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Le choc commercial entre les États-Unis et le Canada se répand lentement dans l’économie 

Plus d’un an après le choc commercial historique survenu entre les États-Unis et le Canada, les deux économies se trouvent à un nouveau carrefour : l’avenir de l’ACEUM. Dans ce nouveau chapitre, ce qui était vrai auparavant ne l’est peut-être plus. 

En quelque sorte, ce moment procure un soulagement. Ce qui s’annonçait comme un choc commercial d’un impact monumental s’est transformé en une situation beaucoup moins menaçante, avec une liste de plus en plus longue de biens exemptés de droits de douane pour bon nombre de partenaires commerciaux. La plus longue liste est celle du Canada, principalement grâce à l’ACEUM qui exonère de droits de douane près de 90 % des exportations vers les États-Unis. Par conséquent, le schisme commercial entre les deux pays est relativement étroit, bien que profond.  

Il y a aussi des hésitations. Les liens entre les États-Unis et le Canada semblent mis à mal, même s’ils ne sont pas brisés, et l’issue des négociations commerciales est loin d’être certaine. Autrement dit, cette nouvelle relation pourrait encore connaître des évolutions. Les emplois tributaires du commerce international continuent de s’effriter des deux côtés de la frontière, et les Américains commencent à constater une accélération de l’inflation liée aux droits de douane.  

La guerre commerciale donne lieu à une détérioration à petit feu – une perturbation et une transformation qui avancent au ralenti. Une évolution lente permet de gagner du temps pour manœuvrer, mais peut aussi encourager à ne rien faire. En outre, cette détérioration met en lumière les fissures qui avaient été plus ou moins colmatées dans le passé. Le choc commercial a révélé des tendances qui étaient passées inaperçues dans le domaine du commerce mondial, notamment en ce qui a trait aux relations commerciales entre les États-Unis et le Canada. Six de ces tendances méritent d’être mentionnées : 

  1. Le commerce mondial a doublé en dehors de la sphère des États-Unis. 

    L’une des grandes craintes du Jour de la libération était que les nouveaux droits de douane massifs déclenchent une récession mondiale, étant donné le poids des États-Unis dans l’économie mondiale. Or, à l’extérieur des États-Unis, le commerce mondial a doublé pour s’établir à 4,4 % d’une année sur l’autre.   

    La vision d’un monde centré sur l’Amérique du Nord pourrait faire oublier qu’en dehors du Mexique et du Canada, les partenaires commerciaux des États-Unis sont beaucoup moins sensibles au marché américain de la consommation. Avant les droits de douane de 2025, les exportations vers les États-Unis s’élevaient à 30 % pour le Vietnam, à 15 % pour la Chine et à 9 % pour la zone euro.  

    Et au lieu de disloquer l’économie mondiale, le reste du monde déploie un effort pour s’adapter en réorganisant les échanges en périphérie du marché américain. Dans un monde caractérisé par la puissance commerciale, l’essor des échanges entre les partenaires mondiaux porte à croire que les États-Unis ont peut-être moins de pouvoir que ce qui était présumé au départ.

  2. L’année de la divergence commerciale pour le Canada 

    De même, le Canada a réorienté ses échanges commerciaux en dehors des États-Unis en 2025 – la part des États-Unis dans le total des exportations canadiennes passant de 76 % au quatrième trimestre de 2024 à 68 % pour la même période en 2025. Ainsi, bien que les exportations vers les États-Unis aient reculé de 6 % d’une année sur l’autre, ce qui représente près de 35 milliards de dollars, le repli a été compensé par une hausse de 29 milliards de dollars des exportations vers le reste du monde.  

    Cette diversification ne découle pas de la recherche de nouveaux acheteurs pour les produits soumis aux droits de douane. L’augmentation est plutôt attribuable à une flambée des prix de l’or, qui ont gagné plus de 60 % en 2025. Par conséquent, les exportations d’or vers le Royaume-Uni ont bondi à elles seules de 17 milliards de dollars, soit 76 %, l’an dernier, ce qui fait de l’or le deuxième produit d’exportation du Canada en importance après le pétrole brut. Cette tendance a donc considérablement amorti le déclin enregistré pour les autres biens. 

    D’autre part, l’or a grandement stimulé le marché boursier canadien et accru la richesse financière des Canadiens. Selon les estimations, la montée de l’or a représenté un tiers de la hausse de 28 % du TSX et constitué le principal moteur du rendement supérieur de cet indice par rapport au S&P 500 l’an dernier.  

  3. La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a eu un impact plus limité 

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des différences encore plus marquées entre les régions du Canada, certaines provinces et économies locales portant le poids de cette cassure de façon disproportionnée. Toutefois, personne n’a été totalement épargné.   

    Grâce à l’ACEUM, moins de secteurs, donc de régions ont été frappés par le pire du choc commercial. Bien que la guerre commerciale soit devenue une source de préoccupation partout au pays, elle a surtout touché les provinces fortement dépendantes de l’industrie comme le Québec et l’Ontario. Les secteurs de l’acier et des véhicules et pièces automobiles ont subi le plus grand repli des exportations, ce qui a posé des difficultés particulièrement graves dans des régions telles que le sud-ouest de l’Ontario. Des villes comme Windsor, en Ontario, ont vu leur taux de chômage s’envoler à 11,1 %, tandis que le taux moyen national a culminé à 7,1 %.  

    En dehors de l’Ontario et de certaines parties du Québec, le reste du Canada, en particulier les provinces productrices d’énergie et de marchandises agricoles, a relativement peu souffert de la guerre commerciale. Ces provinces ont profité du fait que seulement une petite partie de leur commerce était soumis aux droits de douane américains, et elles ont bénéficié d’une plus grande diversification globale. La Colombie-Britannique, par exemple, n’a pas été au cœur des discussions en 2025. Cependant, en 2026 elle pourrait être touchée par l’effet domino des droits sur le bois d’œuvre qui ont bondi en octobre 2025.  

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des divergences économiques généralisées dans le pays, et plusieurs implications méritent d’être examinées par les décideurs à tous les échelons gouvernementaux.   

  4. Le déficit commercial des États-Unis s’est redistribué 

    Au départ, l’administration américaine avait justifié l’imposition des droits de douane comme une méthode pour réduire le déficit commercial des États-Unis, du moins en partie. Un an plus tard, cependant, le déficit a évolué dans la mauvaise direction. Globalement, le déficit attribuable aux biens et aux services s’est creusé de 47 milliards de dollars américains en 2025 par rapport à 2024. Le déficit commercial lié aux biens a atteint à lui seul un montant record de 1,26 billion de dollars américains en 2025.  

    Derrière cette réalité se cache un net changement de politique commerciale : si le déficit global a augmenté, sa composition est considérablement différente. Les droits de douane ont réussi à réduire les importations en provenance des principaux pays cibles (en particulier la Chine) tout en augmentant celles d’autres pays asiatiques, parmi lesquels le Vietnam, Taïwan, l’Inde, la Thaïlande et la Malaisie.  

    Pour d’autres pays cibles, dont le Mexique, les exportations vers les États-Unis ont augmenté. Le déficit des États-Unis avec le Mexique a augmenté de 25 milliards de dollars américains malgré des droits de douane de 25 à 35 % imposés à différents moments en 2025, mais avec d’importantes exemptions. Plusieurs objectifs commerciaux ont constitué un choix peu judicieux, compte tenu des chaînes logistiques manufacturières profondément intégrées. 

    En fin de compte, la géographie a considérablement changé, mais pas l’échelle globale des échanges. 

  5. Les Canadiens ont pris en main leur protection économique, ainsi que les dommages 

    Si des mesures de représailles ont été mises en place par les gouvernements, les Canadiens ont pris à cœur la guerre commerciale sur le plan personnel, ce qui s’est surtout reflété dans les voyages. Cela a eu des répercussions au Canada, et dans un secteur clé des États-Unis. 

    Grâce à la faible étendue des mesures de riposte prises par le gouvernement canadien, la guerre commerciale a eu un effet limité sur les prix à la consommation au pays. Néanmoins, le comportement des consommateurs a changé, en particulier vis-à-vis des voyages

    Le gouvernement fédéral a imposé des droits de douane concernant à peine un tiers des importations américaines, avant de les éliminer en septembre – sauf pour l’acier, l’aluminium et l’automobile. Cela a maintenu les prix à la consommation à leur niveau normal et permis à la Banque du Canada de continuer à abaisser les taux directeurs. En même temps, les gouvernements provinciaux ont entrepris de boycotter certains produits, notamment les boissons alcoolisées fabriquées aux États-Unis, tandis que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ont adopté des politiques « Achetez canadien » en matière d’approvisionnement. 

    Malgré tout, le pays a réagi de façon moins officielle et plus ciblée. Les voyages en sont l’exemple le plus frappant. Les rendements canadiens depuis les États-Unis ont fondu de 25 % d’une année sur l’autre en 2025.  

    En revanche, les voyages vers le reste du monde ont augmenté de 9,2 % par rapport à 2024. Les Canadiens ont aussi dépensé davantage au pays. C’est ainsi que le tourisme intérieur a bondi de 2,7 %, faisant grimper les dépenses de 11 % par rapport à la moyenne d’avant la pandémie. Cette tendance a contribué à l’augmentation de la consommation intérieure. 

  6. Le Canada a créé plus d’emplois que les États-Unis en 2025 alors que les deux pays ont souffert du choc 

    Les données sur l’emploi dressent un portrait surprenant. L’Enquête sur la population active du Canada fait état de la création de 211 000 emplois en 2025, ce qui représente une hausse de 1 %. En parallèle, l’enquête sur les emplois non agricoles aux États-Unis montre une augmentation de 116 000 emplois, soit une hausse de 0,07 % du nombre d’employés. 

    Plus intéressant encore est ce qui s’est passé sous la surface. Aux États-Unis, quelque 275 000 emplois ont été perdus l’an dernier dans les secteurs sensibles au commerce international, dont la manufacture, le commerce de gros, la vente au détail, le transport et l’entreposage, ainsi que les services de travail temporaire. Parmi tous les secteurs sensibles au commerce international, le transport et l’entreposage sont ceux qui ont été les plus durement touchés, avec des pertes d’emploi à la hauteur des compressions subies à l’ère de la COVID-19. Un total de près de 430 000 emplois ont été créés sur une base nette dans tous les autres secteurs combinés.  

    Au Canada, les emplois tributaires de la demande des États-Unis ont chuté de 2 %. Le côté positif, du moins pour le Canada, est que même si une grande partie des exportations du pays (environ 68 %) dépend des États-Unis, seulement 12 % des emplois sont tributaires de la demande américaine, ce qui contribue à limiter les répercussions du choc commercial.  

    Conclusion : les travailleurs des deux économies ont souffert, et ils bénéficieraient davantage d’une amélioration que d’une détérioration des relations commerciales.  

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