Les consommateurs canadiens ont continué de dépenser au cours d’un autre trimestre difficile, puisant probablement dans leur épargne ou s’endettant davantage pour maintenir leurs habitudes de consommation dans un contexte de faibles gains des salaires réels et de hausse des coûts de l’énergie.
Les transactions effectuées par les titulaires de carte de RBC au deuxième trimestre font état d’une accélération globale des dépenses, ce qui concorde avec des signes d’amélioration dans l’ensemble de l’économie, même si une partie de la hausse rend compte probablement des dépenses requises pour suivre la hausse des prix de l’essence.
Au-delà de l’attractivité de l’énergie, les ventes au détail de base de RBC (excluant les dépenses dans les stations-service) ont augmenté de 2,4 % au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre, ce qui laisse entrevoir une vigueur généralisée de la consommation. Les achats de produits essentiels1, excluant le carburant, ont augmenté de 2,2 %, ce qui correspond à la croissance des dépenses en services discrétionnaires2 où les titulaires de carte ont accordé la priorité aux expériences sociales pendant la saison des événements estivaux.
Les dépenses en biens discrétionnaires3 des titulaires de carte ont rebondi de 3,7 % par rapport au premier trimestre, après un an et demi de morosité. Les achats ménagers et liés à la construction ont enregistré leur premier gain trimestriel depuis le milieu de 2025, ce qui a coïncidé avec les premiers signes de regain d’intérêt des acheteurs. Les dépenses en vêtements et accessoires ont également augmenté après un début d’année anémique.
Des événements majeurs, comme les parties de la Coupe du monde de la FIFA à Toronto et à Vancouver et le Stampede de Calgary, ont temporairement stimulé les activités de restauration et de divertissement à des moments et à des endroits précis, mais ont probablement eu une incidence limitée sur la croissance globale des dépenses au Canada. Les visiteurs internationaux ont probablement contribué davantage à l’augmentation temporaire des dépenses durant ces événements. Toutefois, les données sur les titulaires de carte RBC reflètent les dépenses des titulaires de carte canadiens au Canada, et non celles des visiteurs étrangers (voir ci-dessous pour plus de détails).
La vigueur sous-jacente des dépenses donne à penser que les consommateurs ont largement contribué à la croissance du produit intérieur brut au deuxième trimestre. Nous continuons à faire preuve d’un optimisme prudent quant à la possibilité que le contexte de consommation et la conjoncture économique continuent de s’améliorer graduellement jusqu’à la fin de 2026, même si les coûts élevés de l’énergie, qui réduisent toujours le pouvoir d’achat des ménages, demeurent un risque.
Les perspectives demeurent prudemment positives malgré les coûts élevés de l’énergie
Depuis que les prix de l’énergie ont bondi au début de mars, les consommateurs consacrent une plus grande part de leurs dépenses dans les stations-service, ce qui devrait soutenir la croissance globale des dépenses en économisant moins ou en empruntant plus collectivement, une tendance qui ne peut pas durer indéfiniment.
Néanmoins, quand on gratte sous la surface, les facteurs fondamentaux des dépenses de consommation se sont également améliorés. Le taux de chômage a atteint son plus bas niveau en deux ans (6,4 %) en juillet par rapport au récent sommet de 6,9 % atteint en avril, et l’emploi a rebondi après avoir fortement reculé plus tôt cette année.
Les risques liés aux tarifs douaniers américains persistent, mais les investissements des entreprises suivent une hausse importante au deuxième trimestre. Un plus grand nombre d’entreprises prévoient également créer des emplois au cours de la prochaine année plutôt que d’en supprimer, ce qui donne à penser qu’elles s’adaptent à l’incertitude.
Les cas d’insolvabilité de ménages ont également montré des signes de stabilisation après avoir augmenté pour une bonne partie des quatre dernières années et, compte tenu de la hausse antérieure de la population, demeurent inférieurs aux niveaux d’avant la pandémie par personne.
Les programmes de soutien gouvernementaux, comme la nouvelle Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels4, pourraient offrir un allègement supplémentaire aux ménages à faible revenu qui doivent également composer avec des coûts plus élevés pour des produits essentiels.
Cela dit, certaines régions du pays présentent des indicateurs de stress financier nettement pires. La Colombie-Britannique se démarque par la hausse des cas d’insolvabilité de consommateurs par habitant, qui demeurent considérablement plus élevés qu’avant la pandémie. Même si les cas d’insolvabilité par habitant demeurent les plus faibles du pays, le rythme de l’augmentation est un indicateur de stress financier.
Le Manitoba, l’Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador affichent également des taux d’insolvabilité élevés par rapport à 2019, même si leur tendance est beaucoup moins prononcée que celle de la Colombie-Britannique.
Incidence de la FIFA sur les dépenses des titulaires de carte en juin et en juillet
Les données sur les titulaires de carte RBC ne reflètent pas entièrement l’incidence de la FIFA sur les dépenses globales, compte tenu du nombre important de visiteurs étrangers qui ont assisté aux parties. Néanmoins, nos données fournissent un aperçu significatif de la façon dont les consommateurs canadiens ont ajusté leurs habitudes de dépenses au cours de l’événement.
Les dépenses des vendeurs d’aliments et de boissons ont considérablement augmenté tout au long du tournoi. À l’échelle nationale, les dépenses dans cette catégorie ont représenté 12,5 % du total des dépenses des titulaires de carte en juin, soit la plus forte part depuis que RBC a commencé à suivre ces données en 2018.
Les dépenses en aliments et en boissons ont atteint un sommet à la fin de juin, lorsque le calendrier des parties est passé du format habituel, où le premier de son groupe rencontre le quatrième, etc., à six parties par jour. Cette hausse a touché l’ensemble des groupes d’âge et des régions, et ne se limitait pas aux villes hôtes (Toronto et Vancouver), ce qui rend probablement compte des séances de visionnement et autres rassemblements connexes.
Fait intéressant, les titulaires de carte âgés de moins de 25 ans ont montré un engagement plus exclusif pour les parties de l’équipe canadienne, ce qui a augmenté le nombre de personnes se rendant dans les établissements de restauration et de boissons lors de ces parties.

Malgré la hausse observée dans les établissements de restauration et de boissons, les dépenses en services discrétionnaires dans l’ensemble ont peu varié entre mai et juin (+0,4 %). Les dépenses plus élevées dans cette catégorie semblent avoir été faites au détriment des dépenses d’autres services discrétionnaires, ce qui est conforme aux précédents historiques où des événements spéciaux ont modifié le moment, le type et l’emplacement des dépenses de consommation nationales sans nécessairement entraîner un gain net à l’échelle nationale.
La croissance des services discrétionnaires autres que la restauration et les divertissements a été essentiellement stable entre mai et juin (0,1 %), plombée par une baisse de 0,2 % des dépenses en voyages et une contraction de 7,3 % des dépenses en services de diffusion en continu de films et de jeux vidéo.
Augmentation temporaire potentiellement plus importante de la part des visiteurs étrangers
Les touristes internationaux pourraient avoir amplifié l’incidence des dépenses liées à la Coupe du monde sur les villes hôtes. Le nombre de visiteurs internationaux dans les aéroports de Toronto et de Vancouver a augmenté de près de 10 % pendant le tournoi, ce qui témoigne de l’augmentation des voyages vers ces destinations. Les données d’OpenTable sur les réservations ont reflété cette tendance, avec une augmentation importante du nombre de personnes se rendant au restaurant.
Dans l’ensemble, les arrivées internationales au Canada en juin ont augmenté de 2,6 % seulement par rapport à l’an dernier. Les exportations de services de voyage, qui évaluent les dépenses des voyageurs au Canada, ont peu varié en juin.
À propos des auteurs :
Rachel Battaglia est économiste à RBC. Elle fournit des prévisions pour les économies provinciales canadiennes et analyse les principales tendances en matière de logement et de dépenses de consommation.
Abbey Xu est économiste à RBC. En tant que membre du groupe d’analyse macroéconomique, elle se spécialise dans les modèles de prévisions macroéconomiques, et présente des analyses et des mises à jour opportunes sur les tendances économiques.
- Comprennent notamment l’épicerie, les services publics, l’assurance, les télécommunications et le transport local ↩︎
- Comprend les services de restauration, d’éducation, de divertissement, de voyage, de soins personnels, d’affaires, juridiques et immobiliers. ↩︎
- Comprend les vêtements, bijoux, appareils électroniques, articles ménagers, fournitures de bureau, articles pour animaux de compagnie et cadeaux. ↩︎
- Remplacement de l’ancien crédit fédéral pour la TPS/TVH par des versements trimestriels bonifiés dont les montants sont augmentés de 25 % pour une période de cinq ans à compter de 2026. ↩︎
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