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Le secteur canadien des sciences de la vie se caractérise depuis longtemps par son dynamisme. Qu’il s’agisse de mise au point de médicaments ou d’innovation en santé, son écosystème de chercheurs de réputation mondiale a fait de notre pays un chef de file. Devenu moteur de croissance économique et lui-même en pleine expansion, le secteur contribue à former ou à attirer des scientifiques de haut vol.

Pourtant, notre secteur des sciences de la vie montre des signes de faiblesse. Les chercheurs n’ont pas toujours la capacité de commercialiser avec succès leurs découvertes pourtant révolutionnaires. C’est peut-être en partie pour cela que les entreprises pharmaceutiques canadiennes ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins du pays en médicaments – de fait, le Canada, jusqu’ici pays exportateur net, est devenu importateur net. La part de son budget qu’il consacre au secteur des sciences de la vie le place d’ailleurs derrière ses pairs du G7 et de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Les voyants commencent à clignoter alors que l’économie canadienne est en difficulté. Notre productivité générale – la valeur économique générée par heure de travail – souffre d’un manque d’investissements. L’élan qui avait marqué le tournant du siècle ne s’est pas maintenu et, dans son ensemble, le Canada n’est plus aussi prospère. S’il veut relever le défi de la croissance à long terme, notre pays doit renforcer les secteurs à fort rapport économique – celui des sciences de la vie, par exemple, qui s’est révélé un puissant catalyseur au cours des dernières décennies.

Un réexamen sérieux nous permettrait de tirer profit des possibilités gigantesques qu’offre un secteur dont la valeur mondiale est évaluée à plus de 2 800 milliards de dollars américains. Son renforcement chez nous aurait en outre des retombées sur les autres secteurs de pointe canadiens axés sur la science et la technologie.

Un changement de perspective pourrait avoir des répercussions au-delà de la sphère économique. En mettant à l’épreuve nos systèmes de santé et les chaînes d’approvisionnement mondiales, la pandémie de COVID-19 a montré que le Canada doit renforcer sa capacité de production, afin de pouvoir subvenir à ses propres besoins en cas de crise sanitaire. Le monde s’attend à connaître plus fréquemment de telles crises (pandémies ou autres), au moins dans un avenir assez rapproché, du fait des changements climatiques, de la mondialisation et de l’urbanisation. Il sera donc de plus en plus important de pouvoir nous doter nous-mêmes des vaccins et des traitements nécessaires. Par ailleurs, en raison de l’accroissement et du vieillissement de la population, la consommation de produits en tous genres liés à la santé ne fera qu’augmenter.

Pour se renforcer et atteindre son plein potentiel, le Canada a donc de grands défis à relever. Certaines solutions exigent de financer davantage, d’autres, de soutenir différemment le secteur des sciences de la vie, par exemple en coordonnant mieux l’action des intervenants publics et privés. Moyennant une politique nationale bien conduite, le secteur continuera de contribuer à notre résilience économique et à préparer le pays à affronter les futures crises de santé publique.

Principals Constatations

  • Le secteur des sciences de la vie est depuis longtemps l’un des fleurons canadiens en matière de recherche-développement (R-D) mais, qu’il s’agisse d’investissements ou de talents, il fait à présent face à une concurrence de plus en plus vive sur la scène mondiale.
  • Il est urgent d’investir dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA) et de revoir les politiques d’encouragement des investisseurs privés, compte tenu des carences chroniques et croissantes auxquelles sont en butte les chercheurs et les entreprises du secteur canadien des sciences de la vie, notamment ceux qui se consacrent à la mise au point de nouveaux médicaments, toujours longue et coûteuse.
  • Canada aurait tout à gagner d’une meilleure coordination entre les secteurs de l’IA et des sciences de la vie. Qu’elle s’applique aux politiques ou aux moyens mis en œuvre, cette coordination aiderait le pays à demeurer un chef de file mondial en matière d’innovation et de mise au point de nouveaux médicaments.
  • Le développement à grande échelle de l’innovation ainsi que l’étoffement et le maintien en sol canadien de sa propriété intellectuelle (PI) passent pour le Canada par un meilleur soutien à la commercialisation, donc par des politiques plus favorables, mais aussi par un accès plus facile – et selon des mécanismes mieux coordonnés – aux ressources appropriées et aux sources de financement.
  • Dans la sphère publique ou privée, les décideurs doivent donner la priorité aux mesures permettant d’attirer et de conserver des chercheurs et des innovateurs de pointure internationale, compte tenu des problèmes systémiques auxquels fait face le pays dans le secteur des sciences de la vie.

Où nous en sommes et ce qui nous y a conduits

Discipline en rapide évolution, les sciences de la vie englobent tout un éventail d’activités visant à la préservation et à l’amélioration de la santé. C’est le domaine de la biofabrication (mise au point de vaccins à partir d’organismes vivants), de l’industrie pharmaceutique (qui produit des médicaments à partir de substances chimiques et de synthèse) et des fabricants d’équipements d’aide au diagnostic, d’appareils médicaux personnels, etc.

Plus de 2 000 entreprises œuvrent dans ce secteur au Canada ; elles emploient 220 000 personnes. Il s’agit avant tout d’activités de recherche-développement menées dans des laboratoires publics ou privés et conduisant à diverses formes de propriété intellectuelle qui font progresser les sciences de la santé – par exemple, les formulations pharmaceutiques ou les brevets pour équipements médicaux qui sont achetés (souvent par des sociétés privées étrangères) en vue de la commercialisation de nouveaux produits auprès des établissements de santé et des consommateurs.

Il n’est pas facile de déterminer précisément l’impact des sciences de la vie sur le produit intérieur brut du Canada, car l’État ne fournit pas les indicateurs voulus (nombre d’entreprises du secteur, effectifs, contribution au PIB, taux de croissance annuel…). L’évaluation de la vigueur et du potentiel de croissance de cette branche d’activité est d’autant plus difficile que tous les analystes ne s’entendent pas sur les sous-secteurs à prendre en considération. De surcroît, les disciplines de pointe comme l’étude des biotechnologies ne portent pas seulement sur la santé humaine, mais aussi sur celle des animaux et des plantes.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que le secteur canadien des sciences de la vie, par sa taille et son champ d’action, joue un rôle économique important – et qui ne fait que croître. À lui seul, le sous-secteur des activités de recherche-développement entourant les médicaments a représenté 16 milliards de dollars en 2021 (environ 0,7 % du PIB canadien), répartis majoritairement entre l’Ontario (8,2 G$, soit la moitié) et le Québec (3,2 G$).

 

Le secteur dans son ensemble présente d’autres intérêts pour le Canada. Il permet à des spécialistes hautement qualifiés de se perfectionner et de demeurer au pays, malgré des compétences très convoitées à l’étranger. Leurs travaux de recherche et les produits ou services qu’ils conçoivent suscitent une très forte demande, en rapport direct avec les besoins grandissants du secteur de la santé canadien, lequel est censé connaître un taux de croissance annuel de 10 % au cours de la prochaine décennie.

Pourquoi le Canada excelle-t-il autant ?

Depuis plus d’un siècle, le Canada occupe une place particulièrement importante dans l’univers des sciences de la vie ; en matière d’hygiène personnelle comme de santé publique, on lui doit des progrès extraordinaires. Ce sont des chercheurs de l’Université de Toronto qui ont découvert l’insuline dans les années 1920 puis, dans les années 1960, les cellules souches. Dans les années 1980, des scientifiques montréalais ont mis au point des traitements révolutionnaires contre le sida et l’infection à VIH. L’un des trois chercheurs auxquels la découverte d’un vaccin contre l’hépatite C a valu le prix Nobel en 2020 était Michael Houghton, professeur à l’Université de l’Alberta.

On doit toutes ces découvertes à l’aide de l’État et à l’écosystème de réputation internationale dont est doté le Canada en matière de R-D et d’innovation. Établi principalement à Toronto, à Montréal et à Vancouver, l’univers des sciences de la vie consiste en un réseau intersectoriel remarquablement énergique constitué, à l’échelle nationale, d’universités, de laboratoires de recherche et d’organismes publics ou privés. On y trouve des centres de recherche subventionnés par les gouvernements, des universités de pointe (dont beaucoup possèdent leurs propres centres de recherche), des PME et de grandes multinationales établies au Canada (notamment Johnson & Johnson, AstraZeneca et Pfizer).

Le pays possède certains des autres ingrédients nécessaires au dynamisme du secteur des sciences de la vie. C’est en effet l’un des chefs de file internationaux de l’intelligence artificielle – ses trois instituts sont reconnus comme parmi les meilleurs au monde et plusieurs grands experts en apprentissage machine sont établis au Canada. Pour un chercheur, le fait de travailler dans l’un des pays les plus multiculturels au monde présente un autre avantage : l’accès facilité à des données sanitaires qui sont peut-être les plus diversifiées qui soient.

À quoi le Canada est en butte

Le Canada a certes étoffé ses capacités techniques en sciences de la vie, mais les autres pays sont pas en reste. Ces deux dernières décennies, par rapport à nos pairs de l’OCDE (qui compte 38 membres), nous avons perdu du terrain au chapitre des investissements et des dépenses en R-D consacrées au secteur en question. À peu près tous les indicateurs concernant la participation et les investissements placent les États-Unis largement en tête des pays développés. Le Canada se distingue toutefois sur un point : depuis 20 ans, la proportion de chercheurs au sein de la main-d’œuvre canadienne s’est accrue de 45 % ; elle est aujourd’hui supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Du fait du sous-investissement, le Canada doit, pour satisfaire à certains de ses besoins névralgiques, s’en remettre de plus en plus aux autres pays. Autrefois exportateur net, le pays est aujourd’hui importateur net des produits que réclame le maintien en santé de sa population de plus en plus nombreuse et qui vieillit – depuis 2016, le déficit commercial a triplé en ce qui concerne les médicaments. Le Canada importe actuellement 85 % des vaccins et des traitements dont il a besoin, alors que ses dépenses en santé continuent d’augmenter, notamment en ce qui a trait aux médicaments.

 

Les forces en jeu font généralement abstraction des frontières, et il n’est pas facile de rester concurrentiel quand augmente le coût des actifs nécessaires et du développement de la propriété intellectuelle. La mise en marché d’un nouveau médicament peut exiger plus de dix ans et des milliards de dollars, dont la moitié en essais cliniques – qui, d’après une étude menée en 2022, échouent 90 % du temps. Malgré les bonds technologiques réalisés, il est difficile, dans certaines disciplines, d’obtenir un rendement des investissements suffisant : depuis le milieu du 20e siècle, le nombre de nouveaux médicaments produits, ramené au montant des fonds nécessaires à leur mise au point, a régulièrement diminué.

Les difficultés du Canada sont d’autant plus grandes que son marché intérieur est relativement réduit, ce qui rend souvent la commercialisation des médicaments à peine viable. Résultat : des sociétés étrangères achètent les brevets canadiens et mettent les produits en marché dans des conditions plus favorables ou plus rentables – parfois, en débauchant les chercheurs…

La concurrence dont font l’objet les moyens en jeu et, plus généralement, les besoins d’un système de santé de plus en plus sollicité – sans parler des budgets de la santé, qui explosent – montrent combien il faut changer de perspective et soutenir davantage la productivité et l’innovation dans le secteur canadien des sciences de la vie. Sur ce plan, le Canada possède déjà de nombreux atouts. Comment les faire fructifier et comment conjuguer les forces en présence afin de donner toutes ses chances au secteur en jeu ?

Défis et solutions – que faire pour rester concurrentiel

L’IA au service de la découverte et de la mise au point de médicaments

Défi à relever:
Pour le secteur canadien des sciences de la vie, l’intelligence artificielle peut être un catalyseur de premier ordre. Les ensembles de données utilisés dans ce domaine (notamment quand il s’agit d’organismes vivants) sont très grands et particulièrement complexes ; c’est justement en pareil cas que l’IA est d’un grand secours. Elle permet en effet d’énormes gains d’efficacité et de productivité, puisqu’il devient possible de traiter rapidement de nombreuses données, d’en tirer de l’information et de faire des pronostics, pour déterminer par exemple les structures moléculaires les plus propres à la mise au point d’un nouveau médicament. Qu’il s’agisse d’efficacité ou de revenus, le secteur des sciences de la vie est l’un de ceux qui peuvent tirer le plus de profit de l’intelligence artificielle.

L’IA recèle bien des promesses pour l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de valeur des sciences de la vie. À eux deux, l’Ontario et le Québec constituent un pôle en innovation dans lequel intelligence artificielle et soins de santé font bon ménage – à Montréal, l’entreprise Deep Genomics met au point de nouveaux médicaments grâce à l’IA ; à Toronto, c’est également l’un des outils qu’emploient les chercheurs de l’institut Vector spécialisés en génomique et en diagnostics médicaux.

L’utilisation de cette technique ne continuera toutefois de progresser qu’à condition de disposer de l’infrastructure voulue. La capacité de traitement combinée requise pour mettre au point et utiliser des systèmes à intelligence artificielle exige souvent autant d’électricité qu’il en faut pour alimenter de grandes agglomérations. En outre, à mesure que ces systèmes se généralisent et deviennent plus puissants, les ressources nécessaires sont de plus en plus en demande. Or la capacité de traitement totale du Canada est, au sein du G7, l’une des plus faibles. François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, l’a dit plus tôt cette année : « Les cerveaux, nous les avons. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est l’infrastructure. »

 

La demande combinée en outils d’IA et en puissance de traitement provoque déjà un goulot d’étranglement : dans presque tous les secteurs, cette ressource stratégique mais coûteuse fait chroniquement défaut aux chercheurs et aux entreprises.

Solutions:
La vitalité des sciences de la vie dépend de la robustesse de l’infrastructure technologique. La garantie d’une capacité suffisante de traitement par l’IA exige de débloquer rapidement des fonds publics et privés, sans quoi des entreprises pourraient envisager de s’adresser ailleurs qu’au Canada, avec tous les problèmes à long terme que cela impliquerait. La coopération entre secteur public et secteur privé contribuerait certainement à combler l’écart, ce qui rassurerait les futurs investisseurs.

Comment inverser la tendance au sous-financement de la recherche et du développement

Défi à relever
L’insuffisance des investissements consentis pour l’infrastructure de traitement par intelligence artificielle est révélatrice du problème plus vaste dont pâtissent les sciences de la vie : au sein de l’OCDE, le Canada fait moins bien que la moyenne en ce qui a trait aux dépenses en R-D ramenées au PIB, et ce, depuis au moins 1991 ; l’écart (encore plus grand quand on compare le Canada aux États-Unis) est dû en grande partie aux efforts insuffisants du gouvernement fédéral et des entreprises.

 

Les apports ponctuels de fonds publics n’y changent rien. Le gouvernement fédéral s’est engagé à consacrer plus de 2,4 milliards de dollars aux sciences, à la technologie et à l’innovation en 2014, 2,2 milliards à la biofabrication et aux sciences de la vie en 2021, et 2,4 milliards en 2024 dans le cadre de sa stratégie IA nationale. Pourtant, la part du PIB que représentent les investissements en R-D diminue depuis deux décennies.

Cette faiblesse relative de l’effort en recherche-développement constitue un problème particulièrement aigu pour les sciences de la vie qui, davantage que la plupart des autres disciplines, font appel à des essais intensifs et coûteux.

Solutions:
Pour que le secteur demeure un chef de file mondial et attire de nouveaux investissements, les acteurs publics et privés nationaux vont devoir prendre en main le problème du financement. En outre, si l’État consentait – sans qu’intervienne l’opportunisme politique – à un mécanisme financier permanent, l’ensemble du secteur y gagnerait. Le premier objectif devrait être d’atteindre au minimum la moyenne observée au sein de l’OCDE.

Un financement qui privilégie la R-D au détriment de la mise en marché

Défi à relever
L’écosystème canadien des sciences de la vie s’appuie sur de solides mécanismes de financement, par exemple le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Grâce à de tels programmes fédéraux, des milliards de dollars viennent financer des projets de recherche et aider les laboratoires des universités, des hôpitaux et des sociétés publiques ou privées.

Par contre, seule une fraction de la manne accordée vise à aider les chercheurs à commercialiser leurs découvertes : environ 80 % des fonds versés au secteur des sciences de la vie servent à soutenir les travaux de recherche-développement. Cela ne facilite pas la vie des chercheurs qui ont du mal à trouver un partenaire commercial, par exemple une société de capital-risque capable de régler les frais de préparation des documents financiers ou juridiques (brevets et autres), sans parler des méandres des approbations réglementaires.

La faiblesse relative du financement consacré aux activités de mise en marché des entreprises spécialisées en sciences de la vie (dont les projets sont trop vite jugés insuffisamment avancés) est particulièrement frappante quand on considère les capitaux disponibles aux États-Unis, qui attirent davantage les investisseurs étrangers. Tout cela n’invite pas les sociétés canadiennes à s’engager dans des projets à long terme.

C’est peut-être la principale raison pour laquelle le Canada réussit moins bien que ses pairs à passer de l’innovation à des réalisations pleine grandeur. Les statistiques gouvernementales montrent que la majorité des produits demeurent au stade du développement ou de la précommercialisation. Le Canada est d’autant moins compétitif qu’il compte moins d’habitants que les autres pays du G7 – plus le marché est petit, moins il incite à commercialiser de nouveaux produits.

 

Tout cela peut aussi expliquer le déficit commercial canadien observé dans le secteur pharmaceutique, alors même que le pays figure en tête du G7 en matière de productivité des essais cliniques et que la vente de médicaments canadiens ne fait que croître.

Solutions:
Une fois qu’il aura accru son soutien financier aux capacités de traitement informatique nationales, l’État devrait se livrer prioritairement à un examen interdisciplinaire complet des programmes et politiques en vigueur, afin de consacrer une part plus importante des nouveaux fonds aux activités de commercialisation.

L’étoffement de l’infrastructure permettrait d’ailleurs de s’assurer, au-delà des considérations purement financières, que les changements apportés sont pertinents. D’autres formes de soutien (formation à l’entrepreneuriat, perfectionnement des aptitudes…) peuvent aider considérablement les chercheurs à mener l’exploitation commerciale de leurs découvertes.

Pour une meilleure coordination des aides à la commercialisation

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Le financement accru des efforts de commercialisation est une chose. Il est possible aussi d’agir plus judicieusement sur d’autres plans. La simplification des politiques gouvernementales et une meilleure coordination des enveloppes financières et des mesures incitatives pousseraient les entreprises à conserver au Canada le fruit des recherches qui y sont menées ainsi que le personnel auquel on les doit.

En raison de la diversité des programmes d’aide, il est parfois compliqué d’obtenir telle ou telle forme de financement prévue pour les sciences de la vie, et cela ne contribue pas de manière optimale à la commercialisation des découvertes. Rappelons que près de 80 % des programmes portent sur les travaux de recherche-développement ; à peine 15 % des programmes prennent en compte les possibles activités de mise en marché. Moins de 10 % du financement est dévolu expressément à la commercialisation.

Par ailleurs, l’État canadien penche pour la large répartition d’une richesse pourtant limitée. Les chercheurs du Canada passent donc parfois leur temps à solliciter de petites subventions, programme après programme, contrairement à leurs homologues étrangers. Aux États-Unis par exemple, où les National Institutes of Health (NIH) et la Small Business Association (SBA) administrent des programmes beaucoup plus généreux, une seule demande de subvention peut suffire.

Solutions:
Les analystes estiment que le Canada a besoin d’un organisme fédéral qui fera la promotion du secteur des sciences de la vie, favorisera la collaboration et vérifiera si les objectifs des politiques sont atteints. On obtiendrait ainsi un niveau de cohésion et de leadership sectoriels qui n’existe pas aujourd’hui. Une telle agence pourrait aussi se faire la porte-parole des scientifiques désireux de conseiller le gouvernement en la matière.

À tout le moins, l’organisme aiderait les chercheurs à se mettre en contact avec les intervenants qu’exige la mise en marché (spécialistes en IA ou en robotique, sociétés de capital-risque et experts en gestion ou en exploitation). L’agence pourrait aussi faciliter les communications avec les chercheurs étrangers qui ont su franchir le cap décisif de la commercialisation.

Comment tirer le meilleur parti d’une main-d’œuvre hautement qualifiée

Défi à relever
En sciences de la vie comme ailleurs, le succès repose avant tout sur ceux et celles qui expérimentent, innovent et bâtissent. Pour que le secteur ait les moyens de réaliser son potentiel de croissance, le Canada doit en faire davantage pour attirer, former et conserver les meilleurs éléments.

Les conditions d’exploitation doivent aussi être concurrentielles. Parce que d’autres pays surclassent le Canada sur la question des plans d’infrastructure et d’investissement visant à promouvoir l’innovation, le risque de fuite des cerveaux et de perte de propriété intellectuelle est bien réel. Il sera difficile de retenir les chercheurs qu’on s’arrache si le Canada ne veille pas à leur assurer un accès permanent à des moyens haut de gamme et à les soutenir financièrement.

Solutions:
En plus de cultiver un écosystème d’innovateurs dynamique et d’investir dans l’infrastructure dont il a besoin, le Canada doit bonifier les investissements directs axés sur les ressources humaines et les établissements de formation. Le fait de financer davantage l’acquisition de tel ou tel savoir-faire – non seulement en science pure, mais aussi sur le plan technologique ou commercial – ne peut que profiter au secteur des sciences de la vie.

Le temps nous est compté

Les intervenants publics et privés peuvent bien décider d’injecter rapidement plus d’argent, quand les chercheurs s’en vont à l’étranger, ils ne reviennent généralement pas de sitôt. Or c’est d’eux que dépend la vitalité du secteur. Aussi faut-il agir sans tarder et, idéalement, en assurant une meilleure coordination entre les instances gouvernementales, les entreprises, les universités et les chercheurs, toutes disciplines confondues.

Le problème de croissance économique qu’éprouve le Canada a fait que sa productivité s’est érodée pendant des décennies. Nous devons adopter une nouvelle mentalité, récompenser davantage l’innovation et investir massivement dans deux domaines clés : l’élément humain et la technologie.

Cette nouvelle attitude serait tout à fait appropriée dans le secteur des sciences de la vie, où le Canada fait bonne figure. En stimulant dès maintenant cette branche d’activité, on lui permettrait d’agir davantage comme levier de croissance économique, avec toutes les retombées que cela impliquerait pour les autres secteurs… et pour la santé future des Canadiens.

Contributors:

Ajay Nandalall, associé, Recherche

Steven Frank, Rédacteur en chef collaborateur

Caprice Biasoni, Graphiste spécialisée

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/le projet croissance.

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L’IA générative a fait son entrée dans nos vies et se retrouve soudainement partout autour de nous.

Dans la vallée de l’Okanagan, la ville de Kelowna utilise l’IA pour automatiser les demandes de permis et pour répondre aux questions sur les règlements municipaux, dans l’espoir d’accélérer le processus de construction dans un contexte de crise du logement.1 À Edmonton, le géant de l’ingénierie Stantec a élaboré un outil propulsé par l’IA pour analyser des données de masse sur l’écoulement des rivières, l’utilisation des terres et le ruissellement des eaux afin de déceler des tendances et de réduire les risques d’inondation dans le cadre de projets d’infrastructure.2 À Halifax, des chercheurs de l’Université Dalhousie entraînent des ordinateurs au moyen de milliers de photos et d’enregistrements audio de vaches laitières pour vérifier si leurs expressions faciales ou leurs mugissements donnent des indices sur la manière dont elles se sentent, sachant que les vaches qui se sentent bien produisent plus de lait.

L’intelligence artificielle est la technologie transformationnelle numéro un du moment. Elle semble avoir un nombre infini d’applications et elle contribue à l’accélération de l’industrie 4.0, qui est propulsée par les données et l’électronique. Extrêmement puissante et incroyablement versatile, l’IA, qui est seulement partiellement comprise, utilise la technologie pour imiter l’intelligence humaine. Elle tire profit des données massives pour détecter des tendances, résoudre des problèmes et réaliser des tâches.

Sa plus récente version, l’IA générative, utilise l’apprentissage automatique pour entraîner des ordinateurs afin qu’ils soient entre autres capables de créer des rapports et des logiciels, de concevoir des molécules et de produire des œuvres d’art.3 Par contre, l’IA générative soulève des inquiétudes au chapitre du respect de la vie privée, de la désinformation et de l’éthique. Elle représente également un défi en matière d’électricité. Par exemple, une demande faite à ChatGTP consomme dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google.

L’IA générative a le potentiel de contribuer à la croissance économique du Canada en accélérant l’innovation et la productivité. Or, la grande question est de savoir si les entreprises et les organismes du secteur public canadiens saisiront cette occasion.

Voici les raisons pour lesquelles nous avons rédigé ce rapport :

Afin d’étudier les défis que le Canada doit relever en matière de productivité, RBC a récemment lancé le projet Croissance, qui explore certains moteurs économiques importants, comme la productivité, le commerce et les investissements, les compétences, l’immigration et les technologies innovatrices comme l’IA.

Le présent rapport porte sur l’adoption de l’IA et sur son incidence au sein de secteurs économiques clés. Nous avons sondé des innovateurs et des spécialistes de l’IA, nous avons organisé des tables rondes avec des chefs d’entreprises au sein de secteurs clés et avons élaboré un cadre analytique pour évaluer les vulnérabilités de l’économie canadienne. Enfin, ce rapport propose des recommandations pour soutenir l’adoption de l’IA générative et assurer que son incidence soit positive et productive pour tous les Canadiens.

Au Canada, le taux de productivité, qui représente la production par heure ouvrée, est en baisse depuis quelques années. Il est actuellement 30 % inférieur au taux de productivité des États-Unis. Ce phénomène est notamment attribuable à la baisse des dépenses en immobilisations et des investissements dans la propriété intellectuelle (qui sont actuellement 40 % inférieurs à ceux des États-Unis). Selon la même mesure, les investissements du secteur manufacturier canadien représentent le quart de ceux du secteur manufacturier américain . Les investissements dans l’IA générative et dans les technologies pourraient améliorer le taux de productivité, contribuer à la hausse des salaires et permettre au Canada de demeurer concurrentiel dans un monde de plus en plus axé sur le numérique et les données.

En entreprise, de tels investissements peuvent contribuer à l’augmentation de la productivité des employés, qu’il s’agisse de cols blancs, de cols verts ou de cols bleus, notamment en leur faisant gagner du temps et en facilitant l’exécution des tâches routinières. Selon une étude de Microsoft, les codeurs qui utilisent des outils d’IA générative prennent 56 % moins de temps à réaliser leurs tâches que ceux qui n’en utilisent pas. De plus, ces outils réduisent le temps consacré à la rédaction de 37 %5. Selon certaines estimations, le temps gagné pourrait varier de 1006 à 125 heures par travailleur par année et entraîner une augmentation de la productivité de 8 % d’ici 2030.

Les entreprises souhaitent que l’IA générative permette aux employés de consacrer plus de temps aux tâches importantes et de créer plus de valeur. Dans le cadre d’un sondage mené par le Conference Board du Canada auprès d’entreprises en démarrage canadiennes, 63 % des répondants ont déclaré que l’implantation de l’IA ne réduirait pas le nombre d’employés au sein de leur entreprise et 30 % ont répondu être incertains . (Les deux tiers des répondants ont déclaré que l’IA leur permettait déjà d’être plus concurrentiels.)

L’augmentation de la productivité découlant de l’implantation de l’IA générative pourrait ajouter 180 milliards de dollars par année à l’économie canadienne d’ici 20309. En outre, la création de nouveaux produits et services d’IA générative pourrait injecter 5 milliards de dollars de plus10. Le Conference Board estime à près de 2 % la contribution de l’IA au produit intérieur brut du Canada et croit que ce sont les centres technologiques comme Toronto, Waterloo et Vancouver qui entraîneront la croissance la plus importante.11

Pourquoi les entreprises canadiennes affichent-elles tant de retard dans l’adoption de l’IA générative ? Un rapport récent de la Chambre de commerce du Canada a révélé qu’une entreprise canadienne sur sept (14 %) seulement utilise l’IA générative ou prévoit l’utiliser sous peu. Cela signifie que près de trois entreprises sur quatre (73 %) n’envisagent même pas encore son utilisation. Les principales raisons qui expliquent ce retard sont les mêmes que pour toutes les nouvelles technologies révolutionnaires : les coûts, les inquiétudes quant à la sécurité des données, les doutes quant à la capacité des travailleurs à l’utiliser et la peur de commettre des erreurs. D’ailleurs, les dirigeants d’entreprises et d’organismes du secteur public ne sont pas les seuls à avoir peur de l’IA. Selon un sondage, 32 % des Canadiens (moins du tiers) ont confiance en l’IA, comparativement à 40 % des Américains et à 39 % des personnes dans le monde. Par ailleurs, seulement 28 % des Canadiens croient que la réglementation actuelle est suffisante pour assurer l’utilisation sécuritaire de l’IA.12

Les risques liés à l’IA sont trop élevés pour être ignorés, mais il en va de même pour les avantages qu’elle présente. Si elles veulent faire partie de la génération de l’IA générative, les organisations canadiennes devront rattraper leur retard. Qu’elles soient prêtes ou non, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transformation technologique.


À quel point le Canada est-il en retard dans l’adoption de l’IA générative ? La plus récente Enquête canadienne sur la situation des entreprises trimestrielle de Statistique Canada, réalisée auprès de 13 327 entreprises au début de l’année 2024, fournit l’aperçu le plus récent et le plus complet de la situation. Les résultats indiquent que 73 % des entreprises canadiennes n’envisagent pas d’utiliser l’IA générative, que 9,3 % d’entre elles l’utilisent et que 4,6 % d’entre elles prévoient l’utiliser sous peu.

À l’échelle mondiale, selon des données qui datent de quelques années, le Canada occupe la 20e position au chapitre de l’adoption de l’IA parmi les 35 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.13 Selon l’indice mondial d’adoption de l’IA d’IBM de 2022, parmi quinze pays sondés, le Canada occupe le 10e rang et affiche un retard de 6 points de pourcentage par rapport à la moyenne. Le pays est à la traîne par rapport aux États-Unis et ne cherche pas autant à tirer profit de l’IA générative.

Il est surprenant que le Canada affiche un retard par rapport à un si grand nombre de ses concurrents étant donné sa position de chef de file dans le secteur de la recherche. En 2017, le Canada a été le premier pays à se doter d’une stratégie en matière d’IA, un effort de 25 millions de dollars mené par le CIFAR dont les objectifs consistaient à attirer et à retenir des talents, ainsi qu’à soutenir la recherche et l’innovation.14 De plus, les trois instituts d’IA nationaux canadiens sont reconnus à l’échelle mondiale et certains des plus grands spécialistes de l’apprentissage automatique ont élu domicile au Canada. Enfin, le Canada dispose d’un écosystème d’IA dynamique formé de laboratoires de recherche, d’incubateurs et d’accélérateurs d’entreprises, de fournisseurs de produits et services d’IA générative et de sociétés de capital-risque.15

Malheureusement, le Canada est tout simplement meilleur pour générer des idées et élaborer des modèles que pour les concrétiser.


Certains éléments de la structure de base de l’économie canadienne font en sorte qu’il peut être difficile de saisir les occasions qu’offre l’IA générative. Le Canada est peu peuplé et son territoire est vaste et diversifié, ce qui rend difficile la création de grands ensembles de données essentiels à l’IA. De plus, une grande partie de l’économie du pays est réglementée, ce qui peut freiner l’innovation technologique et nuire à la création de nouveaux modèles d’affaires. Enfin, de nombreux secteurs, comme ceux de la sylviculture, de l’exploitation minière, de la pêche, du pétrole et du gaz, dépendent des ressources naturelles. Or, ces secteurs ne sont pas à l’avant-garde de l’IA générative.

Les coûts figurent également parmi les obstacles à l’adoption de l’IA générative, qui nécessite le recours à de gros ordinateurs consommant beaucoup d’électricité et à des talents en technologie de plus en plus recherchés. Il s’agit d’une barrière particulièrement importante pour les petites entreprises, qui dominent l’économie canadienne. Au Canada, environ 98 % des entreprises comptent moins de cent employés. Or, les petites entreprises sont habituellement moins enclines que les grandes à investir dans les nouvelles technologies. Certaines d’entre elles jugent qu’elles n’ont pas les moyens ou l’expertise nécessaires, alors que d’autres ne subissent tout simplement pas suffisamment de pression de la part de la concurrence.

Selon une analyse du Laboratoire de données sur les entreprises (LDE) de la Chambre de commerce du Canada, 15 % des petites entreprises, dont environ la moitié comptent 100 employés ou plus, utilisent ou prévoient utiliser l’IA générative . Selon les conclusions du rapport, les petites entreprises devraient avoir plus de facilité que les grandes entreprises à recycler leurs employés et à réorienter leur stratégie d’affaires et leur utilisation de la technologie. Par contre, le financement pourrait constituer un plus grand défi. Quoi qu’il en soit, les petites entreprises pourraient bénéficier grandement de l’adoption de l’IA générative. Selon certaines estimations, l’utilisation de l’IA générative par les petites et moyennes entreprises (PME) pourrait permettre d’injecter plus de 100 milliards de dollars dans l’économie canadienne d’ici 2030, 70 % de ce montant provenant des petites entreprises.17.

Le gouvernement et les organismes du secteur public pourraient également accélérer le pas. En effet, l’innovation est un enjeu qui touche les gouvernements, ce qui est particulièrement vrai au Canada, où le secteur public représente environ 40 % de l’économie et embauche un cinquième (21 %) de la main-d’œuvre.18 Les secteurs de l’éducation et des soins de santé canadiens sont respectivement 70 % et 50 % moins productifs que ceux des États-Unis.19

Selon les données de Statistique Canada, 0,3 % des organismes gouvernementaux ont adopté l’IA générative. La situation est nettement meilleure dans les secteurs des soins de santé et de l’aide sociale, qui relèvent essentiellement du public, dont le taux d’adoption est de 9 %. Toutefois, ce pourcentage n’est pas supérieur à celui de l’ensemble du pays. Le gouvernement fédéral a annoncé au printemps qu’il souhaitait mettre en place un plan d’utilisation de l’IA dans le cadre de ses activités d’ici le printemps prochain, ce qui constitue une adoption tardive. Le gouvernement est notamment aux prises avec une dette technique énorme. En effet, ses systèmes sont si désuets que l’adoption de l’IA pourrait être impossible ou ne pas valoir la peine. Selon une étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA dans plusieurs secteurs au Canada, l’adoption de l’IA pourrait entraîner une création de valeur de l’ordre de 13 milliards de dollars pour le secteur des soins de santé et de 14 milliards de dollars pour le gouvernement.20

Même au sein des secteurs de la « vieille économie » comme celui des ressources naturelles, l’adoption de l’IA pourrait se traduire par un ajout de 9 milliards de dollars au PIB.21 Par contre, chaque secteur et chaque concurrent pourraient exiger une approche différente. De nombreuses organisations qui souhaitent appliquer l’IA aux données sur la clientèle ont à composer avec différents enjeux réglementaires. D’autres continuent d’éprouver de la difficulté à attirer et à retenir les talents dans le domaine des technologies avancées. Néanmoins, au Canada, certains secteurs entretiennent des relations étroites avec les universités, où une grande partie de la recherche en matière d’IA est effectuée.

La diversité de l’économie canadienne pourrait faire en sorte que plusieurs approches soient nécessaires pour adopter l’IA générative. Ces approches sont présentées à la section suivante du présent rapport.


Pour mieux comprendre le retard dans l’adoption de l’IA générative au Canada, nous avons élaboré un modèle analytique qui évalue les principaux secteurs de l’économie et qui comprend des éléments clés pouvant favoriser une telle adoption :

  • Taux d’adoption des technologies. Taux servant à comparer la vitesse à laquelle les secteurs canadien et américain des entreprises investissent dans les produits de propriété intellectuelle selon leur part du PIB.

  • Risques liés aux pressions exercées par la concurrence. Risques de perturbation ou d’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale au sein de secteurs clés, reflétant les forces concurrentielles susceptibles d’influer sur le retard dans l’adoption de l’IA générative.

  • Potentiel de productivité. Potentiel de l’IA générative au sein de secteurs économiques clés selon des études comparatives, des données de l’industrie et des tables rondes sectorielles.

  • Compétences. Compétences actuelles et transférables au sein de secteurs importants selon des études sur la main-d’œuvre et des entrevues sectorielles.

  • Volonté des entreprises. Indicateur fondé sur les résultats du sondage « Utilisation de l’IA générative par l’entreprise » de 2024 de Statistique Canada.

22 %

du PIB

4,2

millions d’emplois

Risque faible
avantages élevés

Force : grands ensembles de données centralisés, notamment sur la santé, les impôts et les écoles
Priorité : gouvernance des données

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences plus élevées que la moyenne

  • Cas d’utilisation : processus d’inscription, planification et tenue de dossiers, prévision de la demande pour différents programmes d’études

  • Besoin clé : coopératives de données

  • Avantages : apprentissage sur mesure, accroissement de l’efficacité de la recherche

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : demandes de permis, manifestations de la criminalité, efficacité des politiques publiques

  • Besoin clé : renforcement de l’infrastructure de données

  • Avantages : réduction de la lourdeur administrative, efficacité accrue du gouvernement

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : découverte de médicaments, détection des maladies

  • Besoin clé : renforcement de la gouvernance des données

  • Avantages : amélioration des résultats en matière de santé et réduction des coûts

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Soins de santé

Mutuo Health souhaite mettre fin à la prise de notes manuscrites par les médecins.

Cette entreprise en démarrage de Toronto offre un produit qui tire profit de l’IA générative appelé AutoScribe. Cet outil de prise de notes virtuelles transcrit les conversations entre les médecins et leurs patients et prend des notes en temps réel.

« Il s’agit d’un outil qui réduit de manière importante le temps consacré à la prise de notes après les rendez-vous, ce qui fait que les médecins peuvent voir plus de patients, précise Noah Crampton, chef de la direction de Mutuo Health. Comme je suis moi-même médecin, je croise souvent des collègues insatisfaits au travail. » M. Crampton ajoute qu’AutoScribe a permis d’augmenter la satisfaction au travail des médecins de 72 % et d’accroître leur productivité et leur bien-être.
Depuis son lancement en 2023, plus de 1 000 médecins l’ont adopté. Il s’agit d’un exemple concret d’accroissement de la productivité rendu possible grâce à l’IA générative. Selon l’entreprise, l’outil réduit le temps consacré par les médecins à la prise de notes de 80 % en moyenne. En tenant pour acquis que la prise de notes manuscrites prend en moyenne cinq heures par semaine, cela veut dire que les médecins disposent de 16 à 20 heures de plus par mois pour rencontrer des patients.


14 %

du PIB

2,1

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : utilisation avancée des technologies
Priorité : adoption responsable de l’IA

  • Depuis la dernière décennie, investissements des cabinets dans les nouvelles technologies 8 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Utilisation de l’IA générative par près de 20 % des cabinets

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : émission de contrats, recherches juridiques, diligence raisonnable

  • Besoin clé : respect de la réglementation

  • Avantage : meilleur accès à des services juridiques, à des services de fiscalité et à des services-conseils

  • Investissements dans la propriété intellectuelle moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Trois banques canadiennes classées parmi les dix meilleures banques au monde dans le domaine de l’IA

  • 22 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : conformité, détection de la fraude et services financiers personnalisés

  • Besoin clé : habilitation des employés de première ligne

  • Avantage : efficacité accrue de la prévention de la fraude et de la cyberdéfense

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Vente au détail

Les détaillants sont souvent à l’avant-garde des technologies innovatrices, car ils doivent gérer les attentes des consommateurs et l’évolution de leurs goûts tout en gérant leurs stocks à la limite. Canadian Tire a récemment intégré à son appli mobile l’outil virtuel d’aide au magasinage fondé sur l’IA générative CeeTee.

L’entreprise a d’abord intégré l’IA générative au parcours d’achat de pneus pour simplifier le processus, permettant aux consommateurs de trouver en un clic les bons pneus pour leur véhicule.

« Beaucoup de personnes ne connaissent pas les caractéristiques techniques des pneus, ce qui en complique l’achat, d’autant plus que les pneus coûtent cher », mentionne Cari Covent, cheffe de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes chez Canadian Tire. Le détaillant, qui compte 1 700 magasins au Canada, a d’abord intégré l’outil au processus d’achat de pneus pour comprendre de quelle manière les clients l’utilisent.

Les résultats sont prometteurs : l’outil guide les clients tout au long du parcours d’achat, de la navigation aux questions, en passant par les recommandations et le choix des bons pneus. L’IA générative offre également d’autres avantages aux détaillants. Par exemple, les données tirées des interactions avec la clientèle alimentent de vastes bases de données, ce qui permet aux détaillants d’adapter leurs produits. Enfin, ils peuvent également s’appuyer sur ces interactions pour émettre des recommandations personnalisées et prendre des décisions plus éclairées, notamment en matière de marchandisage et de gestion des stocks. Écouter l’entrevue complète avec Cari Covent sur les perturbateurs de marché


10 %

of GDP

1,6

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : intégration avec les chaînes d’approvisionnement et les marchés des États-Unis
Priorité : gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Sous-investissement important dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 72 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 15 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : conception de produits, optimisation de la production, gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Besoin clé : perfectionnement accru du personnel technique

  • Avantage : augmentation de la productivité

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Fabrication

L’IA générative est appelée à prendre de plus en plus de place dans nos vies. Sanctuary AI, une entreprise de Vancouver, conçoit des robots qui fonctionnent au moyen d’un système d’IA qui imite le cerveau et le corps humains.

De vastes modèles de langage, comme ChatGPT, sont intégrés aux robots afin de leur permettre de « penser » et d’agir comme des humains, ainsi que de transformer le langage en actions et en concepts. ChatGPT permet d’imiter la pensée, mais les robots de Sanctuary AI vont plus loin. En effet, ils sont capables de poser différents gestes et de réaliser des tâches manuelles ou répétitives.

Sanctuary AI a attiré l’attention d’entreprises de premier plan partout dans le monde. En avril 2024, elle a conclu avec Magna International une entente de partenariat stratégique visant le déploiement d’applications d’IA générative dans le cadre du processus de fabrication de pièces du géant du secteur de l’automobile.

Écouter l’entrevue complète sur les perturbateurs de marché :
Mechanical Minds: Exploring the World of AI Robots – RBC Thought Leadership


20 %

du PIB

1,4

millions d’emplois

Risque faible
avantages faibles

Force : main-d’œuvre spécialisée
Priorité : planification virtuelle à des fins de réduction des délais d’approbation des permis

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 50 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 17 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : analyses de marché, mise en scène d’intérieur virtuelle, émission de contrats

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : logements plus abordables

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 6,5 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : conception virtuelle, optimisation des ressources

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : réduction des retards dans la construction

5 %

du PIB

2

millions d’emplois

Risque élevé
avantages moyens

Force : fidélité et confiance élevées envers les marques
Priorité : meilleure compréhension des préférences des clients

  • Sous-investissement dans les technologies (investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : gestion des stocks, conception de produits

  • Besoin clé : gestion des données de grande qualité

  • Avantage : compétitivité à l’échelle mondiale

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Services professionnels

Eirene, une entreprise de services funéraires, a intégré l’outil d’IA générative de Google Gemini afin d’automatiser et d’optimiser différents éléments de sa plateforme Funeral OS. Grâce à cet outil, les employés peuvent se concentrer sur leurs tâches plus délicates, comme les services funéraires et les services d’incinération.

Eirene utilise l’IA générative pour transcrire, analyser et extraire des renseignements pertinents provenant d’appels téléphoniques, de courriels et de séances de clavardage. L’application peut remplir efficacement plusieurs formulaires gouvernementaux, ce qui réduit la saisie manuelle de données et le risque d’erreur.

« Nous utilisons l’IA pour augmenter notre efficacité opérationnelle, ce qui nous permet d’investir plus de ressources dans l’offre d’une expérience exceptionnelle centrée sur l’humain à notre clientèle, précise Mallory Greene, cheffe de la direction de l’entreprise. La clé est d’utiliser l’IA comme outil d’habilitation et non comme outil de remplacement de l’ingéniosité humaine. »


3,3%

du PIB

360 K

emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : compétences
Priorités : qualité et rigueur

  • Investissements dans les nouvelles technologies 66 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 31 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : création de contenu, recommandations personnalisées, vérification des faits

  • Besoin clé : lutte contre la désinformation

  • Avantage : société plus informée


5 %

du PIB

200 K

emplois

Risque faible
avantages moyens

Force : expertise mondiale
Priorité : investissements dans les technologies

  • Investissements dans les nouvelles technologies 63 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : exploration et prospection, analyse des données géologiques

  • Besoin clé : plus de talents en technologie

  • Avantage : extraction des ressources plus durable


2 %

du PIB

575 K

emplois

Risque moyen
avantages moyens

Force : demande mondiale
Priorité : optimisation de la production

  • Investissements dans les nouvelles technologies 80 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8,3 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : modélisation de la séquestration du carbone, optimisation des engrais et des graines

  • Besoin clé : plus de talents en technologie dans les exploitations agricoles

  • Avantages : augmentation de la production et réduction des émissions

Recommandations

La révolution de l’IA aura un impact aussi vaste que profond dans tous les secteurs et touchera presque toutes les activités des entreprises. Elle contribuera à l’augmentation de l’efficacité des systèmes et des processus des entreprises, et elle permettra à ces dernières d’offrir un meilleur service à la clientèle et de concevoir de nouveaux produits améliorés, et ce, rapidement et à plus faible coût. L’IA libérera également les employés de certaines tâches, ce qui leur permettra de créer plus de valeur. Enfin, elle augmentera la productivité et l’innovation au Canada, elle procurera un avantage concurrentiel au pays à l’échelle mondiale et elle contribuera à la prospérité des citoyens.

Les entreprises canadiennes doivent agir maintenant. Et elles doivent surtout changer de mentalité. Il est important qu’elles cessent d’hésiter à investir dans les nouvelles technologies et de reporter la décision d’investir afin d’éviter les erreurs.

Les obstacles à l’adoption de l’IA doivent être éliminés et les entreprises doivent cesser d’attendre avant de se lancer. Voici ce que les entreprises peuvent faire :

1. Accroître la confiance du public envers l’IA.

Les Canadiens n’ont pas encore confiance en l’IA. Selon le Baromètre de confiance Edelman de cette année, à peine 31 % des Canadiens ont confiance en cette technologie, soit 19 % de moins que la moyenne mondiale. Près de la moitié des Canadiens sondés dans le cadre d’une étude menée par Ipsos ont répondu qu’ils se méfiaient des produits et services qui utilisent l’IA. Qui plus est, le discours public, constamment orienté vers la nécessité d’ériger des « garde-fous » autour de la technologie, ne fait qu’accroître leurs inquiétudes.

Les entreprises canadiennes ont un rôle à jouer dans le changement des mentalités. Elles doivent convaincre leurs employés, leur clientèle et la population que l’IA peut être adoptée de manière responsable. Cela contribuera à l’acceptation sociale, qui est nécessaire à l’adoption de la technologie. Les entreprises devraient faire preuve de transparence lorsqu’elles utilisent l’IA générative et former leurs employés, le cas échéant, afin qu’ils puissent à leur tour expliquer les usages de l’IA à leur clientèle et aux parties prenantes.

2. Bâtir une main-d’œuvre compétente.

Les travailleurs doivent arrêter d’avoir peur que l’IA les remplace et les employeurs doivent démontrer à leurs employés qu’ils ont l’intention de leur offrir les outils nécessaires pour innover et pour travailler plus rapidement et efficacement. (Selon le rapport de la Chambre de commerce du Canada, le deuxième principal avantage de l’adoption précoce de l’IA est l’accroissement de l’automatisation des tâches sans occasionner de pertes d’emploi. Le principal avantage constitue l’élaboration de contenu créatif.) L’IA générative est un moyen efficace d’améliorer les compétences de la main-d’œuvre.

Il est important d’investir dans l’éducation et la formation et de collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire afin d’élaborer et d’offrir les programmes de formation nécessaires. Les organisations qui servent les petites entreprises devraient également les aider en créant des réseaux et des guides.

Les employés auraient avantage à profiter des outils offerts en ligne pour se familiariser avec l’IA générative. Bon nombre de ces outils sont gratuits ou presque gratuits. Les compétences en « ingénierie de requêtes » seront de plus en plus importantes pour les travailleurs et les entreprises.

3. Investir maintenant, adopter de manière précoce et commencer graduellement, au besoin.

Le coût des modèles d’IA et d’IA générative diminue et les petits projets pilotes sont abordables. Investir dans de tels modèles et projets pourrait en valoir la peine. Selon une étude, chaque dollar investi dans l’IA rapporte en moyenne 3,50 $.22

La création d’un environnement sûr pour permettre aux employés d’explorer et d’expérimenter l’IA est essentielle. Par définition, l’IA générative s’améliorera avec le temps, tout comme les données commerciales utilisées pour former les ordinateurs. Par conséquent, les entreprises qui hésiteront longtemps avant de se lancer pourraient passer à côté d’améliorations exponentielles dont profiteront leurs concurrents, en particulier si ces derniers utilisent déjà la technologie depuis des mois ou des années.

Il n’est pas nécessaire de commencer par la mise en place de grands projets d’IA générative transformateurs. Les entreprises peuvent d’abord mettre en branle de petits projets d’IA pratiques et tirer profit de la réussite d’autres projets.

4. Régler les problèmes liés aux données dans le secteur des soins de santé.

Le secteur des soins de santé, vaste et essentiel, nécessite une attention particulière. Ce secteur, qui utilise encore des télécopieurs pour certaines communications, doit être modernisé de toute urgence. Il doit se doter d’une infrastructure de données de base. La numérisation des dossiers médicaux constitue un début, mais nous devrions envisager la mise en place de réseaux d’information numériques dynamiques pour permettre à notre système de santé de se démarquer et de tirer profit de l’IA.

5. Créer un cadre réglementaire approprié.

Dans le cadre de leurs efforts de réglementation de l’IA, les gouvernements devraient adopter des approches législatives technologiquement neutres, axées sur les risques et fondées sur des principes. De telles approches leur permettraient de mettre en place une réglementation durable, et ce, malgré le fait que la technologie change très rapidement. De plus, la réglementation devrait être harmonisée le plus possible avec les normes internationales de gouvernance de l’IA et promouvoir l’interopérabilité (soit la capacité de produits et de systèmes à opérer ensemble) pour les entreprises canadiennes à l’étranger.

6. Évaluer le caractère approprié des exigences en matière de résidence des données.

Les exigences en matière de résidence des données ralentissent l’adoption de services infonuagiques modernes au sein des gouvernements et de certains secteurs clés. En 2024, nous devrions revoir la pertinence de ces exigences. Contrairement à d’autres gouvernements et entreprises, qui utilisent des logiciels professionnels, le gouvernement canadien dépend de systèmes informatiques désuets. Le Canada est un marché trop petit pour que les fournisseurs de services en nuage, à l’exception des plus grands, puissent lancer une infrastructure dédiée. À l’heure actuelle, les exigences en matière de résidence des données limitent les choix de logiciels de grands fournisseurs possibles et donnent accès à des modèles d’IA moins qu’optimaux sur lesquels les entreprises peuvent s’entraîner.

L’adoption de l’IA générative dépend de la mise en place d’infrastructures adéquates. La consommation d’électricité liée à l’IA a grimpé de manière exponentielle. Désormais, les centres de données qui soutiennent des modèles d’IA complexes consomment autant d’électricité que les villes de Vancouver ou Calgary. Comme l’IA continue d’évoluer et de prendre de l’ampleur, la demande en électricité connexe devrait augmenter. Par conséquent, nous devrons trouver des solutions énergétiques efficaces et durables pour soutenir les progrès technologiques sans surcharger les infrastructures d’électricité actuelles. Enfin, les annonces récentes du gouvernement fédéral du Canada concernant la puissance informatique soulignent également la nécessité pour les différents ordres de gouvernement de maintenir un dialogue ouvert avec l’industrie pour trouver des moyens de saisir les occasions qu’offre l’IA générative.

Lecture recommandée

Le projet Croissance :

Une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne

Le défi de la croissance au
Canada :

pourquoi l’économie est au point mort

Occasion à saisir pour la Nouvelle-Écosse :

tirer parti de l’essor démographique

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/fr/leadership-avise/le-projet-croissance.

Télécharger le rapport

Nous reconnaissons l’appui de Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui nous ont permis de rassembler des décideurs et leaders d’institutions dans le cadre de cette initiative de recherche.

  1. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  2. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  3. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  4. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  5. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  6. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  7. Rapport du Conference Board

  8. Rapport du Conference Board

  9. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  10. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  11. Conference Board of Canada – Real Talk: How Generative AI Could Close Canada’s Productivity Gap and Reshape the Workplace—Lessons From the Innovation Economy, 2024.

  12. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  13. Automation Nation? AI Adoption in Canadian Businesses (dais.ca)

  14. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  15. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  16. Chambre de commerce du Canada

  17. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  18. fraserinstitute.org

  19. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  20. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  21. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  22. Chambre de commerce du Canada


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L’intelligence artificielle transforme notre monde et provoque les plus grands bouleversements de l’histoire.

L’IA, en particulier l’IA générative, a connu un essor fulgurant cette année. C’est une technologie puissante et polyvalente. Pourtant, elle est mal comprise.

Pour évaluer le degré de préparation du Canada, les Services économiques RBC et l’équipe Leadership avisé ont récemment publié un nouveau document de recherche : L’IA générative :le Canada est-il prêt?

En voici les faits saillants :

  • Malgré la réputation de ses instituts de recherche en IA, le Canada accuse un retard dans l’adoption de l’IA générative.

  • L’IA générative peut relancer la croissance économique du Canada en propulsant l’innovation et la productivité.

  • Les services professionnels, les services financiers et la fabrication sont à la fois les secteurs les plus menacés par l’IA et ceux qui pourraient en bénéficier le plus.

  • Dans le secteur public, l’IA générative pourrait donner aux contribuables canadiens la chance d’en avoir plus pour leur argent.

Le Canada devrait investir davantage dans l’éducation et la formation afin que la main-d’œuvre soit capable d’utiliser l’IA. Il devrait aussi promouvoir des conditions propices à l’exploration et à l’expérimentation, bâtir l’infrastructure nécessaire à la fiabilité des données et créer un cadre réglementaire rationnel grâce à une approche législative fondée sur le risque et neutre sur le plan technologique.

Le Canada est-il prêt pour l’intelligence artificielle?

Pour le dernier épisode de la saison du balado Les innovateurs, nous assistons à la super séance sur l’IA du Creative Destruction Lab de l’Université de Toronto. Nous avons rencontré quelques-uns des esprits les plus brillants à l’avant-garde de l’IA au Canada. Nous nous sommes également entretenus avec Cari Covent, cheffe de l’IA à Canadian Tire, pour découvrir comment l’entreprise emblématique du Canada utilise l’IA, des robots aux assistants au magasinage, pour améliorer l’expérience client, accroître la productivité du personnel et éliminer les tâches courantes.

L’IA et d’autres technologies émergentes peuvent aider le Canada à rattraper son retard en matière de productivité et à rester compétitif dans un monde de plus en plus dépendant du numérique et des données. Reste à savoir si les entreprises et les organisations du secteur public saisiront l’occasion ou se laisseront distancer.

Speaker 1 [00:00:01] Je m’appelle Allen Lau et je suis partenaire opérationnel de Two Small Fish Ventures. L’intelligence artificielle (IA) me passionne, car elle transforme complètement de nombreux comportements. Qu’il s’agisse de la consommation, des entreprises et peut-être de l’industrie, bien des secteurs n’ont pas nécessairement changé depuis un siècle. L’heure de la transformation est donc arrivée. Je n’ai pas de grandes préoccupations, mais si je devais en choisir une, ce serait le rythme des progrès, qui est extrêmement rapide. C’est peut-être le changement le plus rapide de l’histoire de l’humanité. Pour ce qui est de l’état de préparation du Canada, nous avons probablement les meilleurs talents en IA au monde. Toutefois, en tant que pays, nous avons des lacunes en ce qui a trait à la commercialisation, et c’est une situation que nous devons rectifier.

[00:00:44] Je m’appelle Ken Nickerson. Je suis un chercheur et j’ai autofinancé la société iBinary. J’ai commencé il y a environ 24 ans et j’ai travaillé auprès d’environ 36 sociétés, majoritairement dans le secteur de l’IA ou des technologies de rupture de pointe. Pour ce qui est de l’enthousiasme à l’égard de l’IA, ce qui est intéressant, c’est l’ampleur de la surprise que les modèles de transformateur et de pré-entraînement génératif ont suscité. Le citoyen moyen s’intéresse maintenant à ce qu’on appelle l’intelligence artificielle. Le Canada est-il prêt pour l’IA? Je dirais qu’aucun pays ne l’est. L’incidence sur la main-d’œuvre est importante. D’autres pays nous ont appris que lorsqu’on désengage 50 % des jeunes hommes, par exemple, il peut y avoir des répercussions sur les systèmes politiques et sociaux. Au-delà de cela, le facteur le plus préoccupant est celui de la confiance. Comment pouvons-nous avoir confiance en quelque chose qui possède une certaine capacité d’exécution, mais qui n’a pas d’imputabilité, de pouvoir ou de responsabilité?

Speaker 2 [00:01:45] Je m’appelle James Slifierz. Je suis chef de la direction et cofondateur de SkyWatch, l’un des principaux distributeurs mondiaux de données par satellite. Nous travaillons avec environ 95 % de tous les exploitants de satellites. Ce qui m’enthousiasme le plus dans le domaine de l’IA, c’est l’utilisation de cette technologie pour les systèmes spatiaux autonomes. Fondamentalement, si l’on veut amener l’exploration humaine au-delà de l’orbite terrestre basse, il faudra utiliser des machines. Il faudra donner à ces machines la capacité de prendre des décisions, de réfléchir, d’apprendre et d’adopter elles-mêmes. Je ne pense pas que quiconque soit prêt pour l’IA. Mon conseil de base serait de ne pas attendre d’être prêts. Je pense qu’on ne peut apprendre que par la pratique. On ne peut pas laisser la crainte que les choses tournent mal nous empêcher d’aller de l’avant.

Speaker 3 [00:02:23] Je m’appelle Kiko Wemmer et je suis directrice générale de Dandelion Health. Je pense que ce qui m’enthousiasme le plus concernant l’IA dans le secteur des soins de santé, c’est la possibilité de personnaliser la médecine et de déterminer de façon optimale le point d’intervention adéquat et l’intervention idéale. L’autre occasion importante que j’entrevois réside dans la possibilité de considérer les données différemment de la façon dont les humains les perçoivent, ou d’établir des liens entre les types de données qu’il nous est impossible de faire aujourd’hui. Compte tenu de l’amélioration des sources de données en ligne, j’espère que l’on travaillera à s’assurer que les données utilisées pour entraîner les algorithmes de soins de santé sont hautement précises, longitudinales, multimodales et représentatives des patients qui seront les bénéficiaires de ces algorithmes.

Speaker 4 [00:03:10] Bonjour. Ici John. Ce sont quelques-unes des voix entendues lors d’une récente « super séance » sur l’IA organisée par le Creative Destruction Lab (CDL) à l’Université de Toronto. Si vous ne l’aviez pas remarqué, l’IA est le sujet de l’heure dans le domaine des technologies cette année, et l’événement du CDL n’a pas manqué de le rappeler. Je crois que plus de 500 personnes venues du monde entier se sont déplacées à Toronto pour examiner comment l’IA, et en particulier l’IA générative, transforme tout, des soins de santé à l’éducation en passant par l’exploration spatiale. Le message était clair : si vous n’essayez pas de profiter de l’IA générative, celle-ci ne tardera pas à profiter de vous. Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Nous avons exploré le thème de l’IA dans le balado Les innovateurs tout au long de l’année et nous voulons clore la saison avec cet épisode spécial axé sur l’IA et ses implications pour le Canada. Une représentante de Canadian Tire, la société canadienne possiblement la plus emblématique du pays, se joindra à moi sous peu. Nous discuterons des initiatives de l’entreprise, qu’il s’agisse de la gestion plus efficace des entrepôts ou du déploiement de robots axés sur l’IA qui vous aideront la prochaine fois que vous magasinez des pneus ou un coupe-bordure. C’est une histoire formidable et le genre d’innovation qu’il faut voir dans tous les secteurs de notre économie. Malheureusement, nous ne saisissons pas cette occasion collectivement. Notre équipe des Services économiques RBC et le groupe Leadership avisé RBC viennent de publier un nouveau rapport de recherche intitulé « L’IA générative : le Canada est-il prêt? ». La réponse est un « non » assez clair. La question la plus importante, toutefois, n’est peut-être pas de savoir si nous sommes prêts, mais plutôt de savoir ce que nous devons faire, sur quels plans et à quel rythme. Comme il est indiqué dans le rapport, l’IA générative est « tout, partout, tout à la fois » (je me permets de voler le titre du film). Pour comprendre tout cela, voici quelques-uns des points les plus importants à prendre en considération. Premièrement, même s’il possède des capacités reconnues en IA, le Canada tire de l’arrière dans la mise en œuvre et l’adoption de l’IA générative. Deuxièmement, l’IA générative a le potentiel de relancer la croissance de l’économie canadienne, mais seulement en accélérant l’innovation et la productivité. Le défi consiste à déterminer si les entreprises et les organisations du secteur public saisiront l’occasion suffisamment rapidement. Troisièmement, nous devons exploiter nos points forts dans les services professionnels et financiers, ainsi que dans les soins de santé et l’éducation, où les occasions sont peut-être les plus nombreuses. Enfin, nous devons penser au secteur public et au gouvernement lui-même et à la façon de déployer les outils d’IA pour nous assurer que les Canadiens en ont plus pour leur argent (ou dans ce cas-ci, leurs impôts).

Speaker 1 [00:05:43] Je m’appelle Avi Goldfarb. Je suis titulaire de la chaire Rotman en intelligence artificielle et en soins de santé à l’École Rotman de l’Université de Toronto. Ce qui m’enthousiasme le plus à propos de l’IA, c’est qu’elle a le potentiel de transformer positivement notre façon de vivre et de travailler. Ce qui me préoccupe le plus, c’est que nous n’en aurons pas assez. Le Canada est prêt pour l’IA à certains égards. Nous disposons d’une communauté de recherche exceptionnelle qui est vraiment en tête de file à l’échelle mondiale. Ce qui m’inquiète pour le Canada, c’est de ne pas savoir si nous pourrons en tirer parti et en faire quelque chose qui aura une incidence sur l’économie dans son ensemble. Je pense qu’il y a une réelle inquiétude à l’égard de l’IA, comme pour les technologies passées, dans la mesure où il est possible que nous ne soyons pas ceux qui commercialiseront nos propres innovations.

Speaker 4 [00:06:27] Alors, quelles mesures pouvons-nous prendre? Nous avons formulé quelques suggestions. Le Canada peut investir davantage dans l’éducation et la formation pour bâtir une main-d’œuvre apte à utiliser l’IA. Nous pouvons également favoriser un environnement sûr pour l’exploration et l’expérimentation. Les données fiables seront la clé. Il est donc essentiel de bâtir des infrastructures de données. Les gouvernements joueront également un rôle crucial. Ils devront adopter une approche législative neutre sur le plan technologique et fondée sur le risque. Autrement dit, nous avons besoin d’un contexte réglementaire rationnel qui n’entravera pas l’innovation. Pour en savoir plus, consultez notre rapport sur le site leadershipavise.rbc.com ou visitez nos réseaux sociaux. Retrouvez-nous sur LinkedIn ou X. Cette nouvelle ère de l’IA comporte de nombreux risques, mais aussi des occasions. Écoutons donc le témoignage de quelqu’un qui prend ce défi à bras-le-corps. Cari Covent est responsable de l’IA chez Canadian Tire. Elle semble être partout et s’attaquer à tout, tout à la fois. Canadian Tire est un détaillant emblématique qui exerce ses activités depuis plus de 100 ans, comptant environ 1 700 emplacements partout au pays. La marque est si omniprésente que la plupart des gens vivent à moins de 15 minutes de route d’une succursale. Bien sûr, Canadian Tire ne se limite pas aux pneus. En fait, il est question de technologie numérique depuis des années, et Canadian Tire s’est lancée dans l’aventure de l’IA depuis de nombreuses années. Alors, voyons ce qu’il en est. Cari, bienvenue au balado Les innovateurs.

Speaker 3 [00:07:52] Merci de m’avoir invitée. Je suis très heureuse d’être ici.

Speaker 4 [00:07:55] Lorsqu’on pense à l’IA générative, je soupçonne que Canadian Tire n’est pas la première entreprise qui vient à l’esprit. Aidez-nous à comprendre le parcours de Canadian Tire en matière d’IA.

Speaker 3 [00:08:05] Notre parcours dans le domaine de l’IA a commencé il y a de nombreuses années, d’abord avec l’automatisation, ensuite avec l’optimisation, la recherche opérationnelle et l’apprentissage machine, puis, plus récemment, avec l’IA générative. Notre vision est vraiment d’utiliser l’IA comme outil pour transformer notre façon de travailler. Nous sommes conscients que nous sommes à un moment charnière où la technologie révolutionne toutes les facettes de notre mode de vie et de notre travail. Chez Canadian Tire, nous adoptons ce changement sans réserve.

Speaker 4 [00:08:41] Parlez-nous de certaines des applications que vous êtes en train de développer. Commençons par CeeTee, votre assistant de magasinage. Pour ceux d’entre nous qui ne l’ont jamais utilisé, expliquez-nous son fonctionnement.

Speaker 3 [00:08:49] CeeTee est notre assistant de magasinage virtuel soutenu par l’IA générative qui est intégré à l’application mobile Canadian Tire pour les utilisateurs d’iOS. Nous sommes conscients que l’achat de pneus n’est pas toujours facile. Bien des gens ne comprennent pas vraiment les détails des pneus. C’est une décision d’achat technique. Il s’agit également d’un achat dispendieux. Jusqu’à présent, nous constatons qu’il s’agit de comprendre l’intention de nos clients. Il s’agit de les guider tout au long de leur processus d’achat, dans leur navigation et leurs questions, puis de leur fournir une recommandation et leur donner l’occasion d’acheter les pneus. Il s’agit également de les orienter dans une certaine direction. Lorsqu’ils font une pause, peut-être parce qu’ils réfléchissent à quelque chose, l’outil a la capacité de prédire leurs prochains mots ou leur intention, puis de générer du contenu et des recommandations qui les aideront à prendre une décision.

Speaker 4 [00:10:00] J’aimerais vous demander comment les consommateurs s’adaptent à cet outil. Il est probablement encore tôt pour en juger, mais comment le comportement des consommateurs et votre interaction avec eux évoluent-ils à mesure que l’IA intervient davantage dans le parcours du client?

Speaker 3 [00:10:14] Les débuts de CeeTee en particulier montrent que les consommateurs aiment vraiment l’outil. Ils aiment cette interaction. Nous sommes en mesure d’effectuer des analyses sur les tendances conversationnelles ainsi que sur les types de questions que les clients posent. Ces renseignements sont précieux pour nous, mais aussi pour nos consommateurs. Il y a un autre aspect qui nous enthousiasme vraiment : comme nous sommes en mesure de numériser et de saisir ces données d’une manière inédite, nous sommes maintenant en mesure de les utiliser pour éclairer d’autres décisions sur la personnalisation, par exemple, ou des recommandations. Ces données finiront également par nous aider à orienter notre marchandisage, les produits que nous achetons et la façon dont nous commercialisons ces produits. Nous sommes donc très enthousiastes à cet égard.

Speaker 4 [00:11:13] Qu’en est-il des employés? Quelle a été l’incidence de l’IA générative sur leur expérience et même sur leur travail au quotidien?

Speaker 3 [00:11:22] Cette évolution a été intéressante. Au début de 2023, nous avons reconnu que ChatGPT, un robot conversationnel très convivial, changerait la façon dont les gens travaillent et qu’il serait forcément utilisé. Dès le départ, nous avons donc créé notre propre version de ce clavardage avec ChatCTC. Au cours des six à huit derniers mois, nous avons offert des tonnes d’occasions à des milliers de nos employés. Ils utilisent l’outil quotidiennement. Ils l’utilisent pour générer du contenu, par exemple, pour des campagnes de marketing. Ils l’utilisent pour la génération de code, notamment pour écrire des fonctions dans Python ou Excel. Ils l’utilisent pour téléverser du contenu et parler, ainsi que pour résumer et réduire des textes afin de créer des descriptions concises et informatives du contenu téléversé. Par exemple, nous pourrions soumettre une série de rapports financiers, puis générer une analyse des rendements financiers et des indicateurs de rendement clés. L’outil peut aussi fournir des renseignements et des stratégies pour améliorer le rendement financier. Je dirais que ce que nous faisons le plus efficacement, c’est l’élargissement de la formation sur l’IA dans le but d’aider les gens à comprendre ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, et leur montrer que sa raison d’être est d’aider les humains. Les humains sont le point central, et nous pensons à nos employés et à nos clients en particulier. Nous utilisons également la formation en IA pour enseigner aux gens la rédactique, car nous reconnaissons que certaines de ces tâches ne nécessitent plus de diplôme. Nous entrevoyons que la valeur de l’IA, en particulier l’IA générative, pourra être mise à profit dans nos activités et vraiment donner les moyens à nos employés de commencer à changer leur façon de travailler.

Speaker 4 [00:13:19] Cari, vous nous avez parlé de la façon dont l’IA aide les consommateurs et les employés. Or, cette technologie a également un rôle à jouer dans les magasins. Pouvez-vous nous donner une idée du rôle que joue l’IA dans la gestion des magasins?

Speaker 3 [00:13:34] Oui, John, je peux vous donner un exemple précis dont nous sommes plutôt fiers. Il y a environ un an et demi, nous avons conçu et lancé un produit appelé Tetris qui utilise la recherche opérationnelle pour résoudre un problème qui a toujours été très important dans la vente au détail (pas seulement chez Canadian Tire), à savoir quels produits placer sur quelle tablette et à quel moment. L’objectif était de faire une sorte de planogramme traditionnel à l’échelle nationale, et de considérer ce planogramme comme le jeu Tetris, où tous les produits doivent être parfaitement coordonnés dans un espace très restreint. Nous voulions une solution adaptée à chaque magasin en fonction de la taille des tablettes et du nombre de semaines de stocks de chacun, et en tenant compte des ententes avec les fournisseurs sur le placement de ces produits ainsi que la demande des clients locaux. Nous avons commencé le déploiement en 2023 et nous continuons de travailler avec notre communauté de marchands pour obtenir leurs commentaires sur la façon d’améliorer l’outil. Les choses continuent d’évoluer, mais nous avons déployé Tetris dans environ la moitié du réseau. Nous constatons des économies de temps dans l’aménagement des tablettes et la création des planogrammes, ainsi qu’une augmentation des ventes. Nous voyons donc d’excellents signaux indiquant que l’outil fonctionne réellement.

Speaker 4 [00:15:00] Vous effectuez également un travail très intéressant avec des robots et de la robotique dans les magasins. Vous avez établi un partenariat avec Sanctuary AI, dont nous avons parlé dans des épisodes précédents de notre balado Les innovateurs. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce que vous faites avec les robots et sur l’avenir de cette initiative?

Speaker 3 [00:15:16] Bien sûr. Je pense que le premier point à ce sujet est que la pénurie de main-d’œuvre est un problème pour nous. Nous n’arrivons pas à recruter des gens assez rapidement pour travailler dans nos magasins et nos centres de distribution. À la fin de 2019, nous avons découvert Sanctuary et nous avons compris dans quelle mesure un robot à usage multiple pouvait aider la main-d’œuvre de nos magasins et de nos centres de distribution. Nous avons estimé qu’une collaboration avec Sanctuary dans la recherche et le développement, en fournissant à l’entreprise des cas d’utilisation portant sur certaines tâches manuelles en magasin ainsi que sur des tâches dans les centres de distribution, constituerait une formidable occasion pour nous. Nous avons convenu de faire des tests dans nos magasins et nous procéderons par la suite à des mises à l’essai dans nos centres de distribution. Nous sommes donc devenus un véritable laboratoire pour ce type de travail. Non seulement Sanctuary a reproduit notre magasin dans son propre laboratoire, mais nous lui avons aussi fourni ce laboratoire sur le terrain. C’était incroyable de voir nos employés s’enthousiasmer de travailler aux côtés d’un robot et interagir avec lui, et aussi comprendre la valeur qu’un robot peut apporter en leur permettant de se concentrer sur leurs clients. Cette expérimentation nous a également permis de procéder à des tests qualitatifs très intéressants auprès d’un petit groupe de clients, afin d’obtenir des commentaires sur leur interaction avec le robot, leurs impressions et la façon dont ces robots peuvent réellement éclairer leurs décisions de continuer à magasiner chez nous.

Speaker 4 [00:16:57] Que font ces robots dans les magasins?

Speaker 3 [00:16:59] Dans les magasins, ils ont été entraînés pour effectuer des tâches comme sélectionner des produits, puis les emballer pour traiter des commandes électroniques. Voilà un exemple. Lorsque le magasin ferme, les robots peuvent se déplacer dans les allées. Ils peuvent placer des produits sur les tablettes. Ils peuvent accrocher des vêtements. Ils peuvent prendre les produits qui ont été retournés et balayer leur code avec un lecteur pour que nous sachions qu’ils sont de nouveau dans le système. Ils peuvent nettoyer les toilettes. Ces robots sont donc à usage multiple, et leur valeur ne réside pas seulement dans la sélection et l’emballage de produits. Ils peuvent passer d’une tâche à l’autre, ce qui libère les employés pour leur permettre d’accomplir un travail beaucoup plus utile et de créer des expériences significatives pour nos clients. De plus, pendant la nuit, les robots peuvent continuer à effectuer des tâches que les gens ne feraient pas.

Speaker 4 [00:17:56] C’est très bien pour des tâches telles que le nettoyage des toilettes. Il s’agit probablement d’un travail qui rebute la plupart des employés. Mais ces derniers se demandent-ils si les robots continueront d’évoluer pour ultimement assumer des fonctions plus importantes? En quoi cela change-t-il l’avenir du travail?

Speaker 3 [00:18:11] Je pense que tout le monde se pose cette question. À titre d’exemple, certains de nos employés nous ont dit qu’ils préféreraient ne pas avoir à effectuer certaines tâches, et que si un robot pouvait les faire, ils auraient une expérience beaucoup plus satisfaisante au travail. Pour ce qui est de la capacité des robots à remplacer les humains, personnellement, je n’entrevois pas le jour où les robots prendront en charge les relations avec nos clients auxquelles nous accordons tant d’importance. Il y aura donc toujours une place pour les humains. Ce que nous constatons dès les premiers temps, c’est que de nouveaux postes seront créés dans la foulée. Par exemple, dans nos centres de distribution, il faudra des gens pour gérer les robots. Cet emploi n’existe tout simplement pas aujourd’hui. Cette pensée critique et ce jugement continuent donc d’être au cœur de nos préoccupations à l’égard de la main-d’œuvre.

Speaker 4 [00:19:18] Que ce soit pour les consommateurs, les employés ou la façon dont vous gérez vos magasins, tout cela repose sur la confiance. J’imagine que Canadian Tire est l’une des sociétés les plus dignes de confiance au Canada. Elle l’est probablement, après plus de 100 ans. Comment vous assurez-vous que la confiance que vous avez gagnée au cours du dernier siècle est maintenue, et même renforcée pendant ces transformations, où dans différentes situations, la confiance peut être remise en question?

Speaker 3 [00:19:44] Comme notre marque est notre atout le plus important, nous prenons la confiance très au sérieux. Nous prenons la protection des données et des renseignements personnels de nos clients très au sérieux. Dans un contexte où l’IA continue d’évoluer, nous avons bâti et intégré un cadre solide et responsable en matière d’IA. L’autre aspect sur lequel nous nous concentrons est cette notion de connaissances en matière d’IA, à l’instar de la cybersécurité. Nous savons que bon nombre des risques découlent d’un manque de sensibilisation des employés. Dans le cadre de la formation que nous offrons sur l’IA, non seulement nous démystifions cette technologie, mais nous enseignons aussi ce qu’est l’IA responsable, et nous nous assurons que les employés reconnaissent que chacun est responsable et imputable. Comme il n’y a toujours pas de réglementation de l’IA au Canada, nous utilisons les lignes directrices qui sont proposées dans le cadre de la Loi sur l’intelligence artificielle et les données –le code de conduite – et nous nous y reportons pour nous assurer que lorsque ces lignes directrices deviendront des politiques et des règlements, nous aurons une longueur d’avance. Enfin, nous travaillons en étroite collaboration avec nos équipes d’audit ainsi que nos bureaux de la protection des renseignements personnels et de la gestion des risques. Ils sont présents à chaque étape du processus. Nous ne faisons rien sans eux.

Speaker 4 [00:21:10] Ce sont d’excellents messages pour essentiellement n’importe quelle organisation, mais investir dans vos employés et assurer leur engagement doit être un élément essentiel de tout déploiement. Cari, comment y parvenir dans une organisation aussi grande et complexe que la vôtre?

Speaker 3 [00:21:24] Ce que je constate, c’est que la communication est constante et essentielle pour susciter un engagement. Qu’il s’agisse de rassembler des centaines ou des milliers de personnes pour des dîners-causeries, d’organiser des conférences où des employés parlent d’intelligence artificielle et des occasions qui se présentent, ou encore d’offrir des formations aux membres du conseil d’administration et de la haute direction, la clé est vraiment d’humaniser l’IA, de la faire connaître et de transmettre notre enthousiasme à son égard. La seule façon d’y arriver est de s’assurer que les gens comprennent cette technologie et restent le point central.

Speaker 4 [00:22:21] Cari, la conversation a été très intéressante et fascinante à bien des égards. Il est formidable de voir l’une des sociétés les plus emblématiques du Canada, Canadian Tire, poursuivre la transformation de l’expérience de vente au détail. J’aimerais vous poser une dernière question : comment entrevoyez-vous l’évolution de l’IA au cours des prochaines années et, en particulier, la façon dont elle continuera à transformer votre entreprise?

Speaker 3 [00:22:44] Il y a plusieurs aspects à aborder. Nous continuerons de recueillir et d’utiliser nos données et nous travaillerons en partenariat avec d’autres fournisseurs de données. Ensuite, nous utiliserons ces données pour accroître nos capacités en matière d’IA afin de créer une expérience client pertinente et significative. Cela dit, cette expérience est appelée à changer. Même si les machines finissent par effectuer une partie du travail en arrière-plan, l’expérience deviendra encore plus personnelle et pertinente que jamais. Nous entrevoyons que grâce à l’IA, le monde numérique et le monde physique ne feront plus qu’un, ce qui permettra aux gens d’entrer en relation avec Canadian Tire d’une manière qui leur convient. C’est ce qui deviendra la base de la personnalisation et de la façon dont les gens veulent magasiner. Je crois que l’IA s’intégrera à tout ce que nous faisons. Nous sommes très enthousiastes d’être engagés sur l’autoroute de l’IA et de l’utiliser pour accélérer l’évolution de nos activités.

Speaker 4 [00:23:56] Quel beau message pour conclure, à savoir que l’IA sera essentielle pour toutes les organisations en ce qui concerne l’amélioration de la façon d’élaborer les stratégies et de bâtir les entreprises. Cari, merci d’avoir participé au balado Les innovateurs. Cette année, l’intelligence artificielle a vraiment pris son envol et les technologies ont connu un essor. Vous en apprendrez davantage à ce sujet au cours de l’été, car nous présenterons certains de nos épisodes préférés de la dernière saison. Soyez des nôtres à l’automne pour une nouvelle saison au cours de laquelle l’IA sera de nouveau un thème central du balado Les innovateurs. Avant de conclure pour la saison estivale, je tiens à vous remercier, chers auditeurs, de nous avoir suivis dans cette aventure. Cette année, nous avons atteint plus de 1,5 million de téléchargements, enregistrant des milliers de nouveaux auditeurs chaque mois, et avons remporté le titre du meilleur balado technologique de l’année. Que ce soit le matin, avec votre première tasse de café, pendant vos déplacements, en voiture ou même en avion à bord d’un vol d’Air Canada, merci d’avoir écouté Les innovateurs cette saison. Si vous aimez ce que vous entendez, nous vous invitons à évaluer notre émission, à vous y abonner et à la partager. Nous serons de retour à l’automne pour discuter avec d’autres innovateurs qui ouvrent la voie et nous aident à nous préparer à un monde nouveau. D’ici là, passez un bel été. Je m’appelle John Stackhouse et vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC.

Speaker 3 [00:25:16] Le balado Les innovateurs de RBC est créé par le groupe Leadership avisé RBC. Il ne constitue pas une recommandation visant une organisation, un produit ou un service. Pour plus de contenu, visitez le site leadershipavise.rbc.com/innovateurs-rbc/?_gl. Si vous aimez notre émission, laissez-nous une note de cinq étoiles!

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En tant que principal puits de carbone de la planète, l’océan joue un rôle déterminant dans le climat. Toutefois, la pollution atmosphérique accumulée au fil des siècles est trop importante pour que la nature puisse à elle seule rétablir l’équilibre.

L’IA et d’autres technologies émergentes sont essentielles pour réduire les émissions et nous aider à mieux comprendre l’incidence de l’océan sur le climat.

Le Canada étant entouré par des océans au nord, à l’ouest et à l’est, il n’est pas surprenant que nous soyons un chef de file en matière de défense et de préservation des océans.

C’est le Canada qui, en 1992, a proposé l’idée de la Journée mondiale de l’océan au Sommet planète Terre des Nations Unies, à Rio de Janeiro. En plus de relier les peuples du monde entier, les océans jouent un rôle clé dans la lutte contre les changements climatiques. Bien que les océans couvrent deux tiers de la surface terrestre, de nombreux écosystèmes demeurent inconnus, en particulier ceux des abysses.

Le pays est aussi au premier plan de la recherche et de l’innovation océaniques. Récemment, les provinces de l’Atlantique ont été désignées comme l’un des dix meilleurs écosystèmes de technologie océanique au monde, comptant le plus grand nombre de scientifiques des océans.

Les entreprises canadiennes fabriquent des capteurs de calibre mondial, des plateformes autonomes et des technologies d’élimination du dioxyde de carbone marin des plus impressionnantes servant à mesurer les émissions océaniques et à atténuer les risques climatiques.

Les technologies novatrices peuvent-elles refouler la marée de la crise climatique?

Dans cet épisode, John Stackhouse se rend en Nouvelle-Écosse pour assister à la journée Cove Demo Day, la plus grande vitrine de la technologie maritime au Canada. Il reçoit Anya Waite, cheffe de la direction et directrice scientifique, et Eric Siegel, chef de l’innovation, de l’Ocean Frontier Institute chapeauté par l’Université Dalhousie, pour discuter des possibilités pour notre pays et la planète.

Les océans offrent des possibilités énormes dans la lutte contre les changements climatiques; ce pourrait être le plus grand moteur de l’innovation de la nature.

Speaker 1 [00:00:01] Je m’appelle Candace Smith et je représente Rockland Scientific. Nous sommes une société de Victoria qui fabrique des instruments pour mesurer le mélange turbulent dans l’océan. Ceci est un tube cylindrique. Il mesure environ un mètre de long. À une extrémité, nous avons quelque chose pour le stabiliser lorsqu’il tombe dans l’eau. À l’autre extrémité, nous avons plusieurs capteurs.

Speaker 2 [00:00:19] Je m’appelle Adam Comeau. Je gère les opérations du planeur à l’Université Dalhousie. Voici un planeur Slocum. Il s’agit d’un sous-marin robotisé sous-marin alimenté par batterie qui peut rester dans l’océan pendant des mois à la fois, recueillant des données pour les chercheurs.

Speaker 1 [00:00:34] Je m’appelle Julie Angus et je suis chef de la direction d’Open Ocean Robotics. Voici notre véhicule de surface explorateur de données sans équipage. C’est à peu près aussi grand qu’un kayak. Il est recouvert de panneaux solaires et il est muni d’un arceau à l’arrière qui lui permet de se redresser. N’est-ce pas? Cela signifie qu’il peut être utilisé lors de grandes tempêtes pour recueillir des données.

Speaker 3 [00:00:52] Je m’appelle Nicolai von Oppeln-Bronikowski et je suis actuellement spécialiste du soutien sur le terrain à Rockland Scientific. C’est ce qu’on appelle un planeur sur vagues. Il s’agit d’une plateforme de surface qui peut recueillir des données pendant des mois dans l’océan et qui peut transporter divers capteurs. Les données sont transmises par satellite vers le rivage. Ensuite, les scientifiques et les utilisateurs peuvent examiner les données et obtenir de l’information en temps réel.

Speaker 2 [00:01:17] Vous venez d’entendre des extraits sonores captés lors du Cove Demo Day à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse. Il s’agit de la plus importante vitrine de technologies maritimes au Canada où se réunissent plus de 50 sociétés pour présenter leurs plus récentes innovations et technologies. Par ailleurs, c’était aussi la Journée mondiale des océans, un événement qui a été créé il y a un certain temps. Cette journée a d’abord été proposée par le gouvernement du Canada aux Nations Unies lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Non seulement les océans relient les gens partout dans le monde, mais aussi les gens partout au Canada, plus particulièrement sur l’ensemble de nos côtes. Les océans jouent un rôle clé dans la lutte contre les changements climatiques, et la participation de tous sera nécessaire pour réaliser leur plein potentiel. Nous allons parler de certaines technologies dans cet épisode, et de certaines des ambitions à mettre de l’avant au Canada. Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Aujourd’hui, je suis en direct du Ocean Frontier Institute qui est dirigé par l’Université Dalhousie à Halifax, et je suis accompagné d’Anya Waite, chef de la direction et directrice scientifique de l’Ocean Frontier Institute, ou « OFI », comme nous l’appellerons. Mme Waite est une chercheuse de renom qui siège actuellement au conseil d’administration de la Supergrappe des océans du Canada, et elle a été la première femme à coprésider le comité directeur du Système mondial d’observation de l’océan (GOOS). Nous sommes également accompagnés d’Eric Siegel, chef de l’innovation à l’OFI. Il est membre du groupe de travail des Nations Unies sur les technologies et l’innovation dans le cadre de la Décennie de l’océan. Il siège également au conseil d’administration de Sustainable Oceans Applied Research et est cadre en résidence au Creative Destruction Lab — Oceans Stream. Anya et Eric, bienvenue au balado Les innovateurs.

Speaker 3 [00:03:03] Merci, John.

Speaker 4 [00:03:04] Merci.

Speaker 2 [00:03:05] Laissez-moi d’abord décrire votre parcours en océanographie et expliquer ce qui a motivé votre grand engagement à l’égard des océans. Je vais commencer par vous Anya, car j’ai appris que vous avez une formation en musique. Comment passe-t-on de la musique aux océans?

Speaker 4 [00:03:16] Je pense que c’est le rythme. Je pense que c’est le bleu. Il y a beaucoup de liens entre les mouvements de la musique et son fonctionnement dans le cerveau, et les rythmes et structures des mouvements et des schémas océaniques. D’une certaine façon, les deux systèmes ne sont pas si différents.

Speaker 2 [00:03:31] Avez-vous un morceau de musique préféré qui vous fait penser à l’océan?

Speaker 4 [00:03:35] J’adore Bach. Mes enfants rient de moi parce que, bien sûr, ce n’est pas du tout ce qu’ils écoutent. Mais les rythmes et les structures de Bach, pour moi, sont comme les rythmes et les structures des marées et des vagues.

Speaker 2 [00:03:46] C’est très bien dit. Eric, qu’est-ce qui vous a attiré vers l’océan?

Speaker 3 [00:03:49] Les océans m’ont toujours tenu à cœur. Jeune adulte, j’ai traversé l’océan Pacifique à bord d’un petit bateau de Seattle à la Nouvelle-Zélande, puis, avec ma famille et mes trois jeunes enfants, j’ai traversé l’océan Atlantique à partir de l’Écosse jusqu’en Amérique du Nord. J’ai toujours été très proche des océans. Et j’ai toujours aimé les liens qu’entretiennent les sciences océaniques, la technologie et l’innovation et la façon dont nous pouvons combiner ces approches pour récolter des données intéressantes et, espérons-le, résoudre certains problèmes importants.

Speaker 2 [00:04:13] Pour ce qui est des océans et de la technologie, nous allons approfondir la question, mais la plupart des gens ne pensent probablement pas aux océans en ayant d’emblée l’aspect technologique à l’esprit. Comment avez-vous établi un lien entre ces deux éléments? Les océans et la technologie?

Speaker 3 [00:04:26] En tant qu’océanographes, nous savons que nous devons étudier l’océan pour le comprendre. Et la meilleure façon de l’étudier, à part de l’examiner, est de le mesurer. Mesurer l’océan est une tâche très difficile qui nécessite beaucoup de technologies et d’innovation. C’est ce qui a été fait au fil des générations. Mais les choses évoluent très rapidement maintenant.

Speaker 2 [00:04:43] Bien sûr, nous pourrions parler de toutes sortes de sujets en ce qui concerne les sept mers, mais notre discussion se concentrera sur le climat et le vaste potentiel des océans pour lutter contre la crise climatique. Anya, expliquez-nous globalement comment nous devrions envisager les océans par rapport au climat.

Speaker 4 [00:05:01] Je pense qu’il est important de comprendre qu’en fait, les océans contrôlent notre climat. C’est quelque chose qui a échappé non seulement aux décideurs et aux gouvernements, mais aussi, dans certains cas, aux scientifiques. De fait, les océans absorbent la majeure partie de la chaleur que nous produisons, c’est-à-dire 90 %, et la majorité du carbone sur terre y est stockée. Cela signifie que l’océan est probablement le puits de carbone le plus naturel au monde. C’est donc de ce côté que nous devons chercher des solutions pour contrôler l’ensemble du système climatique. À titre d’exemple, le réchauffement des océans modifie la configuration des pluies sur les terres, ce qui a une incidence sur les feux de forêt. Cela a une incidence sur notre gestion des ouragans. Ceux-ci, par exemple, deviennent plus intenses. Ils pénètrent plus profondément à l’intérieur des continents en raison de l’humidité qui y est plus élevée. Les océans ont donc beaucoup d’influence sur les situations météorologiques au-dessus des sols. Et si nous ne détenons pas suffisamment d’information sur l’océan, nous ne pouvons pas prédire des éléments essentiels comme les précipitations. C’est un enjeu important. Nous réfléchissons souvent au climat en considérant que les océans sont des victimes, par exemple en nous concentrant sur le fait qu’ils deviennent acides, sur la disparition d’espèces, etc., mais c’est en réalité la puissance des océans qui nous épargne des changements climatiques.

Speaker 2 [00:06:14] On peut se demander comment le carbone passe, par exemple, par le tuyau d’échappement de ma voiture pour se retrouver dans l’atmosphère, puis dans l’océan. Comment cela se produit-il?

Speaker 4 [00:06:24] C’est une question fort intéressante. Si nous suivons cette molécule à partir du tuyau d’échappement de votre voiture et qu’elle remonte dans l’atmosphère, ce qui se passe, c’est que l’océan a en fait une concentration de carbone légèrement inférieure à celle de l’atmosphère. Ainsi, lorsque le carbone s’accumule dans l’atmosphère, il commence littéralement à se faire aspirer par l’océan. Les eaux de surface d’un océan présentent donc une concentration plus élevée de dioxyde de carbone que le reste de l’océan. De plus, les eaux de surface de l’océan riches en carbone se déplacent vers les pôles, puis elles refroidissent et coulent, de sorte que ce carbone se retrouve très creux, dans le ventre de l’océan en quelque sorte. Ainsi, il s’avère que le carbone que vous avez émis finit par être stocké à une profondeur de 2000 m, quelque part le long de la dorsale médio-atlantique.

Speaker 2 [00:07:03] Certaines personnes pourraient entendre cela et se dire : excellent, voici la solution aux changements climatiques. Laissons la puissance des océans travailler pour nous. Mais les océans ne peuvent pas y arriver seuls. Pourquoi?

Speaker 4 [00:07:14] Exactement. En fait, ce sont les océans qui ont majoritairement contrôlé le climat à ce jour, et cela signifie que nous nous sommes fiés à eux sans savoir que nous le faisions. Ce type de situation est toujours très risqué; c’est l’équivalent de s’appuyer sur une chaise sans le savoir jusqu’à ce que quelqu’un l’enlève. Il est donc primordial que nous comprenions exactement comment cela fonctionne. Parce que si nous ne comprenons pas l’océan et qu’il change, nous ne serons pas prêts à faire face aux répercussions de ces changements sur le climat mondial et, en tant que nations, en tant que citoyens, en tant que personnes qui collaborent avec l’industrie et le gouvernement, nous devons comprendre comment créer des politiques qui permettent à la société de réagir aux changements climatiques. Si nous ne savons pas à quoi cette trajectoire ressemblera, nous ne pourrons pas réagir efficacement. Le fait de ne pas comprendre l’océan va de pair avec une grande incertitude entourant notre avenir climatique, et cela n’est plus soutenable. Nous devons être en mesure de prédire ce qui se produira, afin de pouvoir réagir intelligemment et d’informer le public des mesures à prendre.

Speaker 2 [00:08:13] Donc, en comprenant mieux les océans, nous comprendrons comment ces événements imprévus arrivent, comme les feux de forêt mentionnés précédemment, et ceux-ci ne devraient pas nous surprendre au moment de nous frapper puisque nous verrons les situations météorologiques changer à mesure qu’elles émergeront des océans.

Speaker 4 [00:08:26] C’est tout à fait exact. Nous devons bien comprendre les modèles climatiques. Et pour ce faire, nous devons bien comprendre les océans. Cela exige une observation et une compréhension beaucoup plus poussées que ce qui a été fait jusqu’à présent.

Speaker 2 [00:08:35] Nous sommes une planète d’océans, ce que beaucoup oublient parce que la plupart d’entre nous sommes des marins d’eau douce. Mais Eric, pour comprendre ce qui se passe au-delà des océans, nous aurons besoin de beaucoup plus de ces technologies, notamment des appareils sensoriels dont nous avons entendu parler dans l’introduction enregistrée lors du Cove Demo Day. Parlez-nous un peu du rôle de la technologie dans l’amélioration de la compréhension des océans.

Speaker 3 [00:08:58] Il est très difficile de mesurer les océans. À la surface, il y a des vents, des vagues et des navires qui peuvent frapper des choses. Tandis que le fond de l’océan est très profond et la pression extrême qu’on y retrouve peut écraser les choses. Ensuite, lorsqu’on entreprend de mesurer des éléments comme le climat, les changements climatiques et la façon dont les océans absorbent le carbone et d’autres gaz dissous, cela devient encore plus difficile. Par exemple, si vous prévoyez sortir l’hiver, vous allez consulter votre thermomètre et vous demander : fait-il quatre degrés? Dix degrés? Zéro degré? Ces différentes températures auront une incidence importante sur la façon dont vous vous habillez, sur ce que vous portez, sur le degré de chauffage dans votre voiture. Mais les changements dans l’océan sont minimes. Ce ne sont que d’infimes fractions de degrés. Donc si vous vous trompez, si la mesure est incorrecte, vous n’aurez pas l’heure juste sur l’évolution du climat. Il est donc très difficile de prendre des mesures cohérentes et exactes qui seront stables pendant des décennies.

Speaker 2 [00:09:47] L’océan est si vaste que sa grandeur dépasse assurément mon imagination. Comment mesurons-nous quelque chose d’aussi vaste?

Speaker 3 [00:09:54] Effectivement. À l’origine, les gens allaient sur les bateaux, mettaient des seaux dans l’eau et échantillonnaient de cette façon. Au cours des dernières décennies, des bouées océaniques très perfectionnées ont été utilisées. Ce sont des objets flottants sur l’océan qui sont ancrés au plancher océanique et qu’on retrouve non seulement le long de la côte, mais aussi au milieu des océans, un peu partout dans l’océan Atlantique, dans l’océan Pacifique et à d’autres endroits. Elles mesurent le vent, la température de l’eau ainsi que la salinité de l’eau et d’autres éléments que l’on retrouve dans la colonne océanique, de la surface au fond. Mais elles coûtent cher. Leur fabrication, leur entretien et leur déploiement coûtent cher, et elles ne prennent des mesures qu’à un seul endroit. Plus récemment, nous vu l’essor d’innovations du côté des plateformes de surface autonomes. Il s’agit notamment de bateaux qui se déplacent à la surface sans équipage, de navires qui se déplacent sous l’eau comme des sous-marins, et de choses qui peuvent déposer sur le plancher océanique sans la présence de personnes. Ces divers moyens nous permettent de réduire les coûts associés à la prise de mesures de bonne qualité et d’accroître la quantité de mesures prises partout dans les océans.

Speaker 2 [00:10:52] Bien sûr, tout cela génère beaucoup de données. Qu’allons-nous faire de toutes ces données que nous fournissent les océans Anya?

Speaker 4 [00:11:00] C’est une très bonne question. Je pense que les océanographes se posent des questions à ce sujet depuis un certain temps. Auparavant, comme l’a dit Eric, on échantillonnait avec un seau et on mesurait la température. On la notait ensuite dans un carnet de notes. Et on se retrouvait avec un carnet rempli de nombres. C’est ce qu’on appelle un ensemble de données. Maintenant, avec tous les capteurs que Eric a décrits, ce qui se passe, c’est que les données nous parviennent très rapidement. C’est ce qu’on appelle les « flux de données ». Ces instruments envoient un flux constant de données qui doivent ensuite être consignées quelque part, comme sur un ordinateur portable; elles doivent être enregistrées quelque part dans un vaste système de stockage. Ensuite, à mesure que ces flux s’accélèrent et que les systèmes de détection et les points d’observation se multiplient, la tâche consiste davantage à mettre en correspondance les flux de données, plutôt que de se limiter au petit ensemble de données consignées dans un carnet de notes. Cela exige de recourir à de nouvelles approches statistiques et à de nouveaux types de mathématiques. On doit analyser des milliards de nombres plutôt que…six. C’est un problème d’un tout autre ordre. Les mathématiques sont désormais de la partie et il existe plusieurs nouvelles approches statistiques très intéressantes; elles se fondent notamment sur l’utilisation de modèles informatiques et sur de nouvelles formules incroyables intégrant de nouveaux types de statistiques qui peuvent aider à gérer tout cela et à y trouver une logique. Et pour ce faire, il faut faire appel à des personnes très intelligentes qui peuvent réfléchir aux meilleures façons d’en tirer des connaissances. Je pense donc que notre façon de créer du savoir a vraiment changé en passant de notre petit ensemble de données aux flux de données, puis aux torrents de données d’un débit comparable à celui des chutes Niagara. L’IA et d’autres technologies sont d’une importance cruciale pour nous aider à comprendre tout cela. C’est une toute nouvelle aventure pour les scientifiques. Il s’agit de nouveaux apprentissages pour nous tous, mais aussi d’une période emballante.

Speaker 2 [00:12:40] J’aime cette image du fleuve qui chemine des données vers la connaissance. Bien sûr, à partir de là, il faut passer à l’action. Une solution vraiment intéressante soulevée dans le cadre de notre discussion est l’élimination du dioxyde de carbone marin. Donnez-nous une idée, Anya, du potentiel de la décarbonisation, puis nous discuterons brièvement de la façon dont cela peut être réalisé.

Speaker 4 [00:13:02] Les organisations scientifiques internationales qui nous fournissent l’information dont nous avons besoin sur les changements climatiques ont déterminé que nous ne pouvons pas simplement cesser d’émettre du dioxyde de carbone. Nous en avons émis tellement dans l’atmosphère que nous devons maintenant en retirer de celle-ci. Cela prend des technologies et des efforts concertés. Il est également vrai que personne n’a encore vraiment réussi à le faire à grande échelle. Les océans absorbent le carbone de plusieurs façons. Ils absorbent le carbone lorsque l’eau froide coule dans les grands fonds. Ils absorbent le carbone en le dissolvant à la surface, et ils absorbent également le carbone par les organismes qui y croissent. Les corps de carbone de ceux-ci se forment par photosynthèse, etc. Ensuite, il est possible d’intervenir dans ces processus pour les rendre plus efficaces. Il est possible d’augmenter la photosynthèse dans l’océan. Il est possible d’augmenter l’absorption du dioxyde de carbone, et il est possible d’augmenter la capacité d’enfoncement des eaux. Ce ne sont pas des solutions faciles à mettre en œuvre. Elles sont coûteuses. Et n’oublions pas qu’elles ont aussi un coût en carbone; de l’énergie doit être dépensée pour leur mise en œuvre. Il faut donc trouver des façons d’y arriver tout en ayant un effet positif net. Ainsi, 80 % de l’ensemble du carbone lié au climat se trouve dans les océans. C’est là qu’il faut s’atteler à la tâche. Les océans offrent les plus grandes possibilités, mais ils demandent aussi de relever des défis technologiques parmi les plus ardus.

Speaker 3 [00:14:19] J’ajouterais également que les océans le font déjà naturellement. Ils séquestrent déjà le carbone excédentaire de l’atmosphère. Si le monde cessait d’émettre aujourd’hui, l’océan résoudrait les changements climatiques. Il absorberait la totalité du dioxyde de carbone net présent dans l’atmosphère. Il a la capacité de le faire. Le problème, c’est que cela prendrait des centaines de milliers d’années. Naturellement, il le ferait. Mais nous ne pouvons pas attendre des centaines de milliers d’années. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’élimination du dioxyde de carbone marin et que nous explorons les différentes avenues pour y arriver dont Anya vient de parler : nous essayons d’accélérer ces processus naturels parce que nous ne pouvons pas attendre des centaines de milliers d’années.

Speaker 2 [00:14:51] Décrivez-nous plus en détail à quoi ces processus peuvent ressembler. Lors d’épisodes précédents, nous avons parlé des zostères marines et des algues qui pourraient capter le carbone dans l’océan. C’est une mesure importante, mais sa portée est limitée par rapport à la vaste étendue des océans et à tout le carbone dans l’atmosphère que nous devons éliminer. Quels autres moyens pourraient être utilisés?

Speaker 3 [00:15:14] Effectivement. Le carbone bleu dont vous avez parlé, les zostères, le varech et les mangroves sont très importants pour le maintien d’écosystèmes sains. Les bébés poissons y naissent. Ils nous protègent contre les ondes de tempête et l’érosion côtière. Et une grande quantité de carbone est stockée dans leur système racinaire. Il est donc très important d’assurer leur préservation et de ne pas les perturber. Mais la véritable possibilité d’éliminer du carbone net de l’atmosphère au moyen de l’océan, à grande échelle et à volume élevé, se présente sous la forme de ce que nous appelons le « carbone bleu profond ». C’est une approche qui se fonde sur la chimie et la biologie de l’océan.

Speaker 4 [00:15:47] En gros, la chimie de l’océan peut être perturbée pour que plus de carbonates puissent être absorbés dans le système océanique. Par exemple, la croissance des éléments biologiques peut être soutenue, habituellement au moyen d’une remontée artificielle des eaux, par l’ajout de nutriments à la surface ou par l’ensemencement en fer. J’ai participé à l’une de ces premières expériences.

Speaker 2 [00:16:05] Qu’entendez-vous par ensemencement en fer?

Speaker 4 [00:16:07] Plus on s’éloigne de la terre, moins il y a de fer dans l’océan, car le fer provient de la terre ou de la poussière. Donc très loin, en pleine mer, l’écosystème est anémique. En 1999, nous avons fait une expérience dans le cadre de laquelle nous avons ensemencé un grand secteur de l’océan de sulfate de fer et créé une grande prolifération de végétaux planctoniques, qui a ensuite ramené son carbone dans les eaux profondes et doublé le flux de carbone qui se produisait naturellement. Il s’agit également d’une perturbation qui a été controversée, car les gens s’inquiètent de ce qui est fait aux écosystèmes. Ils peuvent redouter une anoxie ou que l’on crée des zones à faible teneur en oxygène. Ce sont des questions très importantes auxquelles il faut répondre. Mais c’est l’une des façons dont le système de carbone a été perturbé; par une augmentation de la séquestration du carbone dans les eaux profondes.

Speaker 3 [00:16:54] J’ajouterais que, par pure coïncidence, la même année que vous l’avez fait dans l’océan Austral, en 1999, je participais à un projet semblable dans le golfe du Mexique. Vous l’avez fait dans le cadre d’un nouveau postdoctorat extraordinaire en recherche scientifique. Je l’ai fait parce que j’étais encore un étudiant de deuxième cycle, parce qu’on me payait et qu’on me nourrissait pendant trois jours.

Speaker 2 [00:17:11] In the Gulf of Mexico, which is depending on the time of year, not a bad place to be, but give us a bit more insight into the kind of research you were doing there.

Speaker 3 [00:17:19] Yeah, we were doing the same kind of work, which is trying to figure out how do we fertilize the ocean to grow more plankton and sequester the carbon dioxide. Nous avons trouvé une très petite partie du golfe du Mexique qui, je crois, se trouvait à l’extérieur des eaux américaines et des eaux mexicaines, et je ne sais pas exactement comment nous avons eu l’autorisation, mais nous l’avons fait, puis nous sommes partis au milieu de la nuit avant que les journalistes arrivent.

Speaker 2 [00:17:44] Anya, donnez-nous une idée de l’ampleur du défi, mais aussi des occasions à saisir. Je vous ai entendu parler de gigatonnes, ce qui dépasse notre imagination, mais aidez à comprendre à quelle échelle nous nous situons.

Speaker 4 [00:17:57] J’ai moi-même de la difficulté à comprendre l’échelle. C’est tout simplement énorme. Une gigatonne équivaut à un milliard de tonnes, et nous devons extraire dix gigatonnes par année. Nous sommes loin d’en être là, tant pour ce qui est des technologies terrestres ou océaniques. Je me suis donc demandé comment décrire ce que nous faisons, parce que la plupart de nos travaux sont effectués dans ce qui pourrait se comparer à une tasse de thé ou à un dé à coudre par rapport au grand océan. Mais ce que cela signifie vraiment, c’est que si tout le potentiel de l’océan était exploité, nous pourrions probablement accomplir entre 10 % et 25 %, voire 30 %, du travail qui doit être fait pour extraire ce dioxyde de carbone de l’atmosphère. Cela demanderait d’utiliser des navires-citernes remplis de fer ou de procéder à des interventions massives en haute mer, et je ne suis pas certaine que nous comprenions encore les répercussions réelles de telles actions. Il y a donc beaucoup de travail à faire pour déterminer ce que nous sommes prêts à faire en tant que société. Nous pouvons nous demander ce que nous pouvons faire pour nous protéger des changements climatiques, mais aussi : qu’est-ce qui est éthique? À mon avis, nous avons simplement besoin de déployer des efforts considérables pour comprendre les répercussions. Nous avons également besoin d’une sorte de forum, d’un endroit où nous pouvons discuter des types de décisions que nous allons prendre et, en tant que communauté, des meilleures décisions à prendre pour l’humanité.

Speaker 2 [00:19:14] Et un lieu favorisant ce type de transparence et, assurément, l’acquisition de connaissances et les discussions, sont en partie ce que vous essayez de bâtir ici, à l’Ocean Frontier Institute. Décrivez-nous plus en détail ce que vous essayez de créer à l’OFI, et aussi au North Atlantic Carbon Observatory.

Speaker 4 [00:19:30] L’Ocean Frontier Institute réunit des chercheurs pour s’attaquer à de grands problèmes, et nous voulons le faire de façon ouverte et transparente. Nous voulons aussi aider les gouvernements et l’industrie à trouver les bonnes solutions. Nous voulons être utiles. Nous espérons notamment obtenir des résultats utiles pour la société en créant un observatoire du carbone de l’Atlantique Nord dont le point de départ est l’Atlantique Nord, afin de comprendre le fonctionnement actuel du cycle du carbone ainsi que son évolution, et de nous demander comment ce cycle risque de changer à l’avenir. Il s’agit d’un point critique de l’ensemble du système de circulation océanique, où se forment les eaux profondes et où l’eau riche en carbone s’enfonce à l’intérieur de l’océan. Et c’est également un bassin entouré de pays qui s’entendent bien et qui sont tous de bons observateurs des océans. Nous tentons donc de soupeser les possibilités. À titre d’exemple, certains télescopes sont utilisés à l’échelle mondiale. Il y en a des dizaines et ils sont soutenus par les pays. Ils travaillent ensemble. Ils investissent dans leurs infrastructures à un seul endroit. Ils partagent les données, puis conçoivent de magnifiques produits d’information qui sont diffusés entre les partenaires. C’est le type de modèle de gouvernance auquel nous pensons. Nous aimerions trouver une façon de réunir les ressources d’observation des océans dans l’Atlantique Nord afin de vraiment produire du savoir pour les nations, pour l’industrie et pour le public et d’avoir une compréhension de l’océan qui nous permettra vraiment d’atteindre nos cibles climatiques.

Speaker 2 [00:20:50] Quel rôle le Canada peut-il et devrait-il jouer à cet égard, non seulement en tant que nation de l’Atlantique Nord, mais aussi en tant que nation comptant trois côtes océaniques?

Speaker 4 [00:21:00] Le Canada a d’énormes occasions à saisir. Nous avons toujours été des chefs de file de la recherche océanique et il est plus que jamais nécessaire d’occuper cette position de leader. Je pense qu’il est important qu’un petit pays hautement qualifié se hisse au rang de leader mondial. Nous sommes également un pays puissant sur le plan de l’éducation et du travail que nous faisons dans l’océan. Et maintenant, avec l’émergence du nouveau secteur des technologies océaniques au Canada, nous avons vraiment la possibilité de prendre les devants. Je pense donc qu’il s’agit d’une véritable occasion pour le Canada de devenir un leader mondial.

Speaker 2 [00:21:32] J’aimerais également revenir à la technologie et à l’innovation. Dans l’introduction, j’ai parlé du lien qui lie Dalhousie et Halifax à la Supergrappe des océans. Mais, Eric, comment le travail de la Supergrappe, du Creative Destruction Lab et d’autres groupes permet-il de relever ce défi colossal?

Speaker 3 [00:21:50] En fait, le Canada a toujours joué dans la cour des grands en matière d’innovation et de technologies océaniques à l’échelle mondiale. Récemment, la région du Canada atlantique s’est classée parmi les dix principaux écosystèmes au monde en matière de technologies océaniques. Compte tenu du fait que nous ne sommes qu’un peu plus d’un million de personnes ici, se classer parmi les dix meilleurs au monde en dit long. Et nous avons évidemment un groupe de ressources ici. Nous avons plus de 450 doctorants en sciences océaniques dans la région, ce qui représente la plus forte concentration d’océanographes au monde. De plus, nous avons ce formidable écosystème océanique. Plusieurs universités de premier plan se trouvent ici. Nous avons un organisme gouvernemental nommé l’Institut océanographique de Bedford et le Center for Ocean Ventures & Entrepreneurship (COVE). Nous avons le Creative Destruction Lab, un accélérateur mondial de technologies océaniques qui se trouve à l’Université Dalhousie, et nous avons accès à des programmes comme la Supergrappe des océans ainsi qu’à d’autres programmes de soutien public. Notre constat est que des sociétés fabriquent certains des capteurs et certaines des plateformes autonomes de calibre mondial que nous utilisons pour mesurer les océans, et certaines des plus impressionnantes technologies vertes d’élimination du dioxyde de carbone marin. Et ces sociétés sont toutes établies au Canada.

Speaker 2 [00:22:58] Parlons maintenant d’une possible utilisation commerciale. Adopterons-nous bientôt une approche commerciale qui permettra aux investisseurs, aux sociétés et aux gouvernements de payer pour certaines de ces mesures compensatoires ou de le faire par l’intermédiaire d’autres échanges commerciaux de façon à créer un incitatif monétaire? Comment obtenir le capital qui pourrait être nécessaire pour soutenir ces projets d’envergure?

Speaker 3 [00:23:25] Effectivement. Comme Anya l’a mentionné, certains rapports indiquent que nous devrons éliminer environ 10 gigatonnes de carbone d’ici 2050, et plusieurs de ces gigatonnes proviendront probablement des trajectoires océaniques. Et comme la valeur future d’une tonne est estimée à environ 100 $, chaque gigatonne représente 100 milliards de dollars. S’il est possible d’éliminer deux, trois ou quatre gigatonnes des trajectoires océaniques, cela représente des occasions d’une valeur de 300, 400 ou 500 milliards de dollars. Mais cela se prendra du temps. Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. À l’heure actuelle, l’élimination de carbone se compte peut-être en millions de dollars, mais pas en milliards de dollars. Il est par ailleurs intéressant de se rappeler qu’à l’époque de la ruée vers l’or, ce ne sont pas les mineurs qui ont fait le plus d’argent. Ce sont les fournisseurs qui équipaient les mineurs; ceux qui leur ont notamment vendu les pics et les pelles. Des occasions d’affaires seront aussi à saisir de ce côté. Non seulement pour les fournisseurs liés à l’élimination du carbone, mais aussi pour ceux qui fournissent les capteurs, les modèles et qui effectuent la vérification sur les marchés. Toutes ces avenues participeront à la création d’une grande économie.

Speaker 4 [00:24:24] Une autre chose à retenir, c’est que nous ne pouvons pas créer cette économie sans un système d’observation suffisamment bon pour nous servir de référence, car tout crédit carbone associé aux océans doit correspondre à une mesure de l’absorption de carbone établie par rapport à une référence, dans un océan qui absorbe déjà du carbone. Si nous ne le faisons pas correctement, nous nous retrouverons avec un problème de crédits frauduleux. L’observation des océans devient donc un élément essentiel sans lequel l’ensemble du secteur pourrait être entravé.

Speaker 3 [00:24:52] Et c’est dans cette perspective que l’observatoire North Atlantic Carbon Observatory trouve son utilité. Il fournirait une échelle adaptée au climat intégrant de grandes zones de l’Atlantique Nord, sur de très longues périodes, ce qui faciliterait grandement les choses. Il aiderait à comprendre l’évolution des océans afin d’améliorer les prévisions climatiques pour que les pays et les industries orientent mieux leurs stratégies climatiques, mais aussi, à mesure que nous approcherons d’une élimination de l’ordre de plusieurs gigatonnes, il fournirait les observations assurant la crédibilité requise et offrant l’occasion d’éliminer de façon responsable et sécuritaire le carbone de l’atmosphère par l’intermédiaire de l’océan.

Speaker 2 [00:25:25] Pour ce qui est du grand défi que représente le cadre de mesure, de communication et de vérification (MRV), quel genre de chevauchement existe-t-il entre les approches pour la terre ferme, par exemple pour les forêts ou les sols, et celles qui sont utilisées pour les océans?

Speaker 4 [00:25:39] Le problème avec les océans, c’est qu’ils se déplacent. On peut donc introduire du carbone à un certain endroit, mais le puits de carbone réel se trouvera à un autre emplacement dans l’océan, et cet endroit pourrait se trouver à des centaines de kilomètres de là et se situer à une profondeur de 1 000, de 2 000 ou de 3 000 mètres. Il faut donc suivre le carbone lorsqu’il est absorbé par l’océan, ce que ne requiert pas une installation de captage direct de l’air. Dans ce cas, on sait exactement où le carbone se trouve. Il est dans l’appareil. Il n’est pas nécessaire d’utiliser un modèle océanographique pour le trouver. Les océans se déplacent. Et c’est le grand défi qu’ils posent.

Speaker 2 [00:26:12] Cette notion de suivi du carbone est fascinante. Y a-t-il un moyen de le suivre? Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’une plante ou d’un animal que l’on peut étiqueter, ni d’une partie de la chaîne alimentaire que nous pouvons retracer. Un tel suivi est-il possible dans l’océan?

Speaker 4 [00:26:26] Nous pouvons mettre en place un traceur inerte qui peut être facilement suivi. Et puis, pour évaluer cette masse d’eau, on mesure simplement la concentration de ce traceur inerte, ce qui nous indique exactement la distance parcourue depuis le point de départ. On sait également à quel point elle a été diluée. Il y a donc des façons de suivre les masses d’eau, mais il faut aussi arriver à suivre le carbone. Et le carbone est difficile à mesurer. À l’heure actuelle, aucun capteur ne peut mesurer le carbone. Et il n’existe assurément pas de groupe de capteurs qui peuvent mesurer le carbone avec suffisamment de précision. Cela signifie que nous avons besoin de mesures exactes. Nous en avons besoin en très grande quantité. Et nous avons aussi besoin de modèles.

Speaker 3 [00:27:02] C’est cette interaction des observations avec les modèles qui sera très intéressante au cours des prochaines années et décennies, car il n’y aura jamais assez d’observations océaniques à l’échelle du globe, comme Anya l’a indiqué, faites avec la sensibilité requise pour rendre ces mesures crédibles. Mais nous savons comment le carbone est absorbé et cela peut être plutôt bien modélisé de façon numérique. Il s’agit donc de combiner aux modèles les mesures de l’océan, prises à l’endroit et au moment nécessaires, pour aider à créer un cadre de mesure, de communication et de vérification (MRV).

Speaker 2 [00:27:34] Anya, je repense aux mises en garde que vous avez formulées au sujet de la bonne façon de faire. Nous n’avons pas beaucoup de temps, et nous devons agir. Quel est le risque si nous n’agissons pas assez rapidement ou à une échelle suffisamment importante?

Speaker 4 [00:27:47] Je pense que nous devons nous rappeler que la première chose à faire est de décarboniser, et ça, nous pouvons le faire rapidement. Travaillons rapidement sur la décarbonisation, et développons ces autres technologies selon une échelle temporelle éthique. Je pense que nous courons le risque énorme, si nous allons trop vite sans l’appui du public, que tout soit paralysé. On peut d’ailleurs déjà constater que les promoteurs de certaines technologies sont si enthousiastes qu’ils oublient que le public doit comprendre et soutenir ce qu’ils font. Je pense donc qu’il est très important de parler aux gens dans les collectivités, de leur faire comprendre l’importance de cette question et de les informer sur leurs options.

Speaker 2 [00:28:32] Cette conversation a été fascinante. J’ai tellement appris. Et pourtant, j’aurais tant d’autres questions à poser. Vous êtes deux des universitaires, mais vous êtes également des entrepreneurs. Vous construisez quelque chose ici. Si tout se passe comme prévu, où en sera-t-on dans cinq ans?

Speaker 4 [00:28:46] Dans cinq ans, j’espère que nous aurons une coalition de nations qui collaboreront pour l’observation des océans à une échelle inédite; ce serait vraiment transformateur pour nous tous.

Speaker 2 [00:28:56] Eric. Anya, merci d’avoir participé au balado Les innovateurs. J’adore cette image des océans qui sont comme un puits et, en fait, que ce les océans qui contrôlent les changements climatiques. Au fil des ans, ils ont effectué la majeure partie du travail en éliminant le carbone de l’atmosphère pour le stocker à une grande profondeur dans l’océan. Mais nous avons tellement chargé l’atmosphère de carbone au cours des siècles qu’il faudra plus que la nature pour retrouver l’équilibre. Comme Anya l’a dit avec conviction, nous devons nous concentrer d’abord et avant tout sur la réduction des émissions. Nous ne pouvons pas simplement maintenir le statu quo, mais nous pouvons investir dans l’avenir, dans les sciences et la technologie dont nous aurons besoin au cours des prochaines décennies. Et nous pouvons le faire ici, au Canada. Nous sommes un pays peu peuplé, mais un très grand pays pour ce qui est de notre littoral, de notre compréhension des océans et de nos liens avec de nombreux autres pays océaniques dans le monde. La prochaine fois que vous vous trouverez sur l’une de nos magnifiques côtes et que vous observerez ces magnifiques océans, faites une pause pour réfléchir au vaste potentiel de ces eaux, non seulement pour la planète, mais aussi pour nous tous, dans notre lutte contre les changements climatiques. Ils pourraient être les grands vecteurs de changement de la nature. Mon nom est John Stackhouse et vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. À bientôt.

Speaker 1 [00:30:25] Les innovateurs, un balado de RBC, est une création du groupe Leadership avisé RBC. Il ne constitue pas une recommandation visant une organisation, un produit ou un service. Pour plus de contenu, visitez le site leadershipavise.rbc.com/innovateurs-rbc/?_gl. Si vous aimez notre émission, laissez-nous une note de cinq étoiles!

1501355-Thumbnail-default

L’IA, l’automatisation, les drones et la génétique redéfinissent nos méthodes de culture, qu’il s’agisse de concombres, d’épinards, de poivrons ou même de fruits tropicaux.

Toutes ces innovations ont lieu en sol canadien.

Au vu de la croissance démographique, de la crise de l’abordabilité et de l’insécurité alimentaire grandissante, les serres sont devenues indispensables au secteur agroalimentaire.

Le besoin d’aliments de meilleure qualité, cultivés de façon durable, est aussi immense que les occasions qui en découlent.

Au Canada, la serriculture est un secteur en pleine expansion. Les ventes ont augmenté pour une 11e année consécutive, gagnant 9,2 % pour atteindre 2,5 milliards de dollars en 2023. C’est le double de ce qu’elles étaient il y a dix ans.

L’Institut d’action climatique RBC publiera la semaine prochaine un nouveau rapport qui présente un tour d’horizon de la situation, les solutions qui transforment les cultures en intérieur et les possibilités d’exportation.

Le Canada peut-il devenir un chef de file dans un système alimentaire mondial à faibles émissions de carbone?

Pour en savoir plus, John Stackhouse se rend à Leamington, en Ontario, la capitale serricole du Canada. Il accueille Peter Quiring, chef de la direction de Nature Fresh Farms, Matt Korpan, directeur exécutif au SEF Center for Horticultural Innovation, et Lisa Ashton, responsable de l’agriculture à l’Institut d’action climatique RBC.

Le secteur serricole canadien est un exemple de réussite en matière de croissance et de productivité. Il peut jouer un rôle clé dans la prochaine révolution verte, à condition que des mesures soient prises pour favoriser une expansion durable.

En s’attaquant aux problèmes d’infrastructure, d’utilisation efficace des terres et de demande énergétique, le pays peut créer des conditions idéales afin que le secteur poursuive sa croissance.

Speaker 1 [00:00:01] Nous cultivons donc un peu de goyaves. Nous avons aussi beaucoup de bananiers. Je pense que nous avons la plus grande bananière au Canada. Ici, nous voyons des plants de bananes en fleur et des bananes en train de pousser. Nous avons déjà quelques régimes de bananes ici qui sont probablement au milieu de leur stade de croissance. Nous avons des figues. Et nous avons aussi des papayes. D’ici dix ans ou bien avant, je l’espère, nous occuperons une nouvelle installation. Et nous pourrions avoir un espace consacré entièrement à toutes sortes de cultures exotiques intéressantes. Nous faisons également pousser de la vanille dans une autre partie de la serre, et nous travaillons aussi à faire pousser des grains de café.

Speaker 2[00:00:43] C’était la voix de Peter Quiring, qui, d’une certaine façon, est le roi des serres dans le sud-ouest de l’Ontario. Pete est le fondateur et le chef de la direction de Nature Fresh Farms et a pour mission de transformer la façon dont nous cultivons les aliments au Canada. Nous sommes dans ses serres expérimentales à l’extérieur de Leamington, en Ontario, où il possède des drones, des robots, des centres de données et une équipe de scientifiques qui innovent en trouvant des moyens de faire pousser à peu près tout, qu’il s’agisse de concombres, d’épinards, de goyaves, de vanille ou de papayes. Et peut-être un jour, même du café. Versez-vous une tasse et préparez-vous à une conversation révélatrice. Bienvenue au balado Les innovateurs de RBC. Je m’appelle John Stackhouse. Peter Quiring est ce qu’on appelle un fermier accidentel. Il a lancé une entreprise d’usinage en 1993, maintenant connue sous le nom de South Essex Fabricating, et, en 1999, il a construit une serre qu’il n’arrivait pas à vendre, alors il a décidé d’y faire pousser des choses. C’est à ce moment que Nature Fresh Farms a vu le jour. Nous en dirons plus à ce sujet dans quelques instants. Matt Korpan est en notre compagnie. Il est directeur général de la recherche et du développement au SEF Centre for Horticulture Innovation. C’est une institution dynamique qui s’efforce de donner les outils nécessaires aux producteurs, d’améliorer la productivité des cultures et de contribuer à la durabilité à long terme et à la sécurité alimentaire du secteur au Canada et ailleurs. Enfin, de l’Institut d’action climatique RBC, nous avons avec nous Lisa Ashton, notre responsable des politiques agricoles. Bienvenue à tous à Les innovateurs.

Speaker 3[00:02:20] Merci de m’avoir invitée.

Speaker 2[00:02:21] Merci.

[00:02:21] Pete, commençons par l’histoire de tes débuts. J’ai mentionné que vous étiez un agriculteur accidentel. Comment tout cela a-t-il commencé?

Speaker 1 [00:02:29] J’ai construit des serres au début des années 1990 et j’ai vu de meilleures technologies dans d’autres régions du monde, principalement en Hollande et en Europe. Je n’ai pas réussi à convaincre les gens d’acheter la technologie en Amérique du Nord. J’ai donc convaincu quelques-uns de mes amis banquiers de me prêter une partie de l’argent pour construire la première serre, que je pensais vendre comme solution clé en main pour faire pousser des cultures. Mais elle ne s’est pas vendue. J’avais déjà un agronome et une équipe de direction, et nous avons donc continué en faisant simplement pousser des cultures. Quelques années plus tard, nous avons décidé de doubler notre production. Puis, nous avons poursuivi notre expansion au fil du temps. Nous avons en fait vendu certaines des serres, mais nous avons encore plus de 250 acres de cultures ici et aux États-Unis. Nous avons également une division de marketing qui fait de la promotion auprès de tous les grands détaillants en Amérique du Nord.

Speaker 2[00:03:20] Comme nous venons de le voir dans votre serre, et j’ai sous mes yeux une table de certains de vos produits très colorés, vous faites beaucoup plus que construire des serres. Qu’est-ce qui vous motive à innover dans la façon dont les aliments sont cultivés?

Speaker 1 [00:03:33] Je constate qu’en raison de la croissance de la population mondiale, nous devons faire preuve de plus d’innovation dans la façon dont nous cultivons les aliments, et nous devons produire des aliments de meilleure qualité. De plus, les gens ne veulent pas de pesticides. Nous sommes tous préoccupés par leurs effets sur nous. Nous voulons donc des aliments de meilleure qualité et plus nutritifs, et nous voulons qu’ils soient disponibles et abordables pour tout le monde. Comme nous le savons tous, à l’heure actuelle, les aliments sont de moins en moins abordables pour de nombreuses personnes, même au Canada. Imaginez alors dans d’autres régions du monde. L’un de nos principaux objectifs ici est de voir comment nous pouvons cultiver des aliments de façon plus abordable.

Speaker 2[00:04:09] C’est une grande ambition. Commençons par l’histoire de Leamington. Nous sommes entourés de serres. Les gens peuvent ne pas comprendre qu’il s’agit non seulement de la capitale canadienne des serres, mais aussi de l’un des principaux centres de serres en Amérique du Nord, voire dans le monde. Qu’est-ce qui est si intéressant à propos de Leamington?

Speaker 1 [00:04:25] Nous y sommes. Non, ce n’est pas ça. L’une des choses les plus importantes est que nous sommes entourés des Grands Lacs, ce qui crée un microclimat. Il y a plus soleil ici qu’à 30 ou 40 kilomètres plus loin. Lorsque le secteur a commencé à croître, de nombreux fournisseurs ont commencé à venir nous voir, y compris South Essex et d’autres. Nous avons de l’engrais à portée de main. Nous avons des sociétés biologiques qui nous fournissent de bons insectes pour lutter contre les mauvais insectes, afin que nous puissions éviter les pesticides. Nous avons des sociétés d’éclairage et des sociétés de mécanique. Nous avons tout ce dont nous avons besoin.

Speaker 2[00:05:00] Notamment beaucoup de technologies très intéressantes que nous aborderons plus tard. Des robots, des drones ainsi que des procédés scientifiques très intéressants dans vos laboratoires. Je me demande, Lisa, si vous pouvez nous donner une idée de l’ampleur des occasions qui se présentent. Quel est le potentiel?

Speaker 3[00:05:18] La production en serre de fruits et de légumes a un énorme potentiel. Et la diversification de la production, l’innovation en automatisation et en durabilité, ainsi que l’expansion de la production nous permettront de répondre à la demande intérieure et internationale croissante. La production en serre tire en fait partie d’une base très solide, ayant enregistré de la croissance sur 12 mois tout au long de la dernière décennie. Les prix à la ferme totalisent maintenant plus de 2,5 milliards de dollars.

Speaker 2[00:05:41] Il faudra beaucoup d’innovations, qui s’appuieront sur une feuille de route assez impressionnante à ce chapitre ici. Matt, je me demande si vous pouvez nous donner une idée de l’ampleur de l’innovation dans le secteur. La plupart des gens, lorsqu’ils pensent aux serres, ne pensent probablement pas à un centre technologique. Pourtant, nous venons de marcher dans l’un des centres technologiques les plus impressionnants que j’aie vus dans n’importe quel secteur de l’économie canadienne.

Speaker 4 [00:06:04] Eh bien, c’est intéressant. Nous le répétons souvent. Nous avons maintenant des outils que nous n’avions pas auparavant. Il y a cinq ou dix ans, les dispositifs de contrôle de l’éclairage, par exemple, existaient, mais n’étaient pas vraiment utilisés. Et maintenant, avec la technologie LED, nous pouvons changer le spectre de la lumière. C’est un exemple dont nous parlons beaucoup. Ainsi, en matière d’innovation et de stratégies de croissance, notre connaissance des plantes et des cultures a beaucoup évolué. C’est la raison pour laquelle nous parlons d’environnement contrôlé et d’agriculture, parce que nous avons le contrôle de toutes les conditions nécessaires pour produire le genre de cultures dont tout le monde a besoin à l’épicerie. Il peut s’agir de l’éclairage, de l’humidité, du climat, de l’eau, de l’irrigation ou de la génétique sous-tendant l’hybridation. Nous avons fait beaucoup de chemin. En plus des drones, la technologie de vision, l’IA commence à jouer un grand rôle dans ce que nous faisons. Un membre talentueux de notre équipe rédige des scripts et des programmes qui permettent de voir quelque chose que les humains ne peuvent peut-être pas voir dans nos cultures ou nos stratégies de croissance. Il y a donc beaucoup de potentiel.

Speaker 1 [00:07:03] Donnez-nous une idée de ce que font ces drones et ces systèmes d’IA.

Speaker 4 [00:07:08] Bien sûr. J’ai quelques exemples d’utilisations actuellement. L’une d’entre elles concerne certaines de nos cultures de laitue. Nous avons des caméras qui survolent les plants et nous permettent de compter le nombre de plants et d’établir les taux de germination. Ce sont des choses qui doivent être faites à des moments précis ou qui prennent beaucoup de temps et qui sont très difficiles à faire pour des humains. Les drones nous permettent maintenant de les faire en quelques secondes. La nuit, nous avons des caméras dans la serre qui filment les cultures et qui peuvent voir les papillons de nuit, les charançons ou les insectes qui errent et que nous ne voyons habituellement pas pendant la journée. La caméra demandera ensuite au drone de repérer et de tuer l’insecte, puis de revenir à sa place et d’attendre le prochain insecte. Ce que nous pouvons faire maintenant et qui n’était pas possible auparavant est très intéressant.

Speaker 1 [00:07:50] J’espère que vous pourrez obtenir un permis pour que je puisse utiliser cette technologie dans ma cour. Son potentiel est exceptionnel.

Speaker 4 [00:07:55] Nous y travaillerons.

Speaker 1 [00:08:00] Pete, parlez-nous de certains des problèmes d’exploitation. Ce sont des expériences fascinantes et leur commercialisation, même pour quelque chose d’aussi simple qu’une fraise, est un défi intéressant. En tant qu’entrepreneur, en tant que bâtisseur d’entreprises, quels sont les principaux défis, selon vous, pour faire croître ces innovations que Matt décrivait?

Speaker 3[00:08:20] Nous ne commençons pas par établir un modèle économique lorsque nous faisons de la recherche et du développement. Nous commençons par cerner les défis. Les défis de base associés à la croissance des cultures. Le climat, l’éclairage, l’arrosage, les insectes ravageurs. Même si cela semble économiquement viable, nous ne commençons pas par les aspects économiques. La deuxième étape est de mettre notre idée en œuvre. Nous tentons de surmonter le plus de défis possible afin d’être aussi productifs et économiques que possible. Habituellement, les aspects économiques sont aussi simples que se demander : Quel est le prix de détail actuel du produit et pouvons-nous le déployer à grande échelle? Parce que les économies d’échelle sont probablement le facteur le plus important qui a rendu ce secteur si concurrentiel au cours des dernières années. Nos cultures doivent s’étendre sur 30, 50 ou 100 acres. Puis, tout à coup, les économies d’échelles se matérialisent. Et vous pouvez vous permettre l’automatisation, la robotique et tout le reste. Une autre chose à prendre en considération est qu’il y a une très grande différence entre l’IA, la robotique et l’automatisation. Ce ne sont pas les mêmes choses. L’IA est très avancée, et je pense qu’elle évoluera encore beaucoup plus. La robotique est loin d’être aussi avancée que nous le pensons. Nous ne pouvons même pas construire un aspirateur qui fonctionne correctement. Il est donc très difficile de cueillir des tomates ou de récolter toute autre culture de façon robotisée. En revanche, je pense que nous sommes très doués en automatisation ces jours-ci, alors nous tenons compte de tous ces facteurs, y compris la collaboration avec les sociétés de semences, les sociétés d’engrais, les sociétés de biotechnologie qui fournissent les bons insectes pour lutter contre les mauvais, les sociétés d’automatisation et les sociétés de mécanique. Nous avons beaucoup de nos propres idées, évidemment, et comme nous avons un atelier de fabrication, nous pouvons concrétiser plusieurs des choses que nous imaginons. Nous aimons dire qu’aucune idée n’est trop folle. Nous allons essayer presque n’importe quoi. En fait, nous avons essayé des choses vraiment folles.

Speaker 1 [00:10:15] Vous tentez de faire pousser des grains de café à Leamington, en Ontario.

Speaker 3[00:10:18] Exact. Je veux dire, nous faisons pousser des papayes. Nous faisons pousser des bananes. Nous avons la plus grande bananière au Canada. Je crois. Nous sommes ouverts à toute contestation à cet égard.

Speaker 1 [00:10:27] Vous avez un modèle d’affaires impressionnant : d’un côté la fabrication, où vous construisez des serres pour que d’autres personnes produisent des cultures, et de l’autre le volet expérimental. Ce n’est pas une mauvaise façon de gérer une entreprise. Mais vous avez mentionné un mot très important, qui compte beaucoup l’innovation, soit la mise à l’échelle. C’est le défi inhérent du Canada. Nous sommes un petit marché, mais nous sommes juste à côté du marché le plus riche au monde. Comment envisagez-vous l’expansion de votre entreprise et du secteur en général par rapport à ce que les gens appellent le marché cible total?

Speaker 3[00:11:01] Nature Fresh croît des deux côtés de la frontière, et nous commercialisons nos produits des deux côtés de la frontière. Mais au moins 75 % de ce que nous cultivons ici à Leamington est vendu aux États-Unis. Nous construisons également des serres aux États-Unis, de sorte que nous sommes également des deux côtés de la frontière. Le marché américain est extrêmement important pour nous. Nous serions ravis de servir d’autres marchés, que ce soit l’Europe, la Chine ou tout autre pays. Mais sur le plan géographique, c’est un très grand défi. Nous avons des règles en matière de culture biologique qui ne sont pas très logiques. Nous tentons de faire adopter des changements à cet égard. Les États-Unis sont beaucoup plus concurrentiels sur le plan des cultures biologiques que le Canada.

Speaker 1 [00:11:38] Pourquoi?

Speaker 3[00:11:40] Nous avons besoin d’une certaine quantité de sols par mètre carré, tandis que les États-Unis n’ont pas cette exigence. L’idée est que les plantes tirent leurs nutriments du sol, alors qu’en fait, sans engrais, vous ne pourriez pas faire pousser une culture de toute façon. Ce sont les nutriments qui fournissent les nutriments, et non le volume du sol. En fait, un volume de sol plus important rend la croissance plus difficile. Nous aimerions donc avoir les mêmes exigences qu’aux États-Unis pour l’agriculture biologique, par exemple.

Speaker 1 [00:12:08] Parlant de quantité, je me demande si je peux également vous poser une question sur la qualité, Matt, parce que les gens n’ont qu’à penser à l’agriculture industrielle et au fait qu’elle a réduit les prix, mais aussi compromis la qualité au cours des dernières décennies. Les aliments que vous produisez ici sont de grande qualité. Les saveurs sont uniques. Comment vous y prenez-vous?

Speaker 2[00:12:27] Eh bien, c’est parce que nous avons le contrôle sur tout dans une serre. Nous pouvons constamment produire des conditions meilleures pour une plante qu’à l’extérieur. Stress éolien, pluie ou lumière solaire extrême. Tout cela a une incidence sur les cultures qui sont produites à l’extérieur. Nous pouvons donc faire croître des aliments de grande qualité. Et nous le savons. Nous croyons que les consommateurs s’attendent à ce que nous leur fournissions des produits de grande qualité. Il s’agit donc de notre priorité lorsque nous prenons de l’expansion. Dans ces stratégies que nous employons, chaque plante et chaque culture ici a besoin d’une approche différente pour croître. Notre travail consiste à comprendre de quoi il s’agit, puis nous pouvons transférer ces connaissances aux producteurs de notre collectivité et faire en sorte que la qualité demeure une priorité. En fait, c’est ce qui distingue notre secteur des autres fruits et légumes sur le marché : c’est la qualité supérieure.

Speaker 1 [00:13:09] Il y a aussi la question de l’impact climatique. Lisa, je me demande si vous pouvez nous donner une brève idée, d’après vos recherches, des perspectives à cet égard. L’un des défis que nous avons tenté d’établir pour le pays est de savoir comment cultiver plus d’aliments en produisant moins d’émissions. Nous pensons qu’il pourrait s’agir d’une grande avancée pour le Canada, mais qu’en pensez-vous?

Speaker 3[00:13:28] Le secteur d’accueil vert du Canada est une réussite sans précédent sur le plan de la productivité et de la croissance, et, pour tirer parti de cette croissance à l’avenir, le secteur doit surmonter d’importants défis liés à l’énergie, à l’eau et aux infrastructures de gestion des déchets. La consommation d’énergie, par exemple, est un facteur clé de l’empreinte carbone des serres. Leurs dépenses et les régions productives comme Leamington affichent une demande croissante pour l’énergie disponible, et nous constatons que des solutions novatrices sont en cours, mais qu’elles doivent être mises à l’échelle pour réduire les émissions, les factures et la demande.

Speaker 1 [00:14:05] Pourriez-vous nous parler un peu de ce que vous faites au chapitre de l’énergie? Vous pourriez peut-être commencer par quelques cas individuels, pour les personnes qui ne sont peut-être pas conscientes de la quantité d’énergie qui est nécessaire pour produire la nourriture dont nous profitons.

Speaker 2[00:14:18] Je commencerai donc par nos niveaux de consommation de gaz d’il y a 10 ou 15 ans. Notre consommation a diminué de 25 % à 30 %. Cela s’explique par l’amélioration de la technologie de fabrication des serres, l’amélioration des écrans énergétiques, ainsi que l’efficacité accrue des systèmes de chaudières et des systèmes de chauffage à eau chaude. Lorsque vous brûlez du gaz naturel de façon propre, le sous-produit est du CO2 pur de qualité alimentaire. Les plantes ont besoin de CO2 comme les humains ont besoin d’oxygène. Nous injectons donc ce gaz naturel dans les serres pour les plantes. Nous avons de grands réservoirs de stockage thermique verticaux où nous conservons l’énergie thermique. Ce soir, probablement vers trois heures du matin, nous voulons déshumidifier cette culture. Et les chaudières ne s’allumeront pas. Les pompes s’inverseront et nous retirerons de l’énergie thermique du réservoir pour l’injecter dans la serre. En ce qui concerne l’électricité, nous aimerions que la cogénération fasse partie du système d’approvisionnement énergétique de l’Ontario. C’est la meilleure utilisation d’un combustible fossile que vous pouvez imaginer. Parce que nous pouvons utiliser toute la chaleur produite. Toute chaleur excédentaire est vendue à nos voisins. Leur évitant d’allumer leurs chaudières. Nous pouvons toujours utiliser le CO2, et nous pouvons toujours utiliser la majeure partie de la chaleur pendant l’été également, voire la totalité de la chaleur. Ce combustible fossile est utilisé et consommé entièrement pour fournir de l’électricité au réseau en hiver ou de l’électricité à la serre, le CO2, l’électricité et la chaleur étant tous autonomes.

Speaker 4 [00:15:56] Et contribuant toujours à faire pousser des aliments.

Speaker 2[00:15:57] Et contribuant toujours à faire pousser des aliments. Exactement. À des prix concurrentiels. Je pense que le véritable défi est que, si vous croyez simplement que nous devons cesser d’utiliser les combustibles fossiles, vous ne pouvez pas comprendre cette idée. Mais si vous avez un peu d’ouverture d’esprit, vous savez que faire pousser des aliments est important. Sauver le climat est également important, mais pas au détriment de tout ce que nous mangeons. Nous avons besoin des deux.

Speaker 1 [00:16:23]Mais vous arrivez à faire les deux.

Speaker 1 [00:16:24] Je pense qu’une collaboration misant sur l’ouverture d’esprit entre l’industrie, le gouvernement et les pouvoirs en place, peu importe de qui il s’agit, serait très appropriée ici.

Speaker 1 [00:16:34] Vous avez mentionné au début à quel point il fait soleil. Les gens se demandent peut-être pourquoi ne pas profiter de ce soleil également au moyen de panneaux solaires et d’autres énergies renouvelables? Il y a aussi beaucoup de parcs éoliens dans cette partie de l’Ontario. Est-ce une occasion à saisir?

Speaker 2[00:16:48] Nous vivons dans un climat nordique où les journées en hiver sont courtes, et donc, au cours des six mois de l’hiver au minimum, il y a des imprévus et des problèmes. Surtout des problèmes. L’été, ça va bien. Nous pouvons assurément utiliser des panneaux solaires. Nous examinons également des panneaux qui peuvent tirer parti du soleil au cours de l’été et produire tout de même des cultures. Il y a donc des occasions à saisir. Je pense que les panneaux solaires s’améliorent de plus en plus. Mais jusqu’ici, le modèle économique n’est pas fantastique.

Speaker 1 [00:17:19] J’adore à quel point vous essayez tant de choses différentes, qu’il s’agisse de panneaux solaires, de variétés d’aliments ou de drones. Certaines de ces choses fonctionneront. Et on peut supposer que certaines ne fonctionneront pas. Donnez-nous une meilleure idée de votre approche en matière d’innovation, de la façon dont vous abordez ces défis, mais aussi des questions qui doivent surgir dans votre esprit chaque jour.

Speaker 2[00:17:38] Je suppose que j’ai simplement un esprit très novateur. J’ai grandi dans une famille relativement pauvre. Nous avons dû faire preuve d’innovation et de créativité pratiquement toute notre vie. J’aime tout simplement construire des choses. J’aime les nouvelles idées. Encore une fois, plus l’idée est folle, mieux je l’aime, car tout le monde peut faire ce qui est normal. Ce qui me motive à me lever le matin, c’est de me demander ce que nous pouvons faire aujourd’hui qui est vraiment génial et qui aidera l’humanité.

Speaker 1 [00:18:08] C’est une grande ambition pour commencer sa journée. Matt, j’imagine que tout cela est principalement redirigé vers toi en tant que chef de la recherche et du développement. Qu’est-ce que ça fait de travailler avec une personne qui a cette ambition?

Speaker 4 [00:18:17]J’adore ça. Certains jours, nous ne savons pas quel nouveau projet il nous proposera. Nous avons structuré et bâti une équipe vraiment remarquable ici au centre d’innovation. Nous collaborons réellement dans le cadre des projets. Pete pourrait donc se présenter un jour et, tout à coup, nous avons une toute nouvelle idée et nous faisons quelque chose de fou dans la serre. D’autres fois, il arrive même que l’un des membres de notre équipe se joigne à nous pour faire évoluer nos idées respectives. C’est le meilleur endroit où j’ai eu la chance de travailler. Il y a très peu de gens dans le monde qui ont cette occasion, et nous avons aussi eu une incidence sur la vie de toute personne qui mange de la nourriture.

Speaker 1 [00:18:54] Quand nous marchions dans les serres aujourd’hui, je me disais que ce pourrait être la Silicon Valley de la production alimentaire. La région abrite une excellente combinaison de concurrents. Peut-être qu’une plus grande collaboration serait utile. Il y a les universités et les collèges. Le bon accès aux marchés. Matt, lorsque vous pensez à l’innovation, selon vous, de quoi cette région a-t-elle besoin pour être la Silicon Valley de la production alimentaire?

Speaker 4 [00:19:17] Pour commencer, je pense qu’il y a une très bonne base, n’est-ce pas? Le secteur, les fournisseurs, le marché et, comme vous venez de le mentionner, l’accès à environ 200 millions de personnes à moins d’une journée de route d’ici. Mais nous avons des difficultés. Nous avons certains obstacles d’ordre législatif que nous devons régler et il y a l’enjeu de la collaboration au sein du secteur lui-même. C’est là que nous nous voyons créer ce que vous appelez la Silicon Valley de la production alimentaire, c’est-à-dire une plaque tournante pour l’ensemble du secteur. Nous devons nous asseoir autour de la table, lancer des idées. Résoudre les défis ensemble en tant que secteur d’activité. Parce qu’en fait, quel est réellement notre concurrent? Oui, il y a de la concurrence au sein de notre propre secteur. Mais sur les tablettes des épiceries, nous rivalisons avec les croustilles et les bonbons, et d’autres choses. En tant qu’industrie des serres, nous avons beaucoup plus de potentiel que ce que nous voyons actuellement, et nous sommes heureux d’en faire partie.

Speaker 2[00:20:08] Vous soulevez un très bon point. Tout cela est lié à la santé. Si vous voulez résoudre la crise des soins de santé, réglez la crise alimentaire. Mangez ce qu’ils produisent. Et vous serez presque certainement en bien meilleure santé.

Speaker 4 [00:20:21] Malheureusement, le sachet de sucre dans votre barre de bonbons est moins cher que nos produits. C’est pourquoi nous devons vraiment travailler à réduire le coût des aliments. Les détaillants doivent faire leur part. Le gouvernement doit faire sa part. Travaillons là-dessus et faisons-le bien, sans retarder les choses.

Speaker 1 [00:20:38] Vous avez parlé d’obstacles d’ordre législatif. À quoi faites-vous référence?

Speaker 4 [00:20:41] Je pense qu’il y a toujours des problèmes entourant l’impôt. Il y a des enjeux fédéraux, provinciaux et municipaux, et je ne m’occupe pas des politiques. Mais nous avons une excellente association, Greenhouse Vegetable Growers of Ontario, qui mène la charge dans certains de ces domaines. Et aussi, ce qui est peut-être un peu décevant, les nouveaux règlements mis en œuvre qui entravent l’expansion du secteur, ce une expansion qui est vraiment essentielle pour l’Ontario et le marché nord-américain.

Speaker 2[00:21:07] J’aimerais ajouter quelque chose. Nous avons besoin de changer notre manière de penser aux trois ordres de gouvernement. Nous avons donc besoin de plus d’infrastructures. Nous avons besoin d’une expansion de nos capacités en matière d’eau. Nous avons besoin de routes. Nous avons besoin de gaz naturel, nous avons besoin d’électricité. Toutes ces choses doivent prendre de l’ampleur. Le secteur est là parce que ces choses étaient disponibles. Nous les utilisons maintenant au maximum de leur capacité. Nous avons donc deux choix. Nous pouvons laisser aller notre industrie aux États-Unis ou nous pouvons fournir l’infrastructure ici et le faire nous-mêmes. Ne vous méprenez pas, nous aimons les États-Unis et nous aimons les Américains. Nous adorons le marché américain, mais nous vivons ici.

Speaker 1 [00:21:45] Il est intéressant de comparer cela au débat sur le logement, où nous avons pris conscience du fait que nous sommes confrontés à une crise de l’offre, et beaucoup de choses sont faites pour y remédier. Et lorsque nous parlons des prix des aliments ou de leur abordabilité, les gens ne parlent pas de l’offre. Comment soutenir l’offre pour obtenir non seulement plus d’aliments et plus d’accessibilité, mais aussi une meilleure qualité? Nous faisons tout cela pour les voitures et les maisons, mais peut-être pas autant pour la nourriture. Pete, que doit faire le Canada pour vous garder ici?

Speaker 2[00:22:15] Une chose est sûre : il faut réduire le fardeau fiscal. Réduire la réglementation. Si nous pouvions faire pousser beaucoup plus de choses de façon plus abordable afin qu’un morceau de fruit ne soit pas plus cher qu’une barre de bonbons, alors peut-être que nous, comme nous l’avons déjà dit, pourrions résoudre une partie de la crise des soins de santé. Nous devons travailler ensemble pour cultiver plus de choses à moindre coût sur une empreinte plus petite et avec moins d’énergie.

Speaker 1 [00:22:48] Notre conversation tire à sa fin. Je me demande si chacun d’entre vous peut nous donner une idée de l’ampleur des occasions qui se présentent ici. Pete, pour Nature Fresh Farms. Sur 5 ou 10 ans, quelle pourrait être l’ampleur?

Speaker 2[00:23:02] Chaque acre de serre pourrait produire jusqu’à 1 million de dollars d’aliments par année. Chaque fois que nous aménageons quelques centaines d’acres, c’est l’équivalent de 100 millions de dollars par année ajoutés à l’économie, mais aussi à la sécurité alimentaire. Dans le secteur des serres, nous construisons l’équivalent d’une usine de fabrication d’automobiles chaque année.

Speaker 1 [00:23:24] Équivalent selon quelle mesure?

Speaker 2[00:23:25] La construction d’une usine de fabrication d’automobiles coûte habituellement environ un milliard de dollars. La serre coûte environ 2 millions de dollars l’acre. Nous aménageons de 200 à 300 acres par année. Cela signifie que nous construisons essentiellement une usine automobile presque chaque année. Une autre chose qu’il est très important de savoir, c’est que le rendement des serres est de 10 à 30 fois celui des champs. Il faudrait donc de 10 à 30 fois plus de terrain extérieur que ce qu’utilise une serre.

Speaker 1 [00:23:58] Nous pouvons donc utiliser moins de terres, vraisemblablement en obtenant de meilleurs rendements. C’est une meilleure intensification.

Speaker 2[00:24:04] Nous pourrions reboiser des terrains ou cultiver d’autres choses à l’extérieur.

Speaker 1 [00:24:08] C’est aussi une question de diversité. Il est intéressant de penser que cette région a déjà prospéré grâce à une seule culture, soit les tomates. Et maintenant, vous y faites pousser des papayes, ce qui est toujours ahurissant. Et des bananes, comme vous avez dit, et de la vanille et peut-être un jour du café. Mais je regarde aussi un plateau très coloré de poivrons. Matt, lorsque vous pensez à ce défi qu’est la diversification, à quoi le Canada doit-il s’attaquer? Où le secteur doit-il miser pour que nous soyons en mesure de faire ce que 50 personnes, certainement il y a 100 ans, n’auraient pas pu imaginer faire pousser ici?

Speaker 4 [00:24:45] C’est une grande question. Nous avons une vision de la façon dont nous pouvons, ou dont cette industrie peut, faire progresser certaines de ces choses. Au cours des prochaines années, nous publierons des plans sur la façon dont cela se produira.

Speaker 2[00:24:56] Nous avons même envisagé de faire participer le public, donc de vendre une forme d’adhésion ou de parrainage, et nous envoyons des mises à jour régulières sur ce que nous faisons, sur ce que nous réalisons ou ne réalisons pas, sur nos différentes idées.

Speaker 4 [00:25:10] C’est une vision que Pete avait depuis, je dirais, des décennies, probablement. Et cela commence maintenant à se produire. C’est en train de prendre forme. Encore une fois, nous sommes reconnaissants que notre équipe puisse lancer ce mouvement et en faire partie. Mais nous ne pouvons pas y arriver seuls. Nous avons vraiment besoin que l’ensemble de l’industrie, les universités, lu gouvernement et les détaillants participent à ce travail avec nous.

Speaker 1 [00:25:31] Votre parcours est remarquable, et ce que vous avez créé ici en quelques années est vraiment impressionnant, mais espérons que votre chemin ne fait que commencer. Et que le Canada soutient ce que vous construisez ici. Merci d’avoir participé à Les innovateurs. Lisa, c’était une conversation exceptionnelle. Je n’arrive pas à croire que des papayes et des goyaves poussent ici, dans le sud-ouest de l’Ontario. Qu’est-ce qui vous a sauté aux yeux dans ce que nous ont dit Pete et Matt?

Speaker 3[00:26:03] La plus grande bananière a certainement été une surprise pour moi, mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est de voir les travailleurs et l’automatisation fonctionner de pair pour produire nos aliments de façon plus efficace. Le moissonneur automatisé d’épinards que nous avons vu récolter un grand panneau d’épinards en quelques secondes. J’ai trouvé cela fascinant.

Speaker 1 [00:26:26] Les gens peuvent le voir en vidéo sur notre site Web à RBC.com/institut-action-climatique, ou simplement sur Google en tapant « Institut d’action climatique RBC » dans la barre de recherche. C’est remarquable de voir ces plateaux se déplacer sur un convoyeur jour après jour, dans l’obscurité complète pour que les pousses germent, puis à la lumière. Une semaine ou deux plus tard, des sacs d’épinards quittent soudainement la propriété. Selon vous, que devons-nous faire en tant que pays pour motiver les gens à participer à l’agriculture, y compris à volet « technologie de pointe »?

Speaker 3[00:26:59] Je pense que lorsque les gens pensent à l’agriculture, ils n’imaginent pas nécessairement un secteur de haute technologie axé sur les données. Mais c’est ce que c’est maintenant, et c’est un domaine emballant où travailler. Je pense donc que cela commence dans les universités ou même plus tôt, en exposant les jeunes à ce type d’occasions en agriculture. Nous avons une énorme pénurie de main-d’œuvre. Il existe donc d’innombrables possibilités. Il s’agit simplement d’entrer en contact avec les jeunes, les nouveaux Canadiens et les gens qui cherchent peut-être à changer de carrière pour les accueillir dans un secteur agricole rempli d’occasions.

Speaker 1 [00:27:34] Il y a encore beaucoup de choses à explorer. Et Lisa, merci d’avoir participé à Les innovateurs.

[00:27:40] C’est la conversation que j’ai eue avec Nature Fresh Farms de Leamington, en Ontario, la capitale des serres au Canada. Étant donné la croissance de la population, la crise d’abordabilité et l’insécurité alimentaire croissante, le Canada peut devenir un chef de file d’un système alimentaire mondial à faibles émissions de carbone. Il faudra beaucoup de technologie, ce que nous avons vu en œuvre aujourd’hui. L’IA, l’automatisation, les robots et les drones ont tous une incidence sur la façon dont nous cultivons, qu’il s’agisse de concombres, d’épinards, de poivrons, de fruits tropicaux et, qui sait, peut-être même un jour, de café. Tout se passe ici chez nous, au Canada. Mais nous devrons faire preuve de collaboration et mettre à l’échelle des innovations comme celles dont vous avez entendu parler dans l’épisode. Vous pouvez en apprendre beaucoup plus à ce sujet dans un nouveau rapport de l’Institut d’action climatique RBC. Nous y voyons comment les serres sont une réussite en matière de productivité au Canada et dans quelle mesure le secteur pourra croître, sous toutes ses formes. Consultez-le sur RBC.com/institut-action-climatique ou suivez-nous sur LinkedIn à l’Institut d’action climatique RBC. Mon nom est John Stackhouse et vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. À bientôt.

Speaker 1 [00:28:51] Le balado Les innovateurs de RBC est créé par le groupe Leadership avisé RBC et ne constitue pas une recommandation visant une organisation, un produit ou un service. Pour d’autres contenus de Les innovateurs, consultez le site RBC.com/innovateurs, et laissez-nous une note de cinq étoiles si vous aimez notre émission.

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On le sait, les dernières années ont été difficiles pour le secteur des technologies. Mais celui-ci a la particularité de faire fi des difficultés pour voir les possibilités engendrées par l’innovation.

Malgré les défis à venir, la perspective d’une reprise portée par la rigueur budgétaire et les priorités stratégiques soulève un regain d’optimisme, en faisant miroiter la promesse d’une prospérité à long terme des entreprises.

C’est dans cet esprit que s’est tenue à Los Angeles la Conférence des sociétés fermées du secteur des technologies de RBC Marchés des Capitaux, qui, chaque année, rassemble des fondateurs d’entreprises et des investisseurs pour parler des idées, des risques et des occasions liés au secteur des technologies.

Voici ce ressort de la conférence sur les perspectives de la technologie :

  • Maintien prolongé du statut de société fermée : Malgré la montée en flèche de certains titres du secteur des technologies, les entreprises fermées semblent vouloir éviter le marché boursier pendant encore quelque temps.

  • Le prochain boom : Il pourrait survenir dans des activités requérant peu de programmation, voire aucune. Beaucoup de jeunes entreprises montrent que la méthode glisser-déplacer peut remplacer la programmation à l’ancienne et se préparent à des changements encore plus grands dans l’écriture de logiciels, grâce à la conversion de voix ou d’images en programmes.

  • Navigation dans les données : Les données sont l’élément de base des réseaux numériques à l’ère hyperconnectée de l’IA. De nombreuses organisations ont compris qu’elles ne peuvent pas dépendre d’un seul nuage. De toute façon, les organismes de réglementation le leur interdisent. Par conséquent, une formidable occasion s’offre aux entreprises de technologie qui nous permettront de nous y retrouver dans les multiples nuages et savoir où vont nos données.

  • Cyberdéfense : Les cybermenaces augmentent de façon exponentielle et l’évolution de la cybercriminalité et des armes propulsées par l’IA est devenue extrêmement difficile à suivre. Toutefois, l’IA générative peut aussi contribuer à renforcer la sécurité des entreprises, des gouvernements et de chacun de nous. Cette activité déjà importante prend de l’expansion.

  • La prochaine frontière de l’IA : Tout est question de stratégie, car ce sont les solutions et non les problèmes qui se trouvent au cœur des stratégies. Il faut bien l’admettre, l’IA générative est trop utilisée pour résoudre des problèmes plutôt que pour accélérer l’exécution de stratégies et créer des solutions dont tout le monde peut profiter.

John Stackhouse anime cet épisode du balado Les innovateurs en direct de Los Angeles. Il s’entretient avec Sachin Dev Dugal, facilitateur en chef à Builder AI, désignée comme l’une des trois entreprises les plus innovatrices au monde dans le domaine de l’IA, aux côtés d’Open AI et de DeepMind. Builder AI utilise des logiciels personnalisables exigeant peu de programmation pour fournir des applications souples et sur mesure aussi rapidement et au même prix que les produits standards. Son but : rendre le développement de logiciels aussi facile que de commander une pizza.

La Silicon Valley et d’autres centres technologiques sont optimistes et on peut observer un regain de confiance sur les marchés, qui anticipent des baisses de taux jusqu’en 2025. En attendant, de nombreux dirigeants et investisseurs pourraient continuer de donner la priorité à la gestion de la trésorerie et des coûts, à la mise à l’épreuve de leurs modèles d’affaires, en particulier dans le domaine de l’IA, et au maintien de relations solides avec des investisseurs patients.

Pour ceux qui gardent le cap sur leur stratégie, maintiennent des structures opérationnelles allégées et restent axés sur les résultats, l’avenir s’annonce radieux.

Pour lire l’article « The Roaring ’20s are back, thanks to seven stock, two letters and one central bank » de John Stackhouse, cliquez ici.

Interlocuteur 1 [00:00:01] Bonjour. Mon nom est John. Je me trouve ici à Los Angeles, où il fait 72 °F et où le ciel est ensoleillé. En vérité, on dirait pratiquement que telles sont les conditions qui prévalent quotidiennement ici au printemps. Je suis ici pour participer à la Conférence des Sociétés fermées, Technologie, RBC Marchés des Capitaux. Il s’agit d’une rencontre annuelle de fondateurs et d’investisseurs dans le domaine de la technologie qui se réunissent pour examiner attentivement les idées, les risques et les possibilités qu’offre le domaine de la technologie. Si vous suivez le balado Les innovateurs, on ne peut dire que les dernières années ont été marquées par des conditions ensoleillées et de 72 °F. C’est à tout le moins le cas du domaine de la technologie. Sur les derniers 12 mois, l’indice Nasdaq qui est fortement axé sur le secteur de la technologie n’a pas progressé, tandis que le S&P 500 est en hausse de 25 %. Cependant, l’un des aspects que j’adore au sujet de la technologie est sa capacité de faire porter son regard au-delà de ce qui est susceptible d’obscurcir l’avenir, un peu comme ce serait le cas des nuages dans le ciel, pour y découvrir des possibilités éventuelles. Et tel est indiscutablement l’esprit qui a marqué cette conférence. Si nous y avons traité d’une multiplicité de thèmes, voici cinq conclusions dont j’en ai tiré. La première est : les sociétés vont demeurer fermées encore un certain temps. Ces propos ont été répétés à de très nombreuses reprises. Malgré l’embellie de certains titres technologiques, persiste le sentiment que les sociétés fermées dans le domaine de la technologie éviteront quelque temps encore de se tourner vers le marché boursier. Ce marché est trop volatile, en plus d’être contraignant sur le plan de la conformité et d’être trop solidement axé sur les bénéfices. Et au vu de l’abondance de capitaux privés, ce recours aux marchés boursiers ne s’avère pas aussi nécessaire qu’il le fut jadis. Cela ne signifie pas pour autant que le potentiel n’est pas formidable. En effet, un gestionnaire de fonds nous a dit que cette année lui rappelait beaucoup le début des années 2000, alors que pointait à l’horizon une période de hausse qui a duré sept ans. Il se pourrait fort bien qu’une partie de ce prochain boum technologique soit imputable au développement de logiciels sans code ou faisant appel à une programmation schématisée, ce qui constitue la deuxième conclusion que j’ai tirée de la conférence. Une multitude d’entreprises en démarrage démontrent ce que l’approche de type glisser-déplacer peut permettre de faire pour remplacer l’approche traditionnelle en matière de programmation. Et il faut s’attendre à des transformations encore plus marquées dans le domaine du logiciel, avec la venue des modalités de la programmation à partir de la voix ou d’une image. Et pour ce faire devront se multiplier les opérations de navigation des données, ce qui constitue ma troisième conclusion. La navigation des données s’entend de ce que l’on pourrait qualifier de la « plomberie » des réseaux numériques. À cette ère hyperconnectée de l’intelligence artificielle (IA), de nombreuses organisations réalisent désormais qu’elles ne peuvent être liées qu’à une seule solution infonuagique. Comme les organismes responsables de la réglementation ne les laisseront pas agir de la sorte, s’offre une formidable occasion aux entreprises technologiques qui nous aident à gérer les nuages multiples afin de suivre la trace de nos données. Et cette réalité est assortie d’une vague de nouveaux risques, ce qui nous mène à ma quatrième conclusion. La cyberdéfense constitue la nouvelle frontière en matière d’investissement en technologie, ce qui est tout à la fois une nouveauté et ne l’est pas. En effet, les cybermenaces connaissent une croissance exponentielle dans un monde axé sur l’IA et rares sont ceux d’entre nous qui sont en mesure de maintenir le rythme imposé par les cybercriminels et leurs armes faisant appel à l’IA. Mais vous savez quoi ? Nous pouvons également compter sur l’IA générative, laquelle aide les entreprises, les gouvernements et, ma foi, tout le monde à demeurer en sécurité. Il s’agit là d’un domaine extrêmement important qui ne cesse de croître. Ma cinquième et dernière grande conclusion tient au fait que la prochaine frontière en ce qui concerne l’IA tient à la stratégie, puisque la stratégie s’intéresse aux solutions et non aux problèmes. Pour être bien franc, l’IA générative s’est dans une trop large mesure préoccupée de trouver des problèmes à résoudre plutôt que d’accélérer l’élaboration de stratégies et de solutions libératrices pour nous tous. Vous pourrez en apprendre plus sur les conclusions que je tire sur le sujet de la technologie en faisant une recherche avec les mots clés « RBC » et « Leadership avisé », ou en consultant ma page LinkedIn. L’un des plus ardents défenseurs de cette dernière idée mettant en cause l’IA comme vecteur de croissance est Sachin Dev Duggal, qui est notre invité vedette dans le cadre de cet épisode. Sachin est chef de la direction et fondateur de la société Builder.ai. Il s’agit d’une plateforme alimentée par l’IA qui a recours à des logiciels personnalisables et à l’approche à programmation schématisée pour élaborer des applications souples et taillées sur mesure aussi rapidement que le serait un produit commercial et ce, à un coût comparable. En 2023, la société Builder.ai fut nommée parmi les trois entreprises les plus innovantes dans le domaine de l’IA du monde, avec… roulement de tambour… Open AI et DeepMind. Amorçons donc sans plus attendre cette conversation, puisqu’elle saura, j’en suis sûr, capter votre attention. Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue à la Conférence des Sociétés fermées, Technologie, RBC Marchés des Capitaux à Los Angeles. Mon nom est John Stackhouse et j’ai le plaisir de me retrouver en compagnie de Sachin Dev Duggal, qui est fondateur et chef de la direction de la société Builder.ai. Il porte également un autre titre, soit celui de sorcier informatique principal. Nous reviendrons sur cela dans quelques instants. Sachin est un créateur d’entreprises en série. Il a entamé sa carrière à l’âge de 14 ans, alors qu’il s’affairait à assembler des PC. Il s’est ensuite rapidement intéressé à d’autres aspects de la technologie. Avant l’âge de 17 ans, il avait déjà entrepris d’élaborer l’un des premiers systèmes automatiques d’opérations d’arbitrage sur devises pour la Deutsche Bank. Sachin a ensuite lancé la société Builder.ai en 2016. Il avait un objectif simple, soit simplifier la vie des utilisateurs de tous les jours et faire en sorte que l’on puisse aussi facilement créer des logiciels que commander de la pizza… Sachin, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au balado Les innovateurs.

Interlocuteur 2 [00:04:40] Merci beaucoup de m’avoir invité.

Interlocuteur 1 [00:04:41] Commençons par votre histoire, Sachin. D’où vient votre intérêt pour la technologie ?

Interlocuteur 2 [00:04:46] En fait, c’est très amusant. Lorsque j’étais enfant, en vérité, je ne m’intéressais nullement à la technologie ou aux ordinateurs. Mon désir était de jouer au tennis. Et il se trouve que j’ai brisé l’ordinateur de ma mère et qu’elle m’avait alors ordonné de le réparer, à défaut de quoi… J’ai donc dû commencer à lire un livre pour parvenir à comprendre comment programmer en DOS. Et je dois dire que je me suis vraiment passionné pour cela. Je suis donc parvenu à remanier le menu DOS de telle sorte que le système puisse recommencer à fonctionner. Et le reste s’en est suivi. Lors de mon anniversaire suivant, je dis à ma mère que je souhaitais obtenir un PC. Et elle me répondit alors, en me demandant si je me rappelais de ce qui était arrivé lorsque j’avais touché un tel appareil pour la dernière fois. Et je lui avais alors répondu non, mais que je souhaitais plutôt en construire un. Elle me répondit qu’il s’agissait là vraiment d’une très mauvaise idée. En définitive, je suis parvenu à construire cet ordinateur et je me suis dit que ce n’était pas si difficile, de telle sorte que je me suis mis à assembler des ordinateurs. Mon premier client fut mon professeur de design et, en fait, dans son cas, je me suis contenté d’arranger son ordinateur portable, ce pour quoi il m’a tout de même payé. Voilà qui fut donc une expérience fort enrichissante. Vous savez, Michael avait entretemps entrepris de lancer la société Dell et l’assemblage d’ordinateurs personnels était de moins en moins rentable. J’ai donc commencé à écrire des programmes et à apprendre à écrire des logiciels. Et je suppose que tout le reste s’en est suivi.

Interlocuteur 1 [00:05:40] Ainsi donc, si nos mères peuvent être d’excellentes enseignantes, l’échec est également un formidable vecteur d’apprentissage. Vous avez connu quelques échecs au tout début de votre carrière. Et il me semble par ailleurs que ces échecs vous ont aidé à accomplir le travail que vous faites aujourd’hui. Auriez-vous l’obligeance de nous en dire un peu plus de ce que vous avez appris de tout cela.

Interlocuteur 2 [00:05:51] La première leçon est que les choses doivent se dérouler à une vitesse qui s’impose pratiquement d’elle-même. Lorsqu’on ne respecte pas cette loi de la physique, les choses ne fonctionnent pas. Voilà qui fut pour moi une formidable leçon dans le cadre de mon cheminement d’apprentissage puisque j’étais en vérité un adolescent extrêmement impatient pour qui tout devait déjà avoir été réalisé la veille, qui ne parvenait pas à comprendre pourquoi il fallait toujours du temps pour accomplir quoi que ce soit, et qui avait vraiment un problème sur le plan de la perception des choses. En effet, comme c’est le cas du vin, il faut du temps pour certaines choses, comme le vin a besoin de temps pour fermenter. La deuxième leçon tient à l’importance de s’entourer des bonnes personnes. Lorsqu’on a 21 ou 22 ans, on n’est pas vraiment en mesure de distinguer les bonnes des mauvaises personnes, et on a naturellement tendance à croire que chaque personne est intrinsèquement bonne. Il m’arrive toujours d’avoir des discussions sans me méfier du tout lorsque je rencontre des gens pour la première fois. Cependant, je me montre un peu plus prudent quant à ce à quoi je dois porter attention. Par ailleurs, et ceci constitue probablement la leçon la plus difficile à apprendre, est qu’il importe de célébrer les échecs et ce qui n’a pas produit les résultats escomptés. Vous savez, pendant de nombreuses années, je me contentais de faire un état de la situation. Quelque chose n’avait pas fonctionné, nous disposions d’une solution de rechange et nous poursuivions notre chemin. Et cela s’explique du fait que j’avais déjà entrepris la partie suivante de ma vie. Lorsque ces situations sont survenues, j’étais assez jeune et je ne savais pas très bien comment expliquer les choses. En vérité, comment dirais-je, je me suis trompé ou cette situation s’est produite, ou cette situation a échoué car, dans une certaine mesure, c’est un peu comme si, dans mon esprit, j’avais déjà tourné la page et que j’avais l’impression qu’on me regarderait différemment si je me demandais ce qu’il serait advenu si la situation n’avait pas fonctionné. J’avais été confronté à un problème, et je ne savais pas comment l’expliquer. Je suppose que je me sens aujourd’hui beaucoup plus à l’aise parce que nous avons créé une formidable entreprise avec Builder.ai, et je ne souhaite absolument pas qu’on puisse laisser entendre que, comment dirais-je, nous n’avons pas dû surmonter des problèmes et n’avons pas eu de difficulté, parce que je ne pense pas qu’en agissant de la sorte je me montrerais juste envers l’entrepreneur qui se retrouve dans la même situation que celle qui était la mienne il y a 20 ans, pour lui permettre d’acquérir une certaine confiance.

Interlocuteur 1 [00:07:18] Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur Builder.ai et sur ce que vous tentez de créer ?

Interlocuteur 2 [00:07:20] Pour moi, c’est toujours l’essence même du problème qui est particulièrement intéressante, si vous voyez ce que je veux dire. Et dans ce cas-ci, je me trouvais à San Francisco. Je tentais de concevoir une application de partage de photos. Avec une dorsale extrêmement robuste ; je m’efforçais de trouver des développeurs de modules frontaux, je me butais à des difficultés, je tentais malgré tout d’y parvenir pour ensuite prendre conscience de la difficulté de cette entreprise. Telle est en quelque sorte l’origine de ma démarche. J’ai alors commencé à découvrir qu’un nombre sans cesse croissant de gens s’efforçaient de créer des entreprises dans le domaine du logiciel ou tentaient de devenir des entrepreneurs dans ce domaine et se butaient à des difficultés tout à fait similaires. Et un jour, je pense que j’ai pris conscience du fait que, si nous faisons porter notre regard sur une période suffisamment longue, il n’y aurait un jour plus d’entreprises traditionnelles. Tout sera fondé sur des logiciels ou sera développé à l’aide de logiciels. Et si tel est le cas, 95 % des gens qui exploitent des entreprises, des services, qui mettent de l’avant des idées, qui gèrent de grandes sociétés, se retrouvent en situation fâcheuse puisqu’ils n’ont pas de base technique et qu’ils ne sont pas des gestionnaires de produits. Malgré tout, ils doivent être en mesure de se servir de logiciels et d’élaborer des logiciels pour développer leur plein potentiel. Et c’est véritablement cela qui nous a lancés. En vérité, la genèse fut relativement élémentaire. Nous nous sommes dit que partout à travers le monde des logiciels allaient être conçus et que la majorité des gens ne savaient pas comment s’y prendre. Lorsqu’on jette un coup d’œil à ce qui est créé, on constate que les produits sont plutôt similaires. Mais que veut-on dire par « plutôt similaire » ? Nous faisons référence aux composantes ou aux caractéristiques que l’on retrouve dans la plupart des applications logicielles. Elles sont identiques. Quatre-vingts pour cent des fonctions de la plupart des applications sont identiques. Qu’il suffise de jeter un coup d’œil aux téléphones et aux applications dont nous disposons. Vous voyez ce que je veux dire ? Je suis sûr que vous avez déjà vu un écran d’ouverture de session ou de profil, un écran de carte, un système de paiement ou un tableau. En fait, toutes ces fonctionnalités sont similaires. Ainsi, par exemple, je ne comprends toujours pas pourquoi des milliers de gens à travers le monde s’efforcent aujourd’hui de créer une fonction d’ouverture de session. Cette fonction demeure identique aux mille dernières fonctions de ce genre. Nous nous sommes donc dit que tout cela rappelait l’exemple des Lego. Comme vous le savez, j’ai deux enfants. Ils jouent beaucoup avec les Lego et chacun sait qu’il est possible de se servir des mêmes blocs de Lego pour créer des choses différentes. Nous nous sommes donc demandé pourquoi nous n’aurions pas recours à l’IA pour assembler ces blocs de Lego et les organiser. Et en vérité, pour nous, le rêve tient à la rapidité à laquelle nous pouvons parvenir à… ce qui constitue pour nous un seuil de 77 applications par heure, soit un million d’applications par année, ce qui ne représente que 1 % de l’ensemble des nouvelles entreprises créées tous les ans. Et de cette façon, je pense que nous avons accompli un petit pas en avant pour permettre aux entrepreneurs, quelle qu’en soit la taille, de même qu’aux entreprises de toutes tailles et aux professionnels de tous les domaines, d’être en mesure de développer leur plein potentiel.

Interlocuteur 1 [00:09:23] Nous allons revenir au modèle d’affaires, mais dites-nous-en tout d’abord un peu plus sur votre titre de sorcier informatique principal.

Interlocuteur 2 [00:09:26] En fait, il faut remonter à mes premières années. Quand j’étais jeune, j’étais très passionné. Je suis devenu chef de la direction et en quelque sorte une version encore plus effrontée de ce que j’étais plus jeune. Et je me suis rendu compte qu’en fait je n’avais aucune expérience. Le deuxième facteur tient au fait que le titre a un poids énorme. Il ne s’agit pas ici vraiment d’un poids pour moi, mais d’un poids lorsque je m’adresse à d’autres personnes. Le titre est trop sérieux. Il fait en sorte qu’il n’est pas toujours en mesure de découvrir certaines choses. Mais je dirais que le troisième aspect, si je réfléchis vraiment à ce en quoi consiste mon travail, c’est de contribuer à faire en sorte qu’une certaine magie puisse opérer. Qu’il s’agisse d’une magie mettant en cause diverses équipes, un produit, qu’il s’agisse d’aider des clients à découvrir leur plein potentiel, ce qui peut en soit également présenter un certain caractère magique, tout cela explique cette référence à la magie et ce terme de magicien informatique ou de sorcier informatique. Sans compter le fait que cela me donne un objectif à atteindre. Je deviendrai un jour un bon chef de la direction et je porterai alors pleinement ce titre.

Interlocuteur 1 [00:10:08] Ainsi donc, le fait d’aider vos clients à comprendre ou à trouver les mystères que recèlent certaines possibilités économiques et commerciales constitue en l’espèce un défi important dans le domaine de l’IA. Comment vous y prenez-vous à cet égard ?

Interlocuteur 2 [00:10:17] Peut-être le préambule à cette question consiste-t-il à se demander vraiment où nous en sommes dans le cycle du battage médiatique. Si vous vous rappelez de Real Player, ce logiciel permettait jadis de prendre en charge la lecture en continu de vidéos. Il vous suffisait d’appuyer sur le bouton « Play », d’attendre 10 minutes ou 20 minutes, pour finalement obtenir un extrait de 30 secondes. Combien d’entre vous êtes aujourd’hui clients de Netflix, de Hulu ou d’Apple TV ? Et qu’est devenu Real Player ? Combien d’entre vous disposez-vous aujourd’hui d’un modem commuté, hormis ceux qui ont été rangés dans une armoire ou se retrouvent dans un musée ? Bien. En fait, vous n’en avez pas. Et cela nous ramène au point que j’aimerais souligner lorsque nous nous trouvons à une étape si précoce de la technologie. Mais cette situation est plutôt intéressante puisqu’on se retrouve en face d’une technologie qui en est encore à ses premiers balbutiements et qui présente un incroyable potentiel de perturbation. La question consiste donc à se demander pourquoi tout le monde s’énerve-t-il tant. Nous connaissons cette technologie depuis environ une décennie. Qu’est-ce qui a changé ? Ce qui a changé tient à la conception ou au design, aux aspects dont en vérité personne ne parlait. Aujourd’hui, nous disposons des systèmes logiciels les plus complexes et ils ressemblent à WhatsApp. De sorte que les modifications sur le plan de la conception ont soudainement fait en sorte que chacun a réagi ; dans le métro, on entend aujourd’hui parler de grands modèles de langage. Ce sujet est sur toutes les lèvres à travers le monde. Dans chaque salle de conférences, chaque chef de la direction se demande dans bien des cas où se trouve leur stratégie en matière d’IA. Où se trouve notre stratégie en matière d’IA générative. Et malgré tout, ils n’ont pas encore découvert tous les cas d’utilisation. De nombreux projets pilotes ne passent pas encore à l’étape de la production. Et pour moi, en vérité, cette situation s’explique du fait du dernier volet. Qui porte sur ce qu’est véritablement l’IA. Car, à n’en pas douter, l’IA n’est pas simplement générative. Si l’IA s’emploie à certains égards à véritablement reproduire l’intelligence humaine, s’offrent fondamentalement à nous trois façons de voir les choses. Je suis certain que plusieurs d’entre vous nagiez lorsque vous étiez enfant. Si vous pouvez vous représenter cette image dans votre esprit, cette vidéo qui défile dans votre esprit, il faut savoir, incidemment, que ce n’est pas vous qui générez cette vidéo, mais qu’il s’agit plutôt d’une vidéo réelle. En vérité, vous l’extrayez de votre mémoire. Il s’agit ici d’un graphe de connaissances. Si je vous demandais de m’aider à compléter ma phrase en vous demandant ce que vous pensez que je suis sur le point de… Vous voyez ce que je veux dire ? Peut-être auriez-vous dit : « faire ». Vous aurez fort probablement pu faire intervenir un million d’autres combinaisons de termes, mais par déduction vous avez retenu les verbes « dire » ou « faire ». Voilà qui évoque les réseaux neuronaux d’inférence. Et par la suite, si nous nous disons que nous allons écrire ce poème portant sur nous, à titre d’entité connue. Alors, nous adoptons une démarche générative. Mais en fait, pour que nous puissions intervenir en ce sens, tous ces autres systèmes ont dû se mettre en place. Et il me semble que tel est ce que découvrent les chefs de la direction et les entreprises. Lorsque je les rencontre, je constate qu’ils prennent conscience du fait qu’ils doivent en vérité être très spécifiques à l’égard du problème qu’ils tentent de résoudre. Vous savez, l’IA qui est aujourd’hui à notre portée offre d’excellents résultats sur le plan de l’élimination des aspects relatifs à la variance humaine. Elle est très bonne sur le plan de l’élimination des tâches. Elle n’entraîne pas d’élimination d’emplois. Elle permet à chacun de progresser sur le plan hiérarchique. Et l’analogie que je préfère renvoie à la cape qu’arborent les humains pour leur conférer des capacités superhumaines.

Interlocuteur 1 [00:12:46] J’ai l’occasion de parler à de nombreux chefs de la direction, y compris au sujet de l’IA. Et je constate que les chefs de la direction qui connaissent le plus de succès estiment qu’elle représente une occasion de croissance. L’enjeu ne tient pas à l’efficacité. Ils souhaitent rehausser la productivité et, surtout, la valeur par employé par heure travaillée. Ce qui revient aux notions d’aptitude et d’amélioration des aptitudes. Vous venez d’évoquer le fait d’aider chacun à progresser, en l’aidant à devenir excellent alors qu’il est actuellement bon. Peut-être cela tient-il de la cape de superhéros que vous mettez sur leurs épaules. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les aspects pratiques de tout cela dans une entreprise réelle et dans un contexte économique bien tangible ?

Interlocuteur 2 [00:13:14] De manière générale, qu’est-ce qui intéresse le plus les entreprises ? Comment puis-je proposer une meilleure expérience client à l’égard de ce que je vends ? Comment puis-je mettre de l’avant une expérience client enrichie lorsque j’offre un service et comment puis-je m’assurer d’avoir optimisé ma base de coût de telle sorte que je puisse bénéficier du levier approprié pour être en mesure de me développer ? Et c’est à cet égard que l’IA devient extrêmement puissante. Prenons, si vous le voulez bien, le cas d’un centre d’appels. Nous pensons fréquemment que, dans un contexte de centre d’appels, toutes les conversations sont uniques. Tel n’est cependant pas le cas. Il me vient à l’esprit ma propre expérience en ce qui concerne les points de données relativement bruts : nous avons posé un trop grand nombre de questions au sujet des clients l’an dernier, mais seulement 1 200 d’entre elles étaient uniques. Les autres étaient identiques, bien qu’elles aient été posées différemment. Voilà qui vous en dit beaucoup sur le fait que les conversations qu’a la marque avec ses clients ne sont pas si uniques que cela. En vérité, vous pouvez intervenir de manière relativement contrôlée. Et si vous disposiez d’un outil d’IA qui pourrait permettre à un agent de connaître d’entrée de jeu du succès sans qu’il ait à suivre une formation de trois mois, cela serait tout à fait intéressant. Et qu’en est-il de l’expérience client ? Voici un exemple auquel j’ai vraiment été confronté avec un client la semaine dernière. Ce client m’a expliqué que son centre d’appels était surchargé. Ces appels provenaient de personnes mal informées qui souhaitaient faire l’achat d’une bague de fiançailles. Et les employés de mon client perdaient leur temps à répondre aux mêmes questions. Qu’en serait-il si nous pouvions véritablement avoir avec ces clients une conversation virtuelle grâce à un outil d’IA et leur demandions, par exemple, ce qu’aime l’élue de leur cœur ? Est-elle du type sportif ? Est-elle du genre à aimer se promener à Beverly Hills en portant des vêtements griffés Chanel ? Quelle est en vérité sa raison d’être ? Ensuite, fort de cette information, vous pourriez entreprendre de formuler des suggestions quant au type de bijoux qu’elle pourrait aimer. Voici le type de style qui pourrait lui plaire. Vous pourriez également générer une réponse en faisant référence à divers éléments pour produire un résultat éventuel. De sorte que vous connaîtriez alors une expérience harmonieuse, intéressante en vue de faire l’achat de quelque chose, alors que cette opération aurait autrement été entièrement manuelle et aurait nécessité de votre part que vous multipliiez les échanges plus ou moins révélateurs. Et le processus d’achat était en vérité très complexe.

Interlocuteur 1 [00:14:51] Et quel est le rôle de Builder.ai dans ce contexte ?

Interlocuteur 2 [00:14:55] Nous aidons nos clients à mettre en place cette solution intégrée. Ainsi donc, que nous ayons recours à Natasha à titre de plateforme conversationnelle, que l’objectif soit de vous permettre d’intégrer vos informations de base et vos données, en tenant pour acquis que 90 % des échanges présentent dans les faits un caractère répétitif et que seulement 7 % de ces échanges présentent pour leur part un caractère tout à fait unique. La démarche consiste donc à cerner plus précisément ce en quoi consiste ces 7 % puis à créer les systèmes logiciels. L’expérience pourrait être du type conversationnel. Elle pourrait concerner un centre d’appels. Elle pourrait concerner une application mobile ou sur le Web. En vérité, notre travail est très simple. Notre mission consiste à aider les gens à créer des logiciels et à envisager cette tâche d’une manière qui prévoie des passerelles entre la voix et le logiciel, voire entre le texte et le logiciel, de telle sorte que vous n’ayez à vous soucier d’aucun aspect intermédiaire, pour autant que vous puissiez répondre à des questions et décrire ce que vous avez en tête. Vous pouvez alors créer ce logiciel.

Interlocuteur 1 [00:15:44] Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce que signifie cette référence à la passerelle entre la voix et le logiciel ou le texte et le logiciel ?

Interlocuteur 2 [00:15:48] Absolument. Aujourd’hui, nous retrouvons dans l’industrie beaucoup d’outils destinés aux développeurs. Cognition, Vercel, GitHub Copilot. Tous ces outils ont pour objectif de permettre aux développeurs de programmer, d’élaborer ou d’écrire des programmes plus efficacement et plus rapidement. De sorte que l’on observe des progrès sur le plan du rendement de l’ordre de 30 %, 40 % ou 50 % au niveau des développeurs. Cependant, écrire un programme n’est pas synonyme de développer un logiciel. Interviennent en effet de nombreuses autres composantes, comme sur le plan de la conception. Et d’autres aspects. Par exemple, il faut se demander quelles sont les fonctions qui sont nécessaires pour résoudre les problèmes. Quels sont les parcours qui doivent être suivis pour résoudre ces problèmes ? Quelles sont les tâches que chacun est en mesure de faire de manière globale ou universelle ? Chacun peut parler, clavarder et même expliquer ce que l’on a à l’esprit, de même que le problème que nous tentons de résoudre. La question consiste donc à déterminer quel usage nous pouvons faire de cette interface utilisateur commune. Elle a pour objectif de présenter des options. De poser des questions. De vous guider le long d’un parcours pour entreprendre, à terme, de concevoir une application logicielle en supprimant de cette tâche tous ces aspects fondamentalement complexes.

Interlocuteur 1 [00:16:39] Votre objectif consiste-t-il vraiment à assembler les blocs Lego ou tout simplement à remettre ces blocs au client en lui fournissant peut-être également un guide d’utilisateur ou l’une de ces cartes qui pourraient s’avérer utiles pour lui ?

Interlocuteur 2 [00:16:47] Voilà une excellente question. La réponse est non. En fait, nous assemblons les pièces de Lego. Nous personnalisons le Lego pour le client. Et nous en assurons le déploiement. Nous le présentons. Nous sommes ensuite en mesure de lui dire que son produit est utilisable. En vérité, vous pouvez inviter des gens chez vous pour voir la Ferrari que vous venez de construire. Et, en fait, c’est très important puisque, pour les clients qui n’ont pas d’assise technique, et ce groupe représente 95 % de l’auditoire, comme je le disais, ces clients ne souhaitent pas se voir confier des outils et présenter des toiles blanches. Personne n’aime se faire remettre une page blanche et être invité à répondre à la question qui consiste à déterminer ce qu’il faut faire. Lorsque vous achetez quelque chose que vous ne comprenez pas, cette chose comporte toujours un certain nombre d’options. Je sais en effet que je veux un peu de ceci et un peu de cela et que j’aime vraiment beaucoup cette autre chose. Voilà qui évoque l’analogie de la pizza. Jamais vous adressez-vous à un commerçant pour lui dire que vous voulez une pizza en lui précisant la quantité de pâte que vous souhaitez qu’il prévoie. Votre démarche consiste plutôt à dire que vous voulez un type de pizza en particulier ou en précisant peut-être certaines garnitures, et c’est généralement de cette façon que nous nous y prenons.

Interlocuteur 1 [00:17:30] Mais n’est-il pas vrai que les clients souhaitent un peu, voire beaucoup, de personnalisation ?

Interlocuteur 2 [00:17:33] Absolument. Ce que nous avons constaté est que, dans le contexte des volumes qui prévalent actuellement, 80 % des logiciels sont utilisés tels quels, tels que commercialisés ; 20 % d’entre eux sont personnalisés, cette proportion pouvant parfois atteindre les 30 %. Et pour cette proportion de 20 % à 30 %, il faut savoir que nous avons désormais élaboré la technologie qui permet d’en générer la moitié. Intervient ensuite un réseau d’experts qui se compose d’êtres humains qui se chargent en quelque sorte du dernier kilomètre. Et je ne pense pas que cette réalité changera un jour. Cela s’explique par une raison tout à fait spécifique puisque, comme il est ici question de création, la créativité proprement humaine a son rôle à jouer. Cependant, en contrepartie de cette réalité, il faut savoir que, pour chaque développeur disponible aujourd’hui, il y a de la demande pour huit ou neuf développeurs. De telle sorte que nous sommes malgré tout confrontés à une pénurie sur le plan de l’offre.

Interlocuteur 1 [00:18:17] Vous avez évoqué le fait que nous connaissions une nouvelle ère de Vinci. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre réflexion à cet égard, sur les perspectives que nous réserve l’économie des créateurs, mais également sur Builder.ai ?

Interlocuteur 2 [00:18:26] Permettez-moi de vous offrir cette analogie, dans le cadre de laquelle vous imagineriez que vous possédez une compétence ou une aptitude particulière, n’est-ce pas ? Et supposons que votre aptitude particulière tient au fait que vous êtes un bon vendeur sur le terrain. Nous savons désormais ce que nous pouvons faire avec l’IA et que nous pouvons aider d’autres personnes à devenir de bons vendeurs puisque nous pouvons observer vos qualités. Nous pouvons voir comment vous vous y êtes pris. Nous pouvons observer ce que vous avez dit. Nous pouvons observer comment vous avez conclu l’affaire et nous pouvons également investir tout le monde de ces mêmes qualités. Voilà qui constitue un formidable atout pour l’entreprise. Cependant, ce n’est pas aussi intéressant pour le vendeur car, alors qu’il était jadis le meilleur vendeur, tout le monde sera désormais aussi bon que lui. L’évolution des aptitudes tient en fait à l’acquisition de nouvelles aptitudes. Et cela ouvre de toutes nouvelles perspectives qui mettent en cause le cadre éducatif. Les disciplines que sont les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques ne suffisent plus désormais. Les enfants ne devraient pas apprendre à programmer. Ce qui importe vraiment pour les enfants est qu’ils puissent apprendre la musique, l’architecture et les arts. Et c’est cette polymathie qui explique pourquoi je parle de l’ère de Vinci, qui nous invite à coexister avec cette technologie de manière à devenir de super-êtres humains. Nous devons élargir notre esprit à des disciplines qui ne se sont probablement jamais croisées auparavant.

Interlocuteur 1 [00:19:32] Sur un plan plus pratique, de nombreuses entreprises procèdent à des validations de principe. Considérez-vous que cette réalité doive changer de manière marquée au cours des prochaines années ?

Interlocuteur 2 [00:19:39] En fait, je pense que cela nous ramène à ce que je disais plus tôt. Vous savez, vous avez réalisé la validation de principe mettant en cause la diffusion en la lecture en continu lorsque nous disposions de Real Player. Mais ce n’est qu’au moment où nous avons pu diffuser en continu des images de qualité 4 k ou en qualité 1080p que les résultats ont vraiment été concluants. Très bien. De sorte que les validations de principe sont à certains égards à vocation double. D’une part, l’objectif est de mettre à l’épreuve la technologie. Cependant, ce que ces validations de principe permettent de faire consiste à mettre à l’épreuve le problème. De sorte que ce que nous constatons est qu’il ne s’agit pas en vérité d’un problème que je dois résoudre puisque je constate que, dans une large mesure, je suis plutôt confronté à une solution à la recherche d’un problème. Et les validations de principe incarnent la conversion de la solution, qui est à la recherche d’un problème. Au cours des 12 ou 24 prochains mois, c’est le problème qui entreprendra de se mettre à la recherche d’une solution puisque chacun comprend désormais ce que recèle l’art du possible. Et cela est compréhensible, n’est-ce pas ? Puisque tant que cette vague n’avait pas pris forme, nous n’avions jamais pu disposer auparavant d’un concept de ce qu’était cet art du possible.

Interlocuteur 1 [00:20:24] De sorte que nous passerons maintenant plus à l’identification et à la description des solutions. Qu’est-ce que les meilleures entreprises avec lesquelles vous traitez comprennent au sujet de l’IA que ne comprennent peut-être pas d’autres entreprises ?

Interlocuteur 2 [00:20:33] Du point de vue du client, nous avons observé que le contact se fait en quelque sorte lorsque le cas d’utilisation est très bien défini. Nous avons donc un client qui nous indique qu’il souhaite que son équipe de vente soit en mesure de répondre à toute question sur la foi d’un ensemble de données, et que cet ensemble de données comprend des fichiers en format PDF. Parmi cet ensemble de données figuraient des conversations qui avaient été enregistrées. De sorte que nous disposions là d’une information de qualité, n’est-ce pas ? Car elle était extrêmement bien définie. Certains de nos clients nous ont indiqué que l’indice de recommandation client de leur centre d’appels était de 15, ce qui n’est pas si mauvais dans le cas d’un centre d’appels, mais qui laisse néanmoins à désirer. Nous devions nous situer au niveau 40. Nous nous sommes donc demandé ce qu’était le problème. Et voici les problèmes que nous observons. Vous savez, un agent compétent et un agent moins compétent… nous n’avons pu le déterminer qu’après six mois de travail. De sorte que vous pouvez aujourd’hui faire appel à l’IA, vous pouvez tirer parti de l’ensemble des graphiques de connaissance, de l’apprentissage automatique, des réseaux neuronaux ou de l’IA générative pour être en mesure de contribuer à résoudre ce problème. De sorte que les problèmes les mieux définis sont ceux auxquels correspond une véritable analyse de rentabilisation. Et le troisième aspect renvoie au fait que certains font des expériences, mais ils abordent les questions en faisant preuve d’ouverture d’esprit quant à ce à quoi pourrait ressembler l’avenir d’une interface graphique. Et cela semble aller beaucoup plus de soi lorsqu’il s’agit d’un auditoire de marque ou dans un contexte de commerce interentreprises, voire de commerce électronique de détail. Nous observons donc que nombreuses sont les personnes qui sont appelées à réimaginer tout cela. À quoi ressemble une application de magasinage ? À titre d’exemple, Sephora a agi de la sorte dans le domaine du maquillage, mais, pour dire vrai, à quoi ressemble-t-elle, s’agissait d’essayer des vêtements ? Et sommes-nous en mesure de faire en sorte que cette application puisse répondre à tout, en offrant pratiquement une expérience d’acheteur personnel pour les clients ?

Interlocuteur 1 [00:21:55] Il ne nous reste que quelques minutes. Je me demande si nous pouvons nous tourner vers Builder.ai et certains des défis auxquels vous êtes confronté, mais également certains des défis et des ambitions que vous caressez. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous vous butez ?

Interlocuteur 2 [00:22:07] Nous avons eu la chance de croître très rapidement et avons été confrontés aux difficultés inhérentes à cette réalité. Nous avons créé l’entreprise en 2016. Nous avons produit notre version bêta en 2020, durant la pandémie de COVID. En vérité, nous n’aurions pu choisir pire période pour terminer notre version bêta, et nous étions tous très nerveux. Je faisais preuve de beaucoup d’optimisme et les membres du conseil ne cessaient de me répéter que le moment était mal choisi pour faire preuve d’optimisme puisque le monde autour de nous s’effondrait. Par la suite, nous avons progressé, notre chiffre d’affaires passant de 17 à 180 millions de dollars en trois ans. Et au fil de ce parcours, nous nous sommes, disons, quelque peu enveloppés. C’est un peu comme si, pendant trois ans, nous nous étions nourris de cheeseburgers et de crème glacée. Et nous avons compris depuis lors qu’un petit passage au gymnase s’imposait. Pour dire vrai, il est un peu difficile de se remettre à fréquenter le gymnase après s’être délecté de pizza, de crème glacée et de burgers pendant trois ans. De sorte qu’une partie de l’enjeu consistait à tenter de déterminer quelle serait la taille optimale de cette organisation. À quoi nous devions accorder de l’importance, ce qui était nécessaire, ce qui posait problème, et à l’égard de quels aspects nous n’avions pas suffisamment investi. En deuxième partie, me semble-t-il, et c’est bien pour cette raison que j’utilise le terme de sorcier informatique plutôt que de chef de la direction, c’est que les entreprises connaissent divers arcs narratifs ou périodes dans le cadre de leur développement. Nous avons terminé notre premier arc. Nous avons franchi cette étape lorsque nous avons atteint les 100 millions de dollars de chiffre d’affaires. Nous avons entrepris le deuxième arc. Et ce qui nous a permis de franchir la première étape n’est pas ce qui nous permettra de franchir la deuxième. De sorte que la principale difficulté consiste à tenter de nous y retrouver et à voir clair dans tout cela. Et pour dire vrai, c’est un peu apeurant parce que, dans une certaine mesure, le génie est déjà sorti de la bouteille, si vous voyez ce que je veux dire ? Et, dans une certaine mesure, nous tentons de naviguer aux abords de ce précipice. Et nous en revenons à ce qui me semble être l’autre partie de la question, qui est de déterminer ce en quoi consiste le plan. Si vous posez la question à n’importe quel membre de l’équipe de direction de Builder.ai, ils vous répondront que nous n’avons qu’une seule mission, qui consiste à déterminer combien rapidement nous pourrons parvenir à produire un million d’applications par année. Soit environ 90 000 applications par mois et 77 applications par heure. Actuellement, la seule chose qui nous intéresse consiste à déterminer ce dont nous avons besoin pour atteindre ce seuil de 77.

Interlocuteur 1 [00:23:38] Où en êtes-vous actuellement ?

Interlocuteur 2 [00:23:39] Probablement vers 3 ou 4. Cela représente donc un changement exponentiel. Et voilà qui est extrêmement stimulant, car nous devons procéder à rebours. Et l’une des choses que j’ai apprises remonte à la nécessité de remettre en cause la façon d’envisager les situations. Nous avons réalisé cet exercice il y a environ un an, et nous nous sommes alors demandé ce dont nous avions besoin pour atteindre le seuil des 77 applications par heure. Et tout le monde a été en mesure de prévoir le problème auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, mais dans sept ans. J’avais alors dit à chacun que, si nous résolvions le même problème que celui que nous résolvons cette année, nous vérifierons la définition clinique de ce qu’est la folie dans sept ans, puisque nous nous serons réveillés tous les matins en nous disant que nous allons régler le même problème. J’avais alors suggéré à chacun d’envisager cette situation différemment. En les invitant à se projeter sept ans dans l’avenir et à établir une trame narrative. En établissant ce que chacun était en mesure d’observer. Ce que son équipe réalisait avant de remonter dans le temps depuis lors, ce qui correspond à environ deux stades de développement. Et, tout d’un coup, chacun a entrepris de modifier ce qui semblait constituer à ses yeux un problème. Chacun se montrait désormais créatif quant à ce que le problème pourrait être.

Interlocuteur 1 [00:24:26] Si nous devions nous retrouver dans un an, dans quelle situation se retrouvera Builder.ai ?

Interlocuteur 2 [00:24:30] Nous nous préoccuperons toujours de réaliser des rêves à travers le monde.

Interlocuteur 1 [00:24:33] Et en ce qui concerne ce parcours vous menant de 3 à 77 applications par heure ?

Interlocuteur 2 [00:24:35] Eh bien, nous devons croître à un rythme quotidien de 0,26 %. Je n’ai pas vraiment refait ce calcul, mais, avec un peu de chance, nous devrions nous retrouver à un niveau proche de six.

Interlocuteur 1 [00:24:43] Et à titre de dernière question destinée au sorcier informatique principal, quel type de magie devriez-vous faire intervenir au cours de la prochaine année pour atteindre cet objectif ?

Interlocuteur 2 [00:24:49] Vous savez, je pense que la question est pour moi beaucoup plus personnelle car j’ai le souci du détail, j’aime comprendre les détails puisque cela m’explique à brosser la trame narrative. Mais l’entreprise est désormais grande. Ma principale difficulté et le défi que je dois relever consistent à déterminer comment je peux tout de même me préoccuper en même temps du détail.

Interlocuteur 1 [00:25:05] Voilà une conversation très intéressante qui s’est avérée formidablement inspirante. Permettez-moi de vous remercier, Sachin, d’avoir participé au balado Les innovateurs.

Interlocuteur 2 [00:25:09] Merci. Merci beaucoup.

Interlocuteur 1 [00:25:13] J’aime beaucoup la façon dont Sachin entrevoit l’avenir. Ses perspectives sont à la fois fabuleuses pour le domaine de la technologie, mais ne sont pas également sans soulever quelques inquiétudes. Trois descriptions seront clés au cours de la prochaine année. Une approche axée sur le plan stratégique, un mode de fonctionnement allégé et une approche axée sur les résultats. Et ceux d’entre vous qui sauront épouser une telle approche devraient connaître des résultats plutôt intéressants. Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Au plaisir de vous retrouver.

Interlocuteur 3 [00:25:41] Le balado Les innovateurs est produit par le groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service. Pour écouter d’autres balados de la série « Les innovateurs », consultez le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.

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Grâce à l’innovation, le nucléaire est à nouveau envisagé comme source d’énergie intéressante en vue d’atteindre la carboneutralité, qu’il s’agisse des grands réacteurs d’ancienne génération ou des petits réacteurs modulaires (PRM).

Si vous avez vu le film Oppenheimer, vous connaissez les bases de l’énergie nucléaire. Bien que la science et la technologie n’aient pas beaucoup changé depuis l’époque représentée dans la superproduction de Christopher Nolan, les PRM ouvrent des possibilités complètement différentes.

Les PRM utilisent une technologie nucléaire compacte et mobile. Commercialisés avec succès, ils pourraient alimenter en électricité les grandes villes et les collectivités éloignées sans produire d’émissions, et offrir une solution de rechange aux industries canadiennes essentielles qui dépendent actuellement des combustibles fossiles.

L’Institut d’action climatique RBC a récemment publié un rapport intitulé « Penser petit :Comment faire des petits réacteurs nucléaires modulaires une priorité au Canada » qui explique le potentiel de cette nouvelle ère du nucléaire.

D’après nos recherches, le Canada devra construire 85 PRM au coût de 102 à 226 milliards de dollars pour atteindre son objectif de carboneutralité d’ici 2050.

Soulignons également l’énorme occasion en matière d’exportation : nous pourrions devenir un chef de file mondial comme nous l’avons fait avec le réacteur Canada Deuterium Uranium (CANDU) dans les années 1950 et 1960.

Des provinces comme l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Saskatchewan et l’Alberta étudient cette technologie pour décarboner l’industrie et alimenter leurs réseaux.

Comment les PRM contribuent-ils à la sécurité énergétique du Canada et quelles seraient les retombées économiques si le pays devenait un chef de file mondial?

Pour en savoir plus, nous avons visité la centrale nucléaire de Darlington, le tout premier site canadien de PRM qui alimente un réseau électrique.

Dans cet épisode, John Stackhouse s’entretient avec trois dirigeants du secteur nucléaire qui ont pour ambition de généraliser les PRM au Canada : Nicolle Butcher, cheffe de l’exploitation d’Ontario Power Generation, Bill Labbe, chef de la direction d’ARC Clean Technology Canada, et Heather Chalmers, cheffe de la direction de GE Vernova.

Une chose est sûre : l’énergie nucléaire pourrait être l’un des piliers d’un avenir à faibles émissions et la commercialisation des PRM constitue une solution de plus en plus prometteuse.

Pour lire le rapport de l’Institut d’action climatique sur les PRM, cliquez ici.

Speaker 1 [00:00:02] Hi. Is John here today? I’m at the site of SMRS. At least in Canada. I’m overlooking the Darlington nuclear facility. It’s one of the world’s largest. And a huge construction site where four SMRS as they’re known, are being built. In fact, I’m looking at a sign that says future home of Canada’s first grid scale SMR. And I’m joined here by Chuck Lamers from OPG. Explain a bit, Chuck, what we’re looking at.

Speaker 2 [00:00:32] Okay, so the area that we have to the south of us and to the east is the area for the new small modular reactors. Four of them will be constructed here.

Speaker 1 [00:00:43] And for those who need a refresher, what is an SMR?

Speaker 2 [00:00:47] It is a reactor that can be constructed in a location and then transported and set up to run. They can be put in place quicker and more economically than a large nuclear facility, such as what Darlington is with four large reactors, each one of them at around 900MW. The small modular reactors that will be built here, each one will only be about 300MW.

Speaker 1 [00:01:13] We’ve got a gorgeous day here looking out over Lake Ontario. Why does it matter that this is being built right next to the lake?

Speaker 2 [00:01:21] Nuclear reactors generate heat and the heat is used to make steam. And the steam turns to turbine. The steam needs to be condensed back into water to be brought back into the boilers. So the lake water is used for condensation of that steam, and it’s also used for cooling of the reactor for some of the operational purposes.

Speaker 1 [00:01:43] So on one side of us, we have this enormous and very impressive nuclear facility that’s helping power Toronto, among other needs here in southern Ontario. And then the future to the left with small modular reactors that will exist here but can be replicated all over the country in remote places as well.

Speaker 2 [00:02:01] Yeah. The possibility and the potential for a small modular reactor anywhere in Canada is originating with the first ones being built here.

Speaker 1 [00:02:08] And it’s not just other provinces that are looking. A lot of the world’s looking here to Darlington and the team here at all the construction. It’s a real hive of activity going on around us, as you can pull this off over the rest of the 2020s, we’re going to see a lot more SMRs across Canada, but also around the world. That introduction was recorded at the Darlington nuclear site just east of Toronto. It’s one of Canada’s largest nuclear power plants, indeed one of the largest in the world. And as we’re seeing in so many places, nuclear innovation is making a resurgence from large legacy reactors to small and modular reactors known as SMRs. We’ll be learning a lot about SMRs in this episode. And one of their key selling points is that they’re cheaper and easier to scale than traditional nuclear energy technologies. SMRs use compact and movable technology wherever it’s needed. So think of remote mining sites or distant communities that need power and are just too far away to transmit it, or even big cities that need extra power in a hurry and don’t want to rely on other flexible but polluting sources like coal or even natural gas. The RBC Climate Action Institute has a new report out on SMRs and what the opportunity is for Canada. We may see dozens of these in the Canadian market in the decades to come, and we’ll need to mobilize well over $100 billion of capital to make that happen. There’s also increasing an impressive global demand for the knowledge and technologies that we’re seeing develop in Darlington, as well as other places in Canada. If SMRs are indeed part of our energy future, how will they contribute to our energy security? What are the economic benefits to becoming a global leader in this new space? And how critical will small modular reactors be to powering a net zero future? This is disruptors, an RBC podcast. I’m John Stackhouse. Our first guest is Nicolle Butcher, chief operating officer at Ontario Power Generation. Nicolle is responsible for all of OPG’s generating fleet, which includes ten nuclear units, 66 hydro stations, two thermal stations, and a solar facility. She’s been named one of Canada’s Top 100 Most Powerful Women and Woman of the Year by Wire, which stands for Women in Renewable Energy. If you’re not familiar with OPG, it’s one of Canada’s largest enterprises. It’s owned by the government of Ontario and is responsible for approximately half the electricity generation in the province. It’s the successor to Ontario Hydro, which listeners of a certain age will remember as a flagship company in Ontario. And its legacy includes a massive hydro dam at Niagara Falls and the Bruce Nuclear Power Plant, which is the largest nuclear plant in the world by net capacity. Nicolle, welcome to disruptors.

Speaker 3 [00:05:11] Thanks, John. I’m excited to be here.

Speaker 1 [00:05:13] Let’s start with a bit of OPG’s story and then we’ll look to the future. OPG has an incredible history, including back in the Ontario Hydro days. Why is it now looking at SMRs? And what’s the ambition?

Speaker 3 [00:05:26] Well, I think the ambitions are quite clear from our climate change perspective. We’re looking to really drive the economy to net zero by 2050. And we fundamentally believe you can’t do that without nuclear. So this SMR project is really a natural evolution of where we are in our Darlington refurbishment project and what we thought was next after that, as far as being able to build new nuclear generation.

Speaker 1 [00:05:54] Let’s talk a bit about the refurbishment and the connectivity with SMRs. As I said in the intro, I had the opportunity to visit Darlington and get inside the rather awesome traditional facility and then also see the groundbreaking for where the SMRs will be. So a bit of the past, present and future, if you will. Give us a sense, Nicolle, from OPG’s perspective, of why those are side by side, not just literally, but in terms of the company’s evolution.

Speaker 3 [00:06:22] Yeah. So to answer that question, I probably have to go back a bit in history. In the 2000s, we were actually looking at building a large nuclear site beside the Darlington site. And so we completed the environmental assessment process and had a license to prepare the site with the nuclear safety regulator. And at the time, demand wasn’t there to build a new nuclear plant. So we stopped. Now we’ve come back with electrification and really the drive for climate change. We’re seeing that demand increasing. So there is a need for new nuclear now. And so that’s how we’ve gotten to the point where we’re planning to build not just one, but four SMRs on that site.

Speaker 1 [00:07:07] I wonder if you can explain to all of us laypeople what the key differences are between SMRs and the reactors that most of us have known for the last few decades?

Speaker 3 [00:07:17] Sure. And there’s lots of different kinds of SMRs. So the one that we’re building is really very similar technology to the technology that has existed for decades. But the SMR is smaller, it’s modular. So the components would be built in factories and then shipped to the site. So the work on the site is substantially less than a traditional nuclear construction. And that is really part of the reason why we like the SMRs. It makes it faster to build them, because you’re building big components offsite and just shipping them on site. It also helps with cost certainty. So an SMR is a small enough check size, for lack of a better word, that you can finance it. Ultimately, that’s our goal with SMRs is to get to that point where you can build them as easily as you could build a gas plant.

Speaker 1 [00:08:11] I love that word certainty because it is such a key word in so many climate conversations, but something I don’t think as a society we’ve come to grips with fully in terms of ensuring that there is that certainty in all these new technologies. Tell us a bit more about what you’ve learned and taken from the refurbishment, because it’s an extraordinary project in and of itself. I got to see the mock up, reactor, which was really fascinating. And, that cost tens of millions of dollars, but has saved, much, much more, because processes and practices were tested and improved in that demonstration facility. Give us a sense of how that kind of thinking and management approach applies also to the SMR effort.

Speaker 3 [00:08:57] It is absolutely why we’re confident with taking on the first of a kind SMR, and it comes from that detailed project management. So one thing we have seen is there’s four units at our Darlington facility where each unit has gotten better and better. Because we’ve learned from the last one. We’ve improved the tooling that we use. We’ve improved how we do it. And that’s critical. That’s why it was important for us to build not just one SMR, but four. By the time we get to the fourth reactor, that’s the reactor that will set the baseline cost and schedule for any SMR being built after that.

Speaker 1 [00:09:42] What’s your longer term vision of what this can lead to after that fourth SMR?

Speaker 3 [00:09:48] I think from a Canadian perspective, it’s important that we look at building a fleet that will help the entire country. If we have a fleet of reactors that we have a maintenance crew that knows how to maintain them and can travel across the country and maintain these reactors in the most efficient way. If we have design engineers who are shared across the fleet and are tackling the same problems. And so for that to be successful, one of the key things that we are doing on the project is ensuring that we’re building a standard plant, and we’re working with Tennessee Valley Authority in the U.S. and Synthos Green Energy in Poland on that standard design so that we will all align, put our input in now to that design. And then we’ve all agreed we will build that same unit in all the countries, and that will really allow us to be efficient with engineering issues in the future.

Speaker 1 [00:10:47] Listening to you talk there, Nicolle, it’s like listening to a management case study. I’m curious, from a management and leadership perspective, what you’ve taken from this SMR journey.

Speaker 3 [00:10:58] From a leadership perspective, I would say we certainly feel that everyone globally is watching us. We’ve probably had over a dozen different countries come and see us. So if there’s one thing we’ve learned, it’s to not get ahead of where you are today and to focus on what we first need to accomplish. And that is executing this first SMR on time and on budget. So, you know, one of our key lessons has been don’t get distracted, which is very difficult because there’s lots of people interested.

Speaker 1 [00:11:33] I want to turn to a couple of other issues that I’m sure you’re thinking through. One is community engagement. And then secondly, indigenous engagement. Let’s talk first about community concerns. There’s a ton of support in the Darlington area for nuclear. People who live closest to the site are quite confident in it. As you think of expanding, building that fleet, of taking nuclear technology, even in small modular forms, to different parts of the country. How are you thinking about engaging communities and helping us all understand nuclear a bit better?

Speaker 3 [00:12:05] Yeah, I think we’re already starting to see shifting public attitudes towards nuclear. I think in particular in Canada, we seem to have a good understanding that nuclear has to be part of the solution. We’ve put a lot of time and effort into being a good neighbour, making sure people understand what we’re doing, how we do it, the role we play in the energy system, and really the critical role that we play in keeping the lights on as a baseload generator.

Speaker 1 [00:12:38] Let’s shift also to indigenous communities. And indigenous conversations are about much more than community engagement. There are equity considerations and also partnership opportunities. Tell us a bit about what OPG is doing and where you’re hoping to go in terms of indigenous engagement with your nuclear build out.

Speaker 3 [00:12:57] It’s important to recognize that it is very different. The indigenous are rights holders, not stakeholders, and we need to acknowledge that and make sure we’re treating them that way. And our approach has really been approaching it as a partnership from the very first step. We’ve been working with the Williams Treaty, First Nations. It’s interesting. They have lots to learn about nuclear, but I would say we have even more to learn from them and really about the land in the environment and how we think about the impact that we have on it. It’s been amazing how that truly is a partnership and in understanding their point of view. And I think that’s the only way we’re going to have a true partnership. You can talk about equity, you can talk about community support agreement. But fundamentally we have to understand their perspective and make sure we’re listening to that and engaging in that. We certainly would like to see, at the end of the day, them to be not just a partner in the community, but an equity partner. That’ll be their choice as we work through the project.

Speaker 1 [00:14:08] Where do you think the applications will be most exciting for Canada?

Speaker 3 [00:14:12] We see it in three categories. There’s the grid scale SMR, which is the one we are building at DNP, which is really meant to supply grid load. There’s industrial SMRs, which are a bit of a different technology, but they enable high temperature steam, which is a big advantage in an industrial application where you can use not only electricity but the steam in process. That’s the second type. And then the third type is a micro reactor, which is really meant to supply off grid communities, off grid mines where you need something that you can ship in and essentially ship out.

Speaker 1 [00:14:55] So a lot of options there and a lot of opportunities from all that you’ve laid out, certainly for Canada. Nicolle, if I can ask a final question, as we all think ahead through the 2020s and into the 2030s and see nuclear playing a greater role in our energy systems. What do you think is most important for us to come to grips with?

Speaker 3 [00:15:17] I think from a climate change perspective, being able to build nuclear as your key baseload supply is going to be critical. You need your solar and wind, your renewables, you need your baseload hydro, you need your gas for peaking at this point until another technology comes around. But most importantly, you need the baseload nuclear. And so what’s most important is to, prove that it can be built on time and on budget, and then secondly, gain the support of communities to be able to host nuclear plants, because those two things are really critical for our path to net zero by 2050.

Speaker 1 [00:16:01] Those are great ambitions and definitely within our reach. Nicolle, thanks for being on Disruptors. Our next guest is Bill Labbe. He’s the CEO at Arc Clean Technology in New Brunswick. Arc is developing the Arc 100. It’s an advanced small modular reactor. And their technology has been selected by New Brunswick Power for one of the few planned SMR projects to be used at their Point Lepreau site. Its modular design provides electricity and industrial heat that promises to be cost competitive with fossil fuels and, of course, carbon free. Bill, welcome to Disruptors. Let’s start with the Arc story. Bill, tell us a bit about the company and about your technology.

Speaker 2 [00:16:47] Certainly Arc was established in 2006. Our headquarters are in Washington, DC, and we came to Canada in 2017 to develop this generation for small modular reactor. The Arc 100 is a sodium fast reactor. It is technology that was developed by the Department of Energy, and it’s a pool type reactor with an intermediate loop. That just means it transfers heat from the pool to a balance of plant, where that heat is used to make electricity.

Speaker 1 [00:17:23] So this technology has been developed over the decades, largely in the US. Why New Brunswick?

Speaker 2 [00:17:29] Yes. You know, I’m really excited about what Canada has done. And that was from an initiative through, the ministry Natural Resources Canada. They thought, okay, where where do we go from here with our future energy source? And they really came together around a SMR roadmap, and it really moved this industry forward. And so Canada really got the pole position as I think about it. And Ontario Power Generation, New Brunswick Power got engaged in that roadmap and put together the action plan.

Speaker 1 [00:18:07] There’s a lot of excitement, as you know, around SMRs and nuclear more broadly. There are also concerns, especially at the community level. We’re curious what some of the questions you’re being asked in New Brunswick and how you’re addressing them at the community level.

Speaker 2 [00:18:24] There’s a lot of interest around what is the technology. What are the environmental impacts? And then what is the plan for waste? And I do believe that their interest is genuine around, you know, how do we protect the planet. And they’ve learned about ways that ARC can really support that. And then we have a conversation about the waste, how the waste is stored and how that is currently done today, and that we would continue around that process. So stakeholder engagement, community involvement will continue there. We believe that we are working our way through, alleviating those concerns.

Speaker 1 [00:19:04] Tell us a bit more, Bill, about the indigenous component. They’re very big and ambitious indigenous communities all over New Brunswick. What engagement are you trying to develop?

Speaker 2 [00:19:15] Yeah, it’s a learning opportunity for me to participate with the First Nations. There are 15 communities in the province, and so we have tried to spend time with all of those communities to make sure their interests are well understood. We’ve had an equity investment by the North Shore community as a way to participate in the projects here in New Brunswick and beyond. So very encouraged to see their leadership in this way. And we find that their support is very helpful to our progress, and we believe it’s the collaboration that has just started. We are at the starting line, not the finish line, and this engagement will be just part of our business going forward.

Speaker 1 [00:20:06] Bill, as we move towards closed for this part of the conversation, I wonder if you can pull back and give us a wider aperture view of the economic promise of SMRs for Canada as a whole, you bring an international perspective. What should we as Canadians be thinking through?

Speaker 2 [00:20:25] It’s a really exciting time for new nuclear, for SMRs in general and for the advanced reactors. When you look at what is the potential opportunity, we describe it in two ways. You can use these advances SMRs to make electricity, or you can also use them for industrial applications. There’s a significant opportunity to deploy many here that’s in the range of 18 to 20, just in the province of New Brunswick and then across to the rest of Canada. What our challenge will be is to optimize the regulatory process so that we can find the sites and get into the early permitting, and then allow us to get into eventual construction. Well, for what needs to be done between now and 2050. Decarbonize the heavy industry. These advances SMRs can play a role in that space in a very significant way. And I’m really excited about what ARC can do here Canada.

Speaker 1 [00:21:29] Bill, this has been a great conversation. I love your reference to being at the starting line, at the finish line with respect to indigenous engagement, but, one could use the same reference for SMRs generally. And an important part of leaving the starting line is to get out of the blocks really fast. And it’s exciting to see so many people moving out of the blocks fast in Canada. Thanks for being on Disruptors. Our last guest is Heather Chalmers. She’s the Canadian head of GE Vernova. It’s a multinational company focused on driving electrification and decarbonization. Heather is also responsible for global growth markets. GE, as you may know, has deep roots dating back to Canada’s first nuclear plant in 1962 and continues to be a driving force in the country’s nuclear energy industry. They’re also taking the next step in the nuclear energy evolution by implementing SMR designs to help Canada achieve a net-zero carbon electrical grid. Heather, welcome to Disruptors.

Speaker 3 [00:22:32] Thanks for having me, John. It’s great to be here.

Speaker 1 [00:22:34] As I mentioned, Heather GE has got deep roots in Canada, but in some ways you’re sprouting new branches, if I can put it that way with SMRs. Why the focus on this in Canada?

Speaker 3 [00:22:45] First of all, in terms of the market in itself, Canada already has an electricity grid that’s over 80% carbon free. And in terms of solving for that, we’ll say last mile of decarbonization, it’s going to require new technologies in order to do that. So that would be my first remark. The second one is we have a history in nuclear. We’re a tier one nuclear country, and we’re really good at it.

Speaker 1 [00:23:15] Lots of other countries are in the same race, and GE is active in a lot of other countries. Who else is catching your eye in terms of the SMR race.

Speaker 3 [00:23:26] Other countries that are interested in small modular reactors? The US, Poland has stated their intention to decarbonize a lot of their industrial operations through small modular reactors. Another country that’s very active is the UK, and we are involved in a country wide competition to be one of the first technologies that they launch in their small modular reactor program.

Speaker 1 [00:23:54] What do Canadians need to think through and even come to grips with in terms of the SMR opportunity, but also challenges that we should be mindful of.

Speaker 3 [00:24:05] From an opportunity perspective? I am incredibly bullish on what this could mean for Canada. Without question, any time you are first of a kind mover in a technology, there’s always additional challenges that are presented because you are, in a sense, learning as you go. But we have this opportunity to continue to be a leading edge, tier one nuclear country. At one point, we had an independent report done that estimated that the first small modular reactor deployed with Ontario Power Generation was going to generate approximately $2.3 billion of gross domestic product. And then every subsequent reactor after that in Canada would generate over $1 billion. And that’s just for deployment in Canada. But as we start to scale this, that economic value creation starts to extend well beyond the borders of Canada. I am incredibly excited about the opportunity for Canada to be a global leader here.

Speaker 1 [00:25:10] We’re still in the early days of this, but what have you learned so far?

Speaker 3 [00:25:14] I would start with the fact that it takes a team approach, the opportunity to deploy this at speed and in a cost effective manner means involvement from many different parties, but all solving for the same outcome. The team involvement is inclusive of federal government, the provincial government. Municipal governments are indigenous partners, the project partners, and in this case it’s Ontario Power Generation. Obviously GE, Hitachi. We’ve got Akon, we’ve got Atkins, Realis, and I’ve been wonderfully impressed with what we’ve seen thus far in the deployment of this Western world’s first small modular reactor.

Speaker 1 [00:26:04] SMRs, as you mentioned earlier, are also part of a system. Energy systems tend to be complex, and in Canada’s case, we have the benefit of having multiple sources of energy that can fit into our grids. How do we need to think about SMEs as part of that broader energy system?

Speaker 3 [00:26:21] It is a system, and there’s no one technology that can provide both the sustainability aspect along with the affordability and reliability piece. Renewables are wonderful, whether that’s solar or wind. But when the wind isn’t blowing and the sun isn’t shining, you’re not generating the energy that’s required. And that’s where having power generation that is flexible becomes incredibly important. And it’s all these puzzle pieces coming together. And in Canada’s case, and in a lot of other countries place, they are looking to nuclear power generation as part of that puzzle piece to provide that flexibility, that baseload, that reliability piece to the grid.

Speaker 1 [00:27:13] Heather, as we wrap up, I wonder if I can take your imagination ahead into the 2030s and ask you what Canada’s energy systems look like then, and what role does nuclear play?

Speaker 3 [00:27:27] I would start with the hope that Canada’s well on its way to meeting its stated energy transition goals in terms of emission reductions. Number one. Secondly, I would share that nuclear plays a significant part of us being able to do that and that we have seen the deployment of small modular reactors, not just with Ontario power generation, but in other provinces as well. And thirdly, we’ve done it in such a way that it has secured and solidified Canada’s place as a small modular reactor global leader that has manifested itself in supply chain and expertise that is subsequently supporting the energy transition goals of other countries, but doing in a way that brings in economic growth for Canada and for Canadians.

Speaker 1 [00:28:26] That’s a great ambition, Heather, and thank you for being on Disruptors. We began this episode at a construction site where Canada’s first small modular nuclear reactors will be built through the back half of this decade, and those reactors will provide a template and a bit of a playbook on how we can scale this new technology to power Canada’s energy needs and also help other parts of the world shift to lower emissions and ultimately, emissions free energy sources. Today, you heard from three nuclear leaders working to make SMRs a reality in Canada, and you can find out much more in our new report on SMRs from the RBC Climate Action Institute. You can download a copy at our RBC.com/Climate-Action-Institute or follow our work on the RBC Climate Action Institute page on LinkedIn or other social media channels. I’m John Stackhouse and this is Disruptors, an RBC podcast. Talk to you soon.

Speaker 3 [00:29:30] Disruptors and RBC podcast is created by the RBC Thought Leadership Group and does not constitute a recommendation for any organization, product or service. For more Disruptors content, visit RBC.com/Disruptors and leave us a five star rating if you like our show.

Interlocuteur 1 [00:00:02] Bonjour. Mon nom est John. Aujourd’hui, je me trouve au site réservé aux petits réacteurs modulaires (PRM), à tout le moins au Canada. Je vois d’ici la centrale nucléaire de Darlington. C’est l’une des plus grandes du monde. Et c’est aussi un énorme chantier de construction où sont en voie d’être construits quatre PRM. En fait, je regarde un panneau où l’on retrouve l’équivalent de l’inscription suivante : « Futur site du premier PRM apte à contribuer au réseau du Canada ». Et se joint à moi ici Chuck Lamers, de la société Ontario Power Generation (OPG). Chuck, auriez-vous l’obligeance de nous en dire un peu plus sur ce que nous voyons d’ici ?

Interlocuteur 2 [00:00:32] Bien sûr. La région qui se déploie au sud et à l’est de l’endroit où nous sommes est celle où seront construits les quatre nouveaux petits réacteurs modulaires. Quatre d’entre eux seront construits ici.

Interlocuteur 1 [00:00:43] Et pour ceux d’entre nous dont il convient de rafraîchir la mémoire, qu’est-ce qu’un PRM ?

Interlocuteur 2 [00:00:47] Il s’agit d’un réacteur qui peut être construit à un endroit avant d’être transporté ailleurs et y être installé pour passer à l’étape de la mise en exploitation. Ces réacteurs peuvent être implantés plus rapidement et de manière plus économique que c’est le cas d’une grande centrale nucléaire, comme la centrale de Darlington qui comporte quatre grands réacteurs dont chacun offre une puissance d’environ 900 MW. Les petits réacteurs modulaires qui seront construits ici offriront une puissance d’environ 300 MW.

Interlocuteur 1 [00:01:13] Nous profitons d’une magnifique journée ici, alors que nous surplombons le lac Ontario. Pourquoi importe-t-il que cette centrale soit construite tout juste à côté du lac ?

Interlocuteur 2 [00:01:21] Les réacteurs nucléaires produisent de la chaleur et cette chaleur sert à produire de la vapeur. À son tour, cette vapeur sert à faire fonctionner une turbine. La vapeur doit ensuite être condensée sous forme d’eau pour repasser dans les chaudières. L’eau du lac sert donc à l’opération de condensation de cette vapeur, en plus d’être utilisée pour le refroidissement du réacteur pour certaines fins opérationnelles.

Interlocuteur 1 [00:01:43] Donc, d’un côté de l’endroit où nous sommes se trouve cette énorme et impressionnante centrale nucléaire qui contribue à alimenter Toronto en électricité, en plus de combler d’autres besoins ici, dans le sud de l’Ontario. Et à la gauche de l’endroit où nous sommes se présente ce que l’avenir nous réserve puisqu’y seront aménagés de petits réacteurs modulaires qui pourront également être implantés un peu partout à travers le pays, dans des endroits éloignés.

Interlocuteur 2 [00:02:01] Oui, c’est le cas. Ce sont bien ces premiers petits réacteurs modulaires construits ici qui ouvrent la voie à l’implantation éventuelle de tels PRM un peu partout à travers le Canada.

Interlocuteur 1 [00:02:08] Et ce ne sont pas simplement les autres provinces qui s’intéressent à ce qui se passe ici. En effet, plusieurs intervenants du monde entier se montrent intéressés à ce qui se passe à Darlington, à l’équipe qui s’affaire ici, ainsi qu’aux activités de construction. Je dois dire que nous sommes en plein milieu d’une véritable ruche d’activités et que, si vous êtes en mesure de parvenir à réaliser ce projet d’ici la fin de la décennie, nous constaterons qu’un nombre beaucoup plus considérable de PRM seront construits non seulement au Canada, mais aussi à travers le monde.

Cette introduction a été enregistrée sur le site de la centrale nucléaire de Darlington, tout juste à l’est de Toronto. C’est indiscutablement l’une des plus grosses centrales nucléaires du Canada, voire du monde entier. Et comme nous pouvons l’observer en de si nombreux endroits, l’innovation dans le domaine du nucléaire connaît une forme de résurgence, tant du point de vue des grands réacteurs traditionnels existants que du point de vue des petits réacteurs modulaires. Dans le présent épisode, nous allons en apprendre énormément sur les PRM. L’un de leurs principaux atouts commerciaux tient au fait qu’ils sont moins onéreux et plus faciles à développer que ne le sont les technologies traditionnelles propres au nucléaire. Les PRM ont recours à une approche technologique compacte et mobile et ils peuvent être implantés là où ils sont nécessaires. Qu’il suffise donc de penser, par exemple, à des sites miniers éloignés ou à des communautés isolées qui ont besoin d’électricité et qui se trouvent tout simplement trop loin pour que l’on puisse les approvisionner en électricité. On pourrait aussi penser à de grandes villes qui ont rapidement besoin d’un peu plus d’électricité et qui ne souhaitent pas avoir à se tourner vers d’autres sources souples, mais néanmoins polluantes, comme c’est le cas du charbon et du gaz naturel. L’Institut d’action climatique RBC a produit un nouveau rapport sur le thème des PRM et des possibilités qu’offre cette technologie au Canada. Il se pourrait fort bien que nous retrouvions des dizaines de ces PRM sur le marché canadien au cours des prochaines décennies, et nous devrons mobiliser bien plus de 100 milliards de dollars de capitaux pour faire de ce scénario une réalité. Nous observons également une demande mondiale croissante et impressionnante à l’égard des connaissances et des technologies que nous voyons se développer ici à Darlington, ainsi qu’ailleurs au Canada. Si les PRM devaient en effet s’inscrire dans le cadre de notre avenir énergétique, en quoi contribueront-ils à notre sécurité énergétique ? Quels sont les avantages économiques liés au fait de devenir un leader mondial dans ce nouveau domaine ? Et en quoi les petits réacteurs nucléaires joueront-ils un rôle essentiel pour nous permettre d’opérer notre transition menant à un avenir carboneutre ? Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Notre première invitée est Nicolle Butcher, directrice des opérations, Ontario Power Generation (OPG). Nicolle est responsable de l’ensemble du parc de production d’OPG, qui comprend dix unités nucléaires, 66 centrales électriques, deux centrales thermiques et une centrale solaire. Elle a été nommée l’une des 10 femmes les plus influentes du Canada, en plus d’être nommée femme de l’année par l’organisme Women in Renewable Energy (Wire). Si vous ne connaissez pas la société OPG, c’est l’une des plus grandes entreprises du Canada. Cette entreprise appartient au gouvernement de l’Ontario et c’est à elle qu’incombe la responsabilité de près de la moitié de la production électrique de la province. Cette entreprise a pris la relève d’Ontario Hydro, organisme dont les personnes d’un certain âge qui nous écoutent se souviendront comme étant une entreprise ontarienne phare. Et parmi l’héritage laissé par cette entreprise figure un immense barrage hydroélectrique à Niagara Falls ainsi que la centrale nucléaire de Bruce, qui est la plus grande centrale nucléaire au monde en termes de capacité nette. Nicolle, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue à Les innovateurs.

Interlocutrice 3 [00:05:11] Merci, John. Je suis ravie d’être ici.

Interlocuteur 1 [00:05:13] Commençons, si vous le voulez bien, par présenter brièvement OPG, après quoi nous tournerons notre regard vers l’avenir. Le passé d’OPG est absolument incroyable, y compris lorsqu’on remonte à l’époque d’Ontario Hydro. Pourquoi l’entreprise s’intéresse-t-elle aujourd’hui aux PRM ? Et quelle est l’ambition ?

Interlocutrice 3 [00:05:26] Eh bien, je pense que l’ambition est relativement claire, si l’on tient compte du contexte du changement climatique. Nous cherchons vraiment à rendre l’économie carboneutre d’ici 2050. Et, fondamentalement, nous croyons qu’il est impossible d’atteindre un tel objectif sans le recours au nucléaire. De sorte que ce projet de PRM constitue en vérité une évolution tout à fait naturelle de notre situation dans le cadre du projet de remise à neuf de la centrale de Darlington et de ce que nous estimions être l’étape suivante, s’agissant de notre capacité à nous doter de nouveaux mécanismes de production d’énergie nucléaire.

Interlocuteur 1 [00:05:54] Parlons un peu, si vous le voulez bien, de ce projet de remise à neuf ainsi que du lien qu’il entretient avec les PRM. Comme je l’ai dit lors de l’introduction, j’ai eu l’occasion de me rendre à Darlington et de visiter cette centrale traditionnelle extrêmement impressionnante, en plus d’assister à l’inauguration de l’emplacement qui accueillera les PRM. J’ai donc été exposé en quelque sorte tant au passé qu’au présent et qu’à l’avenir. Auriez-vous l’obligeance, Nicolle, de nous expliquer pourquoi, du point de vue d’OPG, ces réacteurs se retrouvent côte à côte, non seulement physiquement, mais également dans le contexte de l’évolution de l’entreprise ?

Interlocutrice 3 [00:06:22] Absolument. Pour répondre à votre question, je dois probablement remonter quelque peu dans le temps. Dans les années 2000, nous envisagions de construire une grande centrale nucléaire à côté du site de Darlington. Nous avons donc engagé et parachevé le processus d’évaluation environnementale et nous avons obtenu les permis nécessaires pour aménager le site auprès de l’organisme responsable de la réglementation de la sûreté nucléaire. Et à l’époque, il se trouve que la demande ne justifiait tout simplement pas la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Nous avons donc mis ce projet de côté. Le temps a passé et la situation a évolué en ce qui concerne les besoins en matière d’électricité et l’impératif que représente la lutte contre le changement climatique. Nous observons aujourd’hui cette demande augmenter. Le temps est donc désormais venu de nous doter d’une nouvelle installation nucléaire. Et c’est ainsi que nous sommes parvenus au point où nous entrevoyons non seulement de construire une centrale nucléaire, mais quatre PRM à cet endroit.

Interlocuteur 1 [00:07:07] Je me demande si vous pourriez expliquer à nous tous qui vous écoutons, et qui sommes des profanes, quelles sont les principales différences entre les PRM et les réacteurs que la plupart d’entre nous ont connus au cours des dernières décennies ?

Interlocutrice 3 [00:07:17] Bien sûr. Il faut savoir qu’il existe une foule de types différents de PRM. Le PRM que nous construisons ici fait appel à une technologie très similaire à celle qui existe depuis des décennies. Cependant, le PRM est plus petit, en plus d’être modulaire. De sorte que ses composantes constitutives seront construites en usine avant d’être expédiées sur le chantier. Le travail qui devra s’y accomplir sera donc nettement moindre que celui qui serait associé à la construction d’une centrale nucléaire traditionnelle. Et il s’agit là à vrai dire de l’une des raisons qui justifient l’intérêt que nous portons aux PRM. Du point de vue conceptuel, ces PRM sont plus rapides à construire car les principales composantes sont façonnées ailleurs, et qu’il suffit ensuite de les transporter au lieu où elles doivent être assemblées. Leur approche conceptuelle offre également une certaine mesure de certitude sur le plan des coûts. Enfin, pour ainsi dire, les coûts des PRM sont suffisamment abordables pour que l’on puisse en assumer le financement. À terme, notre objectif en ce qui concerne les PRM est de parvenir à une étape où nous pourrons les construire aussi facilement que nous pouvons construire une centrale alimentée au gaz.

Interlocuteur 1 [00:08:11] J’aime beaucoup ce terme « certitude » puisqu’il s’agit indiscutablement d’un terme clé dans une multitude de conversations qui portent sur le climat. Cependant, en tant que société, je ne pense pas que nous en avons parfaitement assimilé les tenants et aboutissants, s’agissant de veiller à ce que toutes ces nouvelles technologies offrent une mesure de certitude. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce que vous avez appris et tiré du projet de remise à neuf puisqu’il s’agit en soi d’une entreprise tout à fait extraordinaire. J’ai eu la chance de voir la maquette du réacteur qui est absolument fascinante. Et si elle a coûté des dizaines de millions de dollars, je crois savoir qu’elle a permis d’économiser bien plus encore puisqu’elle aura servi à mettre à l’épreuve les processus et les pratiques, lesquels ont pu être améliorés dans cette installation de démonstration. Pourriez-vous nous donner une idée de la manière dont ce type de réflexion et d’approche en matière de gestion s’applique également à l’effort engagé à l’endroit des PRM ?

Interlocutrice 3 [00:08:57] C’est indiscutablement la raison pour laquelle nous faisons preuve d’une telle confiance à l’égard de ce PRM qui constitue une première. Et la réponse tient véritablement à cette approche détaillée en matière de gestion de projets. L’une des choses que nous avons constatées est la suivante : notre centrale de Darlington comporte quatre unités. Et avec chacune d’entre elles, nous n’avons cessé d’apporter des améliorations. Car nous avons tiré des enseignements de la précédente. Nous avons amélioré les outils auxquels nous faisons appel. Nous avons amélioré la façon dont nous nous y prenons. Et cela est essentiel. Voilà pourquoi il importait tant pour nous de construire non seulement un PRM, mais quatre PRM. En effet, c’est bien le quatrième réacteur qui, en soi, permettra de fixer le coût de base et l’échéancier de tout PRM qui sera construit par la suite.

Interlocuteur 1 [00:09:42] Quelle est votre vision à plus long terme de ce que à quoi tout cela pourrait mener, après ce quatrième PRM ?

Interlocutrice 3 [00:09:48] Du point de vue canadien, je pense qu’il importe que nous nous efforcions de nous doter d’un parc qui aidera l’ensemble du pays. Nous pourrions disposer d’un parc de réacteurs pour lesquels a été constituée une équipe responsable de l’entretien qui sait comment assurer cette opération et qui est apte à se déplacer à travers le pays pour assurer l’entretien de ces réacteurs, de la manière la plus efficace possible… Nous pourrions compter sur des ingénieurs de conception qui interviennent à l’égard de l’ensemble du parc et qui se penchent sur les mêmes problèmes… De sorte que, pour qu’une telle approche soit couronnée de succès, l’un des éléments clés du projet consiste à veiller à ce que nous construisions une centrale standard. Et il se trouve que nous collaborons avec la Tennessee Valley Authority aux États-Unis et avec la société Synthos Green Energy en Pologne sur cette conception standard. L’objectif est que nous puissions tous nous entendre sur elle et contribuer dès aujourd’hui à cette approche conceptuelle. Par la suite, nous nous sommes tous entendus sur le fait que nous construirions cette même unité dans tous les pays, ce qui nous permettra de bien faire preuve d’efficacité à l’égard des problèmes techniques susceptibles de survenir à l’avenir.

Interlocuteur 1 [00:10:47] En vous écoutant, Nicolle, j’ai l’impression que vous parlez d’une étude de cas de gestion. Je suis curieux, du point de vue de la gestion et du leadership, de savoir ce que vous avez retenu de ce projet concernant les PRM.

Interlocutrice 3 [00:10:58] Du point de vue du leadership, je dirais que nous avons certainement le sentiment que tout le monde nous observe. Plus d’une dizaine de pays différents sont probablement venus nous rendre visite. Ainsi, si nous avons appris quelque chose, c’est qu’il importe de ne pas aller trop vite par rapport à notre situation actuelle et de mettre l’accent sur ce que nous devons tout d’abord accomplir. Et cette tâche consiste à réaliser ce premier PRM à temps et conformément à ce que prévoit le budget. L’un des premiers enseignements que nous avons tirés consiste en vérité à ne pas se laisser distraire, ce qui est très difficile du fait de la multiplicité des gens qui se montrent intéressés.

Interlocuteur 1 [00:11:33] J’aimerais me tourner maintenant vers un certain nombre d’autres enjeux dont je ne doute pas qu’ils attirent également votre attention. L’un de ces enjeux est celui de l’engagement communautaire. L’autre concerne l’engagement autochtone. Parlons tout d’abord, si vous le voulez bien, des préoccupations communautaires. Dans la région de Darlington, nous observons un énorme soutien en faveur du nucléaire. Les personnes qui habitent le plus près du site se montrent plutôt confiantes envers cette technologie. Alors que vous envisagez d’agrandir ce parc et d’étendre la portée de la technologie nucléaire, même sous de petites formes modulaires dans différentes régions du pays, comment envisagez-vous de mobiliser les communautés et de nous aider tous à comprendre un peu mieux ce en quoi consiste le nucléaire ?

Interlocutrice 3 [00:12:05] Absolument. Je pense que nous commençons déjà à observer un changement d’attitude de la population à l’égard du nucléaire. Je pense qu’au Canada, en particulier, nous semblons avoir bien compris que le nucléaire doit faire partie de la solution. Nous avons engagé énormément de temps et d’effort pour devenir un bon voisin, en nous assurant que chacun sache ce que nous faisons, comment nous nous y prenons, le rôle que nous jouons par rapport au système énergétique et, en vérité, notre rôle essentiel, s’agissant de veiller à ce que soient mises en place les ressources électriques nécessaires à titre d’organisme chargé d’assurer l’alimentation électrique de base.

Interlocuteur 1 [00:12:38] Passons maintenant également aux communautés autochtones. Les conversations avec les autochtones ne se limitent certainement pas à l’aspect de l’engagement communautaire. En effet, doivent intervenir des considérations sur le plan de la participation, de même que des possibilités de partenariat. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce que fait OPG et sur ce que l’entreprise espère pouvoir réaliser sur le plan de l’engagement communautaire dans le cadre du développement de vos actifs nucléaires ?

Interlocutrice 3 [00:12:57] Il est important de reconnaître que la situation est tout à fait différente. Les autochtones sont des détenteurs de droits et non des parties prenantes. Nous devons prendre acte de ce fait et nous assurer de les traiter de cette façon. Et notre approche a toujours consisté, d’entrée de jeu, à envisager cette situation comme s’il s’agissait d’un partenariat. Nous travaillons avec les Premières Nations signataires des traités Williams. C’est intéressant… Si les Autochtones ont indiscutablement beaucoup à apprendre sur le nucléaire, je dirais que nous avons encore plus à apprendre d’eux, sur le territoire, l’environnement, et la façon dont nous envisageons l’impact que nous avons sur lui. Je dois dire qu’il est tout à fait extraordinaire de constater la mesure dans laquelle il s’agit là véritablement d’un partenariat et sur le plan de ce que nous avons pu accomplir pour bien comprendre leur point de vue. Je pense qu’il s’agit là en fait de la seule façon dont nous allons parvenir à conclure un vrai partenariat. En effet, s’il est possible de s’attarder aux aspects relatifs à la participation et à une entente de soutien communautaire, fondamentalement, nous devons comprendre leur point de vue et nous assurer que nous y sommes sensibles et que nous nous engageons à cet égard. En définitive, nous aimerions indiscutablement qu’ils ne soient pas simplement un partenaire dans la communauté, mais également un partenaire sur le plan de la participation. Ce choix leur incombera au fil de l’évolution du projet.

Interlocuteur 1 [00:14:08] À quel égard pensez-vous que les applications s’avéreront les plus intéressantes pour le Canada ?

Interlocutrice 3 [00:14:12] En fait, nous voyons les choses selon trois catégories. D’une part, il y a les PRM à l’échelle du réseau électrique, comme celui que nous construisons à la centrale nucléaire de Darlington, et dont l’objectif consiste vraiment à alimenter le réseau. Il y a ensuite les PRM industriels, qui font appel à une technologie un peu différente, mais qui permettent de produire de la vapeur à température élevée, ce qui constitue un avantage significatif dans les applications industrielles dont les procédés font intervenir non seulement l’électricité, mais aussi la vapeur. Voilà pour le deuxième type. Enfin, le troisième type est celui des microréacteurs, dont l’objet consiste véritablement à alimenter les communautés et les mines non reliées au réseau, dans les cas où il importe de disposer d’une solution qui puisse, en termes simples, être construite ailleurs, installée et, au besoin, démontée.

Interlocuteur 1 [00:14:55] À vous entendre, les options sont donc multiples, tout comme les possibilités sont nombreuses, et certainement pour le Canada. Nicolle, si je pouvais vous poser une dernière question, alors que nous réfléchissons tous aux années 2020 et 2030, et que nous percevons que le nucléaire sera appelé à jouer un rôle plus important dans nos systèmes énergétiques, quel est l’aspect dont vous estimez qu’il est pour nous le plus important à parvenir à maîtriser ?

Interlocutrice 3 [00:15:17] Du point de vue du changement climatique, il sera essentiel d’être en mesure de faire en sorte que le nucléaire puisse contribuer à notre source principale d’approvisionnement de base. Bien évidemment, doivent intervenir les avenues que représentent l’énergie solaire et l’énergie éolienne, les énergies renouvelables, l’hydroélectricité de base et, en l’état actuel des choses, l’énergie produite à partir du gaz, pour les périodes de pointe, jusqu’à ce qu’une autre technologie s’offre en guise d’alternative. Cependant, fait plus important encore, il importe de pouvoir compter sur un apport nucléaire de base. De sorte que ce qui me semble le plus important consiste à démontrer que ces solutions peuvent être mises en place dans les délais et selon les budgets prévus. Il importe de surcroît d’obtenir le soutien des communautés pour être en mesure d’implanter des centrales nucléaires. Et ces deux aspects sont vraiment essentiels pour le parcours qui nous mènera à la carboneutralité d’ici 2050.

Interlocuteur 1 [00:16:01] Il s’agit là d’ambitions élevées qui sont certainement à notre portée. Nicolle, permettez-moi de vous remercier d’avoir participé au balado Les innovateurs.

Notre prochain invité est Bill Labbe. Bill est chef de la direction de la société ARC Clean Technology Inc., au Nouveau-Brunswick. La société ARC a entrepris de développer le petit réacteur modulaire de pointe ARC-100. Et sa technologie a été retenue par la Société d’Énergie du Nouveau-Brunswick pour l’un des projets de PRM prévus devant être implanté au site de Point Lepreau. Sa conception modulaire permet de générer de l’électricité et de la chaleur industrielle qui promettent d’être concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles, en plus, bien évidemment, d’être sans émissions. Bill, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au balado Les innovateurs. Commençons, si vous le voulez bien, par présenter la société ARC. Bill, auriez-vous l’obligeance de nous en dire un peu plus sur l’entreprise et votre technologie ?

Interlocuteur 4 [00:16:47] Certainement. La société ARC a été créée en 2006. Notre siège social se trouve à Washington, DC, et nous sommes venus nous installer au Canada en 2017 afin de développer cette génération de petits réacteurs modulaires. Le réacteur ARC-100 est un réacteur rapide refroidi au sodium. Il s’agit d’une technologie qui a été développée par le ministère de l’Énergie. Il s’agit en fait d’un réacteur à cœur ouvert ou « piscine » qui comporte une boucle intermédiaire. Cela signifie tout simplement qu’il transfère de la chaleur de la piscine vers une autre installation, où cette chaleur sert à produire de l’électricité.

Interlocuteur 1 [00:17:23] Ainsi donc, cette technologie a été développée au fil des décennies, principalement aux États-Unis. Pourquoi êtes-vous venus au Nouveau-Brunswick ?

Interlocuteur 4 [00:17:29] Oui. Vous savez, je suis très enthousiasmé par ce que le Canada a accompli. Et tout cela résulte d’une initiative engagée par Ressources naturelles Canada. Les représentants de ce ministère se sont demandé ce qu’il allait advenir de leur source énergétique d’avenir. Et ils se sont entendus sur une feuille de route concernant les PRM qui a vraiment permis à cette industrie de se développer. En fait, le Canada a assuré le rôle de chef de file. Et Ontario Power Generation de même que la Société d’Énergie du Nouveau-Brunswick se sont investies à l’égard de cette feuille de route et ont élaboré le plan d’action.

Interlocuteur 1 [00:18:07] Comme vous le savez, les PRM et le nucléaire, de manière plus générale, suscitent énormément d’enthousiasme. Se manifestent également un certain nombre d’inquiétudes, notamment au niveau communautaire. Nous sommes curieux d’en apprendre plus sur certaines des questions qui vous sont posées au Nouveau-Brunswick, ainsi que sur la façon dont vous y répondez au niveau communautaire.

Interlocuteur 4 [00:18:24] Nous observons énormément d’intérêt en ce qui concerne la technologie. Quels sont les impacts environnementaux ? Et aussi, qu’envisage-t-on en ce qui concerne les déchets ? De sorte que je crois que l’intérêt de la population en ce qui concerne la façon dont nous protégeons la planète est, comment dirais-je, authentique. Et la population s’est familiarisée avec les façons dont ARC peut vraiment appuyer cela. Nous avons aussi des conversations sur le thème des déchets, sur la façon dont les déchets sont stockés et sur la façon dont les choses sont actuellement prises en charge, en établissant que nous maintiendrions ce processus. De sorte qu’à cet égard les aspects relatifs à la mobilisation des parties prenantes et à la participation de la communauté se poursuivront. Nous sommes d’avis que nous accomplissons des progrès, pour apaiser ces préoccupations.

Interlocuteur 1 [00:19:04] Pourriez-vous nous en dire un peu plus, Bill, sur le volet autochtone ? Partout au Nouveau-Brunswick, il y a de très importantes et très ambitieuses communautés autochtones. Quel type d’engagement vous efforcez-vous de développer ?

Interlocuteur 4 [00:19:15] Oui, il s’agit clairement d’une occasion d’apprentissage pour moi de participer avec les Premières Nations. Il y a 15 communautés dans la province de sorte que nous nous sommes efforcés de passer du temps avec chacune de ces communautés pour nous assurer de bien comprendre leurs intérêts. De la part de la communauté du district de la Rive nord, nous avons reçu une manifestation d’intérêt comme moyen de participer aux projets réalisés ici, au Nouveau-Brunswick, et ailleurs. Nous sommes donc très encouragés de voir leur leadership de cette façon. Nous trouvons que leur soutien est très utile pour les progrès que nous réalisons. Nous sommes d’avis que cette collaboration vient à peine de commencer. Nous en sommes à la ligne de départ et non à la ligne d’arrivée et cet engagement s’inscrira tout simplement dans le cadre de nos activités futures.

Interlocuteur 1 [00:20:06] Bill, alors que nous approchons de la fin de cette partie de notre conversation, je me demandais si vous pourriez prendre un peu de recul et nous donner un point de vue peut-être plus général des promesses économiques que recèlent les PRM pour le Canada dans son ensemble, car vous pouvez nous faire profiter d’un point de vue international. À quoi devrions-nous réfléchir en tant que Canadiens ?

Interlocuteur 4 [00:20:25] La nouvelle technologie nucléaire vit une période tout à fait passionnante : pour les PRM de manière générale ainsi que pour les réacteurs avancés. Lorsque vous examinez ce que sont les possibilités potentielles, nous pouvons décrire la situation de deux façons. Vous pouvez tirer parti de ces PRM évolués pour fabriquer de l’électricité tout comme vous pouvez vous en servir pour des applications industrielles. S’offre à nous une intéressante occasion d’en déployer plusieurs ici, soit de l’ordre de 18 à 20, et je ne parle ici que de la province du Nouveau-Brunswick avant d’envisager le reste du Canada. Notre défi consistera à optimiser le processus réglementaire de telle sorte que nous puissions trouver les sites et engager le processus de délivrance des permis avant de passer éventuellement à l’étape de la construction. En ce qui concerne ce qui doit être fait d’ici 2050… Nous devons décarboner l’industrie lourde. À cet égard, ces PRM modernes peuvent jouer un rôle important. Et je suis tout à fait enthousiaste de ce que la société ARC peut accomplir ici au Canada.

Interlocuteur 1 [00:21:29] Bill, nous venons d’avoir des échanges extrêmement éclairants. J’aime beaucoup votre allusion au fait que nous nous trouvons à la ligne de départ, à la ligne d’arrivée en ce qui concerne l’engagement autochtone, mais j’estime que, de manière générale, nous pourrions utiliser la même référence en ce qui concerne les PRM. Et un aspect propre au fait de se retrouver à la ligne de départ consiste à pouvoir sortir des blocs très rapidement. Et je dois dire qu’il y a lieu de se réjouir de voir qu’autant de gens quittent les blocs si rapidement au Canada. Permettez-moi de vous remercier d’avoir participé au balado Les innovateurs.

Notre dernière invitée est Heather Chalmers. Heather est la cheffe de la direction canadienne de GE Vernova. Il s’agit d’une entreprise multinationale qui s’intéresse à l’électrification et à la décarbonation. Heather est également responsable des marchés de croissance mondiaux. Comme vous le savez peut-être, GE a des racines établies de longue date qui remontent à la première centrale nucléaire construite au Canada en 1962. Cette entreprise demeure une force motrice du secteur canadien de l’énergie nucléaire. GE a également entrepris d’engager l’étape suivante du processus d’évolution de l’énergie nucléaire en mettant en œuvre des concepts de PRM qui visent à aider le Canada à se doter d’un réseau électrique carboneutre. Heather, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au balado Les innovateurs.

Interlocutrice 5 [00:22:32] Merci de m’avoir invitée, John. Je suis ravie d’être ici.

Interlocuteur 1 [00:22:34] Comme je l’ai indiqué, Heather, GE possède de solides racines au Canada. Cependant, d’une certaine manière, vous ouvrez de nouvelles avenues, si je peux m’exprimer ainsi, en ce qui concerne les PRM. Comment expliquez-vous l’intérêt porté à ces derniers au Canada ?

Interlocutrice 5 [00:22:45] Tout d’abord, en ce qui concerne le marché en tant que tel, le Canada dispose déjà d’un réseau électrique carboneutre à hauteur de plus de 80 %. Et pour intervenir sur le plan, disons, du dernier kilomètre de la décarbonation, nous devrons faire appel à de nouvelles technologies. Telle serait donc ma première remarque. La deuxième serait que nous possédons des antécédents dans le domaine du nucléaire. Notre pays se situe parmi les premiers sur le plan du nucléaire et nous excellons vraiment dans ce domaine.

Interlocuteur 1 [00:23:15] De nombreux autres pays participent à la même course, et la société GE est active dans plusieurs autres pays. Qui d’autre attire votre attention en ce qui concerne la course aux PRM ?

Interlocutrice 5 [00:23:26] Vous voulez dire les autres pays qui s’intéressent aux petits réacteurs modulaires ? Eh bien, les États-Unis et la Pologne ont déclaré leur intention de décarboner une partie importante de leurs opérations industrielles grâce aux petits réacteurs modulaires. Un autre pays très actif est le Royaume-Uni. Et il se trouve que nous participons à un concours national au terme duquel nous pourrions constituer l’une des premières technologies qui sera mise de l’avant dans le cadre de leur programme de petits réacteurs modulaires.

Interlocuteur 1 [00:23:54] À quoi les Canadiens doivent-ils bien réfléchir et que doivent-ils parvenir à gérer comme il se doit en ce qui concerne les avenues qu’offrent les PRM, sans compter les défis dont il y aurait lieu d’être conscient ?

Interlocutrice 5 [00:24:05] Du point de vue des avenues, je suis incroyablement optimiste quant à ce que cela pourrait signifier pour le Canada. Il va sans dire que chaque fois que l’on figure parmi les premiers à l’égard d’une technologie en particulier, se posent des défis additionnels puisque, d’une certaine manière, vous apprenez au fur et à mesure. Mais s’offre à nous cette occasion de continuer d’être un pays nucléaire de premier plan, à la pointe de ce qui se fait dans ce domaine. Nous avons déjà fait réaliser un rapport indépendant qui estimait que le premier petit réacteur modulaire déployé auprès de l’Ontario Power Generation parviendrait à générer environ 2,3 milliards de dollars en termes de produit intérieur brut. Et que, par la suite, chaque réacteur subséquent implanté au Canada permettrait de générer plus de 1 milliard de dollars. Et il n’est ici question que du déploiement au Canada. Cependant, alors que ce phénomène prendra de l’ampleur, cette création de valeur économique entreprendra de s’étendre bien au-delà des frontières de notre pays. Je suis formidablement enthousiasmée par la possibilité qui s’offre au Canada d’être un leader mondial en la matière.

Interlocuteur 1 [00:25:10] Même si nous n’en sommes qu’au tout début de cette aventure, qu’avez-vous appris jusqu’à présent ?

Interlocutrice 5 [00:25:14] Je commencerais par ceci : il faut prévoir une approche d’équipe. En effet, la possibilité de déployer de tels systèmes rapidement et de manière rentable nécessite la participation de nombreuses parties différentes s’employant toutes à atteindre le même résultat. Cette approche collective englobe les gouvernements fédéral et provinciaux et municipaux, les partenaires autochtones, les partenaires du projet et, dans ce cas-ci, il s’agit d’Ontario Power Generation. Manifestement, il est aussi question de GE et d’Hitachi. Interviennent également les sociétés Aecon, AtkinsRéalis, et je dois dire que ce que j’ai pu observer jusqu’à présent en marge du déploiement de ce premier petit réacteur modulaire du monde occidental m’a vivement impressionnée.

Interlocuteur 1 [00:26:04] Comme vous l’avez indiqué plus tôt, les PRM font également partie d’un système. Les systèmes énergétiques ont tendance à être complexes et, dans le cas du Canada, nous avons l’avantage de pouvoir compter sur de multiples sources d’énergie qui peuvent venir s’intégrer à nos réseaux. Comment devons-nous envisager les PRM dans le cadre de ce système énergétique plus vaste ?

Interlocutrice 5 [00:26:21] Il s’agit d’un système et aucune technologie en particulier n’est en mesure d’assurer tant l’aspect de la durabilité que celui de l’abordabilité ou de la fiabilité. Les énergies renouvelables présentent indiscutablement de nombreux attraits, qu’il s’agisse de l’énergie solaire ou de l’énergie éolienne. Cependant, lorsque le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas, nous ne parvenons pas à générer l’énergie nécessaire. Et c’est à cet égard que le fait de pouvoir compter sur un système de production d’électricité souple devient incroyablement important. Et c’est ainsi que viennent s’imbriquer toutes ces pièces du casse-tête. Et dans le cas du Canada, de même que dans plusieurs autres pays, la démarche consiste à envisager la production d’énergie nucléaire comme constituant une pièce de ce casse-tête en vue d’offrir cette souplesse, d’assurer cette charge de base, de même que cet aspect de la fiabilité du réseau.

Interlocuteur 1 [00:27:13] Heather, alors que nous sommes sur le point de conclure, je me demandais si vous pouviez nous amener jusque dans les années 2030 et vous demander à quoi ressembleront alors les systèmes énergétiques du pays, et quel rôle y sera appelé à jouer le nucléaire ?

Interlocutrice 5 [00:27:27] I Je commencerais par souligner l’espoir que je caresse de voir le Canada être bien engagé sur le parcours qui lui permettra d’atteindre ses objectifs déclarés en matière de transition énergétique, en termes de réduction des émissions. Tel est le premier aspect. En deuxième lieu, je dirais que le nucléaire joue un rôle important pour nous permettre d’atteindre cet objectif. Nous avons observé le déploiement de petits réacteurs modulaires, non seulement auprès d’Ontario Power Generation, mais également dans d’autres provinces. Enfin, en troisième lieu, je souhaiterais que nous ayons accompli cela d’une manière qui nous aura permis de renforcer et de solidifier le rôle que le Canada pourrait être appelé à jouer à titre de leader mondial dans le domaine des petits réacteurs modulaires, rôle qui s’incarne dans la chaîne d’approvisionnement et dans l’expertise qui appuiera ultérieurement les objectifs en matière de transition énergétique d’autres pays, mais en faisant cela de telle sorte que le Canada comme les Canadiens puissent profiter d’une croissance économique.

Interlocuteur 1 [00:28:26] Voilà une ambition élevée, Heather. Permettez-moi de vous remercier d’avoir participé au balado Les innovateurs.

Nous avons débuté cet épisode alors que nous nous trouvions sur le chantier de construction où seront implantés les premiers petits réacteurs modulaires du Canada au cours de la deuxième moitié de cette décennie. Ces réacteurs jetteront les bases et permettront de déterminer la manière dont nous pourrons faire évoluer cette technologie de telle sorte qu’elle puisse combler les besoins énergétiques du Canada, en plus d’aider d’autres parties du monde à réduire leurs émissions et, à terme, accéder à la carboneutralité. Aujourd’hui, vous avez entendu les propos de trois leaders dans le domaine du nucléaire qui s’emploient à faire des PRM une réalité au Canada. Vous pourrez en apprendre plus en prenant connaissance de notre nouveau rapport portant sur les PRM produit par l’Institut d’action climatique RBC. Vous pouvez en télécharger une copie sous le lien Institut d’action climatique, tout comme vous pouvez suivre notre travail en consultant la page de l’Institut d’action climatique RBC sur LinkedIn ou sur d’autres médias sociaux. Mon nom est John Stackhouse et vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Au plaisir de vous retrouver bientôt.

Interlocutrice 6 [00:29:30] Le balado Les innovateurs est produit par le groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service. Pour écouter d’autres balados de la série « Les innovateurs », consultez le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.

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Les nouvelles technologies ont rarement supprimé des emplois. Par contre, elles ont eu une incidence sur divers types de travail qui ont disparu au fil du temps.

Lorsqu’une technologie élimine d’anciennes façons de faire, comme actionner un ascenseur, elle crée de nouvelles possibilités.

Le gouvernement canadien a récemment annoncé qu’il investirait plus de 2 milliards de dollars dans une stratégie améliorée sur d’IA, afin de stimuler la productivité et d’accroître la capacité dans le domaine.

Quelles seront les répercussions de l’adoption de l’IA sur nos emplois?

L’IA pourrait inaugurer une ère de nouvelles compétences qui créeront de la valeur pour la société. Toutefois, il faut que le Canada soutienne sa main-d’oeuvre.

Pour atténuer les perturbations que la montée de l’IA provoque dans les emplois, nous devons investir dans les compétences et l’éducation. Nous pourrons ainsi assurer une transition en douceur vers un avenir propulsé par l’IA.

Cette révolution technologique suscite des émotions positives et négatives.

Elon Musk a dit de l’IA que c’était la « force la plus perturbatrice de l’histoire » et prédit la disparition du travail.

Alors que les inégalités se creusent depuis des décennies, l’IA pourrait doter un plus grand nombre de personnes d’outils plus efficaces pour accomplir des tâches à forte valeur ajoutée. Et dans un pays qui peine à améliorer sa productivité, nous avons l’occasion de réinventer l’expertise, car ce n’est pas la technologie elle-même qui décide de ses applications, mais les humains.

Comment pouvons-nous nous préparer aux bouleversements à venir dans notre travail?

Pour en parler, John Stackhouse a invitée David Autor, économiste, spécialiste des politiques publiques et professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est l’auteur du livre The Work of the Future Building Better Jobs in an Age of Intelligent Machines et de recherches innovatrices sur les répercussions de l’automatisation sur les emplois, les facettes du changement technologique axé sur les compétences et le rôle central de l’éducation et des politiques dans la formation de la main-d’œuvre de demain.

Intervenant 1 [00:00:01] Bonjour, ici John. À moins que vous soyez passablement coupé du monde parce que vous êtes en train de faire une sorte de cure de désintoxication numérique, vous seriez censé savoir que l’année en cours est celle de l’IA, et plus particulièrement de l’adoption de l’IA. Il ne se passe pas une semaine sans que l’une des plateformes dévoile un nouvel outil d’IA appelé à transformer notre façon de vivre, de penser, de partager, et même de jouer dans l’univers numérique. Le gouvernement du Canada s’est joint au bal dans le cadre de son budget récent en annonçant de nouveaux investissements totalisant 2,4 milliards de dollars afin de soutenir la puissance de traitement du pays et d’aider les Canadiens à tirer profit de cette nouvelle ère. L’objectif visé est clair : stimuler l’innovation et la productivité, et en fait, il se pourrait que tout cet argent ne suffise pas. Au début de mars, j’ai passé une fin de semaine dans un endroit très près de la Silicon Valley en compagnie de certains des penseurs et des acteurs les plus influents du secteur nord-américain de l’IA : des chefs d’entreprise, des investisseurs, des spécialistes de la technologie et des responsables de la réglementation qui tentent de comprendre où tout cela mène, ainsi que d’entrevoir une convergence possible entre les humains et des machines qui sont appelées à changer, pourrait-on dire, pratiquement tout. Tout cela peut sembler un peu farfelu, ou même relever de la science-fiction, mais cela touche une foule de questions relatives au monde d’aujourd’hui et à la façon dont l’IA influe sur notre vie et nos emplois. L’une des voix les plus intéressantes que j’ai entendues lors de cette retraite est celle de mon invité d’aujourd’hui, l’économiste réputé David Autor, spécialiste de l’économie du travail au MIT, qui a consacré sa carrière à l’étude de l’incidence de la technologie sur l’emploi et l’économie. Les opinions, voire les émotions, suscitées par les conséquences possibles de l’IA sont variées, allant de la crainte à l’enthousiasme. Qu’en pense David ? Selon lui, tout ira bien à condition que nous nous préparions. Comment pouvons-nous nous préparer et préparer la population active ? Quel effet l’IA aura-t-elle sur le travail des cols blancs et la classe moyenne ? Et comment pouvons-nous nous assurer que les effets de l’IA seront positifs plutôt que destructeurs ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions que nous comptons aborder, d’un point de vue très humain, dans notre conversation. Bienvenue au balado « Les innovateurs », de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Si vous n’avez pas entendu parler de David Autor, vous devriez remédier à cette lacune. C’est un économiste brillant qui est chercheur et professeur en politique publique au Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge, dans la banlieue immédiate de Boston. Il a écrit le livre The Work of the Future : Building Better Jobs in an Age of Intelligent Machines. Il a publié des recherches révolutionnaires ayant trait à l’impact de l’automatisation sur l’emploi, aux nuances du changement technologique influencé par les compétences, ainsi qu’au rôle vital de l’éducation et des politiques dans la création de la main-d’œuvre de demain. Bienvenue aux Innovateurs, David.

Intervenant 2 [00:02:40] Merci beaucoup de m’accueillir à votre émission.

Intervenant 1 [00:02:42] Comme nous allons discuter d’IA, il est difficile de ne pas commencer par parler un peu de ce qu’a dit Elon. Je vais donc mentionner certaines choses qu’il a dites lors d’une entrevue avec le premier ministre britannique il n’y a pas très longtemps. Il a parlé de l’intelligence artificielle comme de la force perturbatrice la plus importante de l’histoire. Il a même dit qu’un moment viendrait où aucun emploi ne serait nécessaire. Est-ce vrai ou faux ?

Intervenant 2 [00:03:04] C’est faux. Nous aurons beaucoup d’emplois. En fait, nous ne devrions pas nous inquiéter au sujet de la quantité d’emplois. Notre inquiétude devrait porter sur la qualité des emplois, sur le type d’expertise que les emplois utiliseront, sur la qualité de la rémunération, et sur la possibilité d’avoir un emploi offrant une sécurité économique. Et tout cela ne dépend pas simplement de l’IA elle-même, mais plutôt de la façon dont nous l’utilisons. C’est une technologie. Pas une entité vivante. Elle n’a pas le pouvoir de décider de la façon dont elle sera utilisée. Et nous avons beaucoup de pouvoir en ce qui a trait à la décision d’utiliser l’IA principalement pour remplacer des travailleurs et automatiser des choses, ou plutôt pour rehausser la valeur de l’expertise humaine et créer des capacités que nous n’avons pas encore.

Intervenant 1 [00:03:38] David, vous êtes un extraordinaire étudiant de l’histoire, et je vous suis depuis des années. En fait, vous m’avez aidé à ouvrir les yeux sur le fait que, depuis deux siècles, la technologie n’a jamais entraîné une diminution du nombre d’emplois. Elle a habituellement mené à une augmentation du nombre d’emplois, et souvent à de meilleurs emplois. Je travaille pour une banque, et notre secteur a inventé le guichet automatique, une innovation qui, croyait-on, était censée éliminer des milliers d’emplois. Et effectivement, d’un certain point de vue, cela s’est concrétisé. Mais le secteur emploie aujourd’hui plus de gens, et cela, pourrait-on dire, dans de meilleures conditions et pour faire un travail mieux rémunéré et plus productif que jamais auparavant.

Intervenant 2 [00:04:09] Cela ne veut pas dire qu’il y a eu des gains sur tous les plans, n’est-ce pas ? De telles évolutions ont un effet perturbateur important. Durant la révolution industrielle, les « luddites » qui se sont révoltés contre l’utilisation de métiers à tisser mécaniques n’avaient pas tort, car la technologie détruisait la valeur de leur expertise, leur enlevait leur moyen de subsistance. De façon similaire, le processus d’informatisation des 40 dernières années a frappé très durement des emplois des classes moyennes, déplaçant un grand nombre de travailleurs qui occupaient jusque-là des emplois de bureau, de production ou de soutien administratif. Je crois que l’IA aura elle aussi un effet perturbateur. Il serait faux de croire qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Mais je pense que les inquiétudes des gens sont orientées vers la mauvaise cible. À l’heure actuelle, si nous regardons autour de nous, nous voyons dans tous les pays riches qu’il y a un manque de travailleurs – pas un manque d’emplois. Le problème, ce n’est pas l’emploi, mais plutôt de savoir quel type de travail nous ferons.

Intervenant 1 [00:04:50] Qu’en est-il des gens dont l’emploi pourrait être perturbé ou même éliminé ? Est-ce qu’il s’agit simplement du prix à payer pour le progrès technologique ? Ou existe-t-il de meilleures façons d’effectuer la transition et de transformer le travail ?

Intervenant 2 [00:05:03] Il existe de meilleures façons. Et certains pays s’en tirent beaucoup mieux que d’autres dans ce genre de contexte. Par exemple, durant la période marquée par le choc commercial chinois dans les années 2000, les États-Unis ont perdu plus d’un million d’emplois manufacturiers au profit de la Chine. Les gens ont énormément souffert de cette situation et les collectivités ont mis beaucoup de temps à s’en remettre. Toutefois, dans d’autres pays, un déclin similaire du secteur manufacturier n’a pas des conséquences aussi catastrophiques. Le Canada est l’un de ces pays, soit dit en passant. On peut aussi mentionner le cas du Danemark, où les investissements dans la formation des travailleurs et l’activation des compétences se chiffrent à environ 3 % du PIB – soit dix fois plus qu’aux États-Unis –, et où l’on n’observe que très peu de conséquences négatives durables. En somme, il est presque inévitable qu’il y ait certaines perturbations. Mais de quelle façon soutenons-nous les travailleurs qui vivent ces transitions ? Quelles sont les nouvelles possibilités qui s’ouvrent ? Et à quelle vitesse le changement se produit-il ? Tout cela dépend largement des politiques publiques et des investissements.

Intervenant 1 [00:05:54] Le gouvernement du Canada vient d’affecter plus de 2 milliards de dollars à une stratégie d’IA améliorée. C’est une somme substantielle, particulièrement en période de restrictions budgétaires. Une bonne partie de cet argent sera affecté à la technologie, aux capacités de traitement et au soutien de la recherche. À quoi devons-nous être attentifs si nous voulons nous assurer que ces 2 milliards de dollars contribueront non pas à supprimer des emplois, mais bien à améliorer les choses ?

Intervenant 2 [00:06:18] Tout dépend selon moi de la façon dont les fonds seront utilisés. Si j’étais responsable des décisions – ce qui n’est pas le cas, bien sûr, ni aux États-Unis ni au Canada –, je voudrais me tourner vers certains défis d’envergure. Le secteur de la santé est un secteur où l’IA pourrait avoir des effets bénéfiques énormes, non seulement en ce qui a trait à la qualité des soins, mais aussi au type de travail qui se fait. Et il y a toujours une demande illimitée de soins de santé. Les listes d’attente sont longues. Les soins coûtent cher. Nous pourrions améliorer les perspectives offertes aux travailleurs de ce secteur tout en répondant aux exigences des consommateurs, et il n’y aurait aucune conséquence négative sur l’emploi. Et bien sûr, il s’agit d’argent du secteur public. C’est une raison supplémentaire pour l’utiliser judicieusement. Il est bon d’avoir une vision de ce que l’on cherche à accomplir. Et selon moi, la vision de la Silicon Valley – comme vous et moi l’avons constaté directement au cours des colloques auxquels nous avons participé ensemble récemment – est une vision essentiellement centrée sur la suppression de main-d’œuvre. Les tenants de cette vision disent constamment qu’ils vont éliminer la rareté. Bien sûr, ils ne veulent pas dire éliminer la rareté à tous les points de vue. Même avec toute l’IA du monde, on ne créera pas plus de propriétés au bord de la mer à Monterey, en Californie. On réduira simplement la rareté de la main-d’œuvre. Cependant, réduire la rareté de la main-d’œuvre ne serait pas censé être notre objectif. La rareté de la main-d’œuvre est en fait une réalisation. Dans la plupart des pays riches, la rémunération de la main-d’œuvre représente environ de 55 % à 65 % de l’ensemble du revenu national. Et donc, nous devrions nous efforcer de mieux utiliser la main-d’œuvre, et non chercher à l’affaiblir. Ce n’est pas un type de rareté que nous devrions chercher à éliminer. Parce que dire qu’il faut éliminer toute rareté de main d’œuvre, cela voudrait dire qu’il faut éliminer tous les emplois. Je ne pense pas que ce soit faisable. Et je ne pense pas non plus que ce soit souhaitable. Ce n’est pas l’objectif que nous devrions chercher à atteindre. Je crois que beaucoup de gens pensent – c’est une attitude très naturelle – que l’utilisation de la technologie vise à automatiser des choses. Quand une nouvelle technologie apparaît, on se demande : quelles sont les choses que nous faisions manuellement jusqu’ici et qui pourront maintenant être confiées à une machine ? Mais en fait, l’automatisation n’est qu’une très petite part de ce que nous faisons avec une nouvelle technologie. Et ce n’est pas là que se situent la plupart des avantages. Si nous pouvions retourner à l’époque de la Grèce ancienne et automatiser tout ce que les gens faisaient il y a 3 000 ans, cela ne nous donnerait pas l’équivalent de la ville d’Ottawa d’aujourd’hui. Cela nous donnerait la Grèce ancienne sans chevaux. La plupart des utilisations de la technologie qui procurent de la valeur tiennent aux nouvelles capacités qui sont créées – et qui permettent de faire des choses qui n’étaient tout simplement pas possibles sans ces outils. Notre vie est transformée en profondeur par la technologie. Toutefois, cette transformation tient moins à l’automatisation qu’à toutes les capacités que nous créons grâce à la technologie. L’IA présente clairement une large part de ce potentiel. Elle peut transformer notre façon de faire des recherches. Elle peut transformer l’éventail des aptitudes à posséder ou des tâches pouvant être accomplies. C’est un formidable outil de soutien à la décision. Voilà la façon dont nous devrions l’utiliser, plutôt que de simplement penser à ce que nous pourrions éliminer.

Intervenant 1 [00:08:50] Je crois que je vais citer ici ce que vous avez dit, David, lorsque vous avez mentionné que le microscope n’avait éliminé aucun emploi, et qu’il faut plutôt songer à tout ce qu’il a rendu possible.

Intervenant 2 [00:08:57] Oui. Et on peut même dire que le microscope électronique à balayage n’a pas éliminé la tâche consistant à observer les particules subatomiques, puisque nous ne pouvions tout simplement pas voir ces particules avant d’avoir des microscopes électroniques à balayage. C’est aussi vrai pour la capacité de voler. L’invention de l’aéronef n’a pas éliminé notre façon de voler en agitant les bras pour nous déplacer d’un endroit à l’autre. Nous ne volions tout simplement pas avant l’aéronef.

Intervenant 1 [00:09:17] Beaucoup de ceux qui plaident en faveur de l’IA disent que l’intelligence artificielle générative, en particulier, est différente. Celle-ci permettra à des machines de remplacer diverses activités humaines, y compris des catégories d’emploi entières. Voyez-vous cette technologie différemment des technologies transformatrices qui l’ont précédée ?

Intervenant 2 [00:09:34] D’abord, l’IA générative est différente des autres technologies ; en fait, chaque technologie est différente de toutes les autres. Il est clair que l’IA générative peut faire des choses que les technologies précédentes ne pouvaient pas faire. Avant l’IA, l’informatisation était extrêmement efficace pour appliquer des règles et des procédures rigoureuses d’une façon qui, auparavant, aurait exigé un niveau de formation poussé. C’était excellent pour les décideurs et les professionnels, pour qui il est extrêmement utile d’avoir accès à de l’information et à des analyses. Et de toute évidence, ce n’était pas particulièrement utile pour les gens dont le travail consistait principalement à taper, classer ou copier des documents, ou à effectuer un travail répétitif sur une chaîne de montage. Par conséquent, l’IA générative aura sûrement pour fonction de compléter ou de remplacer différents ensembles d’activités. Elle excelle particulièrement pour ce qui est de créer un lien entre des renseignements, des règles, et aussi, en quelque sorte, le jugement et l’expérience afin de soutenir la prise de décision. Qu’il s’agisse de lire des radiographies, de rédiger certains types de documents, ou même d’effectuer une réparation spécialisée, le fait d’avoir accès à une sorte de copilote peut être très utile dans de nombreuses tâches. En somme, cette technologie éliminera sûrement certaines tâches. Je ne conteste pas cela. Il est clair que certains types de tâches de prise de décision, de tâches de gestion et de tâches faisant appel au jugement seront automatisées. Par exemple, Amazon ne confie plus à des employés la tâche de faire les projections d’inventaire. Traditionnellement, c’était un type de tâche pour lequel on se servait à la fois de renseignements, de son jugement et, pourrait-on dire, de son intuition pour prendre des décisions. Les machines excellent dans ce genre de tâche. C’est vrai. En revanche, j’aime penser – et je crois avoir raison de le faire – que nous pouvons utiliser les mêmes outils pour permettre à des gens de faire une partie de ce travail difficile. Si on réfléchit un instant à la définition du travail d’expert, on réalise qu’il s’agit de travail faisant appel au jugement pour s’attaquer à des problèmes uniques liés à des enjeux élevés. Par exemple, cela peut signifier réfléchir à la façon de procéder pour traiter un patient atteint de cancer. Ou concevoir un logiciel. Ou refaire l’installation électrique d’une maison. Ou faire atterrir un avion dans des conditions difficiles. Pour toutes ces tâches, vous devez évidemment posséder certaines connaissances formelles. Vous devez aussi avoir une solide expérience. Et vous devez appliquer ces connaissances formelles et cette expérience dans ce cas précis afin de prendre la bonne décision. Et il y a d’importants avantages à prendre une bonne décision, et d’importants désavantages à prendre une mauvaise décision, autrement dit un coût élevé. Si vous êtes un ouvrier professionnel compétent, c’est cette capacité qui justifie vos honoraires élevés. Par exemple, si vous êtes très bien payé en tant que couvreur, ce n’est pas parce que vous êtes habile pour planter des clous. C’est parce que vous savez comment installer une toiture qui ne fuira pas. L’IA est très efficace pour soutenir le travail d’expert. Elle ne prend pas nécessairement toujours les bonnes décisions, mais elle peut contribuer à guider les décisions. Par exemple, dans un contexte médical, elle pourrait dire : « Cet ensemble de symptômes peut être associé aux problèmes de santé suivants. Avez-vous envisagé la possibilité de ces diagnostics ? » L’IA pourrait aussi dire : « Attention. Évitez de prescrire ces deux médicaments ensemble ; leur interaction produit un effet négatif. » Cela ne signifie pas que vous ne devez pas confier ce travail à une infirmière praticienne ou à un médecin. Cela signifie cependant que d’autres personnes seraient elles aussi en mesure de faire ce travail si elles étaient guidées de la sorte.

Intervenant 1 [00:12:21] Certains diront que cette approche va dans le sens de l’idée de créer une expertise « de masse », et que s’il y a une expertise de masse, peut-être qu’il n’y a pas d’expertise : nous sommes tous experts en tout. Est-ce la fin de l’expertise ?

Intervenant 2 [00:12:34] Non, je ne pense pas. Mais c’est une ère différente pour ce qui concerne l’expertise. Définissons ce que nous entendons par expertise. L’expertise, c’est le savoir-faire ou les compétences spécifiques qui permettent d’accomplir une tâche importante qui doit être accomplie. Pour qu’une caractéristique compte véritablement comme expertise dans le marché du travail, deux conditions doivent être réunies. En premier lieu, il faut que cette caractéristique soit utile pour faire une autre chose qui a de la valeur. Donc, cela peut être des connaissances en science des données, mais pas un talent pour les tours de cartes. En second lieu, il doit y avoir une rareté. Comme vous l’avez dit il y a un instant, si nous sommes tous des experts, personne n’est un expert. Pensons aux emplois de contrôleur aérien et de brigadier scolaire. Essentiellement, le travail est le même dans les deux cas. Le but est de prévenir des collisions. Toutefois, aux États-Unis, les contrôleurs aériens touchent un salaire plus de quatre fois supérieur à celui des brigadiers scolaires. La raison de cet écart n’a rien de mystérieux, mais elle ne concerne pas la valeur sociale du travail. Si nous devions verser aux brigadiers scolaires le même salaire qu’aux contrôleurs aériens pour empêcher que nos enfants se fassent frapper sur le chemin de l’école, nous le ferions sûrement. Ils font un travail qui a une valeur élevée. Toutefois, on peut travailler comme brigadier scolaire dans pratiquement n’importe quel État américain sans devoir obtenir un permis d’exercice ou suivre une formation. Par comparaison, il faut des années de formation pour devenir contrôleur aérien. Il faut étudier dans un collège où l’on forme les futurs contrôleurs aériens, puis travailler comme apprenti pendant des centaines ou des milliers d’heures. Voilà ce qu’est l’expertise. Dans certains domaines, l’IA éliminera directement la nécessité de l’expertise. J’imagine que dans dix ans, l’IA effectuera le travail des contrôleurs aériens, ou la majeure partie de celui-ci. Mais dans beaucoup d’autres domaines, ce ne sera pas le cas. L’IA viendra compléter le rôle du jugement, mais n’aura pas pour effet de le rendre inutile. Parmi nous, beaucoup de gens écrivent. Et précisons simplement que la plupart des gens ne sont pas doués pour l’écriture et ne l’ont jamais été. Écrire est difficile. Mais la plupart des gens se font demander d’écrire des choses. Si cette technologie peut faire en sorte que plus de gens puissent communiquer plus efficacement, elle n’élimine pas le besoin qu’ont ces gens de communiquer, mais elle leur permet d’effectuer ce travail plus efficacement. En somme, je crois que certaines formes d’expertise perdront leur pertinence. Il s’agit d’expertise qui avait une valeur jusqu’ici, et qui perd maintenant cette valeur parce que la rareté de cette expertise a disparu. À une époque, pour être chauffeur de taxi à Londres, il fallait littéralement passer des années à mémoriser des choses. Maintenant, tout ce travail est fait par Waze, et le chauffeur peut se contenter de conduire, de sorte qu’une foule de gens peuvent faire ce travail. Cela dit, l’évolution des choses dépend en partie de la vision qu’on se donne. Cette technologie ne décide pas de la façon dont elle sera utilisée, et nous avons beaucoup de pouvoir à cet égard.

Intervenant 1 [00:14:36] Comment, en tant que société, pouvons-nous faire en sorte que l’orientation qui sera prise relativement à cette nouvelle technologie soit celle que nous désirons ? Vous avez mentionné à quelques reprises les possibilités qui s’offrent dans les soins de santé, en faisant référence aux vastes retombées positives qui en résulteraient pour la société. Toutefois, d’autres observateurs ont noté que malgré toute la puissance des médias sociaux et tout le bien qu’ils auraient pu faire dans le monde, ce qui en a résulté, en fait, est une forte augmentation du nombre de photographies d’amateur qui ont été prises, classées en catégories et partagées.

Intervenant 2 [00:15:01] (rires) C’est le scénario positif.

Intervenant 2 [00:15:04] Et beaucoup d’information fausse.

Intervenant 1 [00:15:05] Oui, et c’est seulement le marché à l’œuvre.

Intervenant 2 [00:15:09] Je suis d’accord. Et je ne pense pas que le marché puisse nous emmener véritablement jusqu’où nous voulons aller. Et je ne pense pas que les incitatifs soient correctement alignés. C’est la raison pour laquelle, lorsque vous m’interrogez au sujet de l’investissement majeur du Canada dans cette technologie, je dis que je souhaite qu’on oriente cette évolution. C’est en partie le rôle du gouvernement. Cela ne signifie pas que le gouvernement doit créer toute la technologie. Il doit simplement indiquer qu’il compte offrir des subventions ou des contrats en vue du développement de certaines choses ou en guise d’incitatifs. C’est aussi le rôle des universités, ainsi que des ONG. Vous savez, le monde du travail participe de près aux négociations qui concernent les façons dont la technologie sera utilisée, et cela a une incidence réelle sur les types de technologies qui sont développés. C’est également le rôle du secteur privé. Mais je pense aussi que l’évolution est fortement influencée par la vision des acteurs du développement technologique. La vision de ce qu’on essaie d’accomplir a un effet réel sur notre action. Définir un objectif ne signifie pas nécessairement qu’on l’atteindra ; toutefois, en général, les objectifs que l’on ne définit pas ne sont jamais atteints. Je crois que vous vous rappellerez que lors du colloque auquel nous avons participé tous deux, nous avons vu Sebastian Thrun, qui est à l’origine des véhicules sans conducteur et de la voiture Google. Il a en quelque sorte adressé des reproches à certaines personnes présentes dans la salle qui parlaient d’utiliser des robots, par exemple, pour laver la vaisselle. Pourquoi se limiter à une vision aussi étroite ? Pourquoi rester centré sur des tâches précises telles qu’on les fait déjà ? Il faut voir plus grand, n’est-ce pas ? Il ne s’agit pas simplement de mettre un robot à la place d’un humain pour certaines tâches. Il faut créer de nouvelles possibilités. J’ai trouvé cette approche inspirante.

Intervenant 1 [00:16:25] J’aimerais vous interroger au sujet de la classe moyenne, car vous avez beaucoup écrit et dégagé de profondes conclusions au sujet de ce que signifie cette évolution pour la classe moyenne. Vous avez mentionné le choc chinois et l’impact qu’il a eu dans de nombreuses collectivités ouvrières des États-Unis, dans les collectivités manufacturières. Quel est le risque que l’IA touche de façon similaire la classe moyenne, et en particulier les emplois de col blanc ?

Intervenant 2 [00:16:49] Les professionnels sont de loin les travailleurs les plus touchés par la concurrence de l’IA. Et en fait, selon moi, ce n’est pas une situation particulièrement terrible. Les professionnels sont les gens les mieux payés dans notre société, si l’on fait abstraction de quelques entrepreneurs. Une bonne partie de leur travail consiste à prendre des décisions et leur travail est considéré comme ayant une valeur très élevée, ce qui est compréhensible. L’informatisation a considérablement accru la valeur de ce qu’ils font, car ils peuvent maintenant prendre de meilleures décisions – sans oublier que dans bien des cas, les emplois des gens qui les soutenaient ont été automatisés, ce qui a eu comme conséquence que la valeur du travail des professionnels est devenue de plus en plus élevée. L’accroissement des inégalités est en partie le reflet de la hausse de la rémunération associée au fait d’avoir étudié dans un collège ou une université. Cela dit, je ne reproche à personne d’être bien payé. C’est une excellente chose. Cependant, la rémunération élevée de ces gens est un coût pour tous les autres, n’est-ce pas ? Ce coût est celui des services juridiques, celui des services médicaux. C’est le coût de l’éducation. Et la croissance de la productivité dans ces secteurs a été très lente. L’augmentation de notre prospérité à la suite de la Seconde Guerre mondiale tient dans une large mesure au fait que nous sommes devenus beaucoup plus efficaces en matière de production de biens : téléviseurs, appareils ménagers, voitures. Et ces biens coûtent beaucoup moins cher de nos jours. On peut maintenant acheter un téléviseur à un prix très bas. Cependant, le coût des services médicaux, des services juridiques et de l’éducation a augmenté – et une part énorme de nos budgets est affectée à l’éducation et à la santé. Ces coûts n’ont pas diminué parce qu’ils concernent un grand nombre de décideurs qui coûtent cher et dont la productivité n’augmente pas. Par conséquent, si la technologie peut, d’une part, rendre ces gens plus efficaces, mais aussi, d’autre part, permettre à un plus large éventail de personnes de faire ce travail, cela pourrait effectivement faire en sorte de diminuer un peu la rémunération des gens qui, comme moi, sont très bien payés. Cependant, si cela abaisse le coût de ces services et permet à plus de gens d’effectuer un tel travail ayant une grande valeur, ce sera un résultat très positif.

Intervenant 1 [00:18:28] Cela semble indiquer qu’il y aura à la fois une augmentation de valeur sur certains plans, et une diminution sur d’autres. Si un grand nombre de travailleurs de première ligne, de vendeurs, etc., deviennent des experts ou ont accès à toute l’expertise dont nous avons parlé plus tôt, ils pourront insuffler plus de valeur dans leur travail.

Intervenant 2 [00:18:41] C’est ce que j’aimerais voir. J’aimerais voir plus de travail ayant une valeur élevée être effectué par des gens qui ne sont pas des diplômés universitaires, ce qui, dans nos pays, est le cas de la majorité des adultes qui travaillent. Ces gens ont été confrontés à d’importantes difficultés ces 40 dernières années, car leur position dans la classe moyenne a été soumise à de sérieuses pressions. Et de plus en plus, bon nombre d’entre eux travaillent dans les services en personne, les services d’alimentation, le nettoyage, la sécurité, le divertissement, les loisirs. Ou ce sont les brigadiers scolaires dont nous avons parlé plus tôt. Tous ces gens font un travail qui a une grande valeur. Mais leur rémunération est faible parce qu’il ne s’agit pas d’un travail d’expert, parce qu’une foule de gens peuvent le faire et parce que ce travail n’exige pas beaucoup de qualification professionnelle ou de formation. Ce qui serait extraordinaire – car cela nous permettrait de savoir que nous réussissons – serait de voir plus de gens faire un travail ayant une valeur élevée même s’ils n’ont pas de baccalauréat. S’il devient possible pour plus de gens de faire un travail ayant une valeur élevée, en se servant de meilleurs outils, il s’agira d’une évolution extrêmement positive dans un monde qui a connu plus de quatre décennies de croissance des inégalités.

Intervenant 1 [00:19:35] Ainsi, toutes ces élites dont la prospérité est tributaire de l’activité de production – comme les avocats et les comptables, et ce n’est pas une critique à leur égard –, ces élites ne disparaîtraient peut-être pas, mais on commencerait à voir diminuer la rente économique que leur procurent les travailleurs de production de première ligne.

Intervenant 2 [00:19:50] Exactement. Cette rente économique diminuerait peut-être légèrement. Ça ne veut pas dire que ces élites auraient moins de valeur. Elles auraient tout simplement un peu plus de concurrents.

Intervenant 1 [00:19:56] Cela semble presque égalitaire.

Intervenant 2 [00:19:57] Ce serait le scénario positif (rires).

Intervenant 1 [00:19:59] La technologie n’a pas ce genre d’effet en général, n’est-ce pas ? Elle fait surgir des divergences plutôt que des convergences.

Intervenant 2 [00:20:03] En fait, cela varie avec le temps. L’époque industrielle, à partir d’environ 1890 jusqu’à 1970, a véritablement suscité l’apparition de la classe moyenne dans le monde. Ça a clairement été le cas pour la classe moyenne en Occident. Cela a permis à des gens ayant pour la plupart une éducation de niveau secondaire d’effectuer de nombreux types de tâches ayant une grande valeur dans des usines et des bureaux.

Intervenant 1 [00:20:21] Ils sont partis de la ferme et se sont installés en ville, où ils ont sans doute gagné trois fois plus d’argent que les générations qui les avaient précédés sur la ferme.

Intervenant 2 [00:20:27] Exactement. Et travailler à l’usine ou dans un bureau, c’est beaucoup moins exigeant physiquement, et beaucoup plus sécuritaire, que travailler sur une ferme. Et ça offre beaucoup plus de sécurité économique. Et donc, cela a très bien fonctionné. En fait, cela a donné lieu à une époque très fructueuse sur divers plans. Pas à tous les points de vue, mais certainement en ce qui a trait à la croissance de la classe moyenne. Les quatre dernières décennies n’ont pas été de ce type, et je crois que l’informatisation a contribué à cela. Toutefois, certains pays ont géré la situation mieux que d’autres, et le Canada n’a pas vu croître les inégalités autant que les États-Unis, et a également mieux maintenu les soutiens sociaux. Et donc, maintenant, nous sommes entrés dans une autre époque. Je ne veux pas faire de prédictions du genre : voici ce qui va arriver. Je parle essentiellement de ce que nous pourrions faire, de la possibilité qui s’offre à nous. Et je pense que cette technologie a des caractéristiques qui sont vraiment très différentes de celles de l’informatique conventionnelle. Si je vous disais : la technologie qui est à la fine pointe dans le monde est absolument extraordinaire, mais elle n’est pas fiable pour ce qui concerne les faits et elle n’est pas efficace en mathématiques. Vous répondriez : ça ne ressemble à aucune des technologies de pointe que je connais. Et vous auriez raison, car l’IA est vraiment une technologie très différente. Si on l’utilise bien, elle peut nous permettre de prendre des décisions à la fois meilleures et plus nombreuses. Or, de toutes nos tâches, la prise de décision est nettement celle qui a le plus de valeur. Et quand je parle de prise de décision, je ne parle pas de décisions sans conséquences, mais bien de décisions sur des questions importantes.

Intervenant 1 [00:21:39] Si vous regardez vers l’avenir, à quoi la classe moyenne que vous entrevoyez pourrait-elle ressembler dans une économie fondée sur l’IA ?

Intervenant 2 [00:21:44] Si nous faisons bien les choses, il y aura plus de gens qui n’auront pas étudié dans les environnements les plus élitistes, mais qui feront un travail d’expert et utiliseront pour cela de meilleurs outils. Le monde dans lequel nous ne voulons pas vivre est non pas un monde sans travail, mais un monde où il n’y a que des brigadiers scolaires. Je le répète, le travail d’un brigadier scolaire a une grande valeur. Mais si nous faisons un travail de non-expert – un travail que toute personne saine de corps et d’esprit peut faire relativement bien –, il ne sera pas bien rémunéré. La part du travail dans le revenu national chutera. Cela ne veut pas dire que l’argent serait brûlé. Il irait simplement aux propriétaires de capitaux, aux propriétaires de machines. Et je ne pense pas qu’un tel scénario soit aussi attrayant. Selon moi, un monde dans lequel une part importante du revenu provient du travail – ce qui est le cas dans le monde où nous vivons à l’heure actuelle – est un monde très intéressant. Dans une démocratie, on veut que les gens participent, et l’un des aspects de la participation est le fait de jouer un rôle actif dans la société. Et une bonne partie de cela tient à la capacité de générer des ressources. Les gens ont des revenus. Des marchés du travail robustes et des gouvernements démocratiques vont bien ensemble. Et sans une classe moyenne robuste, la démocratie a de la difficulté à bien fonctionner. Si tout l’argent est dans les mains de quelques personnes, qui le distribuent ensuite sous la forme d’un revenu universel de base, nous sommes essentiellement à la merci de ces personnes.

Intervenant 1 [00:22:57] Selon vous, quelles sont les aptitudes que les gens devront posséder et développer davantage pour prospérer dans une telle transformation ?

Intervenant 2 [00:23:05] Permettez-moi de vous donner deux réponses. Fondamentalement, le monde d’aujourd’hui est très différent de ce qu’il était à l’époque où j’ai fait mon cours secondaire. Les faits étaient rares, l’information était rare. Et il était très important de posséder de l’information. Maintenant, les jeunes vivent dans un monde qui est inondé d’information. Mais l’information n’est pas fiable. Elle est très incertaine : on ne parle pas de faits, mais de conjectures, de conspiration. Par conséquent, une aptitude très fondamentale à posséder est la capacité de travailler dans un environnement d’information abondante, mais incertaine, la capacité de tirer des conclusions valides, de raisonner par déduction et d’appliquer une approche analytique, statistique et scientifique dans le travail que l’on effectue dans cet environnement très complexe. Cela dit, je crois qu’à un niveau plus spécifique, dans pratiquement n’importe quel secteur du travail, il faut développer son jugement si l’on veut espérer exceller. Le jugement découle de l’expérience et de l’immersion. La plupart des emplois de professionnel sont des emplois dans lesquels il faut commencer par être apprenti – même si l’on n’emploie tout simplement pas le terme apprentissage pour désigner cette période. Par conséquent, si vous êtes médecin résident, ou professeur adjoint, ou avocat junior, vous êtes un apprenti. Et bien sûr, il y a aussi des périodes d’apprentissage dans de nombreux métiers et domaines. En somme, les gens développent le jugement nécessaire. Lorsqu’ils travailleront avec l’IA, ils continueront d’avoir besoin de ce jugement. Il faut voir l’IA comme un adjoint qui peut facilement se tromper. Cet adjoint semble toujours sûr de lui. Mais il n’a pas toujours raison. Et je ne pense pas que cette caractéristique va disparaître fondamentalement. Je ne pense pas que l’IA va devenir infaillible. Je ne pense pas que le problème d’hallucination va disparaître. En somme, il va falloir exercer du jugement pour utiliser cet outil. Je vous donne un exemple. Mes collègues Nikhil Agarwal et Tobias Salz, entre autres, ont réalisé une étude vraiment extraordinaire portant sur l’utilisation de l’IA par les radiologistes. Cela porte sur l’analyse de radiographies. C’est un type de tâche pour laquelle l’utilisation de l’IA est très pertinente, car il n’y a pas vraiment de règles coulées dans le béton. On est simplement, en quelque sorte, devant un tableau d’ensemble, et l’on essaie de se centrer sur certaines choses et de se demander : qu’est-ce qui me semble probable ici ? Dans ce contexte, l’IA est à peu près aussi efficace que 65 % des radiologistes pour faire une analyse s’appuyant uniquement sur les radiographies. Or, on a constaté que lorsque les médecins et les radiologistes travaillent ensemble, les médecins obtiennent de moins bons résultats. Leurs résultats inférieurs sont dus au fait qu’ils n’ont pas reçu de formation portant sur l’utilisation de cet outil. L’outil a des incertitudes, tout comme les médecins en ont, et il signale ses incertitudes. Il indiquera par exemple : j’ai un degré de certitude de 55 % qu’il s’agit d’un œdème. Ou qu’il s’agit d’une pneumonie. Et ainsi de suite. On constate que lorsque l’IA est incertaine, les médecins le sont habituellement eux aussi – et que lorsque l’IA a un fort degré de certitude, c’est habituellement vrai aussi pour les médecins. Mais ce qui a tendance à se produire, c’est que lorsque l’IA et le médecin sont incertains, le médecin s’en remet à l’opinion de l’IA ; par contre, lorsque le médecin et l’IA ont tous deux un fort degré de certitude, le médecin ne tient pas compte de l’opinion de l’IA si elle diffère de la sienne. Or, il s’avère que ni l’une ni l’autre de ces décisions ne semble être la bonne. En fait, lorsque l’IA n’est pas très certaine, son opinion n’est sans doute pas très fiable. Votre jugement est probablement plus fiable. Lorsque l’IA a un fort degré de certitude, vous devriez à tout le moins vous demander pourquoi un outil d’IA qui a vu des millions de radiographies a une opinion différente de la vôtre. Et vous devriez au moins tenir compte de ce fait. Donc, ça ne veut pas dire que cet outil ne peut pas être utile aux radiologistes. Toutefois, cela signifie, d’une part, qu’il faut avoir reçu une formation portant sur son utilisation, et, d’autre part, qu’il faut exercer son jugement. Nous allons nous habituer à considérer que ces machines peuvent se tromper, tout comme n’importe quelle personne avec laquelle nous travaillons peut se tromper. Nous devons savoir quand il est pertinent de nous fier à leur jugement, et quand il est pertinent de nous fier au nôtre. Par conséquent, je crois que dans nos interactions avec l’IA, nous devrons nous assurer de demeurer vigilants, de demeurer informés, et nous devrons savoir écouter, mais sans perdre notre esprit critique.

Intervenant 1 [00:26:20] David, j’aimerais encore vous soumettre deux questions afin de recueillir brièvement vos commentaires en terminant. La première vise à vous ramener dix ans en arrière ; la deuxième, à vous projeter dix ans dans l’avenir. Si vous vous reportez dix ans en arrière et regardez où nous en sommes aujourd’hui, qu’est-ce qui vous surprend ? Qu’est-ce que vous n’aviez pas entrevu au sujet du monde du travail du milieu des années 2020 ?

Intervenant 2 [00:26:36] Deux choses. L’une est que je pensais que les inégalités continueraient de s’accroître comme elles l’avaient fait jusque-là, mais en fait, elles ont marqué un plateau. Aux États-Unis, elles ont sensiblement diminué depuis la pandémie. Cela m’a surpris. Je ne l’avais pas prévu. L’autre chose est que je ne pensais pas que l’IA deviendrait si rapidement aussi performante. Je connaissais l’IA, car j’écris sur la technologie et les marchés du travail depuis longtemps, et je passe beaucoup de temps avec mes collègues du MIT qui travaillent dans le domaine de l’IA. Et ceux-ci étaient très divisés il y a dix ans au sujet de l’évolution future des choses. Certains étaient renversés de voir avec quelle rapidité les modèles prédictifs s’amélioraient. Par contre, d’autres disaient : non, le modèle a raison en moyenne, mais il se trompe dans chaque cas pertinent. C’est une avenue sans issue. Des rendements qui diminuent. Ça ne va nulle part. Or, il s’avère que le premier groupe avait raison. La technologie évoluait vraiment très rapidement. Donc, ça a été assez surprenant. Et je crois que c’est assez déstabilisant. Nous avons maintenant moins de certitudes au sujet de l’avenir que nous en avions il y a dix ans. Nous n’en avons pas plus.

Intervenant 1 [00:27:26] Transportez-nous dix ans dans l’avenir. Nous sommes au milieu des années 2030. Qu’est-ce qui a changé en ce qui a trait au travail et à la main-d’œuvre ?

Intervenant 2 [00:27:33] Eh bien, si nous faisons bien les choses, un plus grand nombre de gens verront les responsabilités liées à leur travail prendre de l’expansion, plutôt que se resserrer. Par exemple, les gens du secteur de l’assurance, qui travailleront avec une gamme de produits plus diversifiée. Les gens qui écrivent, car ils auront de meilleurs outils. Les gens du secteur de la médecine, où plus de gens effectueront du travail de diagnostic et de soutien, plutôt que de simples tâches de traitement liées aux dossiers. En outre, si tout se passe bien, nous assisterons aussi à une augmentation de la productivité. Et une meilleure productivité permet de régler de nombreux problèmes. Cela pourrait permettre de réduire quelque peu la semaine de travail. Dans les pays riches, nous avons d’importantes populations de gens de plus de 65 ans qui ont mérité de prendre leur retraite, et un plus petit nombre de travailleurs qui les soutiennent. Et donc, si nous avons une meilleure productivité, il sera plus facile d’assumer la responsabilité qui nous incombe de prendre soin de ces personnes. Je tiens à préciser que l’IA fera une foule de choses, et pas seulement dans le marché du travail. Par conséquent, lorsque j’ai des préoccupations relativement à l’IA, ce qui me préoccupe principalement, ce n’est pas l’élimination d’emplois, même si cette question me préoccupe. Je m’inquiète beaucoup plus des risques liés à la désinformation, au développement d’armes et au contrôle de systèmes critiques. Je suis un économiste spécialisé dans l’économie du travail, et je crois que, fondamentalement, la santé de la société passe par le bon fonctionnement du marché du travail. Et je crois qu’il est possible de bien faire les choses à cet égard.

Intervenant 1 [00:28:45] Nous garderons ces autres sujets en mémoire pour un épisode futur des Innovateurs. David, ça a été une conversation extraordinaire. Merci d’avoir participé aux Innovateurs.

Intervenant 2 [00:28:52] C’est un plaisir de discuter avec vous, John. Merci de m’avoir invité.

Intervenant 1 [00:28:57] Au cours de l’histoire, la technologie a rarement entraîné une réduction du nombre d’emplois, même si elle a clairement eu un impact sur une foule d’emplois qui ont disparu au fil du temps. Cela tient au fait que lorsque la technologie rend inutiles certaines façons de faire les choses, par exemple la tâche de faire fonctionner un ascenseur, on voit surgir de nouvelles possibilités. Mais pour que les choses se passent bien, nous devons investir dans les gens afin d’accroître la valeur de l’expertise et de faire en sorte que le travail effectué ait une valeur élevée. Que vous soyez optimiste ou pessimiste relativement à l’IA, rappelez-vous : la technologie ne décide pas de l’usage que nous en ferons. C’est à nous tous qu’il revient d’en décider. Nos auditeurs savent que l’IA et la promesse de la productivité ont constitué un thème récurrent au cours de cette saison. Et dans un pays qui est confronté à un défi de productivité, pour dire les choses sans crainte d’exagérer, nous devons comprendre de tels défis et les transformer en possibilités pour le Canada. Et rapidement. Avant de vous quitter, j’aimerais mentionner un autre point lié à la technologie. Vous avez probablement écouté notre émission d’aujourd’hui sur votre appareil mobile. Cependant, le balado « Les innovateurs » est maintenant aussi disponible dans le cadre des divertissements en vol offerts aux passagers d’Air Canada. Vous pouvez donc nous écouter où que vous soyez : au sol ou dans les airs. Je m’appelle John Stackhouse, et vous venez d’écouter le balado de RBC « Les innovateurs ». À bientôt.

Intervenant 3 [00:30:11] Le balado « Les innovateurs » est produit par le groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service. Pour écouter d’autres balados de la série « Les innovateurs », consultez le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.

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Trouver un logement abordable au Canada relève du parcours du combattant. Les politiques, les changements structurels, l’inflation et le comportement des consommateurs ont créé la tempête parfaite, propulsant les prix des propriétés et les loyers à des niveaux inédits.

La crise commence à toucher les personnes à revenu moyen et s’étend hors des centres urbains. Elle se répercute sur l’ensemble du contexte socioéconomique et menace le rêve d’accession à la propriété au Canada. Pour ne rien arranger, le pays connaît une croissance démographique record.

Selon le dernier rapport de RBC intitulé La grande reconstruction, près de la moitié des 2 millions de nouveaux ménages qui verront le jour d’ici 2030 ne seront pas en mesure d’accéder à la propriété. C’est presque autant que le nombre de ménages dans les provinces de l’Atlantique.

En vue de rétablir l’accessibilité à la propriété, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) estime que le Canada a besoin de 5,8 millions de nouveaux logements d’ici 2030.

Des mesures audacieuses sont requises pour combler l’écart entre l’offre et la demande et empêcher que la situation ne s’aggrave davantage. Il faut aussi renforcer la collaboration entre les principaux intervenants : décideurs, urbanistes, promoteurs immobiliers, entreprises de construction, institutions financières, etc.

D’autres réflexions s’imposent également à propos du type de logements requis et de la façon dont on peut intégrer des conceptions novatrices, ainsi que des techniques et des technologies de construction en vue de stimuler la productivité.

Les maisons préfabriquées existent depuis longtemps. Toutefois, les progrès et l’innovation dans le domaine de la construction les ont rendues plus attrayantes. Elles représentent désormais des solutions plus rapides et plus économiques que les méthodes de construction traditionnelles. Ces logements, qui peuvent aller des maisons unifamiliales à des immeubles de plusieurs étages, sont fabriqués dans un environnement contrôlé, puis transportés et assemblés sur les chantiers.

Trinh Theresa Do reçoit trois experts de la préfabrication : Craig Mitchell, directeur à BlackBox Offsite Solutions, Michele Tung, cheffe de la direction de homeD Modular, et Mark Stephenson, chef de la direction de Qube Building Systems, des entreprises qui exploitent la technologie pour repenser la construction et construire des logements de meilleure qualité, plus rapidement et à grande échelle.

Le secteur a encore besoin d’un soutien accru de la part des secteurs public et privé, mais la création d’un fonds pour l’innovation dans les technologies de construction résidentielle, récemment annoncé par le gouvernement fédéral dans le but de développer la construction de logements préfabriqués et modulaires, représente un pas dans la bonne direction.

Voilà une occasion pour le Canada de tirer parti de l’innovation dans la construction pour répondre aux besoins d’une population grandissante.

Lisez notre rapport : La grande reconstruction : sept façons de remédier à la pénurie de logements au Canada

Intervenante 1 [00:00:02] – Bonjour, ici Theresa. Je remplace John aujourd’hui. Les Canadiens ont du mal à trouver des logements abordables. Sous l’action conjuguée des politiques gouvernementales, des mutations structurelles, de l’inflation et des habitudes de consommation, la demande, le prix des maisons et les loyers ont atteint des sommets. La classe moyenne est sous pression – que dire des Canadiens moins nantis ! Et ce ne sont pas seulement les citadins qui peinent à se loger : la crise s’étend partout, brisant les espoirs d’accession à la propriété. Par-dessus le marché, la population canadienne croît à un rythme inédit. Le dernier rapport de RBC (« La grande reconstruction ») indique que plus de la moitié des nouveaux ménages (on en attend près de deux millions au cours des six prochaines années) ne pourront s’acheter une maison. C’est près du total actuel des ménages des provinces de l’Atlantique. Pour combler l’écart entre l’offre et la demande, il va falloir agir avec décision et vite, avant que la situation ne s’aggrave. Les solutions passent par une meilleure collaboration entre les parties prenantes, les décideurs politiques, les urbanistes, les promoteurs, les entreprises du bâtiment, les institutions financières, etc. Il nous faut aussi réfléchir au type de logements requis. D’où le sujet de discussion du jour : les constructions modulaires préfabriquées. Les maisons préfabriquées ne datent pas d’hier, mais les progrès réalisés en matière de technologie, d’innovation et de conception rendent la formule plus intéressante. Sur le plan des coûts d’achat ou de location, c’est aussi une solution prometteuse. Comment augmenter l’offre rapidement tout en tenant compte de l’impact du bâtiment sur le climat ? La capacité est limitée ; en matière de main-d’œuvre ou de matériaux, quel impact le recours aux maisons préfabriquées aura-t-il sur les coûts ? Que pouvons-nous faire pour prioriser l’innovation et, ainsi, contribuer à résoudre l’un des problèmes les plus criants de l’heure ? Ici Trinh Theresa Do. Vous écoutez le balado « Les innovateurs RBC ». Le terme « modulaire » fait penser aux blocs Lego, ou encore à ces meubles qu’on peut déplacer et assembler de différentes façons, suivant l’espace dont on dispose. Les éléments préfabriqués et modulaires se prêtent à une production en milieu contrôlé – des simples cloisons aux maisons familiales tout entières, voire aux immeubles à étages multiples. Les éléments sont ensuite transportés et assemblés sur place, ce qui est plus rapide et plus économique que selon les méthodes classiques. Notre premier invité est Craig Mitchell, responsable chez Black Box Offsite Solutions et partenaire de 720 Modular. Craig travaille dans le domaine depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui consultant, il assiste les maîtres d’ouvrage, les architectes et les entrepreneurs tout au long des projets de construction modulaire. Bienvenue aux Innovateurs, Craig.

Intervenant 2 [00:02:45] – Tout le plaisir est pour moi.

Intervenant 1 [00:02:46] – Cela fait longtemps que vous vous occupez de construction modulaire. Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts dans ce domaine ?

Intervenant 2 [00:02:53] – J’ai vu effectivement beaucoup d’évolution au cours de ma carrière. Les premiers temps, au Canada, la construction modulaire intéressait surtout le secteur industriel. Pensez aux roulottes de chantier sur remorque ou aux bâtiments utilisés dans l’industrie des sables bitumineux. Je dirais que c’était surtout dans ce domaine qu’on utilisait des constructions modulaires au Canada, il y a dix ans encore à peu près. Depuis pas si longtemps, le Canada emboîte le pas au reste du monde, où les installations modulaires se prêtent à un usage permanent. On réalise que ce type de construction contribue à régler certains des problèmes auxquels fait face le secteur du bâtiment, par exemple en matière de main-d’œuvre et de personnel qualifié. Les gens explorent de nouvelles avenues permettant de résoudre une partie du casse-tête qu’entraînent les méthodes traditionnelles.

Intervenant 1 [00:03:44] – De fait, la construction préfabriquée ou modulaire à grande échelle présente aujourd’hui bien des avantages, surtout en contexte de crise du logement. Je crois cependant que sa pleine mise en œuvre se heurte encore à bien des obstacles. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ils consistent surtout ?

Intervenant 2 [00:04:01] – Le premier frein, selon moi, est lié au fait que notre secteur du bâtiment n’a guère changé depuis plus d’un siècle. Les façons de faire sont bien enracinées et je crois que les acteurs ont du mal à adopter ces nouvelles formes de construction. Un changement s’impose. Quel usage faire de ces bâtiments, comment en permettre la construction à grande échelle ? Le passage à la vitesse supérieure, voilà l’un des principaux défis à relever. Il concerne d’abord les promoteurs immobiliers. Le secteur public canadien pousse fortement en faveur de la construction modulaire ; de nombreuses administrations provinciales ou municipales adoptent la formule, et le gouvernement fédéral est en train d’accoucher d’une stratégie de construction industrialisée. On constate donc un engouement. Cependant, les processus d’achat du secteur public datent quelque peu. La construction modulaire est un domaine particulier dont les pratiques de l’administration, qui restent à adapter, ne facilitent pas l’essor – ni celui, plus généralement, des constructions préfabriquées. Il faut donc orienter les méthodes d’approvisionnement du secteur public dans le sens de la collaboration ; l’approche « conception », « appel d’offres » et « construction » ne fonctionne pas, ici.

Intervenant 1 [00:05:19] – En quoi consiste cette approche, plus précisément ?

Intervenant 2 [00:05:22] – C’est celle que suit par exemple un maître d’ouvrage quand il fait appel à un architecte. On conçoit l’immeuble puis on fait venir les consultants. On dresse ensuite un budget qu’on soumet aux entrepreneurs, aux fins de l’appel d’offres. Ce qui arrive bien souvent, quand on procède ainsi, c’est un dépassement du budget. Il faut alors se remettre à la planche à dessin et modifier les plans pour que le projet respecte le budget. La construction modulaire exige une approche intégrée. Le maître d’ouvrage et les consultants doivent travailler ensemble, mais il faut aussi s’adjoindre un entrepreneur. Le constructeur des éléments préfabriqués doit faire partie de l’équipe. Il vous faut aussi la personne qui s’occupera de la logistique et de l’assemblage du bâtiment. La phase de conception peut même nécessiter d’avoir à ses côtés, dès le départ, les représentants de la municipalité ou de l’autorité compétente. Il faut collaborer avant de construire, avant d’ouvrir le chantier. C’est là que se joue la réussite ou l’échec du projet.

Intervenant 1 [00:06:30] – Si je comprends bien, il va falloir changer un tas de processus et de méthodes solidement ancrés. Dans les faits, comment redistribue-t-on les cartes ? Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour bousculer le statu quo et provoquer les réformes nécessaires?

Intervenant 2 [00:06:45] – Dans le secteur public, dans les municipalités, les promoteurs et les constructeurs en appellent depuis longtemps à la réduction de la bureaucratie liée à l’octroi des permis, et je me fais volontiers l’écho de leurs doléances. Je pense même que les permis concernant les constructions hors chantier devraient faire l’objet de procédures différentes ; l’essor de la construction modulaire exige plus de clarté en matière de délais d’octroi de permis. Si l’on ne sait jamais combien de temps il faut attendre avant d’obtenir les permis, ce type de construction ne présentera plus aucun avantage. Par ailleurs, pour que les gouvernements donnent le feu vert à la préfabrication, il faut des données solides, des exemples de projets réussis et des études de cas probantes. Tout cela a manqué jusqu’ici. Une chose qui me semble essentielle pour tout projet financé par les deniers publics, c’est de tirer les leçons et de recueillir des données tout au long de l’entreprise. C’est la seule façon d’acquérir progressivement des certitudes sur ce type de construction.

Intervenant 1 [00:07:57] – Ceux de nos clients et partenaires du bâtiment avec lesquels j’ai parlé trouvent en effet qu’on ne met pas suffisamment en commun les connaissances, et ils voudraient savoir quelles sont les bonnes pratiques à suivre. Vous travaillez aux quatre coins du pays, sous différents régimes administratifs. En matière de préfabrication, quelles sont les régions les plus en avance ? Qu’est-ce qui fait qu’on y obtient de bons résultats ?

Intervenant 2 [00:08:19] – J’ai œuvré principalement sur la côte occidentale de la Colombie-Britannique. Je travaille à Vancouver, où se trouve le ministère provincial du logement. Depuis au moins dix ans, ce ministère a beaucoup poussé en faveur des constructions modulaires, mais je le répète, les administrations qui, au Canada, marquent des points dans ce domaine sont celles qui accélèrent la délivrance des permis. En Colombie-Britannique, un organisme public fait la promotion des logements modulaires et les politiques de passation de contrat sont clairement définies en ce sens. J’ai participé récemment à un projet concernant un simple refuge pour personnes itinérantes ; nous avons utilisé les mêmes structures modulaires que nous transportions autrefois du nord de l’Alberta pour les monter dans de minuscules localités ontariennes. Il s’agit d’un un cas modèle : nous avons obtenu le permis de construire en quatre jours et le refuge pourra être ouvert moins de 35 jours après le début des travaux. C’est la preuve que la volonté politique requise existe dans notre pays. Nous en avons besoin à une plus grande échelle. Les gens doivent saisir l’ampleur de la crise du logement et les acteurs politiques doivent commencer à approuver plus vite ce genre de projet. C’est possible, selon moi. C’est une question politique, au bout du compte.

Intervenant 1 [00:10:07] – Quand on analyse la crise du logement, il est impossible de faire l’impasse sur la crise climatique. Selon vous, comment la préfabrication de maisons modulaires contribue-t-elle à réduire les émissions de GES ?
Intervenant 2 [00:10:22] – C’est une question essentielle. Les solutions écologiques me tiennent particulièrement à cœur. Le fait est connu : en favorisant la construction en usine ou industrialisée, nous réduisons l’empreinte carbone, par simple centralisation. Mieux : non seulement la fabrication se fait au même endroit, mais on livre aux chantiers des produits finis de meilleure qualité, qu’il s’agisse d’éléments individuels ou de volumes habitables déjà assemblés, d’où réduction supplémentaire des émissions. Les Canadiens doivent commencer à considérer l’industrialisation de la construction comme une solution au problème du logement écologique.

Intervenant 1 [00:11:07] – Selon vous, comment va évoluer le secteur canadien de la préfabrication au cours des dix prochaines années ?

Intervenant 2 [00:11:11] – Le Canada est un immense pays dont les agglomérations ont des caractères régionaux très marqués. Il faut en être conscient. Le développement du secteur en est tributaire : les besoins de la côte Est diffèrent de ceux de l’Ontario et de la côte Ouest. Il nous faut absolument envisager des plans régionaux, aménager chaque territoire en fonction de ses spécificités. Les possibilités sont là. J’ajoute, comme je l’ai dit tout à l’heure, que nous devons à tout prix recueillir de l’information sur les projets qui aboutissent, afin d’en tirer les leçons et de poursuivre l’expérience jusqu’à ce que le secteur privé adopte lui aussi la construction modulaire. C’est ce qu’ont fait les autres pays. Je crois que cela s’en vient chez nous, mais il faut que le secteur public montre la voie.

Intervenant 1 [00:12:04] – Ce serait donc affaire d’approche régionale, de collecte de données et de prise en charge des risques par le secteur public, auquel le privé pourrait ensuite emboîter le pas. D’excellentes pistes à suivre ! Merci beaucoup d’avoir été des nôtres et de nous avoir éclairés.

Intervenant 2 [00:12:17] – Ce fut un plaisir. Merci, Theresa.

Intervenant 1 [00:12:22] – Notre prochaine invitée est Michele Tung, PDG de HomeD, une entreprise spécialisée dans la construction modulaire écologique et l’offre de logements abordables (refuges et autres). Michelle fait également partie du conseil d’administration du First Nations Housing and Infrastructure Council de Vancouver et travaille à titre de bénévole au sein du comité des affaires gouvernementales du Modular Building Institute. Bienvenue aux Innovateurs, Michelle.

Intervenant 3 [00:12:42] – Je suis ravie d’être ici. Merci beaucoup, Theresa.

Intervenant 1 [00:12:44] – Nous essayons de voir aujourd’hui en quoi la préfabrication peut contribuer à atténuer la crise du logement. Comment et pourquoi les modules fabriqués en usine peuvent-ils résoudre les problèmes d’abordabilité et d’itinérance ?
Intervenant 3 [00:12:56] – Combinées, la préfabrication et la modularité permettent de répondre à la demande rapidement et avec beaucoup d’efficacité. En changeant de méthodes de fabrication, on peut faire des gains d’efficacité, réduire les coûts et réaliser des économies d’échelle. En usine, le travail se fait dans des conditions idéales. Le risque d’accidents est moindre, la sécurité accrue. De plus, qui dit centralisation dit optimisation du transport comme de l’approvisionnement en ressources et en fournitures, sans parler de la diminution des déchets.

Intervenant 1 [00:13:34] – Pourquoi avez-vous décidé de fonder une entreprise dans le secteur de la construction modulaire ?

Intervenant 3 [00:13:37] – J’ai lancé HomeD avec deux associés. L’un est architecte – un excellent ami, qui possède plus de 20 ans d’expérience en construction de gratte-ciel sous tous les cieux. Il a constaté que les méthodes traditionnelles font progressivement place à la construction modulaire. Il a donc créé son propre style de module, que nous avons utilisé à Vancouver et qui constitue une autre solution que les ossatures de bois ou la construction métallique classiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé HomeD. Il y en a une autre : nous étions au paroxysme de la pandémie et, pour la maman que j’étais déjà, le moment était venu de réfléchir, de penser aux prochaines générations. Je voulais faire quelque chose qui ait une portée sociale, un impact social, compte tenu de cet écart croissant entre les possédants et les démunis, entre les propriétaires et ceux qui ne trouvent pas de logement abordable.

Intervenant 1 [00:14:31] – Oui, un très grand intérêt de la construction modulaire, c’est qu’elle permet de bâtir à grande échelle et très vite. Immense avantage, à l’heure où tant de gens peinent à se loger, d’un bout à l’autre du pays. Par rapport à un logement classique, combien en coûte-t-il d’assembler une maison modulaire, de type conteneur par exemple, comme les vôtres ?

Intervenant 3 [00:14:51] – Excellente question, qu’on nous pose souvent : la construction modulaire est-elle meilleure marché que la construction traditionnelle ? Si l’on considère simplement le coût de construction, un bâtiment modulaire est forcément moins cher. Considérons maintenant les coûts associés à l’ensemble du cycle de vie. Les travaux s’exécutent toujours plus vite – ils nécessitent environ vingt à cinquante pour cent moins de temps. Par ailleurs, quand on centralise les opérations de fabrication, on peut optimiser certains postes, par exemple l’achat des matériaux. De plus, la qualité du produit fini est meilleure. Bref, ramenée à la durée de vie utile du logement, l’approche modulaire permet d’économiser de l’argent.

Intervenant 1 [00:15:37] – Combien de temps prend la construction d’une maison modulaire, par rapport à une maison classique ?

Intervenant 3 [00:15:44] – Un projet de 30 unités prend en moyenne 26 mois si l’on procède par ossatures de bois. Le recours à des éléments modulaires ramène les délais à neuf mois. On gagne donc énormément de temps.

Intervenant 1 [00:15:59] – Ce sont d’appréciables économies, en temps comme en coûts. Il n’y a qu’à songer aux frais d’assurance liés à la tenue du chantier : si les travaux se terminent plus tôt, vous économisez énormément. HomeD propose des modules standardisés qui peuvent être réutilisés, déplacés et reconfigurés. Pour quels types de logements la construction modulaire convient-elle le mieux ?

Intervenant 3 [00:16:23] – Avant tout, pour des assemblages répétitifs. Pour vous donner un exemple, les unités tiennent sur un camion. Elles répondent donc très bien à la demande en logements abordables (habitations sociales, villages de retraités, etc.). C’est également l’idéal pour les résidences universitaires, les hôtels, les refuges ou les auberges de jeunesse.

Intervenant 1 [00:16:44] – Avec quels organismes travaillez-vous ?

Intervenant 3 [00:16:47] – HomeD a déjà collaboré avec la Lu’ma Native Housing Society de Vancouver, un organisme fort de plus de 30 années d’expérience et bien au fait des besoins du marché. Ses membres ont vu que nous proposions une solution originale, différente des ossatures de bois et des constructions métalliques traditionnelles. Nous avons examiné avec eux les besoins à combler et comment remédier aux problèmes. Les modules que nous avons créés avec Lu’ma résultent d’un effort de collaboration visant à offrir un produit qui trouve toute son utilité au Canada, pas seulement en ville, mais aussi dans les zones rurales et les contrées éloignées.

Intervenant 1 [00:17:22] – Fantastique. Cela nous amène à ma prochaine question, qui est en rapport avec les enjeux climatiques et écologiques. Il est très tentant aujourd’hui de considérer les besoins en logements aussi nombreux et abordables que possible comme plus importants que, par exemple, la crise climatique. Or nous savons qu’il faut construire des maisons qui résisteront aux catastrophes climatiques et qui n’augmenteront pas notre empreinte carbone. J’aimerais que vous nous expliquiez en quoi les logements préfabriqués sont ou peuvent être plus écologiques que les logements classiques.

Intervenant 3 [00:17:52] – Actuellement, la construction d’une maison modulaire, au Canada, n’est guère autre chose que le montage en usine d’une ossature de bois traditionnelle. Nous n’avons donc pas encore tiré tout le parti de la formule. Du point de vue climatique, l’efficacité est loin d’être maximale. Mais dès que nous en serons à utiliser des matériaux de meilleure qualité, notamment pour tout ce qui nuit à l’efficacité énergétique, nous aurons des logements bien isolés et nous constaterons alors tout l’intérêt de la construction modulaire en matière climatique.
Intervenant 1 [00:18:27] – D’après votre expérience, compte tenu de l’état actuel du secteur du bâtiment et du parc de logements actuel, de quels moyens disposent les constructeurs, toutes techniques confondues, pour réduire leurs émissions ?

Intervenant 3 [00:18:41] – Ce ne sont pas les moyens qui manquent. Revoir la conception, choisir de meilleurs emplacements, rénover en fonction du climat… Celui-ci se réchauffe, mais les systèmes de climatisation ne s’imposent pas dans tous les cas ; il existe des solutions « passives » (écrans, volets roulants et autres dispositifs réfléchissant le rayonnement UV). On peut encore se conformer aux normes et certifications ad hoc (LEED and Green, par exemple). Et puis il est possible aussi d’optimiser nos équipements domestiques (systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation, appareils d’éclairage ou électroménagers). Améliorer l’enveloppe des bâtiments, vérifier l’étanchéité, opter pour des fenêtres de meilleure qualité…

Intervenant 1 [00:19:24] – Que faudrait-il, selon vous, pour généraliser la construction modulaire au Canada?

Intervenant 3 [00:19:29] – Beaucoup d’éducation ! Dans ce domaine, il reste beaucoup à apprendre. Certes, le gouvernement doit pousser à la roue et les municipalités doivent suivre un plan de match, mais il faut faire bien davantage, je crois. Proposer plus de programmes incitatifs, par exemple. Je ne nous vois pas atteindre notre objectif (5,8 millions de logements supplémentaires d’ici 2030) si nous ne recourons pas à la construction modulaire. Il faut donc rendre la formule attrayante pour les promoteurs. Il faut que, dans les usines, les méthodologies JAT (juste-à-temps), TQM (gestion de la qualité totale), PVA (production à valeur ajoutée ou lean), etc. deviennent familières. La collaboration et l’ouverture d’esprit sont donc de mise. En matière de financement, la SCHL doit revoir son approche qui, actuellement, n’est adaptée qu’aux modes de construction traditionnels. Il faut bien comprendre que, en construction modulaire, une bonne partie du financement des immobilisations est requise en amont des projets.

Intervenant 1 [00:20:27] – Ce sont là de vibrants appels à l’action. Merci d’avoir participé aux Innovateurs, Michelle.

Intervenant 3 [00:20:31] – Merci à vous, Theresa.

Intervenant 1 [00:20:36] – Notre dernier invité est Mark Stephenson, fondateur et président de Cube Building Systems, une entreprise spécialisée dans les sciences du bâtiment et les technologies connexes. Grâce aux techniques et processus que lui inspirent l’industrie automobile et le secteur aéronautique, Cube conçoit des immeubles modulaires de taille moyenne ou élevée. Bienvenue aux Innovateurs, Mark.
Intervenant 4 [00:20:52] – Bonjour. Merci de m’avoir invité.

Intervenant 1 [00:20:53] – Rappelons le sujet du jour : les logements préfabriqués et la construction modulaire. On en parle depuis des dizaines d’années, mais ce n’est que maintenant qu’on y voit un remède à la crise du logement. Pourquoi maintenant, Mark ?

Intervenant 4 [00:21:06] – Parce que nous y sommes acculés ! La demande en logements est si forte qu’on ne peut y répondre uniquement par des moyens classiques. Nous devons faire autrement, nous tourner vers la préfabrication, la modularisation et autres approches modernes. Nous ne pensons pas que la préfabrication est la panacée ; c’est un élément de solution. Ce secteur s’est beaucoup développé, notamment ces dix dernières années ; on a proposé des modules universels, généralement installés dans le cadre de projets modestes ou peu prestigieux, ce qui, je crois, a quelque peu discrédité la formule. À présent, toutefois, on reconnaît qu’elle est de portée beaucoup plus étendue et peut donner lieu à de remarquables réalisations. Cet engouement a de quoi nous réjouir, nous qui œuvrons depuis longtemps dans ce domaine.

Intervenant 1 [00:22:06] – Pouvez-vous nous donner une idée des étapes que suit votre entreprise pour construire un bâtiment, par rapport aux méthodes classiques ?

Intervenant 4 [00:22:15] – Une remarque importante s’impose : nous ne parlons pas de phases ou d’étapes. Tout le projet ne constitue qu’une seule et même opération. C’est là que réside au fond toute notre façon de penser. L’un des freins auxquels se heurte l’industrie du bâtiment est que les acteurs y travaillent chacun de son côté, ce qui les amène souvent en opposition. Le risque se propage le long de la chaîne de valeur et cela complique beaucoup les choses. Notre approche est beaucoup plus ouverte : parce que nous avons conçu un mode de construction intégré – suivant en cela une approche qui, elle-même, est « orientée produit » –, nous pouvons placer le produit, son amélioration continue, son transport, son installation, sa mise en service et son exploitation au cœur de l’ensemble circulaire que constituent dès lors sa chaîne de valeur et les acteurs qui y participent. C’est une approche totalement différente, parce que tout est conçu en fonction de l’utilisateur final – l’occupant –, la question étant : quel type d’immeuble devons-nous offrir ? La conception repose sur notre système de construction, qui prend tout en compte – répartition des unités de l’immeuble, mixité des usages, fonctions, accessoires, composantes… C’est une approche particulièrement holistique – intégrale.

Intervenant 1 [00:23:39] – Qu’entendez-vous par là ? Traditionnellement, on convoque des architectes, des ingénieurs, des équipes diverses qui, après chaque étape, se passent le flambeau. Vous nous dites ici que Cube Building Systems s’occupe de tout cela elle-même. Il s’agit d’une intégration verticale.

Intervenant 4 [00:23:59] – Oui, d’une certaine façon. Mais il faut quand même travailler avec des partenaires, et non pas de manière isolée. Ainsi, les systèmes de fourniture d’énergie ou CVC, la façade du bâtiment, les dispositifs d’isolation thermique, tout cela est déjà conçu dans notre produit – de manière configurable, bien entendu : quand les spécificités du projet exigent de recueillir l’avis des partenaires, ingénieurs ou architectes externes, nous apportons à notre système de construction les quelques modifications que réclame le cahier des charges. Le plus gros de l’ingénierie, toutefois, est déjà contenue dans notre produit. Nous ne nous substituons donc pas aux autres acteurs de la chaîne de valeur ; nous changeons l’ordre des événements en fonction de tel ou tel élément de conception ou d’exécution du projet.

Intervenant 1 [00:24:58] – Pouvez-vous nous décrire le processus que vous suivez, depuis la vision initiale jusqu’à la construction proprement dite, en passant par la conception de l’immeuble ?

Intervenant 4 [00:25:09] – Tout à fait. Je dirais que la première étape consiste à déterminer précisément le cas d’utilisation en jeu. Quel type d’immeuble allons-nous bâtir ? Qui y résidera ? Qui en seront les occupants ? Nous étudions d’abord les possibilités d’optimisation de la densité et les facteurs économiques connexes. Nous procédons à la distribution des masses, peu importe que ce soit dans une perspective de location au taux du marché ou de location économique (abordable). Nous nous penchons sur la diversité des unités dès le début du projet, en réfléchissant à ce que vont nécessiter la fabrication des modules et composantes, leur transport, leur installation et leur mise en service, autrement dit le passage à un immeuble fonctionnel.

Intervenant 1 [00:25:53] – Quelles difficultés cherchez-vous à résoudre avec votre système ?

Intervenant 4 [00:25:57] – Quand nous avons lancé notre entreprise, nous avons mené une étude qui laissait entrevoir un créneau – une solution complémentaire dans le secteur de la construction. C’est en fait cette prémisse qui nous a amenés à développer notre système. Nous avons d’emblée décidé que nous étions davantage versés dans les sciences et technologies du bâtiment que dans la construction et la préfabrication. Ces deux aspects ne sont que des sous-éléments du système que nous cherchions à produire. Nous avons voulu développer un système à part entière, de manière très semblable à ce qui se fait dans l’industrie automobile ou dans le secteur aéronautique. Nous empruntons à la construction traditionnelle et aux matériaux traditionnels, mais nous cherchons aussi ailleurs – d’autres matériaux, d’autres méthodes d’installation. Nous ne voulions pas proposer quelque chose de « bâti », de « construit ». Nous visions un produit préfabriqué, assemblé, installé. Nous préférons utiliser ce vocabulaire, qui exprime mieux notre vision.

Intervenant 1 [00:27:10] – Vous le savez, le secteur du bâtiment est bien connu pour entretenir le statu quo. La manière de bâtir actuelle n’est guère différente de celle qui a été employée pendant des générations. Bien des constructeurs avec lesquels je me suis entretenue n’en sont même pas encore à la préfabrication, alors n’allez pas leur parler de construction industrialisée ou de système totalement intégré comme celui de Cube. Qu’est-ce qu’il faudrait pour que les constructeurs adoptent une telle approche ?

Intervenant 4 [00:27:32] – Regardez les perspectives actuelles du marché : l’offre de logements est extrêmement réduite. Les constructeurs classiques ne peuvent répondre à la demande. C’est pour cela que l’innovation doit entrer en scène. Nous avons réalisé d’entrée de jeu qu’il nous faudrait faire nos preuves : développer un système, l’essayer, l’appliquer dans le cadre de projets réels. La résistance habituelle, la préférence pour le statu quo font qu’on ne veut pas essayer – on préfère attendre que le risque ait été atténué ou soit devenu acceptable par le plus grand nombre. Pour emporter l’adhésion du marché, il faut faire la démonstration de la solution proposée, faire preuve de leadership avisé et présenter le produit en action. Alors, peut-être d’autres s’accrocheront-ils au véhicule de tête et contribueront-ils à vaincre l’inertie.

Intervenant 1 [00:28:21] – Eh bien l’invitation est lancée ! Merci infiniment d’avoir participé aux Innovateurs, Mark.

Intervenant 4 [00:28:25] – Merci de m’avoir invité.

Intervenant 1 [00:28:29] – Nous avons entendu aujourd’hui trois experts en préfabrication – des innovateurs. Misant sur la technologie, ils repensent l’univers de la construction. Objectif : permettre que des habitations soient bâties plus vite, mieux et en grand nombre. La préfabrication exige encore le soutien de l’État et du secteur privé. Pour convaincre les Canadiens, l’industrie a besoin de solutions probantes et de réussites manifestes. C’est l’objet de notre dernier rapport sur le logement (« La grande reconstruction ») qui, sur la question de l’offre et de l’abordabilité, fait six autres recommandations. Pour en prendre connaissance, consultez la page rbc.com/lagrandereconstruction.

[00:29:00] Le Canada est à même de mieux construire afin de répondre aux besoins d’une population en pleine croissance. Comment y parvenir ? Je m’appelle Trinh Theresa Do et vous venez d’écouter le balado de RBC « Les innovateurs ». À la prochaine fois !

Intervenant 5 [00:29:19] – Le balado « Les innovateurs » est produit par le groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service. Pour écouter d’autres balados de la série « Les innovateurs », consultez le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.

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En raison de sa complexité, la transition climatique exige du financement et un accès au capital, ainsi qu’à un soutien étendu à l’échelle nationale, car sans cela, elle n’aura tout simplement pas lieu.

La transition exige également de l’innovation. Or, c’est une année difficile pour les innovateurs, en raison des taux d’intérêt élevés et de la résistance des consommateurs.

Même s’ils admirent les efforts en matière de lutte contre les changements climatiques, les consommateurs embarqueront seulement s’ils en tirent un avantage économique. Selon les recherches présentées dans le rapport L’urgence de mettre les bouchées doubles de l’Institut d’action climatique RBC, environ les deux tiers de la population canadienne veulent en faire plus pour lutter contre les changements climatiques. En même temps, environ la moitié sont défavorables aux mesures qui menacent leur mode de vie.

Les Canadiens ressentent également le besoin de mieux connaître les options qui s’offrent à eux en matière de durabilité. Nous devons donc chercher à simplifier les solutions durables qui accélèrent le développement afin de créer de la valeur pour la société.

Cependant, nous manquons de temps et la transformation rapide de l’économie déprendra en grande partie de la technologie.

Alors, que faut-il penser de la décision d’Apple de se retirer du secteur des véhicules électriques? Pourquoi ne voit-on pas de grands projets industriels au Canada? Et quelle sera l’incidence des élections sur les subventions aux technologies propres au Canada, aux États-Unis et en Europe?

En tant que pays, nous devons dissiper l’incertitude et promouvoir l’adoption pour en fin de compte, appuyer la transition vers la carboneutralité.

Nous accueillons Peter Tertzakian, fondateur, et Jackie Forrest, directrice générale, de l’ARC Energy Research Institute afin de mettre les bouchées doubles pour ce tout premier épisode conjoint qui se penchera sur des aspects importants de la transition énergétique du Canada.

De toute évidence, nous sommes à un moment clé du parcours climatique, peut-être même s’agit-il d’une année charnière, et le rôle de la technologie ne fait plus aucun doute.

Pour en savoir plus sur :
L’ARC Energy Research Institute, cliquez ici.
Le balado ARC Energy Ideas, cliquez ici.

Orateur 1 [00:00:01] Bonjour, mon nom est John. Aujourd’hui, nous allons essayer quelque chose de complètement différent. Je vais coanimer et coproduire cet épisode avec un autre balado, soit le balado ARC Energy Ideas, en compagnie de mes amis du secteur énergétique, soit Peter Tertzakian et Jackie Forrest. Si vous ne connaissez pas le balado de Peter et Jackie, je vous incite vivement à l’écouter. Ils savent une foule de choses sur le thème de l’énergie. Ils ont des débats intéressants et accueillent certains des principaux penseurs du pays et de la planète entière en matière d’énergie. Ils m’ont récemment invité à me joindre à eux pour parler de notre nouveau rapport climatique intitulé « L’urgence de mettre les bouchées doubles ». Et je me suis demandé pourquoi nous ne pourrions pas multiplier notre impact par deux en faisant en sorte qu’ils participent également à notre propre balado. Ainsi donc, aujourd’hui, vous allez entendre une partie de l’entretien que j’ai eu avec mes amis du balado ARC Energy Ideas. Si vous êtes en mesure d’écouter leur balado, vous retrouverez une partie des mêmes propos et certains sujets que nous n’abordons pas dans le présent épisode. Je souhaitais connaître leur point de vue sur les technologies propres, en plus de déterminer dans quelle direction, selon eux, nous nous dirigions cette année. Savoir si l’avenir était à l’hydrogène, aux véhicules électriques (VE) ou aux thermopompes. Pour les innovateurs, l’année a été beaucoup plus mouvementée, compte tenu des taux d’intérêt plus élevés et de la résistance des consommateurs. Quelle conclusion devrions-nous tirer de la décision d’Apple de se retirer du secteur des VE ? Pourquoi n’y a-t-il pas de projets industriels de plus grande envergure au Canada ? Et quelles seront les répercussions des élections aux États-Unis, au Canada et en Europe sur le plan des subventions aux technologies propres ? Peter et Jackie ont des points de vue différents sur ces questions ainsi que sur une foule d’autres sujets, comme c’est également mon cas. Cependant, nous nous sommes entendus sur le fait que cette année allait être une année critique et peut-être même une année décisive sur la voie du parcours climatique. Et en vérité, l’avenir dépendra dans une large mesure de la technologie et du fait que celle-ci est ou non en mesure de transformer notre économie suffisamment rapidement. Vous écoutez Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse.

[00:01:45] Je m’entretiens aujourd’hui avec Peter Tertzakian et Jackie Forrest, de l’institut Arc Energy Research Institute, à Calgary. Peter et Jackie, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au balado Les innovateurs.

Oratrice 2 [00:01:54] Merci, John.

Orateur 3 [00:01:55] Absolument, merci.

Orateur 1 [00:01:56] Je sais que nous allons parler de notre rapport intitulé « L’urgence de mettre les bouchées doubles », mais je souhaitais commencer en recueillant tout d’abord votre point de vue sur le sort que nous réserve 2024 dans le domaine des technologies propres. Manifestement, la situation est beaucoup plus difficile dans cette conjoncture de taux plus élevés qui est la nôtre. Nous avons observé une forte baisse des valeurs dans le secteur des technologies propres ainsi que de nombreuses préoccupations à l’égard de la viabilité de certains grands projets ambitieux. De manière générale, peut-être, Jackie, pourrais-je commencer avec vous. Êtes-vous actuellement optimiste ou pessimiste à l’égard des technologies propres ?

Oratrice 2 [00:02:21] Je pense qu’à l’égard de certains secteurs, je me sens assez optimiste à vrai dire. Si l’on examine la situation à l’échelle mondiale, quelques catégories s’accaparent en vérité quelque chose comme 90 % de toutes les dépenses. L’éolien et le solaire suscitent des investissements massifs. Et les VE ont vraiment pris leur envol cette année. En vérité, les dépenses totales consacrées aux VE ont été plus élevées que celles qui sont allées à l’énergie renouvelable éolienne et solaire. Voilà donc un domaine où, indiscutablement, certaines personnes ont été déçues cette année du fait que la croissance a été peut-être un peu moins forte que ce qui avait été prévu. Cependant, tous ces secteurs ont connu une forte progression cette année. Et, évidemment, comme c’est toujours le cas, lorsqu’on démarre d’une base relativement restreinte, on obtient facilement des taux de croissance impressionnants. Quand le secteur entreprend de se développer, je pense qu’il est raisonnable de s’attendre à ce que les taux de croissance ralentissent un peu. Je suis donc toujours très enthousiaste. En fait, je pense aux technologies qui sont prêtes, qui ont fait leurs preuves sur le plan de la rentabilité, qui se développent et j’estime que les résultats seront plutôt intéressants dans ce domaine. Et n’oublions pas que les marchés boursiers ont pas mal chuté par rapport à 2021. Mais il me semble qu’une partie importante de ce phénomène tient au fait qu’ils étaient trop effervescents. Je pense qu’ils se rapprochent d’un point ou peut-être ces entreprises seront valorisées à un niveau se rapprochant un peu plus de ce qu’il devrait être. Des secteurs comme l’hydrogène, la capture et le stockage du carbone, et même les biocarburants, se sont en vérité contractés l’année dernière. Il y a donc indiscutablement un certain nombre de segments qui sont beaucoup plus restreints. Et simplement pour vous donner une idée, si l’on pense aux quelque 1 800 milliards de dollars qui ont été engagés dans le secteur des énergies propres l’an dernier, quelle part de cette somme pensez-vous qui a été investie dans le domaine de l’hydrogène à travers le monde ?

Orateur 1 [00:03:30] Je pense que je ferais sans doute mieux de ne pas deviner…

Oratrice 2 [00:03:31] Le montant a été de 10 milliards de dollars. Ainsi donc, il s’agit indiscutablement de très petites sommes et il faudra un certain temps pour que ce secteur se développe et parvienne à maturité. Si ces secteurs m’enthousiasment, je pense qu’ils font peut-être également l’objet d’un peu de battage médiatique.

Orateur 3 [00:03:41] Pour ma part, je suis tantôt optimiste et tantôt pessimiste. En fait, si l’on s’attarde, par exemple, au secteur de l’énergie éolienne et solaire, ces deux volets s’accaparent près de la moitié des dépenses mondiales. Et il faut dire que les parcs éoliens et solaires sont rentables. Ensuite, si l’on pense aux VE, aux ampoules à DEL, aux thermopompes, il faut convenir que ces produits relèvent de la sphère de la consommation. En fait, c’est à l’extrémité de la chaîne d’approvisionnement que se trouvent les joyaux, des secteurs comme l’énergie éolienne et solaire sont au tout début de celle-ci. C’est d’emblée la partie médiane du complexe énergétique qui, actuellement, présente des difficultés sur le plan du financement. Et telle est la raison pour laquelle, me semble-t-il, l’hydrogène suscite moins d’enthousiasme, la capture et le stockage du carbone, tous ces processus industriels parce que leurs courbes de coût ne baissent pas de manière aussi marquée que la partie amont de la chaîne d’approvisionnement énergétique et que la partie aval de la chaîne d’approvisionnement. Et, soit dit en passant, la modernisation des infrastructures est en soi une proposition extrêmement onéreuse. De sorte qu’en fait, les investisseurs se disent qu’en effet il y a un risque. Et ils décident donc de placer leur argent ailleurs. Pour ma part, j’estime qu’il s’agit donc d’une transition en forme de haltère ou de barre à disques. Les parties amont et aval se tirent bien d’affaire, c’est plutôt la partie médiane qui pose véritablement un problème.

Oratrice 2 [00:04:47] Vous savez, en ce qui concerne la partie médiane, permettez-moi de formuler un commentaire. Les coûts sont actuellement élevés. Nous espérons qu’ils diminueront, tout comme ce fut le cas dans les secteurs de l’éolien, du solaire et des batteries. Mais pour que cela se produise pour ces technologies, il a fallu attendre 10 ans. De sorte que ce changement ne se produira pas du jour au lendemain.

Orateur 1 [00:05:00] Vous avez évoqué les risques associés à la barre à disques, dont les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Absolument. Pensez-vous que le marché sera en mesure de corriger cette situation ? Car, d’une part, il y aurait de plus grandes incitations à faire affluer les capitaux vers cette partie médiane, alors que la demande aux deux extrémités de la barre à disques augmente. Le marché va-t-il s’en charger ?

Orateur 3 [00:05:16] Je ne suis pas sûr que ce sera le cas car les marchés des capitaux s’orientent là où ils sont le plus susceptible de gagner de l’argent. Et, à l’heure actuelle, l’argent va vers d’autres segments de l’économie, qui sont très excitants et suscitent un certain optimisme grâce à des rendements à très court terme. Je crois par ailleurs que le marché est intelligent. Les investisseurs sont futés. Ils savent pertinemment qu’un domaine comme l’hydrogène sera pertinent en 2030, quand la technologie sera parvenue à maturité. En vérité, vous savez, j’attendrais jusqu’en 2030. Une telle attitude se transforme en quelque sorte en un manque de financement autogénéré pour la partie médiane.

Oratrice 2 [00:05:46] Très bien. Et un autre problème en ce qui concerne la section médiane rappelle ceux que représentent la transmission et l’infrastructure de nos systèmes électriques. Interviennent en effet une multitude de processus, de processus réglementaires. Nous ne sommes pas véritablement en présence d’un marché libre. Je me demande donc si celui-ci peut réagir aussi vite que nécessaire alors que la demande augmente. En fait, si nous évoquons tous ce sujet, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une autre contrainte.

Orateur 1 [00:06:13] Nous devrions parler un peu des VE, puisque même les personnes qui en n’ont pas ont probablement un avis à ce sujet. Il est très intéressant d’observer ce qui se passe en fait. La Chine connaît une production excédentaire. Nous avons vu Apple se retirer du marché et nous notons également d’intéressantes perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Quel est votre sentiment, en ce tout début de 2024, quant à l’évolution du parcours des VE ?

Oratrice 2 [00:06:35] Il y a eu énormément de discussions et de débats. Si l’on examine véritablement la courbe de croissance, l’an dernier, la croissance a été plutôt respectable. Je pense qu’elle s’est située à environ 18 % et BYD n’en était pas seule responsable. Je pense donc que, oui, si certains constructeurs éprouvent des difficultés, il me semble que, dans l’ensemble, le segment continue à croître à un rythme assez élevé. Et je pense que nous allons également observer cette année énormément de croissance. Nous avons connu les adeptes précoces qui sont prêts à tout supporter. Vous savez, ils sont prêts à prendre deux fois plus de temps pour aller quelque part parce qu’ils sont friands de la technologie. Bien. Je pense que nous abordons maintenant la phase où nous devons élaborer un produit qui fonctionne pour ceux d’entre nous qui ne sont pas disposés à tout supporter, comme c’est le cas de Peter, ici.

Orateur 3 [00:07:09] Absolument. En gardant cela à l’esprit, je pense que nous observons et que nous allons observer de plus en plus une transition vers les voitures hybrides rechargeables. Je pense qu’au cours des prochaines années, les voitures hybrides rechargeables vont véritablement commencer à prendre le dessus sur les VE. Cependant, alors que les technologies des batteries continueront à s’améliorer avec notamment des densités d’énergie plus élevées, des temps de charge plus courts, etc., les VE purs effectueront leur retour. Mais je dirais qu’au cours des prochaines années, les hybrides rechargeables seront au cœur de l’intérêt des constructeurs automobiles et des consommateurs.

Oratrice 2 [00:07:44] Très bien. Peut-être les perspectives laissent-elles entrevoir une croissance. Je ne pense certainement pas que nous allons atteindre l’objectif du Canada fixé à l’horizon de 2030, qui est, si mon souvenir est bon, 60 % de VE parmi le parc de véhicules neufs. Je ne pense pas que ce sera le cas.

Orateur 3 [00:07:56] Tout cela dépend de la façon dont vous définissez ce qu’est un VE. S’il s’agit d’un VE hybride, je pense que même cette proportion de 60 % est tout de même assez ambitieuse.

Oratrice 2 [00:08:03] Absolument, mais elle augmentera. Peut-être pas aussi vite que certains de ces taux d’adoption. Si nous connaissons quelques difficultés de croissance, je continue à croire qu’à long terme, les VE constituent la solution.

Orateur 1 [00:08:12] Cela nous ramène à l’horizon temporel de cette question. Car même si 50 % de véhicules neufs apparaîtront sur les routes en 2030, ils seront tous sur la route en 2050 ou certainement en 2045. Et si ces véhicules sont de type hybride, nous allons donc avoir besoin d’une forme de pétrole. Voilà qui met donc l’esprit au défi de réfléchir à la façon dont nous allons opérer la transition dans les années 2040. Voilà qui constitue un horizon très lointain. Cependant, les graines de cette transition sont plantées chaque fois qu’un véhicule neuf prend la route.

Oratrice 2 [00:08:45] Absolument. Mais je dirais simplement, pour faire référence à ce que vous venez de dire, que si 50 % des véhicules neufs sont électriques ou hybrides, 50 % ne le sont pas et seront toujours sur nos routes en 2045. Nous avons donc réalisé de nombreuses modélisations détaillées du parc de véhicules à l’échelle mondiale et je ne vois tout simplement pas comment la demande de pétrole pourrait baisser selon ce que prévoient certaines de ces projections. En termes bien pratiques, il y a encore énormément de véhicules mus par des moteurs à combustion et il faudra beaucoup de temps pour les remplacer. Je pense donc que, même en 2050, nous utiliserons toujours plus de pétrole et de gaz que ce que prévoient certaines des projections relatives à la carboneutralité.

Orateur 3 [00:09:14] Absolument.

Oratrice 2 [00:09:15] Le plus gros problème qui concerne les VE sont les batteries, l’autonomie et la vitesse de recharge. Je pense que tous ces aspects vont fortement s’améliorer. La situation va continuer à s’améliorer. Elle sera meilleure dans cinq ans et bien meilleure dans dix ans. Et à un point tel que, Peter, nous devrons nous débarrasser de ces véhicules hybrides. À terme, tous les véhicules seront électriques.

Orateur 3 [00:09:29] Ainsi donc, non, je pense que le principal problème tient à la perception de tout ce que vous venez de décrire. Et, à l’heure actuelle, si vous consultez les grands titres et les articles, l’impression est que la filière électrique n’est pas dépourvue de problèmes. Voilà qui est problématique car, une fois qu’on se fait une idée de quelque chose, il faut beaucoup de temps pour s’en débarrasser.

Orateur 1 [00:09:52] Et je pense que l’un des aspects les plus tristes du retrait d’Apple de ce marché tient au fait qu’il s’agit en effet d’une entreprise si exceptionnelle dans le domaine des produits de consommation et en matière d’expérience au consommateur. Il aurait indiscutablement été extraordinaire d’observer ce que cette entreprise aurait pu faire de l’expérience embarquée et susciter ce genre de concurrence. Nous avons besoin de plus de concurrence dans le marché car cela suscite l’enthousiasme de chacun.

Orateur 3 [00:10:12] Je suis d’accord. Mais, en réalité, le retrait d’Apple nous offre un autre enseignement important, qui est pourtant assez évident : les VE sont en voie de devenir un secteur périlleux et aux marges très faibles, tandis que le reste de l’empire d’Apple offre des marges élevées. Je peux donc imaginer que les discussions autour de la table du conseil ont tenu à déterminer, véritablement, combien d’argent une telle initiative pourrait rapporter. Et qu’en vérité, ils aient constaté que ces sommes n’étaient pas si considérables. Sans compter le fait que les Chinois s’implantent et vont saper le marché. Bien. Eh bien, il me semble que cela règle la question.

Orateur 1 [00:10:46] Que vous soyez optimiste ou pessimiste à l’égard des technologies propres, en ce moment, il faudra beaucoup plus de capitaux pour nous permettre d’atteindre l’objectif de la carboneutralité. Et tel est l’axe fondamental de notre rapport. Comment allons-nous parvenir à atteindre les 60 milliards de dollars par an qui s’avéreront nécessaires pour financer la transition ? Et si nous y parvenons, nous allons manifestement créer de formidables possibilités. Peter et Jackie, permettez-moi de vous redonner le micro. Nous allons maintenant traiter plus profondément de certains sujets.

Oratrice 2 [00:11:09] Eh bien, John, voilà en fait une excellente introduction à certains des thèmes qui seront abordés dans le reste de la discussion. RBC a récemment publié son rapport annuel portant sur le parcours du Canada vers la carboneutralité intitulé Action climatique 2024. On y précise que nous ne dépensons pas suffisamment dans le domaine de l’énergie propre et je pense que beaucoup de gens se rendent probablement compte de cela. Si j’en réfère à votre première conclusion clé, nous dépensons actuellement environ 22 milliards de dollars par an du côté de l’offre. Cependant, c’est plutôt 60 milliards de dollars par an que nous devrions dépenser pour atteindre des objectifs comme ceux qui ont été fixés aux horizons 2030 et 2050. Et lorsqu’on parle de dépenses du côté de l’offre, de quoi s’agit-il ? Et auriez-vous l’obligeance de nous donner un peu plus de contexte sur ce qui est dépensé, les domaines où nous dépensons et ceux où ne parvenons pas à atteindre l’objectif fixé à 60 milliards de dollars. Je parle de nous comme signifiant le Canada.

Orateur 1 [00:11:48] Je pense qu’il est important de souligner que nous faisons des progrès en tant que pays. Selon nos calculs, les flux de capitaux sont passés de 15 à 22,5 milliards de dollars en trois ans. Voilà qui représente une augmentation de 50 %. La majeure partie de cette augmentation provient des gouvernements. Et nous sommes d’avis que les investissements publics, soit ceux des gouvernements, seront limités au cours des années à venir. Ainsi donc, si nous voulons atteindre le seuil des 60 milliards de dollars, ce qui représente plus du double du niveau actuel, la majeure partie de cette somme devra provenir des marchés privés. Comment donc allons-nous développer les outils nécessaires pour mobiliser les milliards et les milliards de dollars qui, s’ils sont disponibles, pourraient fort bien se prêter à de telles possibilités d’investissement, pour autant que les rendements soient bons, sans que nous puissions pour autant tenir pour acquis qu’ils vont tout simplement affluer d’eux-mêmes au Canada ou se diriger vers les secteurs où les capitaux sont fondamentalement nécessaires ? Nous allons devoir contribuer à gérer cela.

Orateur 3 [00:12:34] Absolument. En fait, selon moi, ce que vous tentez de faire est de souligner la situation qui est actuellement la nôtre, en plus de mettre l’accent sur le fait qu’il n’y a pas suffisamment d’argent pour atteindre les objectifs de décarbonation. Si tel est le cas, j’aimerais vous demander dans quelle mesure l’argent n’est pas disponible du fait du manque de rentabilité de certains de ces projets par rapport à plutôt, disons, la taxonomie, parce que nous ne disposons pas d’un système d’étiquetage et que nous sommes paralysés parce que nous ne savons pas ce qui est vert et ce qui ne l’est pas.

Orateur 1 [00:13:00] Absolument, Je suis partisan du libre marché et je l’ai été toute ma vie. Il est impossible de manipuler l’économie. J’ai vécu et travaillé dans des pays qui ont tenté de faire cela. Et pour être poli, disons que les résultats sont sous-optimaux. Il faut prévoir des garde-corps. Il faut prévoir des outils comme une taxonomie, mais, en définitive, c’est un marché prospère qui est nécessaire. Un marché libre, un marché privé, qui attire, génère et régénère du capital. Et nous n’observons certainement pas cela à une échelle suffisante. Telle est l’occasion qui s’offre à nous au cours de la deuxième moitié de la décennie en tant que pays d’opérer une transition, non pas soudainement, mais progressivement, délaissant une transition menée par le secteur public, qui s’avère importante dans une foule de contextes de transition économique. Dans la quasi-totalité des cas, au tout début, les transitions économiques sont menées par les capitaux publics, alors que l’objectif est de réduire les risques pour ces capitaux privés. Mais il se trouve que bon nombre de ces risques n’ont pas pour ainsi dire été éliminés, mais ramenés à un niveau qui est acceptable pour les investisseurs privés.

Orateur 3 [00:13:58] Permettez-moi donc de vous relancer un peu sur ce sujet puisque, si l’on s’attarde même à la notion selon laquelle il s’avère nécessaire de compter sur une taxonomie pour informer les investisseurs quant à la manière d’investir, déterminer ce qui est vert et ce qui ne l’est pas… Et la notion du risque et des investisseurs qui comprennent ou non ce qu’est la rentabilité. En effet, nous nous retrouvons dans une situation selon laquelle prévaut une hypothèse, notamment dans la communauté climatique, selon laquelle les investisseurs ne comprennent tout simplement pas de quoi il s’agit. Et cette approche relève pratiquement légèrement de la condescendance envers la communauté des investisseurs quand on leur laisse croire qu’ils ne comprennent tout simplement pas. Nous avons atténué les risques. Il faut un système d’étiquetage. Mais, en vérité, je ferais valoir que beaucoup d’investisseurs sont des gens plutôt intelligents.

Orateur 1 [00:14:37] Il faut prévoir un système d’étiquetage. Je pense que tout le monde peut s’entendre sur ce fait, que l’objectif soit de vendre des produits d’épicerie ou des produits financiers. En effet, un système d’étiquetage cohérent et transparent constitue une bonne chose dans tout marché libre. Un tel système permet aux acheteurs et aux vendeurs d’adopter les mêmes définitions. Mais, en soi, cela ne nous mène nulle part. Ce qui permettra de stimuler ce capital et de l’attirer tient à la possibilité d’obtenir ce genre de rendement, et ce type d’innovation… il me semble qu’il est important de bien comprendre, vous savez, que les bailleurs de fonds et les hommes d’affaires ne cherchent pas simplement à faire des bénéfices. La plupart des entrepreneurs que je connais essaient de créer quelque chose. Ils essaient de construire quelque chose. Et ils doivent y parvenir de manière rentable. Leur seul objectif n’est pas de gagner de l’argent.

Orateur 3 [00:15:23] Très bien. Dans quelle mesure l’enjeu consiste-t-il, compte tenu du choix qui s’offre entre l’intelligence artificielle (IA), le financement et, disons, ce que je pourrais qualifier d’effet Nvidia, et le fait d’investir dans une pile à combustible, qui constituerait l’option B… Eh bien, vous savez, je vais plutôt me tourner vers le vecteur que représente l’IA et les autres domaines qui ne font que monter en flèche. Par conséquent, s’il est très intéressant d’entendre parler de la question de l’étiquetage et de tout le reste, s’offre à moi une meilleure option.

Orateur 1 [00:15:50] Je suis absolument ravi que vous ayez soulevé cette question, Peter, parce que je pense qu’il peut s’agir là de l’un des principaux défis sur le plan de la transition énergétique, et que nous ne devrions pas sous-estimer ce qui se passe sur les marchés financiers du monde entier. J’ai récemment eu la chance de passer quelques jours en Californie en compagnie d’un groupe de leaders du domaine de la technologie. Ce séjour a été absolument formidable, mais il fut tout à fait révélateur de voir ce qui se passe dans ce secteur et l’ambition qui caractérise ce milieu de rassembler des milliards de dollars. Il existe dans le monde une quantité finie de capitaux et, actuellement, ceux qui participent à la transition énergétique ou à la question du climat de manière plus générale doivent, selon moi, réfléchir attentivement à la façon dont le paysage concurrentiel a changé, et ce, même sous nos yeux, n’est-ce pas ? Tout cela se passe en temps réel. J’ajouterais par ailleurs qu’il existe une autre force dont il se peut fort bien que nous la sous-estimions et qui, sans trop entrer dans le détail, concerne la réglementation bancaire aux États-Unis et ce que l’on qualifie de la vision cible de Bâle, qui, si cette mesure devait se concrétiser, exigerait désormais des banques qu’elles mettent de côté davantage de capitaux pour protéger le système bancaire. Voilà qui constitue indéniablement une préoccupation tout à fait compréhensible. Mais si tel devait être le cas, cela signifierait qu’il y aurait moins de capitaux bancaires pouvant être consacrés à des choses comme les énergies renouvelables.

Oratrice 2 [00:17:11] Que pouvons-nous donc faire compte tenu de la rareté des capitaux pour en attirer plus ? En fait, je perçois un certain nombre d’obstacles importants au Canada. Je pense à la concurrence avec les États-Unis, au fait que leurs politiques en matière d’investissement dans les énergies propres sont préférables à de nombreux égards et que, par conséquent, nos projets ne peuvent pas rivaliser avec les leurs. Je pense que la question du capital institutionnel constitue également un problème. Pour ma part, j’observe que, si nombreux sont ceux qui souhaitent investir dans l’énergie verte, sur le plan organisationnel, il ne s’agit pas de ceux qui disposent véritablement des réserves de capitaux aussi importantes qu’on penserait que c’est le cas dans certains de ces domaines. Par conséquent, que percevez-vous, en ce qui concerne la question des obstacles au Canada, pour obtenir ces capitaux rares et faire en sorte qu’ils puissent être investis ici ?

Orateur 1 [00:17:44] Vous venez d’en aborder quelques-uns. Manifestement, notre capacité de rendre les choses beaucoup plus compliquées qu’elles devraient l’être constitue un enjeu majeur sur le plan de la transition. Nous ne cessons d’élaborer des règles qui viennent s’ajouter à des règles déjà existantes, et cela a pour conséquence que nous adoptons en quelque sorte une mentalité plus européenne qu’américaine. Et pour plusieurs d’entre nous, nous livrons davantage concurrence aux États-Unis qu’à l’Europe. Si tel est donc le cas, comment pouvons-nous nous y prendre pour simplifier ? Doivent notamment être considérés des aspects tels qu’une approche différente à l’égard de la réglementation, dont je pense que le gouvernement fédéral y songe, dans la mesure où il s’interroge sur la façon de s’y prendre pour implanter un seul processus plutôt que d’inviter chacun à se soumettre à un processus provincial, puis à un processus fédéral. Ainsi donc, un exemple simple consisterait à ne pas dédoubler les processus associés au fait que les entreprises tentent de se mettre sur pied, comment ne pas restreindre intentionnellement ou non intentionnellement l’étendue du potentiel de retombées dans un projet en particulier, ce que l’on ne retrouve pas aux États-Unis. Enfin, pour conclure, à titre de pays, nous avons besoin d’un certain nombre de réussites franches, notamment dans le secteur privé et dans le domaine de la transition énergétique. Ainsi, veiller à ce que ces projets modèles, pour ainsi dire, soient en mesure d’avancer rapidement, d’atteindre une échelle appropriée et démontrer non seulement au monde entier, mais également au pays, que nous sommes en mesure de le faire, puis de répéter cette expérience encore et encore, en plus de tout simplement parvenir à créer cet enchaînement de réussites.

Orateur 3 [00:19:07] Absolument. En fait, pour ma part, j’estime que la densité et la complexité des politiques sont des aspects dont nous avons déjà parlé dans ce balado. Et je crois fermement que cela nuit énormément à la prise de décision au niveau des conseils d’administration. Mais, puisqu’il est question de conseil d’administration, votre rapport révèle que 96 % des chefs de la direction interrogés estiment être en mesure d’atteindre leurs cibles pour 2030. D’une certaine manière, on observe ici une certaine forme de double discours. D’une part, comme le souligne le sondage, on observe une certaine confiance parmi les décideurs de haut niveau, mais l’argent n’est pas disponible. Il existe également une foule d’autres facteurs d’incertitude dont nous avons déjà parlé. Auriez-vous l’obligeance de nous présenter de manière plus détaillée ces 96 % des chefs de la direction et de parler de ce double discours apparent que je semble percevoir à la lecture du rapport ?

Orateur 1 [00:19:48] Indiscutablement, les chefs de la direction avec qui j’ai eu l’occasion de parler demeurent convaincus du fait qu’ils sont en mesure d’atteindre leurs cibles ou leurs objectifs. Si certains craignent qu’ils ne puissent y arriver précisément en 2030, ils sont d’avis qu’ils pourront les atteindre dans un délai raisonnable. Interviennent un certain nombre de variables. Et il faut aussi souligner que cette échéance ne surviendra que dans six ans. Mais nous nous rapprochons de la ligne d’arrivée. Et je pense que nous nous approchons de très près d’un moment important où, collectivement, en tant que société, nous allons devoir nous demander si nous pouvons atteindre les objectifs de 2030. Et, si oui, quels seront les coûts que nous serons disposés à absorber en tant que société pour ce faire ou si nous procéderons à des ajustements. Voilà qui constituera l’un des grands débats démocratiques qui, selon moi, marqueront les prochaines années.

Orateur 3 [00:20:40] Passons maintenant au désir ou non de dépenser plus. Votre sondage en vient à la conclusion que deux tiers des Canadiens souhaitent en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques. Mais si j’interprète les conclusions comme il se doit, rares sont ceux qui sont prêts à payer pour cela. En fait, le rapport affirme, pour le citer mot à mot : « En fait, nos recherches révèlent que la plupart des Canadiens ne sont pas prêts à changer leur mode de vie pour participer à une action climatique à forte incidence. » Pourriez-vous élaborer sur ce sujet ?

Orateur 1 [00:21:01] D’une certaine manière, nous ne devrions pas être surpris. Je pense que tous les détaillants qui existent depuis un moment déjà vous diront que, lorsque vous sondez les consommateurs, ils ne sont généralement pas disposés à défrayer quelque coût supplémentaire que ce soit. Et notamment dans une telle conjoncture inflationniste. En effet, les gens ne sont pas disposés à payer plus, qu’il s’agisse d’un coût externe ou tout simplement d’un avantage additionnel par rapport à la valeur brute du produit. Nous observons que chacun souhaite obtenir des produits et des services respectueux du climat et que s’offre ainsi aux entreprises l’occasion de réfléchir aux produits qu’elles fabriquent ou aux services qu’elles fournissent. S’il s’agit d’un service, elles doivent s’interroger sur la façon de faire cela d’une manière efficiente qui n’entraîne pas une hausse des prix, avant de communiquer au marché l’information sur la nature des avantages. Un excellent exemple, actuellement, concerne les thermopompes, qui connaissent une poussée intéressante alors que leurs coûts baissent. Cependant, les consommateurs prennent conscience de la valeur accrue d’une thermopompe par rapport à leurs coûts énergétiques globaux chez eux dans différentes parties du pays. Ainsi, à titre d’exemple, au Nouveau-Brunswick, les ventes s’accélèrent à un rythme tout à fait impressionnant parce que les produits sont concurrentiels. Cependant, intervient également un avantage économique plus large. Ce qui consiste à dire que les gens vont poser certains gestes, que les consommateurs vont poser certains gestes qui sont à leur avantage sur le plan économique, et nous ne devrions pas être surpris de cela. Nous devrions en fait trouver des moyens de veiller à ce que chaque geste que nous posons dans le contexte de la transition présente un avantage économique pour les consommateurs, et c’est de cette façon que nous pourrons envisager une accélération du développement.

Oratrice 2 [00:22:31] Absolument. Bien que le fait d’apporter des améliorations progressives pour me démontrer que votre produit est meilleur sur le plan environnemental engendre cependant une transition plus lente, n’est-ce pas ? Parce que vous devez agir d’une manière qui n’entraîne pas une trop forte augmentation de vos coûts. Votre rapport signale qu’il se pourrait qu’un changement politique réduise les ambitions climatiques et modifie les politiques en matière de gaz à effet de serre. Voilà qui est indiscutable. Dans l’esprit de chacun, en ce moment, alors que les conservateurs se tirent plutôt bien d’affaire au Canada et que Trump apparaît comme un candidat sérieux, ici, aux États-Unis, pour remporter la présidentielle au terme des prochaines élections. Pensez-vous que cette réalité freine déjà les investissements des deux côtés de la frontière ? Alors que l’on adopterait plutôt une position d’attente en souhaitant en apprendre plus sur ce à quoi ressemblera le prochain régime.

Orateur 1 [00:23:10] Et il ne faut pas non plus laisser l’Europe en dehors de cette équation. Sont prévues, cette année, des élections à la Commission européenne. Voilà qui pourrait également altérer une certaine partie de la dynamique politique dans cette région. Manifestement, cela amène un certain nombre d’entreprises à réfléchir à la situation dans laquelle pourrait se retrouver le monde ou leur marché dans 24 mois. Cependant, je suis intrigué par le nombre de celles qui maintiennent le cap, car c’est dans l’intérêt de leurs actionnaires. Nous n’observons apparemment pas de répit généralisé. Peut-être y en a-t-il un dans certaines poches, manifestement dans ces secteurs où l’on retrouve ces débouchés économiques et notamment, peut-être, dans les systèmes énergétiques, mais cela pourrait également être le cas en agriculture et en matière de logement. Je ne pense pas qu’un gouvernement différent changera les choses de manière radicale si cela est souhaitable pour l’économie, si cela est souhaitable pour les régions du pays, et ce, notamment dans celles d’où ils tirent leur soutien. Je ne serais pas surpris qu’un gouvernement conservateur présente une stratégie climatique ambitieuse différente de celle du parti libéral, mais dont les objectifs seraient identiques et qui cadrerait avec celle qu’un certain nombre de gouvernements conservateurs provinciaux… Si ceux-ci suivent tous des voies différentes, peut-être ont-ils des ambitions ou des échéanciers différents, mais ils tendent tous vers un même objectif. Seules leur approche et la façon d’atteindre cet objectif diffèrent.

Orateur 3 [00:24:27] J’ai toujours aimé dire que l’absence d’investissement est synonyme d’absence de transition parce que nous devons tous payer pour cette dernière. Je pense que, dans votre rapport, vous dites en fait que des investissements insuffisants sont synonymes d’une transition insuffisante. Et voilà qui nous amène à la conclusion. J’aimerais, si vous le voulez bien, revenir à ces objectifs de 2030, c’est-à-dire à cette capacité d’atteindre un taux de réduction de 40 % des émissions dans les cinq ans et qui semble actuellement ne pas être véritablement réaliste. Vous avez participé à un certain nombre de réunions sur le thème du climat organisées par les Nations Unies, en plus de prendre part à une foule de discussions. Pensez-vous qu’il soit réaliste, pour nous comme pour le reste du monde d’ailleurs, d’atteindre ces objectifs ? Et si tel n’est pas le cas, ne devrions-nous pas penser en quelque sorte à une forme de plan B du fait de l’existence d’une certaine paralysie quant au déblocage des capitaux nécessaires pour faire avancer les choses ?

Orateur 1 [00:25:18] Permettez-moi d’envisager cette question peut-être sous un angle différent, Peter, mais j’aimerais revenir au premier point que vous avez soulevé au sujet de l’absence d’investissement, de l’absence de transition, ce qui est tout à fait vrai. Et l’une de mes préoccupations en ce qui concerne le Canada est que nous n’attirons ni ne générons suffisamment d’investissements commerciaux au niveau de l’ensemble de l’économie. Nous observons une baisse depuis une décennie. Le fait que nous n’attirons ni ne générons suffisamment de véritable capital productif émanant du secteur privé constitue un enjeu fondamental pour le pays. Et si nous ne le faisons pas pour l’ensemble de l’économie, comment allons-nous nous y prendre pour que cela soit le cas en ce qui concerne la transition climatique ? Voilà donc ce qu’il en est du premier point. En ce qui concerne le deuxième point, qui fait référence à ce que vous estimez être une forme de paralysie, je ne qualifierais pas cela de paralysie. Je pense qu’à Dubaï, nous avons observé un véritable enthousiasme autour de la question du climat de la part d’un large éventail de pays qui ont entrepris de doubler, voire de tripler leur intérêt à l’égard des énergies renouvelables. Les Saoudiens et les Émiratis sont déterminés à dominer le jeu en ce qui concerne l’hydrogène vert, l’énergie solaire et la capture du carbone, et ce, non seulement pour leur propre région car ils perçoivent cela comme un débouché d’exportation pour le monde entier. Telle devrait être également notre position. Vous savez, nous pouvons facilement les affronter sur ce terrain. Peut-être pas à la même échelle, mais nous nous tirons extrêmement bien d’affaire dans ces domaines. De sorte que ce type d’enthousiasme et cette transition menée par du capital du secteur privé constitueraient, si je comprends bien, ce que vous estimez être un plan B ? En vérité, nous plongeons ici dans ce qui relève de la pure sémantique. Peut-être s’agit-il plutôt d’un plan A+ ou d’un plan assorti d’un astérisque. Mais si vous me le permettez, il me semble que le prochain plan devrait s’articuler autour de certains des éléments que nous avons pu observer à Dubaï, soit des échanges animés sur les possibilités de transition énergétique à travers le monde et faisant intervenir le capital. Mais celles-ci se retrouvent également ici au Canada. Par conséquent, si nous avons un plan A, un plan B ou un plan C, quelle qu’en soit la désignation, j’espère qu’il sera animé par cette opportunité qui concerne le capital.

Orateur 3 [00:27:09] Eh bien, je ne voudrais pas paraître trop cynique ici en la matière, mais les pays du Moyen-Orient n’ont à ma connaissance ni taxonomie ni niveaux ni politique ambiguë…

Oratrice 2 [00:27:22] Eh bien, il y a également beaucoup d’entreprises nationales.

Orateur 3 [00:27:24] Et elles ne sont pas nationalisées. N’est-ce pas ?

Orateur 1 [00:27:27] Ils ne connaissent pas le capitalisme démocratique.

Orateur 3 [00:27:29] De sorte qu’il ne s’agit pas là d’une comparaison juste parce que nous vivons en démocratie et que cela présente à la fois des avantages et des inconvénients. Je suis d’avis qu’il y a surtout des avantages, mais il est difficile de rivaliser avec les directives autoritaires du capital d’entreprises publiques. De sorte que je ne sais pas véritablement si nous sommes ici en présence d’une comparaison juste.

Orateur 1 [00:27:46] En ce qui concerne les États-Unis, dont nous parlions plus tôt, il faut reconnaître que ce pays livre concurrence dans le domaine de l’IA et qu’il parvient à attirer et à générer ce type de capital.

Orateur 3 [00:27:53] Les politiques américaines sont beaucoup plus simples, bien que certains feraient valoir qu’au niveau des États elles ne le sont pas, qu’elles sont marquées au sceau de la réglementation et d’une foule d’autres choses qui entravent la transition, de même que des aspects comme l’électricité, et ainsi de suite.

Orateur 1 [00:28:07] Mais merci d’avoir cité cette formule « plus simples ».

Orateur 3 [00:28:09] Absolument, non, je suis d’accord.

Orateur 1 [00:28:11] Gardons les choses simples. Restons simples.

Oratrice 2 [00:28:13] Absolument. Non, je pense qu’il s’agit là d’une excellente chose à retenir. Vous avez véritablement abordé de nombreux sujets et je me permettrais de clore sur ce point à l’intention de tous les décideurs politiques à l’écoute : faites preuve de simplicité. Cela contribuera à stimuler davantage d’investissement en capital au Canada. Merci à vous de vous être joints au balado.

Orateur 1 [00:28:28] Peter et Jackie, permettez-moi de vous remercier vivement de m’avoir invité à votre balado et d’avoir participé au mien dans le cadre de ce qui constitue en quelque sorte une approche inédite en matière de baladodiffusion.

Oratrice 2 [00:28:36] Absolument, merci.

Orateur 3 [00:28:36] Le plaisir fut le nôtre.

Orateur 1 [00:28:37] Parmi les conclusions que je retiens figure le fait que, pour autant que nous souhaitions faire preuve de simplicité, la situation est complexe. Cependant, nous n’avons pas beaucoup de temps. Et si nous ne parvenons pas à aborder cette question plus rapidement, se pose en effet le risque que certains abandonnent. Pour revenir au point que vous avez mentionné, Peter, peut-être la recherche d’un plan B ou peu importe la façon dont celui-ci est désigné serait à envisager… Vous m’avez également rappelé la puissance de plusieurs de nos secteurs, notamment le secteur pétrolier et gazier, qui continue à alimenter, si vous me permettez l’expression, non seulement une partie importante de l’économie canadienne, mais une grande partie de l’innovation canadienne également. Je dois dire que j’ai toujours été friand de votre balado. Il m’a permis de recueillir le point de vue de nombreux innovateurs, non seulement en Alberta, mais à travers l’ensemble du pays sur le thème de l’énergie. Nous allons avoir besoin de ce type d’ingéniosité et nous espérons que les auditeurs seront enthousiasmés par les possibilités qui s’offrent à nous tous. Manifestement, il y aura des défis, mais à ceux-ci seront associées de formidables occasions qui vont contribuer à aider le Canada à s’épanouir pendant les décennies à venir. Vous venez d’écouter Les innovateurs, un balado de RBC. Mon nom est John Stackhouse. Au plaisir de vous retrouver la prochaine fois.

Oratrice 2 [00:29:38] Le balado, Les innovateurs, est produit par le Groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service en particulier. Pour retrouver d’autres balados de la série Les innovateurs, veuillez consulter le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.