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Les dernières années ont été extrêmement difficiles pour bon nombre de Canadiens. La pandémie a causé d’importantes perturbations sur le marché du travail et fait grimper l’inflation à des niveaux jamais vus depuis plusieurs décennies, tandis que la guerre en Ukraine n’a fait qu’empirer les choses. Et maintenant, le pays est confronté à une guerre commerciale avec les États-Unis qui provoque ses propres ondes de choc, dont des pertes d’emplois et des bouleversements dans les chaînes logistiques qui poussent les prix des biens vers des niveaux encore plus élevés. Beaucoup n’arrivent plus à suivre.

Aujourd’hui, un Canadien sur quatre fait face à l’insécurité alimentaire. Cela représente 10 millions de personnes, un chiffre sans précédent au Canada.1 Le problème est surtout celui de l’accessibilité financière. Il y a une abondance de nourriture. Mais cette nourriture est inabordable pour de plus en plus de monde. En mars 2024, les banques alimentaires canadiennes ont enregistré plus de deux millions de visites. Autrement dit, une hausse de 90 % en seulement cinq années.2 Sachant que les banques alimentaires sont utilisées en tout dernier recours, cette situation est dramatique. Le soutien aux banques alimentaires et leur approvisionnement est une question critique. Cependant, pour remédier à l’insécurité alimentaire à long terme, il est vital de construire une économie canadienne plus robuste. En particulier, il faut résoudre la crise de l’accessibilité, améliorer la productivité et faire avancer un développement économique durable dans les régions canadiennes rurales et éloignées.

Les taux de pauvreté et d'insécurité alimentaire en hausse au Canada

Guerre commerciale visant la nourriture : augmentation des pertes d’emplois, coûts et perturbations

Les pertes d’emploi et l’insécurité obligent de nombreuses personnes à faire des choix difficiles

La guerre commerciale du président américain Donald Trump a provoqué une incertitude générale. Des lancements ont été retardés. La production est en pause. Des mises à pied ont été annoncées. Entre janvier et mai, le secteur manufacturier canadien a perdu 54 000 emplois et le taux de chômage du pays s’est hissé à 7 %, ce qui représente son sommet depuis 2016 exception faite de la pandémie.3 4 Les secteurs sensibles aux échanges commerciaux, dont celui de la manufacture, continuent de procéder à des mises à pied, et l’incertitude s’est accrue au regard de l’emploi dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium qui subissent les droits de douane de 50 % imposés par l’administration Trump. Une telle volatilité pourrait entraîner les travailleurs dans une situation financière précaire.

Le ménage canadien moyen a consacré environ 76 750 $ à l’achat de biens et de services en 2023, avec des parts respectives de 15 % et 32 % dans la nourriture et le logement. Le quintile de revenu inférieur a dépensé 40 080 $ par an, soit environ la moitié des dépenses du ménage moyen, avec des parts de 18 % dans l’alimentation et de 35 % dans le logement.5 En cas de perte d’emploi ou dans la crainte d’une mise à pied, les Canadiens situés dans les tranches d’imposition supérieures ont la possibilité de réduire leurs dépenses de consommation discrétionnaire (nouveaux vêtements, repas au restaurant) à court terme. Les ménages à faible revenu, qui n’ont pas ce luxe, doivent faire un choix difficile entre leurs différents besoins de base à couvrir comme les services publics, les médicaments et la nourriture. Entre autres, ces choix peuvent avoir des répercussions sur la qualité des aliments achetés, les ménages à faible revenu optant pour des aliments plus économiques et moins nutritifs.6

Tout comme les replis du marché du travail, les fluctuations sur les marchés internationaux de marchandises touchés par les guerres commerciales peuvent impacter les Canadiens dont le revenu est directement lié aux prix du marché. Les agriculteurs sont souvent en bout de chaîne, dans l’incapacité de répercuter la hausse des coûts sur les acheteurs et les consommateurs. De plus, les droits de douane imposés par la Chine sur les produits agroalimentaires comme l’huile de canola et les fruits de mer ont récemment porté un dur coup à l’économie rurale du Canada. La Nouvelle-Écosse serait la province la plus touchée par les droits de 25 % imposés par la Chine sur les produits aquatiques, lesquels représentaient 9,2 % de la valeur totale des exportations de la province en 2024. Les agriculteurs et les pêcheurs sont habitués à la volatilité liée aux conditions météorologiques et à l’évolution de la demande. Néanmoins, des perturbations persistantes pourraient éroder la stabilité des régions rurales et éloignées déjà désavantagées pour accéder aux occasions économiques et aux services.

En outre, les droits de douane ne touchent pas seulement la sécurité de l’emploi. Par exemple Windsor, en Ontario, est tributaire de l’automobile, de la fabrication de pointe, de la transformation des aliments, et de la manutention et de l’expédition des céréales et oléagineux. Cette dépendance rend toute la ville et ses environs vulnérables aux droits de douane imposés par Donald Trump au secteur de l’automobile, ainsi qu’aux droits de douane de rétorsion imposés par la Chine aux produits agroalimentaires canadiens. Le taux de chômage de Windsor est supérieur à la moyenne nationale, avec un niveau de 10,8 % en mai 2025 contre 7,8 % en mai 2024.7 De plus, les multiples pressions sur l’emploi d’une région et la hausse du coût de la vie peuvent avoir des répercussions sur le commerce de détail et les services. À mesure que les dépenses de consommation se resserreront, tous les secteurs et leurs travailleurs seront touchés.

La hausse du coût de la vie menace d’aggraver la crise de l’insécurité alimentaire.

En raison de la hausse des coûts au Canada, un seul emploi ne suffit plus à répondre aux besoins de base. Plus de 60 % des ménages canadiens en situation d’insécurité alimentaire dépendent d’un salaire ou d’un revenu de travail autonome en tant que principale source de revenu.8 Les travailleurs qui font face à une insécurité alimentaire modérée à grave occupent souvent des emplois à faible rémunération ou des emplois précaires qui ne suffisent pas à suivre le rythme du coût de la vie. Au Canada, les membres des minorités visibles, les femmes et les nouveaux immigrants gagnent un revenu inférieur à la moyenne nationale. Par conséquent, l’insécurité alimentaire frappe ces groupes de façon disproportionnée. Plus de 46 % des ménages noirs et 39 % de la population autochtone vivant hors réserve sont en situation d’insécurité alimentaire.9 Les ménages monoparentaux ont également un taux d’insécurité alimentaire plus élevé, soit 52 %.10

Les effets de l’insécurité alimentaire aggravent la marginalisation des groupes vulnérables. L’insécurité alimentaire est associée à une plus forte probabilité de maladies chroniques comme le diabète et les troubles cardiovasculaires. Il en résulte davantage de consultations médicales et d’hospitalisations. Les coûts de santé associés aux Canadiens en situation d’insécurité alimentaire sont plus de deux fois plus élevés que ceux associés aux Canadiens en situation de sécurité alimentaire.11 L’insécurité alimentaire a également des répercussions sur le développement physique et mental des enfants, ainsi que sur leur rendement scolaire et leur comportement.12 Ces incidences mettent en lumière les coûts sanitaires et socioéconomiques qui pèsent sur les familles et sur l’économie canadienne.

Au cours des cinq dernières années, la crise de l’accessibilité a durement frappé les ménages dont les salaires ne suivent pas la montée des prix des biens et des services. À mesure que les stocks d’avant les droits de douane sortent des rayons des épiceries, les nouveaux prix incluant les droits de douane intensifient l’inaccessibilité des produits au Canada, en particulier dans l’alimentaire. Depuis janvier 2025, les prix des aliments constituent un important facteur de hausse de l’indice des prix à la consommation au Canada. En avril 2025, les prix des alimentes ont augmenté de 3,8 % par rapport à l’année précédente.

Augmentation de 'écart entre le coût des aliments et les salaires

Les perturbations de chaîne logistique impactent la stabilité et le coût des aliments

Les sociétés alimentaires et les détaillants ont fait état de pertes au premier trimestre, conséquence directe de la guerre des droits de douane.13 En plus de faire face à des pertes, les chaînes logistiques agroalimentaires entre le Canada et les États-Unis doivent maintenant satisfaire à des exigences administratives additionnelles pour prouver leur conformité à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), étant donné que seulement deux tiers des exportations agroalimentaires canadiennes ont été échangés dans le cadre de l’ACEUM en 2024. Les fournisseurs, grossistes et détaillants agroalimentaires, dont les marges sont souvent très minces, n’ont pas la capacité d’absorber ces complexités et ces coûts supplémentaires. En définitive, la hausse des coûts est répercutée sur le consommateur. Aux États-Unis, les droits de douane devraient entraîner une hausse de 2,6 % des prix des aliments à court terme, avec une incidence disproportionnée sur les fruits et légumes dont les prix pourraient augmenter de 5,4 %.14

Les guerres commerciales ont déclenché un mouvement en faveur de la diversification. Bien que la diversification des échanges commerciaux constitue une stratégie pour accroître et renforcer les exportations agroalimentaires canadiennes, cette approche comporte quelques inconvénients, parmi lesquels une certaine incertitude à court terme sur le plan de la qualité et des coûts pour les consommateurs en attendant que les chaînes logistiques soient bien établies. La stabilité et la régularité des échanges commerciaux sont des conditions déterminantes pour maintenir les coûts de transport, de logistique et d’exploitation à des niveaux raisonnables pour les négociants, les grossistes et les détaillants, ce qui contribue à la constance des prix, de la qualité et de la disponibilité pour les consommateurs. À l’heure actuelle, l’incertitude liée aux droits de douane remet en question les avantages auxquels les consommateurs nord-américains sont habitués en raison de la connexion des chaînes logistiques entre le Canada et les États-Unis.

Prochaine étape : lier les solutions alimentaires aux ambitions de croissance du Canada

Les solutions à l’insécurité alimentaire au Canada sont bien documentées, mais le problème reste du côté des politiques et des engagements financiers à grande échelle.

Les solutions pourraient inclure :

  • Combler les disparités entre les régions rurales et urbaines du Canada en ce qui a trait à l’accès aux ressources, aux revenus de subsistance et aux occasions de développement économique.

  • Reconstruire le filet de sécurité sociale du Canada en vue de mieux soutenir les ménages à faible revenu et d’intervenir de façon proactive lorsqu’un ménage fait face à une perte de revenu ou à une perturbation ayant un impact sur son budget.

  • Améliorer l’accessibilité au logement. 

Une cible de sécurité alimentaire pourrait constituer le catalyseur nécessaire pour unir ces solutions, susciter des actions à l’échelle du Canada et suivre les progrès réalisés. Cette idée n’est pas nouvelle. Les experts de la sécurité alimentaire au Canada recommandent une cible de 50 % d’ici 2030.15 16 Mais le moment est venu d’adopter une vision ambitieuse pour la sécurité alimentaire au Canada, alors que le pays s’emploie à bâtir une économie plus forte. L’un des principaux défis consiste à déterminer dans quels domaines les solutions de sécurité alimentaire peuvent être harmonisées avec les engagements existants, afin d’insuffler un nouvel élan. Le plan pour la sécurité alimentaire au Canada doit aussi veiller à améliorer les taux de façon proportionnelle dans les régions et les groupes les plus vulnérables.

Le taux d'insécurité alimentaire est exceptionnellement élevé dans le nord du Canada

Promouvoir le développement et renforcer les services de santé dans les collectivités rurales et éloignées, tout en accélérant les grands projets d’infrastructure au Canada. L’ambition du Canada d’accélérer les grands projets d’infrastructure, du port de Churchill au Cercle de feu, se concentre principalement dans les régions rurales et éloignées du nord du Canada. Les régions rurales et éloignées du Canada représentent 25 % du PIB du Canada, mais elles sont nettement déficientes en matière de soins de santé, de logement et d’accès aux autres besoins essentiels comme les aliments sains.17 L’insécurité alimentaire est élevée partout au Canada, mais plus particulièrement dans le Nord et dans les régions éloignées. Plus de 58 % des habitants du Nunavut sont en situation d’insécurité alimentaire. De plus, au Canada, seulement 7 % des médecins travaillent dans les régions rurales, alors que celles-ci représentent 18 % de la population totale du Canada.18

Les plans du Canada pour assurer sa sécurité et sa souveraineté économiques reposent en grande partie sur la disponibilité d’une main-d’œuvre productive dans les régions rurales et éloignées. Toutefois, il est compliqué de convaincre les travailleurs de rester ou d’emménager dans les régions rurales ou éloignées pour mener à bien les projets en question si ces régions ne leur permettent pas d’accéder aux ressources dont ils ont besoin pour assurer une vie saine à leurs familles. Le Canada pourrait renverser la tendance d’une croissance 15 fois plus rapide dans les zones urbaines que dans les régions rurales en atténuant la fuite des cerveaux et des ressources grâce à des investissements dans les ressources des collectivités, en renforçant par exemple l’accès aux soins de santé, aux aliments et au logement, afin de se mettre au niveau de ses ambitions en matière de grands projets d’infrastructure.19

Améliorer l’accès au soutien financier et aux prestations sociales pour les ménages en engageant des réformes politiques. Le moment serait bien choisi pour faire avancer les projets de réforme, à présent que le gouvernement libéral s’est engagé à examiner et réformer le processus de demande de crédit d’impôt pour personnes handicapées (CIPH). Le CIPH donne accès à d’importants programmes du gouvernement fédéral, dont la Prestation canadienne pour les personnes handicapées, l’Allocation canadienne pour enfants destinée aux enfants handicapés et le Régime canadien de soins dentaires. Cet examen donne l’occasion d’encourager le réseau canadien de banques alimentaires desservant les familles bénéficiaires du CIPH à élaborer des solutions pratiques et efficaces pour les ménages, en particulier ceux qui font face à la crise du logement et à l’insécurité alimentaire.

En plus de l’admissibilité aux prestations, les groupes les plus vulnérables au Canada, y compris les personnes handicapées et les sans-abri, sont souvent les plus difficiles à joindre pour faire les déclarations fiscales, et le taux de déclaration de revenus de cette population est inférieur à la moyenne nationale de 92 %.20 Les revenus non déclarés et les crédits d’impôt non réclamés représentent plus de 8,9 millions de chèques de l’Agence du revenu du Canada (ARC) non encaissés, pour un total de 1,4 milliard de dollars.21 La valeur des crédits d’impôt ne résoudra pas toutes les difficultés financières des ménages, mais c’est un bon début.

Le projet pilote de l’ARC concernant la déclaration automatique des revenus, de même que les approches visant à rationaliser et à simplifier les déclarations fiscales sont l’occasion de définir des services de soutien qui aideraient les Canadiens à naviguer dans les processus administratifs pour devenir admissibles aux crédits d’impôt et en bénéficier. Nous avons aussi beaucoup à apprendre des organismes communautaires, comme les banques alimentaires, qui offrent des services intégrés tels que des programmes d’alimentation et de littératie financière aux populations les plus vulnérables et marginalisées du Canada.

Harmoniser les objectifs de sécurité alimentaire avec l’essor de la construction résidentielle au Canada. La réduction des coûts du logement peut transformer le budget d’un ménage. Le projet du nouveau gouvernement fédéral libéral de construire 500 000 logements par année stimulerait l’économie tout en répondant à un besoin essentiel, étant donné que l’une des priorités du plan « Construire des logements au Canada » est de construire des logements abordables à grande échelle. Cette priorité se traduit par un engagement de 6 milliards de dollars en faveur du logement très abordable couvrant les logements admissibles aux allocations, le logement pour les Autochtones et les refuges. En plus de construire rapidement de tels logements et d’établir des cibles relatives aux sans-abri dans les provinces, le gouvernement pourrait envisager de s’harmoniser avec les objectifs de sécurité alimentaire et les actions menées à l’échelle nationale afin d’évaluer ses progrès en matière de logement abordable, dans l’objectif d’améliorer l’accès à un mode de vie plus sain et plus productif, ce qui contribuerait à la croissance de l’économie canadienne.

L’insécurité alimentaire est un problème systémique qui requiert des solutions fondées sur les systèmes. Alors que le Canada s’engage dans une ère de stimulation de la croissance, le moment est venu d’examiner la façon dont le pays peut mettre à profit son approche unifiée pour lutter contre les symptômes les plus chroniques d’une économie à la dérive : l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

Expériences et approches dans le reste du monde

L’insécurité alimentaire touche tous les pays, et plus de 295 millions de personnes sont aux prises avec la faim aiguë dans le monde. Les pays adoptent des approches différentes pour mesurer, surveiller et atténuer le problème, qui vont bien au-delà des programmes et des politiques alimentaires et s’étendent aux domaines du revenu, du logement et de l’équité sociale. Toutefois, les économies avancées comme le Canada élargissent de plus en plus leurs programmes alimentaires pour contrer les répercussions de l’insécurité alimentaire sur les collectivités à court terme. 

Au Royaume-Uni, plus de 7 millions de personnes, soit 11 % de la population, appartiennent aux ménages en situation d’insécurité alimentaire.22 Et un tiers des enfants du Royaume-Uni vivent dans la pauvreté. Pour relever ce défi, le gouvernement a mis sur pied un Groupe de travail contre la pauvreté des enfants.23 De plus, le Royaume-Uni a mis en place plusieurs programmes notables directement liés à l’accès aux aliments, parmi lesquels :

  • Un programme de repas scolaires gratuits fournit aux enfants et aux jeunes des repas conformes aux normes alimentaires recommandées. En plus des repas scolaires, le Royaume-Uni a lancé le programme Holiday Activities and Food (HAF) en 2022 afin d’améliorer l’accès à la nourriture et aux ressources pendant les vacances scolaires.24

  • En Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, les bons Healthy Start aident les personnes à faible revenu à se procurer des vitamines prénatales, du lait maternisé et des aliments adaptés à la santé des enfants en bas âge. En Écosse, un programme équivalent appelé Best Start Foods a été lancé en août 2019.

  • Household Support Fund : prestations de 1,5 milliard de livres sterling allouées en 2022-2023 pour aider les ménages à payer les dépenses essentielles comme l’alimentation, l’électricité et le logement.

De plus, le Royaume-Uni mène sa plus grande campagne de construction de logements depuis la Seconde Guerre mondiale. Cet effort de construction est motivé par les répercussions de la pénurie de logements abordables sur la stabilité et les dépenses des ménages. La campagne inclut un plan visant à créer une douzaine de nouvelles villes d’environ 10 000 logements chacune.25

En Nouvelle-Zélande, 27 % des ménages avec enfants ont souvent ou parfois manqué de nourriture en 2023, ce qui marque une hausse par rapport à 14,4 % en 2021.26 Face à l’aggravation de l’insécurité alimentaire, la Nouvelle-Zélande a dirigé la mise sur pied d’une feuille de route sur 10 ans en faveur de la sécurité alimentaire pour la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC). Ce plan couvre quatre domaines clés : la numérisation, la productivité, l’inclusivité et la durabilité. L’APEC comprend 21 pays membres de la ceinture du Pacifique, y compris le Canada.

Plusieurs ministères néo-zélandais encadrent la recherche, les politiques et les programmes en faveur de la sécurité alimentaire, notamment ceux de la santé, de l’éducation et du développement social, ce qui témoigne de la reconnaissance de l’impact de l’insécurité alimentaire sur la santé et le bien-être des humains. La Nouvelle-Zélande connaît le développement d’un mouvement de plus en plus marqué en faveur de l’accès aux ressources dans les quatre principales régions du pays, en vue de répondre aux besoins essentiels et d’améliorer les conditions de vie :

  • Lancement en 2022 du Public Health Advisory Committee. En 2023, ce comité a été chargé d’examiner le système alimentaire de la Nouvelle-Zélande et d’émettre des conseils et des recommandations, lesquels sont présentés dans son rapport de 2024 intitulé Rebalancing Our Food System.

  • La Nouvelle-Zélande verse des fonds publics pour entretenir les infrastructures de distribution alimentaire dans les collectivités et soutenir les centres alimentaires communautaires régionaux dans le cadre du programme Food Secure Communities établi en 2020.

  • Le programme de repas sain à l’école (Ka Ora, Ka Ako) a été lancé en 2019 pour offrir des repas gratuits aux élèves qui fréquentent les écoles de régions à faible revenu. Le programme est mis en œuvre dans plus de 1 000 écoles et fournit des repas à près de 240 000 étudiants chaque jour.

L’insécurité alimentaire a touché 47 millions d’Américains en 2023. À l’issue de la pandémie, les États-Unis ont connu une tendance similaire à celle du Canada, c’est-à-dire que le taux des ménages en situation d’insécurité alimentaire est passé de 10 % à 14 % entre 2021 et 2023.27 Parmi les pays de l’OCDE, seul le Costa Rica présente des inégalités de revenus prononcées. Les projets de loi comme celui de la « grande et belle loi » menacent d’aggraver les inégalités aux États-Unis en augmentant la dette nationale, ce qui pourrait mener à des coupes dans les programmes visant à réduire l’insécurité alimentaire et améliorer l’accès à la nourriture, notamment :

  • Le programme Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) offre une subvention soumise à restrictions pour l’achat de nourriture. Le SNAP dessert 42,2 millions de personnes par mois en moyenne (12,6 % de la population des États-Unis).28 Il a été démontré qu’une participation au programme SNAP pendant six mois permet de réduire l’insécurité alimentaire de 5 à 10 points de pourcentage, et que ce programme est encore plus efficace pour les enfants et les personnes dont la sécurité alimentaire est très faible.29 30 Le SNAP a également démontré son incidence positive sur l’activité économique et la création d’emplois au sein des collectivités locales.

  • TLe programme Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants and Children (WIC) offre une subvention alimentaire soumise à restrictions, destinée aux femmes enceintes, aux jeunes mères, aux nourrissons et aux enfants jusqu’à cinq ans qui répondent à des critères d’admissibilité fondés à la fois sur le revenu et la nutrition.31 En 2023, le gouvernement fédéral a consacré 6,6 milliards de dollars américains au programme WIC, qui a bénéficié en moyenne à 6,6 millions de personnes par mois.32

Nos partenaires de projet

Télécharger le rapport

  1. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon le type de famille économique, 2025.

  2. Banques alimentaires Canada. Bilan-Faim 2024, 2024.

  3. Statistique Canada. Caractéristiques de la population active selon la région métropolitaine de recensement, moyenne mobile sur trois mois, données désaisonnalisées, 2025.

  4. Statistique Canada. Emploi selon le secteur, données mensuelles désaisonnalisées et cycle de tendance, cinq derniers mois (x 1 000), 2025.

  5. Statistique Canada. Dépenses des ménages selon le quintile de revenu du ménage, Canada, régions et provinces, 2025.

  6. French et al. La qualité nutritive des aliments achetés varie selon le revenu des ménages (étude SHoPPER, 2019).

  7. Statistique Canada. Caractéristiques de la population active selon la région métropolitaine de recensement, moyenne mobile sur trois mois, données désaisonnalisées, 2025.

  8. Li T, Fafard St-Germain AA, Tarasuk V. : Surveillance de l’insécurité alimentaire des ménages au Canada (2022), 2023.

  9. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon certaines caractéristiques démographiques, 2025.

  10. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon le type de famille économique, 2025.

  11. Statistique Canada, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) 2005, 2007-2008, 2009-2010, bases de données administratives de l’Ontario. D’après : Tarasuk, Cheng, de Oliveira, Dachner, Gundersen et Kurdyak (2015)

  12. Gallegos et al. Insécurité alimentaire et développement de l’enfant, 2021.

  13. Pepsico. PepsiCo Reports First-Quarter 2025 Results; Updates 2025 Financial Guidance, 2025.

  14. The Budget Lab at Yale. State of U.S. Tariffs : 15 avril 2025

  15. Banques alimentaires Canada. Lettre ouverte conjointe : Réduire de moitié l’insécurité alimentaire au Canada d’ici 2030, 2025.

  16. Beardsley, McCain et Saul. Engageons-nous à réduire l’insécurité alimentaire de moitié, 2022.

  17. Innovation, Sciences et Développement économique Canada Développement économique rural.

  18. Institut canadien d’information sur la santé. Profil des médecins au Canada, 2025

  19. Statistique Canada. Recensement en bref, 2022.

  20. Canada Revenue Agency. Statistical report on the participation of the hard-to-reach populations in the tax and benefit systems, 2024.

  21. Agence du revenu du Canada. Environ 1,4 milliard de dollars de chèques non encaissés dormaient dans les coffres de l’Agence du revenu du Canada en 2022.

  22. Parlement du Royaume-Uni. Who is experiencing food insecurity in the UK? 2024.

  23. Gouvernement du Royaume-Uni. Tackling Child Poverty: Developing Our Strategy, 2024.

  24. Gouvernement du Royaume-Uni. Guidance : Holiday activities and food programme 2024, 2025.

  25. Gouvernement du Royaume-Uni. Government unveils plans for next generation of new towns, 2025.

  26. Ministère de la Santé. New Zealand Health Survey, 2025.

  27. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Food Security in the U.S. – Key Statistics & Graphics, 2025.

  28. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. SNAP in Action, 2025.

  29. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Measuring the Effect of SNAP Participation on Food Security, 2025.

  30. Johnson-Green et Claflin. Gender and Racial Justice in SNAP, 2021.

  31. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Programme WIC | Economic Research Service, 2025.

  32. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis.

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La prospérité des écosystèmes naturels est essentielle à la croissance d’une économie nord-américaine fondée sur les ressources. Les politiques de construction et de forage à outrance sont motivées par des objectifs à court terme comme le développement du commerce international, la souveraineté économique, la sécurité et l’accessibilité financière, alors même que les plans de croissance devraient tenir compte de notre principal atout : la nature.

L’Institut d’action climatique RBC a co-organisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver la semaine dernière. Le sujet :Comment faire de la conservation et de la gérance de l’environnement des atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière ?

Voici ce que nous avons entendu :

  • Accent sur les avantages économiques.Nous continuons de nous éloigner des modèles de protection de paysages fondés sur l’absence d’activité ou d’accès public au profit d’approches qui soutiennent les économies locales : création d’emplois, d’espaces de loisirs et de nouvelles sources de revenus (crédits compensatoires) et d’entreprises (écotourisme, exploitation forestière responsable, gestion forestière). Cette évolution tient compte du fait que la conservation durable repose sur les humains. Un bon exemple est l’achat en 2021 par le conseil tribal Heiltsuk de Shearwater Marine Ltd, un centre de villégiature et une marina de 63 acres à Bella Bella, en Colombie-Britannique. Les Heiltsuks ont ainsi récupéré une partie importante de leur territoire et ouvert de nouvelles perspectives économiques, notamment dans le secteur de l’écotourisme culturel.

  • Communication adaptée aux valeurs locales. La transition énergétique risque d’appauvrir les communautés rurales dont l’emploi et l’activité économique dépendent de l’extraction des combustibles fossiles. La revitalisation de ces communautés par une transition économique axée sur la nature peut faire partie de la solution, mais pour obtenir l’adhésion des communautés à de telles stratégies, il faut les leur communiquer dans un langage qui tienne compte des valeurs et des priorités locales. En Virginie-Occidentale, un haut lieu de l’exploitation du charbon où l’administration Trump concentre ses efforts de relance de cette industrie, une telle stratégie économique axée sur la nature a permis de créer des emplois et de réhabiliter des villes abandonnées. Les occasions ne manquent pas : foresterie responsable, restauration des forêts, réhabilitation écologique de sites miniers abandonnés, et développement du tourisme le long de la chaîne de montagnes des Appalaches.

  • Débat sur l’attribution d’une valeur monétaire à la nature. Alors que les détracteurs dénoncent la marchandisation de la nature, les partisans soutiennent que sa valorisation favorise l’investissement d’un plus grand nombre de parties prenantes. Ce débat a façonné l’influence de la nature sur le marché de la compensation écologique ainsi que sur d’autres mécanismes – allant de la comptabilité budgétaire aux obligations vertes – qui encouragent l’investissement dans la nature. Par exemple, la ville de Gibsons, en Colombie-Britannique, a développé une stratégie axée sur les actifs naturels, intégrant ainsi la valeur de la nature dans ses processus de planification. En effet, la ville a conclu que l’infrastructure verte était rentable pour la gestion des eaux de ruissellement, ce qui a permis de réduire les coûts associés au développement de projets résidentiels et commerciaux. 

Trois choses à surveiller :

  • Le projet d’allègement fiscal aux États-Unis pourrait autoriser la vente de près de 300 millions d’hectares de terres publiques. On craint de plus en plus que ces terres ne soient vendues à des fins d’exploitation minière, forestière et pétrolière sans véritable encadrement. Ce problème concerne également le Canada, puisque les terres publiques voisines offrent des milieux naturels intacts aux espèces sauvages dont les routes migratoires franchissent les frontières. Ces terres jouent également un rôle essentiel dans la capacité des États-Unis à contribuer à l’atteinte des objectifs internationaux en matière de biodiversité et de climat. Le texte de loi sur le maintien des terres publiques sous contrôle public (Public Lands in Public Hands Act) vise à interdire au Secrétaire à l’Intérieur et au Secrétaire à l’Agriculture de vendre des terres de plus de 300 acres à une entité non fédérale. Le projet de loi a été initialement parrainé par Ryan K. Zinke, représentant républicain du Montana au sein du Congrès américain. Le projet de loi est actuellement examiné par la sous-commission des forêts et de l’horticulture du Congrès.

  • Le rôle de l’accord des Nations unies sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales dans l’exploitation de l’Arctique. Si l’accord compte 114 pays signataires, seuls 21 l’ont ratifié à ce jour, ce qui est bien en deçà des 60 nécessaires pour qu’il entre en vigueur et garantisse la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine dans les eaux internationales. L’Arctique abrite certains des plus vastes écosystèmes marins intacts du monde, dont la protection est plus que jamais d’actualité puisque la Russie, la Chine, les États-Unis et le Canada s’intéressent au tourisme, à la pêche commerciale, au transport maritime transarctique et à l’exploitation minière en eaux profondes.

  • Le gouvernement Carney peut-il renforcer les ressources naturelles du Canada dans un contexte de croissance ? Le gouvernement libéral présente un plan visant à accélérer et à étendre les projets dans les secteurs de l’énergie et des minerais critiques, tout en s’engageant à intensifier les efforts de conservation de la nature au Canada. Le défi de ce gouvernement libéral minoritaire sera de concilier la réconciliation avec les Autochtones, les efforts en faveur de la nature et l’exploitation des ressources, tout en apaisant les tensions liées au rythme des projets et à la valeur accordée à la nature dans les secteurs extractifs.

    Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

    Martha Rogers, économiste principale, The Nature Conservancy/Nature United

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Pour prendre le pouls de l’industrie agroalimentaire, l’équipe Leadership avisé RBC a rencontré la semaine dernière des agriculteurs de tout le Canada, allant des producteurs de porcs du Manitoba aux membres du secteur des fruits et légumes rassemblés à Montréal pour leur salon annuel.

Il est évident que le secteur est fortement motivé à poursuivre sur sa lancée, d’autant plus que l’année dernière, la valeur des exportations agroalimentaires canadiennes a atteint le chiffre record de 106 milliards de dollars. Tous les regards sont tournés vers les prix des marchandises, la politique agricole américaine et, bien sûr, l’impact des droits de douane du président américain Donald Trump.

Ce que nous avons entendu:

  • De nombreux agriculteurs choisissent de rester calmes et de tenir bon. Les agriculteurs sont habitués à la volatilité, car ils doivent faire face aux conditions météorologiques imprévisibles, aux fluctuations des prix des marchandises et aux pannes d’équipement. Bon nombre d’entre eux voient les droits de douane imposés par Trump simplement comme une perturbation supplémentaire. D’autres tentent de surmonter les fluctuations de prix qui en ont découlé, notamment pour le canola. En réponse aux droits de douane du Canada sur les véhicules électriques, la Chine a imposé ses propres droits de douane sur les pois et les produits canadiens à base de canola. En conséquence, certains producteurs, notamment de céréales et de grains oléagineux, envisagent de modifier la rotation des cultures pour la saison de plantation 2025.

  • Faire face à la demande d’articles fabriqués au Canada. L’augmentation de la demande pour des produits canadiens conduit à une détérioration des produits américains que l’on trouve dans les épiceries. Ce mouvement s’ajoute aux efforts visant à accroître la superficie des serres canadiennes et la diversité des produits pour combler l’écart entre la production et la consommation de fruits et légumes.

  • Les producteurs et transformateurs alimentaires canadiens s’efforcent de renforcer leur conformité à l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). Les entreprises se préparent à un examen minutieux à la frontière pour prouver leur conformité à l’AEUMC et leur respect des règles énoncées, notamment en ce qui concerne le pays d’origine. Seulement 0,1 % de tous les produits agroalimentaires échangés en 2024 n’étaient probablement pas conformes à l’AEUMC, mais plus d’un tiers des exportations agroalimentaires du Canada, bien que conformes, n’ont pas été échangées dans le cadre de l’accord.

  • La diversification des échanges est commencée. Il reste néanmoins à voir si les détaillants et les commerçants canadiens pourront se procurer des produits alimentaires de qualité et de prix équivalents. Les exportateurs et les détaillants cherchent à savoir où ils peuvent se procurer les produits dont ils ont besoin pour leurs clients. Toutefois, les Canadiens voudront-ils acheter une orange marocaine plutôt qu’une orange de la Floride ?

  • Nos ports peuvent-ils répondre à nos ambitions de croissance et de diversification ? Dans le secteur agroalimentaire, le Canada a des délais d’exécution plus longs que ses principaux concurrents, notamment les États-Unis, l’Australie et le Brésil. Le potentiel afflux de produits dans les ports canadiens, en raison de l’augmentation des coûts de transport des marchandises aux États-Unis, pourrait provoquer une congestion accrue et des goulets d’étranglement plus importants si le Canada ne se prépare pas à cette croissance.

Trois choses à surveiller :

  • L’impact du soutien agricole d’urgence des États-Unis sur la compétitivité des agriculteurs canadiens. L’Emergency Commodity Assistance Program (ECAP) du département de l’Agriculture est un programme d’aide économique ponctuelle de 10 milliards de dollars destiné à aider les agriculteurs à atténuer les effets de l’augmentation du coût des intrants et de la chute des prix des marchandises. Par exemple, les agriculteurs américains peuvent recevoir jusqu’à 77,66 $ par acre d’avoine et environ 30 $ par acre pour le soja et le blé.

  • Réductions dans les programmes et services de recherche agricole aux États-Unis. Le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et les réductions dans le financement de 19 laboratoires d’innovation basés dans 17 États dans des universités ayant bénéficié d’un don de terrain, ainsi que les réductions proposées dans la recherche climatique de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) peuvent compromettre l’innovation agricole et risquent d’interrompre des services essentiels tels que la surveillance météorologique.

  • Risque d’augmentation des coûts et de perturbation des chaînes d’approvisionnement passant par les ports américains, de La Nouvelle-Orléans à Philadelphie. Le décret du 9 avril de Trump, Restoring America’s Maritime Dominance (restaurer la domination maritime de l’Amérique), charge les représentants américains du commerce de donner suite à une proposition qui prévoit des droits de quai de 1 million de dollars dans les ports américains pour tout navire faisant partie d’une flotte comprenant des navires construits en Chine ou battant pavillon chinois. Outre le risque lié aux coûts, les services douaniers américains pourraient ralentir les chaînes d’approvisionnement « juste à temps » nécessaires pour acheminer les bleuets péruviens au Canada.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole

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Les tensions commerciales avec les États-Unis ont braqué les projecteurs sur le commerce international des produits agroalimentaires canadiens : la menace tarifaire américaine représente un défi particulier pour les exportations agroalimentaires canadiennes, lesquelles ont aujourd’hui une part de 20 % dans les importations agroalimentaires américaines.

Les exportations vers les États-Unis sont à la hausse : plus de 60 % des exportations agricoles et agroalimentaires du Canada sont destinées aux États-Unis, et la valeur de ces exportations a quadruplé depuis 2000.

Toutefois, le Canada est à la traîne de ses concurrents à l’échelle mondiale : le Canada a reculé du 5e au 7e rang dans le commerce agroalimentaire mondial, et le pays pourrait chuter à la 9e place d’ici 2035 si des mesures correctives ne sont pas prises.

Les concurrents gagnent du terrain sur les marchés mondiaux à forte croissance : plusieurs concurrents agroalimentaires émergents comme le Brésil ont gagné du terrain en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que les rivaux traditionnels comme l’Australie gagnent des parts de marché en Asie du Sud-Est.

Les occasions commerciales s’élèvent à 44 milliards de dollars pour le Canada : selon une nouvelle modélisation réalisée par RBC et le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group, le Canada peut augmenter sa part de marché mondiale et remonter au 5e rang des exportations à condition de déployer les investissements adéquats. Cela pourrait ajouter 44 milliards de dollarsa à la valeur des exportations agricoles et agroalimentaires d’ici 2035.

Il est essentiel d’établir un plan précis : pour regagner des parts de marché, le Canada doit se concentrer sur l’innovation, les capitaux, l’infrastructure des exportations, l’accès numérique et la commercialisation mondiale des produits agroalimentaires.

Acier, automobile, bois et pétrole : le conflit commercial grandissant entre les États-Unis et le Canada est concentré sur les secteurs phares de notre économie de cols bleus. Cependant, si nous observons ce qui traverse les frontières, nous avons toutes les chances de voir des produits agricoles et agroalimentaires – qu’il s’agisse de homards transportés par camion de la Nouvelle-Écosse au Maine, de muffins exportés de Toronto vers Chicago ou de bétail voyageant de l’Alberta au Montana.

Les exportations du Canada sont moins diversifiées que celles de ses concurrents importants

Des produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars franchissent les frontières chaque année, les États-Unis important près de 60 % de ces marchandises. 1 bEt grâce à l’augmentation des investissements dans le secteur de la transformation agroalimentaire au cours des 20 dernières années, la balance commerciale ne cesse d’augmenter. La valeur des exportations canadiennes vers les États-Unis a quadruplé depuis 2000, et le Canada représente aujourd’hui 20 % des importations américaines de produits agricoles et agroalimentaires.2

Cette discrète transformation a aidé le secteur agroalimentaire canadien à devenir la plus grande source de manufacture du pays.2 Nous ne sommes plus seulement un producteur de marchandises en vrac, mais aussi un fournisseur étranger de premier choix dans les rayons des épiceries et sur les tables des Américains, car les agriculteurs et les producteurs canadiens ont beaucoup progressé dans l’élaboration de nouveaux produits alimentaires et dans leur commercialisation aux États-Unis.

Prenons l’exemple du canola, utilisé pour la cuisine et les biocarburants ainsi que pour l’alimentation animale. Grâce à l’envergure des usines de trituration, près de 96 % des volumes d’exportation d’huile de canola et 65 % des volumes d’exportation de tourteau de canola canadiens ont été envoyés aux États-Unis en 2024.4 Puis il y a la potasse, élément essentiel des engrais américains. Le Canada répond à 85 % des besoins des États-Unis, et ce chiffre pourrait augmenter si les États-Unis s’écartaient de la Russie et de la Biélorussie, leurs seuls autres fournisseurs importants.5

Les deux pays en ont bénéficié. Les États-Unis ont profité d’un accès prioritaire à la production et à la transformation du Canada, qui présente un avantage concurrentiel pour ce qui est des produits comme les préparations de céréales et les huiles végétales. L’importance de la base de production des Prairies canadiennes, ainsi que l’ampleur et la proximité des centres de fabrication et de transformation de l’Ontario et du Québec ont joué un rôle clé dans l’afflux de capitaux d’investissement au cours des dernières années. En outre, l’importance et la régularité des volumes, conjuguées à la faiblesse du dollar, ont renforcé la capacité du Canada à s’imposer comme un fournisseur de premier plan. L’amélioration de l’efficience des exploitations agricoles et des entreprises de transformation alimentaire canadiennes a encore raffermi la position du Canada en tant que pays fiable et efficace pour s’approvisionner en produits agricoles et agroalimentaires. Par conséquent, l’industrie alimentaire canadienne a augmenté son ratio de valeur ajoutée (production moins consommation) de 71 % entre 2014 et 2023.6

Ces avantages sont aujourd’hui menacés, dans le contexte de tarifs douaniers qui pourraient être appliqués à grande échelle. Si ces tarifs sont appliqués aux produits agricoles et agroalimentaires, ils feront du Canada un partenaire commercial moins intéressant pour les États-Unis, car notre position d’exportateur de produits agricoles et agroalimentaires à faible coût par rapport à d’autres pays, dont la Chine et les Pays-Bas, en pâtira. Le secteur de la production d’aliments et de boissons pourrait également avoir du mal à maintenir ses niveaux d’investissement, car jusque là, l’un de ses principaux arguments de vente est l’accès privilégié au plus grand marché du monde.

Ces défis obligeront les producteurs canadiens à faire un choix : assumer le coût des tarifs douaniers pour accéder au marché américain, ou répondre davantage à la demande d’autres régions.

Depuis plusieurs générations, le Canada est un leader mondial de l’agriculture, avec par exemple les expéditions de blé vers la Chine pendant les conflits postrévolutionnaires du pays, de porc vers le Japon lorsque son économie a décollé, de lentilles vers l’Inde pour nourrir les villes en forte croissance, et de sirop d’érable vers l’Europe à l’ouverture de ses marchés. La potasse, les engrais et les semences canadiens ont également joué un rôle essentiel dans la capacité des agriculteurs du monde entier à augmenter la production destinée à leurs propres marchés. Grâce à des décennies de croissance des exportations, avec une longueur d’avance sur la plupart des secteurs économiques canadiens, notre secteur agroalimentaire est entré dans le XXIe siècle comme un chef de file de la productivité. Mais avec autant d’attention portée au marché américain, de nombreux Canadiens n’ont pas réalisé que le reste du monde était en train de les rattraper et, dans certaines catégories, de les dépasser.

Voici où nous en sommes aujourd’hui dans le classement mondial : au cours du premier trimestre de ce siècle, nous sommes passés de la 5e à la 7e place, dépassés par la Chine et le Brésil.7 Et si les conditions des affaires restent stables, nous pourrions tomber à la 9e place au cours de la prochaine décennie. Un modèle mondial élaboré par le Boston Consulting Group et RBC montre que depuis 2000, la part de marché du Canada a décliné de 12 % en termes relatifs. Nos exportations continuent de croître : elles ont quadruplé au cours de la période. Le problème est que nous ne suivons pas le rythme du reste du monde, qui a vu ses exportations agricoles et agroalimentaires multipliées par cinq au cours de la même période.c d

Le Canada croît en valeur, mais sa part de marché est en déclin

Le déclin relatif pourrait être un signal d’alarme indiquant que nos exportations agricoles et agroalimentaires ne sont pas seulement trop dépendantes des États-Unis, mais aussi menacées par une concurrence encore plus acharnée à l’étranger dans les décennies à venir. D’autres pays, comme le Brésil et le Chili, ont gagné une grande partie des marchés de la viande et du poisson, où le Canada était compétitif par le passé.

L’Équateur est un autre cas intéressant. Le pays dispose d’une aquaculture intérieure très concentrée, aux environs de la ville de Guayaquil, où les progrès de la génétique des crevettes ont permis de multiplier le volume de production par 18 depuis 2000.8 Aujourd’hui, les crevettes représentent près de 24 % des exportations totales de l’Équateur et 25 % du marché mondial des exportations de crustacés, en incluant les crevettes et les homards.9 Des tendances similaires sont observées pour les myrtilles du Pérou, les pâtes de la Turquie et le soja du Paraguay. Cette croissance ciblée et dynamique de la part de nos concurrents a fait perdre au Canada des parts de marché dans deux tiers des secteurs qui composent le commerce agricole et agroalimentaire, à savoir la viande (-2 %), les animaux vivants (-5 %) et les boissons et spiritueux (-2 %). Selon notre modèle, le Canada a ainsi perdu 23 milliards de dollars de valeur d’exportation en 2023 en raison des parts de marché perdues depuis 2000, ce qui dépasse la valeur des exportations canadiennes d’acier et de fer vers les États-Unis en 2024.

Il est important de surveiller le front de l’Asie du Sud-Est et du Sud. La consommation agricole et alimentaire de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est devrait s’accroître à plus de 31 % de la consommation mondiale au cours de la prochaine décennie.10 Depuis longtemps, une grande partie de la région représente un marché sûr pour les producteurs canadiens, qu’il s’agisse de soja pour le Vietnam, de blé pour l’Indonésie ou de pois pour l’Inde. Toutefois, la région se tourne de plus en plus vers d’autres fournisseurs. L’accord de libre-échange entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) a éliminé les tarifs douaniers sur 99 % des exportations néo-zélandaises vers l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam. En vertu de cet accord, l’Australie a régulièrement augmenté ses exportations vers l’ANASE, qui représente aujourd’hui 23 % de la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires.11 12 Le Brésil est un autre concurrent à surveiller. L’accent placé par le pays sur la promotion de son commerce n’en a pas seulement fait un fournisseur de l’ANASE plus important ; mais cela a aussi accéléré sa présence en Afrique et au Moyen-Orient – qui affichent la plus forte croissance du monde – où la valeur de ses exportations a bondi de 24,4 % et 20,4 %, respectivement, entre 2023 et 2024.13

Cette réorganisation du commerce alimentaire mondial s’est déroulée en grande partie pendant une période de libéralisation du commerce mondial, mais cette ère est peut-être en train de prendre fin. Si les barrières tarifaires et non tarifaires se normalisent, et si le commerce devient plus politisé, la capacité du Canada à être compétitif à l’international pourrait être à nouveau remise en question, notamment face aux exportateurs résurgents comme le Kazakhstan qui cherchent à regagner des parts de marché, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.

L’année dernière, la valeur des échanges mondiaux de marchandises a atteint le chiffre record de 45 000 milliards de dollars, mais la croissance des volumese d’une année sur l’autre est en baisse depuis 2000.14 La croissance annuelle moyenne du volume des échanges a été de 2 % entre 2016 et 2025, ce qui marque un ralentissement par rapport aux 3,45 % enregistrés au cours de la décennie précédente.15 L’un des principaux facteurs à l’origine de ce ralentissement est l’abandon d’un système fondé sur des règles, ce qui a ouvert la voie à des politiques plus protectionnistes.

Par exemple, les interventions commerciales à l’encontre des céréales ont été 2,5 lus nombreuses que les interventions de libéralisation depuis 2009, sous l’impulsion de subventions financières, de prêts d’État et de tarifs douaniers à l’importation.16 L’agriculture et l’agroalimentaire font souvent les frais de ces politiques, compte tenu de l’importance politique des prix des denrées alimentaires et du pouvoir politique des producteurs de denrées alimentaires dans de nombreux pays. Les tarifs douaniers imposés par un membre de l’Organisation mondiale du commerce sur un produit agricole donné s’élèvent en moyenne à 14,8 %, contre 8 % pour les produits non agricoles.17 Le déclin de l’appétit pour le commerce international, le repli des occasions de conclure de nouveaux accords commerciaux et les perturbations de la stratégie d’exportation du Canada axée sur l’Amérique du Nord figurent parmi les plus grands défis que nous devrons sans doute relever dans les années à venir.

L’occasion est évidente. Selon notre modèle, la part du Canada dans les exportations mondiales pourrait augmenter de 30 % d’ici 2035, ce qui ajouterait 44 milliards de dollars aux exportations totales, à condition d’atteindre trois grands objectifs commerciaux : croître sur les marchés où le Canada a accès, se développer sur les marchés les plus dynamiques du monde, et maintenir les relations existantes grâce à une « diplomatie alimentaire » renforcée.

Le premier défi est simple : il s’agit de tirer parti de ce que nous avons. Le Canada a conclu 15 accords de libre-échange qui lui donnent accès à plus des deux tiers de l’économie mondiale. Ces accords pourraient permettre de mieux exploiter l’accès du Canada aux marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Par exemple, l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne élimine progressivement une grande partie des tarifs douaniers sur les fruits de mer. Avant l’AECG, les tarifs douaniers de l’UE sur le poisson et les fruits de mer étaient de 11 % en moyenne, avec des sommets à 25 %. Ils seront totalement supprimés au cours des cinq prochaines années.18

Notre prochain défi consistera à conquérir de nouveaux marchés en croissance, avec une ambition plus grande. Nous pourrions commencer par les marchés asiatiques mentionnés dans la section précédente. Les consommateurs d’Asie du Sud-Est et d’Asie du Sud devraient avoir plus d’argent à dépenser en produits de valeur supérieure au cours de la prochaine décennie, en partie grâce à une croissance économique qui devrait être parmi les meilleures au monde, avec un PIB par habitant en hausse de 3,9 % par an entre 2024 et 2033, selon les prévisions, contre 2,6 % pour la décennie précédente.19 L’Inde est l’une des occasions les plus évidentes : un marché de 1,5 milliard de consommateurs dont l’économie et le niveau de vie augmentent rapidement. En outre, ce marché constituera une occasion de plus en plus importante pour l’industrie canadienne de la transformation agroalimentaire, en particulier dans le domaine des protéines d’origine végétale, grâce à la production canadienne de légumineuses – pois, lentilles et soja.

En particulier, la transformation des oléagineux et des déchets agricoles du Canada peut contribuer à répondre à la croissance de la demande de biocarburants attendue en Asie du Sud-Est, où les taux de mélange de biocarburants avec les combustibles fossiles devraient rester supérieurs à 30 % sur des marchés tels que l’Indonésie. Dans ce pays, la demande de biodiesel devrait augmenter de 56 % au cours de la prochaine décennie.20 L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine devraient également connaître une forte croissance de leur PIB. Dans ces régions, nous pouvons nous attendre à une augmentation de la consommation totale et de la consommation par habitant, mais aussi à une transition vers des aliments plus riches en nutriments, ce qui inclut les protéines animales, les légumes et les légumineuses. Une façon de contribuer : le Canada peut aider à relier le transport maritime mondial aux chaînes d’approvisionnement locales en participant à la construction de corridors alimentaires et d’infrastructures portuaires en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, qui sont d’importants points d’entrée dans la région.

Troisièmement, le Canada peut renforcer et développer ses partenariats actuels. Ces marchés comprennent les États-Unis, le Japon, la Chine et le Mexique. Or, les trois premiers connaîtront probablement des déficits commerciaux dans le secteur alimentaire au cours de la prochaine décennie, et les producteurs excédentaires comme le Canada se disputeront ces marchés. Notre avantage réside dans les réseaux commerciaux établis et la confiance des consommateurs dans nos produits. En particulier, les États-Unis devraient accroître leurs importations de produits frais, de poisson et d’huiles végétales au cours de la prochaine décennie.21 La stimulation de la production et de la transformation dans ces domaines positionnera le Canada comme un partenaire à la fois fiable et stratégique, à condition de réaliser certains des investissements décrits aux sections suivantes.

ENCADRÉ : 3 pays à surveiller

Brésil : l’investisseur

  • Devenu le deuxième plus grand exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, le Brésil prend une part exceptionnellement importante dans les exportations mondiales d’oléagineux et de viande, avec des augmentations respectives d’environ 20 % et 11 % en valeur.22

  • Les cultures en rangs ont presque doublé entre 2000 et 2014 au Brésil, principalement en raison de la conversion des pâturages (80 %), mais aussi des terres forestières (20 %).23 Le Brésil améliore également les rendements par rapport aux intrants tels que la terre, les engrais et la main-d’œuvre, et la productivité des facteurs agricoles globaux a augmenté de 53 % entre 2000 et 2022. À titre de comparaison, la productivité du Canada a augmenté de 27 %.24 f Le régime de politique industrielle a adopté un modèle de soutien aux entreprises au début et au milieu des années 2000, ce qui a attiré les investissements des multinationales de l’agroalimentaire et des sciences de la vie et contribué à financer la croissance du stockage national, des infrastructures de transport et de la capacité de transformation.25

  • Le Brésil a adopté une approche agressive en matière de marketing et de promotion sur les marchés en croissance, et il augmente progressivement sa part de marché en Chine. D’un autre côté, l’Union européenne, deuxième marché du Brésil, compte appliquer fin 2025 un règlement contre la déforestation interdisant des importations spécifiques, notamment de soja, de bœuf et de produits à base de café associés à la déforestation après 2020.26 Cette réglementation, conjuguée à d’autres politiques environnementales régissant le commerce international, pourrait poser des problèmes de conformité au Brésil malgré le repli des taux de déforestation dans le pays.

  • Au cours de la prochaine décennie, la politique industrielle brésilienne « Nova Industry Brazil » encouragera à l’innovation et à la durabilité, les chaînes logistiques agroalimentaires étant définies comme une priorité absolue pour la croissance.

Australie : le négociateur

  • L’Australie a mis à profit ses 18 accords de libre-échange avec 30 pays pour diversifier, développer et adapter ses flux d’exportation agroalimentaires. La valeur des exportations agroalimentaires de l’Australie vers l’Inde s’est envolée de 106 % entre 2022 et 2023 après l’entrée en vigueur de l’Accord de coopération économique et commerciale Inde-Australie (ECTA) en décembre 2022. En 2023, l’Australie a tiré parti de la baisse des tarifs douaniers sur la viande dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre la République de Corée et l’Australie, augmentant les ventes de moutons et de chèvres d’environ 50 % en valeur par rapport à 2022.27

  • L’Australie diversifie sa production afin de s’adapter à la croissance de marchés d’exportation tels que le canola, et soutient cette politique à l’aide de promotion commerciale. Sa nouvelle initiative d’expansion agroalimentaire intersectorielle est la création d’un fonds de 85 millions de dollars destiné à accroître et diversifier les exportations agroalimentaires.28

  • Participant actif à la commission du Codex Alimentarius, qui est un ensemble de normes alimentaires adoptées à l’échelle internationale. L’harmonisation des normes alimentaires entre les partenaires commerciaux est essentielle pour éviter les barrières non tarifaires.

Espagne : l’expansion

  • Le pays s’est positionné comme le marché de référence pour les fruits, les légumes et le porc dans l’Union européenne, en se concentrant sur l’échelle de production, la qualité et la production régionalisée.

  • L’Espagne s’est hissée au rang de chef de file de l’agroalimentaire en se connectant à ses clients européens et internationaux depuis 46 ports.29

  • L’Espagne a augmenté sa production afin de répondre à la demande de volumes d’exportation, grâce à une amélioration de la productivité et à une transition vers la commercialisation agricole. Cela se traduit par une production sous serre centralisée, optimisée aux fins d’accès au marché régional et de commerce international. Toutefois, ce centre de production dépend principalement du transport routier, ce qui crée des vulnérabilités logistiques.

  • L’Espagne restera l’un des principaux concurrents du Canada pour ce qui est de l’expansion sur le marché européen si le pays décide d’optimiser son utilisation de l’AECG.

Kazakhstan : la croissance

  • Bien qu’il ne figure pas encore parmi les 50 premiers exportateurs, le Kazakhstan a multiplié par neuf la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires depuis 2000.30

  • Au cours de la prochaine décennie, si les tendances d’utilisation des terres agricoles du Kazakhstan reflètent celles d’autres puissances agricoles telles que le Brésil, le Canada et les États-Unis, on peut s’attendre à ce que ses pâturages, qui représentent environ les trois quarts de toutes les terres agricoles, soient transformés en marchés de cultures.31

  • Dans le cadre des plans de développement agricole 2021-2030 du ministère de l’Agriculture, le Kazakhstan prévoit stimuler la productivité de sa production de viande et de produits laitiers en augmentant le poids des carcasses et la production de lait par animal en vue d’accroître ses exportations.32

  • Le secteur agricole du Kazakhstan présente un potentiel de croissance important, mais il est sous-développé et sous-financé. À la suite des investissements significatifs réalisés par les institutions financières d’État telles que KazAgroFinance, le Kazakhstan deviendra un pays à surveiller pour les céréales, les oléagineux, le bœuf et le mouton.33

Le secteur agricole et agroalimentaire canadien n’est pas seulement un exportateur ; c’est une source d’aliments de haute qualité, abordables et nutritifs pour une population nationale croissante. Nous produisons au-delà de nos besoins, nous positionnant comme un exportateur net de produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de 32 milliards de dollars en 2023.34 Toutefois, la composition productive d’un secteur axé sur l’exportation ne se traduirait pas par un régime alimentaire sain pour tous les Canadiens.35 Une approche équilibrée est nécessaire.

Le Canada a noué des relations commerciales avec des pays spécialisés dans la production d’aliments tels que les fruits de façon plus concurrentielle et productive. En conséquence, le Canada accuse un déficit de production pour les fruits et légumes, ainsi que dans le secteur du sucre et de la confiserie. La technologie pourrait être d’une aide précieuse, en l’occurrence grâce à l’agriculture moderne en environnement contrôlé. Des poches de production en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique ont permis de quintupler les volumes de production de fruits et légumes en serre depuis 2000.36 Ce secteur en pleine croissance peut jouer un rôle essentiel pour combler le déficit de production – la production de légumes devrait doubler et la production de fruits quintupler pour répondre à la demande intérieure.37

Le Canada devra soutenir cette croissance à l’aide de services publics suffisants, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de la gestion des déchets. Il sera essentiel d’étendre et de décarboner les réseaux électriques du Canada, ce qui pourrait obliger les provinces à investir près de 160 milliards de dollars pour doubler leur approvisionnement en électricité à partir d’énergies propres.38 De tels investissements ont un effet en cascade sur la décarbonation du système alimentaire canadien, dans la mesure où ils permettent de réduire l’intensité en carbone de l’énergie utilisée pour le stockage, les usines de transformation et le transport.

La transformation de la viande, ainsi que la production et la transformation du poisson et des fruits de mer constituent d’autres domaines de croissance permettant de répondre à la demande intérieure et de regagner des parts de marché à l’échelle mondiale. La production de viande est presque deux fois supérieure au taux de consommation moyen du Canada, tandis que la production de poisson et de fruits de mer se situe juste au-dessus des moyennes de consommation.39 40

Ces secteurs ont été confrontés à des coûts d’exploitation élevés, à la volatilité des prix des marchandises, à des pénuries de main-d’œuvre et à un contexte politique difficile pour l’aquaculture. Pourtant, la demande nationale et internationale de protéines durables fabriquées au Canada est en plein essor, ce qui signifie que les gains d’efficience découlant des opérations mondiales réalisées au Canada pourraient améliorer le coût et la disponibilité de ces produits pour les consommateurs nationaux.

Miser sur le Canada pour l’alimentation de l’avenir peut également être un gage de sécurité environnementale. Bien qu’aucun pays ne soit à l’abri des effets négatifs des changements climatiques sur les cultures et l’élevage, les scénarios de croissance des rendements tenant compte de l’accélération des changements climatiques suggèrent que le Canada devrait renforcer son rôle de grenier mondial pour les cultures de base telles que le blé, le soja et le maïs. Le Canada est également bien doté en ressources naturelles, et dispose de systèmes de production efficients qui consomment ces ressources de manière responsable. L’utilisation de l’eau dans l’agriculture canadienne demeure modeste à 11 % du prélèvement d’eau douce total, contre 67 % en Australie et 40 % aux États-Unis.41

L’utilisation des terres dans l’agriculture canadienne est également très raisonnable par rapport aux États-Unis et à l’Australie qui exploitent plus de la moitié de leurs terres totales, alors que les terres agricoles du Canada ne représentent que 6 % de la superficie nationale. Ces chiffres illustrent les limites auxquelles se heurtent les autres puissances agricoles pour répondre aux besoins de terres à répartir entre le logement, l’énergie et l’alimentation.42 43 44

Nous sommes un chef de file en matière de production, mais à la traîne pour ce qui est de la commercialisation des innovations. Cela dit, le Canada souffre d’un ralentissement de sa productivité dans l’agriculture. La relance de la productivité passe par l’innovation axée sur l’efficience. Le taux d’adoption peut être amélioré. Prenons l’exemple du pilotage automatisé des tracteurs et de la technologie à taux variable dans le domaine des engrais et des semences. Les taux d’adoption de ces deux technologies restent faibles à 27 % et 16 %, respectivement.45 Nous avons également besoin d’une meilleure connectivité entre les chercheurs, les entreprises en démarrage, les fournisseurs de financement et les sociétés, de préférence au sein de pôles d’innovation agroalimentaire semblables à ceux du Midwest américain et des Pays-Bas. Pour ce faire, nous devrons combler l’écart croissant entre les ressources privées et publiques, qui menace la capacité du Canada à développer des partenariats dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la commercialisation. Les dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement agroalimentaire ont reculé de 9 % en moyenne par an au cours de la dernière décennie.46

Le Canada dépasse ses homologues de l'OCDE en matière de productivité agricole, mais il est à la traîne des économies émergentes

Le Canada se classe parmi les 10 premiers pays pour les investissements dans la technologie et l’innovation agroalimentaires.47 Nous pourrions figurer parmi les 5 premiers, à condition de doubler les investissements annuels dans les entreprises en démarrage basées au Canada. La tâche pourrait être plus difficile dans un monde soumis aux tarifs douaniers, qui présenterait un risque intrinsèque pour les capitaux étrangers. Néanmoins, les rendements sur les exportations pourraient suffire à compenser les défis nord-américains. L’expansion des secteurs de la transformation agroalimentaire canadienne nécessitera également des investissements initiaux. Industries des protéines du Canada estime que nous pourrions détenir 10 % du marché mondial des aliments d’origine végétale d’ici 2035, ce qui ajouterait 25 milliards de dollars aux ventes annuelles. Pour réaliser cette ambition, le Canada aura besoin de 10 à 15 nouvelles usines de transformation d’aliments d’origine végétale et de 6 à 9 milliards de dollars d’investissements en immobilisations pour la seule fabrication d’ingrédients.48 Pour accroître les investissements au Canada, nous devrons également rehausser notre attrait en adoptant des approches plus concurrentielles en matière de fiscalité et de réglementation. Nous pouvons également promouvoir notre histoire, et repositionner le pays comme un producteur à valeur ajoutée, concurrentiel sur le plan des prix, de la qualité et des volumes. Nous pouvons élaborer des études de cas sur les sociétés, les régions et les secteurs (voir l’encadré) qui mettent en évidence ce qui, au Canada, est prêt à entrer dans une ère de croissance et a le potentiel d’attirer une nouvelle vague d’investisseurs.

L'augmentation des investissements dans le secteur manufacturier depuis 2015 témoigne d'une transition intérieure des marchandises vers les produits agroalimentaires à valeur ajoutée

Le Canada doit combler son retard en matière de 5 G. L’utilisation d’outils agricoles de précision met en évidence l’importance des connexions sans fil dans les régions rurales du Canada. Ces outils s’appuient sur des applications ou des plateformes Web pour améliorer l’utilisation des aliments pour animaux, des semences, des engrais et des pesticides afin de produire plus avec moins de ressources. Cette technologie nécessite l’Internet à haut débit et un excellent signal mobile 5G, domaines où les régions rurales du Canada sont en retard. Deetken Insights estime que si tous les agriculteurs canadiens avaient accès à la 5G, cela pourrait ajouter entre 2,7 et 3,5 milliards de dollars au PIB canadien d’ici 2030 grâce à une meilleure efficience des intrants et à une automatisation accrue dans les exploitations agricoles.49 La Stratégie canadienne pour la connectivité, qui reflète la vision nationale de l’infrastructure informatique, a permis de lancer des projets dans tout le pays pour élargir l’accessibilité au réseau. Cependant, deux provinces agricoles clés, la Saskatchewan et le Manitoba, n’ont que 50 % et 30 % de couverture rurale, respectivement, en ce qui concerne la 5G.50 Le redéploiement des fonds destinés à la connectivité des régions rurales canadiennes, pour se concentrer sur l’accès à la 5G dans les zones rurales et éloignées, pourrait être l’initiative nécessaire pour débloquer l’économie numérique pour les agriculteurs canadiens.

Les délais d’exécution dans les ports canadiens sont plus longs que dans les ports de nombreux concurrents, avec une moyenne de 2,7 jours en 2022 alors que les États-Unis, le Brésil et l’Australie affichent des délais d’exécution moyens respectifs de 2,1 jours, 1 jour et 2 jours.51 Le port de Vancouver, qui est le plus grand du Canada, connaît depuis longtemps des goulets d’étranglement liés à son infrastructure, entre le Second Narrows Bridge et le tunnel Thornton, que des mécanismes comme le Fonds national des corridors commerciaux ou la Banque de l’infrastructure du Canada pourraient aider à résoudre – par le biais d’un financement de transformation. À l’heure actuelle, le Canada investit environ 20 milliards de dollars par an dans ses infrastructures de transport, ce qui le place loin derrière ses concurrents agricoles tels que l’Australie et le Royaume-Uni. Pour rester au niveau de ces pays, il faudrait des investissements supplémentaires de l’ordre de 13 à 20 milliards de dollars.52 Il existe également des occasions plus modestes, telles que la logistique des conteneurs et les terminaux intérieurs, du fait que des problèmes simples comme le stockage des conteneurs peuvent engorger nos ports et nos voies ferrées.

Le Canada souffre d’un effet de dilution dans son approche de développement et d’accès au marché, avec des ressources limitées pour redémarrer. Les États-Unis dépensent près de 20 % de leur budget de services de soutien à l’agriculture dans le marketing et la promotion, soit le triple du Canada qui ne consacre que 6 % de son budget à ces activités.53 Dans le même ordre d’idées, pour gagner des parts de marché, de solides services d’inspection et de contrôle sont nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire et la protection de la production agricole contre les nouvelles maladies et les nouveaux parasites. Le Canada jouit d’une solide réputation, mais il fait face à un dilemme : malgré les 40 % de notre budget des services de soutien à l’agriculture consacrés à l’inspection et au contrôle, nous sommes toujours confrontés à des problèmes d’accès au marché et à des inspections redondantes.54 Une approche intéressante serait de sélectionner les cinq principaux produits ayant un potentiel à l’exportation et de réaliser des évaluations de marché prioritaires, par exemple au sujet de l’Europe pour les fruits de mer. En mettant en commun les ressources publiques et privées, le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les associations sectorielles, les sociétés et les provinces dans le cadre de groupes de travail régionaux et flexibles, afin de promouvoir les exportations et d’informer les organismes de réglementation sur les mesures à prendre pour soutenir la croissance. Une option complémentaire serait de positionner les autorités réglementaires telles que l’Agence canadienne d’inspection des aliments en vue de faire avancer la reconnaissance et l’harmonisation des normes sur les marchés de croissance identifiés.

Le Canada dépense environ 40 % de son budget de services agricoles dans l'inspection et le contrôle

Dans 10 ans à peine, le monde devra nourrir près de neuf milliards de personnes, et nombre d’entre elles disposeront de revenus plus élevés et rechercheront des aliments de meilleure qualité comme les produits sur lesquels le Canada a bâti sa réputation. Pour répondre à cette demande, le monde devra produire 14 % de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux et de biocarburants en plus que ce que nous produisons aujourd’hui, dans un environnement commercial plus perturbé.55

Pour nourrir le monde de demain, l’agriculture devra aussi composer avec les changements climatiques, l’expansion urbaine et les besoins croissants d’utilisation des sols pour la production d’énergie. En passant d’une réaction tactique à court terme à une stratégie de croissance, le Canada peut s’appuyer sur les menaces tarifaires américaines pour appeler à faire du secteur agricole et agroalimentaire un moteur de la diversification commerciale et de l’autosuffisance du pays.

Dans un scénario de forte croissance, nous estimons que le Canada pourrait retrouver son rang de 5e exportateur mondial et regagner l’influence internationale qui était la sienne au début des années 2000. Dans un tel scénario, le Canada, en 2035, aurait besoin d’accroître ses exportations agroalimentaires à valeur ajoutée de 50 % et ses exportations de marchandises agricoles de 10 %.

Dans un tel scénario, nous pouvons imaginer un Canada où

  • L’aquaculture de l’Atlantique doublerait en termes de production et de transformation, et alimenterait nos voisins européens ainsi que ceux qui sont plus proches.

  • Et où l’Alberta, qui produit 80 % de la viande bovine du pays, améliorerait la résilience de ses parcs d’engraissement et de ses chaînes logistiques, contribuant à faire du Canada le premier fournisseur de viande au Japon, alors qu’il y occupe aujourd’hui la quatrième place.56 57 58

  • Notre secteur des serres, qui aspire à doubler sa superficie au cours de la prochaine décennie, rapproche les Canadiens de leurs produits frais à un prix abordable.

L’agriculture est souvent laissée de côté dans les discussions sur la stratégie économique du Canada. La situation doit changer si nous voulons renforcer la résilience de notre pays et rétablir notre présence à l’étranger. Si le pays donne suite à ces idées, et à d’autres, avec précision et rapidité, la prochaine décennie pourrait voir un essor de la productivité, une ampleur sans précédent de l’industrie manufacturière, et une nouvelle voie de croissance fondée sur des marchés diversifiés. Partout au pays, des occasions de croissance sont prêtes à être saisies.

Encadré : Comment devenir un champion mondial

  • Les fournisseurs de légumineuses et produits d’origine végétale exportent vers plus de 100 pays.

  • Principaux marchés : Turquie, Algérie, Irak et États-Unis.

  • Marchés en croissance : Inde, Afrique du Sud, Arabie saoudite, et Émirats arabes unis.

  • Stratégie d’exportation :

    • Sa capacité à traiter et à transformer de gros volumes de légumineuses cultivées à proximité des installations de transformation de l’ouest du Canada a stimulé ses ambitions en matière d’exportation.

    • AGT dispose d’une chaîne logistique intégrée, de la porte de la ferme à la distribution mondiale, et la société a étendu sa prise de participation aux aliments emballés destinés à l’exportation, à l’infrastructure de transformation à valeur ajoutée, et à la manutention et au fret en vrac et par conteneurs.

    • De plus, son activité internationale a profité de l’expansion de ses bureaux et de ses usines de transformation en Turquie, au Kazakhstan, au Royaume-Uni, en Australie, en Europe, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Inde.

  • Stratégie de croissance :

    • Les acquisitions et les nouvelles capacités visant à amplifier la transformation au sein des groupes de production ont permis à AGT de devenir un exportateur mondial de produits alimentaires à base de légumineuses et de blé dur à valeur ajoutée. Cela a également permis à AGT de passer du statut d’acheteur et d’exportateur de marchandises au secteur des produits de détail, avec 21 installations dans l’ouest du Canada.

    • AGT investit et s’engage dans la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits et systèmes de transformation.

  • Société de fabrication de protéines exportant dans 20 pays.

  • Principaux marchés : États-Unis, Chine et Japon.

  • Marchés en croissance : Philippines, Singapour et Vietnam.

  • Stratégie d’exportation :

    • La forte intégration du marché et de la chaîne logistique avec les États-Unis étend la portée géographique de la société.

    • L’accès au marché et le développement entre le Canada et les États-Unis ont également bénéficié de la reconnaissance mutuelle des normes relatives au bien-être animal, à la biosécurité et à la qualité.

    • La qualité de la viande de porc canadienne est reconnue, et ce produit jouit d’une solide réputation sur les marchés asiatiques existants.

    • L’ouverture de nouveaux bureaux a soutenu le développement du marché en Asie. Cela a permis à MLF de travailler en étroite collaboration avec les délégués commerciaux de l’Asie pour accéder au marché et développer son activité, ainsi que pour résoudre les problèmes liés aux marchés locaux.

  • Approche de la croissance :

    • Portefeuille de marques reconnues et leadership bien établi, en particulier sur les marchés nord-américains et asiatiques.

    • Chaînes d’approvisionnement intégrées verticalement, avec pour priorité de réinvestir dans l’entreprise afin d’augmenter la capacité et d’améliorer l’efficience des opérations et de la chaîne d’approvisionnement.

    • Au fil des ans, MLF a eu recours aux acquisitions pour augmenter son échelle, mais aussi pour acheter d’importantes marques concurrentes ou complémentaires.

    • Elle s’est fortement concentrée sur l’efficience de sa production, grâce à l’automatisation et à l’établissement de centres d’excellence où les usines de transformation se spécialisent dans des gammes de produits particulières, ce qui permet de tirer parti de l’échelle du groupe.

  • Les produits sont vendus dans plus de 160 pays.

  • Forces et approche en matière d’exportation :

  • Mise en place de bureaux de vente locaux à Tokyo et Osaka et de centres de distribution dans tout le Japon pour assurer la ponctualité des livraisons.

  • Étroites relations entre le bureau international et les usines de transformation afin de garantir un approvisionnement fiable et cohérent répondant aux besoins des clients internationaux.

  • En cas de pénurie due à un cas de force majeure, par exemple des retards de transport ou des problèmes liés aux récoltes, l’entreprise a la capacité de proposer un produit de remplacement en temps utile grâce à la présence de bases de production dans différents pays.

  • Approche de la croissance :

    • Entretient d’étroites relations avec les agriculteurs par le biais de contrats directs, ce qui permet à McCain de réagir avec agilité aux perturbations de la production ou de la chaîne logistique.

    • Investit dans la résilience de l’agriculture régionale pour aider les principaux fournisseurs à atténuer les effets des changements climatiques et autres perturbations et à s’y adapter.

    • Étend ses usines de transformation et sa logistique dans les zones de production agricole existantes et émergentes.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/espacecommercial/.

Télécharger le rapport

Amy Standish, Vice-ministre adjointe, Policy and Programs, Gouvernement de la Saskatchewan
Brian Innes, directeur général, Soy Canada
Brodie Berrigan, directeur principal des relations gouvernementales et de la politique agricole, Fédération canadienne de l’agriculture Charlie Angelakos, vice-président, Affaires extérieures mondiales et durabilité, McCain Foods Limited
Craig Klemmer, directeur, Leadership avisé, Financement agricole Canada
Cyr Couturier, biologiste marin et scientifique de l’aquaculture, Institut des pêches et de la marine de l’Université Memorial
Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
Darlene McBain, directrice, Relations avec l’industrie, Financement agricole Canada
Dave Carey, vice-président, Relations avec le gouvernement et l’industrie, Canadian Canola Growers Association
David McInnes, directeur, DMci Strategies
Deb Stark, ancienne Vice-ministre, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario
Erin Gowriluk, présidente, Canadian Grains Council Greg Northey, vice-président, Corporate Affairs, Pulse Canada
Guillaume Lhermie, professeur et directeur, Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Ian Ross, président et chef de la direction, Grand Valley Fortifiers Janelle Whitley, directrice principale, Market Access & Trade Policy, Pulse Canada
Janice Tranberg, présidente et cheffe de la direction, Alberta Cattle Feeders Association
Jean-Marc Ruest, vice-président principal, Corporate Affairs and General Counsel, Richardson International Limited
Jeff Vassart, président, Cargill Limited Canada
John Cranfield, doyen et professeur, Ontario Agricultural College, Université de Guelph
Kendra Donnelly, directrice financière, Korova Feeders
Kim McConnell, conseiller pour le secteur
Kristjan Hebert, président, Hebert Group
Kinga Nolan, Policy and Regulatory Affairs, Grain Growers of Canada
Kyle Jeworski, président et chef de la direction, Viterra
Kyle Scott, associé gestionnaire, Emmertech
Leif Carlson, directeur, Market Intelligence and Trade Policy, Cereals Canada Lenore Newman, professeure et directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Institute Simon Fraser
Lorne Hepworth, membre du Conseil, Agricultural Research and Innovation Ontario
Michael Harvey, directeur général, Alliance canadienne du commerce agroalimentaire
Margaret Hudson, présidente et cheffe de la direction, Burnbrae Farms Limited
Margaret Hughes, vice-président, Ventes et marketing, Avena Foods
Mark Walker, vice-président, Markets and Trade, Cereals Canada
Martin Scanlon, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université du Manitoba
Matt Korpan, directeur général, Recherche et développement, Center for Horticultural Innovation Peter Dhillon, président du conseil d’administration, Ocean Spray Ray Price, président, Sunterra
Richard Lee, directeur général, Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Rickey Yada, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture, de la vie et de l’environnement, Université de l’Alberta
Ryder Lee, directeur général, Canadian Cattle Association
Sylvanus Afesorgbor, professeur agrégé, Université de Guelph
Ted Bilyea, membre honoraire, Institut canadien des politiques agroalimentaires
Tim Kennedy, directeur général, Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture
Tom Rosser, Vice-ministre adjoint, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Trevor Tombe, professeur, Université de Calgary
William Gould, directeur, Business Operations, Progressive Group of Companies
Yves Ruel, directeur général associé, Chicken Farmers of Canada


  1. UN Comtrade. Trade.

  2. UN Comtrade.

  3. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  4. manufacturières, 2023.

  5. Statistique Canada. Base de données sur le commerce international

  6. canadien de marchandises.

  7. UN Comtrade.

  8. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  9. manufacturières, 2023.

  10. UN Comtrade.

  11. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  12. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  13. OCDE et FAO. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2024-2033, 2024.

  14. Gouvernement australien. Snapshot of agricultural export diversification to ASEAN, 2024.

  15. Ministère des Affaires étrangères et du Commerce de Nouvelle-Zélande. Zone de libre-échange ANASE-Australie-Nouvelle-Zélande.

  16. Gouvernement du Brésil. Historic milestone for Brazilian agribusiness shows leadership in global food security, 2024.

  17. Nations unies. Global trade to hit record $33 trillion in 2024, but uncertainties over tariffs loom, 2024.

  18. Statistiques de l’Organisation mondiale du commerce. Merchandise export volume change.

  19. Global Trade Alert. Céréales.

  20. Afesorgbor, SK. Trump’s Tariff Threat Could Shake Trade Relations and Upend Agri-Food Trade, 2024.

  21. Gouvernement du Canada. Débouchés et avantages de l’AECG pourles exportateurs canadiens de poisson et de fruits de mer, 2022.

  22. OCDE et FAO.

  23. OCDE et FAO.

  24. USDA Economic Research Service. USDA Agricultural Projections to 2034, 2025.

  25. UN Comtrade.

  26. Zalles, V., et coll. Near doubling of Brazil’s intensive row crop area since 2000, 2018.

  27. USDA Economic Research Service. International Agriculture Productivity Data.

  28. USDA Economic Research Service. Brazil’s Momentum as a Global Agricultural Supplier Faces Headwinds, 2022.

  29. UN Comtrade.

  30. UN Comtrade.

  31. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian

  32. Agriculture 2024, 2024. https://www.agriculture.gov.au/abares/products/insights/snapshot-of-australian-agriculture

  33. Investir en Espagne. Spain for agri-food industry. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/ICEX-Invest%20in%20Spain.%20Agri-food.pdf 30UN Comtrade.

  34. International Trade Association, États-Unis. Kazakhstan – Country Commercial Guide, 2022.

  35. USDA Foreign Agricultural Service. Kazakhstan : Kazakhstan

  36. Finalizes 2021-2030 Agricultural Development Policy Document.

  37. International Trade Association, États-Unis.

  38. UN Comtrade.

  39. FAOSTAT. Production.

  40. Statistique Canada. Tableau 32-10-0456-01. Production et valeur des fruits et légumes de serre.

  41. FAOSTAT.

  42. Institut d’action climatique RBC. Action climatique 2025, 2025.

  43. FAOSTAT.

  44. OCDE et FAO.

  45. FAO AQUASTATS. Prélèvement d’eau pour l’agriculture en % des ressources en eau renouvelables totales.

  46. AAC. Aperçu du secteur agricole et agroalimentaire canadien, 2024.

  47. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian Agriculture 2024, 2024.

  48. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  49. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  50. OCDE et FAO.

  51. AAC. Distribution des activités d’abattage et nombre d’abattoirs inspectés par le gouvernement fédéral.

  52. AAC. Analyse des tendances du marché – Tendances du marché de la viande au Japon, 2023.


  1. Les estimations sont prudentes et fondées sur la valeur nominale de 2023.

  2. Les données sur le commerce sont converties du dollar américain au dollar canadien à l’aide de l’les taux annuels moyens.

  3. Les produits agricoles comprennent les codes SH : 01, 03, 06, 07, 08, 10, 12, 14.

  4. Les produits alimentaires dAgri comprennent les codes SH : 02, 04, 05, 09, 11, 13, 15, 16-24.

  5. Total trade of all goods. Cette catégorie comprend l’agriculture et les agroalimentaire.

  6. Model estime un scénario de forte croissance de la part de marché du Canada passant de 3,7 % en 2023 à 4,8 % en 2035.

  7. Basé sur une moyenne mobile sur 3 ans.

  8. Scenarios sont développés pour les codes SH 1-24, de 2024 à 2035. La croissance du commerce mondial est fondée sur les dernières données de l’OCDE-FAO sur l’agriculture Perspectives (croissance prévue du tonnage d’exportation aux prix de 2023) individuellement pour les céréales, les graines oléagineuses, les graisses, les sucres, la viande et le poisson. Les exportations mondiales dans toutes les autres catégories sont censées augmenter de 1 % par an d’après la croissance prévue de l’OCDE et de la FAO pour l’agriculture l’ensemble des produits de base.

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L’agriculture intérieure peut servir de source locale d’aliments en milieu nordique – et urbain

L’agriculture verticale est un type d’agriculture en environnement contrôlé qui permet aux producteurs de mieux contrôler l’environnement de leurs cultures, ce qui peut être avantageux dans des conditions de culture difficiles.

La production alimentaire au moyen de l’agriculture verticale intérieure était sur le point de prendre une expansion considérable; toutefois, les rendements du capital investi, peu prometteurs dans ce secteur, ainsi que les défis liés à l’expansion, ont ralenti celle-ci.

« Dans ce secteur, il y a eu une grosse bulle qui a plus ou moins éclaté au cours des quatre dernières années, a déclaré le Dr Alesandros Glaros, du Food and Agriculture Institute de l’Université Fraser Valley. Les entreprises qui ont résisté à la tempête sont patientes, et elles ont investi massivement dans la recherche et le développement. Elles ont adopté des technologies éprouvées et se sont intégrées à de solides chaînes logistiques locales et régionales, et elles misent beaucoup sur la collaboration. Et maintenant, on peut trouver leurs légumes-feuilles – cultivés à l’aide de méthodes d’agriculture verticale –, à des prix concurrentiels, à la fois dans les régions éloignées et dans les grandes chaînes d’épiciers. »

Il y a des exemples d’innovation dans le domaine. QuantoTech Solutions, une entreprise de technologie agricole intégrée verticalement de la Colombie-Britannique, a mis au point un système de culture dans des hangars de 2,4 m sur 3,7 m contenant des étagères conçues pour l’agriculture verticale, permettant une production annuelle de 4,8 à 7,2 tonnes d’aliments par année, entre autres, des légumes-feuilles, des fraises et des tomates cerises. Chaque unité nécessite de 37,2 à 52 gigajoules d’énergie par année, une quantité inférieure à celle qu’exige l’alimentation en énergie d’un ménage moyen au Canada1. Initialement, ces unités mobiles ont été mises au point pour une utilisation dans des milieux nordiques et où les conditions de culture sont difficiles. Toutefois, elles conviennent aussi aux milieux urbains.

Le système de QuantoTech Solutions comprend des hangars de 8 par 12 pieds avec des unités d’étagères pour permettre l’agriculture verticale.

Une source de production alimentaire pour les communautés isolées et du Nord du Canada

Les communautés isolées et du Nord sont confrontées à de nombreux obstacles en matière d’accès à des fruits et légumes frais; en effet, ceux-ci sont souvent chers et de piètre qualité puisqu’ils proviennent de centres de production ou de distribution situés au sud du 49e parallèle. À elles seules, les entreprises d’agriculture verticale intérieure ne peuvent régler le problème de l’insécurité alimentaire dans le Nord ni remplacer les sources d’aliments traditionnelles des Autochtones, mais elles peuvent toutefois contribuer à l’expansion de l’offre de fruits et légumes frais locaux dans la région.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure dans les communautés isolées et du Nord :

1. L’investissement et la croissance. Avant que les producteurs puissent investir dans le démarrage ou la croissance d’une exploitation d’agriculture intérieure, ils doivent d’abord tenir compte de l’échéancier à l’égard du rendement du capital investi et de la disponibilité des subventions nécessaires pour couvrir les coûts initiaux et opérationnels.

2. L’approvisionnement en énergie et sa consommation. Au Canada, environ 178 communautés isolées autochtones et du Nord dépendent de génératrices souvent alimentées par du carburant diesel, car ces communautés ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain ou à l’infrastructure gazière continentale2.

3. La croissance des rendements. Pour soutenir l’exploitation, il faut simplifier l’accès aux intrants et améliorer les rendements. Le développement et le maintien de l’accès aux fournisseurs et de l’expertise locale en agriculture verticale sont essentiels.

L’expansion de l’agriculture urbaine

L’écosystème de l’agriculture verticale intérieure peut facilement être reproduit dans les milieux urbains, qui présentent toutefois des défis particuliers. Les liens avec la production agricole dans les grandes zones urbaines sont de moins en moins fréquents, car les villes se développent et la demande augmente, ce qui rend nécessaire une production commerciale à grande échelle, assortie de chaînes logistiques rationalisées. L’intégration d’exploitations agricoles verticales intérieures à de nouveaux bâtiments ou à des bâtiments rénovés est une façon de donner aux citadins un accès rapide aux produits locaux, et peut contribuer aux efforts de décarbonation des villes et du secteur de la construction.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure en milieu urbain :

1. Créer des liens avec les consommateurs. Pour inciter les consommateurs à se procurer leurs légumes auprès d’une exploitation agricole verticale locale, il faudra promouvoir cette option et leur offrir une facilité d’accès.

2. Présenter un argumentaire convaincant. Pour justifier l’expansion des exploitations agricoles verticales intérieures dans des zones urbaines ou à proximité de celles-ci, il faut disposer de plus d’énergie, de plus d’espace et de plus d’investissements, et offrir un intéressant rendement du capital investi.

3. Planifier l’utilisation des terres. On observe dans les zones urbaines une concurrence féroce pour les terres. C’est pourquoi la production alimentaire devrait être stratégiquement intégrée à la planification municipale, faire l’objet d’une collaboration avec les municipalités et répondre aux besoins locaux.

L’agriculture verticale intérieure pourrait devenir une source principale de production alimentaire partout au Canada, si l’on arrive à mieux justifier son expansion. Mais pour l’instant, elle sert principalement à répondre à la demande des marchés locaux et spécialisés.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole, à l’Institut d’action climatique RBC.

1. Statistique Canada, (2024). Consommation d’énergie des ménages, Canada et les provinces.

2. Régie de l’énergie du Canada, (2023). Aperçu du marché : Projets d’énergie propre dans les communautés isolées autochtones et du Nord.

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Principaux points à retenir

Le secteur canadien de la serriculture : un pôle de croissance. La valeur à la ferme des fruits et légumes de serre vendus au Canada a augmenté pour la 11e année consécutive. La hausse de 9,2 % en 2023 correspond à une valeur de 2,5 milliards de dollars, soit le double par rapport à 2013.1


Des infrastructures déficientes ou mal adaptées pourraient freiner la croissance. On s’attend à ce que la superficie des serres de l’Ontario double au cours des 10 prochaines années, mais le secteur est confronté à d’importants enjeux en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets et la pénurie de main-d’œuvre.2 La pointe de consommation d’électricité anticipée pour les régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent qui était de 500 mégawatts (MW) en 2023 passera à environ 2 100 MW en 2035, portée principalement par la croissance du marché des batteries de véhicules électriques et d’autres technologies de pointe et des entreprises serricoles.3


Les forces des entreprises serricoles canadiennes à l’échelle mondiale reposent sur la productivité et l’utilisation efficiente des sols. Les volumes de production en serre du pays par rapport à l’espace utilisé battent des records. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne, deux fois plus que le Mexique et légèrement plus que les Pays-Bas.4 5 Le Canada devra au cours de la prochaine décennie réussir à se distinguer en matière d’utilisation efficiente des superficies exploitées tout en augmentant les volumes de production pour répondre à la demande des marchés intérieur et extérieur.


Le marché de l’ouest des États-Unis est important pour la croissance des exportations. Le volume de production en serre représente 39 % des exportations de produits frais, 99,5 % de ces produits étant destinés aux États-Unis. Les fruits et légumes de serre du Canada sont consommés dans l’est des États-Unis, de l’État de New York à l’État de la Floride. Le Canada pourrait tabler sur l’important marché de 68 millions de dollars du Midwest s’il est en mesure d’établir des relations, une image de marque pour les produits et des services logistiques de la chaîne du froid.


Les entreprises serricoles doivent régler leur dilemme énergétique – demandes énergétiques, émissions de GES et facturation – pour soutenir l’expansion de leurs activités. Les coûts d’énergie pour les serres ont augmenté de 55 % au Canada entre 2013 et 2023, tandis que l’approvisionnement en gaz naturel augmente l’empreinte carbone de l’industrie.6 7 La réduction de la demande en gaz naturel et la prime verte pour les solutions de rechange, y compris le gaz naturel renouvelable, l’hydrogène et l’électricité propre, pourraient permettre aux entreprises serricoles du Canada de prospérer dans une économie à faible émission de carbone.

Ouvrir un monde de possibilités

Selon les projections, la population mondiale devrait atteindre 9,7 milliards de personnes en 2050, et la demande alimentaire augmentant de 56 % par rapport aux niveaux de 2010.8 9Il faudra des efforts colossaux pour satisfaire la demande alimentaire future avec l’augmentation de l’insécurité alimentaire. Au Canada, plus de 20 % des ménages vivent une situation d’insécurité alimentaire, alors que le prix des aliments dans les magasins a augmenté de 21,6 % de février 2021 à février 2024 en raison de plusieurs facteurs, y compris les conditions de croissance déplorables, les problèmes d’approvisionnement et les coûts d’intrant élevés.10 Ces facteurs présentent un défi pour le secteur agricole qui doit innover et mettre en place des systèmes efficients et résilients dans le contexte des changements climatiques, systèmes qui permettent à un plus grand nombre d’aliments produits à un prix raisonnable de se retrouver dans l’assiette du consommateur.

Le secteur serricole du Canada est bien positionné pour aider à relever ce défi en raison de son utilisation particulièrement efficiente des sols et des intrants, de la possibilité de raccourcir la chaîne d’approvisionnement pour les Canadiens et d’un solide historique de croissance et de solutions novatrices.

Au cours des dix dernières années, le nombre de serres spécialisées dans la production de légumes et de fruits a augmenté chaque année :11
103 %
Valeur du produit
36 %
Volume récolté
12 %
Exploitations serricoles

La consolidation de ces réalisations au cours des dix prochaines années exigera des efforts pour relever les défis que posent les infrastructures d’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets, les contraintes réglementaires, la pénurie de main-d’œuvre et les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.

Les avantages des solutions novatrices dans le contexte de la culture en serre augmentent dans les environnements contrôlés. Dans les espaces fermés, les exploitants peuvent concevoir des systèmes dynamiques pour l’éclairage, la fertigation et le chauffage qui permettent d’optimiser la croissance des plantes et l’utilisation efficiente des ressources. Par exemple, les exploitants serricoles peuvent adopter des solutions non complexes comme des rideaux horizontaux pour conserver la chaleur près des plantes et des solutions technologiques pour effectuer un dépistage génétique précoce des maladies ou des parasites qui risquent d’anéantir la croissance de toute une récolte. L’agriculture en environnement contrôlé présente également des occasions d’innover et de mettre en place des mesures d’adaptation aux changements climatiques. En cultivant les fruits et les légumes dans des structures fermées et des milieux de culture contrôlés, la production peut être plus résiliente aux conditions climatiques extrêmes, aux écarts de précipitation et aux changements de saison, protégeant par le fait même un approvisionnement continu de nourriture. Avec les changements climatiques qui perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement et les marchés, il y a un coût économique associé à l’inaction – il ne faut pas perdre de temps à créer un faux dilemme entre l’action climatique et l’approvisionnement de nourriture.12 La production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement devraient plutôt viser la réalisation des mêmes objectifs sur le plan climatique, économique et de production.

L’énergie utilisée dans les serres est principalement alimentée par le gaz naturel. Une utilisation énergétique élevée signifie donc qu’il y a des émissions élevées de gaz à effet de serre (GES).13 Le Canada doit développer des options d’énergie renouvelable et propre, et également chercher à réduire les factures et la consommation énergétique pour aider le secteur à réduire ses émissions de carbone. Les options de développement comprennent la production de gaz naturel renouvelable (GNR) à partir des biodéchets agricoles et des décharges dans les environs, les investissements dans la production locale d’hydrogène et l’exploration et le déploiement de pompes à chaleur industrielles alimentées à l’électricité.

On doit s’attendre à des perturbations et de la volatilité sur les marchés jusqu’en 2050, mais également à une augmentation de la demande de fruits et de légumes produits en serre au Canada.33 La population nord-américaine devrait croître de façon régulière jusqu’en 2050 et, avec l’augmentation des revenus, les préférences des consommateurs se tourneront vraisemblablement vers des aliments plus nutritifs, comme les fruits et les légumes, pour des raisons de santé et dans la foulée de certaines mesures complémentaires, comme la taxation du sucre. Les denrées doivent être disponibles pour répondre aux nouvelles préférences, mais les projections supposent que la superficie cultivée diminuera au cours des dix prochaines années.14 Ces questions multifactorielles présentent de nouveaux défis pour assurer la croissance de la production serricole du Canada.

Qu’est-ce que l’AEC?

L’agriculture en environnement contrôlé (AEC) repose sur des systèmes de production agricole qui peuvent varier de peu à très complexe sur le plan technologique et qui permettent aux exploitants d’avoir plus de contrôle sur les milieux de culture.

Infrastructure de croissance de l’AEC

  • Serre en verre ou en plastique :
    Structure fermée faite de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène.
  • Tunnel chenille en plastique facile à installer :
    Structure en forme de tunnel recouverte de plastique qui est facile à installer et qui offre un contrôle limité à l’égard des intempéries.
  • Ferme verticale intérieure :
    Pièce fermée, comme un conteneur d’expédition, qui est remplie d’unités de production et qui utilise souvent un système d’éclairage artificiel et des milieux de croissance hors-sol.
  • Autre ferme intérieure :
    structures fermées, opaques, comme des bâtiments rénovés utilisant différents systèmes de production, de la culture aéroponique à la culture en eau profonde.

Milieu de culture de l’AEC

  • Culture hydroponique :
    les plantes poussent dans l’eau et sont alimentées par des solutions nutritives combinant divers sels minéraux.
  • Culture aéroponique :
    les plantes poussent pendant que leurs racines sont exposées à l’air et alimentées par vaporisation d’une solution nutritive.
  • Culture aquaponique :
    les plantes poussent dans un milieu de croissance qui intègre des organismes aquatiques dont les déjections servent de nutriments.
  • Culture dans la terre :
    les plantes poussent dans la terre.

Un survol de la production serricole du Canada

Une approche régionale à la croissance de la culture en serre

Au Canada, il y a 920 entreprises spécialisées dans la culture des fruits et des légumes de serre sur une superficie de plus de 5 000 acres.15 Ces serres produisent plus de 800 000 tonnes de tomates, concombres, poivrons, laitue, fraises ainsi que d’autres fruits et légumes. Elles sont faites de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène, et utilisent différents milieux de croissance adaptés au type de culture.16 Le Canada produit également des fleurs et du cannabis en serre. Il y a plus de 1 500 entreprises serricoles qui se spécialisent dans la culture des fleurs et des plantes, pour une valeur à la ferme de 2,1 milliards de dollars en 2023.17 Le présent rapport porte sur la production des fruits et légumes de serre du Canada, compte tenu des occasions favorables à l’expansion de la production agroalimentaire et des échanges commerciaux ainsi que des défis à relever pour décarboniser notre système de production alimentaire et l’adapter aux changements climatiques.

Les deux tiers de la production de fruits et légumes en serre au Canada provient de l’Ontario, et plus particulièrement du comté d’Essex dans le Sud-Ouest de la province. Leamington, en Ontario, surnommé le « Sun Parlour » du Canada, se trouve dans le comté d’Essex. Cette ville réunit le plus grand nombre de serres spécialisées dans la production de fruits et légumes en Amérique du Nord.

Le comté d’Essex bénéficie de températures clémentes, de longues journées ensoleillées et d’un microclimat induit par les Grands Lacs qui crée des conditions idéales pour la croissance. Et la frontière avec les États-Unis est à une heure de route. La région bénéficie également de la présence des exploitants de fermes familiales qui ont investi localement et innové dans la construction de serre, la recherche et la production combinée d’énergie et de chaleur, pour devenir un pôle unique de la culture en serre. Par exemple, le Center for Horticultural Innovation à Leamington teste la production des fruits et légumes et les nouvelles technologies, comme l’utilisation des drones dans la lutte contre les insectes nuisibles, afin d’identifier les technologies dont l’utilisation peut être étendue aux exploitations serricoles du Canada et de favoriser les avancées technologies au sein du secteur. Le secteur serricole de l’Ontario soutient, pour sa part, divers programmes, notamment des fonds d’innovation comme l’Initiative pour la compétitivité et l’innovation dans le secteur serricole (ICISS), des programmes d’efficacité énergétique, de nombreux projets de recherche dans le cadre de l’Alliance pour l’innovation agroalimentaire en Ontario et des projets d’expansion des infrastructures électriques dans certaines régions.

Canada: Une centrale électrique de serre

Source: Statistique Canada

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta suivent avec de plus petites parts, chacune de ces provinces ayant un secteur serricole en croissance porté par des stratégies de développement régional.

  • Québec met en œuvre sa Stratégie de croissance des serres au Québec 2020-2025 par la mise en place de divers mécanismes, comme le taux préférentiel pour la consommation d’électricité, afin de doubler la superficie de fruits et de légumes cultivés en serre dans la province, l’objectif étant de passer à 620 acres d’ici 2025.
  • L’Alberta soutient l’innovation et les technologies agricoles appliquées à la culture en serre par l’intermédiaire de ses recherches sur de nouvelles variétés de semence de fraise et de tomate, des systèmes d’éclairage efficients et des mesures d’efficacité énergétique. Un soutien est également offert dans la province pour développer des collaborations entre les secteurs énergétique et serricole pour l’installation de panneaux solaires transparents dans les serres et la récupération de la chaleur perdue pendant l’utilisation du gaz naturel et du CO2 pour soutenir la croissance des plantes.
  • La Colombie-Britannique utilise les technologies de pointe pour soutenir son secteur serricole par l’intermédiaire du B.C. Centre for Agritech Innovation de l’Université Simon-Fraser – un élément du programme économique de la Colombie-Britannique.

La valeur des exportations de légumes de serre au Canada représente 39 % de tous les produits frais exportés, soit plus de 1,4 milliard de dollars. L’Ontario produit 88 % de ces légumes de serre en valeur qui sont exportés principalement vers les États-Unis (99,5 %), mais également vers le Japon, la France et Taïwan.18

La demande de fruits et de légumes frais aux États-Unis dépasse les capacités de production intérieure, ce qui en fait un marché important pour la croissance des exportations du Canada. Par exemple, le volume des tomates de serre importées du Canada représente environ 65 % du volume total des tomates fraîches importées aux États-Unis, une part importante de la consommation intérieure.19 Le Canada est le deuxième importateur de tomates de serre en importance aux États-Unis, à bonne distance derrière le Mexique. S’il met en place des solutions novatrices et énergétiques, le Canada pourra commercialiser des produits de haute technologie à faible émission de carbone pour mettre à profit les préférences des consommateurs à l’égard des produits durables.20

Conditions de croissance, coûts et règlements

Des systèmes de croissance hautement productifs et efficients sont requis pour satisfaire à la demande du marché intérieur et des marchés à l’étranger.

En Ontario, les plus gros producteurs de tomates, de concombres et de poivrons de serre ont affiché une marge brute d’environ 80 à 90 % entre 2017 et 2021, augmentant la taille des serres d’environ 29, 117 et 49 acres en moyenne, respectivement.21

Le gaz naturel et l’éclairage artificiel, le CO2, la chaleur, l’eau, l’azote, le phosphore et le compagnonnage végétal sont les éléments d’un système de croissance dynamique qui sont utilisés pour la culture des légumes et des fruits de serre. L’équilibre à maintenir entre les intrants varie selon le produit agricole. Les concombres qui sont composés principalement d’eau exigent une quantité substantielle d’eau pendant leur croissance. Dans les serres, le recyclage de l’eau permet de réduire les besoins en eau des concombres d’environ 800 à 1 200 litres par mètre carré et par saison de croissance. La quantité exacte d’eau requise dépend de différents facteurs, y compris la source d’éclairage utilisée. Les intrants pour les tomates varient légèrement selon la variété, mais les résultats font ressortir les principales différences. Par exemple, une tomate Beefsteak exige la même quantité de lumière, d’eau, d’énergie, de CO2 et de fertilisant que la tomate cerise, mais les rendements de la tomate Beesteak sont plus de deux fois ceux de la tomate cerise.22

Les serres utilisent l’énergie qui provient principalement du gaz naturel, pour le chauffage, l’éclairage, et la production de CO2. Le gaz naturel est souvent utilisé pour chauffer l’eau dans des chaudières, eau qui est ensuite pompée et acheminée dans les serres par un réseau de tuyaux placés sur le sol et qui peuvent être déplacés comme des rails pour récolter le produit agricole. Le gaz de combustion dans les chaudières est souvent récupéré et converti en CO2 afin d’être utilisé pour nourrir la plante.

Les prix du gaz naturel, de l’électricité, de mazout et des autres source d’énergie augmentent pour les exploitants serricoles du Canada. Ils ont augmenté de 55 % entre 2013 et 2023, pour atteindre 406 millions de dollars.23 L’énergie utilisée dans les serres peut avoir un coût environnemental, car le gaz naturel est souvent la principale source d’émissions de gaz à effet de serre permettant de déterminer l’empreinte carbone d’une exploitation serricole.24 Certaines exploitations serricoles ont mis en place des installations de cogénération qui sont intégrées au réseau de distribution électrique pour aider à optimiser l’efficience et répondre aux demandes de pointe. Par exemple, l’entreprise Under Sun Acres établie à Leamington exploite quatre génératrices alimentées au gaz naturel à proximité des serres destinées à la production de poivrons pour la production d’électricité et la captation de la chaleur résiduelle. Les génératrices fournissent 13 MW d’électricité au réseau d’électricité de l’Ontario, et la chaleur résiduelle est récupérée à la sortie et des jaquettes de régulation sont utilisées pour le chauffage de la serre.25

Moteur de cogénération à Under Sun Acres, Leamington, ON

Le rôle des serres dans la production d’énergie peut aider à répondre à la demande régionale, notamment dans le cas des régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent dont la demande en période de pointe qui était de 400 MW en 2023 passera à environ 2 100 MW d’ici 2035, poussée principalement par les exploitations serricoles, la fabrication de pointe et la production de batteries pour véhicule électrique.

Les terrains sont également très prisés, mais l’efficience par superficie exploitée par rapport à la production en champ est un maillon important de l’histoire du développement durable et de la serriculture, c’est-à-dire l’affectation des terres à d’autres activités. Au Canada, la production de tomates, de poivrons, de concombres, de laitue et de fraises en serre est 8,5 fois plus élevée par superficie exploitée que la production en champ, ce qui témoigne d’une solide productivité. Cependant, les rendements obtenus au cours des dix dernières années plafonnent.26 27 Les solutions novatrices proposées pour dépasser les rendements historiques comprennent les systèmes d’éclairage dynamique, la reconfiguration des infrastructures de croissance pour optimiser l’utilisation de l’espace et l’éclairage et les stratégies génétiques pour lutter contre la stagnation des rendements.

Système de culture pyramidale au Center for Horticultural Innovation, Leamington, ON

Les coûts de main-d’œuvre sont nécessaires, mais élevés. Ils représentent 29 % des dépenses d’exploitation des entreprises serricoles du Canada.28 Agriculteur 4.0 indique que les coûts de main-d’œuvre sont plus élevés pour les exploitations serricoles que pour les autres secteurs agricoles, comme l’industrie du bœuf. Même si les processus de récolte demeurent à forte intensité de main-d’œuvre, les innovations prometteuses, comme les tapis et convoyeurs pour la récolte et les robots pour le transport et l’emballage des produits agricoles dans les entrepôts, permettent de réduire le temps requis pour arriver sur les tablettes des magasins.

Poivrons jaunes à Under Sun Acres, Leamington, ON

Les serres profitent du soutien des gouvernements et de l’industrie, mais les politiques gouvernementales et l’environnement réglementaire peuvent également être un obstacle. L’agriculture en environnement contrôlé se retrouve souvent dans une zone sans règles clairement définies. Elle n’appartient pas vraiment aux catégories industrielles ou agricoles pour le développement et l’accès aux ressources. De nombreuses années peuvent également être nécessaires pour obtenir l’approbation des nouveaux projets. Les exploitants serricoles du Canada doivent payer des taxes plus élevées et ont un accès limité aux sources d’énergie abordable comparativement à leurs homologues américains, ce qui nuit à leur compétitivité. Le secteur est également confronté à des obstacles liés à la réglementation pour l’accès à une quantité d’eau suffisante, forçant les exploitants à faire des choix entre un nombre limité d’options et les obligeant notamment à faire des investissements initiaux importants pour construire des étangs d’irrigation et des systèmes de collecte des eaux pluviales, à payer des frais de développement élevés ou à être soumis à de longues périodes d’attente pour obtenir des servitudes et des permis pour un accès à l’eau.

Les cinq grandes productions

Les serres de fruits et de légumes au Canada sont très spécialisées. Voici les cinq principales cultures en serre du Canada :

  • La tomate :La tomate est la reine de la culture en serre au Canada. Elle couvre une superficie de plus de 1 800 acres pour une production d’environ 315 000 tonnes et une valeur à la ferme de 869 millions de dollars.29
  • Le concombre :Le concombre est le légume le plus exporté parmi les végétaux cultivés en serre au Canada, représentant 34 % de la valeur totale des exportations.30
  • Le poivron : Avec un volume de près de 170 000 tonnes produites en 2023, le poivron est le troisième légume de serre en importance au Canada sur le plan du volume et de la valeur, mais le deuxième pour ce qui est de la superficie cultivée.31
  • La laitue : La production de laitue de serre arrive à bonne distance derrière, en quatrième place, dominée par le Québec. Il serait possible d’augmenter la productivité intérieure étant donné que la laitue de plein champ représente la part la plus importante des importations de végétaux de champ au Canada en valeur, à 18 %. Les États-Unis et le Mexique combinés sont les sources d’environ 99 % des légumes de plein champ importés au Canada.32
  • La fraise : La fraise est le fruit vedette de la production en serre, mais elle ne compte cependant que pour 3 % de la superficie en serre au Canada.33 Le marché pour ce fruit prisé des ménages offre des possibilités aux exploitants serricoles qui continuent de modifier leur approche pour protéger les fraises des insectes nuisibles et des maladies.

Les cinq grandes production à surveiller

Les préférences des Canadiens évoluent et se diversifient, et l’accès aux aliments qui sont consommés en grande quantité, comme les bananes et le café, pourrait devenir plus difficile pour le Canada en raison des préoccupations soulevées par les changements climatiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les mutations géopolitiques. Ce contexte crée des occasions propices à l’innovation pour les produits agricoles cultivés au Canada.

  • Les petits fruits, à part les fraises : Les framboises et les bleuets sont parmi les cinq fruits les plus importés sur le plan de la valeur au Canada, ce qui correspond à une forte demande intérieure à satisfaire si la production en serre de ces produits à valeur élevée peut être maîtrisée.34
  • Les épinards : Le Canada est un importateur net d’épinard, mais des efforts sont déployés actuellement pour améliorer le rendement en serre, pour accélérer et automatiser le processus de culture et améliorer la logistique de la chaîne froide.35
  • Les bananes : La banane est le fruit le plus importé au Canada en volume, et les rendements à l’échelle mondiale connaissent une augmentation depuis les années 60. Mais les rendements des cinquante prochaines années pourraient ne pas être aussi bons, ce qui ouvre la porte à la possibilité de cultiver les bananes en serre.36 37
  • Le café : Même s’il est difficile d’imaginer que des grains de café puissent être produits au Canada, des recherches sont pourtant en cours pour explorer la possibilité de les produire en serre et pour régler les problèmes multifactoriels qui causent les pénuries de grains de café et les flambées de prix.38
  • Le gombo : Le gombo (aussi appelé okra) est un ingrédient important requis qui se retrouve de nombreuses cuisines à travers le monde, et les importations de ce légume augmentent régulièrement année après année. La production de ce légume augmente régulièrement depuis 2018, et représente actuellement 1 % de la production mondiale de végétaux en volume.39

Le Canada se démarque pour l’efficience de ses superficies agricoles cultivées

La force du Canada dans la production de fruits et légumes de serre par rapport aux concurrents internationaux repose sur sa productivité par acre. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne et légèrement plus que les Pays-Bas, et deux fois plus que le Mexique.40 41 42

Productivité par superficie de terre

Rendement estimé par hectare (tonnes)

*Comparaison mondiale des principaux pays producteurs de serre en 2022. Les estimations comprennent la production annuelle combinée en serre de tomates, de concombres, de poivrons, de laitue et de fraises.

Source: Statistique Canada, Gouvernement du Mexique, EuroStat.

Ces régions qui affichent une production élevée ont des forces qui leur sont propres grâce à certains facteurs, y compris les technologies ayant été adoptées, la situation géographique et les conditions climatiques. Même si le Canada ne peut pas livrer concurrence au Mexique sur le plan de la chaleur – du moins pas à court terme – il peut tirer de nombreuses leçons de ses concurrents.

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays. 43

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Investissement dans la décarbonisation
  • Efficacité de l’utilisation des terres
  • La main-d’œuvre hautement qualifiée correspond à l’industrie de haute technologie

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

  • Mexique

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays.43

  • Espagne

 

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Pays-Bas

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

Ce que les entreprises serricoles du Canada doivent faire

Le secteur serricole du Canada est une belle réussite sur les plans de la croissance et de la productivité. Il est maintenant temps de déterminer les étapes qui pourront aider à soutenir et développer le secteur. Une stratégie de croissance des serres à l’échelle canadienne qui permet de cartographier la production, les échanges commerciaux, la valeur et les cibles GES et permettre au secteur d’afficher une croissance année après année jusqu’en 2035 et par la suite. En plus de cartographier le possible, la prise en compte des besoins en matière d’infrastructures, de compétences, de politiques, d’investissements et de recherches est essentiel pour ancrer la stratégie aux défis auxquels le secteur devra s’attaquer.


Énergie : Aborder le trilemme du secteur

Le gaz naturel est la principale source d’énergie du secteur, mais son utilisation continue pourrait nuire à l’atteinte des cibles de réduction des GES du Canada. Pour réduire l’empreinte carbone de la production en serre, il faudrait augmenter le recours à d’autres sources d’énergie, comme le gaz nature renouvelable, les pompes à chaleur alimentées à l’électricité et l’hydrogène. Le gaz naturel renouvelable représente seulement 0,36 % du gaz naturel distribué au Canada, mais pourrait réduire de moitié l’intensité carbone du gaz naturel utilisé, selon le type de matières premières utilisées (p. ex., le fumier).48 49 50 Cependant, les coûts supplémentaires requis pour cette option de production écoresponsable sont élevés. Par exemple, en Ontario, le coût du gaz naturel renouvelable est moins élevé que l’électricité, mais il est cinq fois plus élevé que le gaz naturel.51 La sensibilisation et la création de mécanismes financiers qui permettent d’indemniser de façon adéquate les agriculteurs et les exploitants serricoles pour la biomasse qu’ils utilisent dans la production de gaz naturel renouvelable sont essentiels si l’on veut que le Canada puisse fournir une quantité constante de matières premières dans les biodigesteurs.

Les systèmes alimentés à l’électricité seulement sont également étudiés. Mais les exploitants qui envisagent de passer aux pompes de chaleur alimentées à l’électricité pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire leur empreinte carbone doivent également tenir compte de la source d’électricité. À l’échelle nationale, les GES qui sont associés à la production d’électricité et de chaleur ont diminué de 56 % entre 2022 et 2025, qui est l’année de référence pour la cible d’émission des GES de 2030.52 Cependant, le niveau des GES associés à la production d’électricité diffère de façon substantielle entre les provinces, car les sources d’énergie utilisées varient, passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, ce qui donne une intensité carbone différente. En 2021, l’intensité carbone associée à la production d’électricité de l’Alberta était 510 fois plus élevée que celle du Québec.53 Ces différences font ressortir le besoin d’élaborer des stratégies régionalisées ainsi que des engagements et des actions ciblés étendre les réseaux d’énergie propre et favoriser des processus de décarbonisation.


Déchets : Concevoir des systèmes circulaires et à faible émission de carbone

Un approvisionnement régulier et constant de matières premières est requis pour étendre l’utilisation du gaz naturel renouvelable. Les entreprises serricoles produisent des biodéchets qui peuvent être utilisés comme matières premières pour la production de gaz naturel renouvelable. D’autres déchets doivent vraisemblablement être ajoutés à ces matières premières pour que l’approvisionnement soit constant étant donné que les biodéchets d’une serre plongent pendant les saisons de croissance et atteignent des sommets à la fin de ces saisons. En raison des risques de biosécurité et des préoccupations liées à la présence d’étiquettes de plastique et de bouts de ficelle dans les déchets des serres, l’option la plus courante et la plus sûre consiste à jeter les biodéchets dans une décharge. Près de la plaque tournante de la serriculture du Canada, Enbridge développe un projet de pipeline de gaz naturel renouvelable prévue par Waste Connections of Canada à la décharge Ridge dans la région Chatham-Kent, qui devrait annuler 110 000 tonnes d’éq. de CO2 de la décharge et produire 1 591 pétajoules par année.54

Les décharges, comme celle de Ridge qui est remplie au maximum de sa capacité, doivent être agrandies pour satisfaire aux demandes d’enfouissement des déchets. Pour atténuer les pressions liées à l’élimination des déchets et aider à la production de gaz naturel renouvelable dans les décharges, l’installation de biodigesteurs de matières résiduelles et de noyaux et lignes de collecte et de distribution pourrait générer un flux de rentrées de fonds dans les zones agricoles très productives par la récupération des biodéchets dans les multiples systèmes de la ferme, des cultures aux élevages aux exploitations serricoles. Cette installation permettrait de créer une certaine circularité et de faire la promotion d’un accès au gaz naturel renouvelable dans les régions rurales.


Terrains : Produire plus sur moins

Les prix et la concurrence que se livrent les habitations, les commerces de détail, les installations agricoles et les industries, particulièrement dans les régions densément peuplées comme le corridor Windsor-Montréal, limitent l’offre de terres. Les entreprises serricoles du Canada démontrent leur leadership à l’échelle mondiale en matière de productivité par superficie exploitée, mais les innovations qui poussent les rendements à la hausse sont requises pour maintenir la position dominante du Canada. L’un des plus grands défis à relever au sein du secteur agricole est d’arriver à produire plus avec moins. La contribution des entreprises serricoles qui est requise pour relever ce défi et soutenir la croissance devrait être plus explicitement incluse et soutenue dans la politique de développement durable à l’échelle du secteur, et plus particulièrement dans la Stratégie pour une agriculture durable.


Eau : Conserver une ressource de plus en plus précieuse

Comme dans le cas des terres agricoles, l’accès à l’eau dans certaines régions est également limité pour les exploitations serricoles. Les frais de développement qui ont été introduits par les municipalités dans le cas des nouvelles infrastructures qui utilisent les services publics d’approvisionnement en eau à Chatham-Kent, en Ontario, fait ressortir le contexte changeant. Des investissements dans les infrastructures rurales sont requis de la part des différentes administrations en raison de la demande alimentaire en hausse, des pressions sur les ressources naturelles, y compris l’augmentation de leurs coûts. L’harmonisation des plans de développement des infrastructures des municipalités et des provinces et des cibles de croissance pour le secteur pourrait aider à régler les problèmes liés aux pénuries dans les zones rurales.


L’éclairage : Tenir compte de la communauté dans le développement rural

Les serres peuvent émettre des lumières vives pendant toute la journée, ce qui peut être un inconvénient pour les résidents des zones rurales. Les municipalités, comme Leamington, qui ont une concentration élevée de serres, ont des règlements qui exigent que la pollution lumineuse soit atténuée par les exploitants à l’aide de rideaux ou que les lumières soient éteintes en soirée. Les exploitants serricoles doivent respecter les règlements locaux et les plans d’expansion doivent tenir compte des répercussions sur le bien-être des collectivités pour soutenir une croissance durable et la capacité d’attirer une main-d’œuvre hautement qualifiée.


Compétences : Rebaptiser l’agriculture canadienne pour attirer des talents diversifiés

Les progrès dans l’automatisation des exploitations serricoles peuvent se traduire par une plus grande efficience et une demande pour des postes hautement qualifiés. Mais le Canada est-il prêt à pourvoir ces postes ? Le secteur a déjà du mal à régler sa pénurie de main-d’œuvre avec un poste agricole vacant sur trois étant anticipé d’ici l’année 2030 si aucune mesure importante n’est prise. Il est plus difficile de convaincre les Canadiens de déménager dans les régions rurales, la population croissant 15 fois moins vite que dans les zones urbaines. De plus, les politiques récentes qui ont une incidence sur le parcours des étudiants étrangers au Canada pourraient réduire les inscriptions dans les programmes d’études postsecondaires, ce qui limitera l’accès aux personnes hautement qualifiées. Les défis sont nombreux alors que les exploitants serricoles doivent pouvoir compter sur les travailleurs étrangers du Mexique et de l’Amérique centrale. Le secteur agricole doit se donner une nouvelle image pour attirer les chercheurs d’emploi. Il doit se présenter comme un milieu propice à la réussite des personnes ambitieuses et hautement qualifiées qui sont stimulées par l’utilisation des technologies de pointe et qui veulent avoir un impact positif au Canada et à l’échelle mondiale.


Réglementation et politiques : Moderniser pour un monde plus compétitif

Le positionnement du Canada comme centre de production serricole efficient et responsable passe par l’exploration des politiques et règlements qui le désavantagent par rapport à ses concurrents mondiaux. L’identification et la modernisation des règlements qui placent la culture sous serres et environnement contrôlé dans un environnement sans règles clairement définies et qui retarde l’expansion seraient un excellent point de départ.


Échanges commerciaux : Élaborer un plan directeur pour exploiter de nouveaux marchés

Un schéma d’expansion des exportations de fruits et de légumes de serre pourrait aider les principaux intéressés à tracer la voie à suivre et à explorer les mesures de soutien que le Canada pourrait prendre. Le Midwest des États-Unis pourrait être ciblé, car il offre des occasions importantes et pourrait servir de fondement à un programme d’échanges commerciaux. Des missions coorganisées par l’industrie et les gouvernements peuvent aider à réunir des renseignements sur la logistique de la chaîne du froid et les besoins connexes, à évaluer les occasions sur le marché, à établir des relations et une image de marque canadienne. L’expansion des exportations dans de nouvelles régions doit également tenir compte des effets du temps de réfrigération et des kilomètres qui doivent être ajoutés sur le climat ainsi que des principaux concurrents, comme la production en champ de la Californie.


Expansion du marché : Créer un calculateur de carbone fabriqué au Canada

Le secteur serricole est prêt pour un calculateur de l’intensité carbone développé au Canada. Le fait de ne pas connaître l’intensité carbone de la production en serre est un angle mort pour la politique climatique du Canada et pour le développement de solutions par l’industrie et la communication des progrès réalisés en matière de développement durable. Les gouvernements ont un rôle à jouer en ce qui concerne les investissements et les efforts de collaboration pour le développement d’outils faciles à utiliser par les entreprises serricoles pour l’identification, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone. Le calcul de l’intensité carbone des produits est de plus en plus important pour satisfaire à la demande, pour lever les barrières commerciales et pour permettre à l’industrie de prendre des décisions éclairées sur les nouveaux développements et les rénovations.


Recherche et innovation : Coordonner et mettre à l’échelle les innovations canadiennes

Le Canada est un chef de file non seulement en matière de productivité serricole, mais également en matière d’innovation. Pourtant, les programmes de financement sont fragmentés, et l’application des connaissances se fait en silo. C’est dû au fait que le Canada fonctionne selon un modèle réactif tandis que l’industrie et les universités peuvent travailler en collaboration avec certains exploitants pour des projets qui ciblent un aspect en particulier, sans stratégie uniforme et cohérente entre les priorités, le financement et les objectifs en matière de recherche. Cette approche fragmentée présente une occasion d’établir un cadre de recherche global pour regrouper les projets et les parties intéressées en vue de faire avancer la recherche de façon ciblée et cohérente. Les parties intéressées pourraient convenir des priorités en matière de recherche (automatisation, génétique et sélection, objectifs zéro émission nette, agronomie, etc.), priorités qui pourraient être par la suite utilisée pour faciliter la coordination et les partenariats pour les projets pertinents. Un cadre de recherche comprenant les priorités, les fonds engagés et les objectifs mesurables permet également de s’assurer que les organismes de recherche sont sensibilisés à la vitesse relative de leurs travaux et que les projets de recherche sont liés aux besoins de l’industrie.

La prochaine décennie

La serriculture peut émerger comme un pilier de la croissance agroalimentaire du Canada et être au cœur des ambitions de développement durable au cours des 10 prochaines années et jusqu’en 2050. L’objectif est de doubler la superficie exploitée au cours des 10 prochaines années, de proposer une plus grande diversité de produits et d’améliorer les rendements. Le véritable défi pour les entreprises serricoles du Canada qui doivent répondre aux demandes des marchés en croissance et éliminer les obstacles à la mobilisation des ressources passera par le développement d’infrastructures qui puissent soutenir la croissance et la décarbonisation, et favoriser la prospérité des collectivités rurales.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

Contributors:

Auteur principal : Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Myha Truong-Regan, Cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, Climat et énergie

Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisé

    Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont fait bénéficier de leurs connaissances et de leur expertise pendant la rédaction du présent rapport.
  • Alesandros Glaros, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Aaron Coristine, Ontario Greenhouse Vegetable
  • Gordon Stock, Ontario Fruit and Vegetable Growers’ Association
  • Evan Fraser, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Lenore Newman, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Goretty Dias, School of Environment Enterprise and Development, Université de Waterloo
  • Matt Korpan, Center for Horticultural Innovation
  • Peter Quiring, Nature Fresh Farms
  • Chris DelGreco, Under Sun Acres
  • Gary Toupin, Banque Royale du Canada
  • Mohamad Yaghi, conseiller-expert en agriculture
  • Alycia Van der Gracht, QuantoTech
  • Peter Van der Gracht, QuantoTech
  • David Arkell, Energy 360
  • Lisa Brodeur, Energy 360
  • Expert-Ressource, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

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