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Au cours des 25 dernières années, environ 10 % des investissements dans le secteur minier canadien ont été consacrés exclusivement aux minéraux critiques. Sur plus de 700 milliards de dollars mobilisés par l’entremise de financements par capitaux propres et d’opérations de fusions et acquisitions dans le secteur minier canadien, la majorité des capitaux a été dirigée vers d’autres métaux, l’or et les métaux précieux représentant à eux seuls 70 % des montants investis. À titre comparatif, l’Australie a consacré environ le double de cette proportion aux minéraux critiques au cours de la même période.

Les minéraux critiques commencent toutefois à capter une part accrue des investissements miniers. Selon l’Inventaire des grands projets, environ 67 projets liés aux minéraux critiques — soit près de la moitié de l’ensemble des projets miniers actifs — sont actuellement à l’étape de la planification, de la proposition ou de la construction, représentant un potentiel d’investissement de 72,4 milliards de dollars d’ici 2034.

Le Canada pourrait représenter jusqu’à 14 % de l’offre mondiale pour six minéraux critiques clés d’ici 2040. À l’heure actuelle, la production canadienne de six minéraux critiques stratégiques — le cobalt, le nickel, le lithium, le cuivre, le graphite et les terres rares — correspond en moyenne à environ 2 % de l’offre mondiale. Selon les estimations du gouvernement du Canada, cette proportion pourrait atteindre en moyenne 14 % à pleine capacité, si les projets recensés se concrétisent.

Toutefois, le Canada ne dispose pas d’un bassin solide d’acteurs nationaux bien capitalisés. Seulement 19 % des sociétés minières inscrites à l’indice composé S&P/TSX sont des producteurs diversifiés, comparativement à près des deux tiers des sociétés minières figurant à l’indice australien S&P/ASX 300. Pour atteindre ses objectifs, le Canada devra vraisemblablement continuer de s’appuyer sur des sociétés minières internationales et des investisseurs étrangers.

Deux décennies de décisions en matière d’allocation du capital ont freiné l’essor des minéraux critiques. Le Canada demeure en grande partie un territoire axé sur l’extraction et l’exportation en ce qui concerne ces ressources, une part importante de la valeur ajoutée et des activités de raffinage étant captée par la Chine et d’autres acteurs qui dominent le segment du raffinage et ont établi des chaînes d’approvisionnement connexes, notamment dans les secteurs des véhicules électriques, de l’électronique et de la défense.

Malgré les tensions commerciales, des signes d’alignement des capitaux entre le Canada et les États-Unis persistent. Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont investi environ 135 millions de dollars américains en prises de participation directes dans des sociétés établies à Vancouver, soit Trilogy Metals et Lithium Americas Corp., en plus d’un prêt relais de 2,3 milliards de dollars américains accordé à Lithium Americas. Il apparaît peu probable que les États-Unis puissent — ou souhaitent — exclure complètement le Canada de l’écosystème nord-américain des minéraux critiques.

Le Canada est confronté à une pénurie de capitaux pour les minéraux critiques. L’absence de capital-risque patient limite considérablement la capacité du pays à soutenir, tant sur le plan national qu’international, les efforts visant à diversifier les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques hors de la Chine.

Exploitation du potentiel en minéraux critiques du Canada

Ces capitaux sont nécessaires dès maintenant pour permettre au Canada de tirer parti d’une industrie des minéraux critiques appelée à croître de deux à trois fois pour atteindre une valeur de 500 milliards de dollars américains d’ici 2040. La demande mondiale pour six matières premières clés — le cobalt, le cuivre, le graphite, le lithium, le nickel et les terres rares — sera stimulée par plusieurs secteurs en forte expansion, notamment les véhicules électriques, les infrastructures d’énergie propre et le secteur spatial, ainsi que par des secteurs stratégiques comme la défense, la fabrication et l’électronique.

Le Canada possède une géologie de calibre mondial pour l’ensemble des six minéraux, mais demeure un acteur relativement marginal, représentant environ 2 % de l’offre mondiale de ces ressources. Selon les estimations du gouvernement canadien, si les projets désignés se concrétisent à pleine capacité, cette part pourrait atteindre en moyenne 14 % de l’offre totale d’ici 2040. Le développement de chaînes d’approvisionnement verticales, comme l’expansion d’une base manufacturière avancée, pourrait avoir un effet exponentiel sur l’approvisionnement canadien pour répondre à la demande nationale et internationale.

Pourtant, le Canada reste largement un territoire axé sur l’extraction et l’exportation. Les métaux bruts sont principalement expédiés vers la Chine, où ils sont raffinés et transformés en composants à forte valeur ajoutée. Cette situation résulte de deux décennies de décisions en matière d’allocation du capital et de l’absence d’une stratégie nationale solide, mais aussi de la capacité de la Chine à maintenir les prix des métaux bas pour éliminer la concurrence.

Un élan mondial considérable pousse l’industrie canadienne des minéraux critiques vers l’avant. Les États-Unis mobilisent leurs financements, mécanismes de marché et garanties pour développer un marché des minéraux critiques excluant la Chine. Parallèlement, l’Europe et plusieurs alliés du G20 cherchent activement à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, craignant que la puissance industrielle chinoise ne mette à mal leurs économies nationales et ne les rende toujours plus dépendants de Pékin.

Les récents contrôles à l’exportation de la Chine sur des minéraux clés — y compris les terres rares, le graphite, le gallium et le germanium — constituent un signal d’alarme pour les pays occidentaux, les incitant à agir rapidement.

Parmi ses alliés du G7, le Canada est le mieux placé pour tirer parti de cette situation : il possède des gisements de lithium et de graphite de haute qualité au Québec et en Ontario, des ressources en nickel d’importance mondiale au Manitoba, d’impressionnantes réserves de cuivre en Colombie-Britannique, ainsi que des terres rares réparties dans plusieurs régions du pays, notamment à Terre-Neuve-et-Labrador. Peu de pays peuvent revendiquer une telle diversité de minéraux critiques à grande échelle.

Nous avons déterminé cinq points de pression structurels qui expliquent pourquoi le secteur canadien des minéraux critiques demeure sous-capitalisé et pourquoi les forces du marché seules ne suffiront pas à corriger ce déséquilibre. Combler cet écart nécessite un agenda coordonné public-privé reposant sur des co-investissements souverains, le financement des infrastructures, des corridors de transformation partagés pilotés par les producteurs et l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement occidentales.

1. La perte de champions nationaux

Entre 2005 et 2012, plus de 119 milliards de dollars d’actifs canadiens dans les secteurs des métaux de base et de l’acier sont passés sous propriété étrangère.

La mondialisation accélérée du secteur minier canadien

Ces opérations s’inscrivaient dans une dynamique plus large de mondialisation : on estimait que les capitaux étrangers permettraient de libérer plus rapidement la valeur que ne pouvaient le faire des marchés financiers nationaux de taille limitée, et que la nationalité des propriétaires importait moins que les retombées économiques découlant de la production minérale et de la création d’emplois. Ce consensus a toutefois sous-estimé le coût à long terme de la perte d’entreprises nationales capables d’ancrer le développement de nouveaux projets en vue d’un cycle futur.

À mesure que les géants canadiens étaient intégrés à de grands groupes mondiaux, l’écosystème domestique de mobilisation de capitaux s’est fragilisé. La part des maisons de courtage spécialisées en mines est passée d’environ 60 % des opérations en 2010 à 20 % aujourd’hui. Une tendance comparable s’observe chez les détenteurs de capitaux : les fonds spécialisés en ressources naturelles ne représentent plus que 1 à 2 % des actifs sous gestion des fonds communs d’actions au pays, comparativement à 6 à 8 % dans les premières années suivant la crise financière mondiale.

Bon nombre des champions nationaux qui auraient pu porter les projets canadiens de lithium, de graphite et de terres rares n’existent pour ainsi dire plus. Parallèlement, les grands groupes internationaux répartissent leurs investissements en fonction de portefeuilles mondiaux qui ne concordent pas nécessairement avec les objectifs stratégiques et souverains du Canada. Cette dynamique contraste nettement avec celle des sables bitumineux, principal actif d’exploitation contrôlé par de grands acteurs nationaux bénéficiant d’un actionnariat largement canadien.

2. La concentration des capitaux autour de l’or a éclipsé les autres métaux

Sur les 700 milliards de dollars mobilisés au Canada au cours des 25 dernières années par l’entremise des marchés boursiers miniers et des opérations de fusions et acquisitions, seulement 11 % des capitaux ont été consacrés au développement de minéraux critiques en mode spécialisé. À titre comparatif, l’Australie a orienté plus du double de cette proportion vers les minéraux critiques durant la même période. Cet écart s’explique en partie par des facteurs géologiques — les gisements de cuivre australiens étant plus vastes et moins étroitement associés à l’or — et en partie par une proximité géographique accrue avec les fonderies chinoises et est-asiatiques.

La concentration accrue de l’or au Canada reflète une vague historique de fusions et acquisitions au terme de laquelle le complexe minier de l’indice S&P/TSX est devenu de plus en plus dominé par un nombre restreint de grands producteurs aurifères. En pratique, les sociétés minières ouvertes canadiennes ont évolué vers une plateforme de financement axée sur les métaux précieux — l’aboutissement de choix structurels effectués sur deux décennies par les entreprises canadiennes actives dans les minéraux critiques.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un jeu à somme nulle entre l’or et les minéraux critiques : il existe un potentiel réel de croissance pour les deux segments, voire de création d’écosystèmes complémentaires capables de se renforcer mutuellement.

Cela dit, au Canada, l’excellence développée dans l’or ne s’est pas automatiquement transposée aux minéraux critiques pour deux raisons principales :

  • La nature des gisements aurifères canadiens a favorisé une production efficiente du métal jaune, mais s’est révélée relativement moins propice à l’extraction de minéraux associés — comme le cuivre, le nickel ou le cobalt — à titre de sous-produits. À l’inverse, la prédominance en Australie de gisements de type fer-oxyde-cuivre-or offre un portefeuille de matières premières plus diversifié.

  • Les procédés de fusion et d’affinage de l’or sont matures et uniformisés tandis que la transformation des minéraux critiques — notamment ceux destinés aux batteries — est orientée vers des usages finaux spécifiques et requiert des procédés complexes d’hydrométallurgie et de conversion chimique.

3. Les sociétés minières en phase précoce demeurent confrontées à d’importants enjeux de financement

Au Canada, les financements par actions accréditives — un incitatif fiscal permettant aux investisseurs de déduire 100 % de leur investissement de leur revenu imposable — se sont révélés particulièrement efficaces pour l’exploration en phase précoce. Ce mécanisme permet de mobiliser l’épargne de détail et de réduire le coût effectif du capital, et a contribué de manière significative au dynamisme de l’exploration minérale. Toutefois, une fois franchie la première étape d’évaluation, ces avantages fiscaux prennent fin (jusqu’au lancement de la phase de construction). Il en résulte un déficit de financement de l’ordre de 20 à 30 millions de dollars : études de faisabilité, ingénierie, obtention des permis et validation technique sont nécessaires avant toute décision finale d’investissement. Ces besoins excèdent souvent la capacité des investisseurs fortunés, tout en étant jugés trop risqués par les investisseurs institutionnels et les prêteurs. Les délais réglementaires viennent aggraver la situation, les entreprises demeurant sans revenus et avec un bilan fragilisé pendant une période prolongée.

Pour les matières premières aux applications spécialisées, comme le graphite, les terres rares et le lithium, la situation est exacerbée par l’absence de diversification des marchés. La Chine demeure souvent l’unique acheteur des concentrés minéraux. Les transformateurs chinois de lithium acquièrent le spodumène et le convertissent en lithium de qualité batterie, tandis que les concentrés de terres rares doivent être transformés en carbonate mixte de terres rares — une étape de traitement dont la capacité demeure largement insuffisante au Canada.

Peu d’investisseurs institutionnels ont jusqu’à maintenant appuyé des sociétés minières canadiennes en phase précoce dont le seul marché d’écoulement repose sur un raffineur chinois. Il en résulte un déficit structurel de financement qui a retardé pendant des années la mise en valeur de projets pourtant viables.

4. Le raffinage et la transformation confrontés à un déficit structurel

Au cours des trois dernières décennies, les pays occidentaux ont en pratique externalisé vers la Chine les activités de raffinage à faible marge et à forte intensité énergétique. Soutenue par des capitaux étatiques, des réglementations environnementales souples et des coûts de main-d’œuvre plus faibles, la Chine contrôle aujourd’hui 70 % du marché mondial du raffinage pour 19 des 20 minéraux les plus critiques au monde.

De plus, la Chine pratique la surcapacité afin de faire pression sur ses concurrents. L’utilisation mondiale du cuivre n’était que de 70 % l’an dernier, contribuant, au fil des années, à la fermeture par le Canada des fonderies de cuivre de Flin Flon, Gaspé et Kidd Creek. Aujourd’hui, seule une fonderie/raffinerie de cuivre canadienne demeure active : la fonderie Horne de Glencore à Rouyn-Noranda (Québec), ainsi que la Canadian Copper Refinery qui lui est associée.

Concurrencer directement la Chine sur le traitement en aval spécialisé, dans un contexte de surcapacité subventionnée, demeure économiquement difficile. Toutefois, l’avantage du Canada réside dans l’association d’une exposition en amont aux minéraux — où les marges sont structurellement plus élevées — avec une intégration sélective en aval dans des « corridors minéraux » offrant des avantages de coût durables, comme l’électricité hydroélectrique à faible coût et sans émissions du Québec.

5. La demande locale limitée freine la croissance de la chaîne de valeur

Les investissements dans le raffinage suivent la demande : il est difficile de construire une fonderie à forte intensité capitalistique au Canada, où la demande locale reste limitée. La fabrication de cellules de batteries en est à ses débuts, et les acquisitions dans le secteur de la défense se situent à une fraction de l’échelle américaine. La production d’aimants, le traitement des terres rares et la fabrication de précurseurs de cathode sont pour l’essentiel absents. En conséquence, les concentrés minéraux sont expédiés là où se trouvent les clients : principalement en Chine.

Le paradoxe réside dans le fait que le Canada s’est engagé à hauteur d’environ 55 milliards de dollars à attirer des fabricants de véhicules électriques et de batteries au cours des 15 prochaines années, sans lier ces subventions à l’approvisionnement local, contrairement à ce que requièrent des ressorts comparables. L’Allemagne et la France ont intégré des exigences strictes de contenu minimum de l’Union européenne et de chaînes d’approvisionnement locales dans leurs programmes de subventions pour véhicules électriques. La Corée du Sud a de même lié son soutien à l’utilisation de matériaux et composants de batterie d’origine coréenne. L’absence de telles exigences au Canada explique que ces subventions n’aient pas encore catalysé le développement d’industries annexes.

1. Mobiliser le capital souverain sur l’ensemble de la chaîne de valeur

Le Fonds souverain pour les minéraux critiques de 2 milliards de dollars d’Ottawa nécessite un renforcement pour répondre aux besoins en capitaux considérables. À titre d’exemple, la coentreprise Korea Zinc établit une fonderie au Tennessee pour un investissement de 7,4 milliards de dollars américains, illustrant l’intensité capitalistique des projets en aval. La mise en place complète d’une chaîne intégrée d’exploitation, de raffinage et de transformation des minéraux critiques exige un ordre de grandeur de capital patient capable de soutenir des années de construction et de validation commerciale.

Le Fonds de croissance du Canada a déjà réalisé trois investissements miniers pour combler ce déficit. Son récent co-investissement dans Thompson Nickel Mines au Manitoba, aux côtés du groupe américain Orion Resource Partners LP et du brésilien Vale SA, a permis de sécuriser le projet, d’attirer des capitaux corporatifs crédibles et de démontrer un engagement souverain fort. Cette initiative fait suite aux investissements du Fonds de croissance dans l’installation de Nouveau Monde Graphite au Québec et dans le projet cuivre-zinc de Foran Mining Corp. en Saskatchewan.

À l’international, la Banque brésilienne de développement offre un modèle intéressant : un fonds mixte de 1 milliard de dollars américains structuré avec des capitaux publics et privés (y compris le champion national Vale), géré à distance et déployé sur l’ensemble de la chaîne — extraction, raffinage et transformation. Cette structure, soutenue par des fonds gouvernementaux, instaure une discipline commerciale tout en rendant les projets stratégiques finançables.

2. Mobiliser le capital pour les infrastructures afin de débloquer de nouvelles régions

Co-investir dans les infrastructures nécessaires — routes, lignes de transmission, raccordements au réseau dans les régions minières éloignées — réduit le prix de revient nécessaire d’un projet d’environ 22 à 24 %, représentant le levier le plus important de toute mesure politique individuelle, selon une analyse récente de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC).

Le développement des infrastructures associées se prête particulièrement aux caisses de retraite et aux investisseurs institutionnels à long terme, qui sont les mieux placés pour y participer : risque inférieur à celui d’un investissement en actions dans une société minière junior, flux de trésorerie contractuels et rendements comparables à ceux des infrastructures. La seule région riche en métaux du « Cercle de feu » en Ontario nécessite jusqu’à 2,4 milliards de dollars en routes et lignes de transmission avant qu’une seule mine devienne commercialement viable. Pour les caisses de retraite, il s’agit d’une occasion de financer des infrastructures à condition d’avoir la certitude de leur réalisation, que celles-ci puissent servir à plusieurs usages et même constituer un tremplin pour de nouveaux développements.

L’investissement dans les collectivités éloignées, dont plusieurs se trouvent sur des territoires des Premières Nations, constitue une autre occasion. Toutefois, contrairement à l’Alberta et à la Colombie-Britannique, où des précédents commerciaux dans le secteur pétrolier et gazier sont bien établis avec les collectivités autochtones, ces juridictions minières nécessitent un accompagnement pour renforcer la gouvernance locale et la préparation technique afin de garantir le succès commercial à long terme.

3. Développer des corridors minéraux autour des principaux gisements canadiens

Une infrastructure de traitement partagée permet de résoudre plusieurs problèmes simultanément. Par exemple, les six projets québécois de lithium à haute teneur et à fort tonnage pourraient bénéficier d’un pôle régional de raffinage. Une logique similaire s’applique à la ceinture de lithium allant de Thunder Bay à Winnipeg, ainsi qu’au gisement de nickel de Sudbury, qui dispose déjà d’infrastructures de raffinage de calibre mondial pouvant être étendues pour servir de nouveaux projets de minéraux critiques dans le nord de l’Ontario.

De tels raffinages centralisés offriraient aux sociétés minières juniors et intermédiaires des acheteurs crédibles non chinois, renforçant ainsi leur modèle d’affaires et leur attrait pour les investisseurs. Les corridors pourraient également générer des effets économiques en cascade bénéficiant aux secteurs logistique, transport, commercial et résidentiel, ainsi qu’aux autres services. La mise en place d’une raffinerie centrale de lithium partagée pourrait être structurée avec des garanties de prêts gouvernementales et des accords d’achat d’ancrage avec des fabricants de batteries en Europe, en Corée, au Japon et auprès de producteurs canadiens émergents.

Ces engagements d’achat rendent à leur tour les projets finançables sur les marchés boursiers canadiens et, à terme, admissibles au financement de projets. L’économie de l’infrastructure s’améliorerait encore si la prolongation du chemin de fer du Plan Nord au Québec se concrétise — une initiative portée par la Cree Development Corporation qui réduirait considérablement l’empreinte environnementale et les coûts en capital du gisement québécois de lithium.

4. Attirer les grands acteurs mondiaux pour améliorer la rentabilité des projets

Le Fonds de croissance du Canada est bien positionné pour co-investir aux côtés des grandes entreprises mondiales, fournir des accords d’achat garantis qui sécurisent les revenus et tirer parti des crédits d’impôt à l’investissement pour améliorer la rentabilité des projets. Le partenariat du Fonds de croissance avec Strathcona Resources Ltd. pour la construction d’une installation de capture et de stockage du carbone de 2 milliards de dollars en est un exemple concret : le gouvernement a souscrit à la moitié du capital et a permis que la pleine valeur du crédit d’impôt à l’investissement profite aux investisseurs privés. Les instruments de sécurisation des revenus, comme les accords d’achat et les contrats à terme sur différence, peuvent réduire le seuil de rentabilité d’un projet d’environ 18 à 19 %, selon une analyse de la Banque de l’infrastructure du Canada. La combinaison de l’investissement dans les infrastructures, de la sécurisation des revenus et de la co-participation en capital pourrait placer les projets canadiens en tête de liste des priorités pour les grands acteurs mondiaux.

5. Renforcer les liens avec les chaînes d’approvisionnement américaines — tout en diversifiant

Peu de gouvernements font plus que les États-Unis pour remodeler l’ordre mondial des minéraux. L’Office of Strategic Capital américain est autorisé à mobiliser entre 100 et 200 milliards de dollars US afin de soutenir les chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de la défense et de l’industrie — soit environ 15 à 20 fois le financement fédéral canadien. Le Project Vault de Washington, un stock stratégique de minéraux critiques de 12 milliards de dollars US, est déjà opérationnel et conclut des accords avec d’autres pays.

Le développement de liens plus étroits avec les chaînes d’approvisionnement américaines constitue l’avantage structurel le plus significatif du Canada, difficilement reproductible par d’autres juridictions. Des accords stratégiques sous l’égide du projet Vault permettraient de garantir que les minéraux canadiens respectent les règles d’origine américaines pour les batteries et véhicules électriques. Des engagements d’achat assurés offriraient au Canada à la fois un signal de demande et la certitude de financement nécessaires pour assurer la viabilité économique de l’exploitation, du raffinage et de la transformation.

Cette stratégie n’est pas sans risque : un alignement plus profond avec Washington pourrait soumettre les minéraux canadiens aux priorités de licences d’exportation et d’acquisition de défense des États-Unis, qui favorisent en premier lieu la politique industrielle américaine. Pour préserver sa souveraineté sur ses ressources, le Canada devrait adopter une stratégie de diversification robuste ciblant ses alliés européens et asiatiques, en s’appuyant sur ses 26 nouveaux investissements et partenariats avec des pays du G7 qui ont permis de débloquer 6,4 milliards de dollars de projets de minéraux critiques.

L’Australie et le Canada ont des dotations géologiques et des traditions minières comparables, mais les similitudes s’arrêtent là. L’Australie a constamment devancé le Canada dans la diversification de sa richesse en ressources en déployant une stratégie robuste axée sur la mobilisation de capitaux, l’autorisation de projets et le financement des infrastructures — façonnant en fin de compte le comportement des investisseurs.

Voici en quoi les modèles australien et canadien ont divergé :

1. Des investisseurs d’ancrage ont tracé la voie

Les caisses de retraite australiennes maintiennent une allocation permanente aux ressources soutenue par des investisseurs spécialisés dans le secteur minier capables de comprendre le profil de risque à chaque étape du développement. Les caisses de retraite canadiennes n’ont pas la même obligation, et leur base d’investisseurs s’est tournée au cours des 15 dernières années vers les secteurs de la technologie et de la santé, et vers les actions mondiales. Cela a rendu le capital minier au Canada épisodique, dépendant des cycles, et de plus en plus averse au risque aux étapes critiques du développement. Il en résulte un environnement de financement local plus fragile pour les entreprises minières canadiennes, tendance en partie expliquée par la performance historiquement plus faible du rendement total des sociétés minières canadiennes par rapport à leurs homologues australiennes.

2. Mécanismes pour gérer les creux de financement

Si les deux pays réussissent à financer l’exploration en phase précoce, le parcours canadien diverge fortement par la suite. Le financement par actions accréditives — qui offre des incitatifs fiscaux aux premières étapes — est efficace, mais limité à l’exploration. Il en résulte que les phases d’études de faisabilité, de construction et de première production disposent de peu de leviers de financement et d’incitation, créant une motivation structurelle à vendre les actifs prématurément plutôt que de les développer et les exploiter. En Australie, un bassin de capitaux plus profond, alimenté par les caisses de retraite et les investisseurs spécialisés dans les ressources, a permis l’émergence de producteurs de taille intermédiaire que le Canada ne possède pratiquement pas.

3. La certitude dans l’octroi de permis comme levier de financement

Les cadres d’approbation australiens intègrent des délais légaux pour éviter que les procédures ne s’éternisent. Au Canada, les examens multipartites aux niveaux fédéral et provincial, combinés à des processus de consultation ouverts, peuvent durer cinq ans ou plus sans échéance définie. Comme les risques liés aux permis affectent directement la rentabilité des projets, ces retards constituent un obstacle majeur à l’investissement.

4. Le cercle vertueux de la richesse et de l’expertise dans les métaux de base

Australia’s commodity diversity is anchored in bulk and base metals—iron ore, metallurgical coal, copper, bauxite and alumina—in greater propensity than Canada and its precious metals. That mix supported the growth of BHP Group, Rio Tinto Ltd and Fortescue Ltd., which are now backing other critical minerals including the energy-transition metals like lithium and rare earths. While Canada’s geology is diverse, public markets, historical mergers and acquisitions (M&A) and resulting producer base tilted towards gold companies.

5. L’accès aux marchés et les liens asiatiques ont stimulé la demande

L’essor de la sidérurgie asiatique, notamment en Chine, mais aussi au Japon et en Corée, a généré des contrats à long terme pour le minerai de fer et le charbon métallurgique australiens, soutenant l’essor des grands groupes miniers australiens. Ces relations commerciales solides se sont désormais étendues au cuivre, à l’alumine et à d’autres matériaux émergents pour batteries. Le Canada, en revanche, a tissé ses liens commerciaux avec l’Amérique du Nord et l’Europe, et s’est retrouvé désavantagé du point de vue des coûts par rapport aux raffineurs asiatiques, tout en manquant le carrefour de la demande issu des chaînes de valeur des batteries en Asie.

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Janice Charette a au moins deux séries d’instructions à suivre : celle qu’elle a reçue directement cette semaine de Mark Carney, et celle qu’elle recevra indirectement la semaine prochaine de Donald Trump.

La défaite peu surprenante de Trump devant la Cour suprême dans l’affaire des tarifs douaniers accentue encore la différence entre les deux approches.

D’abord, en ce qui concerne Carney :

  • Le premier ministre voue un grand respect à sa nouvelle négociatrice commerciale en chef, un respect qui remonte à leur collaboration passée à Londres, mais surtout à la période où elle a supervisé, l’an dernier, son équipe de transition.

  • Comme le pays est en train de le constater, Carney fonctionne avec des cercles concentriques de confiance et de loyauté. Elle fait partie d’une poignée de personnes au sein du premier cercle.

  • Le premier ministre apprécie également sa connaissance approfondie du gouvernement canadien et du milieu des affaires. Elle sait vers qui se tourner pour obtenir des réponses aux nombreuses questions et aux défis que les États-Unis lui lanceront.

  • Son premier défi sera d’élaborer le cadre d’un marathon de négociations commerciales. 

  • Cela suppose de structurer des discussions techniques avec un homologue qui, pour l’instant, n’est ni intéressé ni prêt.

  • Cela implique aussi de constituer une équipe solide pour mener l’affrontement. Lors du premier mandat de Trump, l’équipe Trudeau avait mis sur pied une cellule de crise qui avait tissé un réseau d’influenceurs, notamment dans l’industrie et au sein des gouvernements des États. Une structure comparable sera nécessaire cette fois-ci, mais plutôt sous la forme d’une salle de données : une unité capable de recueillir et de diffuser en continu des données sur l’impact des droits de douane dans les deux pays. 

  • Son prochain défi consistera à s’aligner avec le premier ministre sur les concessions possibles et les lignes rouges à ne jamais franchir.

  • Un élément non négociable demeure : veiller au maintien de l’exemption prévue par l’ACEUM.

Passons maintenant à Trump :

  • Le président, déjà engagé dans une confrontation avec l’Iran, passera aussi la fin de semaine à préparer sa prochaine offensive commerciale.

  • Plusieurs s’attendent à de nouveaux droits de douane en vertu de la section 301 pour remplacer ceux fondés sur les pouvoirs d’urgence que la Cour suprême vient d’invalider. On peut aussi s’attendre à une multiplication des mesures non tarifaires et à un durcissement des menaces.

  • Son message principal pourrait être livré lors de son discours sur l’état de l’Union mardi soir, censé porter sur l’abordabilité, mais qui oscillera vraisemblablement entre tensions géopolitiques et droits de douane. 

  • Le cadre, au Capitole, ne sera pas anodin pour un président qui cherchera à rallier le Congrès à sa cause sur les deux fronts.

  • Le négociateur en chef de Trump, Jamieson Grier, aurait confié en privé qu’il se prépare à des négociations avec le Canada et le Mexique qui s’étendraient au-delà des élections de mi-mandat de novembre.  

  • Cela va à l’encontre des attentes de plusieurs qui anticipaient une répétition de 2018, lorsque l’administration avait travaillé rapidement durant l’été pour conclure ce que le président pouvait présenter à la campagne d’automne comme le « meilleur accord de tous les temps ».

  • Si cela se produisait, une Chambre des représentants contrôlée par les démocrates rendrait hautement improbable la conclusion d’un accord global avec l’un ou l’autre des deux pays. Non seulement les démocrates voudront un accord différent de celui de Trump, mais le Congrès sera accaparé – presque à la manière du Watergate – par l’affaire Epstein. 

Charette a affronté de nombreux défis de ce genre au cours de sa carrière et est largement reconnue pour son calme sous pression.

Place au prochain grand test.

– John Stackhouse

Une échappatoire tarifaire vient de se refermer

  • La Cour suprême des États-Unis a effectivement retiré à tout président la possibilité d’utiliser l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) comme instrument rapide pour imposer des droits de douane : la décision précise que l’IEEPA ne confère pas le pouvoir d’imposer des droits de douane en l’absence d’une autorisation explicite du Congrès.

  • C’est important, car l’IEEPA constituait le mécanisme le plus flexible de l’administration, permettant de mettre en place des droits de douane étendus, ajustables et à l’échelle du pays (y compris des droits de douane « réciproques » et des droits de douane liés au fentanyl), pouvant être relevés ou abaissés rapidement comme levier de négociation.

  • Une grande partie de la perception des droits de douane liée à l’AEEP est maintenant exposée à des risques juridiques (et, à tout le moins, gelée en tant qu’outil de politique durable).

  • Pour le Canada, la décision ne touche pas les droits de douane les plus douloureux :  les outils sectoriels ou liés à la sécurité nationale (notamment la Section 232) demeurent le principal champ de bataille pour l’acier, l’aluminium, l’automobile et d’autres catégories ciblées.

  • Les Services économiques RBC soulignent clairement ce point dans « La véritable priorité du Canada maintenant que le jugement sur les droits américains imposés en vertu de l’IEEPA est connu. »«  Selon nos calculs, en décembre, 89 % des exportations canadiennes vers les États-Unis n’étaient pas assujetties à des droits de douane, parce qu’elles étaient conformes aux exigences des règles d’origine de l’ACEUM. Par conséquent, les droits appliqués en vertu de l’IEEPA concernaient moins de 5 % des exportations vers les États-Unis. En décembre (le reste étant composé des droits imposés en vertu de la Section 232), le taux effectif moyen des droits américains visant le Canada était de 3,1 %, soit le taux le plus faible de tous les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. »



Canada : risque moins généralisé, secteurs clés toujours exposés

  • La décision affaiblit le pouvoir de négociation de Washington en privant toute menace d’escalade immédiate de sa crédibilité. Les droits de douane futurs devront désormais passer par des enquêtes, satisfaire à des normes de preuve et faire l’objet de consultations.

  • Les industries exposées à une hausse des coûts des intrants, les détaillants sensibles aux prix à la consommation, les exportateurs agricoles vulnérables et les élus opposés disposeront de davantage de marge pour intervenir avant l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane.

  • La pression économique des droits de douane au titre de la Section 232 demeure, mais la crédibilité d’une escalade à l’échelle de l’économie diminue, ce qui améliore la prévisibilité – un avantage significatif pour les négociations et les décisions d’investissement liées aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

  • L’intégration devient un argument de poids. Lorsque l’imposition de tarifs doit être justifiée par des enquêtes formelles, la profondeur des chaînes d’approvisionnement transfrontalières devient une preuve contre toute perturbation.

Les tarifs devraient persister, mais avec une dimension politique accrue

  • L’administration cherchera à reconstruire son levier tarifaire en mobilisant d’autres lois, mais ces outils exigent davantage de procédures, de justification et de temps.

  • Le Canada peut considérer cela comme une occasion d’influencer le dossier, et non comme une sortie du risque tarifaire. Si le dossier évolue vers des enquêtes et des consultations, le Canada devra démontrer que les droits de douane sont contre-productifs pour les États-Unis.

La formation de coalitions est de plus en plus décisive

  • Le contrepoids le plus efficace à de nouveaux droits de douane proviendra souvent d’acteurs américains directement concernés : fabricants en aval, détaillants, agriculteurs, gouvernements des États et associations sectorielles capables d’argumenter de manière crédible sur les coûts, les pénuries et la perte de compétitivité.

  • Les meilleurs résultats pour le Canada viendront de l’identification des domaines où la dépendance américaine est la plus forte (intrants, composants, procédés énergivores, chaînes d’approvisionnement régionales) et de la transformation de ces éléments en arguments politiquement convaincants.

Ce que nous surveillerons de près

1. Les autres instruments que l’administration Trump décidera de mettre de l’avant, et la question de savoir si elle misera encore davantage sur les droits de douane au titre de la Section 232.

2. La volonté de la Maison-Blanche de rechercher des « gains » négociés en remplacement des droits de douane : engagements en matière d’approvisionnement, annonces d’investissements ou exemptions sectorielles.

3. La rapidité et l’efficacité avec lesquelles les groupes industriels et les acteurs étatiques américains se mobiliseront pour restreindre davantage le pouvoir commercial de la Maison-Blanche.

4. Les ramifications juridiques et budgétaires. La Cour n’a pas statué sur le remboursement des recettes perçues en vertu de l’IEEPA, laissant potentiellement 175 milliards de dollars américains exposés à des litiges. Toute pression en faveur de remboursements à grande échelle sera vigoureusement contestée, mais pourrait renforcer l’opposition, accentuer la pression budgétaire et compliquer toute tentative de rétablir un régime tarifaire similaire.

— Thomas Ashcroft

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À découvrir également dans ce numéro : Les perspectives pour l’industrie automobile canadienne

Les accords issus de la toute première réunion ministérielle sur les minéraux critiques à Washington sont encore à l’analyse. Cette rencontre a donné lieu à des cadres bilatéraux avec plus d’une douzaine de partenaires commerciaux et au lancement du projet Vault.

Fait notable, le Canada ne figurait pas parmi les signataires. Alors que les États-Unis redéfinissent l’ordre mondial dans le secteur des minéraux, le Canada est-il en position de tirer parti de cette dynamique ou risque-t-il d’être laissé pour compte ?

Pourquoi c’est important

Le projet Vault représente la tentative des États-Unis de créer une réserve stratégique de minéraux critiques, à l’instar de leur Strategic Petroleum Reserve (SPR). Le problème : l’analogie avec la SPR montre rapidement ses limites, avec des conséquences majeures pour le Canada.

La SPR originale fonctionnait parce que les États-Unis disposaient d’une vaste capacité de raffinage nationale — le pétrole brut stocké pouvait être transformé en carburants raffinés le long de la côte du Golfe. Aujourd’hui, l’Amérique du Nord dispose de très peu d’infrastructures capables de transformer les minéraux critiques bruts en composés raffinés requis par la défense, les semi-conducteurs et les véhicules électriques.

Vault se heurte donc à un paradoxe fondamental : stocker des minerais bruts sans capacité de les transformer, ou stocker des matériaux raffinés très probablement achetés en Chine — la dépendance même que les États-Unis cherchent à réduire.

En chiffres

  • 15 milliards $ US — financement de la EXIM Bank déjà mobilisé avant le projet Vault pour des projets miniers alliés à l’échelle mondiale.

  • 12 milliards $ US — financement du projet Vault (10 milliards $ US provenant de l’Export-Import Bank des États-Unis et 2 milliards $ US de capitaux privés).

  • Stock cible de 60 jours pour les minéraux stratégiques.

  • 15 cadres bilatéraux signés cette semaine — incluant l’UE, le Japon et les ÉAU.

  • Mainmise de la Chine sur le raffinage — 98 % du gallium, 91 % des aimants en terres rares, 96 % du graphite qualité batterie, 79 % du cobalt.

  • Position du Canada — 71 % des importations américaines d’aluminium non transformé ; la raffinerie de Vaudreuil, au Québec, est l’une des deux seules raffineries d’alumine restantes en Amérique du Nord.

  • Le projet Vault couvre l’ensemble des 60 minéraux critiques figurant sur la liste de l’USGS, dont un grand nombre sont des exportations économiques essentielles pour le Canada.

Vue d’ensemble

Les États-Unis ne construisent pas un cadre multilatéral — le terme employé délibérément lors de la réunion ministérielle était plurilatéral. Il s’agit d’une coalition plus restreinte et alignée qui fixe ses propres règles, coordonne des planchers de prix et oriente les investissements de manière collective. Grâce à l’EXIM et à Vault, cette architecture se met en place en temps réel.

Le raffinage et la fusion à forte intensité énergétique — processus indispensables pour transformer les minerais stockés en intrants industriels utilisables — représentent, en théorie du moins, une occasion pour le Canada. Notre électricité propre et concurrentielle (hydroélectricité, nucléaire) complète les gisements minéraux existants et, combinée à des réseaux ferroviaires intégrés, permet une meilleure rentabilité sur l’ensemble du cycle par rapport à des opérations de traitement et de raffinage isolées.  

Conclusion

La richesse du Canada en minéraux critiques constitue sans doute son outil bilatéral le plus important à l’approche de la renégociation de l’AEUMC.   Son intégration plus large dans les chaînes d’approvisionnement américaines — couvrant l’aluminium, le cuivre, le nickel, le zinc et le manganèse — limite en grande partie tout risque d’exclusion. Si le Canada parvient à obtenir une reconnaissance explicite du contenu canadien dans les chaînes de valeur américaines par l’intermédiaire de l’AEUMC et soutenu par les engagements prévisionnels du projet Vault et l’accès au capital américain, il s’agira d’une victoire incontestable.

Cela dit, l’influence du Canada dans le domaine des minéraux s’érode jour après jour. Chaque cadre bilatéral signé par Washington avec un autre partenaire réduit le levier relatif du Canada, surtout si les négociations de l’AEUMC s’étendent jusqu’en 2027. Et à une époque où certaines décisions d’investissement dépendent moins de critères économiques que du simple désir d’obtenir le « ticket d’entrée » sur le marché américain (Korea Zinc JV).

Trouver le juste équilibre représentera le défi à relever.

— Shaz Merwat

L’économiste RBC Farhad Pananov a participé cette semaine à l’événement Future of Automotive du Globe & Mail. Voici quelques points saillants :

  • Les investissements dans le secteur automobile ont diminué par rapport à il y a seulement quelques années, lorsque les constructeurs planifiaient des stratégies à long terme.

  • Bien que les panélistes aient largement salué la main-d’œuvre canadienne hautement qualifiée et instruite, ainsi que la diversité des économies locales, il est apparu clairement que le principal atout du pays reste l’accès au deuxième plus grand marché automobile mondial. Du moins pour l’instant.

  • L’accord Canada-Chine sur les VE, qui permettra l’importation de 49 000 véhicules électriques chinois par an à faibles droits de douane, a été accueilli avec scepticisme : quelles marques arriveront au Canada ? Les Canadiens les achèteront-ils ?

La réponse à cette dernière question pourrait se résumer au prix…

Le Canada est sur le point d'accueillir les véhicules électriques du marché de masse.

Les législateurs américains rejettent les droits de douane de Trump sur le Canada 

  • La Chambre des représentants des États-Unis a voté pour l’abrogation des droits de douane sur les produits canadiens la même semaine où le président Trump menaçait de bloquer l’ouverture du pont international Gordie Howe en raison de différends commerciaux. 

  • Bien que le président soit susceptible de mettre son veto à cette motion, le vote de mercredi a reçu le soutien de six républicains, témoignant d’un mécontentement croissant à l’égard des politiques commerciales et des menaces de M. Trump. 

Le secteur agricole américain plaide pour le maintien de l’AEUMC

  • Plus de 40 organisations agricoles américaines ont formé une coalition pour soutenir l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), soulignant les avantages économiques qu’il apporte aux collectivités rurales et aux exploitations agricoles américaines.

  • La campagne cible les membres de la Chambre des représentants, la Maison-Blanche et le président, s’appuyant sur des analyses économiques montrant que le Canada et le Mexique comptent pour environ le tiers de la valeur des exportations agricoles des États-Unis. 

Le gouvernement britannique signale un rapprochement avec l’Europe

  • La chancelière Rachel Reeves a annoncé que le Royaume-Uni est prêt à s’aligner unilatéralement sur les règles du marché unique de l’UE dans des secteurs comme les services financiers, afin de réduire les barrières commerciales, qualifiant une intégration plus étroite avec l’UE de « plus grande occasion » pour la croissance britannique, marquant un recentrage par rapport à la priorité accordée aux accords commerciaux hors d’Europe.

  • Le gouvernement travailliste a été réticent à revoir le Brexit comme enjeu politique, mais commence à envisager plus favorablement une intégration accrue avec l’UE dans sa recherche de leviers pour stimuler la croissance économique. 

— Thomas Ashcroft

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Également dans ce numéro : Les échanges du Canada avec les marchés non américains atteignent des sommets historiques, et les États-Unis envisagent la création d’un bloc commercial de minéraux critiques pour rivaliser avec la Chine

Comme anticipé, dans le cadre de sa nouvelle stratégie automobile, le gouvernement libéral relance les incitatifs à l’achat de véhicules électriques (VÉ), abolit les mandats de vente de VE, investit dans l’expansion du réseau de recharge de VÉ et propose des incitatifs et des allégements fiscaux pour attirer les constructeurs automobiles internationaux qui souhaitent s’implanter au Canada.

Ces mesures sont une réponse aux droits de douane américains et visent à contrer la menace croissante d’un démantèlement de l’ACEUM par l’administration Trump.

Le premier ministre Mark Carney souhaite naturellement maintenir l’ACEUM et miser sur les avantages de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine pour attirer de nouveaux investisseurs. Toutefois, même dans un contexte où l’accès au marché américain serait moins ouvert, le Canada dispose de plusieurs atouts susceptibles d’attirer des pays européens et asiatiques dans le secteur automobile.
Même si l’accès du Canada au marché américain se resserre, Ottawa peut faire valoir plusieurs raisons pour lesquelles les pays européens et asiatiques pourraient vouloir installer leurs usines automobiles au pays :

  • Les Canadiens achètent beaucoup de voitures et de VUS coûteux : neuvième marché automobile mondial, le Canada vend environ 1,9 million de véhicules par an, principalement des VUS et des camions de grande valeur. Le marché de l’entretien et des pièces y est également très développé, notamment en raison de ses hivers rigoureux. De plus, les fabricants d’équipement d’origine se font concurrence et visent désormais les clients à forte marge plutôt que le volume. Bref, les Canadiens achètent beaucoup de voitures, et souvent les plus rentables.

  • Les constructeurs automobiles asiatiques cherchent une plaque tournante en Amérique du Nord : avec 7,2 millions de ventes mondiales en 2024, la puissance combinée de Hyundai-Kia a dépassé GM et Stellantis pour se hisser au troisième rang mondial. Mais la forte concentration asiatique des capacités de production et des parts de marché des constructeurs automobiles asiatiques renforce l’intérêt d’une diversification géographique vers l’Amérique du Nord. Dans ce contexte, le Canada est bien placé pour devenir une deuxième plateforme de production nord-américaine, contribuant à l’atténuation des risques géopolitiques, climatiques et liés au travail.

  • Le Canada est un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement mondiales grâce à ses minéraux critiques, à son secteur des batteries, à son écosystème de pièces détachées et à une énergie propre et fiable, garantissant des chaînes d’approvisionnement sûres et compétitives. Volkswagen en sait quelque chose.

  • Le corridor Ontario–Québec constitue une véritable Silicon Valley de la technologie automobile : les atouts du Canada en matière d’IA, en systèmes autonomes et en développement logiciel (les domaines clés de la création de valeur future dans l’industrie automobile), renforcent davantage son attrait.

  • Le Canada bénéficie d’un vaste réseau d’accords de libre-échange : même si l’accès au marché américain évolue, il restera suffisant pour soutenir le commerce automobile. Il ne faut pas non plus oublier que le pays a signé 14 autres accords de libre-échange couvrant plus de 50 pays, 1,5 milliard de consommateurs et 60 % du PIB mondial.

— Jordan Brennan

Selon Claire Fan, économiste à RBC :

« Même si la balance commerciale se détériore, les exportateurs canadiens continuent de se tourner vers les marchés non américains. En novembre, les exportations de biens vers ces marchés dépassaient de 29 % leur niveau d’il y a un an, tandis que les importations en provenance de ces marchés grimpaient de 18 % — des niveaux qui frôlent des records historiques. »

Les États-Unis veulent créer un bloc commercial dédié aux minerais critiques pour contrer la Chine

  • Lors d’un sommet à Washington réunissant des représentants de plus de 50 pays, les États-Unis ont exposé un projet de zone commerciale des terres rares, fondé sur l’utilisation des droits de douane pour fixer des prix planchers des minéraux et sur la mobilisation des forces respectives des pays partenaires tout au long de la chaîne de valeur pour contrer la domination chinoise.

  • « Plusieurs accords bilatéraux ont été conclus, dont des « plans d’action » américains avec le Mexique, l’UE et le Japon pour coordonner les politiques commerciales.

  • La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a souligné qu’un examen plus approfondi était requis avant toute adhésion à un tel cadre, qui pourrait néanmoins offrir au Canada un levier stratégique dans les futures négociations de l’ACEUM.  

Trump et Modi concluent une trêve commerciale

  • Washington s’est engagé à réduire de 50 % à 18 % les droits de douane sur les produits indiens, en échange de l’arrêt par New Delhi de ses achats de pétrole russe.

  • Même si les détails relatifs au calendrier des modifications aux droits de douane et aux autres assouplissements commerciaux restent vagues, la baisse de certains des droits de douane les plus sévères imposés par Trump a stimulé les actions de sociétés indiennes cotées aux États-Unis.

La réouverture de la mer Rouge accentue les pressions de surcapacité du transport maritime

  • Avec l’apaisement des attaques houthis et la remontée du trafic dans le canal de Suez, les transporteurs de conteneurs redoutent une pression accrue sur leurs bénéfices si les tarifs de fret baissent et que la surcapacité s’aggrave.

  • Le groupe Danois AP Møller-Maersk, deuxième plus grande compagnie mondiale de transport de conteneurs, a annoncé sa première perte d’exploitation depuis plusieurs années et prévoit des suppressions d’emplois pour en atténuer les conséquences.

  • Les escortes navales sont désormais nécessaires pour les porte‑conteneurs traversant la mer Rouge, et les tensions entre l’Iran, les États‑Unis et Israël constituent une menace pour la stabilité de cette route maritime.

Ottawa prévoit lier davantage l’aide internationale à ses objectifs commerciaux

  • Randeep Sarai, secrétaire d’État au Développement international, a indiqué que les dépenses canadiennes en développement et en aide humanitaire seront de plus en plus orientées vers des initiatives qui favorisent la « prospérité mutuelle. »

  • En diminuant le budget consacré à l’aide internationale, le gouvernement entend se servir de la répartition de ces fonds comme outil stratégique auprès des pays avec lesquels il souhaite renforcer ses relations commerciales.

— Thomas Ashcroft

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Également dans ce numéro : Les procédures judiciaires liées aux droits de douane s’intensifient, les relations entre le Canada et l’Inde reprennent de plus belle et deux géants économiques concluent « l’accord commercial ultime »

Le même jour où le Fonds monétaire international publiait un rapport selon lequel la suppression des barrières commerciales interieures au Canada pourrait entraîner une hausse de 7 % du PIB réel, une discussion s’est tenue au Canadian Club of Toronto.

Parmi les participants figuraient deux grands dirigeants d’entreprise canadienne, Tracy Robinson (CN) et Max Koeune (McCain Foods), qui se sont joints à Sean Strickland (Canada’s Building Trades Unions) et à Goldy Hyder (Conseil des entreprises du Canada) pour s’entretenir sur les changements majeurs que le Canada doit apporter en matière de développement des infrastructures, de réglementation des entreprises et d’immigration.

Voici quelques goulots d’étranglement qu’il faut régler rapidement :

  • Le Canada figure parmi les pires pays de l’OCDE pour le nombre de journées de travail perdues en raison d’interruptions de travail. Autrement dit, nos infrastructures de transport (ports, réseaux ferroviaires et voies maritimes ferrées), qui nous relient au reste du monde, se retrouvent paralysées, alors que l’on attend du Canada qu’il soit ponctuel.

  • L’obtention des permis nécessaires à l’extension de l’oléoduc TMX a pris plus de temps que la construction elle-même. Ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres des difficultés causées par la lenteur des processus de délivrance des permis et des autres approbations.

  • Malgré une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée, nos provinces n’accueillent qu’un nombre dérisoire d’immigrants. Qui d’autre bâtira tous ces grands projets ?

  • Sur le plan réglementaire, il est plus facile d’exporter des aliments aux États-Unis que d’en expédier d’une province à l’autre. Quand le concept d’« économie unique » deviendra-t-il réalité ?

Que faut-il faire ?

Mme Robinson a souligné le besoin de revoir notre approche des négociations collectives afin d’éviter que l’économie ne soit aussi souvent paralysée, en particulier dans un contexte mondial où d’autres pays se réjouissent de cette situation.

M. Strickland a réclamé une meilleure planification de la main-d’œuvre pour recruter les bonnes personnes, en nombre suffisant, et répondre ainsi aux besoins de notre économie. On en parle depuis des années. C’est un problème qui peut se régler.

M. Koeune a appelé à des réformes en matière d’immigration qui permettraient aux demandeurs de résidence permanente d’avoir une idée plus claire des délais de traitement et de l’état d’avancement de leur dossier. Il a décrit le système comme une « boîte noire », une expression que j’ai entendue chez bien d’autres employeurs au cours des derniers mois.

Nous ne pouvons pas conquérir le monde sans commencer par régler nos propres difficultés.

Se défendre, d’accord. Avancer la tête haute, c’est encore mieux.

– John Stackhouse

Entreprises poursuivant les États-Unis Gouvernement à la suite d'une audience devant la Cour suprême

Depuis l’audience du 5 novembre devant la Cour suprême sur la légalité des droits de douane américains, plus de 1 000 entreprises, dont Costco, Revlon et Ray-Ban, ont intenté une poursuite contre l’administration Donald Trump, Pourquoi ? Si la plus haute cour du pays invalide ces droits de douane (verdict à une date encore inconnue), les plaignants espèrent obtenir un remboursement partiel des pertes qu’ils disent avoir subi en raison de ces mesures.

Production record : le pétrole canadien se tourne vers de nouveaux marchés

  • Même avec des prix mondiaux en berne, le Canada produit des volumes records de pétrole et augmente ses exportations vers l’Asie, en particulier vers la Chine où les ventes ont plus que quadruplé l’an dernier, mais aussi vers l’Inde et la Corée du Sud.  

  • Si les États-Unis restent la principale destination d’exportation du pétrole canadien, la hausse de capacité des pipelines et l’essor des marchés asiatiques soutiennent la valeur des actions des grandes sociétés pétrolières et favorisent la diversification économique. On peut s’attendre à une multiplication des demandes visant à accroître la capacité des pipelines.

Le Canada et l’Inde misent sur un commerce énergétique apolitique et fiable

  • Alors que les relations diplomatiques continuent de s’améliorer, les responsables se sont engagés à accroître les livraisons canadiennes de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de gaz de pétrole liquéfié à l’Inde, tandis que davantage de produits pétroliers raffinés devraient être exportés en sens inverse.

  • Le ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, a souligné que l’Inde constitue le marché où la demande d’énergie connaît la croissance la plus rapide, tout en assurant à ses homologues que le Canada n’utiliserait jamais l’énergie comme instrument de coercition. Un dialogue énergétique relancé entre les ministres canadien et indien pourrait aussi favoriser des investissements réciproques et une collaboration accrue dans d’autres domaines, notamment l’hydrogène, l’uranium, les biocarburants, le stockage des batteries, les minéraux essentiels, l’électricité et l’IA.   

  • Le haut-commissaire de l’Inde au Canada a déclaré que le premier ministre Carney se rendra probablement en Inde en mars et que, sous son gouvernement, le Canada n’est plus perçu comme le « petit frère » des États-Unis.

L’Inde et l’UE s’entendent sur l’accord commercial ultime

  • Alors que Washington s’apprête à imposer d’importants droits de douane, deux des plus grands marchés du monde ont conclu un accord commercial qui, une fois entré en vigueur, supprimera les droits de douane sur plus de 90 % des produits, ouvrant une nouvelle ère dans leurs relations économiques.

  • Les deux parties n’ont pas caché que cette avancée s’inscrivait en réaction à la politique commerciale américaine, afin d’atténuer l’impact des droits de douane et de renforcer leur autonomie économique. L’accord devrait stimuler les exportations de produits manufacturés indiens et offrir à l’UE un accès privilégié à ce vaste marché en forte croissance.

  • L’UE figure déjà parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Inde. Si l’Inde n’est encore que le neuvième partenaire commercial de l’UE, cette dernière prévoit que ses échanges avec l’Inde doubleront d’ici 2032. Les négociations sur un accord de protection des investissements se poursuivent.

– Thomas Ashcroft

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Cette année, le Forum économique mondial (FEM) a donné l’impression d’abriter deux Davos distincts.

À l’intérieur du principal centre des congrès, un nombre inédit de participants, parmi lesquels 850 chefs de direction, 80 milliardaires et fondateurs du secteur technologique, des centaines de ministres et 65 chefs de gouvernement, ont passé la semaine à écouter des analyses sur le recul de la mondialisation et le repli des sociétés sur elles-mêmes.

À l’extérieur, l’ambiance était tout à fait différente. Sur la grande promenade, il suffisait de faire quelques pas pour se croire dans un croisement improbable entre Wall Street, la Silicon Valley et l’Organisation des Nations Unies, alors que des pays allant du Brésil à l’Indonésie et des entreprises allant de Tech Mahindra à Pinterest se présentaient à la foule bigarrée qui défilait.

Mark Carney a parlé d’une ère à géométrie variable. D’autres ont évoqué une nouvelle ère de multialignement, comme si l’économie mondiale se transformait peu à peu en un souk bruissant d’échanges et de marchandages plutôt qu’en un marché parfaitement ordonné. Quel que soit le mot choisi, l’ordre (ou le désordre) mondial qui se dessine paraît aussi incertain et dangereux que les rues glacées de Davos. Voici quelques points à retenir :

L’an dernier, au lendemain de sa seconde investiture, Donald Trump s’était adressé au Forum par vidéo et avait promis un âge d’or pour les États‑Unis. Cette fois, il est venu en personne pour proclamer sa victoire. Accompagné de cinq secrétaires de cabinet et de centaines de chefs de direction américains, le président a passé deux jours exceptionnels dans les Alpes suisses à projeter une version contemporaine de la puissance américaine. Cette année, la superpuissance a opté pour une présence hors de son territoire. Dans la vision de Trump, le monde continuera de commercer et de prospérer, mais selon les règles américaines. Près des trois quarts des échanges commerciaux mondiaux respectent encore les règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’accumulation de stocks a permis à de nombreuses sociétés d’échapper aux droits de douane initiaux. Un impact plus important pourrait se faire sentir cette année. Mais dans l’ensemble, le système tient encore, a indiqué Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en soulignant que l’économie mondiale est si complexe et si imbriquée que même les États‑Unis ne peuvent la défaire. La Pax America plus mercantile de Trump n’est pas seulement économique. À son arrivée à Davos, Donald Trump faisait déjà réagir avec sa tentative d’acheter le Groenland, initiative non sollicitée rejetée par ses alliés de l’OTAN. Son départ a été marqué par l’annonce d’un Conseil de paix soutenu par une coalition pour le moins hétéroclite de dix-neuf pays représentant cinq mille milliards de dollars de PIB, soit l’équivalent de l’économie allemande. Seuls quatre d’entre eux, l’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie, sont membres de l’OTAN, et seuls quatre, l’Argentine, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et la Turquie, font partie du G20. Trump pourra‑t‑il étendre l’influence américaine sans partenaires plus solides ? Ou bien s’agit‑il de la nouvelle géométrie du pouvoir ?

Mark Carney, longtemps considéré comme l’archétype de l’« élite de Davos », a prononcé un discours d’ouverture largement salué pour avoir su capter le malaise ambiant et cristalliser l’aspiration à une nouvelle approche des affaires internationales. Sa formule, la nostalgie n’est pas une stratégie, a trouvé un écho. Il lui revient maintenant de concrétiser la diversification. La voie est loin d’être simple. Les alliés européens les plus proches du Canada traversent tous des difficultés, économiques comme politiques, affaiblis par la guerre en Ukraine, les crises migratoires et l’attrait croissant du nationalisme, désormais la force politique dominante sur le continent. La plus grande économie d’Europe, l’Allemagne, a évité de justesse une récession l’an dernier, après deux années de déclin. Le chancelier Friedrich Merz a qualifié l’Europe de championne mondiale de la surréglementation et a averti qu’elle risquait de perdre son unité si elle ne se réformait pas. Le Canada devra aussi compter sur des partenaires plus éloignés, notamment la Chine et l’Inde, que le Forum économique mondial estime responsables de près de 40 % de la croissance économique mondiale au cours des cinq prochaines années. Ces deux géants émergents peuvent se montrer aussi exigeants que Donald Trump en matière de commerce international. Le golfe Persique attire lui aussi, avec des milliers de milliards de dollars d’investissements en capital. Mais là encore, une nouvelle génération de partenaires économiques évolue dans des systèmes politiques et juridiques, ainsi que dans des pratiques sociales, bien différents de ceux du cadre dans lequel le Canada s’est développé.

« No King », littéralement « pas de roi », était gravé tout en haut d’un glacier dominant Davos. Le message visait sans doute le président américain, mais il pouvait tout aussi bien être lu comme une pique adressée au « roi dollar », ce surnom couramment utilisé pour désigner la position dominante du billet vert. Le roi dollar a connu une semaine difficile, bousculé par les changements dans les courants du commerce mondial et par la volonté croissante des pays et des entreprises de réorienter leurs flux de capitaux. Il domine encore 88 % des transactions de change et 54 % du commerce international, ce qui alimente depuis longtemps l’idée qu’aucune autre option crédible n’existe, résumée par l’acronyme anglais TINA, pour There Is No Alternative. Mais cette conviction tient‑elle encore ? Le Forum économique mondial s’est ouvert sur une nouvelle saisissante : les plus grands fonds de pension danois avaient liquidé leurs bons du Trésor américain en réaction à la menace brandie contre le Groenland. Une poussée de prudence envers les États‑Unis a fait grimper les rendements obligataires, ce qui a atténué les attentes de baisses de taux plus larges. En pareilles circonstances, les investisseurs avaient généralement tendance à rester exposés aux actifs américains. Cette fois, du moins chez les Européens, les couloirs bruissaient de spéculations sur un possible basculement de long terme. Un gestionnaire de fonds affirmait même que ses clients lui avaient demandé de vendre une partie de ses positions américaines. Quelques dirigeants américains du secteur technologique confiaient que des clients européens de longue date annulaient leurs commandes. L’euro, le yen et le dollar canadien pourraient gagner en importance. Le renminbi devrait également s’affirmer, bien qu’il soit encore loin de pouvoir rivaliser à l’échelle mondiale. La tête du roi peut se faire lourde, mais un seul monarque porte encore la couronne des devises.

Le Forum économique mondial, créé dans les années 1970 pour aider l’Europe à éviter la voie socialiste et à s’orienter vers les marchés libres, voit aujourd’hui une partie de l’Occident se tourner de nouveau vers l’État pour porter ses ambitions économiques, ce qui n’est pas sans risques. À mesure que les pays, y compris le Canada, cherchent à renforcer leurs forces armées, à bâtir leurs propres bases technologiques et à réduire leur dépendance envers les États‑Unis, qui concentrent près de la moitié du capital financier mondial, ils mobilisent leurs bilans publics et utilisent divers outils pour orienter les capitaux vers leurs priorités nationales. Les ambitions sont si marquées que plusieurs chefs de gouvernement semblaient se comporter comme des banquiers d’investissement en pleine prospection. Des économies avancées comme l’Australie, la Norvège, l’Allemagne ou la Corée du Sud ont effectivement la capacité d’emprunter davantage pour investir, tout comme plusieurs puissances émergentes, notamment l’Arabie saoudite. Or, le capitalisme ne se résume pas au capital lui‑même. Il consiste à mettre ce capital au travail et à obtenir des résultats. Le président singapourien, Tharman Shanmugaratnam, a rappelé avec sagesse que ces nouveaux capitalistes étatiques doivent se montrer impitoyables dans leurs décisions d’investissement, mais aussi dans leurs dépenses et leurs règles. La croissance exige que les gouvernements privilégient les investissements productifs, notamment dans l’éducation, plutôt que la redistribution, et qu’ils reconnaissent avec humilité que l’État reste, par nature, peu efficace pour bâtir des entreprises performantes. Pour que cette nouvelle version du capitalisme d’État fonctionne, il faudra également un changement de mentalité.

Peu après l’élection de Donald Trump, Xi Jinping s’était rendu à Davos pour présenter la Chine comme un leader mondial d’une nouvelle ère. Depuis, Pékin a livré des résultats tangibles dans les énergies renouvelables, le nucléaire, les minéraux critiques, les produits pharmaceutiques et l’intelligence artificielle. À tel point que Xi n’a plus besoin d’y être présent. Cette fois, tandis que les États‑Unis et l’Europe se querellaient, il a dépêché un vice‑premier ministre de second rang, He Lifeng, pour présenter la Chine comme un champion du commerce multilatéral et d’une « mondialisation inclusive ». Selon plusieurs experts, Pékin profite de chaque instant pour avancer discrètement ses deux priorités essentielles, la réunification avec Taïwan et la domination en intelligence artificielle. Xi voit dans l’intelligence artificielle un pilier de l’avenir chinois, et DeepSeek 4, le modèle de nouvelle génération attendu en février, devrait illustrer les progrès accomplis. Parallèlement, plusieurs spécialistes de la Chine estiment que l’armée chinoise, qui a mené des manœuvres navales autour de Taïwan au Nouvel An, serait prête à s’emparer de l’île par la force dans l’année, ce qui lui donnerait un levier majeur sur l’industrie mondiale des semi‑conducteurs, indispensable à l’IA. Le sénateur démocrate Chris Coons, présent à Davos, craint que l’Administration américaine ne mesure pas pleinement la nécessité de s’appuyer sur un réseau d’alliés partageant des valeurs fondamentales pour contenir la Chine. On y verra plus clair lorsque Trump et Xi se rencontreront en avril, mais il ne faut pas s’attendre à un grand compromis entre les deux puissances. Dans le meilleur des cas, selon Coons, on pourrait aboutir à une série de petits accords permettant de maintenir l’équilibre mondial.

Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

The next energy crisis won’t be fueled by oil or gas; it will be strained by the world’s faltering electricity grids. Electricity demand globally is rising three times faster than total energy demand, driven by air conditioning and electric vehicles, as well as data centres. While 90% of Americans have access to air conditioning, the number is 20% in India, 18% in Indonesia and 5% in Nigeria—each with some of the world’s fastest-growing cities. Add to that the growing demand for EVs, which now account for a quarter of global car sales, up from 5% in just five years. Fatih Birol, head of the International Energy Agency, said the world will need 10,000 terra-watts of new electricity in the next decade, which is the equivalent of adding another U.S., Canada, Europe and Japan. Without any innovation breakthroughs, that would require 70% more copper, and a vast expansion of steel and critical minerals processing. Developments in large-scale battery storage and grid digitalization offer some hope, as most electricity systems still suffer a gross mismatch of supply and demand. But an unfortunate truth remains: it’s easier and faster to build power plants than it is to add transmission and distribution. Take this recent experience in Europe: the continent added 80 gigawatts of renewable energy supply only to find it didn’t have the capacity to transmit all that new electricity. Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

Deux moments très révélateurs ont marqué les débats dans la grande salle des congrès à Davos, l’un illustrant la pénurie, l’autre l’abondance. Donald Trump s’est écarté de son texte pour fustiger les énergies renouvelables, en particulier l’éolien, qu’il a qualifié de solution pour les « perdants ». Le lendemain, sur la même scène, Elon Musk a au contraire vanté un avenir radieux pour les énergies renouvelables, en particulier le solaire, qu’il juge capable d’alimenter à lui seul l’ensemble des États-Unis. Il lui faudrait simplement, affirme‑t‑il, un terrain de cent soixante kilomètres sur cent soixante et des panneaux solaires exempts de droits de douane. En dehors de l’Amérique du Nord, les énergies renouvelables restent le principal moteur de la croissance énergétique et sont passées du statut de source de « transition » à celui de choix par défaut pour les nouvelles capacités dans de nombreux marchés. L’Europe a atteint environ cinquante pour cent de production renouvelable en 2024. Dans d’autres marchés en forte expansion, les énergies renouvelables sont de plus en plus perçues comme des ajouts énergétiques, et non plus seulement comme des substituts aux combustibles fossiles. La baisse du coût des batteries, le solaire ayant chuté d’environ quatre‑vingts pour cent en Inde, et l’allongement de la durée de vie des installations, désormais de trente à trente‑cinq ans, ont déplacé l’analyse économique du simple coût unitaire vers le coût sur l’ensemble du cycle de vie. Cependant, pour garantir la fiabilité, il faudra davantage de stockage par batteries, de centrales hydroélectriques à accumulation par pompage et de systèmes hybrides capables de fournir de l’électricité en continu. Cette évolution est déjà visible en Inde, qui a installé deux millions sept cent mille systèmes solaires résidentiels et trois millions cent mille pompes alimentées par le solaire, et qui a déjà atteint son objectif pour 2030 consistant à porter les énergies renouvelables à environ cinquante pour cent de l’énergie non fossile.

L’intelligence artificielle est passée du statut de technologie expérimentale à celui d’infrastructure fondamentale, et désormais de système d’exploitation pour les entreprises et les gouvernements. L’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur l’innovation des modèles, mais sur leur diffusion et sur la rapidité avec laquelle les organisations parviennent à se transformer avant leurs rivales. À mesure que la diffusion progresse, Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, voit 2026 comme l’année où des systèmes d’IA en créeront d’autres, y compris à l’intérieur des entreprises, avec un impact potentiellement déstabilisant sur leur manière de fonctionner. Demis Hassabis, cofondateur et directeur général de DeepMind, estime que l’avantage reviendra aux « apprenants continus », ceux qui suivent de près le comportement des modèles et ajustent leurs stratégies et leurs modes de fonctionnement. Dans cette logique, la plupart des PDG ont retiré l’IA du giron technologique pour en faire un dossier qu’ils pilotent personnellement. Un sondage de BCG publié à Davos révèle que soixante-douze pour cent des PDG dans le monde considèrent l’IA comme un élément central de leur mandat, et que la moitié d’entre eux pensent qu’elle définira leur passage à la tête de l’entreprise. Les entreprises prévoient de doubler leurs investissements en IA cette année, même si une étude du MIT publiée en 2025 montre que très peu d’adoptants ont obtenu des résultats probants. David Sacks, figure influente de la Silicon Valley et responsable de l’IA auprès de Donald Trump, estime que les dirigeants, qu’ils soient au gouvernement, en entreprise ou dans les médias, doivent dissiper les craintes et saisir l’occasion de bouleverser les pratiques et d’innover. Il a cité une autre étude montrant que 83 % des Chinois se disent optimistes à propos de l’IA, contre 39 % des Américains. Sacks s’inquiète qu’un mouvement de pessimisme fasse perdre aux États‑Unis la course à l’IA, une dérive qu’il voit comme une blessure qu’ils se seraient infligée.

Il existe désormais une nouvelle arithmétique financière pour l’IA. C’est ce que Satya Nadella, PDG de Microsoft, appelle le coût énergétique du recours à l’IA, autrement dit l’énergie nécessaire pour effectuer les opérations de calcul qui la font fonctionner. On peut y voir une sorte d’équivalent du salaire de base et de la productivité pour l’IA. Les entreprises et les pays capables de réduire ce coût unitaire seront bien placés pour gagner dans l’économie des données. Cette nouvelle logique pourrait aussi transformer en profondeur la nature du travail humain. On pourrait la résumer ainsi : données multipliées par énergie multipliée par main-d’œuvre égale succès. Le consensus des hauts dirigeants à Davos semblait être que la main‑d’œuvre, comme les données et l’énergie, sera encore plus nécessaire. Les PDG estiment que la « falaise » des emplois d’entrée n’est pas aussi abrupte qu’on le dit ; le véritable enjeu est l’élargissement du décalage des compétences, alors que la plupart des rôles exigeront une recomposition des tâches et des habiletés. Les gagnants seront les travailleurs et les entreprises capables d’intégrer l’IA dans leur travail et de collaborer avec elle. Cette transformation est en train de reconfigurer les structures de progression professionnelle, surtout dans les services professionnels et au sein des gouvernements, où des tâches de base comme la révision de documents, le tri ou la modélisation peuvent être effectuées par des machines. De nouveaux modèles d’apprentissage en milieu de travail deviendront essentiels pour développer le jugement, le contexte et les compétences de supervision. De plus en plus, la conception et la modification des modèles seront réalisées par les équipes de première ligne, qui pourront mettre en place des fonctions d’automatisation simples pour faire évoluer leur travail. Tout cela peut aplatir les organisations et donner un avantage à celles qui disposent de données abondantes, d’énergie abordable et d’équipes à l’aise avec l’IA.

Les divisions croissantes dans le monde et à l’intérieur des pays relèvent d’un problème de confiance. Et cette confiance s’effrite. Stefanie Stantcheva, économiste à Harvard, constate que le phénomène est particulièrement aigu pour sa génération, les moins de quarante ans, qui voient un monde où les gains des uns se font au détriment des autres et où leur part se rétrécit. Elle a présenté à Davos des recherches montrant que la méfiance traverse désormais tout le spectre politique, une large part des millénIaux estimant que d’autres groupes ont capté les priorités gouvernementales grâce aux médias traditionnels, à l’influence des entreprises et aux vieilles mécaniques politiques. Cette tension risque de s’accentuer alors que les électeurs vieillissants en Occident réclament davantage de sécurité financière et de stabilité en matière de santé, peut‑être au détriment de la sécurité économique et nationale. Le Baromètre de confiance Edelman, qui sonde trente‑quatre mille personnes dans vingt‑huit pays et est publié chaque année à Davos, montre des sociétés qui passent du ressentiment au repli. Sept personnes sur dix hésitent à accorder leur confiance, ou la refusent, à ceux qui ne partagent pas leurs valeurs, leurs expériences ou leurs sources d’information. La confiance se détourne des institutions pour se recentrer sur l’entourage : voisins, collègues, et même le PDG. Les entreprises sont désormais perçues comme les plus compétentes et les plus éthiques, dépassant pour la première fois les organisations non gouvernementales sur le plan de l’éthique, tandis que les gouvernements et les médias demeurent les moins dignes de confiance. Plus frappant encore, l’optimisme s’effondre. Dans de nombreux pays, des majorités ne croient plus qu’eux-mêmes ou leurs familles seront mieux lotis dans cinq ans, invoquant l’anxiété économique, l’IA, la désinformation et les conflits mondiaux.

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À en juger par l’artère principale de Davos, la mondialisation est bien vivante. Oui, les États-Unis se sont servis d’une église et d’un magasin pour mettre les États-Unis de l’avant (« America First »). Mais beaucoup plus de vitrines faisant la promotion du Brésil, de l’Indonésie, des Philippines et du Nigeria. L’Inde a réservé tout un hôtel sur la promenade, d’où des milliers de personnes partaient chaque jour pour se rendre au Centre des congrès, puis revenaient le soir après un repas ou un dernier verre.

S’agit-il d’un faux printemps, à l’image de la semaine clémente à Davos ? Ou du début de ce que Christine Lagarde a appelé le « plan B » et d’une économie mondiale plus diversifiée ?

Lors de la clôture du Forum économique mondial, la présidente de la Banque centrale européenne a déclaré qu’elle « n’était pas d’accord » avec le point de vue de Mark Carney sur une rupture mondiale, mais qu’elle voyait une diversification importante du commerce.

Selon les recherches du Forum économique mondial, près de la moitié de la croissance mondiale au cours des cinq prochaines années (de 2025 à 2030) provenait d’Asie, la Chine représentant 23 % et l’Inde 15 %, alors que les États-Unis 11 %. Au total, le G7 ne représentera que 18,5 % de la croissance. 

Même si on a l’impression d’entrer dans une nouvelle ère de diversification, il ne faut pas oublier l’attraction gravitationnelle des deux superpuissances économiques, qui, au cours de la dernière décennie (et même avant), ont absorbé une grande partie des capitaux et des échanges commerciaux mondiaux. Par exemple, environ 40 % des études publiées sur la recherche pharmaceutique proviennent aujourd’hui de la Chine, tandis que la part de l’Europe est passée de 20 % à 12 %. Devinez d’où proviendront la plupart des médicaments du monde dans les années 2030 ?

Avec autant de changements, qui dominera les futures zones commerciales mondiales ? Je suis revenu de Davos en me disant que trois forces contribueront à façonner la réponse :

1. Solidité du bilan. Nous sommes peut-être à la veille d’importants emprunts publics (et peut-être privés) destinés à financer tout ce qui est nécessaire à la diversification, des nouvelles chaînes d’approvisionnement aux infrastructures. Les États-Unis ont l’avantage de détenir la monnaie de réserve mondiale, mais plusieurs puissances moyennes, dont l’Allemagne et le Canada, peuvent emprunter beaucoup par elles-mêmes.

2. Intelligence artificielle. Elle est en train d’absorber une grande partie des capitaux privés du monde, et elle déterminera une bonne partie des résultats commerciaux puisqu’elle transforme la production (avec la robotique). Oui, les États-Unis et la Chine dominent, mais si l’IA devient accessible à tous, comme Internet, l’avantage ira à ceux qui auront le dynamisme d’alimenter les algorithmes d’apprentissage et l’esprit d’entreprise pour mettre les résultats en pratique. Les huit plus grandes sociétés technologiques des États-Unis disposent d’une valeur nette de 18 billions de dollars à exploiter, et d’une énergie nationale bien supérieure à celle de la Chine ou de l’Europe.

3. Situation démographique. C’est la tendance cachée, alors que l’Ouest (et l’Extrême-Orient) sont confrontés à des bouleversements démographiques. Même à l’ère de l’IA, le commerce repose encore sur les humains, qui fabriquent des choses, les expédient et les achètent. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050, date à laquelle elle représentera 25 % de la population mondiale en âge de travailler. 

Un conseil judicieux que j’ai entendu était que les entreprises devaient penser au pays, au fournisseur et à la devise, et avoir une option pour chacun. Une matrice ou des solutions de rechange si l’on veut. Ou ce que M. Carney a appelé « géométrie variable ». 

Ce sont les nouvelles règles.

– John Stackhouse

Le Sondage du T4 de la Banque du Canada montre que les entreprises canadiennes continuent d’être touchées négativement par les tensions commerciales, mais que certaines augmentent les exportations hors États-Unis.

  • Les résultats indiquent que 33 % des entreprises canadiennes sont fortement touchées par les politiques commerciales américaines. Une proportion faible mais croissante d’entreprises ont déclaré avoir enregistré une hausse de leurs ventes sur les marchés non américains. Malgré un ralentissement des ventes aux États-Unis, la plupart des exportateurs vers ce pays ne se sont pas tournés vers d’autres marchés, invoquant des obstacles tels que l’investissement dans de l’équipement spécialisé, le respect des exigences réglementaires et les coûts de transport.

  • Cela montre, bien que modestement, que les entreprises canadiennes sont prêtes à pénétrer d’autres marchés. Cependant, les pressions économiques immédiates freinent considérablement les efforts en matière d’embauche, d’investissement et de diversification.

Le Canada établit un nouveau partenariat avec le Qatar pour coopérer dans les secteurs du commerce, des investissements et de la défense

  • Le Canada et le Qatar ont convenu de conclure les négociations de l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) et ont signé un protocole d’entente en vue de mettre en place un comité économique mixte, d’élargir les services aériens et d’accroître leur collaboration dans le domaine de la défense (incluant davantage d’exportations du secteur de la défense du Canada).  

  • Il s’agit de la dernière victoire en date dans les efforts de diversification déployés par le gouvernement canadien, après l’accord conclu la semaine dernière avec la Chine. La valeur du commerce des marchandises entre le Canada et le Qatar était de 325 millions de dollars en 2024; une forte croissance est donc possible.

Les législateurs européens reportent l’accord commercial avec le Mercosur à cause de préoccupations juridiques

  • La ratification par l’UE de cet accord, fruit de plusieurs décennies de négociations avec les économies sud-américaines, a été reportée par les législateurs, qui ont demandé l’avis de la Cour de justice européenne.

  • Il s’agit du dernier obstacle dans un processus qui s’éternise, à la suite de pressions exercées par les agriculteurs européens, et qui pourrait retarder l’accord commercial de deux années supplémentaires. Compte tenu de la « situation géopolitique » actuelle, le chancelier allemand Frédéric Merz a cependant invité la Commission européenne à appliquer provisoirement l’accord, qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde, touchant plus de 700 millions de personnes et représentant environ 20 % du PIB mondial.

 La première commande de canola canadien par la Chine depuis des mois fait suite à une mission commerciale

  • La visite du premier ministre Mark Carney à Pékin a conduit un importateur chinois à acheter 60 000 tonnes métriques de canola canadien, la première commande de ce type depuis que la Chine a suspendu ses importations en octobre. Cette décision intervient alors que la Chine devrait réduire les droits de douane sur le canola canadien à 15 %. Le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, a encouragé cette semaine les investissements chinois dans le secteur agroalimentaire canadien, soulignant le potentiel de collaboration dans le domaine de la transformation et de la recherche à valeur ajoutée au niveau national.

  • La Saskatchewan, province canadienne qui produit le plus de canola et qui affiche la plus forte croissance annuelle du commerce de gros, est particulièrement bien placée pour tirer profit de cette situation. Le premier ministre Scott Moe (qui participait au voyage) a souligné les bienfaits de cette avancée pour sa province et pour le secteur agricole canadien en général.   

Thomas Ashcroft

Le Canada prévoit d’autoriser l’entrée de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine à des droits de douane bien inférieurs en échange d’un assouplissement des redevances sur les produits agricoles canadiens. Voici ce que vous devez savoir à propos de l’entente et de ses conséquences :

  • Environ la moitié des véhicules importés de Chine coûteront moins de 35 000 $ d’ici 2030. Le prix d’achat moyen d’un véhicule électrique au Canada en 2024-2025 était d’environ 67 000 $.

  • Les ventes de véhicules électriques au Canada devraient rester globalement stables en 2026, après avoir chuté de 30 % l’année dernière. Pour évaluer les importations chinoises, 49 000 unités représenteraient un quart du marché annuel des véhicules électriques au Canada. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, craint que cela n’ait un impact sur les ventes et les emplois des fabricants existants.

  • La stratégie européenne pourrait servir de feuille de route alternative pour le Canada dans le secteur automobile : le continent a collaboré avec les constructeurs automobiles chinois afin d’uniformiser les règles du jeu et a fixé des droits de douane ciblés visant à compenser l’impact des subventions. Malgré cela, les marques chinoises ont conquis 10 à 15 % du segment des véhicules électriques en Europe.

  • Le dégel entre le Canada et la Chine devance l’importante renégociation de l’ACEUM, qui pourrait perturber les 80 % d’exportations canadiennes qui entrent sur le marché américain sans droits de douane. Cette situation pourrait-elle compliquer davantage les négociations entre le Canada et les États-Unis ?

Farhad Panahov

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Les États-Unis adorent le pétrole lourd. Le mélange est essentiel pour le diésel, le carburéacteur et les produits pétrochimiques, et le Canada est, de loin son plus important fournisseur étranger. Toutefois, un plan américain pour influer sur le pétrole vénézuélien et le relancer a fait craindre que le Canada – dont plusieurs industries nationales sont déjà sous pression américaine – ne commence à perdre des parts de marché au profit du brut lourd vénézuélien d’ici quelques années. Il pourrait s’agir d’une pression exercée par Washington sur la ressource la plus prisée au Canada.

Le pétrole canadien a supplanté ses rivaux, notamment le Vénézuéla et l’OPEP, sur le marché américain au cours des trois dernières décennies

Les tendances des importations de brut aux États-Unis illustrent un net écart structurel entre le Canada et le Vénézuéla. Il en résulte une réorientation fondamentale de la dépendance des États-Unis à l’égard des approvisionnements du Canada, ce qui est le fruit de la fiabilité, des infrastructures et des dépenses en capital à long terme.

Toutefois, le pétrole canadien ne se limite pas à la région du Golfe (PADD 3). Il s’agit aussi d’un acteur stratégique et essentiel du complexe de raffineries du Midwest américain (PADD 2)

Le brut vénézuélien dominait autrefois les volumes d’importation de la côte du Golfe, mais son effondrement a créé un marché qui n’a été comblé que partiellement par les barils canadiens. La côte du Golfe est considérée comme un front majeur, mais seulement 10 % du total des importations du Canada sont dirigées vers la région connue sous le nom de PADD 3. La plus grande croissance du brut canadien a eu lieu dans la région des raffineries du Midwest (connue sous le nom de PADD 2) qui représente 69 % de la croissance totale des exportations canadiennes vers les États-Unis au cours des trente dernières années.

es raffineries américaines sont conçues pour les sables bitumineux et autres pétroles lourds : la codépendance avec le Canada sera difficile à rompre

La croissance de la capacité de raffinage aux États-Unis a été concentrée dans les PADD 3 et 2, renforçant ainsi l’orientation du système vers des unités de raffinage complexes et de grande envergure. La domination de la côte du Golfe est le fruit de décennies d’investissements destinés à traiter des bruts disponibles plus lourds et plus diversifiés, ce qui en fait à la fois un centre de raffinage national et une plaque tournante de l’approvisionnement à l’échelle mondiale.

Les États-Unis et le Canada sont prêts à profiter du boom des matières plastiques – Les raffineries américaines ont dépensé des milliards pour soutenir leur secteur pétrochimique dépendant du pétrole lourd

La capacité de cokéfaction reste un élément déterminant de la capacité du système américain à traiter le brut lourd, la majorité des investissements étant concentrée le long de la côte du Golfe. L’expansion constante des unités de cokéfaction au fil du temps montre comment les raffineurs ont structurellement adapté leurs actifs à des barils de pétrole plus lourd, renforçant ainsi leurs relations d’approvisionnement qui favorisent le brut canadien.

Le Canada assure la sécurité pétrolière des États-Unis, tandis que les raffineries américaines servent de porte d’entrée du pétrole canadien pour atteindre les marchés mondiaux

Le système énergétique américain est de plus en plus axé sur les exportations, les produits pétroliers représentant la majorité des volumes sortants au fil du temps. Cela souligne le rôle de la côte du Golfe non seulement en tant que centre de raffinage, mais aussi en tant que plateforme pétrochimique et d’exportation essentielle.Pour le Canada, cela renforce l’importance de l’accès au marché, du mélange, du raffinage et des voies de réexportation dans un paysage commercial mondial en pleine évolution.

Toutefois, les investissements pétroliers américains au Canada ont connu une décennie de fuite des capitaux

Malgré toute l’intégration transfrontalière, les investissements américains dans le secteur canadien des ressources (mines, pétrole et gaz) ont chuté de plus de la moitié par rapport au sommet de 39,1 G USD de 2011. Entre-temps, les investissements des États-Unis dans les autres pays de l’hémisphère américain ont connu une croissance constante, passant de 16 G USD en 2000 à 64 G USD en 2024, même sans le Vénézuéla.

La concurrence entre les États-Unis et l’hémisphère occidental pour attirer les investissements s’intensifie. Le Canada devra s’assurer de la présence de capitaux américains pour conserver sa position dominante sur le marché américain.

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Par John Stackhouse

Les droits de douane ne prennent pas de pause, et nous pouvons présumer que le président Donald Trump ne prendra pas non plus de vacances.

Cette semaine, Trump a diffusé son message des Fêtes pour se présenter comme un Père Noël du commerce, car, selon lui :

  • Les droits de douane sont l’une de ses grandes réalisations et ils suscitent plus d’investissements aux États-Unis.

  • Les droits de douane aideront à payer les « dividendes de guerre » à 1,45 million de membres du personnel militaire aux États-Unis.

  • Les droits de douane entraînent une baisse des prix.

Nous verrons plus tard en 2026 (en mi-mandat) si les Américains sont d’accord avec ces affirmations. Mais attendez-vous à ce qu’en 2026, le président fasse payer des droits de douane élevés, même si, comme on s’y attendait, la Cour suprême juge qu’il a outrepassé ses pouvoirs. Comment ? La Maison-Blanche pourrait rapidement rétablir le mur tarifaire, en s’appuyant sur les pouvoirs prévus aux articles 122 et 301 pour maintenir les droits de douane en place, quoique le taux prévu pourrait passer de la moyenne actuelle de 16 % à quelque 10 %.

Voici trois questions à se poser pour l’année à venir :

  • Les pays adopteront-ils des mesures de représailles, même en mettant en place des barrières autres que tarifaires ?

  • Le Congrès peut-il se permettre de réduire les impôts et les droits de douane ?

  • Le Canada pourra-t-il se permettre de gagner du temps ?

Mark Carney semble s’être résigné à subir un scénario d’« absence d’accord » et à affronter un long parcours en vue de la renégociation de l’AECUM. À court terme, les plus grands défis porteront sur les services numériques, le bois d’œuvre et les règles d’origine pour les fabricants automobiles, qui ont chacun leur propre calcul économique et politique :

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour obtenir plus de concessions pour les médias en ligne, en particulier pour Meta, qui pourrait faire face à des contrecoups au Québec, où les protections culturelles (y compris les subventions aux médias locaux) seraient une ligne de parti si le Parti québécois prenait le pouvoir en 2026 ;

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis, compte tenu de la morosité du marché immobilier, continuent de malmener la Colombie-Britannique (et le Nouveau-Brunswick) sur la question du bois d’œuvre ;

  • on peut s’attendre à ce que Doug Ford fasse encore plus d’efforts pour obtenir un accès favorable au marché automobile américain pour les usines d’assemblage de l’Ontario. 

Toutefois, il est peu probable que le Canada obtienne des résultats favorables sur ces trois volets. M. Carney pourrait passer les Fêtes à penser à ce que le Père Noël lui réserve pour 2026. 

14257 : Le Décret, signé le 2 avril par le président américain Donald Trump, qui a imposé des droits de douane de base de 10 % sur les importations de tous les partenaires commerciaux des États-Unis.

90 : Le nombre de pays qui se sont vus imposer des droits de douane supérieurs au taux de référence de 10 % le « Jour de la Libération ».

2 : Le nombre de visites effectuées par le premier ministre Mark Carney à la Maison-Blanche. Lors de la plus récente, au début du mois d’octobre, M. Trump a qualifié Carney de « bonhomme » qui faisait « un excellent travail ».

75 millions : Le montant consacré par le gouvernement de l’Ontario de Doug Ford à la campagne publicitaire anti-tarifaire avec Ronald Reagan, qui a incité Trump à interrompre les négociations avec le Canada. Selon M. Ford, la publicité a été visionnée 12,4 milliards de fois.

35 T$ US : La valeur estimative du commerce des biens à l’échelle mondiale en 2025. Le volume commercial atteint des niveaux records malgré le fait que les risques géopolitiques ont fracturé les chaînes d’approvisionnement – preuve que la mondialisation est en restructuration plutôt qu’en régression.

50 000 : Nombre d’emplois perdus dans le secteur manufacturier aux États-Unis depuis le début de l’année.

1 T$ US : L’excédent commercial record de la Chine, malgré les tensions avec les États-Unis. Beijing a exporté 3,4 T$ US de biens au cours des onze premiers mois de l’année, notamment en dénichant de nouveaux marchés, y compris en Afrique (+26 %), en Asie du Sud-Est (+14 %) et en Amérique latine (+7,1 %).

5 : Le nombre de secteurs comptant pour 80 %des droits de douane perçus par les États-Unis auprès du Canada, notamment le secteur automobile (28,8 %), l’aluminium (23,3 %), le fer et l’acier (12,7 %), la machinerie (8,8 %) et les marchandises en fer et en acier (8,3 %).

70 G$ : Les engagements d’investissements des Émirats arabes unis au Canada, axés sur le développement de minéraux essentiels, de l’énergie, de ports et de l’intelligence artificielle.

226,4 G$ US : Les exportations des États-Unis vers le Mexique entre janvier et août – qui excèdent les 225,6 G$ US de biens expédiés vers le Canada. C’est la première fois en 30 ans que le Mexique surpasse le Canada comme destination principale des exportations.

200 G$ : La valeur estimative de l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle, qui élimine tous les obstacles au commerce des produits (sauf les aliments) entre les provinces et territoires du Canada.

3 fois : La hausse des mesures restrictives au commerce mondial depuis 2019. Les droits de douane, les contrôles à l’exportation et les subventions sont maintenant des caractéristiques structurelles des politiques commerciales – et non des perturbations temporaires.

10 % : Le pourcentage des exportations de bois d’œuvre (suffisant pour construire 75 000 maisons) que l’industrie forestière canadienne prévoit réacheminer vers le Royaume-Uni et l’Europe plutôt que d’exporter aux États-Unis.

100 % : Dépendance des États-Unis à l’égard des importations de 16 minéraux essentiels (y compris le graphite) et dépendance de 50 % à l’égard des importations de 29 minéraux essentiels, y compris le zinc, le titane et le nickel.

600 G$ : L’objectif des exportations canadiennes ailleurs qu’aux États-Unis d’ici 2035, qui est prévu au budget fédéral 2025, c’est-à-dire le double du montant actuel.

50 G$ : La valeur potentielle d’un partenariat commercial entre le Canada et l’Inde, qui ont renoué leurs relations cette année.

100 G$ : La valeur annuelle des exportations de produits agroalimentaires du Canada. Environ 60 % de ces marchandises étaient destinées au marché américain.

994,63 $ : Le montant qu’une famille moyenne du Canada peut s’attendre à payer de plus pour leur panier d’épicerie en 2026 par rapport à 2025. Les droits de douane ont une incidence sur la sécurité alimentaire au pays, où un Canadien sur quatre est touché par l’insécurité alimentaire.

86 : Le pourcentage de biens que les États-Unis ont importés du Canada en septembre qui étaient exempts de droits de douane.

51 : Nombre de jours où le cours de l’or a été supérieur aux sommets précédents en raison de l’incertitude géoéconomique accrue.

28 % : Le pourcentage d’augmentation du prix du café d’une année sur l’autre.

19 % : Le pourcentage de diminution des exportations chinoises vers les États-Unis cette année.

244 G$ US : Les revenus totaux tirés des droits de douane générés par les États-Unis (de janvier à novembre 2025).

1 million de barils par jour : La capacité potentielle d’un oléoduc d’exportation de pétrole sur la côte Ouest qui est à l’origine d’un protocole d’entente entre le gouvernement fédéral et l’Alberta et augmenterait les exportations de pétrole de l’Alberta vers l’Asie.

7 G$ US : Le grand coup que les trois grands constructeurs automobiles du Michigan, soit General Motors, Ford et Stellantis, s’attendent à ce que leurs bénéfices subissent en raison des droits de douane américains en 2025.

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Par Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole

Le programme d’aide de 12 milliards de dollars américains du président américain Donald Trump en faveur des agriculteurs américains aux prises avec une hausse du coût des intrants, comme les engrais et les graines, n’est pas sans conséquences pour le Canada. M. Trump envisage d’imposer des droits de douane « très sévères » sur les engrais canadiens pour « soutenir » la production américaine d’engrais. 

Cela pourrait toutefois se retourner contre Washington. Une augmentation des droits de douane sur les engrais canadiens risque fort de se traduire par une hausse des prix à court terme pour les agriculteurs américains et de créer de la volatilité au chapitre de l’approvisionnement à long terme. Cette proposition arrive alors que les États-Unis disposent de peu de solutions de rechange aux engrais canadiens, les agriculteurs américains ayant une influence limitée sur le marché et ne pouvant que subir les prix. Les secteurs agricoles canadien et américain font face aux risques suivants :

  • Le Canada compte pour 81 % des importations d’engrais chimiques à base de potassium aux États-Unis, et les droits de douane feraient augmenter les coûts pour l’ensemble de la chaîne logistique agroalimentaire interconnectée nord-américaine.1

  • Les États-Unis ont déjà fait une première tentative plus tôt cette année, en imposant des droits de douane étendus (25 %) sur de nombreux produits importés du Canada, notamment la potasse et d’autres engrais. L’opposition des agriculteurs et des groupes sectoriels américains a poussé le gouvernement à réduire à 10 % les droits de douane sur les engrais.

  • Ces décisions se sont avérées désastreuses, car l’indice des prix à l’importation aux États-Unis pour les engrais chimiques est passé de 164,5 à 186,5 entre décembre 2024 et septembre 2025.2

    • L’indice des prix payés aux États-Unis qui suit les coûts payés par les agriculteurs américains a atteint 149,9 en juin 2025, comparativement à 139,9 un an auparavant. Sur la même période, les coûts des engrais ont été le principal facteur de hausse des coûts pour les cultivateurs, avec une croissance de 11 % dans l’indice3

  • Les réserves de potasse canadiennes, les plus importantes du monde, sont évaluées à 1,1 milliard de tonnes, soit cinq fois plus que celles des États-Unis4. La taille de l’industrie minière de la potasse du Canada, selon les volumes de production, était 36 fois plus élevée que celle des États-Unis en 20245

  • Les engrais représentent environ 30 % à 45 % des coûts d’exploitation annuels des agriculteurs américains, selon le type de culture6. Les agriculteurs étant vulnérables à la volatilité des prix des intrants, ils ne peuvent souvent pas en répercuter les hausses aux consommateurs, car beaucoup vendent leurs produits sur les marchés des marchandises (maïs, blé, soja, etc.). Cela pourrait compromettre les efforts de l’administration américaine pour réduire les coûts des agriculteurs d’ici aux élections de mi-mandat de 2026 par l’imposition active de droits de douane sur leurs intrants et la menace de les accroître encore.

  • Les États-Unis pourraient conclure des accords distincts avec le Canada et le Mexique, a indiqué le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Il a déclaré que l’administration Trump laissait toutes les options ouvertes quant à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Mark Carney a rapidement écarté la possibilité de conclure des ententes distinctes, en affirmant que « ce n’est pas ce qu’ils disent ».

  • Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis ayant joué un rôle clé dans les négociations sur l’ACEUM, a annoncé qu’elle démissionnerait au début de l’an prochain. Le nom de la personne appelée à la remplacer n’a pas encore été annoncé, mais, selon certaines sources, Mark Wiseman, ancien chef de la direction de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, serait le mieux placé pour lui succéder.

  • L’excédent commercial de 153 millions de dollars enregistré par le Canada en septembre a dépassé les prévisions des analystes, qui tablaient sur un déficit de 4,5 milliards de dollars. Les exportations vers les É.-U. ont augmenté de 4,6 %, tandis que les importations ont diminué de 1,7 %. Les exportations vers les autres régions du monde ont quant à elles bondi de 18,6 %.

  • In the U.S. exports surged in September, resulting in the smallest trade deficit in 5 years.

  • Les États-Unis ont enregistré en septembre leur déficit commercial le plus faible en 5 ans, après une brusque hausse de leurs exportations.

Par Jordan Brennan, premier directeur général, Leadership avisé RBC

Le président Trump a fait valoir que les droits de douane sont un mal à court terme pour un bien à long terme. Les données confirment que la première partie de son affirmation est juste.

Inflation : depuis ce que M. Trump a nommé le « jour de la libération » en avril, les prix à la production aux États-Unis ont nettement augmenté. Par effet d’entraînement, l’inflation des prix à la consommation a augmenté durant cinq mois consécutifs et s’établit à présent à 3 %, chiffre que l’on n’avait plus enregistré depuis le début de 2024.

Confiance des consommateurs : le sondage de longue date de l’Université du Michigan auprès des consommateurs montre que leur confiance est au plus bas depuis un demi-siècle. Quatre des dix plus mauvais chiffres mensuels ont été enregistrés depuis le « jour de la Libération ».

Fabrication : loin de rebondir, l’emploi s’est détérioré dans le secteur manufacturier – notamment le secteur politiquement sensible de l’automobile – depuis janvier. Les États-Unis ont détruit près de 50 000 emplois dans ce secteur cette année.

La Maison-Blanche répond invariablement que la politique des droits de douane demande du temps et que les difficultés sont transitoires. Cependant, les électeurs récompensent rarement les promesses lointaines quand ils en arrachent dans l’immédiat. De fait, M. Trump a récemment commencé à lâcher du lest, en réduisant les droits de douane sur le bœuf, le café et divers autres articles d’épicerie. On peut s’attendre à voir certains droits de douane, ciblés par régions et par produits, baisser, à mesure qu’approcheront les élections de mi-mandat.