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Un an de chocs tarifaires au Canada : Ce que nous avons appris

La politique commerciale des États-Unis a été très imprévisible, mais son incidence économique générale a été moins négative que prévu le « jour de la libération » en avril 2025, lorsque les droits de douane américains ont considérablement augmenté.

L’ensemble des flux commerciaux mondiaux ont continué d’augmenter en 2025, et les importations américaines ont également augmenté, tandis que le déficit commercial des États-Unis s’est légèrement creusé malgré les mesures.

En 2025, le Canada a enregistré sa première augmentation du produit intérieur brut par habitant en trois ans, et le taux de chômage a largement stagné. La confiance des consommateurs a plongé au printemps, mais les dépenses des ménages ont tenu le coup et les investissements étrangers directs nets ont été positifs pour la première fois en plus de dix ans.

Pourtant, sous la surface, l’impact a été important. Certains secteurs et certaines régions ciblés par les droits de douane ont été durement touchés.

Les dépenses de consommation ont été résilientes, mais les investissements des entreprises ont diminué. De plus, les flux commerciaux mondiaux ont été considérablement réorientés pour éviter les régions où les droits de douane sont plus élevés, comme la Chine.

Malgré toutes les annonces et les perturbations, les économies semblent remarquablement semblables dans l’ensemble, mais avec des changements distributionnels importants. L’année dernière a également confirmé de façon générale que le monde pourrait être résilient face à un choc commercial aux États-Unis, mais que le Canada demeure très dépendant.

Nous continuons à nous fier au même guide que celui que nous avons utilisé lorsque les menaces tarifaires se sont intensifiées au début de l’an dernier pour en évaluer les répercussions, ainsi qu’à une liste des principales leçons que nous avons tirées d’une année de chocs commerciaux.

Les droits de douane imposés pendant la deuxième administration du président Trump ont non seulement été plus élevés, mais aussi beaucoup plus étendus que la première fois, couvrant plus de 70 % du total des importations des États-Unis en 2024 à leur sommet.

Néanmoins, pour une grande partie du monde à l’extérieur de l’Amérique du Nord, les États-Unis représentent une part moins importante des exportations, allant d’environ 30 % au Vietnam en 2024 à 15 % pour la Chine et à 9 % pour la zone euro. Les partenaires commerciaux autres que le Mexique et le Canada ont été beaucoup moins exposés aux droits de douane américains, car ils dépendent moins de la consommation américaine, et sont plus exposés aux 7,9 milliards de consommateurs non américains à l’échelle mondiale.

Les importations américaines sont également demeurées élevées, malgré la hausse des droits de douane. Toutefois, l’origine de ces importations a changé. La part des importations américaines en provenance de la Chine a fortement diminué.

Mais fondamentalement, un déficit commercial représente un emprunt net de l’étranger. Comme les consommateurs, les entreprises et les gouvernements américains continuent d’augmenter leurs dépenses, la réduction des importations en provenance de la Chine a été remplacée par une augmentation des importations en provenance d’autres économies, en particulier d’autres régions d’Asie, comme le Vietnam, Taïwan et la Thaïlande. Dans l’ensemble, les importations américaines ont augmenté de 2,7 % (compte non tenu des répercussions sur les prix) en 2025 et le déficit commercial s’est légèrement élargi par rapport à 2024 pour atteindre 926 milliards de dollars US.

Cela pourrait expliquer pourquoi les droits de douane américains de 2025 ont eu peu d’incidence sur le commerce mondial, malgré le fait que les entreprises aient devancé leur mise en œuvre et entraîné une volatilité importante des flux commerciaux aux États-Unis. Les données du Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis (CPB) montrent que le commerce mondial, hors États-Unis, a augmenté de 4,4 % en 2025, soit près du double du taux de 2,3 % enregistré en 2024.

La leçon : L’imprévisibilité de la politique commerciale des États-Unis ne ralentira pas nécessairement le commerce mondial, qui devrait continuer de croître et de s’adapter pour tenir compte du marché américain.




L’année des chocs commerciaux a renforcé la dépendance du Canada à l’égard de l’économie des États-Unis, à titre de partenaire commercial.

Près de 90 % des exportations canadiennes vers les États-Unis sont restés exonérés de droits de douane en 2025, en grande partie grâce à une exemption pour les produits conformes à l’ACEUM. Pourtant, la part du Canada dans les importations américaines a légèrement fléchi, inscrivant la deuxième baisse en importance parmi les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, passant de 12,6 % en 2024 à 11,2 % en 2025, après la baisse de la Chine, dont le pourcentage est passé de 13,4 % à 9 %.

Le sous-ensemble de produits canadiens sur lesquels des droits de douane ont été appliqués est très élevé, ce qui a été perturbateur. Les exportations de produits de l’acier, par exemple, ont chuté de 30 % en 2025.

Toutefois, la baisse de la part du Canada sur le marché des importations américaines n’est pas nouvelle; elle est graduelle depuis des années. De plus, le Canada a été en mesure de trouver d’autres marchés pour certaines exportations. La part des exportations de marchandises vers les États-Unis est passée de 75,9 % en 2024 à 71,6 % en 2025.

Néanmoins, les échanges commerciaux entre les secteurs industriels des États-Unis et du Canada (ainsi que du Mexique) sont si étroitement intégrés que les moindres hausses des droits de douane des États-Unis peuvent représenter un coût plus important lorsqu’elles sont imposées au Canada plutôt qu’à un autre partenaire commercial étranger.

Les produits intermédiaires canadiens soumis à des droits de douane pourraient traverser la frontière à plusieurs reprises dans une chaîne de production intégrée, ce qui ne se produit pas dans la même mesure avec d’autres partenaires étrangers.

Cette réalité souligne l’importance de maintenir un faible taux tarifaire à la frontière entre le Canada et les États-Unis, et les négociations visant à prolonger l’ACEUM après son expiration en 2036 devraient s’intensifier au cours des prochains mois.

Mais cela est également essentiel pour les importateurs américains. Le Canada demeurait la principale source d’importations pour 22 États américains en 2025, tout comme en 2024, et le deuxième pays le plus important derrière le Mexique. Comme nous l’avons indiqué auparavant, l’ACEUM offre de précieux avantages au Canada et aux États-Unis.

La leçon : Le Canada reste fortement dépendant du commerce avec les États-Unis, et le maintien d’un faible taux tarifaire par l’intermédiaire de l’ACEUM dans le secteur fortement intégré de la production manufacturière est essentiel pour le Canada, mais aussi pour les importateurs américains.

Les premières représailles tarifaires du gouvernement fédéral en mars n’ont touché qu’environ le tiers des importations américaines, avant d’être annulées en septembre, à l’exception de celles visant l’acier, l’aluminium et les automobiles. Cela a maintenu les prix à la consommation bas et donné à la Banque du Canada (BdC) la souplesse nécessaire pour abaisser davantage son taux directeur.

Les estimations (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) du HBS Pricing Lab, conjointement avec les chercheurs de la BdC, montrent qu’environ le quart des coûts liés aux mesures de représailles du Canada ont finalement été répercutés sur les prix à la consommation, mais que ces derniers ont diminué relativement rapidement après l’élimination de la plupart des mesures de représailles.

Néanmoins, le pays a réagi de façon plus ciblée et moins officielle. Les gouvernements provinciaux ont boycotté certains produits, notamment les boissons alcoolisées fabriquées aux États-Unis, tandis que les gouvernements fédéral et provinciaux ont maintenant des politiques favorisant l’achat de produits canadiens. Les Canadiens ont également utilisé leurs propres versions de la politique « Achetez canadien », notamment dans le domaine du tourisme. Le nombre de Canadiens revenant des États-Unis a diminué de 25 % sur 12 mois en 2025, en raison de l’augmentation des voyages au Canada et vers des destinations non américaines.

La leçon : Les mesures de représailles limitées ont minimisé l’incidence de la guerre commerciale sur les prix à la consommation au Canada, mais le comportement des consommateurs, en particulier ceux qui voyagent, a tout de même été fortement touché.



L’administration américaine a choisi d’appliquer des droits de douane à une minorité d’exportations canadiennes, au lieu d’utiliser une approche généralisée, ce qui a concentré l’incidence sur des secteurs précis.

Les producteurs d’acier, d’aluminium, de cuivre et les fabricants de produits dérivés, de véhicules et de pièces automobiles, de bois d’œuvre et de quelques autres articles (p. ex., armoires de cuisine, meubles de salles de bains) ont été les plus touchés par les mesures commerciales.

Par conséquent, l’incidence géographique est axée sur les régions où ces industries sont principalement situées. L’Ontario et le Québec ont donc connu les plus grands défis. Ces provinces se sont vu imposer les droits de douane les plus élevés sur les exportations vers les États-Unis, plus de 6 % dans les deux cas.

Terre-Neuve-et-Labrador, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta, la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard – dont les secteurs touchés ont été moins nombreux – se situent à l’autre extrémité avec des taux de moins de 1 %.

La leçon : L’incidence inégale des droits de douane continuera de se refléter dans des économies régionales divergentes, l’Ontario et du Québec devant afficher la croissance du PIB la moins élevée de toutes les provinces en 2026.



Les turbulences commerciales persistantes ont également mis en évidence d’autres vulnérabilités économiques au Canada, notamment le ralentissement de la croissance de la productivité qui rend les chocs économiques difficiles à gérer.

Certains signes indiquent que les entreprises s’adaptent aux droits de douane en déviant leurs exportations vers d’autres pays. Les exportations de marchandises canadiennes vers les économies non américaines ont augmenté de 17 % sur 12 mois en janvier 2026, tandis qu’elles ont reculé de 10 % vers les États-Unis.

Toutefois, les relations commerciales du Canada avec les États-Unis ne se limitent pas à une dépendance : il s’agit d’une orientation, qui nécessite de nouvelles chaînes d’approvisionnement et de nouvelles infrastructures importantes pour rééquilibrer le commerce des biens avec d’autres régions.

Ce sont les politiques des gouvernements qui ont changé de façon plus discernable. Le récent budget fédéral vise à doubler les exportations vers les pays autres que les États-Unis d’ici 2035, tout en soutenant les infrastructures et en facilitant la réalisation de grands projets.

La leçon : L’évolution des relations à l’échelle mondiale, les accords entre États et entre États et entreprises, ainsi que l’incertitude fondamentale constituent un contexte d’exploitation difficile qui exige un rôle plus important du gouvernement.


À propos des auteurs :

Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.

Cynthia Leach est économiste en chef adjointe à RBC et responsable de l’analyse économique et politique structurelle de l’équipe. Elle a rejoint l’équipe en 2020.

Robert Hogue est membre du l’équipe Économique et leadership avisé RBC, se spécialisant dans l’analyse et les prévisions pour le marché de l’habitation canadien et les économies provinciales. Il compte parmi ses publications Tendances immobilières et accessibilité à la propriété, Perspectives provinciales et l’analyse des budgets provinciaux. Dans ses fonctions, il est fréquemment appelé à commenter l’évolution de la conjoncture économique auprès de la direction de RBC, de ses clients et des médias.

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


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