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Signaux de la consommation canadienne pour T1 : Malgré le bond des coûts de l’énergie, les ménages ne réduisent pas leur budget

La consommation canadienne a fait preuve d’une résilience remarquable au cours de la dernière année. Malgré les guerres commerciales, les réductions en matière d’immigration et l’incertitude économique persistante, les dépenses des ménages ont continué de stimuler la croissance.

Les données sur les titulaires de cartes RBC donnent à penser que la résilience a perduré jusqu’au premier trimestre de 2026, et ce, malgré le nouveau choc qui a frappé l’économie, mais à la pompe, cette fois-ci.

Les prix du pétrole ont dépassé les 100 $ US le baril à la fin de février, un niveau inégalé depuis 2022, et sont résolument restés ancrés. Les prix de l’essence ont augmenté de plus de 30 % par rapport à l’an dernier, ce qui a considérablement réduit le pouvoir d’achat des ménages.



Cela dit, cette érosion du pouvoir d’achat ne s’est pas traduite par une baisse globale des dépenses.

Notre mesure des ventes au détail de base (qui ne tient pas compte des dépenses dans les stations-service) a augmenté de 8,2 % au premier trimestre par rapport au trimestre précédent, soit au même rythme que l’an dernier, et a avancé de 1 % sur un mois en avril.

Les dépenses discrétionnaires dans le secteur des services ont mené le bal, ce qui indique que les ménages absorbent la hausse des coûts de l’énergie en augmentant leurs dépenses globales, plutôt qu’en réorganisant leur budget actuel.

L’amélioration graduelle du marché de l’emploi devrait aider à amortir l’augmentation des dépenses, mais il est peu probable que les hausses soient réparties de façon égale d’une catégorie de revenu et d’une région à l’autre.

Les dépenses des titulaires de cartes RBC dans les stations-service ont bondi de 8,4 % en mars par rapport aux données désaisonnalisées de février, en raison de l’intensification du conflit au Moyen-Orient. Il s’agit de la plus forte hausse mensuelle depuis le milieu de 2022, soit depuis la dernière fois que le prix du pétrole a franchi le seuil de 100 $ US le baril. Les dépenses en essence ont encore augmenté en avril, cette fois-ci de 8,8 % par rapport à mars.

Si les ménages maintiennent leurs dépenses en transport, nous estimons que la hausse des prix de l’essence ajoutera environ 67 $ aux factures mensuelles de carburant. Pour la tranche supérieure de 40 % des ménages, qui ont amplement d’épargne et de souplesse financière, cette hausse est gérable.



Le fardeau des ménages à faible revenu, toutefois, est beaucoup plus important. Puisqu’ils ont peu d’épargne, voire aucune, ils pourraient devoir faire des compromis sur le plan budgétaire ou s’endetter davantage pour absorber la hausse des coûts de l’énergie.

Les ménages à faible revenu consacrent également deux fois plus de leur revenu au carburant que le ménage moyen. Par conséquent, une plus grande part de leur pouvoir d’achat sera affecté par une hausse spectaculaire des prix.



Les ratios du service de la dette des ménages, qui mesurent la part du revenu disponible nécessaire au service de la dette totale, demeurent gérables dans l’ensemble. Aux niveaux actuels, les ratios sont inférieurs aux normes d’avant la pandémie, ce qui donne à penser que les ménages conservent leur capacité à absorber les chocs en empruntant de l’argent au besoin.

Comme nous l’avons mentionné plus haut, ce portrait global cache des vulnérabilités bien réelles. Les ménages à faible revenu assument un fardeau lié au service de la dette beaucoup plus élevé, ce qui leur laisse beaucoup moins de souplesse pour emprunter davantage.

De même, certaines provinces ont une plus grande concentration de ménages qui doivent composer avec des ratios du service de la dette élevés, de sorte que les chocs des prix de l’énergie pourraient accentuer les pressions générales sur le crédit.



Bien que les vulnérabilités ayant trait au revenu présentent des risques réels pour certains ménages, l’épargne globale et l’amélioration du marché de l’emploi devraient soutenir la croissance à l’avenir.

Les premières données sur le marché du travail cette année n’ont pas reflété cet optimisme, mais les signaux sous-jacents sont encourageants. Nous nous attendons toujours à ce que le taux de chômage diminue dans la plupart des provinces en 2026, car la croissance démographique stagne, le contexte commercial se stabilise et les dépenses publiques augmentent.

Une vigueur a notamment été observée chez les travailleurs du groupe d’âge principal, ce qui est de bon augure pour les dépenses de consommation compte tenu de la forte capacité de gain de ce groupe. Le chômage chez les jeunes demeure toutefois une source de préoccupations et pourrait limiter les dépenses des groupes plus jeunes, et ce, même si le marché du travail se stabilise dans son ensemble.



La capacité d’absorber la hausse des prix de l’énergie varie également d’une région à l’autre. Les ménages de l’Ontario, de la Colombie-Britannique, du Manitoba et des provinces de l’Atlantique ont accumulé moins d’épargne que ceux des autres provinces, ce qui pourrait limiter leur capacité à composer avec la hausse des prix de l’énergie sans réduire leurs dépenses discrétionnaires.



L’Ontario et la Colombie-Britannique pourraient faire face à des pressions particulièrement importantes, car c’est dans ces deux provinces que  les prix des logements ont le plus baissé en 2025. Bien que la baisse de la valeur des propriétés n’ait pas d’incidence directe sur les soldes d’épargne, les ménages conscients de cette baisse pourraient devenir plus hésitants à l’égard de leurs dépenses discrétionnaires.

En plus de ces difficultés, l’Ontario et la Colombie-Britannique font maintenant face à une contraction de la population en date du premier trimestre de 2026, ce qui réduira davantage les dépenses globales à mesure que la consommation diminuera.

Des tensions liées au crédit émergent déjà dans ces régions. Seize des 17 principales régions métropolitaines de recensement où le nombre de défauts de paiement hypothécaires a augmenté le plus chaque année sont situées en Ontario et en Colombie-Britannique.

Les défauts de paiement de prêts non hypothécaires augmentent aussi à un rythme plus rapide en Ontario, où les ratios du service de la dette sont les plus élevés et où le marché du travail est le plus faible. Cette situation pourrait peser sur les dépenses discrétionnaires, car une plus grande partie du revenu des ménages est détournée vers le service de la dette et la gestion des paiements en souffrance.



La situation plus est plus contrastée dans les régions productrices de pétrole du Canada. Bien que la hausse des coûts du carburant exerce des pressions sur les ménages, les prix élevés du pétrole augmenteront aussi les recettes des gouvernements provinciaux.

L’effet net sur les ménages dépend largement de la façon dont le gouvernement déploie ces revenus, que ce soit en augmentant ses dépenses ou en déployant d’autres mesures de soutien pour aider les ménages à composer avec la hausse des coûts de la vie, comme des réductions d’impôts.

La consommation des ménages a contribué à la croissance globale du produit intérieur brut durant la plupart des trimestres depuis 2023. Ce qui rend cette résilience notable, c’est qu’elle s’est produite dans un contexte de ralentissement important de la croissance démographique.

La consommation par habitant a rebondi pour entrer en territoire positif en 2025 après s’être contractée au cours des deux années précédentes. Nous prévoyons une croissance modérée de la consommation globale des ménages en 2026 et en 2027, étant donné que les dépenses par habitant doivent encore s’améliorer.

Cela dit, la situation globale cache des disparités. Même si les ménages dans leur ensemble disposent de réserves d’épargne suffisantes pour résister aux chocs à court terme, les groupes à faible revenu et les régions dont la population diminue et où le marché du travail reste faible pourraient faire face à des contraignantes plus fortes.

L’amélioration du marché de l’emploi et l’accélération de la croissance des salaires offrent un contrepoids important, mais, en fin de compte, les perspectives dépendront de la façon dont les ménages réussiront à composer avec les diverses pressions budgétaires à venir.


À propos des auteurs :

Rachel Battaglia est économiste à RBC. Elle est membre du groupe d’Analyse macroéconomique et régionale et fournit des analyses des perspectives macroéconomiques provinciales. Elle est titulaire d’un baccalauréat en économie (avec distinction) de l’Université Western Ontario et d’une maîtrise en sciences de l’Amsterdam School of Economics.

Abbey Xu est économiste à RBC. En tant que membre du groupe d’analyse macroéconomique, elle se spécialise dans les modèles de prévisions macroéconomiques, et présente des analyses et des mises à jour opportunes sur les tendances économiques.


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