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Également dans ce numéro : Les procédures judiciaires liées aux droits de douane s’intensifient, les relations entre le Canada et l’Inde reprennent de plus belle et deux géants économiques concluent « l’accord commercial ultime »

Le même jour où le Fonds monétaire international publiait un rapport selon lequel la suppression des barrières commerciales interieures au Canada pourrait entraîner une hausse de 7 % du PIB réel, une discussion s’est tenue au Canadian Club of Toronto.

Parmi les participants figuraient deux grands dirigeants d’entreprise canadienne, Tracy Robinson (CN) et Max Koeune (McCain Foods), qui se sont joints à Sean Strickland (Canada’s Building Trades Unions) et à Goldy Hyder (Conseil des entreprises du Canada) pour s’entretenir sur les changements majeurs que le Canada doit apporter en matière de développement des infrastructures, de réglementation des entreprises et d’immigration.

Voici quelques goulots d’étranglement qu’il faut régler rapidement :

  • Le Canada figure parmi les pires pays de l’OCDE pour le nombre de journées de travail perdues en raison d’interruptions de travail. Autrement dit, nos infrastructures de transport (ports, réseaux ferroviaires et voies maritimes ferrées), qui nous relient au reste du monde, se retrouvent paralysées, alors que l’on attend du Canada qu’il soit ponctuel.

  • L’obtention des permis nécessaires à l’extension de l’oléoduc TMX a pris plus de temps que la construction elle-même. Ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres des difficultés causées par la lenteur des processus de délivrance des permis et des autres approbations.

  • Malgré une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée, nos provinces n’accueillent qu’un nombre dérisoire d’immigrants. Qui d’autre bâtira tous ces grands projets ?

  • Sur le plan réglementaire, il est plus facile d’exporter des aliments aux États-Unis que d’en expédier d’une province à l’autre. Quand le concept d’« économie unique » deviendra-t-il réalité ?

Que faut-il faire ?

Mme Robinson a souligné le besoin de revoir notre approche des négociations collectives afin d’éviter que l’économie ne soit aussi souvent paralysée, en particulier dans un contexte mondial où d’autres pays se réjouissent de cette situation.

M. Strickland a réclamé une meilleure planification de la main-d’œuvre pour recruter les bonnes personnes, en nombre suffisant, et répondre ainsi aux besoins de notre économie. On en parle depuis des années. C’est un problème qui peut se régler.

M. Koeune a appelé à des réformes en matière d’immigration qui permettraient aux demandeurs de résidence permanente d’avoir une idée plus claire des délais de traitement et de l’état d’avancement de leur dossier. Il a décrit le système comme une « boîte noire », une expression que j’ai entendue chez bien d’autres employeurs au cours des derniers mois.

Nous ne pouvons pas conquérir le monde sans commencer par régler nos propres difficultés.

Se défendre, d’accord. Avancer la tête haute, c’est encore mieux.

– John Stackhouse

Entreprises poursuivant les États-Unis Gouvernement à la suite d'une audience devant la Cour suprême

Depuis l’audience du 5 novembre devant la Cour suprême sur la légalité des droits de douane américains, plus de 1 000 entreprises, dont Costco, Revlon et Ray-Ban, ont intenté une poursuite contre l’administration Donald Trump, Pourquoi ? Si la plus haute cour du pays invalide ces droits de douane (verdict à une date encore inconnue), les plaignants espèrent obtenir un remboursement partiel des pertes qu’ils disent avoir subi en raison de ces mesures.

Production record : le pétrole canadien se tourne vers de nouveaux marchés

  • Même avec des prix mondiaux en berne, le Canada produit des volumes records de pétrole et augmente ses exportations vers l’Asie, en particulier vers la Chine où les ventes ont plus que quadruplé l’an dernier, mais aussi vers l’Inde et la Corée du Sud.  

  • Si les États-Unis restent la principale destination d’exportation du pétrole canadien, la hausse de capacité des pipelines et l’essor des marchés asiatiques soutiennent la valeur des actions des grandes sociétés pétrolières et favorisent la diversification économique. On peut s’attendre à une multiplication des demandes visant à accroître la capacité des pipelines.

Le Canada et l’Inde misent sur un commerce énergétique apolitique et fiable

  • Alors que les relations diplomatiques continuent de s’améliorer, les responsables se sont engagés à accroître les livraisons canadiennes de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de gaz de pétrole liquéfié à l’Inde, tandis que davantage de produits pétroliers raffinés devraient être exportés en sens inverse.

  • Le ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, a souligné que l’Inde constitue le marché où la demande d’énergie connaît la croissance la plus rapide, tout en assurant à ses homologues que le Canada n’utiliserait jamais l’énergie comme instrument de coercition. Un dialogue énergétique relancé entre les ministres canadien et indien pourrait aussi favoriser des investissements réciproques et une collaboration accrue dans d’autres domaines, notamment l’hydrogène, l’uranium, les biocarburants, le stockage des batteries, les minéraux essentiels, l’électricité et l’IA.   

  • Le haut-commissaire de l’Inde au Canada a déclaré que le premier ministre Carney se rendra probablement en Inde en mars et que, sous son gouvernement, le Canada n’est plus perçu comme le « petit frère » des États-Unis.

L’Inde et l’UE s’entendent sur l’accord commercial ultime

  • Alors que Washington s’apprête à imposer d’importants droits de douane, deux des plus grands marchés du monde ont conclu un accord commercial qui, une fois entré en vigueur, supprimera les droits de douane sur plus de 90 % des produits, ouvrant une nouvelle ère dans leurs relations économiques.

  • Les deux parties n’ont pas caché que cette avancée s’inscrivait en réaction à la politique commerciale américaine, afin d’atténuer l’impact des droits de douane et de renforcer leur autonomie économique. L’accord devrait stimuler les exportations de produits manufacturés indiens et offrir à l’UE un accès privilégié à ce vaste marché en forte croissance.

  • L’UE figure déjà parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Inde. Si l’Inde n’est encore que le neuvième partenaire commercial de l’UE, cette dernière prévoit que ses échanges avec l’Inde doubleront d’ici 2032. Les négociations sur un accord de protection des investissements se poursuivent.

– Thomas Ashcroft

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Le monde est confronté à une série de chocs et de transformations d’une ampleur sans précédent. Le Canada doit s’adapter. Rapidement.

Certaines des structures et des configurations économiques qui ont façonné l’entrée du Canada dans le XXIᵉ siècle pourraient ne pas perdurer au cours de la présente décennie. Les alliances politiques et de sécurité, pourtant indispensables au maintien de la paix et de l’ordre internationaux, traversent actuellement une phase de réalignement profond. Par ailleurs, les technologies de pointe transforment en profondeur la nature du travail, des échanges commerciaux et des interactions humaines — à une ampleur et à une vitesse telles que même les analyses réalisées l’an dernier semblent
déjà dépassées.

La compression des délais et l’intensification des risques font qu’aucune entreprise, aucun gouvernement, aucune organisation du secteur public ni aucun organisme communautaire ne peut se permettre d’attendre et d’observer.

Eurasia Group et Leadership avisé RBC ont élaboré le présent rapport — une première en son genre — afin d’aider les Canadiens à se repérer dans ces risques profonds et ces bouleversements majeurs en 2026. Il rassemble cinq analyses tirées des Principaux risques 2026 d’Eurasia Group — les risques mondiaux les plus susceptibles d’avoir une incidence sur le Canada —, ainsi que cinq analyses de Leadership avisé RBC portant sur les forces internes les plus déterminantes susceptibles de façonner l’année à venir. Il ne s’agit ni de prédictions ni de prévisions, mais d’analyses rigoureuses et étayées des tendances, des dynamiques et des intérêts qui influencent notre économie et notre environnement de politiques publiques. Ces analyses s’appuient sur des données économiques, des perspectives de marché, ainsi que sur des échanges avec des chefs d’entreprise, des investisseurs et des décideurs de premier plan. Elles sont conçues comme des phares — et non comme des systèmes de navigation.

Le présent rapport constitue également le socle d’un nouveau partenariat mondial entre Eurasia Group et RBC visant à aider les entreprises et les gouvernements à évaluer et à gérer leurs propres risques dans un contexte inédit de forte volatilité. Au cours de l’année à venir, nous publierons d’autres analyses sur ces enjeux et réunirons des leaders de la réflexion issus des milieux économiques et gouvernementaux afin d’approfondir notre compréhension collective des risques auxquels nous sommes confrontés. En juin, nous tiendrons à Toronto le sommet annuel Canada–États-Unis d’Eurasia Group, qui contribuera à éclairer davantage les risques — mais aussi les occasions — qui se présentent alors que ces deux pays et voisins, chacun remarquable à sa manière, poursuivent l’évolution de leur relation économique et, au besoin, en réorientent les contours dans un monde en mutation rapide.

Les défis à venir peuvent paraître redoutables, voire insurmontables. Mais comme l’histoire — y compris l’histoire récente — nous l’a montré, ce sont précisément dans les périodes d’incertitude, cette cousine diffuse du risque, que celles et ceux qui font preuve de lucidité et de confiance dans leur jugement se distinguent.

Leadership avisé RBC

Le Canada cherche à renforcer ses capacités militaires, à développer une base industrielle et à nouer de nouveaux partenariats commerciaux à un rythme comparable à celui d’une économie de guerre. Un échec dans l’exécution pourrait conduire d’autres acteurs — notamment les États-Unis — à intervenir.

Lélan du Canada en faveur d’une militarisation accélérée s’est manifesté dès le moment où Donald Trump a exigé un engagement accru


de la part des alliés de l’OTAN des États-Unis.Il s’est ensuite renforcé à mesure qu’il évoquait la possibilité de prendre le contrôle de certaines parties de l’hémisphère occidental — du Canal de Panama au Groenland —, allant jusqu’à lancer l’idée du Canada comme 51ᵉ État américain. Pour les Canadiens, l’exercice a d’abord revêtu une dimension essentiellement budgétaire : il s’agissait de trouver les moyens d’allouer des dizaines de milliards de dollars au renforcement de ses forces armées de taille modeste et souvent négligées. Toutefois, lorsque Donald Trump a déployé l’armée américaine au Venezuela, l’avertissement adressé au Canada et à ses forces armées a pris une portée beaucoup plus concrète. Les frontières ne sont plus des points de passage. Elles sont devenues des lignes fermes qui doivent être défendues.

Consultez l’intégralité des risques ici.

Eurasia Group

La révolution politique américaine

Les États-Unis vivent une révolution politique : la tentative de Donald Trump de démanteler systématiquement les contrepoids à son pouvoir, de s’emparer des rouages de l’État et de les instrumentaliser contre ses adversaires. L’an dernier, nous avions mis en garde contre la « Rule of Don ». Ce qui a commencé comme une série de ruptures tactiques des normes s’est transformé en mutation systémique dépassant largement les simples joutes partisanes ou les excès de l’exécutif — un phénomène qualitativement distinct de ce que même les présidents américains les plus ambitieux ont tenté. Avec l’affaiblissement de nombreux freins institutionnels qui avaient résisté au cours du premier mandat de Trump, il n’est plus possible d’affirmer avec certitude quelle forme prendra le système politique américain une fois cette révolution achevée.

Selon la perspective de Donald Trump, il a surmonté une élection truquée, deux procédures de destitution partisanes, des dizaines de condamnations pénales qu’il juge injustes, ainsi

que deux tentatives d’assassinat — dont l’une est passée à un cheveu de réussir — pour orchestrer ce qu’il considère comme le plus grand retour politique de l’histoire américaine. Le président Trump conçoit la principale menace pour lui et ses alliés comme étant intérieure, et non extérieure, et il estime disposer d’un mandat pour se venger. L’administration considère ce projet non pas comme une attaque contre la démocratie, mais comme sa restauration, une épuration nécessaire d’un système politique capturé par un établissement profondément corrompu qui avait déjà instrumentalisé l’État contre eux. Plus de 77 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump en 2024, et nombre d’entre eux sont d’accord avec ce diagnostic : la majorité des électeurs de 2024 qui ont déclaré que la démocratie influençait leur choix a choisi Donald Trump non pas parce qu’elle le considérait comme un défenseur des valeurs démocratiques, mais parce qu’elle estimait que le système était déjà défaillant et qu’elle souhaitait quelqu’un capable de le perturber. Le « trumpisme » est structurel et, à ce niveau le plus fondamental, les partisans de Trump obtiennent exactement ce qu’ils ont réclamé.

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Leadership avisé RBC

Le Canada vise à doubler ses exportations hors des États-Unis vers deux de ses plus grands partenaires commerciaux antagonistes, la Chine et l’Inde, alors même que les investissements canadiens continuent de se diriger massivement vers les États-Unis.

Depuis que Mark Carney a lancé sa campagne « on lève les coudes » pour inciter le pays à commercer davantage avec le reste du monde, et entre Canadiens, les Canadiens ont dépensé et investi davantage aux États-Unis alors même que les Américains investissent moins au Canada. La solidité de l’économie américaine, ainsi que les allègements fiscaux prévus par le Big Beautiful Bill, ont renforcé l’attrait du plus grand marché mondial pour les investisseurs canadiens. Des caisses de retraite aux fonds communs de placement, plus de dollars canadiens que jamais ont afflué vers le sud. L’investissement des entreprises a suivi le même mouvement. M. Carney pourrait devoir aller encore plus loin sur le plan fiscal et réglementaire pour maintenir les investissements canadiens sur le territoire national.


Malgré les droits de douane, les consommateurs canadiens ont été lents à modifier leurs habitudes. Des marques très visibles, comme le whisky du Tennessee, ont sans doute constitué une cible facile dès le départ. Les vacances en Floride ou en Arizona ont également été affectées. Mais dans une large mesure, les Canadiens continuent de regarder Netflix, d’acheter des voitures Ford et de consommer du

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L’Europe assiégée

L’évidement du centre politique européen s’opère depuis une décennie. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni abordent l’année avec des gouvernements faibles et impopulaires, assiégés à la fois par la droite populiste, la gauche populiste, ainsi que par une administration américaine et des plateformes de médias sociaux alignées sur l’État qui soutiennent ouvertement leur effondrement. Aucun de ces pays ne fait face à des élections générales prévues à court terme. Pourtant, tous trois risquent au mieux la paralysie, au pire la déstabilisation — et au moins un dirigeant pourrait tomber. Les conséquences ne resteront pas circonscrites : la capacité de l’Europe à remédier à son malaise économique, à combler le vide sécuritaire laissé par le retrait américain et à soutenir le combat de l’Ukraine en pâtira.

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Leadership avisé RBC

L’évolution des perspectives mondiales du pétrole et du gaz — du Venezuela au Qatar — modifie les perspectives d’investissement pour les exportations albertaines, ainsi que pour les grands projets d’infrastructure destinés à les acheminer vers les marchés d’outre-mer.

Les ambitions du Canada de devenir une superpuissance énergétique — y compris dans le pétrole et le gaz — sont mises à l’épreuve à la suite de l’intervention américaine au Venezuela. Mais les défis dépassent largement le voisinage immédiat du Canada. La demande à long terme de pétrole et de gaz demeure incertaine, d’autant plus que l’Asie se tourne de plus en plus vers l’électrification pour soutenir sa croissance. Un excédent mondial de l’offre, incluant le gaz naturel liquéfié américain, assombrit davantage les perspectives. Reste enfin la question de la croissance mondiale. Sans croissance, il n’y a pas de besoin accru en énergie — qu’elle provienne du Canada ou d’ailleurs.


En une manoeuvre stratégique à Caracas, le président américain Donald Trump a tenté d’encercler les Amériques, avec Washington comme capitale la plus influente de la région. Ce faisant, M. Trump pourrait avoir affaibli la carte de négociation la plus précieuse du Canada — ses exportations d’énergie. La reprise de la production de pétrole brut vénézuélien pourrait remplacer le pétrole canadien sur le marché américain, réduisant ainsi la part de marché de ce dernier à celle que lui laissent les Saoudiens et d’autres producteurs. Il s’agit donc d’un choc concurrentiel potentiel. Au cours des 25 dernières années, le Canada a consolidé sa position de principal fournisseur de pétrole et de gaz pour le plus grand marché pétrolier mondial, représentant près de trois barils importés sur cinq entrant aux États-Unis. Une industrie structurée pour servir l’Amérique produit aujourd’hui un record de cinq millions de barils par jour, contre un peu plus de deux millions en 2000, plus de 90 % de ses exportations étant destinées aux raffineries du Midwest, de la côte Ouest et du golfe des États-Unis.

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Le cycle déflationniste en Chine

La spirale déflationniste de la Chine s’aggravera en 2026, et Pékin ne fera rien pour l’enrayer. À l’approche du 21e Congrès du Parti en 2027, Xi Jinping privilégiera le contrôle politique et la suprématie technologique au détriment des mesures de stimulation de la consommation et des réformes structurelles susceptibles de briser le cycle. Pékin dispose des moyens pour prévenir une crise, mais le niveau de vie se détériorera, les retombées se diffuseront à l’étranger, et la deuxième économie mondiale restera enfermée dans un piège qu’elle a elle-même créé.

Les prix de l’immobilier en Chine reculent depuis quatre ans et demi, provoquant une destruction de la richesse des ménages d’une ampleur comparable à celle observée lors de la crise financière américaine de 2008, avec la différence notable que la dynamique reste négative et s’accélère. Cette correction prolongée a lourdement pesé sur la confiance des ménages, l’investissement et la demande intérieure. Face à l’affaiblissement du secteur immobilier, Pékin a fait le pari que l’essor de la production manufacturière de haute technologie compenserait la perte de croissance. Or, l’investissement orienté par l’État a surtout engendré des surcapacités, tandis que la faiblesse persistante de la demande intérieure limite la capacité du marché à absorber cette production excédentaire.


Le résultat est un phénomène d’« involution » : un trop grand nombre d’entreprises chinoises se disputent une demande insuffisante, en comprimant les prix pour survivre. Les marges s’effondrent, contraignant même les entreprises les mieux gérées à réduire salaires et effectifs afin de préserver leur viabilité. Les ménages, confrontés à une insécurité accrue, restreignent leurs dépenses, ce qui affaiblit encore la demande. Les entreprises réagissent alors par de nouvelles baisses de prix, enclenchant une dynamique auto-entretenue. Dans le même temps, le poids de l’endettement devient de plus en plus difficile à supporter à chaque itération du cycle. Les banques et les gouvernements locaux contribuent à prolonger cette situation en maintenant artificiellement en vie des entreprises « zombies » par le renouvellement des prêts et la protection de champions locaux. Cette pratique fige les surcapacités existantes. La spirale dette-déflation s’auto-alimente ainsi. Les droits de douane imposés par Donald Trump l’an dernier ont accentué ces pressions en fermant l’accès à un marché d’exportation clé. Les entreprises chinoises se trouvent dès lors confrontées à un choix défavorable : réduire encore leurs prix pour écouler leurs produits sur d’autres marchés, ou recourir au transbordement via des pays tiers afin d’atteindre malgré tout le marché américain. Dans les deux cas, les marges sont davantage comprimées. Plus du quart des entreprises chinoises cotées sont désormais déficitaires, une proportion inédite depuis vingt-cinq ans.

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Une surcorrection face à la récente hausse de l’immigration irrégulière met sous pression les employeurs, fragilise les collèges et universités, et menace de retarder une nouvelle vague de projets dans les ressources et les infrastructures — alors même que le Canada approche d’un point critique sur le plan démographique.

Le sentiment public et politique au Canada à l’égard de l’immigration devient de plus en plus négatif. Pourtant, cette opinion va à l’encontre des besoins du pays : le vieillissement de la population et la baisse des taux de fécondité font de l’immigration un levier central pour le maintien et l’expansion de la main-d’oeuvre qualifiée. Une réduction drastique de l’immigration pourrait entraîner un recul rapide de la population, compromettant les efforts visant à préserver le niveau de vie, soutenir l’activité économique et commerciale, et atteindre les objectifs économiques à court terme.


Le plan du gouvernement Mark Carney pour restreindre l’immigration intervient après des années de politique expansionniste. Le nombre de résidents temporaires a dépassé les capacités d’accueil au cours du mandat de dix ans de Justin Trudeau, commencé en 2015. Les infrastructures de logement et les services communautaires ont été surchargés, et la productivité a diminué, les travailleurs temporaires à bas salaire réduisant l’incitation pour certaines entreprises à investir dans la technologie, la formation ou l’équipement. Les cibles pour les nouveaux résidents temporaires, y compris les étudiants, ont été réduites de plus de 550 000 en 2026 par rapport à 2024. Les cibles pour les résidents permanents ont été diminuées de plus de 100 000 par rapport aux admissions de 2024. Malgré ces réductions, les Canadiens estiment que le niveau d’immigration reste trop élevé.

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L’IA se retourne contre ses utilisateurs

Sous la pression de générer des revenus et sans garde-fous contraignants, plusieurs des principales entreprises d’IA adopteront en 2026 des modèles économiques susceptibles de menacer la stabilité sociale et politique — suivant le modèle destructeur des réseaux sociaux, mais plus rapidement et à plus grande échelle.

Nous restons optimistes quant au potentiel révolutionnaire de l’IA. Les modèles de pointe actuels sont capables de raisonner sur des problèmes complexes et de montrer leur raisonnement, et sont intégrés aux flux de travail en codage, recherche et gestion des connaissances. Les agents à l’expansion rapide délèguent désormais de larges pans du développement logiciel à l’IA, accélérant leurs propres cycles de recherche et développement. Dans les domaines de la biotechnologie et des sciences des matériaux, l’IA ouvre de nouvelles voies de recherche, même si les percées commerciales restent encore à venir. Des centaines de millions de personnes utilisent désormais quotidiennement des chatbots pour tout, de la rédaction de courriels au débogage de code en passant par l’apprentissage de nouvelles compétences. C’est concret, et ce n’est que le début.


Mais l’IA ne peut pas, à court terme, répondre aux attentes des investisseurs. Même après des centaines de milliards de dollars d’investissements, les modèles les plus avancés continuent de produire des « hallucinations ». Leurs capacités sont impressionnantes pour certaines tâches, peu fiables pour d’autres, souvent de manière imprévisible. Cette inconstance complique leur déploiement dans des applications à enjeux élevés où l’erreur coûte cher. L’adoption par les entreprises reste inégale : selon le Census Bureau, seulement environ 10 % des sociétés américaines utilisent l’IA pour produire des biens et des services. Beaucoup rapportent des gains de productivité significatifs, mais les enquêtes suggèrent que la plupart n’ont pas encore constaté d’incidence réelle sur leurs résultats financiers. Les véritables gains de productivité viendront d’une diffusion large de la technologie à travers l’économie, ce qui prend du temps. Pourtant, les marchés ont déjà intégré dans leurs valorisations une révolution, et non
une évolution graduelle.

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Les perspectives économiques du Canada sont menacées non seulement par des chocs externes et des voisins exigeants, mais aussi par une asymétrie croissante du fédéralisme qui complique l’élaboration, l’acceptation et la mise en oeuvre d’une stratégie économique cohérente à l’échelle nationale.

Les divergences de vues entre Ottawa, les provinces et les gouvernements autochtones sur l’exploitation des ressources naturelles, le financement et la prestation de l’éducation, ainsi que la stabilisation d’un système de santé sous tension, accentuent la fragmentation du Canada en un ensemble de régimes de politiques publiques disparates, au moment même où le pays doit faire face à des négociations commerciales difficiles avec des États-Unis plus transactionnels et à une concurrence mondiale accrue. Des instruments constitutionnels autrefois considérés comme des recours ultimes — la clause dérogatoire, des contestations juridictionnelles offensives, des demandes d’exemptions aux réglementations et normes nationales, voire des votes provinciaux sur l’autonomie — deviennent de plus en plus courants. Cette évolution accroît la probabilité que les provinces et les groupes autochtones recourent à des droits de veto, formels ou informels, pour bloquer des priorités nationales. Un seul Canada, peut-être, mais de multiples nations en son sein.


Les conséquences pour l’unité nationale sont plus graves qu’à tout autre moment depuis les années 1990, car la fragmentation s’accompagne désormais de soutiens à l’étranger. Un ordre mondial plus fragmenté offre aux gouvernements étrangers, aux réseaux militants et aux acteurs corporatifs davantage d’occasions d’exploiter les tensions entre compétences, que ce soit en favorisant certaines provinces dans les décisions liées aux chaînes d’approvisionnement, en finançant des recours judiciaires et des campagnes médiatiques autour de projets de ressources, ou en amplifiant des récits séparatistes. Pour des rivaux géopolitiques, tout ce qui affaiblit la cohérence du Canada en tant qu’allié des États-Unis et partenaire du G7 peut même devenir un atout plutôt qu’un effet indésirable, à mesure que des acteurs infranationaux et des détenteurs de droits autochtones cherchent à affirmer plus vigoureusement leur voix sur l’énergie, le climat, la politique industrielle, le commerce intérieur et, de manière plus critique encore, les relations commerciales bilatérales avec les États-Unis.

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La zombification de l’AEUMC

Le commerce nord-américain restera dans une situation d’incertitude en 2026. L’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) ne sera ni prolongé, ni modernisé, ni abrogé. Il continuera plutôt à subsister dans un état intermédiaire, maintenant les entreprises et les gouvernements dans l’expectative, tandis que le président Donald Trump poursuivra des négociations avec les deux principaux partenaires commerciaux des États-Unis.

L’accord est soumis cette année à l’examen obligatoire prévu par ses dispositions, examen à l’issue duquel les parties peuvent décider de le proroger pour une période de seize ans. Or, Donald Trump cherche à éviter les contraintes qu’imposerait un nouvel accord trilatéral afin de conserver la flexibilité d’exercer une pression bilatérale et d’arracher des concessions économiques et politiques aux deux pays. Le Canada a déjà abandonné sa taxe sur les services numériques. Le Mexique impose désormais des droits de douane sur les importations chinoises. Les deux pays renforcent également leurs mesures contre les flux de fentanyl. Washington n’a concédé pratiquement rien en retour. Pourquoi s’enfermer dans un accord formalisé lorsque l’approche actuelle continue de produire des résultats favorables au président américain ? Ni le Canada ni le Mexique ne peuvent se permettre de se retirer. Les États-Unis absorbent environ 75 % des exportations canadiennes et près de 80 %
des exportations mexicaines. Donald Trump détient l’essentiel des leviers — et il en est pleinement conscient.


Il en résultera un « AEUMC zombie », ni pleinement mort ni véritablement vivant, et une zone de libre-échange nord-américaine soumise à une incertitude chronique.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Le Canada cherche à renforcer ses capacités militaires, à développer une base industrielle et à nouer de nouveaux partenariats commerciaux à un rythme comparable à celui d’une économie de guerre. Un échec dans l’exécution pourrait conduire d’autres acteurs — notamment les États-Unis — à intervenir.

Lélan du Canada en faveur d’une militarisation accélérée s’est manifesté dès le moment où Donald Trump a exigé un engagement accru
de la part des alliés de l’OTAN des États-Unis.Il s’est ensuite renforcé à mesure qu’il évoquait la possibilité de prendre le contrôle de certaines parties de l’hémisphère occidental — du Canal de Panama au Groenland —, allant jusqu’à lancer l’idée du Canada comme 51ᵉ État américain. Pour les Canadiens, l’exercice a d’abord revêtu une dimension essentiellement budgétaire : il s’agissait de trouver les moyens d’allouer des dizaines de milliards de dollars au renforcement de ses forces armées de taille modeste et souvent négligées. Toutefois, lorsque Donald Trump a déployé l’armée américaine au Venezuela, l’avertissement adressé au Canada et à ses forces armées a pris une portée beaucoup plus concrète. Les frontières ne sont plus des points de passage. Elles sont devenues des lignes fermes qui doivent être défendues.
Pour le Canada, la tâche de constituer une force militaire d’envergure — la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale — est considérable. En temps de guerre, des mesures exceptionnelles, comme des chaînes d’approvisionnement administrées par l’État, peuvent être mises en place rapidement. En temps de paix, chaque étape exige des négociations approfondies — un défi d’autant plus complexe dans un contexte où le public garde peu de souvenirs des pertes subies lors de la mission en Afghanistan et où l’appareil bureaucratique militaire a éprouvé des difficultés à gérer des volumes de passation de marchés et de déploiement bien moindres. La base industrielle représente un défi supplémentaire. Mentionnez le terme « complexe militaro-industriel » et la plupart des Canadiens répondront « non, merci ». Avant le retour de Donald Trump au pouvoir, le Canada se classait 27ᵉ sur 31 nations de l’OTAN en matière de dépenses militaires en proportion du PIB. En réalité, le financement de la défense est resté stagnant pendant vingt-cinq ans, à des niveaux bien inférieurs aux moyennes de la fin du XXᵉ siècle. Le recrutement militaire a également connu un déclin constant, avec moins de deux militaires pour mille habitants. Même les missions de maintien de la paix ont diminué, ne mobilisant plus qu’une poignée de casques bleus.


Le gouvernement de Mark Carney a attaqué ce défi de front. Son premier budget prévoyait un investissement de 81,1 milliards de dollars sur cinq ans. Désormais, Ottawa cherche à réduire la forte dépendance vis-à-vis des États-Unis, orientant sa diplomatie militaire dans une direction très différente : ses ministres ont parcouru le monde à la recherche d’équipements — sous-marins et bien d’autres — auprès de tout allié autre que les États-Unis. Les relations avec le Japon et l’Allemagne ont été transformées par cette logique de réarmement en temps de paix, de même qu’avec la Corée du Sud et la Suède. Mais le moment difficile arrive désormais : celui des choix. Ottawa risque inévitablement de contrarier un allié, et pourrait très bien mécontenter ses propres états-majors militaires, en optant pour des navires, des avions et des armements moins performants, sur le plan opérationnel comme financier, que les options américaines. Le défi de « l’interopérabilité » est encore plus grand si les Forces armées canadiennes doivent continuer à partager avec les États-Unis la responsabilité de la défense de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, 100 % des chasseurs, 91 % des hélicoptères et plus de 75 % des autres avions de mission du Canada proviennent des États-Unis. Si ces derniers estiment que l’équipement non américain du Canada n’est pas à la hauteur pour défendre l’Arctique ou, plus largement, l’Atlantique Nord, ils pourraient très bien intervenir eux-mêmes, même si cela signifie porter atteinte à la souveraineté canadienne.


L’ampleur de la bureaucratie entourant le système d’acquisition de défense du Canada — et une administration formée à répondre « peut-être » — a contribué à réduire considérablement la souplesse entrepreneuriale du secteur privé. Dans les derniers budgets, un quart de la Politique des retombées industrielles et technologiques, soit 15,3 milliards de dollars, restait non alloué en raison de frictions dans le déploiement, de barrières de certification et de définitions imprécises. Même le gouvernement reconnaît qu’il faut plus de 15 ans pour l’acquisition d’une flotte majeure. Une étude récente a en outre révélé que 18,5 milliards de dollars de dépenses en capital prévues n’avaient pas été engagés sur une période de cinq ans. Un nouveau mandat militaire « Acheter Canadien » pourrait, du moins à court terme, entraîner davantage de dollars poursuivant un nombre réduit de producteurs. Par ailleurs, les exigences accrues en matière de cybersécurité — et une part importante des nouvelles dépenses étant destinée à la cyberdéfense — risquent de provoquer de nouveaux retards.


Afin de surmonter l’inertie bureaucratique et de stimuler l’investissement militaire national, l’équipe Carney a mis en place l’Agence de l’investissement pour la défense, dont l’objectif est d’introduire une capacité rarement maîtrisée par l’appareil étatique : la rapidité d’exécution. Les nouveaux crédits n’ont pas encore été déployés à la vitesse ni à l’échelle nécessaires, tandis que les régions revendiquent déjà une part des retombées, indépendamment de leur contribution à l’intérêt national. Cette dynamique entraînera vraisemblablement une diminution de l’efficience et une augmentation des coûts, même si elle soutient la création d’emplois au Canada. Elle posera également la question de la compétitivité du pays sur un marché mondial de l’armement en expansion, alors que le Canada cherche à approfondir ses échanges avec des alliés en Europe et en Asie — des partenariats qui exigeront à la fois une masse critique suffisante et des normes élevées de performance industrielle.


Ce qui manque encore à ces équations est l’apport de capitaux privés du type de ceux qui ont contribué à l’essor du complexe militaro-industriel américain. Cette nouvelle forme de capitalisme de défense sera inédite pour de nombreux acteurs industriels canadiens, tout comme pour les forces armées elles-mêmes. Le Canada cherche par ailleurs à jouer un rôle de premier plan dans la Banque de défense, de sécurité et de résilience, une institution émergente que l’on peut assimiler à une forme de Banque mondiale pour l’OTAN et ses alliés. Celle-ci s’appuierait sur la solidité des bilans de ses membres afin de faciliter leur accès aux marchés financiers et de soutenir le financement de leurs budgets et de leurs chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, les institutions financières publiques, comme la Banque de développement du Canada et Exportation et développement Canada, devront assumer un rôle accru pour aider les petites et moyennes entreprises canadiennes à mobiliser les capitaux nécessaires afin d’intégrer les chaînes de valeur dominées par les grands maîtres d’oeuvre — les prime contractors.


La base industrielle de défense du Canada compte environ 600 entreprises, contre 60 000 aux États-Unis, et la plupart emploient moins de 250 personnes. Ces entreprises canadiennes, modestes par la taille mais stratégiques par leurs capacités, disposent d’une base de capital tout aussi limitée. Nombre d’entre elles n’ont survécu que de justesse aux chocs de la demande provoqués par des annonces de programmes successives — souvent suivies de retards importants, voire d’abandons — de la part des gouvernements et des forces armées. À cette fragilité s’ajoute le fait que la moitié des exportations militaires canadiennes est destinée au marché américain, lequel pourrait restreindre l’accès si le Canada venait à marginaliser les grands maîtres d’oeuvre américains. Un risque plus discret, mais tout aussi réel, pour les PME canadiennes tient à l’enchevêtrement industriel : dans les systèmes de défense complexes, la propriété intellectuelle est fréquemment contrôlée par de grands acteurs — le plus souvent des multinationales — qui disposent du pouvoir de mettre à l’écart, voire d’évincer, un fournisseur de moindre taille.


Les généraux — et leurs autorités politiques — ont une prédilection bien connue pour les équipements spectaculaires, ce qui explique que tant d’occasions médiatiques mettent en scène de massives structures d’acier plutôt que les petits groupes d’hommes et de femmes qui opèrent et soutiennent ces systèmes. Pourtant,
ce sont précisément ces effectifs humains qui devront être plus nombreux — et ils sont de plus en plus difficiles à recruter. Les forces armées canadiennes ne mobilisent que 0,38 % de la population active, contre 0,56 % il y a dix ans, bien en deçà du Royaume-Uni (0,58 %), de l’Australie (0,60 %) et des États-Unis (1,69 %). L’armée canadienne, qui peine déjà à atteindre un effectif d’environ 100 000 personnes, pourrait devoir doubler, voire tripler, sa taille au cours de la prochaine décennie. Les besoins ne concernent pas uniquement les pilotes de chasse et les combattants de première ligne, mais aussi les opérateurs de bases dans l’Extrême-Nord et les spécialistes en cybersécurité répartis dans l’ensemble du pays. À l’heure actuelle, les Forces armées canadiennes (FAC) accusent un déficit d’environ 15 000 membres par rapport à leur effectif cible, ce qui crée des lacunes persistantes en matière de disponibilité opérationnelle et de soutien. Le principal facteur explicatif est la lenteur des processus. Les délais médians de recrutement dépassent 271 jours, soit plus du double de l’objectif officiel. Ces délais sont parfois encore plus longs pour l’importante population immigrante du Canada, soumise à des procédures d’habilitation de sécurité plus complexes. Il n’est donc guère surprenant que plus de la moitié des jeunes Canadiens qui posent leur candidature finissent par se désister. À ces contraintes s’ajoute le défi de l’entraînement. Les centres d’instruction des FAC fonctionnent à environ 80 % de leur capacité en raison d’une pénurie d’instructeurs. Cette pression est appelée à s’accentuer à mesure que les forces armées deviennent plus intensives en compétences scientifiques et technologiques. Le secteur de la défense est en effet 2,5 fois plus intensif en STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) que l’industrie manufacturière dans son ensemble.


La remilitarisation constitue un élément central de la stratégie du Canada pour réaffirmer sa pertinence sur la scène internationale, notamment vis-à-vis de ses alliés, anciens comme nouveaux. Avant même le début du second mandat de Donald Trump, le Canada avait déjà renforcé sa participation militaire en Europe de l’Est en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le déploiement canadien en Lettonie représente l’une des plus importantes missions en temps de paix pour le pays et est perçu en Europe comme un engagement substantiel en matière de défense du continent. Une armée canadienne en croissance pourrait également jouer un rôle dans la protection des Antilles contre les cartels de la drogue, ainsi que dans la gestion de l’instabilité dans des régions comme Haïti. Enfin, elle se redéfinira une nouvelle fois dans l’Arctique, sur terre, dans les airs, sous la glace — et dans l’orbite terrestre basse, où les prochains théâtres opérationnels pourraient se déployer.


Une industrie de la défense plus sophistiquée et mieux capitalisée, accompagnée de forces armées plus dynamiques, pourrait même contribuer à façonner le prochain chapitre des relations Canada–États-Unis. Ces deux pays, partenaires et non rivaux, sont appelés à relever conjointement les menaces croissantes que représentent la Chine, la Russie et l’Iran. Le sanctuaire géographique du Grand Nord canadien a longtemps constitué un avantage stratégique majeur. Toute perte de ce refuge représenterait un défi inédit pour le pays. Toutefois, pour les Canadiens attentifs à leur histoire, le rôle des conflits — qu’ils soient visibles ou latents — n’a jamais été éloigné de leur conscience stratégique.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Le Canada vise à doubler ses exportations hors des États-Unis vers deux de ses plus grands partenaires commerciaux antagonistes, la Chine et l’Inde, alors même que les investissements canadiens continuent de se diriger massivement vers les États-Unis.

Depuis que Mark Carney a lancé sa campagne « on lève les coudes » pour inciter le pays à commercer davantage avec le reste du monde, et entre Canadiens, les Canadiens ont dépensé et investi davantage aux États-Unis alors même que les Américains investissent moins au Canada. La solidité de l’économie américaine, ainsi que les allègements fiscaux prévus par le Big Beautiful Bill, ont renforcé l’attrait du plus grand marché mondial pour les investisseurs canadiens. Des caisses de retraite aux fonds communs de placement, plus de dollars canadiens que jamais ont afflué vers le sud. L’investissement des entreprises a suivi le même mouvement. M. Carney pourrait devoir aller encore plus loin sur le plan fiscal et réglementaire pour maintenir les investissements canadiens sur le territoire national.


Malgré les droits de douane, les consommateurs canadiens ont été lents à modifier leurs habitudes. Des marques très visibles, comme le whisky du Tennessee, ont sans doute constitué une cible facile dès le départ. Les vacances en Floride ou en Arizona ont également été affectées. Mais dans une large mesure, les Canadiens continuent de regarder Netflix, d’acheter des voitures Ford et de consommer du Coca-Cola au même rythme qu’avant la guerre commerciale.


Il y a quelques générations, à l’époque de Trudeau père, alors que le Canada cherchait à s’éloigner d’une Amérique à l’ère du Vietnam, des tensions similaires se faisaient sentir dans les salons et les salles de conseil canadiens. L’éléphant américain et la souris canadienne, proverbialement parlant, ne se limitaient pas aux petits enjeux ; il s’agissait de dépendances multiples : économiques, culturelles et, en fin de compte, liées à la souveraineté. Une nouvelle approche a alors émergé face au dilemme classique entre dépendance et indépendance : la Troisième option, selon laquelle le Canada chercherait à se rapprocher d’une Europe reconstruite, d’une Asie renaissante et d’un Tiers-Monde en résurgence.


À l’époque, la préoccupation majeure portait sur le Canada en tant qu’économie de « filiales » — c’est-à-dire dominée par des filiales américaines. Cinquante ans plus tard, plutôt que de jouer depuis une position de force, la recherche canadienne de nouvelles alliances mondiales intervient à un moment de dépendance maximale à l’égard des États-Unis, et de fluctuations d’incertitude elles aussi maximales. Cette dépendance s’est construite au cours du siècle passé à travers des partenariats de défense et de dissuasion comme le North American Aerospace Defense Command (NORAD), la coopération commerciale et en matière d’investissement et, pour le Canada, un profil fondé sur le fait d’être l’allié le plus semblable aux États-Unis. Aujourd’hui, le risque central n’est pas que le Canada rompe soudainement avec son voisin et allié, mais que les tentatives de diversification loin du pouvoir américain révèlent à quel point Ottawa dispose de peu de leviers solides auprès d’autres partenaires — et à quelle vitesse une Maison-Blanche plus transactionnelle peut exploiter l’asymétrie dans les domaines de la défense, du renseignement et du commerce international. La géographie reste une destinée.


La quête d’indépendance du Canada commence par l’économie. Les droits de douane américains ont entraîné la perte de dizaines de milliers d’emplois manufacturiers, ainsi que des coups durs pour les secteurs de l’automobile, de l’acier et du bois, et pour les régions qui en dépendent. Si ces droits de douane sont maintenus, la plupart des projections suggèrent une période prolongée de croissance lente qui érosionnera davantage la pertinence du Canada sur la scène mondiale. Les effets des droits de douane de M. Trump se sont fait ressentir rapidement et intensément, entraînant une baisse des exportations totales du Canada d’environ 10 % à la mi-2025.
À cela s’ajoute le problème aggravant de la dépendance : alors que le déficit commercial du Canada avec les États-Unis se creuse, son excédent d’investissement s’accroît. La première année de la guerre commerciale a rendu les Canadiens encore plus désireux d’investir aux États-Unis malgré les boycotts de bourbon. Les Canadiens ont injecté 61 milliards de dollars dans des titres américains au cours du premier semestre de 2025. La plus grande caisse de retraite du pays, le Canada Pension Plan, a porté la proportion de ses placements aux États-Unis, de 35 % au début de la décennie, à 47 % en 2025.


Après des décennies d’exportations canadiennes orientées vers les États-Unis, les entreprises commencent à repérer des occasions d’affaires ailleurs. Le Royaume-Uni achète davantage d’or brut, les investisseurs et banques centrales cherchant des solutions de rechange au dollar américain. Le reste de l’Europe achète plus de canola, d’aluminium et de pétrole canadien. La Chine augmente ses importations de pétrole canadien grâce à l’expansion du pipeline TransMountain, qui a porté les expéditions de pétrole hors d’Amérique du Nord à un niveau record en octobre 2025. Même des marchés lointains comme Singapour et l’Indonésie ont augmenté leurs importations canadiennes de pétrole, de charbon et de chlorure de potassium.


Ces succès illustrent l’engagement de Mark Carney à doubler les exportations vers les marchés hors des États-Unis d’ici 2035. Pour accélérer cette tendance naissante, le gouvernement Carney se concentre en 2026 sur le renforcement des liens commerciaux avec la Chine et l’Inde. Le gouvernement fédéral a également lancé des consultations sur des négociations commerciales avec plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite. Le premier budget de M. Carney a par ailleurs prévu 159 millions de dollars sur trois ans pour des programmes de financement du commerce afin d’aider les entreprises à pénétrer de nouveaux marchés. Il faudra faire infrastructures qui font que les ports canadiens figurent parmi les moins efficients du monde industrialisé.


Pour pouvoir exercer une influence sur un plus grand nombre de marchés étrangers, le Canada devra renforcer sa pertinence auprès de ces pays — en particulier dans des pays et marchés comme la Chine, l’Inde et même l’Europe continentale, qui ont historique de mesures commerciales non tarifaires contre le Canada lorsqu’ils veulent faire passer un message. Cela ne sera pas facile. Alors que le pouvoir mondial s’est déplacé vers l’Asie et que l’Europe et le Moyen-Orient se réarment et se réalignent, la pertinence relative du Canada s’est érodée. Le risque n’est pas l’exclusion pure et simple des clubs internationaux, mais plutôt une marginalisation discrète au sein des coalitions opérationnelles qui comptent le plus pour la sécurité, la technologie, la politique industrielle — et, en fin de compte, le commerce. À titre d’exemple, la Stratégie indo-pacifique d’Ottawa et le partenariat de sécurité approfondi avec les Philippines sont politiquement efficaces, mais insuffisants pour générer de grandes percées commerciales dans une région où le Japon, l’Australie, l’Inde et les États de l’ASEAN se tournent en priorité vers Washington, Pékin et entre eux. En Europe, les contributions majeures du Canada à la défense de la Lettonie et une posture plus affirmée dans l’Arctique renforcent sa crédibilité. Plus près de chez nous, dans les Antilles, les engagements pour restaurer l’ordre en Haïti, bien qu’importants et appréciés, ne transforment pas la place du Canada dans la région.


Trop souvent, ces alliés calibrent leur engagement avec le Canada à travers le prisme des conditions imposées à l’ère Trump sur l’OTAN et le commerce. Ottawa est perçu comme étroitement lié aux marchés et à la sécurité américains, mais lent à investir dans les capacités, l’application et l’échelle industrielle. Pour se forger un rôle plus indépendant et ambitieux sur la scène mondiale, le Canada peut s’appuyer sur certaines alliances et réseaux dont il fait déjà partie. C’est le cas du Conseil de l’Arctique, un groupe d’acteurs régionaux et de puissances qui se concentre sur des questions douces, comme la science et la protection de l’environnement. Le Canada peut approfondir ses liens avec les Scandinaves et, peut-être un jour, réengager la Russie à travers ces efforts non militaires, tout en renforçant sa capacité militaire dans la région aux côtés d’alliés partageant les mêmes vues, comme la Suède. Cela illustre bien le nouvel (et ancien) ethos de la politique étrangère canadienne, fondé sur les intérêts plutôt que sur les valeurs.


Une approche très différente pourrait être adoptée avec la francophonie et le Commonwealth, à condition que les autres membres soient prêts à se mobiliser, notamment financièrement. En Afrique, par exemple, où l’image de la France s’est détériorée, le Canada peut travailler avec ses partenaires francophones pour renforcer les défenses non militaires contre un ISIS renaissant au Sahel. Le Commonwealth peut jouer un rôle pragmatique à sa manière en facilitant la construction de passerelles commerciales de l’Australie à l’Inde et à l’Afrique du Sud, tandis que les États-Unis continuent de s’isoler. Des engagements militaires supplémentaires seront également nécessaires à mesure que les États-Unis se retirent des régions et pays instables. Haïti cristallise ce risque concret. Une mission dirigée par le Kenya, sous autorité de l’ONU et sous pression croissante de l’Organisation des États américains, offre au Canada l’occasion de devenir le centre de formation et de normes pour les contributeurs antillais en se concentrant sur les ports, la logistique énergétique et les fonctions étatiques de base — tout en rendant difficile pour les Canadiens de fermer les yeux si les États-Unis interviennent en pleine nuit pour démanteler des gangs ou des réseaux de migrants.

L’un des leviers les plus prometteurs pour le Canada pourrait être AUKUS — l’alliance de sécurité entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le pacte trilatéral s’est d’abord concentré sur les sous-marins nucléaires, un domaine loin des forces canadiennes, et il élargit désormais son champ à des capacités avancées, incluant la détection sous-marine, les satellites en orbite basse et la cybersécurité, autant de points forts du Canada. Le Canada peut se positionner comme un membre sérieux pour la prochaine phase de l’alliance, ce qui permettrait de gagner du levier sur la scène internationale tout en préservant un partenariat respectueux et pertinent avec les États-Unis.


L’année à venir offrira de nombreuses occasions d’explorer ce type de diplomatie de realpolitik alors que le Canada contribuera à concevoir ou à rejoindre des approches plus stratégiques, fondées davantage sur les intérêts que sur les valeurs, et sur le pragmatisme plutôt que sur les principes. Ce sera un recul par rapport aux approches plus idéalistes apparues à l’époque des Troisièmes options. Mais, comme chaque nation le sait, l’indépendance a un prix.

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L’évolution des perspectives mondiales du pétrole et du gaz — du Venezuela au Qatar — modifie les perspectives d’investissement pour les exportations albertaines, ainsi que pour les grands projets d’infrastructure destinés à les acheminer vers les marchés d’outre-mer.

Les ambitions du Canada de devenir une superpuissance énergétique — y compris dans le pétrole et le gaz — sont mises à l’épreuve à la suite de l’intervention américaine au Venezuela. Mais les défis dépassent largement le voisinage immédiat du Canada. La demande à long terme de pétrole et de gaz demeure incertaine, d’autant plus que l’Asie se tourne de plus en plus vers l’électrification pour soutenir sa croissance. Un excédent mondial de l’offre, incluant le gaz naturel liquéfié américain, assombrit davantage les perspectives. Reste enfin la question de la croissance mondiale. Sans croissance, il n’y a pas de besoin accru en énergie — qu’elle provienne du Canada ou d’ailleurs.


En une manoeuvre stratégique à Caracas, le président américain Donald Trump a tenté d’encercler les Amériques, avec Washington comme capitale la plus influente de la région. Ce faisant, M. Trump pourrait avoir affaibli la carte de négociation la plus précieuse du Canada — ses exportations d’énergie. La reprise de la production de pétrole brut vénézuélien pourrait remplacer le pétrole canadien sur le marché américain, réduisant ainsi la part de marché de ce dernier à celle que lui laissent les Saoudiens et d’autres producteurs. Il s’agit donc d’un choc concurrentiel potentiel. Au cours des 25 dernières années, le Canada a consolidé sa position de principal fournisseur de pétrole et de gaz pour le plus grand marché pétrolier mondial, représentant près de trois barils importés sur cinq entrant aux États-Unis. Une industrie structurée pour servir l’Amérique produit aujourd’hui un record de cinq millions de barils par jour, contre un peu plus de deux millions en 2000, plus de 90 % de ses exportations étant destinées aux raffineries du Midwest, de la côte Ouest et du golfe des États-Unis.


Alors que les États-Unis avancent à vitesse éclair pour sécuriser leurs besoins en énergie et en ressources, le Canada doit pivoter rapidement, non seulement pour capter une part des investissements massifs en cours, mais aussi pour défendre son territoire et diversifier ses exportations (bonjour, Xi) — le tout simultanément afin de suivre le rythme du blitz américain.


Toute perturbation du flux énergétique nord-sud pourrait porter un coup économique et politique au Canada. Le secteur génère près de 100 milliards de dollars de revenus annuels. Une baisse des exportations d’énergie pourrait également mettre à l’épreuve l’unité nationale. L’échec du développement des sables bitumineux albertains serait perçu par la province comme une déclaration de guerre politique à l’échelle nationale, à un moment où le mouvement indépendantiste albertain se fait entendre plus fort que jamais depuis une génération. L’Alberta, enclavée, est par ailleurs en désaccord avec la Colombie-Britannique voisine, qui s’oppose à la construction d’un oléoduc traversant son territoire pour atteindre la côte.


Le Canada a quelques atouts solides à jouer. Le Venezuela peut abriter les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde, mais le Canada possède la troisième plus grande au monde, avec les avantages supplémentaires d’une infrastructure de classe mondiale, d’une expertise prête à l’emploi, et des technologies et des capitaux pour répondre aux besoins pétroliers des États-Unis. Après des décennies d’hésitation, Ottawa, sous la direction de Mark Carney, semble avoir la volonté de mener à bien cette stratégie. Il existe une corrélation nette entre la domination du pétrole canadien sur le marché américain et le déclin continu de la production de pétrole vénézuélien (voir graphique ci‑dessous). Les deux s’échangent principalement sous la forme de ce que le secteur désigne comme du « pétrole lourd », dont la consistance rappelle celle du beurre de cacahuète : plus difficile à extraire, énergivore et intensif en carbone à produire, et nécessitant des diluants pour circuler dans les pipelines, ce qui accroît les coûts logistiques. La nature visqueuse du pétrole canadien en fait une matière première particulièrement adaptée à la production d’essence, de diesel, de carburéacteur et de plastiques, par rapport aux huiles légères issues des bassins de schiste américains.


Alors que les entreprises canadiennes des sables bitumineux ont innové au cours de la dernière décennie pour surmonter les coûts et l’intensité des émissions, la société pétrolière publique vénézuélienne Petróleos de Venezuela (PDVSA) est tombée dans un état de négligence, de mauvaise gestion et de corruption. Autre coup dur : en 2018, l’entreprise a été pillée par des voleurs qui ont dérobé des équipements vitaux, notamment des câbles en cuivre, tandis que ses travailleurs qualifiés fuyaient vers les États voisins. Si les entreprises américaines devaient revenir au Venezuela, elles devraient repartir de zéro à bien des égards, certains estimant qu’il faudrait plus de 100 milliards de dollars US sur 10 ans pour remettre le secteur pétrolier vénézuélien en état de fonctionnement. Dans le meilleur des cas, il faudrait au moins une décennie pour que le Venezuela puisse remplacer une partie des 4,5 millions de barils par jour de pétrole canadien exportés vers les États‑Unis, alors que sa production actuelle est d’environ 750 000 barils par jour. Cela donnerait au Canada une longueur avance pour s’adapter au nouveau paradigme énergétique.


Le pétrole lourd est profondément intégré aux systèmes de raffinage américains, ce qui devrait rassurer les dirigeants pétroliers de Calgary. Dès les années 1990, les raffineurs américains ont commencé à investir des milliards dans des configurations adaptées au pétrole lourd et acide afin de traiter les barils canadiens et latino-américains, compte tenu de la proximité de ces deux sources d’énergie. La capacité totale des raffineries de la côte du Golfe (connues sous le nom de PADD 3) a augmenté de 2,9 millions de barils par jour, tandis que celle des raffineries du Midwest (PADD 2) a crû de 700 000 de barils par jour. Les deux régions ont par ailleurs renforcé leur capacité de cokéfaction de 1 million de barils par jour au cours de cette période.

Des coentreprises américano-canadiennes ont également commencé à se développer, comme la collaboration entre Cenovus et Conoco Phillips sur deux raffineries aux États-Unis, à mesure que les flux en amont et en aval transfrontaliers se consolidaient. Parallèlement, les exploitants de pipelines canadiens Enbridge et South Bow (scindée de TC Energy) ont élargi leur réseau de branches et augmenté la capacité pour atteindre la côte du Golfe et le Midwest.

Les sables bitumineux du Canada ont remplacé le pétrole lourd du Mexique et du Vénézuéla aux États-Unis.

Le pétrole lourd canadien est prisé sur d’autres marchés. Si l’on parle beaucoup de la Chine devenant une « électro‑nation » et d’autres marchés asiatiques se tournant vers les énergies renouvelables, il existe peu de substituts viables au pétrole lourd en tant qu’ingrédient essentiel pour la production de plastiques. La hausse des niveaux de revenus à travers l’Asie devrait stimuler une demande toujours plus forte pour les téléviseurs, réfrigérateurs, appareils électroniques et poupées Labubu, même si la croissance démographique dans de nombreux marchés émergents tend à ralentir. L’expansion du pipeline TMX, propriété du gouvernement fédéral, a déjà démontré l’existence d’un marché pour le pétrole canadien en dehors des États‑Unis. Si plus de 90 % des exportations canadiennes de pétrole sont globalement destinées aux États‑Unis, seulement un tiers des livraisons du TMX a franchi la frontière, le reste étant acheminé vers des raffineries en Chine, à Singapour, en Corée du Sud et en Inde.


Après tout, c’est en Asie que se concentre la croissance, d’autant plus que l’Europe devrait connaître une baisse de la demande. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent devrait représenter 80 % de la croissance nette totale de la demande de pétrole jusqu’en 2030. La seule demande indienne devrait croître d’environ un million de barils par jour, l’Asie émergente constituant également un marché important pour de nouveaux volumes de pétrole.


Se pose également la question récurrente de la pertinence pour le Canada d’investir des milliards dans une industrie supposée ralentir — sur un marché déjà encombré.
Si l’AIE s’est récemment éloignée de ses prévisions de « pic pétrolier », la demande mondiale n’augmente que lentement, tandis que les producteurs intensifient leur production. Un nouvel acteur, la Guyane, porté par une coentreprise tripartite ExxonMobil-Chevron-CNOOC, a rapidement augmenté sa production à environ 900 000 barils par jour en peu de temps. Plusieurs producteurs de l’OPEP et des indépendants, comme le Brésil, le Mexique et la Norvège, ont également l’ambition d’augmenter leurs volumes de production. Si les Saoudiens, le producteur le plus influent de l’OPEP, sont restés discrets alors que les actions américaines menacent de faire baisser les prix du pétrole, le cours du Brent, autour de 60 $ US le baril, reste bien en deçà du seuil de rentabilité budgétaire du gouvernement saoudien, estimé à environ 90 $ US le baril.


Pour les entreprises pétrolières canadiennes, qui ont versé environ 25 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 2025, le risque réside dans l’engagement sur un nouveau projet fortement capitalistique sans nouvelle proposition de pipeline ni réelle visibilité sur l’évolution du marché. Une autre mise en garde : Ottawa exigerait que les entreprises contribuent à un projet de capture, stockage et valorisation du carbone (CCUS) très attendu et coûteux afin de compenser les nouvelles émissions. Cet engagement est en effet formalisé dans le cadre du protocole d’entente Ottawa-Alberta. Le protocole d’entente, qui offre une voie pour l’expansion de l’industrie pétrolière et pourrait déclencher une nouvelle vague d’investissements dans le pays, est un symbole emblématique de ce que le secteur énergétique canadien peut accomplir. S’il réussit, ce protocole pourrait servir de modèle pour montrer comment le Canada peut mettre à disposition ses ressources, ses infrastructures et son expertise au service d’une clientèle au‑delà des États‑Unis

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Une surcorrection face à la récente hausse de l’immigration irrégulière met sous pression les employeurs, fragilise les collèges et universités, et menace de retarder une nouvelle vague de projets dans les ressources et les infrastructures — alors même que le Canada approche d’un point critique sur le plan démographique.

Le sentiment public et politique au Canada à l’égard de l’immigration devient de plus en plus négatif. Pourtant, cette opinion va à l’encontre des besoins du pays : le vieillissement de la population et la baisse des taux de fécondité font de l’immigration un levier central pour le maintien et l’expansion de la main-d’oeuvre qualifiée. Une réduction drastique de l’immigration pourrait entraîner un recul rapide de la population, compromettant les efforts visant à préserver le niveau de vie, soutenir l’activité économique et commerciale, et atteindre les objectifs économiques à court terme.


Le plan du gouvernement Mark Carney pour restreindre l’immigration intervient après des années de politique expansionniste. Le nombre de résidents temporaires a dépassé les capacités d’accueil au cours du mandat de dix ans de Justin Trudeau, commencé en 2015. Les infrastructures de logement et les services communautaires ont été surchargés, et la productivité a diminué, les travailleurs temporaires à bas salaire réduisant l’incitation pour certaines entreprises à investir dans la technologie, la formation ou l’équipement. Les cibles pour les nouveaux résidents temporaires, y compris les étudiants, ont été réduites de plus de 550 000 en 2026 par rapport à 2024. Les cibles pour les résidents permanents ont été diminuées de plus de 100 000 par rapport aux admissions de 2024. Malgré ces réductions, les Canadiens estiment que le niveau d’immigration reste trop élevé.


Les objectifs plus large d’une intervention gouvernementale pourraient s’avérer difficiles à atteindre. Le budget fédéral de 2025 alloue des milliards de dollars à des projets de construction nationale visant à relancer l’économie et à protéger le Canada contre les menaces géopolitiques. Il prévoit un financement pour soutenir la mise à l’échelle des entreprises canadiennes, reconnaissant que les grandes entreprises créent davantage d’emplois et contribuent de manière disproportionnée à la croissance économique et à la productivité. Par ailleurs, le budget cherche à tirer parti d’occasions importantes comme le développement de l’économie spatiale canadienne, en particulier les capacités de lancement.


La réussite de ces investissements et la capacité à saisir les occasions avant les autres pays dépendront d’une main-d’oeuvre qualifiée : sans une stratégie d’immigration plus intelligente, le Canada a peu de chances d’attirer ces talents essentiels. Les immigrants économiques apportent compétences, expérience, innovation et investissements financiers. Ils seront indispensables pour combler les pénuries de main-d’oeuvre dans des secteurs critiques comme la santé, les technologies, les métiers spécialisés et l’agriculture, comme cela a été le cas par le passé. Les talents internationaux joueront également un rôle clé dans la mise à l’échelle des entreprises canadiennes dans les secteurs stratégiques et pour éviter le déclin démographique dans les régions rurales.


Attirer les talents dont le Canada a besoin sera d’autant plus difficile face à la concurrence mondiale croissante pour la main-d’oeuvre qualifiée. Selon certaines estimations, la population mondiale devrait atteindre un pic vers le milieu des années 2080 et diminue déjà en Europe et en Chine. D’autres pays mettront en oeuvre des politiques d’accueil très attrayantes pour de futurs citoyens, alors que leur population intérieure se réduit. L’approche canadienne en matière d’immigration doit donc être autant axée sur le recrutement que sur la sélection.


La concurrence mondiale pour attirer les meilleurs talents exigera une marque internationale forte que la volatilité récente de la politique risque de compromettre. Les modifications apportées ces dernières années au système de points d’immigration canadien ont créé des possibilités de contournement rendant le système moins prévisible et moins transparent, ce qui décourage la présentation de demandes par les personnes les plus nécessaires au renforcement de l’économie. Le système a été qualifié de « loterie » reposant moins sur le mérite que sur le choix du moment, et critiqué pour ses délais de traitement longs — dépassant deux ans pour ceux entrant par le programme entrepreneurial.


Même si le Canada parvient à relever ces défis de recrutement, rien ne garantit que les nouveaux arrivants resteront au pays. Des recherches récentes montrent qu’un immigrant sur cinq quitte le Canada dans les 25 ans suivant son arrivée, les plus hautement qualifiés présentant les risques de départ les plus élevés. Qu’ils soient nouveaux arrivants ou nés au Canada, de nombreux diplômés canadiens issus de programmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) émigrent après l’obtention de leur diplôme, principalement vers les États-Unis. De plus, les trois principales villes canadiennes où sont concentrées les entreprises en démarrage — Toronto, Vancouver et Montréal — sont loin derrière les leaders mondiaux, captant moins de 5 % des investissements en capital-risque dirigés vers des pôles comme San Francisco, New York ou Boston. Attirer et retenir les meilleurs talents exigera des parcours plus transparents et prévisibles, des délais de traitement accélérés, ainsi que des investissements dans les infrastructures et les services — notamment le logement et les soins de santé — afin d’assurer un niveau de vie élevé. Avec un flux régulier de talents, le Canada sera mieux positionné pour développer ses entreprises et pour investir dans l’innovation nécessaire pour conserver ses meilleurs éléments.

En plus d’attirer des talents de calibre mondial, le Canada peut les former. Les étudiants internationaux représentent une occasion importante que le pays ne doit pas négliger. Les étudiants étrangers diplômés de programmes réputés dans des domaines en forte demande apportent des compétences recherchées et des diplômes reconnus, faisant d’eux d’excellents candidats à la résidence permanente. Ils sont également plus susceptibles de rester au Canada et d’obtenir des revenus plus élevés que les immigrants qui cherchent directement la résidence permanente. Cela suppose, bien sûr, qu’ils choisissent d’abord de venir au Canada.

Le dernier budget fédéral réduit le nombre d’étudiants internationaux pour les deux prochaines années de près de moitié par rapport à l’objectif de 2025. Même à ce nouveau seuil réduit, il est peu probable que l’objectif soit atteint. Les candidatures internationales ont chuté de manière significative, les modifications fréquentes de l’admissibilité au permis de travail post-diplôme suscitant des doutes chez les étudiants potentiels quant à la possibilité que leurs études ouvrent un chemin vers la résidence permanente au Canada. Le nouveau système est également lourd et complexe pour les candidats. Il impose de nouvelles formalités que les étudiants et les établissements doivent respecter, notamment des lettres d’attestation provinciales visant à faire respecter les plafonds annuels de permis.


Le Canada peut rouvrir les filières pour étudiants internationaux et les rendre à nouveau attrayantes en reconstruisant sa réputation de pays accueillant offrant des parcours d’immigration transparents après l’obtention du diplôme. Avec des garde-fous garantissant l’intégrité des collèges et universités, le pays pourrait se concentrer sur l’accueil d’étudiants poursuivant des diplômes ou certificats dans des domaines d’études (par exemple, STIM) qui offrent de bons débouchés après l’obtention du diplôme, y compris des taux de transition plus élevés vers la résidence permanente. Cela éviterait de modifier constamment la liste des programmes admissibles aux permis de travail post-diplôme qui alimente la perception d’instabilité.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Les perspectives économiques du Canada sont menacées non seulement par des chocs externes et des voisins exigeants, mais aussi par une asymétrie croissante du fédéralisme qui complique l’élaboration, l’acceptation et la mise en oeuvre d’une stratégie économique cohérente à l’échelle nationale.

Les divergences de vues entre Ottawa, les provinces et les gouvernements autochtones sur l’exploitation des ressources naturelles, le financement et la prestation de l’éducation, ainsi que la stabilisation d’un système de santé sous tension, accentuent la fragmentation du Canada en un ensemble de régimes de politiques publiques disparates, au moment même où le pays doit faire face à des négociations commerciales difficiles avec des États-Unis plus transactionnels et à une concurrence mondiale accrue. Des instruments constitutionnels autrefois considérés comme des recours ultimes — la clause dérogatoire, des contestations juridictionnelles offensives, des demandes d’exemptions aux réglementations et normes nationales, voire des votes provinciaux sur l’autonomie — deviennent de plus en plus courants. Cette évolution accroît la probabilité que les provinces et les groupes autochtones recourent à des droits de veto, formels ou informels, pour bloquer des priorités nationales. Un seul Canada, peut-être, mais de multiples nations en son sein.


Les conséquences pour l’unité nationale sont plus graves qu’à tout autre moment depuis les années 1990, car la fragmentation s’accompagne désormais de soutiens à l’étranger. Un ordre mondial plus fragmenté offre aux gouvernements étrangers, aux réseaux militants et aux acteurs corporatifs davantage d’occasions d’exploiter les tensions entre compétences, que ce soit en favorisant certaines provinces dans les décisions liées aux chaînes d’approvisionnement, en finançant des recours judiciaires et des campagnes médiatiques autour de projets de ressources, ou en amplifiant des récits séparatistes. Pour des rivaux géopolitiques, tout ce qui affaiblit la cohérence du Canada en tant qu’allié des États-Unis et partenaire du G7 peut même devenir un atout plutôt qu’un effet indésirable, à mesure que des acteurs infranationaux et des détenteurs de droits autochtones cherchent à affirmer plus vigoureusement leur voix sur l’énergie, le climat, la politique industrielle, le commerce intérieur et, de manière plus critique encore, les relations commerciales bilatérales avec les États-Unis.


La confédération canadienne a été conçue pour concilier l’autonomie provinciale et l’autorité fédérale dans certains domaines d’intérêt commun, notamment le commerce. Avec le temps toutefois, la Charte canadienne des droits et libertés a placé les tribunaux au coeur de cet équilibre. La Charte confère aux individus et aux groupes — y compris aux collectivités autochtones et aux provinces elles-mêmes — des instruments puissants pour contester, au nom des droits, des lois fédérales ou provinciales, obligeant ainsi les choix de politiques publiques dans des domaines comme la langue, l’éducation et les programmes sociaux à résister à l’examen constitutionnel. Dans les faits, cette évolution a étendu le rôle de la Cour suprême comme arbitre des relations fédérales-provinciales et Couronne–Autochtones, les gouvernements de tous horizons mobilisant la Charte non seulement pour protéger des droits, mais aussi pour restreindre des initiatives fiscales et réglementaires auxquelles ils s’opposent. Parmi ces instruments, le plus controversé est la clause dérogatoire.


Rarement utilisée par le passé, elle a été invoquée ou sérieusement menacée ces dernières années par le Québec, l’Ontario, la Saskatchewan et l’Alberta dans des conflits portant sur la langue, les symboles religieux, le financement des élections, les droits du travail et l’éducation, envoyant ainsi aux électeurs le signal que les gouvernements peuvent contourner les tribunaux lorsque la protection des droits entre en conflit avec des objectifs politiques.


Le caractère régional — et les divergences — de l’économie canadienne accentue les intérêts concurrents des provinces, chacune étant exposée à des menaces différentes liées à la guerre commerciale de Donald Trump et aux divisions mondiales. L’économie de l’Ontario reste centrée sur l’automobile et l’acier ; la Colombie-Britannique dépend largement du bois et du commerce avec l’Asie ; la Saskatchewan repose sur le canola et d’autres exportations agricoles ; et la prospérité de l’Alberta est étroitement liée au pétrole et au gaz. La position de négociation du Canada a été fragilisée pendant une grande partie de 2025, les premiers ministres tentant de défendre leurs intérêts propres à Washington. Ces tensions pourraient resurgir dès que les négociations de l’AEUMC reprendront sérieusement.
Le projet de loi C-5, la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, est devenu, en raison des réactions politiques qu’il suscite, un point central des tensions fédérales-provinciales concernant la gouvernance des ressources et les droits des Autochtones. Cette législation permet au Cabinet fédéral de déclarer qu’un projet — qu’il s’agisse de ports, de pipelines, de mines ou de barrages — relève de l’intérêt national et d’en accélérer l’approbation. Les provinces qui dénoncent l’ingérence fédérale dans leurs compétences en matière de ressources naturelles considèrent le C-5 comme un dépassement de leurs prérogatives par Ottawa, tandis que de nombreux groupes autochtones y voient une attaque directe contre leur droit constitutionnel à être consultés et pris en compte dans les décisions touchant leurs terres. Le résultat est une série de contestations judiciaires et de manifestations qui politisent davantage les grands projets sur lesquels le gouvernement Carney compte pour rendre l’économie canadienne moins dépendante de celle des États-Unis.

À la suite du projet de loi C-5, le protocole d’entente Canada–Alberta sur l’énergie et le climat constitue à la fois un modèle de coopération et un révélateur de la nature transactionnelle du fédéralisme canadien. Aux termes de l’entente, Ottawa et Edmonton collaboreront pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, construire des interconnexions majeures de transport d’électricité, réduire les délais réglementaires à environ deux ans et négocier des ententes d’équivalence sur la tarification du carbone et la réduction du méthane d’ici avril 2026. Il esquisse également des voies pour un nouveau pipeline d’exportation et des infrastructures de captage du carbone prévoyant explicitement la participation des communautés autochtones et le partage des retombées économiques. Cependant, le fait que ces priorités nationales soient traitées au cas par cas, province par province, illustre combien une grande partie de l’agenda Carney s’appuie désormais sur des accords bilatéraux plutôt que sur des cadres pancanadiens. Cela invite d’autres provinces riches en ressources à exiger des arrangements similaires ou des exceptions, et amène les régions urbaines en expansion, où les Libéraux au pouvoir disposent de leur assise politique, à se demander si leurs propres aspirations sont également prises en compte.


Les tensions asymétriques au Canada résident dans les relations Couronne–Autochtones situées à l’intersection des droits, des ressources et de la légitimité. Les nations et collectivités autochtones ont développé une grande expertise dans l’usage simultané des tribunaux et de l’action directe pour arrêter ou remodeler des projets majeurs, obtenant des injonctions, contraignant les gouvernements à revenir à la table de négociation et mobilisant l’opinion publique lorsqu’elles jugent que les consultations ont été insuffisantes. Les Premières Nations de la Colombie-Britannique représentent un défi particulier, car elles sont au coeur du développement des ressources et de l’expansion des exportations vers le Pacifique, tout en jouissant d’un statut juridique distinct, la province étant entrée dans la Confédération sans traités.


Sous ces pressions, plusieurs provinces et Ottawa ont commencé à expérimenter des exemptions aux règles environnementales, aux régulations électriques et aux normes du commerce interprovincial. Certaines provinces militent également pour une décentralisation accrue de l’immigration et exigent un plus grand respect de leur compétence en matière de politiques de logement, qui demeure un enjeu politique particulièrement sensible. En conséquence, les investisseurs internationaux commencent à considérer le fédéralisme canadien — autrefois perçu comme une singularité du Grand Nord — comme un risque opérationnel. « Peut-on y arriver ? » reste la question posée à de nombreuses propositions canadiennes, qu’il s’agisse de pipelines, de mines ou d’infrastructures d’exportation de grande envergure. Parallèlement, certains perçoivent ce réseau de protections des droits et d’exigences de consentement multi-niveaux comme un indicateur de robustesse de l’État de droit et de licence sociale, surtout comparé à des régimes plus arbitraires. L’équilibre entre rapidité et certitude sera mesuré, en partie, par la manière dont le gouvernement Carney gère les différends à forte visibilité concernant les projets du C-5 et les engagements prévus dans le protocole d’entente Canada–Alberta.

Le style hautement centralisé du bureau du Premier ministre constitue à la fois un atout et une vulnérabilité. Un centre premier-ministériel fort peut coordonner rapidement les politiques économiques, climatiques et étrangères pour réagir aux chocs américains et mobiliser les dépenses fédérales autour d’une stratégie industrielle cohérente. Mais gouverner par bureau du Premier ministre resserré et des accords bilatéraux avec les premiers ministres comporte le risque de marginaliser les forums intergouvernementaux et le contrôle parlementaire, alimentant le récit selon lequel Ottawa impose sa volonté et incitant les provinces à riposter par les tribunaux, la clause dérogatoire ou leurs propres référendums sur l’autonomie, sans compter le risque au sein du cabinet et du caucus, particulièrement dans un parlement fragile. Une dépendance excessive aux ententes exécutives pourrait rendre la politique nationale tributaire d’un petit nombre de relations politiques plutôt que solidement ancrée dans des institutions durables.


Le calendrier politique de 2026 fait augmenter le risque que les différends constitutionnels et entre compétences passent du bruit de fond à des points de tension majeurs. Une élection fédérale éventuelle, une élection prévue au Québec et les batailles persistantes en Alberta et en Colombie-Britannique sur la politique énergétique, les objectifs climatiques et le partage des revenus créent tous des incitations pour les dirigeants à faire campagne contre Ottawa ou contre d’autres provinces. Cette « politique du grief permanent » érode le capital de confiance nécessaire à la réalisation de projets économiques conjoints. Sans signaux supplémentaires de progrès, la « levée des coudes » estivale risque de se transformer, à l’hiver, en une atmosphère de confiance en recul.


Combler ces écarts nécessitera une stratégie délibérée de chorégraphie politique autant qu’une conception soignée des politiques publiques. Les sommets fédéraux-provinciaux-territoriaux sur la santé, le logement et le climat peuvent encore établir des bases communes, mais ils restent toujours exposés au risque de se transformer en moyens de pression provinciaux sur la fédération. Des campagnes publicitaires, des initiatives de communication et des forums publics, menés non seulement par le Premier ministre mais aussi par les premiers ministres provinciaux, les leaders autochtones et les PDG, peuvent contribuer à renforcer un récit partagé autour d’un Canada uni et confiant.

La réforme réglementaire constituera un test central de la capacité du gouvernement Carney à mobiliser les compétences fédérales au service de la cohésion nationale. Les initiatives visant à réduire les barrières commerciales interprovinciales, à harmoniser ou à reconnaître mutuellement les accréditations professionnelles, et à rationaliser les parcours d’immigration pour les professions en forte demande offrent des perspectives tangibles de gains de productivité et de mobilité de la main-d’oeuvre. Toutefois, chacune de ces mesures touche à des prérogatives provinciales particulièrement sensibles. Les mécanismes de coopération intégrés au protocole d’entente Canada–Alberta — évaluations à guichet unique, échéanciers définis et accords d’équivalence — proposent un cadre opérationnel qui pourrait, en théorie, être transposé à d’autres provinces et secteurs, sous réserve de la construction d’un niveau suffisant de confiance. En l’absence de telles réformes, le Canada risque de laisser inexploitées d’importantes efficacités de son marché intérieur précisément au moment où il cherche à compenser la moindre fiabilité de son partenaire américain. Les entreprises et les investisseurs devraient ainsi considérer les tensions juridictionnelles comme une caractéristique structurelle — et potentiellement un atout — du Canada.

La nécessité d’obtenir un consentement à plusieurs niveaux et de naviguer entre des régimes juridiques qui se chevauchent accroît les coûts de transaction et allonge les délais de mise en oeuvre des projets. Elle peut toutefois conduire à des résultats plus robustes, fondés sur une légitimité sociale renforcée, et réduire le risque de revirements brusques. Pour les entreprises disposées à investir dans des relations durables avec les provinces, les gouvernements autochtones et les municipalités, le fédéralisme complexe du Canada peut devenir une source d’avantage différencié en protégeant les engagements de long terme contre les aléas d’un seul acteur politique, y compris les États-Unis. Le risque en 2026 est que l’escalade des rapports de force constitutionnels transforme cette complexité, jusqu’ici gérable, en vulnérabilité systémique — au moment même où le Canada a besoin d’une stratégie cohérente et collective pour renforcer son économie et le pays.

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Cette année, le Forum économique mondial (FEM) a donné l’impression d’abriter deux Davos distincts.

À l’intérieur du principal centre des congrès, un nombre inédit de participants, parmi lesquels 850 chefs de direction, 80 milliardaires et fondateurs du secteur technologique, des centaines de ministres et 65 chefs de gouvernement, ont passé la semaine à écouter des analyses sur le recul de la mondialisation et le repli des sociétés sur elles-mêmes.

À l’extérieur, l’ambiance était tout à fait différente. Sur la grande promenade, il suffisait de faire quelques pas pour se croire dans un croisement improbable entre Wall Street, la Silicon Valley et l’Organisation des Nations Unies, alors que des pays allant du Brésil à l’Indonésie et des entreprises allant de Tech Mahindra à Pinterest se présentaient à la foule bigarrée qui défilait.

Mark Carney a parlé d’une ère à géométrie variable. D’autres ont évoqué une nouvelle ère de multialignement, comme si l’économie mondiale se transformait peu à peu en un souk bruissant d’échanges et de marchandages plutôt qu’en un marché parfaitement ordonné. Quel que soit le mot choisi, l’ordre (ou le désordre) mondial qui se dessine paraît aussi incertain et dangereux que les rues glacées de Davos. Voici quelques points à retenir :

L’an dernier, au lendemain de sa seconde investiture, Donald Trump s’était adressé au Forum par vidéo et avait promis un âge d’or pour les États‑Unis. Cette fois, il est venu en personne pour proclamer sa victoire. Accompagné de cinq secrétaires de cabinet et de centaines de chefs de direction américains, le président a passé deux jours exceptionnels dans les Alpes suisses à projeter une version contemporaine de la puissance américaine. Cette année, la superpuissance a opté pour une présence hors de son territoire. Dans la vision de Trump, le monde continuera de commercer et de prospérer, mais selon les règles américaines. Près des trois quarts des échanges commerciaux mondiaux respectent encore les règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’accumulation de stocks a permis à de nombreuses sociétés d’échapper aux droits de douane initiaux. Un impact plus important pourrait se faire sentir cette année. Mais dans l’ensemble, le système tient encore, a indiqué Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en soulignant que l’économie mondiale est si complexe et si imbriquée que même les États‑Unis ne peuvent la défaire. La Pax America plus mercantile de Trump n’est pas seulement économique. À son arrivée à Davos, Donald Trump faisait déjà réagir avec sa tentative d’acheter le Groenland, initiative non sollicitée rejetée par ses alliés de l’OTAN. Son départ a été marqué par l’annonce d’un Conseil de paix soutenu par une coalition pour le moins hétéroclite de dix-neuf pays représentant cinq mille milliards de dollars de PIB, soit l’équivalent de l’économie allemande. Seuls quatre d’entre eux, l’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie, sont membres de l’OTAN, et seuls quatre, l’Argentine, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et la Turquie, font partie du G20. Trump pourra‑t‑il étendre l’influence américaine sans partenaires plus solides ? Ou bien s’agit‑il de la nouvelle géométrie du pouvoir ?

Mark Carney, longtemps considéré comme l’archétype de l’« élite de Davos », a prononcé un discours d’ouverture largement salué pour avoir su capter le malaise ambiant et cristalliser l’aspiration à une nouvelle approche des affaires internationales. Sa formule, la nostalgie n’est pas une stratégie, a trouvé un écho. Il lui revient maintenant de concrétiser la diversification. La voie est loin d’être simple. Les alliés européens les plus proches du Canada traversent tous des difficultés, économiques comme politiques, affaiblis par la guerre en Ukraine, les crises migratoires et l’attrait croissant du nationalisme, désormais la force politique dominante sur le continent. La plus grande économie d’Europe, l’Allemagne, a évité de justesse une récession l’an dernier, après deux années de déclin. Le chancelier Friedrich Merz a qualifié l’Europe de championne mondiale de la surréglementation et a averti qu’elle risquait de perdre son unité si elle ne se réformait pas. Le Canada devra aussi compter sur des partenaires plus éloignés, notamment la Chine et l’Inde, que le Forum économique mondial estime responsables de près de 40 % de la croissance économique mondiale au cours des cinq prochaines années. Ces deux géants émergents peuvent se montrer aussi exigeants que Donald Trump en matière de commerce international. Le golfe Persique attire lui aussi, avec des milliers de milliards de dollars d’investissements en capital. Mais là encore, une nouvelle génération de partenaires économiques évolue dans des systèmes politiques et juridiques, ainsi que dans des pratiques sociales, bien différents de ceux du cadre dans lequel le Canada s’est développé.

« No King », littéralement « pas de roi », était gravé tout en haut d’un glacier dominant Davos. Le message visait sans doute le président américain, mais il pouvait tout aussi bien être lu comme une pique adressée au « roi dollar », ce surnom couramment utilisé pour désigner la position dominante du billet vert. Le roi dollar a connu une semaine difficile, bousculé par les changements dans les courants du commerce mondial et par la volonté croissante des pays et des entreprises de réorienter leurs flux de capitaux. Il domine encore 88 % des transactions de change et 54 % du commerce international, ce qui alimente depuis longtemps l’idée qu’aucune autre option crédible n’existe, résumée par l’acronyme anglais TINA, pour There Is No Alternative. Mais cette conviction tient‑elle encore ? Le Forum économique mondial s’est ouvert sur une nouvelle saisissante : les plus grands fonds de pension danois avaient liquidé leurs bons du Trésor américain en réaction à la menace brandie contre le Groenland. Une poussée de prudence envers les États‑Unis a fait grimper les rendements obligataires, ce qui a atténué les attentes de baisses de taux plus larges. En pareilles circonstances, les investisseurs avaient généralement tendance à rester exposés aux actifs américains. Cette fois, du moins chez les Européens, les couloirs bruissaient de spéculations sur un possible basculement de long terme. Un gestionnaire de fonds affirmait même que ses clients lui avaient demandé de vendre une partie de ses positions américaines. Quelques dirigeants américains du secteur technologique confiaient que des clients européens de longue date annulaient leurs commandes. L’euro, le yen et le dollar canadien pourraient gagner en importance. Le renminbi devrait également s’affirmer, bien qu’il soit encore loin de pouvoir rivaliser à l’échelle mondiale. La tête du roi peut se faire lourde, mais un seul monarque porte encore la couronne des devises.

Le Forum économique mondial, créé dans les années 1970 pour aider l’Europe à éviter la voie socialiste et à s’orienter vers les marchés libres, voit aujourd’hui une partie de l’Occident se tourner de nouveau vers l’État pour porter ses ambitions économiques, ce qui n’est pas sans risques. À mesure que les pays, y compris le Canada, cherchent à renforcer leurs forces armées, à bâtir leurs propres bases technologiques et à réduire leur dépendance envers les États‑Unis, qui concentrent près de la moitié du capital financier mondial, ils mobilisent leurs bilans publics et utilisent divers outils pour orienter les capitaux vers leurs priorités nationales. Les ambitions sont si marquées que plusieurs chefs de gouvernement semblaient se comporter comme des banquiers d’investissement en pleine prospection. Des économies avancées comme l’Australie, la Norvège, l’Allemagne ou la Corée du Sud ont effectivement la capacité d’emprunter davantage pour investir, tout comme plusieurs puissances émergentes, notamment l’Arabie saoudite. Or, le capitalisme ne se résume pas au capital lui‑même. Il consiste à mettre ce capital au travail et à obtenir des résultats. Le président singapourien, Tharman Shanmugaratnam, a rappelé avec sagesse que ces nouveaux capitalistes étatiques doivent se montrer impitoyables dans leurs décisions d’investissement, mais aussi dans leurs dépenses et leurs règles. La croissance exige que les gouvernements privilégient les investissements productifs, notamment dans l’éducation, plutôt que la redistribution, et qu’ils reconnaissent avec humilité que l’État reste, par nature, peu efficace pour bâtir des entreprises performantes. Pour que cette nouvelle version du capitalisme d’État fonctionne, il faudra également un changement de mentalité.

Peu après l’élection de Donald Trump, Xi Jinping s’était rendu à Davos pour présenter la Chine comme un leader mondial d’une nouvelle ère. Depuis, Pékin a livré des résultats tangibles dans les énergies renouvelables, le nucléaire, les minéraux critiques, les produits pharmaceutiques et l’intelligence artificielle. À tel point que Xi n’a plus besoin d’y être présent. Cette fois, tandis que les États‑Unis et l’Europe se querellaient, il a dépêché un vice‑premier ministre de second rang, He Lifeng, pour présenter la Chine comme un champion du commerce multilatéral et d’une « mondialisation inclusive ». Selon plusieurs experts, Pékin profite de chaque instant pour avancer discrètement ses deux priorités essentielles, la réunification avec Taïwan et la domination en intelligence artificielle. Xi voit dans l’intelligence artificielle un pilier de l’avenir chinois, et DeepSeek 4, le modèle de nouvelle génération attendu en février, devrait illustrer les progrès accomplis. Parallèlement, plusieurs spécialistes de la Chine estiment que l’armée chinoise, qui a mené des manœuvres navales autour de Taïwan au Nouvel An, serait prête à s’emparer de l’île par la force dans l’année, ce qui lui donnerait un levier majeur sur l’industrie mondiale des semi‑conducteurs, indispensable à l’IA. Le sénateur démocrate Chris Coons, présent à Davos, craint que l’Administration américaine ne mesure pas pleinement la nécessité de s’appuyer sur un réseau d’alliés partageant des valeurs fondamentales pour contenir la Chine. On y verra plus clair lorsque Trump et Xi se rencontreront en avril, mais il ne faut pas s’attendre à un grand compromis entre les deux puissances. Dans le meilleur des cas, selon Coons, on pourrait aboutir à une série de petits accords permettant de maintenir l’équilibre mondial.

Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

The next energy crisis won’t be fueled by oil or gas; it will be strained by the world’s faltering electricity grids. Electricity demand globally is rising three times faster than total energy demand, driven by air conditioning and electric vehicles, as well as data centres. While 90% of Americans have access to air conditioning, the number is 20% in India, 18% in Indonesia and 5% in Nigeria—each with some of the world’s fastest-growing cities. Add to that the growing demand for EVs, which now account for a quarter of global car sales, up from 5% in just five years. Fatih Birol, head of the International Energy Agency, said the world will need 10,000 terra-watts of new electricity in the next decade, which is the equivalent of adding another U.S., Canada, Europe and Japan. Without any innovation breakthroughs, that would require 70% more copper, and a vast expansion of steel and critical minerals processing. Developments in large-scale battery storage and grid digitalization offer some hope, as most electricity systems still suffer a gross mismatch of supply and demand. But an unfortunate truth remains: it’s easier and faster to build power plants than it is to add transmission and distribution. Take this recent experience in Europe: the continent added 80 gigawatts of renewable energy supply only to find it didn’t have the capacity to transmit all that new electricity. Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

Deux moments très révélateurs ont marqué les débats dans la grande salle des congrès à Davos, l’un illustrant la pénurie, l’autre l’abondance. Donald Trump s’est écarté de son texte pour fustiger les énergies renouvelables, en particulier l’éolien, qu’il a qualifié de solution pour les « perdants ». Le lendemain, sur la même scène, Elon Musk a au contraire vanté un avenir radieux pour les énergies renouvelables, en particulier le solaire, qu’il juge capable d’alimenter à lui seul l’ensemble des États-Unis. Il lui faudrait simplement, affirme‑t‑il, un terrain de cent soixante kilomètres sur cent soixante et des panneaux solaires exempts de droits de douane. En dehors de l’Amérique du Nord, les énergies renouvelables restent le principal moteur de la croissance énergétique et sont passées du statut de source de « transition » à celui de choix par défaut pour les nouvelles capacités dans de nombreux marchés. L’Europe a atteint environ cinquante pour cent de production renouvelable en 2024. Dans d’autres marchés en forte expansion, les énergies renouvelables sont de plus en plus perçues comme des ajouts énergétiques, et non plus seulement comme des substituts aux combustibles fossiles. La baisse du coût des batteries, le solaire ayant chuté d’environ quatre‑vingts pour cent en Inde, et l’allongement de la durée de vie des installations, désormais de trente à trente‑cinq ans, ont déplacé l’analyse économique du simple coût unitaire vers le coût sur l’ensemble du cycle de vie. Cependant, pour garantir la fiabilité, il faudra davantage de stockage par batteries, de centrales hydroélectriques à accumulation par pompage et de systèmes hybrides capables de fournir de l’électricité en continu. Cette évolution est déjà visible en Inde, qui a installé deux millions sept cent mille systèmes solaires résidentiels et trois millions cent mille pompes alimentées par le solaire, et qui a déjà atteint son objectif pour 2030 consistant à porter les énergies renouvelables à environ cinquante pour cent de l’énergie non fossile.

L’intelligence artificielle est passée du statut de technologie expérimentale à celui d’infrastructure fondamentale, et désormais de système d’exploitation pour les entreprises et les gouvernements. L’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur l’innovation des modèles, mais sur leur diffusion et sur la rapidité avec laquelle les organisations parviennent à se transformer avant leurs rivales. À mesure que la diffusion progresse, Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, voit 2026 comme l’année où des systèmes d’IA en créeront d’autres, y compris à l’intérieur des entreprises, avec un impact potentiellement déstabilisant sur leur manière de fonctionner. Demis Hassabis, cofondateur et directeur général de DeepMind, estime que l’avantage reviendra aux « apprenants continus », ceux qui suivent de près le comportement des modèles et ajustent leurs stratégies et leurs modes de fonctionnement. Dans cette logique, la plupart des PDG ont retiré l’IA du giron technologique pour en faire un dossier qu’ils pilotent personnellement. Un sondage de BCG publié à Davos révèle que soixante-douze pour cent des PDG dans le monde considèrent l’IA comme un élément central de leur mandat, et que la moitié d’entre eux pensent qu’elle définira leur passage à la tête de l’entreprise. Les entreprises prévoient de doubler leurs investissements en IA cette année, même si une étude du MIT publiée en 2025 montre que très peu d’adoptants ont obtenu des résultats probants. David Sacks, figure influente de la Silicon Valley et responsable de l’IA auprès de Donald Trump, estime que les dirigeants, qu’ils soient au gouvernement, en entreprise ou dans les médias, doivent dissiper les craintes et saisir l’occasion de bouleverser les pratiques et d’innover. Il a cité une autre étude montrant que 83 % des Chinois se disent optimistes à propos de l’IA, contre 39 % des Américains. Sacks s’inquiète qu’un mouvement de pessimisme fasse perdre aux États‑Unis la course à l’IA, une dérive qu’il voit comme une blessure qu’ils se seraient infligée.

Il existe désormais une nouvelle arithmétique financière pour l’IA. C’est ce que Satya Nadella, PDG de Microsoft, appelle le coût énergétique du recours à l’IA, autrement dit l’énergie nécessaire pour effectuer les opérations de calcul qui la font fonctionner. On peut y voir une sorte d’équivalent du salaire de base et de la productivité pour l’IA. Les entreprises et les pays capables de réduire ce coût unitaire seront bien placés pour gagner dans l’économie des données. Cette nouvelle logique pourrait aussi transformer en profondeur la nature du travail humain. On pourrait la résumer ainsi : données multipliées par énergie multipliée par main-d’œuvre égale succès. Le consensus des hauts dirigeants à Davos semblait être que la main‑d’œuvre, comme les données et l’énergie, sera encore plus nécessaire. Les PDG estiment que la « falaise » des emplois d’entrée n’est pas aussi abrupte qu’on le dit ; le véritable enjeu est l’élargissement du décalage des compétences, alors que la plupart des rôles exigeront une recomposition des tâches et des habiletés. Les gagnants seront les travailleurs et les entreprises capables d’intégrer l’IA dans leur travail et de collaborer avec elle. Cette transformation est en train de reconfigurer les structures de progression professionnelle, surtout dans les services professionnels et au sein des gouvernements, où des tâches de base comme la révision de documents, le tri ou la modélisation peuvent être effectuées par des machines. De nouveaux modèles d’apprentissage en milieu de travail deviendront essentiels pour développer le jugement, le contexte et les compétences de supervision. De plus en plus, la conception et la modification des modèles seront réalisées par les équipes de première ligne, qui pourront mettre en place des fonctions d’automatisation simples pour faire évoluer leur travail. Tout cela peut aplatir les organisations et donner un avantage à celles qui disposent de données abondantes, d’énergie abordable et d’équipes à l’aise avec l’IA.

Les divisions croissantes dans le monde et à l’intérieur des pays relèvent d’un problème de confiance. Et cette confiance s’effrite. Stefanie Stantcheva, économiste à Harvard, constate que le phénomène est particulièrement aigu pour sa génération, les moins de quarante ans, qui voient un monde où les gains des uns se font au détriment des autres et où leur part se rétrécit. Elle a présenté à Davos des recherches montrant que la méfiance traverse désormais tout le spectre politique, une large part des millénIaux estimant que d’autres groupes ont capté les priorités gouvernementales grâce aux médias traditionnels, à l’influence des entreprises et aux vieilles mécaniques politiques. Cette tension risque de s’accentuer alors que les électeurs vieillissants en Occident réclament davantage de sécurité financière et de stabilité en matière de santé, peut‑être au détriment de la sécurité économique et nationale. Le Baromètre de confiance Edelman, qui sonde trente‑quatre mille personnes dans vingt‑huit pays et est publié chaque année à Davos, montre des sociétés qui passent du ressentiment au repli. Sept personnes sur dix hésitent à accorder leur confiance, ou la refusent, à ceux qui ne partagent pas leurs valeurs, leurs expériences ou leurs sources d’information. La confiance se détourne des institutions pour se recentrer sur l’entourage : voisins, collègues, et même le PDG. Les entreprises sont désormais perçues comme les plus compétentes et les plus éthiques, dépassant pour la première fois les organisations non gouvernementales sur le plan de l’éthique, tandis que les gouvernements et les médias demeurent les moins dignes de confiance. Plus frappant encore, l’optimisme s’effondre. Dans de nombreux pays, des majorités ne croient plus qu’eux-mêmes ou leurs familles seront mieux lotis dans cinq ans, invoquant l’anxiété économique, l’IA, la désinformation et les conflits mondiaux.

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À en juger par l’artère principale de Davos, la mondialisation est bien vivante. Oui, les États-Unis se sont servis d’une église et d’un magasin pour mettre les États-Unis de l’avant (« America First »). Mais beaucoup plus de vitrines faisant la promotion du Brésil, de l’Indonésie, des Philippines et du Nigeria. L’Inde a réservé tout un hôtel sur la promenade, d’où des milliers de personnes partaient chaque jour pour se rendre au Centre des congrès, puis revenaient le soir après un repas ou un dernier verre.

S’agit-il d’un faux printemps, à l’image de la semaine clémente à Davos ? Ou du début de ce que Christine Lagarde a appelé le « plan B » et d’une économie mondiale plus diversifiée ?

Lors de la clôture du Forum économique mondial, la présidente de la Banque centrale européenne a déclaré qu’elle « n’était pas d’accord » avec le point de vue de Mark Carney sur une rupture mondiale, mais qu’elle voyait une diversification importante du commerce.

Selon les recherches du Forum économique mondial, près de la moitié de la croissance mondiale au cours des cinq prochaines années (de 2025 à 2030) provenait d’Asie, la Chine représentant 23 % et l’Inde 15 %, alors que les États-Unis 11 %. Au total, le G7 ne représentera que 18,5 % de la croissance. 

Même si on a l’impression d’entrer dans une nouvelle ère de diversification, il ne faut pas oublier l’attraction gravitationnelle des deux superpuissances économiques, qui, au cours de la dernière décennie (et même avant), ont absorbé une grande partie des capitaux et des échanges commerciaux mondiaux. Par exemple, environ 40 % des études publiées sur la recherche pharmaceutique proviennent aujourd’hui de la Chine, tandis que la part de l’Europe est passée de 20 % à 12 %. Devinez d’où proviendront la plupart des médicaments du monde dans les années 2030 ?

Avec autant de changements, qui dominera les futures zones commerciales mondiales ? Je suis revenu de Davos en me disant que trois forces contribueront à façonner la réponse :

1. Solidité du bilan. Nous sommes peut-être à la veille d’importants emprunts publics (et peut-être privés) destinés à financer tout ce qui est nécessaire à la diversification, des nouvelles chaînes d’approvisionnement aux infrastructures. Les États-Unis ont l’avantage de détenir la monnaie de réserve mondiale, mais plusieurs puissances moyennes, dont l’Allemagne et le Canada, peuvent emprunter beaucoup par elles-mêmes.

2. Intelligence artificielle. Elle est en train d’absorber une grande partie des capitaux privés du monde, et elle déterminera une bonne partie des résultats commerciaux puisqu’elle transforme la production (avec la robotique). Oui, les États-Unis et la Chine dominent, mais si l’IA devient accessible à tous, comme Internet, l’avantage ira à ceux qui auront le dynamisme d’alimenter les algorithmes d’apprentissage et l’esprit d’entreprise pour mettre les résultats en pratique. Les huit plus grandes sociétés technologiques des États-Unis disposent d’une valeur nette de 18 billions de dollars à exploiter, et d’une énergie nationale bien supérieure à celle de la Chine ou de l’Europe.

3. Situation démographique. C’est la tendance cachée, alors que l’Ouest (et l’Extrême-Orient) sont confrontés à des bouleversements démographiques. Même à l’ère de l’IA, le commerce repose encore sur les humains, qui fabriquent des choses, les expédient et les achètent. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050, date à laquelle elle représentera 25 % de la population mondiale en âge de travailler. 

Un conseil judicieux que j’ai entendu était que les entreprises devaient penser au pays, au fournisseur et à la devise, et avoir une option pour chacun. Une matrice ou des solutions de rechange si l’on veut. Ou ce que M. Carney a appelé « géométrie variable ». 

Ce sont les nouvelles règles.

– John Stackhouse

Le Sondage du T4 de la Banque du Canada montre que les entreprises canadiennes continuent d’être touchées négativement par les tensions commerciales, mais que certaines augmentent les exportations hors États-Unis.

  • Les résultats indiquent que 33 % des entreprises canadiennes sont fortement touchées par les politiques commerciales américaines. Une proportion faible mais croissante d’entreprises ont déclaré avoir enregistré une hausse de leurs ventes sur les marchés non américains. Malgré un ralentissement des ventes aux États-Unis, la plupart des exportateurs vers ce pays ne se sont pas tournés vers d’autres marchés, invoquant des obstacles tels que l’investissement dans de l’équipement spécialisé, le respect des exigences réglementaires et les coûts de transport.

  • Cela montre, bien que modestement, que les entreprises canadiennes sont prêtes à pénétrer d’autres marchés. Cependant, les pressions économiques immédiates freinent considérablement les efforts en matière d’embauche, d’investissement et de diversification.

Le Canada établit un nouveau partenariat avec le Qatar pour coopérer dans les secteurs du commerce, des investissements et de la défense

  • Le Canada et le Qatar ont convenu de conclure les négociations de l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) et ont signé un protocole d’entente en vue de mettre en place un comité économique mixte, d’élargir les services aériens et d’accroître leur collaboration dans le domaine de la défense (incluant davantage d’exportations du secteur de la défense du Canada).  

  • Il s’agit de la dernière victoire en date dans les efforts de diversification déployés par le gouvernement canadien, après l’accord conclu la semaine dernière avec la Chine. La valeur du commerce des marchandises entre le Canada et le Qatar était de 325 millions de dollars en 2024; une forte croissance est donc possible.

Les législateurs européens reportent l’accord commercial avec le Mercosur à cause de préoccupations juridiques

  • La ratification par l’UE de cet accord, fruit de plusieurs décennies de négociations avec les économies sud-américaines, a été reportée par les législateurs, qui ont demandé l’avis de la Cour de justice européenne.

  • Il s’agit du dernier obstacle dans un processus qui s’éternise, à la suite de pressions exercées par les agriculteurs européens, et qui pourrait retarder l’accord commercial de deux années supplémentaires. Compte tenu de la « situation géopolitique » actuelle, le chancelier allemand Frédéric Merz a cependant invité la Commission européenne à appliquer provisoirement l’accord, qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde, touchant plus de 700 millions de personnes et représentant environ 20 % du PIB mondial.

 La première commande de canola canadien par la Chine depuis des mois fait suite à une mission commerciale

  • La visite du premier ministre Mark Carney à Pékin a conduit un importateur chinois à acheter 60 000 tonnes métriques de canola canadien, la première commande de ce type depuis que la Chine a suspendu ses importations en octobre. Cette décision intervient alors que la Chine devrait réduire les droits de douane sur le canola canadien à 15 %. Le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, a encouragé cette semaine les investissements chinois dans le secteur agroalimentaire canadien, soulignant le potentiel de collaboration dans le domaine de la transformation et de la recherche à valeur ajoutée au niveau national.

  • La Saskatchewan, province canadienne qui produit le plus de canola et qui affiche la plus forte croissance annuelle du commerce de gros, est particulièrement bien placée pour tirer profit de cette situation. Le premier ministre Scott Moe (qui participait au voyage) a souligné les bienfaits de cette avancée pour sa province et pour le secteur agricole canadien en général.   

Thomas Ashcroft

Le Canada prévoit d’autoriser l’entrée de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine à des droits de douane bien inférieurs en échange d’un assouplissement des redevances sur les produits agricoles canadiens. Voici ce que vous devez savoir à propos de l’entente et de ses conséquences :

  • Environ la moitié des véhicules importés de Chine coûteront moins de 35 000 $ d’ici 2030. Le prix d’achat moyen d’un véhicule électrique au Canada en 2024-2025 était d’environ 67 000 $.

  • Les ventes de véhicules électriques au Canada devraient rester globalement stables en 2026, après avoir chuté de 30 % l’année dernière. Pour évaluer les importations chinoises, 49 000 unités représenteraient un quart du marché annuel des véhicules électriques au Canada. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, craint que cela n’ait un impact sur les ventes et les emplois des fabricants existants.

  • La stratégie européenne pourrait servir de feuille de route alternative pour le Canada dans le secteur automobile : le continent a collaboré avec les constructeurs automobiles chinois afin d’uniformiser les règles du jeu et a fixé des droits de douane ciblés visant à compenser l’impact des subventions. Malgré cela, les marques chinoises ont conquis 10 à 15 % du segment des véhicules électriques en Europe.

  • Le dégel entre le Canada et la Chine devance l’importante renégociation de l’ACEUM, qui pourrait perturber les 80 % d’exportations canadiennes qui entrent sur le marché américain sans droits de douane. Cette situation pourrait-elle compliquer davantage les négociations entre le Canada et les États-Unis ?

Farhad Panahov

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Les États-Unis adorent le pétrole lourd. Le mélange est essentiel pour le diésel, le carburéacteur et les produits pétrochimiques, et le Canada est, de loin son plus important fournisseur étranger. Toutefois, un plan américain pour influer sur le pétrole vénézuélien et le relancer a fait craindre que le Canada – dont plusieurs industries nationales sont déjà sous pression américaine – ne commence à perdre des parts de marché au profit du brut lourd vénézuélien d’ici quelques années. Il pourrait s’agir d’une pression exercée par Washington sur la ressource la plus prisée au Canada.

Le pétrole canadien a supplanté ses rivaux, notamment le Vénézuéla et l’OPEP, sur le marché américain au cours des trois dernières décennies

Les tendances des importations de brut aux États-Unis illustrent un net écart structurel entre le Canada et le Vénézuéla. Il en résulte une réorientation fondamentale de la dépendance des États-Unis à l’égard des approvisionnements du Canada, ce qui est le fruit de la fiabilité, des infrastructures et des dépenses en capital à long terme.

Toutefois, le pétrole canadien ne se limite pas à la région du Golfe (PADD 3). Il s’agit aussi d’un acteur stratégique et essentiel du complexe de raffineries du Midwest américain (PADD 2)

Le brut vénézuélien dominait autrefois les volumes d’importation de la côte du Golfe, mais son effondrement a créé un marché qui n’a été comblé que partiellement par les barils canadiens. La côte du Golfe est considérée comme un front majeur, mais seulement 10 % du total des importations du Canada sont dirigées vers la région connue sous le nom de PADD 3. La plus grande croissance du brut canadien a eu lieu dans la région des raffineries du Midwest (connue sous le nom de PADD 2) qui représente 69 % de la croissance totale des exportations canadiennes vers les États-Unis au cours des trente dernières années.

es raffineries américaines sont conçues pour les sables bitumineux et autres pétroles lourds : la codépendance avec le Canada sera difficile à rompre

La croissance de la capacité de raffinage aux États-Unis a été concentrée dans les PADD 3 et 2, renforçant ainsi l’orientation du système vers des unités de raffinage complexes et de grande envergure. La domination de la côte du Golfe est le fruit de décennies d’investissements destinés à traiter des bruts disponibles plus lourds et plus diversifiés, ce qui en fait à la fois un centre de raffinage national et une plaque tournante de l’approvisionnement à l’échelle mondiale.

Les États-Unis et le Canada sont prêts à profiter du boom des matières plastiques – Les raffineries américaines ont dépensé des milliards pour soutenir leur secteur pétrochimique dépendant du pétrole lourd

La capacité de cokéfaction reste un élément déterminant de la capacité du système américain à traiter le brut lourd, la majorité des investissements étant concentrée le long de la côte du Golfe. L’expansion constante des unités de cokéfaction au fil du temps montre comment les raffineurs ont structurellement adapté leurs actifs à des barils de pétrole plus lourd, renforçant ainsi leurs relations d’approvisionnement qui favorisent le brut canadien.

Le Canada assure la sécurité pétrolière des États-Unis, tandis que les raffineries américaines servent de porte d’entrée du pétrole canadien pour atteindre les marchés mondiaux

Le système énergétique américain est de plus en plus axé sur les exportations, les produits pétroliers représentant la majorité des volumes sortants au fil du temps. Cela souligne le rôle de la côte du Golfe non seulement en tant que centre de raffinage, mais aussi en tant que plateforme pétrochimique et d’exportation essentielle.Pour le Canada, cela renforce l’importance de l’accès au marché, du mélange, du raffinage et des voies de réexportation dans un paysage commercial mondial en pleine évolution.

Toutefois, les investissements pétroliers américains au Canada ont connu une décennie de fuite des capitaux

Malgré toute l’intégration transfrontalière, les investissements américains dans le secteur canadien des ressources (mines, pétrole et gaz) ont chuté de plus de la moitié par rapport au sommet de 39,1 G USD de 2011. Entre-temps, les investissements des États-Unis dans les autres pays de l’hémisphère américain ont connu une croissance constante, passant de 16 G USD en 2000 à 64 G USD en 2024, même sans le Vénézuéla.

La concurrence entre les États-Unis et l’hémisphère occidental pour attirer les investissements s’intensifie. Le Canada devra s’assurer de la présence de capitaux américains pour conserver sa position dominante sur le marché américain.