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À la COP28 de 2023, 25 pays ont déclaré leur intention de tripler leur capacité nucléaire d’ici 2050, ouvrant la voie à une nouvelle course au déploiement de l’énergie nucléaire. Plusieurs changements structurels ont accéléré cet élan, encouragés par l’avantage concurrentiel du nucléaire pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe, et par l’importance cruciale de la sécurité énergétique dans un ordre géopolitique en mutation.

Où en est le Canada dans un monde qui revient à l’énergie nucléaire ?

Le Canada a une occasion à saisir, mais il devra agir vite s’il veut en profiter. Ses principaux atouts comptent son statut de pionnier dans la construction d’un petit réacteur modulaire (PRM) raccordé au réseau, à l’est de Toronto, et ses 80 années d’expérience en tant que puissance nucléaire civile de premier ordre.

Le PRM de Darlington, dont la mise en service est attendue d’ici 2030, constitue la première construction de réacteur canadien depuis une trentaine d’années, avec une capacité potentielle de 300 000 foyers desservis. Ce projet témoigne surtout de l’excellence de l’Ontario en matière d’exploitation nucléaire et de chaîne d’approvisionnement, et ouvre la voie à la province pour mettre son expertise au service des réseaux qui relient la Saskatchewan et la Pologne en passant par le Tennessee.

Cependant, les rivaux du Canada sont aussi dans la course. Le programme pilote de réacteurs nucléaires de l’administration Trump a pour objectif qu’au moins trois réacteurs d’essais nucléaires de pointe passent à un stade avancé d’ici l’été 2026. Le programme de PRM de la Chine progresse également, comme en témoigne le réacteur chinois ACP100 de démonstration qui a franchi de nouveaux jalons de construction en 2025.

Légende de la photo – Vivan Sorab, de Leadership avisé RBC, anime une table ronde sur le rôle des PRM dans le triplement de la capacité nucléaire mondiale lors du forum 2025 de l’Association nucléaire canadienne consacré aux petits réacteurs modulaires, à Edmonton.

Le succès du Canada dépendra de la capacité du pays à dynamiser son secteur nucléaire afin de fournir de nouvelles capacités à des fins électriques et non électriques, et à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire pour faire fonctionner les centrales nucléaires de demain.

Ce dont le Canada a besoin pour réussir :

Fonder l’approvisionnement en combustible nucléaire sur l’uranium canadien. La baisse potentielle de l’approvisionnement secondaire en uranium et l’émergence des PRM dans les années 2030 et 2040 entraîneront un remaniement des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire, et nous assisterons à une augmentation des besoins de concentration, de conversion et d’enrichissement de l’uranium et de la demande de services liés à la production de combustible. Les gisements d’uranium du Canada, reconnus à l’échelle mondiale, ainsi que le savoir-faire canadien en matière de conversion et d’enrichissement de l’uranium sont des atouts qui pourraient favoriser l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement de combustible nucléaire nord-américaine – et mondiale.

Collaborer avec les États-Unis pour assurer la sécurité énergétique nucléaire du continent. Les décennies d’expérience opérationnelle des États-Unis dans le secteur des réacteurs à eau bouillante (REB) seront précieuses pour le Canada au moment de construire son premier PRM sur le site du nouveau projet nucléaire de Darlington, sur la base d’un modèle REB. Le savoir-faire du Canada, en tant que pionnier dans la construction et le déploiement de PRM, jouera un rôle essentiel dans la réussite des projets de PRM similaires aux États-Unis, du début de leur construction à leur mise en service.

Rehausser la confiance des investisseurs Les risques liés à la construction ont entravé la participation du secteur privé au financement de nouveaux réacteurs nucléaires. Pour renforcer la confiance des investisseurs à l’égard des PRM, le succès de l’Ontario devra se traduire par la construction de nouveaux réacteurs. Cela dit, le soutien du gouvernement demeurera un facteur important, en particulier dans les territoires plus petits.

Promouvoir la mobilisation des Autochtones et l’équité. Le dialogue avec les communautés autochtones est essentiel pour assurer le succès des nouveaux projets nucléaires. L’effort comprend notamment la sensibilisation à la technologie, en particulier dans les collectivités où l’énergie nucléaire n’a jamais été développée auparavant, afin d’obtenir l’adhésion des collectivités et leur participation aux projets par l’entremise de la création d’emplois et de programmes de formation et de prise de participation.   

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Alors que le monde subit les droits de douane, une nouvelle redevance plane sur les frontières internationales : des droits de douane carbone sur les importations.

L’UE a lancé son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) en 2023 ; le gouvernement de Mark Carney envisage des ajustements carbone à la frontière pour uniformiser les règles du jeu entre l’industrie énergétique et lourde du pays et la concurrence étrangère ; et aux États-Unis, une poignée de projets de loi aux niveaux fédéral et étatique proposent d’imposer des frais sur les importations assujetties à des exigences de conformité aux politiques climatiques moins strictes.

Le concept de droits carbone aux frontières est simple : il s’agit de s’assurer que les fabricants, disons de Montréal ou de Berlin, qui dépensent de l’argent et font des efforts pour adhérer aux politiques carbone contraignantes de leur pays ne sont pas désavantagés par rapport à leurs concurrents qui profitent de politiques climatiques plus accommodantes dans leur territoire. Combinés, une politique carbone nationale et des droits carbone à la frontière constituent un double coup qui force les concurrents étrangers à rehausser leurs normes environnementales, et fait en sorte que les industries canadiennes ne sont pas indûment pénalisées par la mise en œuvre de stratégies de décarbonation. On peut ainsi imaginer Ottawa imposer une taxe sur l’acier chinois produit au charbon pour veiller à ce qu’il ne soit pas injustement avantagé par rapport à l’acier canadien, fabriqué au moyen de fours électriques à faible intensité de carbone, mais à forte intensité de capital.

Des droits carbone à la frontière serait certes un prolongement naturel de la politique carbone canadienne dans le secteur industriel, mais leur mise en œuvre est compliquée. Tout d’abord, cela risque d’envenimer la relation déjà tendue entre Ottawa et l’administration Trump, qui s’est attaquée aux politiques climatiques.

La politique carbone canadienne évolue elle aussi. Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a aboli la redevance sur les combustibles, connue sous le nom de taxe sur le carbone. Peu de temps après, la Colombie-Britannique lui a emboîté le pas, elle qui disposait de l’un des systèmes de tarification des émissions les plus anciens et les plus stables au monde. Au cours de la dernière année, les décideurs canadiens ont vacillé au sujet de la tarification carbone dans le secteur industriel : le Québec et la Colombie-Britannique se sont engagés à maintenir la tarification carbone, tandis que l’Alberta a gelé la sienne à 95 $/t d’éq. CO2 plus tôt cette année et que la Saskatchewan a supprimé son système de tarification carbone dans le secteur industriel.

La politique carbone canadienne dans le secteur industriel a connu un succès inégal jusqu’à présent : elle a contribué au financement de projets d’énergie renouvelable, mais a eu peu d’incidence directe sur la réduction des émissions. Alors que le gouvernement fédéral et certaines autorités provinciales cherchent à revoir leur stratégie de tarification du carbone dans le secteur industriel, ils devront également tenir compte de l’évolution des tendances des échanges commerciaux, des priorités économiques mondiales et de la compétitivité des industries canadiennes.

Le Canada fait partie des quelque 40 pays qui ont mis en place une version de la tarification carbone, qui vise 28 % des émissions mondiales.1 Plusieurs d’entre eux étudient actuellement ou font progresser des systèmes nationaux de tarification carbone en réponse au MACF de l’Union européenne :

  • Des pays émergents, tels que l’Inde, la Turquie et le Brésil adoptent des mécanismes nationaux de tarification carbone pour s’assurer que leurs exportations sont conformes aux règles de l’UE.

  • Le Royaume-Uni est en train de lier son marché du carbone à celui de l’UE afin d’uniformiser sa politique climatique en collaboration avec l’espace économique.

  • La Chine a récemment élargi l’application de sa tarification carbone afin d’inclure les émissions provenant des secteurs du ciment, de l’acier et de l’aluminium.

  • Dans le cadre de son plan de transformation verte (GX), le Japon regroupera ses systèmes de tarification carbone en un seul marché à compter du début de 2026.

La tarification carbone n’est toutefois pas encore uniforme. Les systèmes d’échange de droits d’émission, qui sont les systèmes de tarification carbone les plus courants, reposent sur les signaux du marché pour déterminer la voie à suivre pour réduire les émissions. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, divers territoires évaluent leurs profils d’émission sectoriels, leur potentiel de réduction des émissions et les coûts, ce qui entraîne d’importantes divergences dans la tarification carbone.

Des écarts importants subsistent dans la tarification du carbone à l'échelle mondiale

The U.S.’s Border Carbon Policy Proposals

La Foreign Pollution Fee Act est en voie d’être adoptée par le Sénat américain. Cette politique vise à imposer des droits de douane élevés sur les importations à forte intensité de carbone, principalement de la Chine et de la Russie. Le Canada pourrait aussi cependant y être soumis et se voir imposer des droits de douane de 17 % à 33 % sur ses exportations industrielles vers les États-Unis.2

Les décideurs américains cherchent également à protéger leurs industries intérieures au moyen d’une série d’autres propositions de politiques carbone. Par exemple :

  • La FAIR Transition and Competition Act visait à s’assurer que les entreprises américaines ne se font pas couper l’herbe sous le pied par des importateurs non réglementés en imposant un ajustement carbone à la frontière sur les importations à forte intensité de carbone.

  • La U.S. Clean Competition Act imposerait une taxe carbone de 55 $ US par tonne aux producteurs américains et les protégerait contre les importations grâce à des ajustements à la frontière.

  • La PROVE IT Act, si elle est adoptée, facilitera la collecte de données sur l’intensité des émissions des industries énergivores auprès des principaux partenaires commerciaux, afin d’assurer la transparence mondiale sur les émissions de carbone. Elle était considérée comme un précurseur de la Foreign Pollution Fee Act.

Cette dernière, proposée de nouveau le 8 avril 2025 par les sénateurs républicains Bill Cassidy et Lindsey Graham, semble la plus détaillée. La structure permet d’éviter la taxe nationale sur le carbone, et crée une relation linéaire entre la redevance imposée aux importateurs et l’écart d’intensité de leurs émissions. Il est peu probable que le projet de loi soit adopté, mais il est considéré comme une autre forme de protectionnisme déguisé en politiques de lutte contre les changements climatiques.

Les différentes nuances des systèmes de tarification du carbone à l'échelle mondiale.

L’Alberta et le Québec ont donné le coup d’envoi à la tarification carbone au Canada en 2007, en utilisant deux modes d’imposition des redevances sur le carbone à leurs grands émetteurs industriels. Aujourd’hui, au Canada, divers systèmes de tarification carbone fédéral et provinciaux s’appliquent à divers secteurs, dont l’énergie, l’industrie, l’exploitation minière et l’extraction, et visent près de la moitié des émissions totales du pays.

À quelques exceptions près, le système d’échange de droits d’émission est le mécanisme de tarification carbone que le Canada privilégie. Son fonctionnement repose sur l’établissement de plafonds d’émission pour les entreprises, selon des références de rendement des émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises qui émettent des émissions supérieures aux références achètent des permis d’autres entreprises dont les émissions sont inférieures au niveau prescrit. La politique vise à encourager les investissements dans les technologies à faibles émissions de carbone, qui augmenteraient l’avantage concurrentiel du Canada.

Le système a encouragé des flux de capitaux vers des projets durables : des projets de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), d’énergie éolienne, d’énergie solaire et de bioénergie d’une valeur de plus de 80 milliards de dollars étaient en voie de démarrage ou à l’étude et sur le point de tirer profit des revenus tirés des crédits de carbone, selon l’Inventaire des grands projets en 2024.3 De même, Emissions Reduction Alberta, mise sur pied grâce à la tarification carbone industrielle de la province, a contribué à la mise en œuvre de plus de 300 projets de technologies propres, évalués à plus de 10 milliards de dollars.4

Lorsque l’on établit des références de rendement, la tarification carbone ne vise pas toutes les émissions, car seules celles qui dépassent les plafonds d’émissions sont prises en compte. Selon la dernière estimation de L’Institut climatique du Canada, le coût moyen au pays, après ajustement en fonction des plafonds d’émissions, s’est établi à 10 $ la tonne d’équivalent dioxyde de carbone (t d’éq. CO2) en 2024, soit une fraction du prix global du carbone de 80 $.5 Cela contribue à limiter les fuites carbone (c.-à-d., les fabricants qui se déplacent vers des territoires où la conformité est moins stricte).

Incidence sur la réduction des émissions

La tarification carbone réduit les émissions, tout en n’ayant qu’un impact limité, voire nul, sur l’économie, selon plusieurs études. La réduction des émissions demeure toutefois relativement modeste ; jusqu’à 2 % par an en moyenne au sein de divers pays qui appliquent la tarification carbone, y compris le Canada.6 Pour que le Canada atteigne ses objectifs climatiques d’ici 2030, les émissions devront diminuer de 6 % chaque année, comme le prévoit son engagement à l’égard des Nations Unies à atteindre la contribution déterminée au niveau national (CDN).

L’impact sur les émissions a été modéré au cours des deux dernières décennies pour une raison : les prix du carbone ont été maintenus bas, car la plupart des technologies propres en sont à leurs balbutiements, donc à un stade précoce de leur adoption et à des coûts élevés. Cela change lentement, car l’énergie solaire et l’énergie éolienne deviennent concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles, et les véhicules électriques devraient atteindre le même prix que les voitures classiques à essence : les VE sont moins chers que les véhicules à essence en Chine par exemple. Les capacités de capture du carbone ont doublé à l’échelle mondiale au cours des dix dernières années.

Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale.

Dans l’ensemble, près du cinquième des importations et exportations canadiennes est lié à des territoires exempts de tarification carbone. Aux États-Unis, où la politique varie d’un État à l’autre, le prix moyen du carbone s’établit à seulement 6 $ US la tonne, après ajustement des échanges commerciaux entre les deux pays au niveau étatique.

Voici ce que le Canada devrait surveiller pour maintenir sa compétitivité mondiale dans un contexte de fragmentation des politiques commerciales et climatiques :

  • Diversification des partenaires commerciaux : La tâche ne sera pas aisée, car 75 % des biens sont destinés aux États-Unis. Toutefois, près d’un tiers des catégories d’exportations canadiennes sont plus diversifiés ; même les exportations de pétrole et de gaz trouvent de nouveaux clients en Asie depuis l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et la mise sur pied de LNG Canada. En dehors des États-Unis, le gain de popularité mondiale des produits conformes aux normes climatiques pourrait donner une longueur d’avance au Canada. Par exemple, l’évolution de la politique de tarification carbone au Japon favorise des sources de combustibles plus propres.

  • Favorisation d’une politique prévisible : L’accès au capital a été le principal défi à relever par les entreprises dans le cadre de leurs objectifs de réduction des émissions, comme nous l’avons mentionné dans notre rapport Action climatique 2025. Les investissements à grande échelle dans le développement de technologies à faibles émissions de carbone nécessitent des signaux forts et stables pour que le risque soit réduit et que les capitaux puissent affluer. La certitude politique pourrait faciliter les apports de capitaux au Canada.

  • Rationalisation des systèmes provinciaux : Réduire les obstacles et les inefficiences pourrait contribuer à atténuer le risque des investissements. Les entreprises qui mènent des activités dans plusieurs territoires sont confrontées à diverses règles, à des niveaux de prix variables et ont peu ou pas de possibilité de transférer des crédits entre leurs installations. Nous avons déjà mentionné que l’harmonisation des marchés fragmentés pourrait offrir un potentiel d’essor économique considérable. L’élimination des barrières commerciales interprovinciales pourrait améliorer l’accès aux marchés et la liquidité.

  • Méfiez-vous de la susceptibilité des États-Unis : Concilier les différences de la politique carbone avec celle des États-Unis – où moins d’un dixième des émissions totales sont tarifées et à un taux beaucoup plus faible – sera éventuellement nécessaire. Étant donné que 80 % de la production canadienne de pétrole, 90 % de l’aluminium, environ la moitié de l’acier et un tiers du ciment sont expédiés aux États-Unis, Ottawa doit garder à l’esprit la façon dont les États-Unis réagissent aux modifications de nos politiques. Pour certains secteurs, comme celui des sables bitumineux, la conformité aux obligations d’émissions coûte environ 1 $ par baril, et moins de 0,50 $ si la compensation carbone est utilisée. Cela limite les préoccupations au chapitre de la compétitivité. Toutefois, d’autres secteurs déjà assujettis à des droits de douane et à des marges bénéficiaires beaucoup plus minces pourraient avoir besoin de plus de soutien.

  • Irritants commerciaux avec les É.-U. à double tranchant : Élargir l’application de la tarification carbone aux importations par l’intermédiaire d’ajustements carbone à la frontière revient effectivement à imposer des droits de douane. Le Canada étant déjà en porte-à-faux avec son plus grand partenaire commercial, toute tentative visant à uniformiser les règles du jeu avec les entreprises américaines pourrait être perçue comme une intensification des tensions commerciales.

  • Réduction de la complexité administrative : De la déclaration à la vérification, les ajustements carbone à la frontière s’avèrent une tâche administrative ardue, d’autant plus que les prix, la couverture et les références varient d’une province à l’autre. C’est une raison de plus de poursuivre l’harmonisation, comme nous l’avons mentionné auparavant. L’UE a exclu les PME et les importateurs individuels du MACF pour éviter la complexité réglementaire et réduire leurs coûts. Le Canada devrait aussi viser des règles simples.

  • Attention aux conséquences imprévues : Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux représentent seulement 5 % du PIB du Canada. Cependant, les biens qu’ils produisent sont acheminés vers tout un éventail de secteurs en aval. Concrètement, les ajustements carbone à la frontière pourraient avoir un effet domino sur les chaînes logistiques. Par exemple, la hausse du coût des importations d’acier pourrait à la fois protéger la production nationale, mais faire grimper le coût des constructeurs automobiles et des entreprises de construction, entre autres, selon les estimations de la Banque du Canada.7

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Principales conclusions

  • Le gaz joue un rôle décisif dans nos meilleurs et pires scénarios concernant les systèmes énergétiques mondiaux. Il représentera un carburant de transition essentiel dans la « décarbonisation du monde » puis connaîtra une régression à la fin des années 2030 ; dans notre pire scénario, celui que nous dénommons le « monde dystopique », il procure une sécurité énergétique.

  • Le gaz peut assurer la sécurité énergétique des pays du G7+, quoiqu’avec des efforts. Pour les consommateurs des pays du G7+, il peut réduire la dépendance à l’égard de la Russie dans l’immédiat et éviter les cycles d’essor et de contraction de l’économie. Dans le long terme, il ouvre de nouveaux marchés prometteurs pour les producteurs des pays du G7+. Cette marchandise est toutefois problématique sur le plan géopolitique : elle est hors de prix dans certaines régions comme l’Asie. On la juge également trop riche en carbone. Le G7+ peut aider à surmonter ces obstacles.

  • Le gaz peut contribuer à lutter contre le changement climatique, bien qu’il puisse aussi en aggraver la situation. On remet en question l’atteinte de zéro émission nette avant les années 2060. Le G7+ peut toutefois promouvoir des politiques et des technologies qui catalysent la capture de carbone, accélèrent la réduction de l’intensité de méthane et encouragent le développement de solutions de rechange à faible émission de carbone (p. ex., l’ammoniac et l’hydrogène). L’augmentation de la température mondiale à environ 1,7 à 1,8 °C s’en trouverait limitée par rapport aux niveaux préindustriels.

  • Le G7+ pourrait devenir le producteur de gaz naturel liquide (GNL) le plus influent. D’ici 2040, grâce à leurs exportations de GNL, les États-Unis, le Canada et l’Australie pourraient alimenter les pays du G7+ et desservir les marchés émergents asiatiques, comme nous le présentons dans notre scénario de « monde démocratique ». Voilà l’occasion pour le G7+ d’étendre son influence géopolitique et de renforcer ses liens avec les marchés émergents.

  • Il se peut que la capacité mondiale d’exportation de GNL doive augmenter de près de 50 % d’ici 2040. La capacité d’exportation et l’offre en chantier ne suffisent pas à répondre aux besoins et aux aspirations d’une population mondiale en accroissement et d’une économie mondiale qui, selon notre scénario de « monde divisé », progressera de 42 %.

  • Le pacte du G7+ contribue à assurer le financement des projets liés au GNL. Il pourrait faciliter le financement auprès d’un éventail d’institutions financières, y compris des banques multilatérales de développement et des organismes nationaux de crédit à l’exportation qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de peur de « bloquer » des émissions.

  • Rien qu’en Amérique du Nord, l’exportation de gaz nécessiterait des investissements de 1 200 milliards de dollars américains. La construction des infrastructures gazières sur le continent exigerait probablement environ 1 200 milliards de dollars américains au cours des 15 prochaines années. Les collectivités et les sociétés auraient cependant besoin de politiques de soutien et de cadres clairs.

Bienvenue dans les années 2040.

Pendant la décennie qui précédera 2050, notre monde sera très différent d’aujourd’hui, tout comme nos besoins en énergie.

La planète accueillera au moins un milliard de personnes de plus, faisant grimper la population à plus de neuf milliards. Si la tendance des dernières décennies se maintient, la production économique mondiale augmentera de l’équivalent d’une autre économie américaine en Asie et dans la partie sud de la planète, et fera croître la demande énergétique de manière correspondante. Ajoutons à cela un élément complètement inédit : l’intelligence artificielle à grande échelle et les besoins informatiques en découlant, qui, pour l’instant, nous semblent incalculables. Selon une estimation, 4 000 térawattheures de plus d’électricité seront nécessaires pour faire fonctionner cette économie émergente axée sur les centres de données – l’équivalent de 15 % de la production mondiale d’électricité actuelle1.

Bien qu’un autre changement majeur dans la demande d’énergie puisse nécessiter une multiplication de chacune des sources d’énergie pratiques et abordables, les attentes reposent majoritairement sur le gaz naturel. Cette ressource, pour laquelle l’offre a déjà grimpé de 70 % depuis le début du 21e siècle, est susceptible de dépasser le pétrole pour devenir la forme d’énergie la plus répandue au monde2. L’avènement du gaz naturel liquéfié et des superpétroliers transportant le GNL refroidi à de très basses températures d’un océan à l’autre a transformé encore davantage les perspectives du gaz. En un peu plus de dix ans, les États-Unis sont passés de l’un des importateurs de gaz les plus importants au monde au plus grand exportateur de GNL à l’échelle planétaire.

Le gaz naturel pourrait être aussi essentiel au 21e siècle que le pétrole l’était pour le 20e siècle, mais cela signifie faire des choix stratégiques qui interpellent déjà le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’utilisation stratégique du gaz par cette dernière dans le but d’affaiblir l’Europe, n’est que l’un des indicateurs du risque pour la sécurité énergétique qu’a entraînés la croissance rapide de la dépendance au gaz naturel. Les pays de partout dans le monde connaissant une croissance et une urbanisation rapides ont constaté que leur dépendance au gaz importé comportait des risques supplémentaires. L’ambition grandissante de l’Occident de rapatrier la fabrication et de se remilitariser pourrait aussi nécessiter une plus grande quantité de gaz naturel comme source d’énergie concentrée à la fois fiable et abordable.

Pour répondre à ces défis, peu d’organismes sont mieux placés que le G7, le groupe de démocraties libérales de premier plan composé des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon se réunissant du 15 au 17 juin à Kananaskis, en Alberta. La sécurité énergétique occupait une place de choix dans le programme de ce sommet.

Le G7 a été mis sur pied il y a 50 ans, au milieu des années 1970, en réponse à des perturbations similaires de l’économie mondiale causées par un choc pétrolier et les conflits en découlant. À l’heure actuelle, l’alliance est confrontée à de nouveaux défis, particulièrement du côté de la Chine et de la Russie, et pourrait découvrir des occasions de se réaffirmer en adoptant une approche démocratique et décarbonisée en matière de gaz naturel en vue de se préparer à un monde qui évolue rapidement.

À condition d’être bien géré, le G7+, un groupe composé des pays du G7 et de leurs principaux alliés, dont l’Australie et la Corée du Sud, peut créer des alliances plus fortes avec des marchés émergents, principalement en Asie, stabiliser les prix de l’énergie et renforcer la croissance mondiale à long terme. Il pourrait même créer un pont vers une réduction des émissions énergétiques en supplantant le charbon. Avec des consommateurs à sa tête de 107 millions de tonnes par an (Union européenne) et de 64 millions de tonnes par an (Japon), le G7+ utilise 227 millions de tonnes de GNL par an, ce qui représente 51 % de la demande mondiale. Ce chiffre excède les 179 millions de tonnes par an actuellement produites par les États-Unis et l’Australie.

D’ici 2040, la balance commerciale de gaz du G7+ pourrait s’inverser : l’offre excèderait ainsi de loin la demande de ses membres et de ses alliés (de près de 150 millions de tonnes par an), forçant ainsi l’alliance occidentale à obtenir de nouveaux marchés. La Chine devrait être de loin le plus important acheteur de GNL en 2040 (163 millions de tonnes par an comparativement à 79 millions de tonnes par an en 2024, selon le scénario de base de Rystad Energy). Cependant, les frictions commerciales avec l’Amérique du Nord pourraient faire en sorte qu’elle diversifie ses importations de GNL pour s’éloigner des sources américaines.

Pour le G7, il sera essentiel d’obtenir le concours d’autres alliés pour assurer un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. L’Inde est souvent considérée comme une perspective prometteuse à long terme pour les exportations des pays du G7+, puisque sa demande devrait atteindre 63 millions de tonnes par an. Toutefois, d’autres marchés asiatiques émergents, p. ex., le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie, joueront eux aussi un rôle essentiel, puisqu’ils devraient consommer, au total, 219 millions de tonnes par an d’ici 2040. Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Avec tous ces facteurs en jeu, le monde aura presque certainement besoin de plus de gaz en 2040 ; la question est de savoir dans quelle mesure.

Afin de tracer les trajectoires potentielles, Leadership avisé RBC et Rystad Energy, établie à Oslo, ont élaboré une nouvelle méthodologie de recherche permettant de fournir un aperçu des scénarios plausibles pour les années 2040, en prenant en compte que la condition de notre monde au milieu du siècle reposera sur l’évolution de la croissance. Chacun de ces scénarios a été façonné en fonction des alignements géopolitiques, des ambitions en matière de politique climatique et de la dynamique des marchés. Nous avons ensuite collaboré avec divers experts en politique afin d’évaluer les risques de chaque scénario et d’élaborer des options politiques plus vastes.

Les résultats suggérés par chaque scénario varient profondément. Notre éventail de trajectoires démontre que les exportations totales de gaz naturel à l’échelle mondiale pourraient passer de 411 millions de tonnes par an en 2024 à pas moins de 737 millions de tonnes par an d’ici 2050 – ou bien reculer jusqu’à 366 millions de tonnes par an. L’écart net de 371 millions de tonnes par an est presque équivalent aux exportations actuelles de GNL.

La différence réside dans le fait que le monde pourrait au non développer des marchés plus structurés pour le gaz naturel, trouver des moyens de mettre en relation des marchés à forte croissance avec des fournisseurs fiables (et démocratiques), et investir dans des technologies permettant de réduire les émissions. Les attributs environnementaux de cette future offre de gaz, y compris l’ampleur de la transition visant à capturer le carbone et les combustibles de rechange à faibles émissions de carbone comme l’hydrogène et l’ammoniac, auront une incidence majeure sur l’orientation du changement climatique, puisque les émissions de méthane provenant du gaz naturel sont largement considérées comme étant plus dangereuses pour le réchauffement climatique que le carbone, bien qu’elles soient également plus faciles à contenir.

Ayant connu les chocs de prix qui ont suivi la crise de l’énergie dans l’ouest des États-Unis en 2000 et 2001, la hausse de prix du GNL au Japon après l’accident nucléaire de Fukushima, et les récents chocs simultanés de la COVID-19 et de l’utilisation stratégique par la Russie des exportations de gaz aux fins de la guerre qu’elle mène en Ukraine, les nations du G7+ souhaitent assurer leur approvisionnement à long terme en gaz naturel fiable et abordable. Une approche coordonnée du G7+ peut stabiliser les marchés au moyen d’un alignement cohérent des politiques et d’investissements conjoints dans les infrastructures.

Des marchés de gaz naturel démocratiques et fondés sur des règles peuvent garantir des normes environnementales dans l’ensemble de la chaîne logistique, en plus de contribuer à la croissance économique au moyen d’une décarbonisation industrielle, y compris sous forme d’investissements dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), de combustibles à faibles émissions de carbone pour le chauffage industriel et le transport lourd, et d’un plan d’action coordonné d’élimination de gaz à la torche et d’atténuation des émissions fugitives de méthane.

Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Par conséquent, les marchés asiatiques émergents, notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie seront essentiels pour le G7+ puisqu’ils devraient avoir une consommation combinée de 219 millions de tonnes par an d’ici 2040, particulièrement dans leur transition accélérée du charbon au gaz naturel.

Pour réussir tout cela, un accord du G7 sur le gaz naturel pourrait devoir jeter les bases d’une infrastructure de gaz naturel robuste et sécuritaire en phase avec les besoins des producteurs et des consommateurs en vue d’assurer la stabilité des prix, l’abordabilité et la fiabilité de la source d’énergie, et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une telle entente pourrait couvrir les besoins d’un contexte de gaz naturel à croissance rapide en vue de développer des marchés et des outils financiers plus sophistiqués, de résoudre l’insuffisance d’infrastructures et de coordonner les plans d’investissement nationaux, et de travailler conjointement afin de veiller à ce que les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine affichant une croissance rapide aient accès à l’approvisionnement du G7+, non seulement à des fins de croissance économique, mais également de stabilité géopolitique. Le G7 et ses principaux alliés doivent toutefois reconnaître les risques de certaines trajectoires divergentes si une approche coordonnée n’est pas adoptée. Notre modélisation présente quatre résultats possibles.

En coulisse – Notre méthode de recherche

La recherche et la méthodologie qui sous-tendent ce document sont uniques pour trois grandes raisons :

La recherche a combiné la modélisation quantitative à des entretiens qualitatifs et à des tables rondes, notamment avec de hauts dirigeants des gouvernements fédéral et provinciaux du Canada, des acteurs du secteur privé, des groupes autochtones, des instituts de recherche internationaux et des banques multilatérales de développement. L’équipe a rencontré ces experts un par un et dans le cadre d’événements à Washington D.C., à Vancouver, à Ottawa, à Londres, à Beijing, à New York, à Calgary et à Toronto.

L’équipe Leadership avisé RBC s’est entretenue avec plus d’une centaine d’experts au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Europe pour trouver des solutions pratiques à la sécurité énergétique. Parmi eux se trouvaient des représentants de la Banque asiatique de développement, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), de Mokwateh, de la First Nations Climate Initiative, le Dr Robert J. Johnston, directeur principal de la recherche, Centre on Global Energy Policy, Université de Columbia, et le Dr Ken Kokawa, premier directeur général principal et économiste en chef, Institute of Energy Economics, Japan (IEEJ). L’équipe Leadership avisé RBC s’est associée à Rystad Energy pour collaborer dans le cadre des données et de la modélisation de cette recherche.

Les quatre scénarios ont été modélisés aux fins de l’élaboration de solides recommandations pour le G7+ à l’approche de la réunion de Kannaskis en juin. Nous le savons : les méthodes prévisionnelles traditionnelles ne sont pas à même de saisir les facteurs complexes qui provoquent des changements dans notre paysage géopolitique et dans nos systèmes énergétiques. Nous avons répertorié ces facteurs de changement et élaboré une gamme de quatre avenirs distincts quoique plausibles, en regard desquels nous pourrions mettre à l’épreuve les contours d’une stratégie coordonnée de gaz naturel au sein du G7+.

Les scénarios reposent sur différentes variations de facteurs déterminants propres au contexte du G7+, notamment la stabilité géopolitique, la croissance démographique et économique dans les marchés émergents, la numérisation et le déploiement des centres de données, les politiques climatiques et énergétiques, le rôle des institutions internationales et des forums multilatéraux, la production et la fabrication de combustibles fossiles et leur distribution par les chaînes logistiques, le rôle de la société civile, la cohésion sociale et la demande mondiale de gaz.

Voici certaines de nos hypothèses valables pour les quatre scénarios :

  • la population mondiale comptera environ 9,2 milliards de personnes. D’importantes variations régionales surviendront en fonction des tendances liées au PIB, à l’éducation et aux soins de santé ;

  • la consommation de charbon continuera de diminuer dans les pays de l’OCDE ;

  • la croissance continue de l’industrie du charbon en Asie offrira un potentiel important de remplacement du charbon par le gaz ;

  • le pétrole demeurera un carburant dominant pour le secteur des transports, en particulier dans les pays asiatiques émergents ;

  • la production d’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle stratégique quoique globalement mineur, au cours des années 2030, et de nouvelles constructions sont prévues dans les marchés asiatiques tels que la Chine et les États-Unis, particulièrement pour répondre à la demande croissante des centres de données ;

  • les énergies renouvelables connaîtront une croissance exponentielle, en particulier les énergies solaire et éolienne, à mesure que les coûts continuent de baisser ;

  • les températures mondiales devraient augmenter et se situer dans une fourchette de 1,8 à 2,2 °C de plus que les niveaux préindustriels.

Les scénarios suivants ne constituent en aucun cas une prédiction de ce à quoi ressemblera l’avenir en 2040, mais plutôt un éventail d’avenirs plausibles.

  • Titre de l’année : « Le Japon et la Chine affichent leur résistance face aux chocs mondiaux des prix du gaz »

  • Un ordre mondial fragmenté et protectionniste, qui se traduit par une détérioration accrue des institutions internationales et par l’influence croissante de la Russie et de la Chine se profilant en puissances mondiales.

  • L’Australie, la Russie, le Qatar et les États-Unis dominent le secteur mondial de la production de gaz ; l’offre concentrée de gaz fait courir au G7+ d’importants risques de marché et une forte volatilité à mesure qu’un écart d’approvisionnement apparaît.

  • La croissance technologique prend une tournure régionale : la Chine et les pays du Golfe prennent la tête de l’IA et des infrastructures numériques comparables à celles de l’Amérique du Nord, et dirigent par là même les flux de gaz vers les pays tiers du G7.

Contexte

L’année 2040 divisée se caractérise par le protectionnisme et le régionalisme à mesure que les superpuissances continuent de se retirer des alliances mondiales. La porte est ainsi ouverte à une domination de la Russie (énergie et ressources) et de la Chine (technologie et manufacture). Les préoccupations relatives à la sécurité énergétique au milieu des années 2020 et au début des années 2030 sont maintenant amplifiées par les problèmes d’approvisionnement et d’accessibilité. Les institutions et alliances multilatérales telles que le G7 ont une influence limitée sur les acteurs étatiques. Les États-Unis, la Chine et d’autres grands acteurs mondiaux se sont retirés des institutions et alliances internationales, ce qui renforce la realpolitik et accroît l’importance accordée aux politiques et aux frontières nationales. La sécurité énergétique est l’une des principales inquiétudes mondiales et a eu une incidence profonde sur la capacité des marchés émergents à s’industrialiser et à se développer sur le plan économique. L’actuel cycle d’essor et de contraction expose les consommateurs à la volatilité des prix, tandis que les principaux producteurs comme les États-Unis, le Qatar, la Russie et l’Australie deviennent vulnérables du fait de la réticence des clients de signer des contrats à long terme. Alors que les pays s’attachent à relever les défis immédiats liés à la sécurité énergétique, l’activisme climatique cède la place à des actions civiques plus extrêmes et violentes.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

L’action climatique menée à l’échelle mondiale, à la fin des années 2010 et au début des années 2020, a considérablement ralenti, et seuls quelques pays européens se sont résolument consacrés à cette cause. Bien que cette division persiste dans le monde, le progressisme pour le climat persiste. Les sociétés et capitaux mondiaux restent orientés sur la cible de zéro émission nette. Les émissions, qui diminueront progressivement pendant le reste du siècle, devraient atteindre la zéro émission nette d’ici 2096 avec des augmentations de températures limitées à 2,0 °C, un résultat qui dépasse légèrement les limites de l’Accord de Paris.

La Corée du Sud et la Chine demeurent des chefs de file en matière d’innovations et d’approvisionnements technologiques, tandis que d’autres pays prennent du retard dans la révolution de l’IA et ne sont plus que de simples acheteurs de ces technologies. La demande mondiale d’énergie pour les centres de données a environ sextuplé par rapport à celle de 2025. Le développement technologique est de plus en plus influencé par les puissances régionales, et entraîne ainsi des normes et des écosystèmes divergents. Cette fragmentation entrave l’interopérabilité mondiale et exacerbe les tensions géopolitiques. Les efforts déployés par les pays du Golfe pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’IA de la manière prévue au milieu des années 2020 se sont concrétisés. Les Émirats arabes unis continuent d’afficher les dépenses par employé les plus élevées de la région dans les services infonuagiques publics et sont maintenant solidement établis comme chef de file mondial de l’IA. L’Arabie saoudite et Singapour sont également au premier plan. Compte tenu de la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de la Chine et de l’accélération de ses efforts de production nationaux au milieu des années 2030, les pays du Golfe et la Chine sont de puissants rivaux par rapport aux pays du G7 en ce qui concerne l’innovation en matière de technologies propres et les infrastructures numériques.

DIVISÉ : Les cycles d'essor et de contraction dominent les systèmes énergétiques

L’évolution du GNL

Le monde a besoin de trouver 207 millions de tonnes de GNL de plus d’ici 2040, par rapport à la capacité actuelle et à l’offre en construction. L’industrialisation de marchés émergents tels que l’Indonésie et l’Inde a été freinée par l’insuffisance d’un approvisionnement énergétique abordable. L’essor des infrastructures technologiques en Corée du Sud, en Chine et dans le Golfe envoie toutefois un signal fort indiquant une demande constante et croissante de gaz naturel qui culminera en 2038. L’insuffisance de l’offre transparaît, et les consommateurs de gaz subissent la volatilité du marché, les prix étant principalement influencés par les fournisseurs actuels qui concentrent leur offre : les États-Unis, la Russie, le Qatar et l’Australie. Les États-Unis restent le chef de file mondial et génèrent plus de GNL que la Russie et l’Australie au cours des années 2030. Les autres membres du G7+ sont exposés à la volatilité du marché, compte tenu des fluctuations des prix, du contrôle des grands producteurs et des perturbations des marchés régionaux.

Des chefs de file de la technologie, p. ex., la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, restent dépendants de pays non démocratiques pour s’approvisionner, p. ex., la Russie, afin d’alimenter leurs centres de données et leurs infrastructures numériques. Dans le monde, les centres de données et les infrastructures numériques liés à l’IA ainsi que la propriété et l’exploitation de celle-ci sont dominés par des chefs de file de la technologie. Bien que les pays en développement aient toujours accès à des outils d’IA, ils ont peu de poids sur l’établissement de normes, sont de plus en plus victimes d’impartiaux et de modalités injustes de la part des fournisseurs technologiques.

  • Titre de l’année : « La nouvelle usine indonésienne de robots est paralysée par la pénurie mondiale de gaz »

  • L’intensification des conflits régionaux et le ralentissement de l’économie mondiale à la fin des années 2030 ont abouti à un monde très fragmenté.

  • La dépendance à l’égard des combustibles fossiles continue d’augmenter parallèlement à la demande croissante de GNL.

  • Les pays du Golfe enregistrent une croissance vigoureuse en raison des nouvelles fortes pénuries d’approvisionnement énergétique.

  • La sécurité énergétique domine les programmes politiques et détourne l’attention de la lutte contre les changements climatiques, tandis que les programmes nationaux donnent la priorité à la militarisation et aux facteurs géopolitiques au nom de la sécurité.

Contexte

En 2040, les conflits régionaux et le ralentissement économique mondial prolongé observé à la fin des années 2030 ont contribué à l’érosion des institutions internationales et l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale. Les protocoles internationaux relatifs à la primauté du droit et à la sécurité mondiale sont inexécutoires et bloqués dans un bourbier où l’indécision et le droit de veto dominent. L’incapacité d’un pays ou d’une institution internationale à intervenir efficacement face à l’agressivité grandissante en Ukraine et au Moyen-Orient a poussé des régimes violents et autoritaires à redéfinir la scène mondiale. Dans des pays tels que les États-Unis, la culture de la peur, le protectionnisme et les discours autoritaires purs et durs ont provoqué une diminution de la présence mondiale. L’UE est dominée par des politiques protectionnistes, et met l’accent sur les économies locales et une poignée de relations commerciales clés pour amortir les effets des conflits régionaux. La sécurité monopolise les politiques et les programmes nationaux tandis que les politiques nationalistes créent un climat à deux vitesses pour le commerce et les investissements. L’imposition par la Chine de restrictions sur les exportations de métaux des terres rares au milieu des années 2020 a ouvert la voie à une tendance croissante du contrôle des chaînes logistiques, en particulier dans les secteurs de la technologie et de la défense. En raison de la fermeture des frontières et de la coopération en bloc, le commerce international se limite à de petits clubs de pays, qui limitent l’accès au marché, misant sur les politiques technonationalistes de la fin des années 2020 pour renforcer l’indépendance à l’égard des chaînes logistiques étrangères et la compétitivité de la production de semi-conducteurs. La hausse du chômage due au ralentissement de l’économie mondiale et au fossé technologique grandissant creuse un écart entre ceux qui ont accès à une infrastructure numérique et ceux qui n’en ont pas. Dans un monde où la société civile et les institutions se caractérisent par une grande méfiance et un manque de coordination, le G7 a du mal à renforcer sa résilience énergétique et à résister aux perturbations périodiques de l’offre et de la demande en énergie.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les changements climatiques, ainsi que les conflits régionaux et prolongés, déclenchent de nouvelles vagues de crises humanitaires. L’expression « transition énergétique » est presque tombée dans l’oubli, alors que les programmes nationaux de la sécurité dominent le discours sur les systèmes énergétiques. La confiance mondiale est étroitement liée à la sécurité énergétique, ce qui stimule la demande de combustibles fossiles à faible coût, comme le pétrole et le charbon, au détriment de la gestion des émissions. Les pays du Golfe riches en combustibles fossiles connaissent une croissance considérable alors qu’ils soutiennent les économies asiatiques, en plus de débloquer d’importants fonds publics de plus en plus orientés vers une économie de données. À l’échelle mondiale, la montée du nationalisme et les préoccupations liées à la sécurité nationale engendrent un déclin du multilatéralisme. Les coalitions comme l’Accord de Paris ont perdu de leur importance alors que la poursuite d’une énergie à bas prix et d’une reprise économique domine les priorités. L’utilisation stratégique du commerce international devient un phénomène courant, voire attendu, dans un contexte où la concurrence entre les pays prend une toute nouvelle importance. Une montée du militarisme et du protectionnisme est à prévoir.

DYSTOPIQUE : Les pays se bousculent pour assurer la sécurité énergétique

L’évolution du GNL

La demande de gaz naturel est en hausse de 16 % par rapport aux niveaux de 2025. Ces chiffres sont tempérés par la demande d’autres combustibles fossiles rentables comme le charbon, qui représente encore un élément fondamental des systèmes énergétiques (22 % de l’énergie primaire totale). La demande mondiale de combustibles fossiles continue de croître au-delà des projections initiales pour 2030, sans montrer de signe d’essoufflement pour les années 2040. Tandis que les objectifs climatiques sont mis de côté au profit de la sécurité nationale, la transition du charbon au gaz naturel en Asie ne se déroule pas comme prévu à la fin des années 2020. Des défis s’annoncent au chapitre de l’énergie et de la sécurité nationale, y compris sous forme de pénuries limitant la croissance économique mondiale. D’ici 2040, 225 millions de tonnes supplémentaires de GNL, représentant plus de la moitié de la production mondiale en 2024, sont requises en plus de l’offre actuelle et en construction.

  • Titre de l’année : « Le club méthane du G7 crie victoire à l’occasion du 15e anniversaire de la réunion de Kanasaskis. »

  • La sécurité climatique domine l’élaboration des politiques, qui comportent des cibles ambitieuses de réduction des émissions.

  • La demande d’énergie mondiale double, au bas mot, stimulée par l’industrialisation et l’infrastructure numérique. Les solutions d’énergies renouvelables et de technologies propres prennent de l’ampleur pour répondre à la demande.

  • La demande de GNL diminue, présentant un risque d’abandon de biens.

  • Les volumes de gaz restants sont régis par l’émergence d’un marché du gaz propre, alors que le méthane est en bonne voie de satisfaire à la demande de gaz naturel à faibles émissions.

Contexte

En 2040, dans un monde décarbonisé, les politiques et les cibles climatiques ambitieuses exercent une influence dominante dans le paysage international alors que les principales économies mondiales se pressent pour réduire leurs émissions et se procurer de l’énergie à un coût plus concurrentiel. La sécurité climatique est la principale priorité façonnant les politiques énergétiques alors que les événements climatiques destructeurs sont devenus de plus en plus difficiles à ignorer dans les années 2030 et ont orienté les préférences des électeurs et les actions citoyennes, tout en menant les gouvernements à ranimer la coopération mondiale et les institutions internationales. On constate un retour significatif aux cibles climatiques mondiales et à la création de nouveaux mécanismes de marché pour tirer profit de la décarbonisation. Ces mécanismes comprennent notamment l’émergence de combustibles propres et d’un marché du gaz naturel certifié, soutenus par la mesure et le suivi des émissions de méthane. La capture de carbone est en voie d’atteindre les trois milliards de tonnes d’ici 2050, l’équivalent de quatre fois les émissions totales du Canada en 2025. Les membres des générations Y et Z, qui occupent désormais des postes de direction essentiels dans les entreprises, mettent en œuvre le programme de décarbonisation au sein des gouvernements et des institutions. La société civile est elle aussi caractérisée par des acteurs forts et variés qui s’assurent activement que les institutions respectent leurs engagements climatiques.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

Tandis que la Chine a conservé sa position de fabricant de technologies propres et de chef de file en matière de propriété intellectuelle, les investissements occidentaux dans les technologies propres effectués au cours des années 2030 commencent à rapporter, dans le contexte d’une chaîne logistique mondiale davantage répartie qui mène à une résilience accrue et à une diminution des coûts.

Les pays qui ont développé de petits réacteurs modulaires (PRM) dans les années 2030, à savoir le Canada, les États-Unis, l’Argentine, la Pologne, la Roumanie et la Chine, exportent cette expertise vers des pays du monde entier qui souhaitent obtenir une énergie propre et fiable. L’électrification a également une longueur d’avance, ce qui permet de transférer les émissions à utilisation directe et d’augmenter l’efficacité énergétique. La demande de pétrole affiche une diminution de près de 60 % par rapport aux niveaux actuels, passant à 43 millions de barils par jour d’ici 2050, un creux inégalé depuis 1969. Bien qu’elle soit en baisse de 33 % par rapport aux niveaux actuels, la demande de gaz naturel demeure plus résiliente.

DÉCARBONISÉ : Des sources plus propres mènent la transition énergétique mondiale

L’évolution du GNL

La maturité des marchés du carbone, les mécanismes d’ajustement aux frontières et un « club méthane » parmi les acheteurs et les vendeurs du G7+ assurent la robustesse d’un marché du gaz naturel certifié. Au cours des années 2030, les dirigeants gouvernementaux et de l’industrie se sont efforcés d’élaborer des réglementations de marché claires et transparentes, alors que les entreprises recevaient des incitatifs pour réduire les émissions de méthane et cherchaient à se distinguer en fonction du rendement. Les règlements nationaux dans les pays du G7+ s’appuient sur une stratégie multilatérale de gaz naturel du G7+ qui favorise le commerce international et permet de mesurer le méthane. Des innovations importantes apportées aux technologies liées aux satellites ont donné lieu à un suivi plus efficace du méthane et à une meilleure robustesse des ensembles de données, assurant une meilleure uniformité en matière de suivi du méthane que dans les années 2020. Il existe un risque que les infrastructures existantes de GNL puissent être délaissées alors que les principales économies du monde passent à d’autres sources d’énergie renouvelable et que la demande de GNL diminue. La demande mondiale de GNL diminue rapidement en 2040, de sorte que le monde ne nécessite pas de nouveau GNL net d’ici 2050 par rapport à l’offre existante et en chantier. L’approvisionnement existant en gaz naturel provenant des sources du G7+ présente un avantage concurrentiel pour les acheteurs respectueux du climat à la recherche d’hydrogène, d’ammoniac et de gaz naturel à faibles émissions. Les banques multilatérales de développement comme la Banque asiatique de développement ont soutenu des améliorations de l’efficacité énergétique dans la distribution du gaz et les centrales électriques au gaz, ainsi que des projets de remplacement du charbon par le gaz en Asie.

L’atteinte de zéro émission nette se produira probablement au milieu des années 2070, où la température devrait augmenter de 1,8 °C. Cependant, des efforts accrus, par exemple pour exiger une diminution de 30 % de l’intensité des émissions de carbone de la production de gaz naturel après 2030, pourraient permettre d’éviter 40 à 45 milliards de tonnes supplémentaires d’équivalents CO2 d’ici 2100 dans ce scénario.

GNL : Une occasion de réconciliation

L’occasion du Canada liée aux GNL ne peut pas être capitalisée en l’absence de partenariats et de participations autochtones. La majorité des terrains connectant les principaux champs de gaz du pays à la côte du Pacifique sont des territoires non cédés, réclamés ou ratifiés dans le cadre du traité à l’intention des Premières Nations en Colombie-Britannique. Il s’agit d’une importante occasion de réconciliation, dont on prend conscience petit à petit. Les Autochtones, par l’entremise des Nations Haisla et Nisga’a, respectivement, possèdent une participation importante dans les projets de GNL Cedar et Ksi Lisims, deux projets de la côte ouest qui ajouteront 15 millions de tonnes par an à la capacité d’exportation du Canada. En cultivant des partenariats significatifs avec les Autochtones et en élaborant des modèles liés aux capitaux, à la capacité et au consentement autochtones, le GNL peut être une occasion commune de prospérité tout en permettant au Canada de répondre aux besoins du moment et d’accélérer les projets majeurs. — Varun Srivatsan

  • Titre de l’année : « Accord du G7+ pour relier la Terre à des centres de données en orbite basse »

  • Le monde est dominé par des coalitions de nations aux vues similaires et les institutions multilatérales ont été revitalisées.

  • Une trajectoire à deux sources d’énergie émerge alors que les énergies renouvelables prennent rapidement de l’ampleur grâce aux fonds mondiaux axés sur le climat et que la demande de GNL se maintient, stimulée par l’industrialisation de l’Asie et la transition du charbon au gaz.

  • Les chaînes logistiques mondiales et le commerce international sont plus résilients et répartis plus équitablement, la coalition du G7+ consolidant son influence en matière de GNL et de fabrication en vue de contrer la domination de la Chine sur les chaînes logistiques.

Contexte

Dans le scénario démocratique de 2040, le monde présente de solides coalitions entre les nations aux vues similaires, qui déploient des efforts croissants pour lutter contre la fragmentation de la fin des années 2020 et du début des années 2030. Les institutions multilatérales sont en pleine renaissance grâce au changement de cap dans leur gouvernance et leur structure en vue de répondre aux défis mondiaux fréquents et critiques. Un certain nombre de pays sont dissidents et axés sur les régions, comme nous l’avons vu dans le cadre du retrait des institutions internationales qui a eu lieu pendant les années 2020 et au début des années 2030. Le paysage international est désormais dominé par les coalitions de pays démocratiques du G7+ visant à contrer la Chine et la Russie et à assurer la résilience dans les secteurs critiques de l’économie, comme la fabrication de pointe, la défense et l’énergie. Le plus récent accord du G7+ permet aux importateurs de gaz du G7 et à leurs alliés comme la Corée du Sud d’approvisionner en gaz les centres de données et l’infrastructure numérique requis pour alimenter la prochaine génération de technologies d’intelligence artificielle (IA). À mesure que les énergies renouvelables continuent de prendre de l’ampleur, le gaz a un rôle essentiel à jouer pour répondre aux pointes de consommation des grandes villes et pour soutenir la résilience des réseaux électriques. La coopération du G7+ au chapitre du gaz naturel a réduit la volatilité des marchés du gaz par rapport aux années 2020. Cependant, en l’absence d’un marché robuste des gaz propres, les tensions demeurent entre les pays de l’Union européenne et le reste des membres du G7, qui ont mis en péril l’atteinte des cibles d’émissions en faveur de l’abordabilité et de la résilience. La place publique mondiale est robuste dans les pays démocratiques, où les organisations de la société civile favorisent une collaboration et une coopération accrues entre les pays partageant les mêmes valeurs et ayant renouvelé leurs engagements envers des objectifs climatiques ambitieux. Toutefois, l’oppression systémique des acteurs de la société civile dans les états non démocratiques crée une division mondiale entre les démocraties libérales et le reste du monde.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les progrès réalisés à l’égard du climat débutent lentement dans les années 2030, mais le Fonds vert pour le climat commence à avoir une incidence réelle sur l’atténuation des changements climatiques et sur les actions climatiques. Les contributions provenant à la fois de l’hémisphère sud et du G7+ signifient qu’en 2040, le Fonds a atteint une valeur de 800 milliards de dollars en placements à effet de levier, avec un total de 25 milliards de tonnes d’émissions évitées. Le Fonds vert pour le climat n’est qu’un exemple du sentiment général selon lequel le délaissement des combustibles fossiles est inévitable et que la part de la combinaison énergétique mondiale constituée de sources renouvelables continue de s’accroître de manière exponentielle. L’adoption rapide des sources d’énergie renouvelable à coût concurrentiel de même que la stratégie coordonnée du G7+ en matière de gaz naturel ont aidé l’Occident à obtenir de l’énergie pour les économies à croissance rapide comme l’Indonésie et l’inde.

Le commerce international et les chaînes logistiques se diversifient en 2040 par l’entremise d’un accord de commerce international et régional. La délocalisation dans un pays allié et le rapatriement, lorsqu’ils sont mutuellement bénéfiques et effectués de façon systématique et ordonnée assure une certitude politique et débloque des capitaux pour les infrastructures essentielles. Pour les membres du G7+, leur diplomatie mutuelle leur permet de trouver un terrain d’entente à des fins de croissance économique axée sur le climat, et d’assurer ainsi leur présence géopolitique dans le sud et le sud-est de l’Asie, faisant obstacle à l’influence de la Chine.

Le leadership technologique est réparti entre divers États, y compris la Chine, les États-Unis et les Émirats arabes unis, qui continuent d’être des chefs de file comme au milieu des années 2020. Un engagement renouvelé envers les institutions multilatérales a toutefois mené à des pactes mondiaux robustes, comme un accord numérique mondial visant à démocratiser l’accès à l’IA et aux sources d’énergie requises pour alimenter une nouvelle économie de données.

DÉMOCRATIQUE : Les producteurs de marché libre et à faible émission de carbone intensifient leurs forces

L’évolution du GNL

L’accès à un approvisionnement résilient en gaz naturel par l’intermédiaire de la coalition du G7+ permet de mieux adopter l’IA et répondre aux besoins énergétiques afin d’industrialiser davantage l’Asie. Le Japon, la Thaïlande, la Corée et l’Inde sont des marchés où la demande est forte alors que la renaissance de l’Asie domine la demande mondiale de GNL en 2050. La demande de GNL atteint 692 millions de tonnes en 2050 et continue d’augmenter dans un contexte où la croissance économique mondiale stimule la demande. L’incidence climatique de cette réalité est atténuée par la maturité des technologies de capture du méthane et par la demande de gaz à faibles émissions par des acheteurs éthiques comme le Japon. Cependant, un marché mondial des gaz propres n’a pas émergé conformément aux prévisions des experts à la fin des années 2020. Les mécanismes du marché des gaz propres sont adoptés par de plus petites coalitions d’États entretenant des relations commerciales bilatérales ou multilatérales. Les marchés du carbone en expansion au sein du G7+ assurent ultimement une transition énergétique et une offre accrue de gaz naturel, ce qui permet de faire croître une demande de gaz naturel ancrée dans la transition du charbon au gaz en Asie. Alors que la coordination du G7+ à l’égard d’une stratégie de gaz naturel permet d’accéder à une offre et une demande résilientes dans ces pays, la Chine continue de jouer un rôle de chef de file d’importance croissante en technologies propres et en manufacture, ce qui pose un risque majeur aux membres du G7+ qui cherchent activement ces technologies afin de respecter leurs engagements climatiques.

À titre d’hôte du G7 et de cinquième producteur de gaz naturel au monde, le Canada occupe une position unique pour façonner l’avenir du gaz naturel en faisant progresser ses propres objectifs économiques et climatiques et en appuyant la sécurité de l’énergie à l’échelle mondiale.

Plusieurs obstacles freinent toutefois le gaz naturel. Tout d’abord, les pays membres du G7+, qui forment le noyau dur, ainsi que leurs alliés tels que l’Australie et la Corée du Sud, ne sont pas en phase en ce qui concerne le rôle du gaz dans l’avenir des marchés énergétiques. Les principaux producteurs comme le Canada et les États-Unis ont besoin d’une sécurité contractuelle pour bâtir l’infrastructure et l’offre stratégique. Cependant, les consommateurs comme la France, le Japon et la Grande-Bretagne veulent la souplesse contractuelle et des sources d’approvisionnement diversifiées pour couvrir leurs risques et atteindre leurs cibles climatiques. Un autre niveau de complexité est ajouté lorsque le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et les États-Unis favorisent le gaz naturel, tandis que la France et la Grande-Bretagne soutiennent une utilisation accrue de l’hydrogène, de l’énergie nucléaire et du gaz à faible teneur en carbone pour atteindre les objectifs climatiques. De plus, les gouvernements respectueux du climat en Australie, au Canada, en France et dans le reste de l’Union européenne ne s’entendent pas non plus avec les États-Unis, qui considèrent que les combustibles fossiles stimuleront leur domination énergétique.

Un cadre politique coordonné et coopératif adopté par les membres du G7 peut faciliter la création d’un marché résilient de gaz naturel et de GNL qui réduit la volatilité des prix, débloque des capitaux, augmente l’offre diversifiée, réduit les risques liés à la demande et assure la transition éventuelle vers un marché du gaz décarbonisé.

Voici certaines approches axées sur l’action qui pourraient aider le G7, par l’intermédiaire de ses ministres de l’Énergie, à passer à un avenir du gaz démocratique et décarbonisé :

1. Déclarer un accord du G7 pour soutenir le gaz naturel décarbonisé

Un accord politique du G7 qui définit le rôle du gaz naturel et des combustibles connexes dans divers scénarios énergétiques peut contribuer à briser le cycle d’essor et de contraction des prix et des placements. Il peut également signaler le niveau d’investissement et de financement d’une infrastructure de gaz suffisant pour combler l’écart détecté par rapport à l’offre attendue dans trois des quatre scénarios présentés dans le présent document.

Les gouvernements du G7 doivent également s’efforcer de mettre fin au débat sur le gaz naturel voulant qu’il soit soit une solution aux changements climatiques, soit qu’il y contribue. En fait, les deux prises de position sont vraies. À court ou moyen terme, la transition du charbon au gaz naturel, la réduction de l’intensité des émissions de méthane et le déploiement du gaz comme solution provisoire aux sources renouvelables contribuent considérablement aux actions climatiques. À long terme, les gouvernements doivent collaborer avec l’industrie pour obtenir un engagement à développer de nouvelles voies axées sur le gaz naturel à faible teneur en carbone qui pourrait être requis dans tous nos scénarios.

2. Mettre en place un marché mondial du gaz stable et fonctionnel

Le marché du GNL a changé du tout au tout au cours de la dernière décennie, passant d’une série de marchés régionaux reposant principalement sur des contrats à long terme indexés en fonction du prix du pétrole à quelque chose de plus dynamique et global.

Sur ces aspects, le marché du GNL commence à ressembler au marché mondial du pétrole qui a acquis de la profondeur, de la résilience et une grande liquidité depuis les années 1980, offrant un vaste éventail de contrats, d’étalons de prix et d’outils de gestion du risque pour les marchés tant physiques que financiers. Ces caractéristiques signifient que le cours du pétrole, bien que volatile, a une plus grande capacité à absorber les chocs et à se rééquilibrer.

Malgré les progrès réalisés, le marché du GNL a encore du chemin à faire avant de devenir suffisamment mondial et liquide pour attirer des importateurs sensibles aux prix et des fournisseurs de capitaux ayant une aversion pour le risque. La flambée des prix à laquelle on a assisté en 2022, en plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, a été dramatique et néfaste pour les consommateurs, ce qui a entraîné un rebond de la demande de charbon en Asie et la fermeture de sites de production industrielle à forte intensité en gaz naturel dans l’Union européenne.

Une caractéristique clé doit être ajoutée à un accord mondial sur le gaz afin de développer un marché négociable avec des participants au marché financier et au marché au comptant, diminuant ainsi le risque lié aux capitaux, réduisant les coûts d’investissement et encourageant des investissements supplémentaires. D’autres participants financiers ou non commerciaux peuvent contribuer à accroître la liquidité et à attirer de nouveaux capitaux.

Le marché mondial du GNL doit également s’appuyer sur des cours de référence efficaces et transparents. L’émergence de ces étalons de référence dont la durée et l’indexation varient peut soutenir un marché fonctionnel. Cela comprend la capacité à monter des contrats pour négocier des cargaisons de GNL à l’aide de divers marqueurs à différentes périodes afin d’éviter l’exposition à une formule unique selon les indices de référence Henry Hub ou Brent. Les pays du G7 doivent tenter de poursuivre les efforts existants, dont le dialogue entre producteurs et consommateurs mené par le Japon.

Technologie du méthane : Contenir un gaz puissant

Le gaz naturel est principalement composé de méthane, un puissant gaz à effet de serre. La réduction des émissions de méthane dans la chaîne de valeur du GNL, qu’il s’agisse de têtes de puits, de transporteurs ou de regazéification, est considérée comme un facteur clé du rendement environnemental pour les entreprises. Ceci est particulièrement essentiel puisque le méthane est de 28 à 36 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 100 ans.

Plusieurs technologies peuvent contribuer à colmater les fuites provenant de l’infrastructure du GNL. Cela comprend la technologie qui peut détecter (au moyen de satellites et de capteurs aériens et terrestres), contenir (au moyen d’unités de récupération de vapeur et de dispositifs pneumatiques à faible débit de purge) ou brûler (au moyen de fûts de torche haute efficacité) du méthane. Les émissions peuvent également être réduites en remplaçant les dispositifs à gaz, comme les compresseurs ayant des équivalents électriques, libérant ainsi le gaz nécessaire pour l’expédition.

Plusieurs technologies et politiques permettent déjà de changer les choses. Aux États-Unis, l’intensité des émissions de méthane a diminué dans les installations de transformation (30 %) et de transmission et de compression (33 %) du gaz naturel de 2014 à 2023, selon les données de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Pendant ce temps, la Norvège présente la plus faible intensité d’émissions au monde en raison de politiques comme l’interdiction du torchage non urgent qui remonte à aussi loin que 1971, et la taxe sur l’éventage et le torchage imposée en 2015.

Toutefois, il demeure difficile de mesurer avec précision les émissions de méthane, tandis que les estimations sont assujetties à une incertitude et à une sous-évaluation généralisées. Au fil des avancées au chapitre de la mesure du méthane (par exemple, au moyen de la surveillance par satellite, qui est actuellement liée à plus de douze satellites en orbite), les exploitants et les organismes de réglementation peuvent réfréner davantage les émissions, réduire l’incertitude liée aux mesures et prendre des mesures d’atténuation appropriées.

Certaines méthodologies d’atténuation du méthane permettront aussi possiblement aux producteurs pétroliers et gaziers de capturer le méthane et de le réintégrer dans la chaîne du gaz afin de diminuer les émissions. En Amérique du Nord, par exemple, les technologies de détection et de réparation des fuites et les pratiques améliorées de maintenance de l’équipement peuvent éviter jusqu’à 55 millions de tonnes métriques, au bas mot, d’équivalent dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2) en émissions de méthane chaque année, ce qui correspond à retirer 13 millions de véhicules à gaz de la route. – Vivian Sorab

3. Investir dans la décarbonisation pour réduire les émissions au moyen de nouvelles technologies 

Un accord du G7+ sur le gaz ne doit pas être interprété comme approuvant les pratiques habituelles. Il est essentiel que des mesures d’atténuation des émissions de méthane soient prises parallèlement aux trajectoires vers des combustibles carboneutres dérivés du gaz naturel.

L’élimination des émissions fugitives et le torchage ou l’éventage courant découlant de la chaîne de valeur du gaz naturel sont intégrés à l’engagement mondial sur le méthane, qui est fondamental pour que les espoirs de l’industrie du gaz naturel correspondent à un avenir à faibles émissions en carbone. Cela peut également être favorable aux entreprises puisque les coûts d’atténuation sont généralement peu élevés, voire positifs, lorsque le gaz fugitif peut être capturé, transformé et vendu.

Le G7 peut jouer un rôle crucial pour soutenir le déploiement de protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) des émissions de méthane. L’UE dirige ces efforts par l’entremise du déploiement de sa réglementation sur le méthane, qui impose au secteur de l’énergie de consigner l’intensité en méthane des importations de combustibles fossiles et qui annonce la transition vers les combustibles à faible intensité en méthane. Cela peut constituer un facteur de différenciation pour les sources de GNL et mettre à contribution d’importants consommateurs comme le Japon et la Corée du Sud pour adopter des règlements similaires à ceux de l’UE, tandis que des producteurs comme le Canada, les États-Unis et l’Australie sont en phase sur le plan de l’échéancier et des trajectoires technologiques et politiques en vue d’une réduction rapide de l’intensité en méthane.

La voie vers des combustibles carboneutres doit inclure l’application d’une technologie de capture et stockage du carbone à la production de produits d’ammoniac, de méthanol et d’hydrogène. La technologie de capture et de stockage du carbone sera également essentielle au maintien de la sécurité de la demande à long terme du gaz naturel dans la production d’électricité dans un contexte de décarbonisation de la production industrielle.

La sécurité énergétique dépend généralement de la diversification des sources d’énergie par type de combustible, technologie et région. L’électricité propre est essentielle pour atteindre une économie à faibles émissions de carbone, mais le maintien d’un système diversifié et résilient nécessitera d’autres sources, y compris l’énergie nucléaire, la bioénergie, les crédits de carbone et la capture du carbone. Les combustibles sans carbone et à faibles émissions de carbone peuvent également soutenir la décarbonisation des processus de production industrielle, y compris la production d’acier et de ciment où des températures plus élevées sont requises. Le Canada et les États-Unis travaillent aussi de pair avec les pays du G7+ pour décarboniser les marchés du combustible de soute en passant à l’ammoniac ou au méthanol. Des données récentes provenant de la Chine montrent une trajectoire permettant de remplacer le diesel dans le secteur du camionnage par le GNL, une voie qui pourrait éventuellement mener à l’hydrogène propre.

4. Promouvoir de nouveaux outils de financement pour que les économies en développement investissent dans la croissance propre

L’état du GNL à titre de combustible fossile et la volatilité inhérente de ses prix en tant que marchandise, de même que sa forte intensité de capital, présentent des défis au chapitre du financement de projets. Les pays en développement nécessitent souvent une infrastructure à grande échelle pour importer et stocker le GNL et convertir le liquide en gaz afin de l’expédier vers les marchés internes. La plupart ont besoin de financement à conditions préférentielles. Un signal clair de la politique du G7+, en gage d’une plus grande acceptation du gaz naturel, permet de débloquer le financement auprès de plusieurs institutions, y compris des banques multilatérales de développement comme la Société Financière Internationale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), des agences nationales de crédit à l’exportation comme Exportation et développement Canada ainsi que les banques et les gestionnaires d’actifs du secteur privé qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de crainte de « bloquer » leurs émissions ou de ne pas respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Les politiques connexes doivent souligner l’accord mentionné ci-dessus conclu entre les États membres du G7 et s’engager à réduire les risques du secteur du gaz naturel et à le décarboniser.

L’évolution et la progression continues de l’article 6 de l’Accord de Paris et l’utilisation des résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI), dont le mécanisme conjoint de crédit du Japon, peuvent également offrir de nouvelles méthodes de financement fondées sur le transfert des crédits de carbone générés par les investissements dans la réduction du méthane, la transition du charbon au gaz naturel ou le passage du combustible de soute à l’ammoniac propre.

Cependant, l’article 6 ou le cadre RATI actuel ne convient pas au gaz naturel ou au commerce entre pays développés. Néanmoins, l’esprit des « clubs de carbone », tout comme la création d’incitatifs communs pour des projets de réduction du carbone liés au gaz naturel entre les membres du G7, pourrait servir à créer des flux de revenu qu’il est possible de financer pour ces projets. Ces mesures pourraient être complétées par des programmes comme les obligations de transition verte (GX) du Japon et les fonds climatiques de la Corée du Sud pourraient aussi cofinancer le GNL conformément à la sécurité énergétique et aux transitions liées aux émissions.

Le recours au gaz naturel certifié peut démontrer une voie claire vers la décarbonisation et l’harmonisation avec les valeurs du G7+, ce qui réduit les risques de financement de projets, améliore l’économie des projets au moyen d’une bonification des tarifications et des conventions d’achat, et permet d’accéder au financement des transitions.

Programme d’échange des droits d’émission du Japon

Lancé en 2023, le programme d’échange de droits d’émission pour la transition verte (GX-ETS) est un élément central de la stratégie du Japon pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et soutenir la décarbonisation sectorielle au moyen d’une approche par étapes. Les crédits de carbone vendus aux enchères contribuent au remboursement des obligations de transition verte (GX), ce qui soutient les dépenses axées sur la transition dans des domaines comme l’hydrogène, l’ammoniac, la capture de carbone et l’infrastructure de véhicules électriques. Ces obligations souveraines visent à recueillir environ 20 billions de yens (150 milliards de dollars américains) d’ici le début des années 2030, favorisant une plus grande mobilisation des capitaux d’environ 150 billions de yens (1 billion de dollars américains) en investissements publics et privés.

Bien que sa priorité soit la décarbonisation intérieure, le Japon a exprimé son intérêt à trouver des chaînes logistiques d’énergies propres et à faibles émissions de carbone à l’étranger et à financer les coûts de développement de technologies propres.

Le Canada peut bénéficier grandement de l’harmonisation de ses exportations de combustibles propres, en particulier le GNL et l’hydrogène, avec les objectifs de transition verte du Japon, à condition que les projets satisfassent aux normes japonaises en matière d’intensité en carbone, de transparence et de fiabilité.

Voici comment :

  • La politique de transition verte du Japon accepte que le GNL à faible teneur en carbone soit en phase avec la transition, particulièrement lorsqu’il est jumelé à une décarbonisation du méthane, à un processus de capture et de stockage du carbone, ou à des normes d’émissions de gaz certifié. Il se peut que le GNL canadien soit admissible à des contrats d’approvisionnement à long terme en phase avec la transition verte, si la réduction des émissions peut être vérifiée.

  • Les investissements du Japon par l’entremise d’obligations de transition verte, en particulier dans une infrastructure comme la liquéfaction et le transport, y compris la capture et le stockage du carbone. Le pays fait déjà appel à l’Australie et à d’autres pays pour obtenir de l’ammoniac. Les produits d’énergie certifiés à faible teneur en carbone peuvent tirer parti de plusieurs occasions, y compris du financement par l’entremise d’obligations de transition verte et le mécanisme de crédit conjoint du Japon, une initiative bilatérale lancée par le gouvernement pour faciliter la réduction des émissions de GES en collaboration avec des pays partenaires.

  • Le Canada peut également participer au programme du Japon d’élargir les importations d’hydrogène vert et bleu et d’ammoniac à des fins de production d’énergie et d’utilisation industrielle, en raison du potentiel du Canada à produire de l’hydrogène vert et de divers projets de production d’hydrogène en développement en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador. L’hydrogène bleu, par l’entremise du gaz naturel ayant un potentiel de capture et de stockage du carbone, pourrait devenir une autre occasion.

  • L’économie japonaise a aussi besoin d’énergie pour maintenir son avantage sur le plan des calculs et de l’infrastructure numérique. Les centres de données, l’IA et l’infrastructure numérique dépendront du gaz naturel. — Robert J. Johnston.

5. Créer un Centre d’excellence pour communiquer des perspectives de marché, des technologies et de meilleures pratiques

The U.S. and Canada have strong incentives for cooperation on natural gas. The two countries have deeply integrated domestic markets, growing demand for gas-fired electricity to support reindustrialization and data centres, and a shared need to ensure growing exports do not lead to higher prices at home. Increasingly, as LNG exports from North America grow, the incentives for cooperation and coordination across the G7+ loom large.

Le G7+ peut faire progresser ces intérêts par l’entremise d’une nouvelle organisation afin d’assurer le suivi des mesures techniques et politiques en vue de soutenir la mise en œuvre d’un marché du gaz naturel décarbonisé et dont les risques ont été atténués. Le Canada serait un excellent emplacement pour ce centre en raison de son rôle d’hôte du 51e sommet des dirigeants du G7, des engagements à long terme envers l’action climatique, de l’expertise technique en forage horizontal, en capture du méthane et en électrification, et de son rôle croissant à titre de producteur.

Le Centre pourrait commanditer la recherche technique appliquée dans des domaines comme la réduction des émissions de méthane, l’ammoniac à moindre coût et les carburants à l’hydrogène. La recherche politique et l’innovation financière sont tout aussi importantes dans des domaines comme l’évaluation de projets réglementaires, le partage des avantages communautaires, les protocoles de MSDV du méthane, et le financement durable et des transitions soutenant les pays en développement. Le Centre pourrait prendre des mesures supplémentaires pour analyser le développement des marchés du carbone, y compris des marchés de gaz naturel certifié.

Un Centre d’excellence du G7 serait un indicateur clair des plus importants producteurs et consommateurs de gaz naturel au monde au sujet de leur engagement envers un marché mondial du gaz décarbonisé et dont les risques ont été atténués.

Gaz certifié : La norme de référence

Plusieurs programmes de certification du gaz naturel souscrits par des tiers indépendants ont émergé au cours des dernières années. Les exploitants nord-américains Project Canary, Equitable Origin (EO) et MiQ (Methane Intelligence) jouent un rôle significatif pour certifier les bénéfices du gaz naturel sur le carbone, l’environnement et les droits de la personne.

En Amérique du Nord, quelque 30 % du gaz naturel est actuellement certifié par EO et MiQ. Un tiers de la production provenant du bassin de Montney au Canada est certifié, tout comme les deux tiers de l’offre contractuelle du projet LNG Canada, qui sera lancé sous peu. Plus de la moitié de la production d’Utica et de Marcellus, dans le nord-est des États-Unis, est également certifiée.

En ce qui concerne le méthane, dont les fuites ne sont souvent pas signalées, les producteurs certifient les volumes de gaz naturel auprès de MiQ comme moyen de souligner la faible teneur en carbone de leurs molécules. D’autres aspects liés au rendement environnemental et social excédant les seuils minimums réglementaires, comme la participation autochtone au capital et la réduction de la consommation d’eau, sont communiqués en vertu de la norme d’EO, ce qui concorde largement avec les déclarations requises au titre de la nouvelle directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises de l’UE. La théorie est que ces attributs environnementaux et sociaux mèneraient à des prix plus élevés ou, à tout le moins, à un meilleur accès au marché.

Le marché certifié se trouve aux premiers stades de développement, mais les perspectives pour le gaz naturel et les catalyseurs réglementaires potentiels pourraient mener à un marché plus important et plus liquide. Si suffisamment de pays élaboraient et mettaient en œuvre conjointement une exigence d’intensité en méthane (ou une norme de certification plus générale) excédant le volume du gaz naturel certifié, la valeur des certifications augmenterait et encouragerait une réduction supplémentaire des émissions.

Enfin, l’audit effectué dans les champs par des experts sectoriels à la suite de processus d’assurance de mieux en mieux définis conformes aux normes ISO et IFRS assure la rigueur et la documentation améliorées des demandes de règlement nécessitant un plus grand engagement et le rendement correspondant. Les certifications peuvent aussi contribuer à réduire le financement de projets et les primes de risque d’assurance, améliorant l’aspect économique des projets grâce à la bonification potentielle de la tarification et des conventions d’achat et permettant d’accéder au financement de la transition. Dr Robert J. Johnston

Les 5 grands : les sources d’énergie qui ont alimenté l’économie mondiale au cours des 25 dernières années

Charbon

2000: 24 % de la part du marché mondial
2024: 26 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale de charbon a augmenté de 67 % depuis 2000, la croissance en Asie compensant largement les diminutions en Europe et en Amérique du Nord. La Chine a représenté à elle seule 74 % de la croissance en Asie. Alors que la consommation chinoise devrait diminuer, la hausse de la consommation en Inde et dans le sud-est de l’Asie signifie que le charbon demeurera une source d’énergie essentielle dans les économies asiatiques.

Pétrole

2000: 37 % de la part du marché mondial

2024: 31 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale du pétrole a augmenté de près de 30 % depuis 2000, la Chine représentant plus de la moitié de cette croissance. La consommation en Amérique du Nord et en Europe est essentiellement stable, la croissance provenant surtout des marchés émergents. Le transport routier, le transport maritime et l’expédition ont représenté près de 80 % de la croissance de la demande mondiale de pétrole depuis 2000. Malgré tout, la prédominance du pétrole au sein des systèmes énergétiques mondiaux continue de décliner.

Énergie nucléaire

2000: 7 % de la part du marché mondial

2024: 5 % de la part du marché mondial

La production d’énergie provenant de la technologie est demeurée relativement stable au cours des 25 dernières années, dans un contexte où la diminution dans les pays développés est compensée par la nouvelle capacité en Chine. Les nouvelles centrales nucléaires proposées et en cours de construction en Asie, la remise en service des centrales nucléaires au Canada et en Europe, de même que les nouvelles conceptions de réacteurs aux États-Unis, qui sont largement attribuables aux besoins en électricité des centres de données, pourraient compenser la baisse historique de l’énergie nucléaire.

Énergies renouvelables

2000: 10 % de la part du marché mondial

2024: 13 % de la part du marché mondial

La production d’énergie éolienne et solaire a augmenté de manière exponentielle par rapport aux niveaux négligeables de 2000, faisant passer la part totale du marché mondial des sources primaires d’énergie renouvelable (y compris l’énergie hydroélectrique et la biomasse) à 13 %. La croissance dans d’autres sources d’énergie renouvelable comme l’énergie géothermique affiche également une croissance modérée.

Gaz naturel

2000: 22 % de la part du marché mondial

2024: 25 % de la part du marché mondial

Le gaz naturel a stimulé sa part de marché au cours des 25 dernières années, dont la demande en provenance de plusieurs économies est en hausse. La transition du charbon au gaz dans le secteur de l’énergie a aussi stimulé la demande et a contribué à réduire les émissions de plusieurs pays, y compris le Canada. Depuis 2000, 50 % de la croissance du gaz provient du secteur de l’énergie. Une croissance supplémentaire est issue du secteur de l’énergie (12 %) et du secteur résidentiel (8 %). En tant que matière première essentielle des produits pétrochimiques, le gaz se trouvait également au cœur d’un essor du plastique. La mondialisation des marchés du GNL, dans un contexte où plusieurs nouveaux pays mettent en place des terminaux d’importation du GNL, a également stimulé la demande.

Toutes les données sont tirées du rapport World Energy Outlook de BNEF.

Le projet Croissance

Le rapport fait partie du rapport Croissance de RBC, une initiative visant à générer de nouvelles idées pour l’économie canadienne. Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur le projet Croissance, cliquez ici.

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èA moins d’indication contraire, toutes les données proviennent de Rystad Energy.

Veuillez vous reporter à la section En coulisse – Notre méthode de recherche pour obtenir plus de renseignements sur la recherche collaborative.

1. McKinsey & Co.
2. Agence internationale de l’énergie
3.The Institute of Energy Economics, Japan, 2025 Outlook

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Points clés

Plus de 100 projets miniers, d’une valeur de 107 milliards de dollars, se trouveront à différents stades de développement au Canada au cours des dix prochaines années. Tirer parti de ce potentiel nécessite des flux de capitaux diversifiés, tant nationaux qu’étrangers, pour que le Canada devienne un géant de la production de marchandises.

Puisque les capitaux chinois sont limités par le resserrement des règles fédérales, les Américains représentent le partenaire naturel contribuer à la mise en valeur des ressources minérales du Canada, compte tenu de l’alignement géostratégique des deux pays. Toutefois, les récentes tensions commerciales bilatérales avec les États-Unis portent à croire que le Canada devra faire preuve de prudence au moment de conclure de nouveaux partenariats et diversifier les sources de capitaux afin de réduire les risques liés aux projets.

S’il s’inscrit dans un cadre de sécurité plus large, le Canada peut se positionner comme un pilier essentiel de l’action menée par les États-Unis pour briser l’emprise de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement de plusieurs produits de base essentiels pour la défense, l’énergie et la fabrication de pointe. De nouvelles chaînes d’approvisionnement transfrontalières de produits de base pourraient servir de fondement pour la relance de la fabrication de pointe, de la défense et des infrastructures énergétiques en Amérique du Nord.

Building metal and critical mineral projects requires patient, long-term investors who can guarantee either long-term offtake agreements or security of demand to ensure their economic feasibility. To derisk projects, Canada could broaden its capital base beyond the U.S. and tap various global sources of foreign capital that are on the hunt for strategic assets—provided they meet Canada’s national interest and energy security thresholds.

Le Canada dans le Grand jeu des ressources

Les vastes ressources naturelles du Canada offrent des occasions d’investissement attrayantes. Surtout, elles deviennent des atouts stratégiques pour les pays du G7 et d’autres alliés dans un monde fragmenté.

La mise en valeur des ressources minières permet aussi au Canada d’avoir accès à plusieurs secteurs verticaux clés, dont l’automobile, les équipements énergétiques, la défense et la fabrication de pointe. À l’aide de la bonne stratégie, le Canada peut se positionner comme un nouveau pôle logistique de la fabrication dans un monde où la géopolitique joue un rôle prédominant, comme nous l’écrivions dans Le nouveau grand jeu.

Mais l’incursion de la géopolitique dans le domaine de l’exploitation des minéraux est une arme à double tranchant.

On a pu le constater ces dernières années dans le cas de la Chine, un fournisseur de premier ordre d’investissements directs étrangers dans le secteur minier mondial. Ces dernières années, sa participation dans le secteur canadien des minéraux a fait l’objet d’une surveillance étroite pour des raisons de sécurité. La situation a atteint son paroxysme en 2022, lorsqu’Ottawa a ordonné à trois entités chinoises de se céder leur participation dans trois sociétés minières canadiennes. Cette décision a largement refroidi l’intérêt de la Chine pour le secteur canadien des minéraux.

Les entreprises américaines sont considérées comme des partenaires plus naturels du Canada pour la mise en valeur des ressources minérales, compte tenu de l’alignement géopolitique de longue date entre les deux pays. Malgré les pressions que les États-Unis tentent d’exercer sur le Canada en matière de commerce, de défense et dans plusieurs secteurs tels que le bois d’œuvre, l’automobile, l’acier et l’aluminium, les synergies dans les secteurs des métaux et des minéraux pourraient revêtir une importance stratégique pour les deux pays. Abstraction faite de la récente rhétorique américaine, on pense que la collaboration au sein de plusieurs chaînes d’approvisionnement liées aux métaux et aux minéraux renforcerait la sécurité énergétique et nationale en Amérique du Nord.

Trump prend une nouvelle direction

L’approche de Washington pour la mise en valeur des minéraux reste en cours d’élaboration.

Des signaux indiquent que les États-Unis sont prêts à agir de manière décisive en ce qui concerne les minéraux critiques et d’autres ressources qu’ils considèrent comme vitales pour la défense, la technologie et les semi-conducteurs. La Maison-Blanche a accéléré la mise en œuvre de dix projets miniers, signé un décret visant à intensifier l’exploitation minière en eaux profondes dans les eaux américaines et internationales, et évoqué la possibilité d’investir directement dans des sociétés minières, notamment par l’intermédiaire d’un fonds souverain américain dont la mise en place a été évoquée.

Tirer parti des richesses minérales du Canada

L’attitude belliqueuse du président américain Donald Trump à l’égard du Groenland, riche en ressources, la signature récente d’un accord sur les minerais avec l’Ukraine et l’intérêt pour un accord avec la République démocratique du Congo donnent à penser que les minerais représentent un atout stratégique dans la quête des États-Unis pour contrer la domination de la Chine.

L’intérêt du premier ministre canadien Mark Carney à lier les négociations commerciales à la sécurité nationale des États-Unis est en phase avec l’intérêt des Américains pour l’exploitation des ressources énergétiques et des minéraux. En décembre , les deux pays ont investi dans un projet de minéraux critiques au Yukon, dans le cadre d’une large collaboration bilatérale liée au plan d’action canado‑américain pour la collaboration dans le domaine des minéraux critiques et au Groupe de travail bilatéral Canada-États-Unis sur la transformation de l’énergie.

Les gouvernements américain et canadien ont déjà injecté des milliards de dollars de capitaux dans ce secteur. Entre 2021 et 2024, le gouvernement américain a financé au moins 24 projets de minéraux critiques et de matériaux, dont cinq au Canada, conjointement avec le gouvernement canadien. Au début de 2024, Ottawa avait aussi financé au moins cinq autres projets.

Si le Canada est désireux de s’associer aux États-Unis pour la mise en valeur des ressources minières, il a pris des mesures ces derniers mois pour mettre en place quelques garde-fous à l’égard de ses actifs dans un monde qui adopte une approche plus transactionnelle et qui devient plus imprévisible. En mars 2025 , le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, responsable de l’examen des investissements du Canada, a élargi les critères pour l’examen de la sécurité nationale pour y inclure la sécurité économique, dans le cadre d’une démarche qui semble viser les États-Unis. Et en avril 2025, le gouvernement de l’Ontario a mis en œuvre de nouvelles mesures pour empêcher les entreprises ou gouvernements étrangers de revendiquer les minéraux critiques de l’Ontario.

Avoir accès au capital géostratégique

Pour réduire davantage les risques liés à ses ressources, le Canada devrait faire appel à une grande variété de capitaux qui sont à la recherche d’actifs stratégiques.

Le secteur minier canadien attire déjà d’importants capitaux. Selon la base de données sur les grands projets de Ressources naturelles Canada, plus de 100 projets miniers et minéraliers d’envergure se trouvent actuellement à différents stades de développement au Canada (annonce, examen en cours, approbation ou construction), pour une valeur de plus de 107 milliards de dollars de capitaux. Et la liste s’est sensiblement allongée ces dernières années, compte tenu de l’intérêt accru pour les ressources canadiennes.
Mais d’où proviendront ces capitaux ?

En préparation de projets d’exploitation futurs, les sociétés minières pourraient tirer parti de quatre sources de capitaux : l’autofinancement, les marchés boursiers mondiaux, les entités appartenant à un État étranger et les fonds souverains; chacune d’entre elles correspond à un horizon d’investissement et un appétit pour le risque différents.

Les capitaux étrangers sont déjà une caractéristique bien établie du secteur minier canadien, puisqu’ils représentent environ 40 % à 45 % des investissements effectués dans ce secteur au cours des dernières années.

Répartition des capitaux dans le secteur minier canadien

Autofinancement : Au cours des deux dernières décennies, la mobilisation de capitaux pour le secteur des minéraux a été difficile, car les sociétés minières et minéralières ont été à la traîne à la fois de la marchandise sous-jacente et de l’indice général. En ce qui concerne les actions, cette sous-performance est encore plus prononcée sur une base ajustée au risque, compte tenu des faibles fluctuations de l’indice composé S&P/TSX et de l’indice S&P 500.

Cette situation est devenue un important problème de financement pour les entreprises. Cependant, un nouveau supercycle des marchandises, alimenté par la dynamique géopolitique et la transition énergétique, pourrait raviver l’intérêt des investisseurs pour le secteur.

Malgré la sous-performance du marché, les sociétés minières canadiennes sont généralement bien placées pour financer partiellement leurs projets. Le secteur bénéficie d’une grande solidité financière et d’une grande rigueur, comme en témoigne son ratio dépenses en immobilisations / flux de trésorerie de 0,7x au cours des 12 derniers mois (contre un ratio de 1x au cours des dix dernières années), ce qui montre que des fonds sont disponibles pour investir, tandis que le fardeau de la dette a également considérablement diminué ces dernières années.

En fin de compte, les sociétés métallurgiques et minières de l’indice S&P/TSX ont accumulé 14 milliards de dollars de liquidités excédentaires au cours des 12 derniers mois, prêtes à être déployées à l’échelle mondiale . Bien que le Canada puisse attirer une partie de ces capitaux, les entreprises devront tout de même faire appel à d’autres sources de capitaux pour financer leurs projets.

Le rendement inférieur des métaux depuis 20 ans entrave le potentiel de mobilisation de capitaux

Marchés boursiers : Les marchés boursiers publics restent une source de capitaux viable. Les nouvelles émissions d’actions de sociétés représentent aussi une option attrayante pour les capitaux institutionnels et occidentaux, dont plus de 90 % sont constitués de fonds en gestion passive ou de fonds de positions acheteur. Si l’appétit des investisseurs pour le risque a été modéré, de nouveaux facteurs macroéconomiques et géopolitiques, combinés au bilan solide des entreprises, pourraient modifier l’humeur des investisseurs.

Sociétés d’État et fonds souverains : La pérennisation de certains de ces projets à longue période de gestation nécessite des acteurs géopolitiques qui ont une vision à long terme des ressources stratégiques. Ils sont déjà à l’affût : entre 2022 et 2024, nous estimons qu’environ 20 % des fusions et acquisitions dans le secteur minier mondial ont été effectuées par des fonds souverains. La part des transactions liée à des sociétés d’État était presque certainement plus élevée, puisque la majorité des 18 % de transactions mondiales attribuables à la Chine aurait été effectuée par l’intermédiaire des sociétés d’État de ce pays.

Le capitalisme d’État ne se limite pas aux fonds souverains et pourrait inclure des entreprises liées aux gouvernements ou soutenues par ces derniers.

Parmi ces entités appartenant à l’État, tous les acteurs ne sont pas considérés comme présentant un risque géopolitique élevé, comme ceux de la Chine, en termes de menace de contrôle du marché ou de transfert de la propriété intellectuelle en matière de minerais. Les fonds d’infrastructures d’énergie propre liés aux caisses de retraite publiques, aux fonds souverains ou aux grandes sociétés de capital-investissement sont aussi en quête d’occasions dans le secteur minier. Les caisses de retraite canadiennes bien capitalisées pourraient également jouer un rôle à cet égard.

D’autres investisseurs bien nantis, comme les fonds souverains du Moyen-Orient et les entités appartenant à un État, pourraient se montrer plus actifs à l’avenir. Bien qu’ils constituent une importante source de capitaux, ils pourraient poser des problèmes de sécurité, en raison par exemple de changements dans les alliances géopolitiques ou de querelles diplomatiques bilatérales, comme le conflit diplomatique entre le Canada et Riyad en 2018 au sujet du bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne.

Contenir la Chine

Les questions relatives à la sécurité des actifs stratégiques ne doivent pas être sous-estimées et ne feront que gagner en importance, comme en témoigne le bras de fer entre Washington et Pékin au sujet des chaînes d’approvisionnement. Alors que le président Trump s’apprête à signer des accords commerciaux avec plusieurs pays, il pourrait exercer des pressions sur ces derniers pour qu’ils éliminent les capitaux chinois de leurs chaînes d’approvisionnement minières.

Cette situation ne serait pas vraiment sans précédent. Les inquiétudes concernant les capitaux chinois ont amené l’administration américaine précédente de Joe Biden à renforcer son examen interne des nouveaux investissements chinois dans les minéraux critiques et d’autres secteurs stratégiques. [i]  Dans le passé, Washington a aussi exprimé des préoccupations plus générales concernant les nouveaux investissements chinois dans ses pays alliés, faisant pression sur ses proches partenaires commerciaux, le Canada et le Mexique, pour qu’ils renforcent leurs processus d’examen.

Renforcer la Loi sur Investissement Canada
Cette situation a déjà entraîné un changement dans la manière dont le Canada a traité les investissements chinois ces dernières années. En 2022, les dispositions relatives à la sécurité nationale de la Loi sur Investissement Canada ont été appliquées pour exiger la cession des investissements chinois dans trois entreprises canadiennes de minéraux critiques ayant des activités d’extraction de lithium. Ce faisant, le secteur des minéraux critiques a été désigné pour faire l’objet d’un examen plus approfondi de la part du gouvernement.

D’autres modifications apportées au cours de la dernière année permettent au gouvernement fédéral de procéder à un examen de sécurité nationale pour tout nouvel investissement étranger au Canada, et pas seulement pour ceux qui ont des participations majoritaires, et d’examiner de plus près les investissements d’entités appartenant à un État, ce qui vise principalement la Chine.

Ces modifications ont également précisé que les actifs étrangers des entreprises canadiennes entraient dans le champ d’application de l’examen dans le cadre de la Loi sur Investissement Canada en cas d’acquisition d’une entité appartenant à un État étranger.

Portée élargie du Canad

Combiné au fait que le Canada présente une forte concentration en sociétés minières – la Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX représentent 40 % des sociétés minières publiques de la planète et accueillent plus de 1 000 inscriptions –, cela signifie que la Loi sur Investissement Canada représente un outil puissant pour contrôler certains investissements chinois à l’étranger. Le Canada a récemment fait valoir cette autorité, deux entreprises canadiennes ayant tenté de modifier leur domiciliation afin d’éviter l’examen de la Loi.

Dans le cas d’une rupture significative avec la Chine, le président Trump pourrait chercher à rendre la participation aux chaînes d’approvisionnement centrées sur les États-Unis conditionnelle à une élimination plus large des investissements chinois par le Canada. D’une part, cela pourrait inciter le Canada à tester les pouvoirs dont il dispose en vertu de la Loi sur Investissement Canada. Cela pourrait aussi remettre en question d’anciens investissements réalisés par des sociétés d’État chinoises dans de grandes sociétés minières canadiennes (voir la section Gestion d’anciens investissements chinois).

Toutefois, si on provoquait la Chine, celle-ci pourrait riposter contre le Canada en fermant ses marchés à certaines exportations, comme elle l’a fait en mars en imposant des droits de douane sur le canola canadien, ou en utilisant comme arme sa chaîne d’approvisionnement.

Même si les capitaux de la Chine ou les accords d’approvisionnement à long terme ne sont plus les bienvenus dans le secteur minier canadien, la Chine reste un important fournisseur de pièces et d’équipements industriels. Les gouvernements occidentaux pourraient remplacer l’équipement chinois au fil du temps, mais il s’agirait d’une embûche en ce qui concerne l’exploitation des ressources. Le récent recul de M. Trump en ce qui concerne les droits de douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir l’importance des matériaux chinois au sein de l’économie mondiale.

Participations chinoises notables

Occasions d’investissement au Canada

Le monde considère le Canada comme un acteur stable et fiable dans le domaine des produits de base, qui l’aidera à diversifier son approvisionnement dans ce domaine. Il s’agit également d’une occasion générationnelle pour les provinces et le gouvernement fédéral d’exploiter des ressources riches en or (vital en tant que valeur refuge), en cuivre, en fer et en minéraux critiques. La mise en œuvre d’une stratégie, d’investissements et des mesures de sécurité appropriés peut contribuer à l’essor du secteur minier canadien.

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Les relations commerciales houleuses entre les États-Unis et la Chine a propulsé les minéraux critiques à l’avant-scène. En fait, les terres rares, ces 17 éléments aux propriétés physiques et chimiques qui en font des composantes essentielles à certaines des technologies les plus cruciales au monde, ont été la plus récente arme de l’arsenal commercial de la Chine contre les États-Unis.

Au terme de récentes négociations commerciales avec les États-Unis, la Chine a exprimé sa volonté de revenir sur les restrictions à l’exportation des terres rares qu’elle avait annoncées en avril. Toutefois, cette menace a de nouveau souligné la dépendance collective de l’Occident à l’égard de la Chine. En septembre 2020, la première administration Trump a signé un décret qui insistait sur la dépendance préoccupante du pays à l’égard de la Chine en ce qui concerne les terres rares et a appelé à une augmentation de la production nationale. Même si les tentatives des États-Unis de rapatrier l’offre sont couronnées de succès, leur production ne représentera qu’une fraction de celle de la Chine, ce qui fait de la collaboration internationale, y compris avec le Canada, une exigence absolue.

Sept chiffres illustrent la situation actuelle – et le rôle potentiel du Canada.

67 %

Part de la production minière mondiale de terres rares provenant de la Chine. Si les États-Unis produisent 11 % du total mondial, soit la deuxième plus grande quantité, ils exportent la quasi-totalité de leur production aux fins de transformation. Les États-Unis étaient autrefois le premier producteur mondial de terres rares, mais ils perdent des parts de marché depuis les années 1980, la Chine dominant la production mondiale depuis lors. Le Canada a produit des terres rares par le passé, mais aucune exploitation minière n’y a lieu à l’heure actuelle.

Les États-Unis ont pris du retard dans la production de terres rares 
depuis les années 1980

99 %

Part du contrôle chinois sur la séparation et le traitement des terres rares lourdes. Les terres rares lourdes, telles que le terbium, permettent aux aimants de terres rares de fonctionner dans des applications à plus haute température, y compris certaines technologies de défense, sans perte de rendement. La Chine contrôle également 90 % des terres rares légères, y compris le néodyme, qui sont également des composantes clés des aimants. Des pays comme l’Estonie et le Canada disposent ou développent des capacités de séparation et de traitement des terres rares légères et lourdes.

92 %

Part du contrôle chinois dans la fabrication mondiale d’aimants de terres rares. Si les terres rares sont utilisées sous diverses formes (poudres pour le polissage de l’équipement optique, catalyseurs dans le raffinage du pétrole), elles servent également à fabriquer les aimants permanents les plus puissants du monde. Ces aimants sont utilisés dans les technologies à très haut rendement, notamment dans les avions militaires, les sous-marins et les produits électroniques, et sont difficiles à remplacer.

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Nombre d’entités américaines vers lesquelles les exportations de terres rares ont été interdites par la Chine en avril, tandis que les tensions commerciales s’intensifiaient entre les deux pays. Quinze de ces entités étaient liées à la fabrication de technologies de défense.

439 millions de dollars US

Montant dépensé par le ministère américain de la Défense depuis 2020 pour renforcer sa chaîne logistique nationale en terres rares.

22 millions de dollars

Ce que les États-Unis ont investi dans les entreprises canadiennes de traitement des terres rares depuis 2023. Le Canada est considéré comme une « source nationale » de minéraux critiques en vertu de la Defense Production Act (DPA) des États-Unis sur la production de défense, de sorte que les entreprises canadiennes peuvent bénéficier d’investissements en vertu du Titre III de la DPA.

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Projets de terres rares au Canada actuellement en phase d’exploration, d’estimation des ressources ou d’évaluation économique préliminaire. Il existe également trois installations de séparation et de traitement et deux usines de recyclage des terres rares. Pour tirer parti de cette occasion, quelques éléments pourraient accélérer les choses. 1/ Investissements publics : Le financement provincial en Saskatchewan, par exemple, a permis de rapprocher les installations de traitement des terres rares de la commercialité. Le soutien des pouvoirs publics pourrait également contribuer à accélérer les projets. 2/ Assurer l’écoulement des produits de terres rares : Comme le mentionne Le nouveau grand jeu, des décennies de politique industrielle et de percées technologiques ciblées ont laissé les fabricants occidentaux en concurrence avec des produits moins coûteux tout en étant assujettis à des normes environnementales plus strictes. La garantie d’un écoulement à des prix concurrentiels pourrait aider le secteur canadien des terres rares à s’implanter.

Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre, Institut d’action climatique RBC

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Une révolution de la recharge ultrarapide est à nos portes.

Les géants chinois des véhicules électriques (VE) BYD et CATL se sont récemment fait remarquer avec le dévoilement de batteries pouvant être chargées en cinq minutes – jusqu’à cinq fois plus vite que celles de concurrents – pour récupérer 520 kilomètres d’autonomie.

Ces batteries révolutionnaires pourraient-elles changer la donne et ouvrir la voie à une adoption plus généralisée des VE au Canada et ailleurs ? Autre question tout aussi importante : les réseaux électriques pourront-ils répondre à une demande accrue en énergie si cette technologie arrive au Canada au cours des prochaines années ?

Un point tournant ?

Une recharge de cinq minutes pourrait répondre à deux des trois principales préoccupations exprimées par les consommateurs qui envisagent l’achat d’un VE : l’angoisse de la panne et l’accès à des bornes de recharge publiques (la troisième étant l’abordabilité). Selon un sondage de J.D. Power mené en 2024, 68 % des Canadiens craignaient que leur VE tombe en panne de batterie sur la route. Dans un autre sondage mené auprès de conducteurs de VE, jusqu’à 50 % des répondants se sont dits préoccupés par les files d’attente aux bornes de recharge publiques et le long temps de recharge (30 minutes en moyenne). Une batterie pouvant être rechargée en cinq minutes et offrant une plus grande autonomie pourrait bien être la solution qui convaincra les propriétaires potentiels d’un VE de faire le saut.

Le nouveau système de recharge en cinq minutes de BYD : 4 à 5 fois plus rapide que ceux de concurrents

Les trois principaux obstacles à la recharge en cinq minutes

Voici l’incidence que la recharge ultrarapide pourrait avoir sur les réseaux électriques canadiens :

  • Elle sollicite intensément le réseau électrique : Contrairement à la recharge traditionnelle, qui s’étale sur plusieurs heures, la recharge rapide provoque d’importants pics de consommation qui pourraient surcharger les réseaux électriques. 1 000 kW de puissance sont nécessaires pour recharger en quelques minutes un VE moyen doté d’une batterie de 80 kWh. Cette quantité d’électricité, suffisante pour alimenter 800 foyers pour une période équivalente, accroît considérablement la demande énergétique imposée au réseau, surtout si la recharge a lieu pendant les heures de pointe.

  • L’expansion du réseau électrique constitue en elle-même un défi inédit : L’expansion des réseaux de distribution régionaux, la modernisation des postes électriques locaux et l’amélioration des interconnexions afin d’augmenter leur résilience face aux hausses localisées de la demande sont les principaux défis posés par la recharge ultrarapide. De plus, les lignes de distribution devront être prolongées de 55 000 à 85 000 kilomètres d’ici 2030. Pour ce faire, le rythme de construction d’infrastructure actuel devra être accéléré de 30 % à 100 %.

  • Un réseau à l’épreuve de l’avenir devra nécessairement être décentralisé : Il ne suffit pas de développer les actifs de réseaux centralisés pour répondre aux augmentations soudaines et localisées de la demande. Ces dernières exigent aussi l’ajout de ressources énergétiques décentralisées (RED), comme des miniréseaux et des panneaux solaires résidentiels, ainsi qu’une plus grande numérisation du réseau. Par ailleurs, avec une infrastructure plus moderne, les RED pourraient fonctionner comme des centrales électriques pendant les périodes de pointe.

Farhad Panahov est économiste à l’Institut d’action climatique RBC.

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Énergie. Géopolitique. Commerce international.

Ces trois thèmes étaient au cœur des discussions lors du Global Energy Summit 2025 de l’Université Columbia la semaine dernière. Les droits de douane et les politiques commerciales ont dominé le sommet en raison de leurs répercussions importantes sur l’offre et la demande d’énergie d’Amérique du Nord. Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Institut d’action climatique RBC, y assistait, et revient sur les cinq enjeux qui ont marqué le sommet de cette année.

Les enjeux énergétiques se complexifient

La réorientation des échanges commerciaux dans le but d’atteindre des résultats économiques précis (réduction du déficit commercial, relocalisation de la production) pourrait accentuer les risques liés aux prix en fracturant l’équilibre entre l’offre et la demande de certaines matières premières essentielles. Il est clair que les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et, possiblement, le cuivre – tous essentiels aux infrastructures énergétiques – entraînent une différenciation régionale des prix. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les prix de l’aluminium aux États-Unis ont fortement augmenté par rapport aux prix européens, une conséquence directe des droits de douane imposés par l’administration Trump. De manière similaire, l’écart entre les prix de l’acier laminé à chaud du Midwest américain (1 075 $ US/tonne) et ceux du nord de l’Europe (715 $ US/tonne) a augmenté pour atteindre environ 360 $ US/tonne, comparativement à 150 $ US/tonne en début d’année.

Prix de l'aluminium, dernière année

Sur le plan géopolitique, les risques s’étendent désormais au-delà du simple risque d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient auquel nous sommes confrontés depuis un demi-siècle. Les sphères d’influence peuvent redéfinir les dynamiques de l’offre et de la demande, en particulier pour le gaz naturel liquéfié et les minéraux critiques. Ces nouvelles restrictions commerciales à motivation politique réduisent la capacité des marchés mondiaux à absorber les chocs au chapitre de l’offre ou de la demande, ces chocs étant désormais de plus en plus délibérés dans un contexte de commerce mondial instrumentalisé (gaz russe, chaînes d’approvisionnement chinoises, marché américain).

Quelle hégémonie énergétique ?

L’administration américaine promettait d’assurer la suprématie énergétique des États-Unis, mais les faits démontrent qu’elle semble avoir fait exactement l’inverse. Au chapitre du pétrole, les stratégies américaines en matière de droits de douane et d’échanges commerciaux ont fait tomber les prix sous les niveaux observés pendant la majorité de la présidence de Joe Biden. Le prix WTI est tombé sous les 60 $ US le baril à deux reprises la semaine dernière. Ce seuil étant considéré comme le point d’équilibre du gaz de schiste américain, les producteurs pourraient bien décider de ralentir leurs activités de forage. Selon S&P Global, un prix de 50 $ US le baril pourrait motiver une chute de 1 million de barils par jour de la production américaine. Pendant ce temps, l’OPEP continue d’augmenter sa production.

Prix du pétrole brut WTI, quatre dernières années

Le désir constant de réduire les fonds alloués aux programmes et projets en vertu de la loi sur la réduction de l’inflation, même les crédits d’impôt considérés comme favorables à l’industrie pétrolière (comme les crédits d’impôt 45Q pour la capture du carbone), fait aussi obstacle au développement des énergies renouvelables aux États-Unis. Enfin, les inquiétudes concernant l’inflation des coûts d’approvisionnement (droits de douane sur l’acier et l’aluminium) et l’incertitude générale relative au marché et à l’économie ont créé des conditions particulièrement difficiles pour l’investissement de capitaux.

Les frictions commerciales liées au climat sont toujours bien présentes

Avec la lente agonie de l’OMC et les droits de douane « réciproques » de Trump, les conditions commerciales préférentielles offertes aux pays en développement (taux de douane « autorisés » plus élevés) disparaissent. Il faut ajouter le climat à la liste des enjeux, car les pays imposent des mesures commerciales liées au climat pour renforcer leur compétitivité économique.

En Europe, le mécanisme d’ajustement au carbone aux frontières (MACF) protège les politiques climatiques intérieures. Aux États-Unis, une taxe sur la pollution aux frontières exploite l’avantage carbone de l’Amérique, notamment vis-à-vis de la Chine. Le Royaume-Uni et l’Australie envisagent de mettre en place leurs propres ajustements carbone aux frontières.

Les politiques intérieures en matière de carbone sans mesure commerciale climatique (comme le MACF) sont presque certainement vouées à l’échec sur le plan politique. Il semble toutefois peu probable que les pays en développement puissent instaurer des prix du carbone s’apparentant à ceux du système d’échange de droits d’émission de carbone de l’Union européenne – au sein duquel le prix du carbone a augmenté au cours des deux dernières décennies – en l’espace de seulement quelques années. Cette situation risque d’accentuer les tensions commerciales liées au climat entre le Nord et le Sud.

Réduction du déficit commercial

Aux yeux de M. Trump, des droits de douane « réciproques » garantissent une relation commerciale équilibrée. Pour les partenaires commerciaux, une relation commerciale équilibrée est à peu près tout ce que l’on peut espérer dans la vision de l’« America First » (l’Amérique d’abord) du président américain. Les partenaires commerciaux seront bien servis s’ils parviennent à faire meilleure place aux exportations américaines de marchandises.

Le gaz naturel liquéfié des États-Unis semble promis à un bel avenir. Selon les prévisions de RBC Marchés des Capitaux présentées ci-dessous, le pays devrait dépasser le Qatar et devenir le plus grand exportateur de GNL au monde d’ici 2030. Pour les grands acheteurs de GNL qui affichent d’importants excédents commerciaux avec les États-Unis (l’Union européenne, le Japon, la Corée, l’Inde), l’augmentation de leurs achats de GNL pourrait constituer une stratégie gagnante.

Le Qatar maintient l'emprise sur le marché, mais les États-Unis prend la part du lion en 2030

Pôles d’IA et flux de données transfrontière

Les pays disposant d’électricité abondante et bon marché sont les mieux positionnés pour se lancer dans la construction de centres informatiques. Il en résultera probablement des « pôles » d’approvisionnement centrés sur la production d’énergie renouvelable, compte tenu des engagements climatiques des entreprises technologiques. Il est de plus en plus évident que le Canada, les États-Unis et le Moyen-Orient deviendront des pôles de déploiement de l’intelligence artificielle américaine.

Mais quelles seront les conséquences pour les flux de données ? Le protectionnisme en matière d’hébergement (colocation) persistera probablement, mais il faudra s’entendre sur les transferts de données transfrontière résultant des capacités informatiques (centres de données à très grande échelle). Ce sujet devrait revenir sur la table lors de la renégociation de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada en 2026.

Shaz Merwat est responsable principal, Politique énergétique, Institut d’action climatique RBC.

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À quel point les États-Unis dépendent-ils de l’électricité canadienne pour alimenter les foyers et les entreprises américaines ? L’électricité constituera-t-elle un levier de négociation pour Ottawa lors de ses pourparlers commerciaux avec Washington ?

Ces questions se sont imposées après que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford eut imposé une surtaxe de 25 % sur l’électricité exportée vers les États frontaliers de New York, du Michigan et du Minnesota – surtaxe qu’il a ensuite suspendue lorsque Donald Trump a menacé de doubler les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens. L’Accord États-Unis–Mexique–Canada prévoit une élimination des droits de douane sur l’électricité circulant entre le Canada et les États-Unis. C’est pourquoi le gouvernement de l’Ontario a frappé les importations d’électricité d’une surtaxe, soit une taxe à l’exportation de facto.

Bien que l’Ontario ait retiré sa riposte (pour le moment), cet épisode met en lumière le poids de l’électricité canadienne dans la dynamique des échanges commerciaux transfrontière. Nous nous sommes penchés sur le commerce de l’électricité au sein du continent afin de déterminer si l’électricité constituera un avantage pour Ottawa lors de ses négociations avec Washington.

Alimenter les États-Unis
Exportations d’électricité du Canada vers les États-Unis, par État (2024)

Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC

Quatre provinces dominent

L’année dernière, le Canada a fourni 35 térawattheures (TWh) d’électricité aux États-Unis. Ces exportations, qui représentent moins de 2 % de la production totale d’électricité américaine, ont injecté 3,4 milliards de dollars dans l’économie canadienne. Or, certains États sont plus dépendants de l’énergie canadienne que d’autres.

Le mouvement de l’électricité à l’intérieur du continent, comme celui des biens physiques, suit un axe nord-sud. Comptant ensemble pour 86 % des exportations, le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba dominent le commerce de l’électricité entre le Canada et les États-Unis.

Jusqu’en 2022, le Québec était le plus important exportateur d’électricité, produisant un tiers des exportations canadiennes. Si la province a récemment été surpassée par l’Ontario, c’est surtout en raison d’une baisse de sa production hydroélectrique engendrée par des sécheresses, et non à une hausse du nombre de térawattheures exportés par l’Ontario vers des États frontaliers.

Par ailleurs, la circulation ne se fait pas à sens unique. En effet, il arrive que les États-Unis exportent de l’électricité vers le Canada. Les quatre provinces susmentionnées reçoivent la majeure partie de ces importations, particulièrement en période de sécheresse ; 95 % (21 TWh) des importations totales d’électricité américaine leur sont destinées. La Colombie-Britannique est le plus grand acheteur d’électricité américaine, représentant 57 % des importations. Si l’on fait abstraction des sécheresses et de la pénurie en Colombie-Britannique, laquelle sera réglée lorsque le barrage hydroélectrique du Site C atteindra sa pleine capacité plus tard cette année, la consommation annuelle d’électricité américaine par le Canada pourrait être réduite de dix fois pour s’établir à environ 2 TWh.

Le Canada fournit aux États-Unis suffisamment d’électricité pour alimenter 3,4 millions de foyers par an
Exportations d’électricité par province (2024)

* Les chiffres sont fondés sur la consommation annuelle moyenne d’énergie par foyer.

Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC

Le Maine et le Minnesota sont les plus dépendants du Canada

La puissance de l’électricité comme outil de négociation dans les pourparlers commerciaux est fonction de la part de marché de chaque province dans les différentes régions américaines.

Bien que l’électricité produite par le Nouveau-Brunswick n’ait compté que pour 11 % des exportations canadiennes en 2023, ces 5,5 TWh d’énergie ont comblé 44 % des besoins du Maine. Si l’on ajoute à cela les importations en provenance du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, la part de l’électricité canadienne dans la consommation de l’État atteint 64 %.

De même, le Minnesota a importé du Manitoba 13 % de sa consommation d’électricité en 2023, et ce chiffre devrait augmenter cet été. Le Midcontinent Independent System Operator (MISO), qui supervise les transmissions d’électricité dans plusieurs États du Midwest, dont le Minnesota, prévoit une pénurie, invoquant la convergence de différents événements : la mise au rancart des centrales au charbon, une hausse de la demande et une entrée en activité de nouvelles centrales électriques plus lente que prévu.1

Les opérateurs de système voisins, Southwest Power Pool et PJM Interconnection sont limités dans leur capacité à fournir de l’énergie supplémentaire, car leurs propres réseaux de distribution font face aux mêmes difficultés.2 Cette situation pourrait accroître la dépendance du Minnesota à l’égard du réseau du Manitoba.

En position de faiblesse ?

Le Québec et l’Ontario ne peuvent pas autant miser sur l’électricité. Bien que l’Ontario couvre 6 % des besoins en électricité du Michigan, une grande partie de cette électricité est acheminée vers des États voisins, principalement l’Ohio et l’Indiana. Pour sa part, l’État de New York dépend du Québec et de l’Ontario pour 6 % de son électricité.

Les États américains pourraient-ils facilement passer à des solutions de rechange si le Canada impose de nouvelles surtaxes ? New York fait partie du Northeast Power Coordinating Council (NPCC), qui comprend, en plus du Québec et de l’Ontario, six États de la Nouvelle-Angleterre qui pourraient devenir des fournisseurs viables. Toutefois, on prévoit que la croissance de la demande dans la région du nord-est devrait entraîner une pénurie de l’offre d’ici 2026.

Si l’Ontario et le Québec veulent pouvoir compter sur l’électricité comme monnaie d’échange dans leurs négociations avec l’administration américaine, ils devront adopter une stratégie coordonnée. Cela pourrait s’avérer difficile pour le Québec, car Hydro-Québec a conclu avec l’opérateur de système indépendant de l’État de New York une entente qui pourrait limiter sa capacité à modifier ses conditions de service et ses tarifs.

Points à surveiller

Le gouvernement de l’Ontario affirme que des surtaxes pourraient toujours être appliquées en réponse à d’éventuelles mesures commerciales prises par Washington. Les États-Unis prévoyant d’imposer des droits de douane réciproques le 2 avril, la province pourrait à nouveau mettre à exécution cette menace, comme elle l’a brièvement fait le 10 mars.

En outre, un été chaud pourrait encore renforcer la position de l’Ontario. Sans l’électricité canadienne, les États américains pourraient peiner à maintenir l’éclairage et la climatisation cet été, leurs réseaux étant déjà fort sollicités. Il pourrait bien s’agir du plus important levier de négociation pour l’Ontario et les autres provinces.

Mais bien plus qu’un outil contondant, le commerce de l’électricité constitue un atout stratégique dont le Canada peut se servir pour renforcer sa coopération énergétique avec les États-Unis tout en assurant la stabilité des deux économies.

Myha Truong-Regan est cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC.

1. Rapport sur l’état de fiabilité à long terme 2024 de la NERC

2. Ibid


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La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a éclaté : les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, évaluées à 24 milliards de dollars par année1, seront taxées à hauteur de 25 % à compter d’aujourd’hui. Voici cinq thèmes à surveiller alors que les deux économies se préparent aux retombées de ces impôts :

1. Il est peu probable que ces droits de douane revigorent la production américaine

Lorsque les États-Unis ont imposé des droits de douane pour la première fois au titre de l’article 232, en 2018, en réponse à des préoccupations de sécurité nationale, la capacité de production américaine d’acier et d’aluminium n’a pas augmenté de façon significative (hausse de 7 % et de 4 %, respectivement)2. Il est fort probable que ce scénario se répète. L’industrie sidérurgique américaine se heurte à un problème beaucoup plus grand alors que la Chine inonde les marchés mondiaux de l’acier de ses excédents de production, ce qui limite la capacité des producteurs américains à accroître la production nationale. L’offre excédentaire mondiale a atteint 560 millions de tonnes (soit 6 fois la consommation des États-Unis) en 2024. En outre, 157 millions de tonnes supplémentaires en provenance de nouvelles capacités à fortes émissions de carbone devraient arriver sur le marché d’ici 2026, principalement depuis l’Asie3. Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane au titre de l’article 232, les importations totales des États-Unis (en poids) ont baissé de 15 % pour l’acier et de 13 % pour l’aluminium par rapport à 2018. Les importations nettes d’acier aux États-Unis demeurent à un niveau de 13 % de la consommation nationale, tandis que les importations nettes d’aluminium sont structurellement plus élevées, représentant 47 % de la consommation. Cependant, la consommation américaine totale a fléchi de près de 10 % pour ces deux métaux depuis 2018, ce qui explique pourquoi la dépendance à l’importation n’a pas reculé autant que ce qui transparaît dans les chiffres bruts4. Cela est mis en évidence dans les tableaux 1 et 2.

Tableau 1 : Stagnation de la consommation et des importations nettes d’acier aux États-Unis

United States Geological Survey, Leadership avisé RBC

Tableau 2 : Les États-Unis demeurent fortement dépendants de l’aluminium importé

Source : United States Geological Survey, Leadership avisé RBC

2. L’accès de la Chine au marché américain est difficile à mesurer

La définition de l’acier est compliquée à établir, étant donné les centaines de lignes tarifaires du Système harmonisé correspondant aux codes 72, qui définissent le fer et l’acier, et aux codes 73 qui définissent les produits basés sur le fer et l’acier. Les codes du Système harmonisé (« codes SH ») classifient les produits aux fins du commerce international afin de faciliter les formalités douanières et administratives. Les États-Unis ont réussi à fermer une grande partie de leur marché à l’acier chinois (selon les définitions des codes SH 72), qui ne représente que 490 millions de dollars dans les importations américaines en 2024, soit environ 1,6 % du total des importations5. Toutefois, les exportations chinoises d’acier vers le Mexique et le Canada sont plus de trois fois supérieures, avec un montant estimatif de 1,7 milliard de dollars (au total) en 2024, soit 8 % des importations totales de chaque pays6. Ce chiffre est à la hausse, et il a plus que doublé depuis 2017. Si nous incluons les exportations chinoises transitant officieusement par des pays alliés (Vietnam, Thaïlande, Indonésie, entre autres), le total des exportations chinoises officielles et officieuses vers le Mexique et le Canada a probablement dépassé les 2,5 milliards de dollars. Naturellement, les États-Unis ont fait part de leurs préoccupations aux deux pays. Toutefois, derrière leurs soi-disant « préoccupations », les États-Unis importent directement de Chine de l’acier et des produits à base d’acier pour une valeur de 14 milliards de dollars (codes SH 72 et 73 combinés), ce qui représente un quart de leurs importations totales d’acier et de produits à base d’acier7. En comparaison, l’acier et les produits à base d’acier chinois ne représentent que 10 % des importations canadiennes et mexicaines, respectivement8. Dans l’ensemble, la sécurité nationale des États-Unis s’est considérablement améliorée, car plusieurs pays alliés comme le Canada, le Japon, la Corée du Sud et le Mexique ont augmenté leurs livraisons d’acier et d’aluminium aux États-Unis au cours des six dernières années au détriment de la Chine. Plus précisément, le total des importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance de pays exemptés a augmenté en valeur de 51 % en 2018 à 57 % en 2024, avec un déclin correspondant de 44 % à 36 % pour la Chine et ses alliés – soit une variation nette de +14 % (voir le tableau 3)9.

Tableau 3 : Les pays alliés ont accru leur part de marché aux États-Unis au détriment de la Chine

Sources : U.S. International Trade Commission, Leadership avisé RBC

3. Malgré toutes les discussions sur la Chine, le Canada est devenu la cible numéro un

D’un point de vue fondamental de marché, les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium vers les États-Unis ont augmenté de 35 % depuis 2018 pour s’établir à 17,7 milliards de dollars américains. Ce rythme de croissance est supérieur à la moyenne mondiale, les dernières années dépassant de loin les taux de croissance historiques du Canada. Par conséquent, l’excédent commercial d’acier et d’aluminium du Canada par rapport aux États-Unis a plus que doublé par rapport à 2018, passant à plus de 9 milliards de dollars américains l’an dernier10. Cependant, le Mexique et le Vietnam ont tous deux augmenté leurs exportations au cours de la même période, tant en valeur absolue (11,8 milliards de dollars et 4,9 milliards de dollars, respectivement) que sur une base relative (+62 % et +410 %)11. Le bond des volumes vietnamiens pourrait être particulièrement inquiétant pour l’administration américaine et justifier une hausse des tarifs. Cependant, la nature réciproque des guerres commerciales s’est traduite par le fait que le Canada est souvent ciblé – peut-être au-delà des réalités fondamentales du marché. Enfin, en ce qui concerne le Canada, les États-Unis sont également préoccupés par la forte présence du groupe luxembourgeois ArcelorMittal au Canada, cette société produisant probablement la moitié de l’acier canadien. La société a également établi un partenariat stratégique avec China Oriental Group et détient 37 % des actions de la société.

4. Il sera difficile d’obtenir des exemptions pour le Canada

Bien qu’il existe encore une chance pour que Trump accorde un sursis au Canada, ce dénouement demeure peu probable. Tout d’abord, le durcissement de la position canadienne, faisant état de droits de douane réciproques, crée un climat de négociation plus difficile. Deuxièmement, il est peu probable que les grandes sociétés américaines se battent pour le Canada, étant donné que les droits de douane sont imposés à des secteurs spécifiques et qu’ils sont moins perturbateurs pour l’économie, relativement aux droits de douane généraux. Enfin, nous avons eu une expérience comparable par le passé : ce n’est qu’après la signature de l’AEUMC en mai 2019 que les droits de douane imposés au Canada en vertu de l’article 232 ont été levés, soit quatorze mois après leur entrée en vigueur. Bien que les produits canadiens puissent encore obtenir une exemption s’ils sont considérés comme irremplaçables, ce scénario est difficile à envisager au vu des données disponibles. Dans le domaine de l’acier, les États-Unis ne dépendent des importations nettes qu’à hauteur de 13 %. De plus, l’utilisation finale de l’acier canadien à l’échelle nationale est répartie entre divers secteurs : manufacture générale (40 %), automobile (20 %), pétrole et gaz (15 %) et construction générale (10 %)12. Il est peu probable que l’acier canadien soit utilisé aux États-Unis à des fins stratégiques qui en feraient un produit difficile à remplacer. L’aluminium canadien pourrait avoir plus de chance, étant donné que le Canada représente 75 % des importations américaines d’aluminium primaire13.

5. Les chances de réussite dépendent des concessions qui seront faites

Le temps presse maintenant pour le Canada et pour les autres partenaires commerciaux des États-Unis. Au cours des trois prochaines semaines, soit jusqu’au 2 avril, l’administration Trump cherchera à obtenir des concessions avant l’entrée en vigueur des droits de douane réciproques et l’expiration des droits de douane généraux de 25 % à l’encontre du Canada et du Mexique. Dans le passé, la Corée du Sud a « volontairement » limité ses exportations au moyen d’un mécanisme de quotas, ce qui lui a permis de bénéficier d’exclusions relativement à l’acier et à l’aluminium en vertu de l’article 232. Le Japon a entamé des négociations commerciales bilatérales pour éviter des droits de douane potentiels sur l’automobile. Le Canada et le Mexique ont tenu bon jusqu’à la signature de l’AEUMC au milieu de 2019. Le succès futur repose sur les concessions qui seront accordées aux États-Unis. Un signe peut-être encourageant est que le Canada s’apprête à changer de premier ministre, que le pouvoir passe aux mains du libéral Mark Carney ou du conservateur Pierre Poilievre. Ces deux candidats représentent une occasion de réinitialiser la relation personnelle avec le président américain. Le changement de gouvernement pourrait aussi faciliter la renégociation de l’AEUMC en suivant un plan similaire, et apaiser les tensions avec une administration Trump de plus en plus belliciste (et imprévisible).

  1. U.S. International Trade Commission (DataWeb), U.S. Federal Register
  2. U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
  3. European Steel Association (Eurofer), OECD, U.S. Geological Survey
  4. U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
  5. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  6. Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
  7. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  8. Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
  9. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  10. Ibid
  11. Ibid
  12. Statistics Canada, Symmetric input-output tables
  13. Aluminum Association of Canada

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Principales constatations

  • Dans le secteur des minéraux, le Canada représente le plus grand partenaire commercial des États-Unis et vice-versa. Le commerce bilatéral1 représente 146 milliards de dollars.
  • Sur une liste de 50 minéraux critiques identifiés, les États-Unis dépendent intégralement des importations en ce qui concerne 12 de ceux-ci et ont un solde importateur (plus de 50 %) pour 29 de ceux-ci2.
  • La Chine représente la principale source étrangère d’approvisionnement des États-Unis (un quart des minéraux critiques)3.
  • L’économie américaine pourrait fortement pâtir des perturbations de l’approvisionnement en minéraux critiques. Voici un exemple : une restriction de 30 % de l’offre de gallium pourrait entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain4.
  • L’approvisionnement de la défense représente une source de financement sous-utilisée pour les principaux minéraux critiques, en particulier le graphite, le tungstène, le scandium et le gallium.

Les soubassements d’une quatrième révolution industrielle

Les minéraux constituent le soubassement de toute économie industrielle. Acier, cuivre, aluminium… Ils posent les fondations des infrastructures économiques, civiles et de la défense. Par ailleurs, une catégorie de minéraux toujours plus nombreux est à la base des éléments indispensables de ladite « quatrième révolution industrielle » – une époque où des forces technologiques perturbatrices, mues par l’interaction personne-machine, animent la recherche, la fabrication et une économie des données en constante expansion.

Dans cette nouvelle ère, la demande pour cette catégorie de « minéraux critiques » sera stimulée par l’utilisation croissante des semi-conducteurs et des machines de traitement des données, l’adoption accrue de technologies de batteries et de nouvelles sources d’énergie, ainsi que les progrès des technologies aérospatiales et de défense. Pour le Canada, la course à la mise en valeur et à la transformation de ces minéraux ne s’arrête pas au secteur minier ; elle met en évidence un nouveau paradigme de sécurité visant à protéger et à renforcer nos intérêts économiques et nationaux dans un ordre mondial en constante évolution. Voici une partie des enjeux :

Semi-conducteurs

Les débuts de l’IA générative nous montrent à quel point nous aurons besoin d’une puissance informatique accrue. Les ventes mondiales de semi-conducteurs devraient atteindre un billion de dollars américains d’ici 2030. Les puces d’intelligence artificielle (IA) de grande puissance représenteront probablement la majorité des ventes5. À ce jour, le silicium constitue le matériau de choix, même si l’IA met ses limites thermiques à l’épreuve. Grâce à sa conductivité exceptionnelle, le nitrure de gallium (GaN) offre une amélioration de plus de 30 % du rendement énergétique des plaquettes6. Le palladium, l’arsenic, le cuivre et le cobalt interviennent également dans la fabrication de puces (placage, câblage).

Batteries

Qu’il s’agisse des véhicules électriques (VE) sur la route, de l’efficacité énergétique à domicile ou de l’entreposage de longue durée dans les sites de production d’énergie, la technologie des batteries devra s’intensifier fortement au cours des prochaines années. Une batterie de VE exige en moyenne 205 kilogrammes de lithium, de composés de cobalt, de nickel, de graphite et de manganèse7 (soit six fois celle d’un moteur à combustion interne). Selon le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la demande nord-américaine en minéraux pour batteries (transport et entreposage aux fins des services publics) quadruplera ou quintuplera probablement d’ici 2040, par rapport à aujourd’hui8.

Énergie de la région pionnière

Il est probable que la consommation de pétrole et de gaz augmentera au cours des dix prochaines années en Amérique du Nord. Nous assisterons toutefois également à une croissance beaucoup plus importante de nouvelles sources d’énergie, notamment les petits réacteurs nucléaires modulaires, la géothermie, l’énergie éolienne et l’énergie solaire. La rapide croissance de l’énergie renouvelable, qui représente maintenant environ 15 % de l’énergie mondiale9, renforce la demande de plusieurs minéraux critiques. Le silicium, l’argent et l’aluminium sont nécessaires pour les panneaux solaires, et le cobalt, le tellure et les métaux du groupe de terres rares, pour l’énergie éolienne. D’après le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la production d’électricité issue des énergies renouvelables (tant solaire qu’éolienne) en Amérique du Nord triplera au moins d’ici 2040 par rapport à celle de 2024 en raison de l’augmentation de la demande d’électricité10.

Défense

L’augmentation des dépenses de défense et de sécurité dans l’Occident, y compris au Canada, exigera beaucoup plus d’équipements lourds et de matériel ainsi que de minéraux entrant dans leur fabrication. Un char d’artillerie type nécessite plus de vingt minéraux critiques dans les systèmes11 de navigation, de communication et de combat, tandis qu’un avion à réaction F-35 compte près de 1 000 livres de métaux du groupe de terres rares12. Les batteries et les semi-conducteurs sont aussi de plus en plus importants pour les opérations militaires, tout comme les besoins plus traditionnels pour renforcer l’artillerie, la marine et l’aérospatiale (l’antimoine, le béryllium, le titane, etc.). Ensuite vient la sécurité aux frontières : le tungstène intervient dans les techniques à rayons X du secteur automobile et le germanium dans l’imagerie thermique et les lunettes de vision nocturne.

Un nouveau grand jeu

La lutte pour la suprématie technologique mondiale entre la Chine et les États-Unis prend les tournures d’une guerre des ressources minérales critiques. Il s’agit pour le 21siècle, d’un grand jeu géopolitique qui pourra bientôt rivaliser avec la course aux champs pétrolifères issue de la Seconde Guerre mondiale ou avec la lutte pour les routes commerciales qui a façonné le 19e siècle.

Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, cette guerre risque d’être remportée par la Chine. Dans les domaines des VE, de l’énergie renouvelable et des technologies avancées de défense et de la protection civile, la Chine s’avère aussi innovante que l’Amérique. Dans le monde entier, les automobiles reposent sur la technologie des batteries chinoises. Jim Farley, chef de la direction de Ford, estime que la Chine a dix ans d’avance dans la technologie des batteries, et continue d’innover13. Dans le secteur de la défense, la Chine est en mesure de mettre en place de nouveaux systèmes d’armement cinq fois plus vite que les États-Unis14.

Fait encore plus préoccupant : les États-Unis sont peu ou pas présents dans la chaîne de valeur des minéraux critiques. Le pays dépend entièrement des importations pour près d’un quart de ses 50 minéraux critiques identifiés, et à plus de 50 % des importations pour 29 minéraux15. Dans bien des cas, cette dépendance concerne la Chine. Le pays est la principale source d’importation pour un quart des minéraux critiques des États-Unis et le principal producteur mondial de seize des minéraux critiques figurant sur la liste des États-Unis16.

Comme le montre la figure 1, la Chine occupe une position dominante dans la production ou l’affinage des six minéraux critiques « de base » : le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, le cuivre et les métaux du groupe de terres rares. Au degré extrême, la Chine détient au moins 75 % des parts du marché mondial du graphite produit et affiné, des métaux raffinés du groupe de terres rares et du cobalt affiné17. La Chine contrôle en moyenne les deux tiers de la transformation ou de l’affinage de l’ensemble des six minéraux dans le monde18.

La production de minéraux critiques se caractérise par un risque de concentration important.

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Source: OCDE et Leadership avisé RBC

Et encore davantage pour l’affinage de minéraux critiques, dominé par la Chine

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Sources : OCDE et Leadership avisé RBC

Sur les marchés étrangers, les sociétés minières d’État chinoises sont fortement implantées au Pérou, en République démocratique du Congo et en Indonésie (les sociétés chinoises contrôlant près de 75 % de la capacité de nickel de l’Indonésie)19. Le pays a également établi des liens d’investissement et est le plus important partenaire commercial des producteurs et affineurs de minéraux dans pratiquement chaque pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie (Australie).

Il sera difficile de rattraper le retard dans cette ruée vers les minéraux critiques, et beaucoup plus compliqué que lors de la ruée vers le pétrole de l’Occident, pour plusieurs raisons :

  • 1.
    Les minéraux rares. Les minéraux critiques sont un ensemble varié et diversifié de minéraux traditionnels et rares, avec leurs propres processus uniques de production et d’affinage. Le processus est beaucoup plus complexe que le raffinage du pétrole brut ou le traitement du gaz naturel, dont les molécules se cantonnent dans une zone plus étroite : les composés d’hydrogène et de carbone.
  • 2.
    L’utilisation finale a beaucoup d’importance. Dans le cas des minéraux critiques, l’utilisation finale prédit le type de production et le degré d’affinage requis. Par exemple, le gallium primaire est récupéré sous forme de sous-produit de la transformation, et même de l’affinage, de la bauxite, le gallium de haute pureté étant affiné jusqu’à une pureté de 99,9999 %.
  • 3.
    La technologie. Grâce à l’expérience qu’elle a accumulée pendant des dizaines d’années, la Chine a pu innover dans le domaine des techniques d’affinage, comme le perfectionnement du processus d’extraction par solvant pour affiner les métaux du groupe de terres rares.
  • 4.
    Des ressources nationales limitées. Les États-Unis disposent de ressources nationales limitées de minéraux critiques, représentant moins de 1 % des réserves mondiales de cobalt, de nickel et de graphite et moins de 2 % de manganèse et de métaux du groupe de terres rares20.
  • 5.
    L’absence de champions régionaux. Les Sept Sœurs, ancêtres du trio d’origine britannique et américaine BP, Chevron et ExxonMobil ont créé l’industrie pétrolière. Les sept d’entre elles ont reçu d’immenses garanties politiques (et militaires) pour traverser des terres étrangères en vue de constituer des réserves. En revanche, la plupart des principales sociétés minières nord-américaines sont moins implantées à l’échelle mondiale par rapport aux grandes sociétés pétrolières américaines, surtout en aval (à l’exception peut-être de Société aurifère Barrick, de Teck Resources et de First Quantum Minerals).

Les États-Unis auront pour défi de rattraper la domination chinoise, du moins par eux-mêmes. Par conséquent, ils créent de nouvelles sphères stratégiques pour obtenir les minéraux dont ils ont absolument besoin pour assurer leur leadership technologique mondial, en ciblant des marchés sur les ressources – voire en approfondissant des relations – en Ukraine, au Groenland et au Canada. Les États-Unis pourraient même réintégrer des marchandises russes non soumises à des restrictions sur les marchés mondiaux, s’ils poursuivaient leurs propres ambitions concernant la sécurité des ressources.

Le Canada doit être au cœur de cette sphère. Le pays peut réduire le risque lié aux chaînes logistiques des minéraux critiques – en diminuant la dépendance à l’égard de la Chine, mais aussi en fournissant une capacité supplémentaire aux marchés dominés par une poignée de fournisseurs. Le Canada est un pays minier responsable et riche sur le plan géologique. Il possède un important potentiel de minéraux, notamment le nickel, le cobalt, le zinc, l’aluminium, la potasse et d’autres minéraux spécialisés comme l’indium, le graphite, le germanium et le gallium. Nous sommes aussi un pays commerçant, le seul membre du G7 ayant conclu des accords de libre-échange avec les autres membres du G7, auxquels s’ajoute une solide relation sur le plan de la sécurité avec les États-Unis.

Un grand déséquilibre : le leadership de la Chine

L’administration Trump a fait des minéraux critiques une priorité stratégique. Dans l’ensemble, le regain d’intérêt pour la défense, complété par une approche enhardie face à la loi CHIPS and Science Act de l’administration Biden, est considéré comme un investissement positif. Le décret-loi de la nouvelle administration qui interrompt sur-le-champ le décaissement des fonds par l’entremise de la loi Inflation Reduction Act pourrait être plus problématique, car il menace de paralyser certains programmes d’investissements cruciaux alors que Pékin ne ralentit pas la cadence. Tout simplement, il faut peut-être que les États-Unis adoptent tous les facteurs de la demande de minéraux critiques, à l’instar de la Chine : les batteries, l’énergie renouvelable, les VE, la défense et l’IA.

Dans cette section, nous déterminons quatre facteurs clés qui ont entraîné la domination de la Chine dans les minéraux critiques. Il se peut que l’Occident soit forcé d’adopter des approches politiques industrielles et étrangères pour déstabiliser ce grand déséquilibre.

Intervention politique

La politique industrielle axée sur l’acier, l’aluminium et le cuivre (première industrialisation) a été suivie de politiques visant à promouvoir l’adoption des VE et des énergies renouvelables. Sur le plan de l’offre, les États ont fourni une assistance concourant à créer des champions nationaux afin de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux. Ces objectifs ont été complétés par des objectifs de politique étrangère, comme l’initiative One Belt, One Road (la nouvelle route de la soie), qui s’est traduite par l’investissement d’un billion de dollars américains dans des pays étrangers – souvent dans des pays riches en ressources21. L’Amérique a réagi en adoptant une politique industrielle, la loi Inflation Reduction Act. Bien qu’elle ait ainsi réussi à stimuler le capital consacré à la recherche, au développement et à la fabrication, peu d’efforts ont été consacrés à l’extraction ou à l’affinage des minéraux.

Marché

Aujourd’hui, la Chine représente 70 % de la valeur de la fabrication de technologies propres à l’échelle mondiale22 dans un écosystème souvent intégré verticalement ; les minéraux sont extraits et affinés en fonction de la spécificité des éléments finaux. La demande stimule l’offre, qui provient de sociétés minières publiques exerçant leurs activités dans des territoires à moindres coûts, tout en bénéficiant d’un soutien de l’État. En revanche, les mineurs occidentaux sont soumis à des normes plus élevées provenant des investisseurs publics et du manque de subventions publiques. Par ailleurs, ils sont souvent soumis à des permis d’exploitation sociaux plus chers dans la mise en valeur des ressources étrangères, étant donné le manque de soutien politique (différend entre États et investisseurs au lieu d’un différend entre États).

Technologies

Le soutien public ciblé à la fois pour l’offre et la demande a favorisé des percées technologiques et abaissé la courbe des coûts – en particulier dans les énergies renouvelables et les batteries. Sur le plan de l’offre, l’innovation technologique dans la production et l’affinage chinois a permis à la Chine de perfectionner le processus d’extraction des solvants pour affiner les métaux du groupe de terres rares.

Tournure d’esprit

La Chine adopte une tournure d’esprit guerrière dans sa répartition de capitaux et d’autres ressources afin d’assurer la sécurité de l’offre et celle de la demande grâce à une approche de la chaîne de valeur complète. En revanche, une telle urgence fait défaut aux États-Unis. Ils délaissent même des réserves minérales stratégiques, soit par défaut de réapprovisionnement des réserves par rapport aux niveaux passés, soit par vente pure et simple des réserves (cas du lithium). Cette approche est très différente de celle adoptée pour le pétrole brut, qui impose le maintien d’une réserve stratégique et comportait une interdiction d’exportation continentale jusqu’en 2015.

Les cinq grands minéraux critiques non combustibles du Canada

Les importations américaines de tous les minéraux et métaux non combustibles ont atteint 167 milliards de dollars américains en 202423. Le Canada demeure la source la plus importante d’importations pour les États-Unis (40 milliards de dollars américains, soit 24 %) et est le premier fournisseur d’acier, d’aluminium, de potasse, de nickel et de zinc aux États-Unis (deuxième fournisseur pour le cuivre)24. Dans les 50 minéraux critiques des États-Unis, le Canada représente aussi la plus importante source d’importations (4,5 milliards de dollars américains, soit 20 %)25.

Cela étant dit, les États-Unis continuent de dépendre de la Chine pour de nombreux minéraux critiques spécialisés ayant une moindre importance commerciale, quoique fondamentaux sur le plan stratégique. Qui plus est, la Chine a mis en place des contrôles à l’exportation sur plusieurs de ces minéraux, p. ex., le gallium. Ce risque d’approvisionnement revêt une grande importance sur le plan économique ; U.S. Geological Survey estime qu’une réduction de l’offre de gallium de 30 % (la Chine constitue le fournisseur mondial à 90 %) pourrait à elle seule entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain26.

À court et à moyen terme, le Canada a l’occasion de supplanter progressivement l’offre chinoise, tout en poursuivant une stratégie canado-américaine visant à assurer la production pour plusieurs technologies ou applications essentielles pour la sécurité continentale et la quatrième révolution industrielle. Voici les cinq principaux minéraux critiques qui peuvent avant tout bénéficier de cette occasion.

1. Le gallium

 

Le gallium est un métal qui possède une des conductivités thermiques les plus hautes. Il intervient dans la production de circuits intégrés et de semi-conducteurs très spécialisés pour l’IA et l’informatique de pointe. Les semi-conducteurs au gallium sont également essentiels à la protection antimissile, aux systèmes radars et aux communications électroniques de prochaine génération des États-Unis.

Les États-Unis demeurent tributaires à 100 % des importations pour leur approvisionnement en gallium27. En 2024, le Canada était le premier fournisseur de gallium aux États-Unis, et représentait plus de 50 % des importations (supplantant ainsi l’approvisionnement chinois28). L’approvisionnement actuel provient du gallium recyclé sur le site de Neo Performance Materials à Peterborough (Ontario). Il se peut que le projet de démonstration de Rio Tinto à Saguenay renforce la production mondiale totale de gallium primaire de 5 à 10 % s’il peut atteindre la viabilité commerciale29. Un projet d’expansion de Teck Resource à Trail (Colombie-Britannique) pourrait également accroître la production de germanium et créer une production de gallium et d’antimoine.

2. Le graphite

 

Une conductivité électrique, une résistance à la température, une inertie chimique et un pouvoir lubrifiant élevés caractérisent ce métal intervenant dans les batteries dont l’intérêt grandit dans les applications de défense. Les propriétés uniques du graphite rendent difficile, voire impossible, la substitution dans de nombreuses applications, par exemple lorsque la résistance thermique est essentielle au rendement de l’équipement et à sa durabilité.

La demande mondiale de graphite devrait presque doubler d’ici 203530. Le Canada a une occasion unique de développer une chaîne de valeur complète de graphite, une proposition fort précieuse puisque la Chine représente 82 % et 91 % de la production et de l’affinage mondiaux de graphite, respectivement31. Le Québec est le plus avancé avec la mine en exploitation de Northern Graphite au Lac-des-Îles, au nord-ouest de Mont-Tremblant, et les projets de développement en cours de Nouveau Monde Graphite pour l’exploitation minière dans la Matawinie au nord de Montréal et l’affinage à Bécancour en périphérie de Trois-Rivières. L’Ontario offre une autre mine de graphite potentielle, Bissett Creek de Northern Graphite, en phase d’autorisation, près de la rivière des Outaouais au nord du parc Algonquin.

3. Le nickel

 

Le nickel possède une ductilité (flexible), une robustesse et une résistance élevées. Le minéral intervient dans les batteries lithium-ion et dans la production d’acier inoxydable. La demande mondiale devrait croître de 70 % d’ici 2035, principalement en raison de la demande de batteries, tant dans le secteur des transports que dans celui de postes fixes (services publics)32.

Le projet Dumont Nickel (Nion Nickel) dans la région de l’Abitibi au Québec, intégré verticalement, est en cours de construction. La mine Crawford de Canada Nickel (la deuxième réserve nickélifère au monde) au nord de Timmins, en Ontario, est en phase d’examen de permis. Le nickel canadien offre une diversification bien nécessaire, l’Indonésie et les Philippines représentant à eux seuls les deux tiers de la production mondiale33. Le nickel canadien parviendra peut-être à dépasser 100 % des besoins en importations américaines si tous les projets sont mis en œuvre34.

4. Le tungstène

 

Avec la plus haute résistance à la traction (la contrainte maximale qu’un matériau peut supporter sans se casser) et le plus haut point de fusion de tous les métaux présents dans la nature, les alliages à base de tungstène sont des intrants clés pour la défense aérienne, les navires militaires et les munitions perforantes. Le tungstène intervient également dans les appareils à rayons X du secteur automobile, et concourt ainsi à renforcer la sécurité aux frontières avec les États-Unis.

La Chine produit 83 % du tungstène mondial et représente 52 % des réserves mondiales35. Le Canada est un ancien producteur qui possède d’importantes réserves qui comprennent certains des plus importants gisements de tungstène au monde. Le projet Sisson de Northcliff Resources, au nord-ouest de Fredericton, et la mine Mactung de Fireweed Metals, dans l’est du Yukon, sont de remarquables projets de tungstène canadiens. En décembre 2024, le gouvernement du Canada et le ministère de la Défense des États-Unis ont annoncé un investissement conjoint de 35 millions de dollars américains dans le projet Mactung, le plus grand gisement de tungstène à forte teneur au monde36.

5. Le germanium

 

Le minéral possède des caractéristiques des semi-conducteurs comparables à celles du silicium, mais des propriétés optiques et thermiques supérieures. Son utilisation est essentielle pour la défense (vision nocturne), l’exploration spatiale, les câbles à fibres optiques et les semi-conducteurs. Ces dernières années, le besoin croissant des centres de données (pour les fibres) a stimulé la demande de ce minéral.

Le Canada a fourni 20 % des importations américaines de germanium (oxyde) en 202337. La société canadienne Teck Resources détient une chaîne logistique intégrée de germanium avec des minerais de zinc extraits en Alaska et affinés à Trail, en Colombie-Britannique. Le site de Trail prévoit accroître la production de germanium, lancée en janvier par le ministre Wilkinson aux États-Unis et à ses alliés cherchant à s’approvisionner au Canada, principalement en raison de l’interdiction de la Chine d’exporter le germanium à la fin de l’année dernière.

Assurer la compétitivité du Canada

Cela fait plus de cent ans que la richesse en ressources naturelles du Canada attire les investisseurs et les exploitants de ressources naturelles, grâce à des infrastructures de qualité, à la primauté du droit, à des normes environnementales et de travail rigoureuses et à de solides relations commerciales. Le Canada peut miser sur ces atouts en prenant les mesures suivantes :

  • Tirer profit des fonds gouvernementaux. Les projets liés aux minéraux critiques connaissent des pénuries de capitaux. Les gouvernements peuvent contribuer à combler cette insuffisance par le biais soit par de placements directs en actions, soit par l’octroi de conventions de vente et d’achat à long terme. L’approvisionnement de la défense est un point de mire où les ministères de la Défense du Canada, des États-Unis et des pays alliés peuvent trouver des réserves de minéraux critiques et de réserves de stocks par l’entremise de « stocks virtuels », essentiellement des engagements d’achat à long terme. En s’engageant à consacrer 2 % du PIB à la défense, le Canada pourrait ainsi débloquer jusqu’à 17 milliards de dollars de capitaux frais chaque année pour la mise en valeur des mines.
  • Restreindre les distorsions de prix issues de la Chine. L’industrie minière exige maintenant une « prime pour la Chine » afin de contrecarrer les distorsions du marché chinois, principalement pour compenser le risque que la Chine inonde les marchés afin de faire chuter les prix mondiaux. Un prix plancher minimal, appuyé par des conventions d’achat gouvernementales et d’autres interventions, renforce la transparence des prix et établit une assurance quant aux revenus pour atténuer les fluctuations des prix. Par ailleurs, les restrictions liées aux produits chinois pourraient soutenir les prix canadiens. Cela comprend la restriction pure et simple de l’offre chinoise, ou l’adoption d’ajustements de prix, p. ex., des droits antidumping, des droits compensateurs ou des ajustements aux frontières (carbone, main-d’œuvre, etc.).
  • Accroître les crédits d’impôt. Le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour les minéraux critiques du Canada exclut les principaux minéraux critiques pour la défense tels que le tungstène, l’indium et le béryllium. L’admissibilité pourrait être élargie à d’autres minéraux que les quinze figurant sur la liste actuelle. Autres solutions : permettre l’accumulation des crédits d’impôt, mettre en place des crédits d’impôt à la production pour soutenir les dépenses d’exploitation (protection contre le dumping chinois) et améliorer divers programmes gouvernementaux visant à appuyer plus explicitement les minéraux critiques, y compris le Fonds stratégique pour l’innovation et le Fonds de croissance du Canada.
  • Garantir l’accès au marché. Les menaces tarifaires et les programmes Buy America entravent les flux de capitaux dans les territoires en dehors des États-Unis. En réduisant au minimum les barrières tarifaires à l’étranger et en investissant dans les capacités nationales d’affinage et de transformation, nous finirons par assurer la demande pour nos produits. Sur le plan de l’offre, il est également crucial de garantir notre propre chaîne logistique. Le gallium connaît une belle réussite au Canada, mais dépend de l’importation d’appareils électroniques de Taïwan (par l’intermédiaire des États-Unis).
  • Investir dans le capital humain. La Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX abritent plus de mineurs que n’importe quel autre indice mondial développé important. Ceux-ci s’accompagnent d’un vaste bassin de talents du secteur minier. Ce talent risque toutefois de péricliter, car les ingénieurs et une génération technophile se tournent de plus en plus vers les carrières dans les logiciels et l’IA. Fait surprenant : la Chine possède 39 programmes universitaires visant à former des ingénieurs dans les minéraux critiques ; le Canada n’en possède aucun.
  • Réduire les délais d’approbation. Le Canada doit consolider ses processus, dans la mesure du possible. Les minéraux critiques sont aussi stratégiques que le transport, et les projets connexes peuvent être déclarés comme faisant partie de l’intérêt national pour accélérer leur développement. Le même type de pragmatisme peut être appliqué au niveau provincial : la collaboration entre les ministères, avec les collectivités locales et avec Ottawa peut être améliorée. Enfin, et peut-être plus important encore, nous devrons trouver de nouveaux moyens d’accélérer les processus d’approbation des projets, sans nuire à l’obligation de consulter les communautés autochtones. Une plus grande participation des Autochtones dans ces projets, notamment par l’entremise des programmes de garantie de prêt nationaux et provinciaux, permet de débloquer plus de richesses et de capitaux autochtones qui peuvent être réinvesties dans l’infrastructure sociale et des projets liés à de futures ressources.
  • Soutenir les infrastructures. Compte tenu de l’emplacement éloigné de nombreux gisements de minéraux critiques, le manque d’infrastructures existantes est problématique (chemins de fer, routes, ports, transport d’électricité, stations cellulaires, hôpitaux, etc.). Une collaboration accrue de la part des gouvernements fédéral et provinciaux visant à fournir des infrastructures d’appui prévisionnelles qui soutiennent le fonctionnement des projets et raccourcissent les délais de mise en valeur des mines.

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Contributors:

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction

Vivan Sorab, premier directeur, Technologie propre

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

  1. Ressources naturelles Canada.
  2. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025 ; Ressources naturelles Canada.
  3. Ressources naturelles Canada.
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  8. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
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  10. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
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  18. Ibid.
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  20. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
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  29. Site Web de l’entreprise.
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  31. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
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