Lorsque certains des plus grands investisseurs du monde sont venus à Toronto en septembre, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et la défense faisaient souvent l’objet de discussions, tout comme les ressources et l’infrastructure, bien entendu. La biotechnologie, un secteur dans lequel le Canada jouit depuis un siècle d’une solide réputation en matière de découvertes scientifiques qui ont changé le monde, est restée à l’écart. C’est une tendance qui se répète. Depuis des décennies, le secteur de la biotechnologie au Canada est admiré dans les laboratoires, mais négligé dans les marchés des capitaux. Or, à mesure que la médecine devient une question de sécurité économique, cet écart devient de plus en plus difficile à ignorer.
Excellents rendements, capitaux limités
Au cours des dix dernières années, le secteur des sciences de la vie a généré les rendements bruts sur 10 ans les plus élevés de tous les secteurs. Fait à noter, il a généré 44 % de la valeur des 50 plus grandes sorties de capital-risque au Canada, à partir de seulement 22 % des opérations (et 80 % des cinq plus grandes sorties d’opérations de capital-risque). Pourtant, seulement 7 % environ du capital alloué aux fonds de capital-risque canadiens a été réservé à des fonds du secteur des sciences de la vie.
Les entreprises canadiennes du secteur des sciences de la vie ont amassé 258 millions de dollars en capital-risque au cours du premier semestre de 2026, soit une baisse de 39 % d’une année sur l’autre et le plus bas pour un premier semestre depuis le début de la série. Le fonds d’IA de 4 milliards de dollars que Radical Ventures a annoncé lors du sommet représente près de 15 fois ce montant.
Nous avons de solides fondations sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. Le Canada détient 4 % du marché mondial des essais cliniques, ce qui représente 3 milliards de dollars en dépenses directes par an, dont 2,1 milliards pour ce qui est des essais financés par l’industrie. De plus, le Canada compte le plus grand nombre d’essais cliniques en cours par habitant parmi les pays du G7, avec plus de 3 000 essais cliniques actifs, et les chercheurs canadiens figurent parmi les plus cités au monde.
Long, risqué et faible visibilité
Une partie du défi réside dans le produit. Seulement environ 8 % des médicaments qui arrivent au stade des essais sur des humains sont approuvés à l’échelle mondiale, et on compte en moyenne plus de dix ans entre le stade de l’essai initial et celui de l’approbation. En tenant compte des échecs, le développement d’un seul médicament approuvé peut coûter plus de 1 milliard de dollars US.
Ce profil ne correspond pas à un portefeuille de capital-risque généraliste ni au modèle de risque d’une caisse de retraite. Des spécialistes sont nécessaires pour évaluer le risque scientifique, une réserve de talents que le Canada commence seulement à bâtir.
Le secteur souffre également d’un problème de visibilité. Clarissa Desjardins, présidente et cheffe de la direction de l’entreprise Congruence Thérapeutique de Montréal, l’a récemment fait remarquer dans un épisode du balado Les innovateurs : « Ce que fait la biotechnologie, ce en quoi nous excellons, c’est de transformer les idées théoriques des premiers stades en médicaments – cela est invisible d’une certaine manière. »
Le chaînon manquant
Le Canada excelle dans le démarrage d’entreprises de biotechnologie, mais peine à les faire prendre de l’expansion.
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Les fonds de capital-risque du secteur des soins de santé au Canada sont relativement petits, avec une taille moyenne de 150 à 300 millions de dollars. Ceux-ci mettent l’accent sur les premières étapes du développement de l’entreprise avec des investissements de 10 à 20 millions de dollars en moyenne. Il existe une pénurie chronique de capital provenant de sources nationales pour les étapes avancées des entreprises en expansion.
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Dans le secteur de la thérapeutique canadien, la participation des investisseurs nationaux passe de 42 % aux premiers tours de financement à seulement 24 % aux opérations pour la croissance des entreprises qui sont à une étape avancée de leur développement (2024).
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In therapeutics rounds over $50 million, international investors make up 76% of the investors and 67% of deal volume. Dans les tours de financement en thérapeutique s’élevant à plus de 50 millions de dollars, les investisseurs internationaux représentent 76 % des investisseurs et 67 % du volume des opérations.
En général, les investisseurs dans le secteur de la biotechnologie effectuent une sortie de l’une des deux manières suivantes : par une vente ou par un premier appel public à l’épargne (PAPE). Un PAPE permet aux investisseurs de se retirer progressivement alors que l’entreprise reste indépendante et continue à recueillir des capitaux. Le Canada n’a pas enregistré de PAPE financé par le capital-risque depuis 2021, tandis que 13 entreprises de biotechnologie ont fait leur entrée en bourse aux États-Unis au cours du premier semestre de cette année seulement. Il ne reste donc que la vente comme moyen de sortie par défaut.
Lorsque les autorités réglementaires ont signalé que Clementia, l’ancienne entreprise de Desjardins, avait les données pour obtenir l’approbation, les acheteurs étaient prêts à payer pour avoir de la certitude. Elle a pressé son conseil de continuer à bâtir. « Il faudra recueillir 500 millions de dollars de plus et cela prendra cinq ans sans aucune certitude », lui ont répondu les membres du conseil. Ipsen en France achètera plus tard Clementia pour jusqu’à 1,3 milliard de dollars américains.
Ces sorties créent de la richesse et transforment les talents en de nouvelles entreprises en démarrage. Mais les récompenses à long terme (siège social, emplois, redevances) s’accumulent ailleurs. À l’inverse, les États-Unis ont créé des entreprises d’attache telles que Vertex Pharmaceuticals, dont le siège est à Boston et qui vaut aujourd’hui environ 130 milliards de dollars américains, en les finançant pendant des années de risque. Le Canada ne compte aucun développeur de médicaments de cette taille ayant été fondé au pays. Les dix plus grandes entreprises canadiennes de biotechnologie négociées sur le marché ont une capitalisation boursière globale de 13 milliards de dollars et emploient plus de 1 500 personnes. Ensemble, elles ne pourraient accéder au classement des 100 plus grandes entreprises américaines de biotechnologie selon la capitalisation boursière.
La santé, c’est la sécurité
Pendant la pandémie, Ottawa a reconnu qu’en raison du « déclin de l’industrie biopharmaceutique canadienne qui dure depuis plusieurs décennies », notre pays n’avait pas la capacité de produire rapidement son propre vaccin contre la COVID-19. Le gouvernement fédéral finance maintenant certaines parties du secteur « à double usage », ainsi que la défense.
Dans le même temps, la Chine a redéfini la concurrence à l’échelle mondiale. Les médicaments candidats chinois ont représenté environ un tiers des dépenses en licences de mise en marché effectuées par les géants de l’industrie pharmaceutique en 2025. Bon nombre de ces médicaments sont déjà passés par le stade des premiers essais sur des humains, et les licences obtenues pour ceux-ci n’ont coûté qu’une fraction de ce qu’il en coûterait pour les développer en Amérique du Nord. « [La Chine] a changé la réalité économique de la découverte de médicaments », affirme Desjardins. Selon elle, la course aux médicaments analogues visant des cibles bien connues est en grande partie perdue, mais le Canada peut toujours être le chef de file là où la science est encore naissante, notamment dans le domaine des découvertes par l’IA pour les maladies difficiles à traiter. Mais cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment.
Trois ajustements pourraient contribuer à changer la trajectoire :
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Mobiliser des capitaux nationaux à grande échelle. Attirer des investisseurs institutionnels pour les tours de financement de plus de 50 millions de dollars, gérés par des spécialistes qui comprennent le risque scientifique.
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Améliorer les mesures incitatives. Tirer parti des récentes modifications fiscales en recherche et développement pour faire du Canada un endroit plus concurrentiel où développer la propriété intellectuelle et la détenir.
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Viser la création d’entreprises d’attache. Favoriser la création en dix ans d’au moins une entreprise canadienne de sciences de la vie d’une valeur de plus de 10 milliards de dollars et employant des milliers de personnes.
Écoutez l’entretien complet de John Stackhouse avec Clarissa Desjardins dans le cadre du balado Les innovateurs (en anglais seulement).
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