L’Alberta a créé le plus d’emplois au Canada cette année, mais le moteur de croissance traditionnel de la province, soit le secteur de l’énergie, n’est pas à l’origine de cette hausse.
Les gains d’emplois ont plutôt été concentrés dans les soins de santé et l’aide sociale, ainsi que dans l’administration publique, en partie en raison de la demande accrue de services essentiels après des années de croissance démographique exceptionnellement rapide.
Le secteur de l’énergie continue de tirer profit d’une forte production et d’une demande d’exportations solide, mais l’embauche dans le secteur demeure largement inchangée.
Le taux de chômage en Alberta est également élevé malgré la forte création d’emplois, ce qui s’explique en partie par la croissance plus rapide de la population active que celle de l’emploi. Ce déséquilibre s’est toutefois atténué, car les pressions démographiques continuent de s’atténuer.
La majorité des gains sont attribuables aux emplois à temps plein dans le secteur privé
En Alberta, l’emploi a augmenté d’environ 79 000 postes en juin par rapport à l’an dernier, la croissance de l’emploi ayant augmenté de 3 % sur 12 mois, surpassant toutes les provinces, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard.
À titre de comparaison, la croissance de l’emploi est demeurée pratiquement inchangée dans la majorité des provinces et a carrément reculé dans des provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique. L’Ontario est la seule autre province à avoir enregistré une hausse notable de l’emploi au cours de la même période (65 000), même si cette hausse en pourcentage (0,8 %) ne représente qu’une fraction de celle de l’Alberta.
Près des trois quarts des emplois de l’Alberta provenaient de postes à temps plein (58 500) et de postes à temps partiel (20 100), la majorité étant dans le secteur privé.
Les soins de santé et l’administration publique stimulent la croissance de l’emploi
Le raffermissement de l’activité et des prix dans le secteur de l’énergie ne s’est pas traduit par une croissance de l’emploi.
Les emplois dans les secteurs de la foresterie, de la pêche, de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz (surtout l’emploi dans le secteur pétrolier et gazier en Alberta) ont peu changé au cours de la dernière année.
Les progrès de la technologie, de l’automatisation et de l’efficacité opérationnelle ont permis aux producteurs d’énergie d’accroître et d’améliorer leur production sans avoir à créer des emplois comme dans le passé.
L’Alberta comptait plutôt 55 000 emplois de plus dans les soins de santé et les services sociaux en juin qu’il y a un an, soit l’une des plus fortes augmentations annuelles jamais enregistrées dans le secteur.
C’est un contraste par rapport à l’Ontario, où les créations d’emplois ont été plus largement réparties dans le secteur des services, principalement dans les secteurs du transport et de l’entreposage, des soins de santé et de l’aide sociale, et de l’information, de la culture et des loisirs.
La flambée de la demande démographique exerce une pression sur la main-d’œuvre du secteur des soins de santé
L’importante croissance démographique de l’Alberta au cours des dernières années a contribué à l’augmentation de la demande pour les soins de santé et les services publics.
Sa population a augmenté de plus de 570 000 habitants entre le deuxième trimestre de 2022 et le deuxième trimestre de 2026, soit une hausse de plus de 13 % et la plus importante parmi les provinces (en pourcentage).
Cette expansion rapide a exercé des pressions importantes sur les soins de santé et d’autres services publics. La croissance de la main-d’œuvre du secteur des soins de santé de l’Alberta n’a pas suivi la croissance de la population entre 2022 et 2025. Le nombre de travailleurs de la santé et de l’aide sociale par habitant a diminué par rapport au début de 2022. La majorité des autres grandes provinces ont vu leurs niveaux de dotation en personnel par habitant demeurer relativement stables ou s’améliorer au cours de la même période.
Plus récemment, toutefois, le ralentissement de la croissance démographique combiné à une hausse des embauches a contribué à une reprise du nombre de travailleurs de la santé par habitant, annulant la baisse qui s’est prolongée pendant une partie de 2025.
La forte création d’emplois n’a pas entièrement absorbé la croissance de la population active
Néanmoins, le taux de chômage de l’Alberta demeure élevé, même s’il est à la tête de la croissance de l’emploi au pays, oscillant entre 6,5 % et 7 % au cours des derniers mois.
Nous avons déjà soutenu qu’une partie du taux de chômage plus élevé en Alberta est probablement davantage attribuable à un déséquilibre entre la croissance de la population active et la création d’emplois qu’à la faiblesse économique sous-jacente. En termes simples, l’emploi n’a pas progressé assez rapidement pour absorber la croissance démographique rapide.
Mais ce déséquilibre s’est atténué. La croissance démographique a fortement ralenti, passant de plus de 4 % en 2024 à 0,9 % au premier trimestre de 2026 par rapport à l’an dernier, et le taux de chômage a diminué par rapport au taux de 8 % affiché en août 2025. Malgré tout, l’Alberta continue d’enregistrer la plus forte croissance démographique parmi les provinces.
Les pressions démographiques devraient continuer de s’atténuer pour le reste de l’année et l’an prochain, car les cibles d’immigration fédérales réduisent la migration internationale. La migration internationale nette est devenue négative en Alberta au premier trimestre de 2026 pour la première fois depuis le troisième trimestre de 2020 pendant la pandémie.
Parallèlement, nous avons observé un ralentissement des entrées nettes de migrants interprovinciaux par rapport à 2022-2024. Il y a moins de migrants qui proviennent de provinces comme la Colombie-Britannique et l’Ontario.
À mesure que la croissance démographique continuera de se normaliser, le marché du travail devrait revenir graduellement à un meilleur équilibre, ce qui atténuera les pressions sur le taux de chômage et les services publics. Nous nous attendons à ce que le taux de chômage de l’Alberta passe de 7 % à 6,5 % d’ici la fin de 2026 et à ce qu’il atteigne 6 % d’ici la fin de 2027.
Cela dit, le vieillissement de la population devrait maintenir la demande de soins de santé et de fonctionnaires à un niveau élevé, ce qui donne à penser que la croissance de l’emploi dans ces secteurs pourrait demeurer résiliente même si les pressions démographiques générales s’atténuent.
À propos de l’auteur :
Salim Zanzana est économiste à RBC. Il se concentre sur les questions macroéconomiques émergentes, allant des tendances du marché du travail aux changements dans la croissance structurelle à long terme du Canada et d’autres économies mondiales
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