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La Banque du Canada à un point d’inflexion : Les craintes à l’égard de l’inflation persistent

Pour la semaine du 26 octobre

Nous prévoyons maintenant que la Banque du Canada procédera mercredi à sa première hausse de taux d’intérêt de 25 points de base depuis mars 2022, alors qu’elle est confrontée à une décision cruciale dans un contexte d’évolution de la conjoncture économique.

Toutefois, nous sommes très peu convaincus de l’idée d’une hausse des taux dès maintenant, et il est presque aussi probable que la banque centrale profite de cette réunion pour préparer le terrain à une prochaine hausse en décembre ou en janvier.

Fait important, nous nous attendons à une hausse de la BdC mercredi, mais pas parce que nous croyons qu’il est urgent de relever les taux d’intérêt.

Cette prévision repose plutôt sur notre interprétation de la communication des décideurs depuis le 2 septembre, qui a constamment mis l’accent sur une volonté résolue de se prémunir contre les risques d’inflation future découlant de prix de l’énergie plus élevés, ainsi que sur un malaise à l’idée d’attendre qu’une nouvelle hausse de l’inflation se concrétise.

À notre avis, les arguments pour que la banque centrale continue d’attendre en retrait demeurent convaincants.

L’économie canadienne s’améliore, mais n’est toujours pas vigoureuse. À notre avis, la capacité excédentaire est suffisante pour ralentir la transmission de l’inflation. La croissance de l’emploi a déçu, et rien n’indique que les prix élevés de l’énergie se répercutent sur les mesures plus larges de l’inflation de base. Les marchés de l’habitation demeurent faibles et les données sur le produit intérieur brut d’août publiées vendredi prochain devraient confirmer que la croissance a ralenti au troisième trimestre, après avoir bondi au deuxième trimestre.

Les perturbations commerciales qui ont suivi l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis et l’imposition de nouveaux tarifs douaniers à la fin d’août ajoutent une autre couche de complexité, même si la Banque a récemment minimisé ce facteur.

Par ailleurs, la structure à terme des taux de rendement des obligations d’État a déjà accompli une partie du travail de la banque centrale. Les taux de rendement des obligations d’État à 5 ans ont augmenté de plus de 40 points de base au cours des trois derniers mois, ce qui témoigne des attentes du marché à l’égard des hausses de taux.

De plus, une grande partie des emprunts des ménages et des entreprises du Canada se font à des taux fixes, et les taux d’intérêt des nouveaux prêts sont déjà à la hausse.

Pourtant, dans des communications allant de la décision sur les taux du 2 septembre aux commentaires récents du gouverneur Tiff Macklem en marge des réunions du Fonds monétaire international, on a répété à maintes reprises, intentionnellement ou non, que la BdC ne croit plus qu’elle peut attendre passivement que l’inflation se concrétise avant d’agir.

Ce changement semble refléter un rajustement du calcul du risque de la banque centrale. En particulier, il indique une moindre importance accordée au présent et une attention surtout tournée vers ce qui nous attend. Pour être juste, ces perspectives d’avenir s’améliorent effectivement. L’économie devrait s’améliorer graduellement, l’optimisme des entreprises demeure résilient malgré les récentes perturbations commerciales avec les États-Unis, et le taux du financement à un jour de la banque centrale – actuellement dans la partie inférieure de la fourchette neutre – laisse de la place à des augmentations mesurées sans déclencher de détresse économique.

Nos prévisions de croissance pour 2027 ont en partie contribué à notre scénario de base précédent, qui prévoyait des hausses de taux à compter du premier trimestre.

Ce qui pèse aussi probablement sur la banque centrale, ce sont les leçons de prudence tirées de la flambée de l’inflation postpandémique de 2022-2023, qui a démontré comment les chocs d’offre et les pressions persistantes sur les coûts peuvent submerger une économie étonnamment rapidement.

Une certaine assurance contre une répétition de cet épisode pourrait en effet être utile. Même si les conditions actuelles diffèrent à bien des égards de celles de 2022, les prix du pétrole West Texas Intermediate se sont établis en moyenne à 95 $ le baril depuis la dernière décision sur les taux, soit 54 % de plus qu’à la même période l’an dernier. Tant qu’ils y resteront, les pressions sur les coûts continueront de s’accentuer dans l’ensemble de l’économie, alors que les Canadiens continuent d’absorber ce qui, pour bon nombre d’entre eux, a été le plus important choc inflationniste de leur vie à peine quelques années plus tôt.

La BdC utilisera un nouvel outil de prévision (PRIMA) en octobre, conçu en grande partie pour mieux tenir compte des chocs d’offre qui touchent l’inflation.

Même si nous ne voyons pas de nécessité immédiate pour la BdC de relever ses taux dès maintenant, une hausse de 25 points de base du taux du financement à un jour mercredi ne modifiera pas considérablement nos perspectives économiques à moyen terme par rapport à une hausse en décembre ou en janvier.

Bien qu’elle augmente légèrement la probabilité d’un ralentissement de la croissance au quatrième trimestre, en particulier dans les secteurs fortement sensibles aux taux d’intérêt comme l’habitation, notre scénario de base supposait déjà des hausses totalisant 100 points de base en 2027, sous réserve d’une amélioration graduelle de l’économie.

Modifier le moment de la première de ces hausses n’a pas d’incidence importante sur les perspectives de croissance. Ainsi, plutôt que de surveiller la hausse des taux elle-même, nous surveillerons toute communication qui nous aidera à comprendre la trajectoire à venir des taux d’intérêt prévue par la Banque du Canada – combien de hausses supplémentaires et quand.

En fin de compte, le signal d’une hausse de taux le 28 octobre a un sens plus vaste que nous ne devrions pas ignorer : Les banques centrales n’ont pas la même patience pour l’inflation que par le passé et sont prêtes à agir de façon préventive pour s’en prémunir.

  • Nous nous attendons à ce que le PIB canadien ait légèrement progressé de 0,1 % en août, soit un résultat un peu inférieur à l’estimation préliminaire de 0,2 % publiée par Statistique Canada il y a un mois, mais supérieur à la stagnation de juillet. Ainsi, les données mensuelles seraient globalement conformes à notre prévision d’une hausse de 1,8 % du PIB au troisième trimestre, après le bond de 3,3 % au deuxième trimestre. Les premiers indicateurs du PIB en août laissent entrevoir un repli de l’extraction pétrolière. Les volumes du commerce de gros ont reculé de 1,4 % et la production manufacturière a probablement peu changé. Toutefois, les indicateurs de consommation sont demeurés plus solides – les estimations préliminaires indiquaient une hausse des ventes au détail en août – et les dépenses de construction sont en hausse.

  • La Réserve fédérale américaine devrait maintenir la fourchette cible des fonds fédéraux inchangée mercredi, après l’avoir relevée pour la première fois depuis 2023 en septembre. Les membres du FOMC continuent de signaler que d’autres hausses suivront, mais les commentaires formulés après la dernière décision laissent entrevoir une approche graduelle. Nous prévoyons deux hausses de taux de 25 points de base avant la fin du premier trimestre de 2027.


À propos des auteurs :

Frances Donald est l’économiste en chef de RBC et supervise une équipe de professionnels de premier plan, qui fournissent des analyses et des informations économiques pour informer les clients de RBC dans le monde entier. Frances est une experte clé sur les questions économiques et est très recherchée par les clients, les dirigeants gouvernementaux, les décideurs et les médias aux États-Unis et le Canada. 

Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.


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