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Pénurie imminente de main-d’œuvre au Canada : l’impact des départs à la retraite et de la politique d’immigration

La population active du Canada traverse une période de changements structurels sans précédent pour plusieurs raisons.

Il a été bien documenté que le plafonnement des arrivées de résidents temporaires et permanents de l’étranger se traduit par une population en voie de diminution pour la première année en 2026. Et comme une proportion croissante de la population atteint l’âge de la retraite, le nombre de salariés disponibles diminuera plus que la population, et pour la première fois en dehors de la pandémie.

Le taux de chômage demeure élevé à la suite du cycle de resserrement de 2023-2024 de la Banque du Canada et des perturbations causées par les droits de douane américains, ce qui donne aux décideurs la marge de manœuvre nécessaire pour maintenir en place des plafonds restrictifs sur l’immigration pour l’instant. Mais sous la surface, des vents contraires structurels à long terme s’élèvent contre l’offre de main-d’œuvre.

Nous avons remarqué que cette tendance crée une combinaison inhabituelle : Un ralentissement de la croissance de l’emploi (même s’il pourrait s’agir de légères baisses) serait encore suffisant pour que les conditions du marché du travail par travailleur s’améliorent et que le taux de chômage diminue – c.‑à‑d. que le taux d’emploi « neutre » du Canada a fortement diminué.

Et nous avons signalé les coûts financiers croissants d’une population vieillissante au fil du temps, avec une proportion croissante de la population à la retraite, et qui ne contribue plus autant à la base de revenu actuelle du gouvernement, mais qui utilise toujours les services publics. 

Ce qui a retenu moins l’attention, c’est la mesure dans laquelle le Canada (comme presque toutes les autres économies avancées) compte sur l’immigration pour stimuler la croissance de la main-d’œuvre.

Sans l’immigration, la population de travailleurs potentiels plus jeunes (moins de 35 ans) du Canada diminuerait carrément dans les années 2030, tandis que les départs à la retraite des travailleurs âgés demeureraient à des niveaux records. On s’attend à ce que les restrictions actuelles en matière d’immigration soient finalement assouplies à mesure que les objectifs de réduction de la proportion de résidents temporaires au sein de la population sont en approche, mais il est peu probable que cela compense entièrement les vents contraires structurels de l’offre de main-d’œuvre à l’avenir.

C’est une bonne chose pour les travailleurs. Cela signifie que les zones de faiblesse du marché du travail, en particulier les défis pour les jeunes travailleurs qui trouvent un premier emploi, s’atténueront.

Mais pour les entreprises, cela signifie également que les pénuries de main-d’œuvre finiront par revenir une fois que le taux de chômage exceptionnellement élevé aura été absorbé. 



Les départs à la retraite ont atteint un niveau structurel élevé, les éparts à la retraite mensuels atteignant environ 0,12 % de la population active, soit environ 25 500 travailleurs par mois. C’est presque deux fois plus qu’il y a deux décennies, lorsque les départs à la retraite se rapprochaient en moyenne de 14 000 par mois.

On s’y attendait depuis longtemps, car la génération dense des baby-boomers de l’après-guerre a atteint l’âge de la retraite en plus grand nombre. Cette vague a peut-être atteint un point haut, mais elle n’a pas encore atteint le sommet, et elle ne se poursuivra probablement pas dans les années 2030.

Les plus jeunes baby-boomers atteindront l’âge de 65 ans en 2029 (70 en 2034), de sorte que la vague actuelle de départs à la retraite a encore du chemin à faire. 

Les départs à la retraite ont tendance à commencer à augmenter légèrement chez les travailleurs de plus de 55 ans et à atteindre un point haut entre 65 et 69 ans. Mais une proportion importante de la population travaille plus longtemps – la population immigrante (qui représente 28,4 % de la population active du Canada) a eu tendance à prendre sa retraite plus tard.

Le vieillissement de la population (et les départs à la retraite qui en découlent) a déjà réduit le taux d’activité (proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui travaille ou cherche du travail) de 4,5 points de pourcentage par rapport à il y a deux décennies. Cette situation continuera de faire baisser la proportion de la population disponible pour travailler au cours de la prochaine décennie. 





La réalité, c’est que, comme presque toutes les autres économies avancées, la population du Canada « en âge de travailler » diminuera en l’absence d’immigration.

Le nombre d’enfants par femme a fortement diminué après le baby-boom de la Seconde Guerre mondiale, et il est inférieur au taux de remplacement classique de la population depuis des décennies. 

La population de chaque cohorte d’âge jusqu’à 35 ans est inférieure à la suivante. Autrement dit, l’offre de nouveaux travailleurs potentiels plus jeunes diminuera sans l’immigration, alors qu’une proportion historiquement élevée de la main-d’œuvre partira à la retraite. 

C’est déjà ce qu’il se passe. La population de moins de 35 ans a diminué d’un nombre record de 120 500 par rapport à avril de l’an dernier. La main-d’œuvre disponible de moins de 35 ans est en baisse de 76 000 malgré une légère augmentation de la proportion des jeunes qui travaillent ou cherchent activement du travail (chômeurs).

Une partie de ce déclin plus récent de la main-d’œuvre plus jeune est liée à une sortie nette de résidents temporaires, mais sans incidence de l’immigration, la population âgée de 15 à 34 ans diminuerait d’environ 186 000 par année au cours des cinq prochaines années (environ 15 500 par mois), selon nos estimations.

En l’absence de changements importants dans les taux d’activité selon l’âge, les travailleurs disponibles de moins de 35 ans diminueraient d’environ 139 000 par année (soit environ 11 600 par mois en moyenne) au cours des cinq prochaines années.

Tout cela alors que les travailleurs continuent de prendre leur retraite en nombre record à l’autre bout de la répartition selon l’âge.



Étant donné que le taux de chômage chez les jeunes se situe toujours dans les deux chiffres, la diminution du nombre de travailleurs ne devrait pas créer un défi important pour les entreprises qui cherchent à embaucher à court terme, et c’est une bonne chose pour les nouveaux chercheurs d’emploi qui ont eu de la difficulté à trouver du travail au cours des dernières années.

Cependant, les défis liés à la diminution de l’offre de nouveaux travailleurs augmenteront à mesure que les marchés du travail par travailleur s’amélioreront (c.‑à‑d. la baisse du taux de chômage). En fin de compte, les plafonds actuels en matière d’immigration pourraient devoir être assouplis lorsque la population de résidents temporaires approchera de la cible du gouvernement fédéral de 5 % de la population totale. Nous prévoyons que cet objectif sera atteint vers le milieu de 2027.

En fait, il y a eu des signes avant-coureurs de pénuries de main-d’œuvre qui n’ont jamais disparu ou qui réapparaissent. 

Environ 17 % des entreprises sondées par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante déclarent toujours des pénuries de travailleurs non qualifiés ou semi-qualifiés. Ce taux est inférieur à 40 % plus les sommets atteints en 2022, mais il suit déjà les normes prépandémiques, et ce, alors que le taux de chômage est encore élevé.

Environ un cinquième des entreprises ayant répondu à l’enquête sur les perspectives des entreprises menée par la Banque du Canada ont également fait état de pénuries de main-d’œuvre, et elles s’attendent à ce que l’intensité de ces pénuries augmente.

Les pénuries de main-d’œuvre ne sont pas réparties uniformément (et ne le seront pas) dans l’ensemble de l’économie, mais certains secteurs, y compris l’hébergement, les services de restauration et la construction, continuent d’indiquer que les pénuries de main-d’œuvre constituent un obstacle à la croissance à court terme par rapport à la demande pour leurs produits.




About the authors:

Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.

Annie Zheng est économiste à RBC. Elle est membre du groupe d’analyse macroéconomique et se spécialise dans la modélisation macroéconomique. 


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