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Leadership avisé RBC Géopolitique, commerce et économie Zone commerciale : les coûts et les retombées économiques de l’oléoduc de la côte ouest
Géopolitique, commerce et économie

Zone commerciale : les coûts et les retombées économiques de l’oléoduc de la côte ouest

Évaluation des coûts et des retombées économiques du projet d'oléoduc vers la côte Ouest

Alors que le débat se poursuit sur les coûts de construction du projet de l’oléoduc de la côte ouest de l’Alberta, une question reste en suspens : Comment le brut lourd canadien peut-il rivaliser avec ceux du golfe Persique et du Vénézuéla qui améliore sans cesse ses catégories de pétrole, ces deux concurrents approvisionnant déjà le marché asiatique ? Plusieurs éléments clés doivent être réunis pour justifier la rentabilité du projet d’oléoduc, mais aucun d’entre eux n’est garanti.

Un baril canadien coûte environ le double de celui du golfe si l’on tient compte des coûts d’acheminement à une même raffinerie, située à une distance de 1 200 kilomètres par rapport au port en eau profonde. Sur la seule base du coût de livraison, tout argument en faveur de l’oléoduc doit expliquer ce qui compense un tel écart.

Un marché pétrolier concurrentiel

Livraison de pétrole brut lourd dans l’Asie du Nord-Est ($ CA/baril)

Pétrole WCSBrut lourd arabeBrut Merey
Coûts de livraison ($ CA/baril)(Canada)(Golfe)(Vénézuéla)
Du gisement au port en eau profondeDe 9 $ à 11 $De 2 $ à 3 $De 4 $ à 6 $
Fret vers l’Asie du Nord-EstDe 4 $ à 6 $De 3 $ à 4 $De 4 $ à 5 $
Prix de vente, tous frais comprisDe 13 $ à 17 $De 5 $ à 7 $De 8 $ à 11 $

Nota : Les coûts de l’expédition des gisements au port en eau profonde pour les pays du golfe Persique et le Vénézuéla sont des estimations de Leadership avisé RBC. Les coûts du brut Western Canadian Select (WCS) sont modélisés d’après les coûts d’expédition de Trans Mountain depuis son terminal maritime de Westridge jusqu’en Chine.  Les frets sont des estimations au milieu du cycle.

Le nouvel oléoduc ne doit pas suivre le même parcours que celui du projet d’agrandissement de Trans Mountain (projet TMX), où les dépassements de coûts ont été partiellement répercutés sur les expéditeurs.

Rentabilité de l’oléoduc

Comparaison des indicateurs financiers entre l’oléoduc de la côte ouest et celui du projet de Trans Moutain (projet TMX)

Oléoduc de la côte ouestOléoduc de la côte ouestProjet TMX
Paramètres de l’oléoduc ($ CA)Est. basseHighActual
Capacité, en nombre de barils par jour1 0001 000890
Coûts en capital, en milliards de dollars35,2 $43,7 $35,3 $
Coût en capital, en dollars par nombre de barils par jour35 200 $43 700 $59 831 $
Droits pipeliniers, en dollars/barilÀ déterminerÀ déterminerDe 9 $ à 11 $
Fret vers l’Asie, en dollars/barilDe 2 $ à 3 $De 2 $ à 3 $De 4 $ à 6 $

Nota : Les droits pipeliniers du projet TMX tiennent compte des prix révisés communiqués le 7 juillet à la Régie de l’énergie du Canada (de 9,20 $ à 11,05 $ le baril). Le coût en capital par baril du projet TMX est calculé sur la seule base des volumes d’expansion (590 000 barils par jour). Les frets sont des chiffres (normalisés) au milieu du cycle. Toutes les mentions du dollar désignent le dollar canadien.

Les coûts de transport de l’oléoduc de la côte ouest devraient, espérons-le, être inférieurs à ceux du projet TMX, grâce à l’utilisation d’une canalisation plus grande le long d’un tracé « à risque moindre » et au chargement direct de superpétroliers (navires très gros porteurs) au lieu de navires de taille moyenne Aframax. Le défi sera de respecter le budget du projet. Le coût estimé de 35 à 44 milliards de dollars du projet exclut l’indexation et le financement, des points critiques pour la compétitivité.

Le pétrole Western Canadian Select (WCS) se négocie bien en deçà des références mondiales, en grande partie à cause de l’enclavement du pétrole (son seul et unique marché étant les États-Unis) plutôt que de sa qualité. Bien qu’un prix inférieur améliore la compétitivité (les acheteurs obtenant un baril similaire à moindre coût), cela est loin d’être idéal pour les producteurs, et l’acheminement du pétrole jusqu’au port en eau profonde permet d’éviter cet inconvénient structurel. Le gouvernement de l’Alberta estime que l’oléoduc de la côte ouest pourrait réduire l’écart de prix entre le WCS et la référence américaine, le West Texas Intermediate, d’un montant pouvant atteindre 3 $ US le baril. À titre de référence, le WCS s’est négocié dans le passé à un rabais de 10 $ US à 15 $ US par rapport au WTI, en dépassant toutefois 20 $ US le baril.

Les acheteurs espèrent que le brut canadien sera plus fiable. Les barils bon marché du golfe Persique présentent un risque lié au détroit d’Ormuz, alors que les barils vénézuéliens sont tributaires d’une reconstruction économique prolongée. Le pétrole canadien ne comporte aucun de ces risques, et les acheteurs asiatiques sont prêts à payer pour cette sécurité.

Les engagements des producteurs sont moins liés à la demande asiatique. Le taux d’exécution des commandes du projet TMX suggère qu’il y a une demande manifeste, mais il faudra atténuer les inquiétudes concernant les dépassements de coûts pour assurer la compétitivité du projet de la côte ouest.

L’argument commercial repose sur plusieurs conditions : la construction du projet dans le respect des délais et du budget, un rabais d’une nature plus structurelle au lieu de dépendre d’événements périodiques et le maintien de la prime de fiabilité au-delà des récentes perturbations. Dans le respect de ces conditions, les retombées seront importantes : une augmentation des exportations annuelles d’environ 20 milliards de dollars (sur la base d’un nombre d’un million de barils par jour à un taux d’utilisation de 90 % et d’un prix du WCS de 60 $ le baril), ainsi qu’un resserrement potentiel de l’écart de 3 $ US le baril dans le cadre de la future production de bitume de l’ordre de 4,5 à 5 millions de barils par jour d’ici 2035, ce qui représente un montant approximatif annuel de 5 milliards de dollars. La décision du Canada de réaliser ce pari avec l’argent public relève d’un choix budgétaire, surtout au vu de l’évolution récente des oléoducs canadiens. Voilà toutefois une décision dont la probabilité augmente de jour en jour.

 – Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

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