera à la valeur du contenu non américain des véhicules importés. Toutefois, les discussions entre les États-Unis et le Canada portent à croire que les importations d’automobiles conformes à l’AEUMC et contenant au moins 50 % de produits américains pourraient être exemptées. Les véhicules dont le contenu en produits américains est inférieur à 50 % seront frappés de droits de douane de 12,5 %.

  • En ce qui concerne les pièces automobiles, des droits de douane de 25 % s’appliqueront à la valeur du contenu non américain, selon un processus déterminé par la U.S. Customs and Border Protection et le secrétaire au Commerce des États-Unis. Ces droits de douane devraient entrer en vigueur d’ici au 3 mai.

3. Quelle sera l’incidence sur les chaînes logistiques ?

  • Le codéveloppement des industries automobiles américaine, canadienne et mexicaine a permis d’accroître l’efficacité de la production et la croissance du marché sur l’ensemble du continent, depuis l’Accord canado-américain sur les produits de l’industrie automobile de 1965 (aussi connu sous le nom de Pacte de l’automobile), jusqu’à l’intégration du Mexique dans le cadre de l’ALENA en 1994, et la renégociation plus récente des valeurs de contenu régional en vertu de l’AEUMC.

  • Au cours des trois dernières décennies, le Mexique a constamment augmenté sa part de la production de véhicules de tourisme en Amérique du Nord par rapport aux États-Unis, celle-ci passant de 10 % avant l’ALENA en 1991 à 30 % de la production de véhicules de tourisme sur le continent en 2023. Au cours de la même période, la part des États-Unis dans la production de véhicules de tourisme a chuté, passant de 75 % à 58 %. En 2008, la part de production du Mexique a dépassé celle du Canada pour l’ensemble du continent.

  • Bien que la part du Canada dans la production de véhicules de tourisme soit passée de 15 % en 1991 à un sommet d’environ 22 % en 2005, elle avait fléchi à 12 % en 2023.

Le Mexique a régulièrement augmenté sa part dans la production de véhicules de tourisme
  • Une tendance similaire est apparue dans le segment des pièces de véhicules automobiles. Le Mexique, qui représentait 9 % des importations américaines en 1990, est passé à 41 % des importations de pièces automobiles en 2024, tandis que la part du Canada, qui avait atteint un sommet de 36 % en 1990, a diminué pour s’établir à 13 % en 2024.

  • Selon les données sur l’origine géographique des composants de 315 modèles de voitures offerts au public américain entre 2021 et 2025, les pièces automobiles américaines et canadiennes représentent ensemble jusqu’à 77 % de la valeur totale de certains modèles, tandis que les pièces d’origine mexicaine atteignent jusqu’à 80 % de la valeur d’autres modèles.

  • Un tel niveau d’intégration signifie que les perturbations des chaînes logistiques automobiles imputables aux droits de douane risquent fort de se répercuter dans l’industrie, d’augmenter les coûts et d’exercer des pressions sur les constructeurs, les distributeurs et les consommateurs de toutes les régions.

4. Quelle est la marche à suivre ?

  • La nature précise de l’applicabilité, de la conformité et de l’application des droits de douane reste largement incertaine, de sorte que les fabricants disposent de peu d’options claires en ce qui a trait à la marche à suivre.

  • Ce qui est sûr, c’est que les répercussions se feront sentir des deux côtés de la frontière. En effet, 35 districts américains répartis dans 26 États ont importé des pièces automobiles du Canada en 2024, et le secteur automobile du sud de l’Ontario figurera parmi ceux qui seront les plus durement touchés.

  • L’ampleur des droits de douane de réciprocité déterminera les charges supplémentaires qui pèseront sur les constructeurs automobiles et les fabricants de pièces. La réponse du Canada aux droits de douane américains sur les automobiles déterminera aussi l’avenir des seuils d’exemption des droits de douane fondés sur les valeurs de contenu régional.

Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre, Institut d’action climatique RBC

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Alors que le monde entier tente de sécuriser l’accès aux minéraux critiques, essentiels à l’économie moderne, le Canada doit prendre une décision cruciale. Quel rôle le pays peut-il jouer dans la réduction du risque lié à la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques, largement dominée par la Chine ?

Lors de la conférence de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) de 2025, cette question était au cœur des préoccupations des chefs de file, des dirigeants et des investisseurs de l’industrie. Nous nous sommes appuyés sur le document Regard critique sur les minéraux critiques pour vous présenter cinq minéraux de plus en plus importants pour l’économie de l’avenir.

Ces minéraux sont essentiels dans cinq secteurs clés, soit l’intelligence artificielle, la sécurité des frontières, les soins de santé, l’énergie et la défense. Toutefois, les chaînes d’approvisionnement sont vulnérables, la concurrence internationale est féroce, et le Canada doit jongler avec des enjeux complexes liés aux politiques, aux investissements et au traitement afin de devenir un leader mondial dans le domaine.

Consultez les documents :

1. Gallium : le plus crucial des minéraux critiques. Secteur clé : Intelligence artificielle

Minéraux Critiques – Gallium

2. Germanium : un minéral essentiel à la sécurité des frontières. Secteur clé : Sécurité des frontières

Minéraux Critiques – Germanium

3. Graphite : le couteau suisse des minéraux critiques. Secteur clé : Défense

Minéraux Critiques – Graphite

4. Hélium : le minéral critique de demain. Secteur clé : Soins de

Minéraux Critiques – Helium

5. Terres rares : une solution de rechange à la Chine nécessaire. Secteur clé : Énergie

Minéraux Critiques – Rare Earths

Il est temps de porter un regard critique sur les minéraux critiques.

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Chaque année, Toronto accueille la plus importante conférence au monde consacrée à l’exploitation minière. Plus de 27 000 cadres supérieurs, investisseurs et décideurs politiques du secteur minier mondial y assistent, rassemblés par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE). La conférence de cette année, qui se tiendra du 2 au 5 mars, est particulièrement cruciale.

Les minéraux critiques seront au cœur des discussions, compte tenu de l’importance qu’ils revêtent dans la course géopolitique croissante entre les États-Unis et la Chine. Ils ne constituent peut-être pas le pilier de l’exploitation minière, mais les minéraux comme le gallium et le lithium sont des intrants essentiels de technologies de pointe dans les secteurs de l’énergie, de la défense, de l’industrie manufacturière et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle. Les pays qui disposent d’un accès sécurisé à ces minéraux critiques assureront leur compétitivité économique à l’échelle mondiale et leur sécurité nationale.

Voici trois grandes questions que nous étudierons dans le cadre la conférence de l’ACPE 2025 :

1. Pourquoi un tel engouement pour les minéraux critiques ?

Des semi-conducteurs de pointe utilisés en intelligence artificielle à la fabrication de véhicules électriques et de batteries, en passant par les avancées technologiques dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, les minéraux critiques sont à la base des composantes essentielles de la quatrième révolution industrielle, une ère de forces technologiques perturbatrices résultant d’une interaction humain-machine accrue.

Actuellement, la Chine domine l’ensemble de la chaîne de valeur des minéraux critiques, de l’exploitation minière à la demande d’utilisation finale en passant par le raffinage et le traitement. L’Agence internationale de l’énergie a dressé une liste de six minéraux critiques fondamentaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite et métal du groupe des terres rares) et, en moyenne, la Chine représente les deux tiers de la capacité mondiale de raffinage pour ce groupe. Pour leur part, les États-Unis disposent de réserves nationales limitées de minéraux critiques et dépendent entièrement des importations, souvent en provenance de la Chine.

Cette lutte pour la suprématie technologique mondiale que se livrent la Chine et les États-Unis se manifeste par une guerre pour les ressources de minéraux critiques, un nouveau grand jeu pour le XXIe siècle, comparable à l’importance géopolitique que revêtait le pétrole au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

2. Quel rôle le Canada peut-il jouer dans la protection des chaînes logistiques des minéraux critiques ?

Le Canada et les États-Unis entretiennent des relations commerciales bien établies dans le secteur des minéraux et des métaux, puisqu’ils sont le principal partenaire commercial l’un de l’autre. En 2024, les importations canadiennes de minéraux non combustibles s’élevaient à 40 milliards de dollars US, soit 24 % des importations américaines totales. Le pays est également la plus grande source d’importations de minéraux critiques des États-Unis en termes de valeur monétaire, mais ces importations sont en grande partie constituées de minéraux critiques « commerciaux » comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

On observe une augmentation du nombre de minéraux critiques de créneau, moins commerciaux, mais stratégiquement importants, qui revêtent une importance vitale pour les applications de défense, la sécurité à la frontière et la fabrication de puces de pointe. Les approvisionnements en minéraux de ce type, notamment le gallium, le germanium, l’antimoine et le tungstène, sont concentrés en Chine et sont soumis aux contrôles chinois des exportations. C’est dans ce sous-ensemble de minéraux en particulier que nous pensons que le Canada peut jouer un rôle essentiel en réduisant les risques qui pèsent sur les chaînes logistiques des minéraux critiques des États-Unis et du G7.

3. À quoi peut-on s’attendre de la conférence ?

Cette année, la conférence de l’ACPE aura une orientation politique plus marquée que d’habitude, étant donné les tensions accrues suscitées par l’approvisionnement en minéraux critiques des États-Unis, déjà observées dans les pourparlers de paix en Ukraine, mais aussi dans les commentaires du président Trump sur le Groenland et le Canada. Les discours continus des décideurs politiques et des dirigeants du secteur de l’exploitation minière sur le potentiel du Canada peuvent renforcer l’idée que le Canada a des alliés et des partenaires économiques.

Nous nous attendons à en apprendre davantage sur la manière dont le Canada peut accroître sa compétitivité en attirant des capitaux dans le secteur des minéraux critiques. Les gouvernements pourraient notamment jouer un rôle plus important en concluant des accords d’exploitation, en améliorant les incitations fiscales (par exemple, en augmentant les crédits d’impôt à l’investissement), en sécurisant l’accès au marché et en simplifiant le processus d’octroi des permis.

Leadership avisé RBC publiera un rapport plus détaillé sur les minéraux critiques dans le courant de la semaine prochaine, ainsi que des commentaires tout au long de la conférence de l’ACPE. Vous pouvez trouver nos recherches et nos perspectives dans l’Espace commercial RBC.

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L’hydrogène suscite de l’engouement. Ce gaz, qui se décline en de nombreuses variantes (d’origine géologique, à faible teneur en carbone, conventionnel, etc.), fait l’objet de milliards de dollars d’investissements dans le monde. Lorsque l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, on parle d’« hydrogène vert », et lorsqu’il est produit à partir de gaz naturel et que sa production comprend la capture des émissions, on parle plutôt d’« hydrogène bleu ». Il existe également plusieurs autres façons de produire de l’hydrogène. Ses propriétés en tant que vecteur énergétique et charge d’alimentation pourraient en faire un précieux allié dans le cadre de la décarbonation de la planète. Le Canada peut contribuer à répondre à la demande d’hydrogène à l’échelle du continent, voire même du monde. Pour l’instant, la production canadienne d’hydrogène reste modeste – environ 3 500 tonnes d’hydrogène à faible teneur en carbone par année. C’est nettement moins que les trois millions de tonnes d’hydrogène que le pays consomme pour alimenter ses secteurs du pétrole, du gaz, des produits pétrochimiques et des engrais, et dont la production, à partir d’énergie fossile, entraîne des émissions de carbone. L’augmentation de la production d’hydrogène à faible teneur en carbone pourrait aider le Canada à atteindre son objectif de carboneutralité, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, tant au chapitre des technologies que de la réglementation et des applications, avant que ce type d’hydrogène soit considéré comme une réelle solution de rechange à l’hydrogène conventionnel et aux combustibles fossiles. La bonne nouvelle, c’est que le processus est enclenché. Depuis que le gouvernement fédéral a publié sa stratégie pour l’hydrogène en 2020, 80 projets d’hydrogène à faible teneur en carbone ont été annoncés, sont en cours d’évaluation ou ont été mis en œuvre, ce qui représente des investissements de plus de 100 milliards de dollars. De plus, des stratégies provinciales prennent forme et des projets pilotes sont mis en branle dans des domaines variant de l’acier au chauffage, ce qui prouve que l’hydrogène a le potentiel de remplacer les combustibles fossiles et de réduire les émissions dans de nouveaux secteurs. Enfin, comme au moins 13 partenariats ont été conclus dans le secteur de l’hydrogène avec des communautés autochtones, l’avenir de l’hydrogène au Canada pourrait être soutenu par la mobilisation des peuples autochtones. L’hydrogène pourrait être un pilier de la décarbonation au Canada. Audacieuse, la stratégie canadienne 2020 visant l’hydrogène prévoit que la production annuelle triplera, pour atteindre 21 Mt, d’ici 2050, ce qui représente le tiers de l’utilisation d’énergie au Canada. En théorie, l’hydrogène propre pourrait circuler dans les gazoducs et alimenter les poids lourds – l’épine dorsale du commerce interrégional –, les centrales électriques et les maisons, le tout en contribuant à la réduction des émissions. Il pourrait également faire partie du nouveau marché d’exportation des ressources éoliennes de la côte est du pays vers l’Europe, ce qui permettrait de réduire la dépendance du continent au gaz naturel. Toutefois, comme l’indique le rapport d’étape de la stratégie de mai 2024, nombre d’éléments dépendent des applications qui seront faites de l’hydrogène. La demande pourrait varier de façon importante, de 3 à 20 Mt/par année, par suite de l’incertitude persistante concernant le potentiel de l’hydrogène. Cette incertitude est liée à la complexité de l’hydrogène et à la concurrence provenant des autres technologies propres. Voici certains des défis qui devront être relevés :

1.Une question de logistique

L’hydrogène est difficile à transporter, et sa production est inefficace sur le plan énergétique. D’abord, la conversion de l’électricité en hydrogène entraîne une perte d’énergie de 30 % à 40 % par rapport à un usage direct, par exemple pour faire fonctionner une thermopompe ou chauffer une pièce. Ensuite, le transport de l’hydrogène jusqu’à sa destination est difficile en raison du processus de compression énergivore, du nombre limité de pipelines d’hydrogène au pays, et de l’incapacité des gazoducs à acheminer des concentrations élevées d’hydrogène sans risque d’endommagement.

2. La facture énergétique de l’hydrogène propre

Les vastes ressources hydroélectriques et nucléaires du Canada et sa réglementation stricte du méthane constituent un avantage, mais ne suffiront pas alors que la demande d’énergie augmente et que les coûts sont en hausse. Étant donné l’inefficacité énergétique du processus de production d’hydrogène, le Canada devra, pour soutenir la fabrication d’hydrogène vert, augmenter de façon importante sa production d’énergie renouvelable et se doter d’une solide infrastructure de captage, d’utilisation et de stockage du carbone pour réduire les émissions issues de la production d’hydrogène bleu. La production d’hydrogène bleu nécessitera également des mesures appropriées de surveillance des fuites de méthane et d’atténuation connexes. Ces mesures permettront au Canada de produire l’hydrogène dont il a besoin sans solliciter à outrance les réseaux électriques ni augmenter les émissions globales attribuables aux fuites de méthane.

3. La question de l’Inflation Reduction Act des États-Unis

La réduction des coûts de production de l’hydrogène et le maintien d’un environnement d’investissement attrayant pour les multinationales du secteur seront essentiels. Les États-Unis sont le principal concurrent du Canada, et les crédits d’impôt octroyés aux termes de l’Inflation Reduction Act (IRA) procurent un avantage aux producteurs d’hydrogène américains. Toutefois, le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour l’hydrogène propre du Canada pourrait compenser 15 % à 40 % des coûts de l’hydrogène et contribuer à combler l’écart entre les incitatifs canadiens et américains. D’ailleurs, les nouvelles orientations restrictives applicables à l’admissibilité aux crédits d’impôt aux termes de l’IRA entraînent une incertitude quant aux incitatifs offerts aux États-Unis. De plus, pour que les coûts diminuent, il faudra que la législation régissant le CII pour l’hydrogène propre au Canada évolue rapidement et que la demande d’hydrogène propre augmente. En conclusion, les applications potentielles de l’hydrogène sont aussi nombreuses que variées, et si le Canada accorde la priorité aux projets à impact élevé, il sera possible de calibrer la demande d’hydrogène pour qu’elle corresponde à l’offre. Le pays doit être stratégique à court terme et veiller à ce que la production actuelle soit rapidement décarbonisée et à ce que les projets pilotes et les secteurs économiques les plus prometteurs reçoivent le soutien nécessaire pour permettre le déploiement de l’hydrogène à grande échelle. Vivan Sorab est gestionnaire principal, Technologies propres, Institut d’action climatique RBC.