Le coût des produits alimentaires préoccupe tout le monde. L’augmentation des factures d’épicerie pèse sur le budget des ménages et pousse de nombreux Canadiens à prendre des décisions difficiles sur la façon dont ils dépensent leur argent et sur leurs postes budgétaires.
En outre, il ne s’agit pas d’un problème nouveau. Nous observons une hausse du prix des produits alimentaires depuis plus de cinq ans, et il y a peu de signes de soulagement à court terme, surtout à cause de la poursuite du conflit au Moyen-Orient et de l’évolution des politiques commerciales.
Même si le coût élevé des produits alimentaires n’est pas un phénomène uniquement canadien, il est au cœur de l’expérience économique au Canada.
Voici les principales questions que l’on nous a posées sur ce contexte difficile et nos réponses.
1. Qu’est-ce qui fait grimper le prix des produits alimentaires?
L’inflation du prix des produits alimentaires a été un problème persistant pour les Canadiens ces dernières années, mais les facteurs ont varié au fil du temps.
La plus forte flambée récente s’est produite entre 2021 et 2023, lorsque l’inflation des produits d’épicerie a atteint un nouveau sommet depuis le début des années 1980, les prix ayant augmenté de 11 % sur 12 mois à la fin de 2022.
Les perturbations liées à la pandémie et la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont fait progresser les coûts du transport, des matières, de la main-d’œuvre et des intrants clés, comme l’énergie et les engrais, sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
Les entreprises ont répercuté une partie de la hausse des coûts sur les consommateurs, qui étaient soutenus par une croissance vigoureuse des revenus et une épargne plus élevée accumulée pendant la pandémie.
Le prix de presque tous les produits alimentaires a bondi, la facture d’un panier d’épicerie type progressant de 18 % de l’automne 2021 au printemps 2023. La hausse des prix n’a ralenti à environ 2 % qu’au début de 2024, une fois les chaînes d’approvisionnement stabilisées.
Les prix des produits alimentaires ont grimpé au-dessus de l’inflation générale, en partie parce que les produits d’épicerie sont plus vulnérables que de nombreux autres produits de consommation. Ils sont touchés à presque toutes les étapes, de la production des flux des marchandises brutes à la transformation, à l’emballage et à la distribution, ainsi que par la nature périssable des aliments, ce qui les rend plus vulnérables aux retards de transport.

Une deuxième vague de pressions sur les prix des produits alimentaires a émergé à la fin de 2024, alimentée par un ensemble plus restreint de facteurs. Trois d’entre eux se démarquent particulièrement :
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La hausse des prix de la viande. Les prix ont augmenté de 9 % depuis la fin de 2024 et de plus de 40 % par rapport à décembre 2019, en date de juillet 2026. Les sécheresses et la hausse des coûts de l’alimentation animale ont contribué à la baisse du cheptel au cours des dernières années, ce qui a restreint l’offre et fait grimper les prix. La viande représente environ 11 % du panier d’alimentation, de sorte que les hausses de prix ont un effet démesuré sur l’inflation de l’épicerie.
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La hausse des prix des aliments importés. La hausse des coûts des produits alimentaires importés, en particulier des aliments transformés, a également été un facteur essentiel de la croissance des prix des aliments jusqu’en 2025, selon la Banque du Canada. Cette situation s’explique par la combinaison de la dépréciation du dollar canadien et des hausses des prix des produits importés, comme le café, à cause des difficultés liées aux conditions météorologiques, et par l’incidence des droits de douane américains sur l’offre.
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Les tarifs de représailles. Les tarifs de représailles du Canada sur certaines importations alimentaires en provenance des États-Unis entre mars et septembre 2025 ont temporairement fait grimper les prix des produits alimentaires, mais ces pressions se sont atténuées avec une baisse relativement rapide des prix (Cet article est disponible uniquement en anglais) après l’élimination des mesures.

2. Comment l’inflation des prix des produits alimentaires au Canada se compare-t-elle à celle des autres pays?
Les Canadiens ne sont pas les seuls à avoir connu une forte inflation du prix des produits alimentaires depuis la pandémie – elle a eu lieu partout dans le monde à cause de la nature mondiale des chocs sur les chaînes d’approvisionnement.
L’indice nominal des prix des produits alimentaires des Nations Unies a progressé de plus de 30 % depuis la fin de 2019.
De même, parmi les pays comparables, les coûts des produits alimentaires ont augmenté de 33 % en moyenne dans l’ensemble des pays du G7 pendant la même période, l’Allemagne et le Royaume-Uni ayant enregistré les plus fortes hausses (+38 %). Le Canada se situe à peu près au milieu du classement.
3. L’inflation de l’épicerie est-elle plus grave dans différentes régions du Canada?
Pas vraiment. La hausse des prix de l’épicerie a été un défi de même ampleur dans toutes les provinces.
Premièrement, cela s’explique par : des prix de l’épicerie locaux façonnés par bon nombre des mêmes facteurs mondiaux et nationaux. Et deuxièmement : Les grands fournisseurs et distributeurs nationaux ainsi que les grands détaillants exercent leurs activités dans plusieurs régions, ce qui signifie que les changements dans leurs coûts et leurs prix peuvent se refléter dans les prix de l’épicerie de l’ensemble des régions à peu près de la même façon.
Il existe une certaine variation des prix à cause des coûts de transport locaux, de la réglementation provinciale ou d’autres facteurs régionaux, mais la structure de la chaîne d’approvisionnement alimentaire canadienne a tendance à maintenir l’inflation de l’épicerie à un niveau similaire d’un océan à l’autre.
4. Quelle est l’incidence du conflit au Moyen-Orient sur les prix des produits alimentaires au Canada?
Les fermetures du détroit d’Ormuz ont fait craindre que la hausse des prix de l’énergie et des engrais ne déclenche une autre flambée de l’inflation des produits alimentaires.
Jusqu’ici, l’incidence directe au Canada semble limitée. La hausse des prix du carburant a fait grimper les coûts de production et de transport, mais l’inflation des produits d’épicerie a diminué depuis l’éclatement du conflit à la fin de février.
Néanmoins, une escalade prolongée des prix du carburant et des engrais pourrait finir par se répercuter sur les prix à la consommation. Ces chocs se répercutant habituellement sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire avec un certain décalage, il faut de six à neuf mois pour qu’ils se reflètent entièrement dans les prix de l’épicerie, selon la BdC.
Les prix des produits alimentaires sont façonnés par l’offre et la demande. La question de savoir si la hausse des coûts de production sera répercutée sur les consommateurs dépend de facteurs comme les conditions concurrentielles, la demande des consommateurs et le pouvoir de fixation des prix des entreprises.
De nombreux producteurs suivent les prix des autres à l’échelle mondiale et ont un pouvoir de fixation des prix limité, de sorte qu’il est difficile de répercuter entièrement la hausse des coûts sur les distributeurs, les détaillants ou les consommateurs. À chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement, la concurrence exerce des pressions sur les vendeurs pour qu’ils absorbent une partie ou la totalité des augmentations de coûts, ce qui comprime les marges bénéficiaires ou ce qui les pousse à faire des économies sur d’autres coûts.
La résistance des consommateurs peut prendre diverses formes, y compris la réduction des achats ainsi que le passage à des produits, des marques et des magasins alternatifs. Lorsque les ménages résistent à la hausse des prix, les producteurs et les détaillants sont confrontés à de plus grandes contraintes en matière de prix.
Ainsi, même si les coûts dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire peuvent augmenter, l’incidence finale sur les factures d’épicerie des ménages pourrait ne pas être une répercussion de type « un pour un ».
5. Quelle est la trajectoire des prix de l’épicerie?
Nous nous attendons à ce que les prix de l’épicerie au Canada continuent d’augmenter à un rythme qui dépassera probablement l’inflation globale, car les pressions existantes se feront sentir dans toute la chaîne d’approvisionnement à court terme.
Les pressions sur les prix de la viande devraient persister. Les troupeaux de bovins ont montré des signes de reprise en 2026, mais la reconstitution de l’offre prend plusieurs années, ce qui continue de limiter la disponibilité. Une dépréciation du dollar canadien rend également les importations plus chères.
Les prix de certains produits alimentaires pourraient baisser en fonction des conditions de culture ou d’autres facteurs. Cependant, nous prévoyons peu de relâchement de la pression sur d’autres composantes de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, comme la transformation, la main-d’œuvre, l’emballage, les marges de gros et de détail et le transport. Ces coûts représentent jusqu’à 90 % du coût des produits alimentaires pour les consommateurs et sont souvent persistants.

Selon nos perspectives, l’inflation de l’épicerie se rapprochera davantage de l’inflation globale l’an prochain, mais cela repose sur l’hypothèse que les prix des principaux intrants, comme le pétrole, adoptent une trajectoire à la baisse, qu’il n’y ait pas de perturbations importantes de la chaîne d’approvisionnement liées aux échanges commerciaux et que les difficultés d’approvisionnement actuelles propres à un secteur continuent de s’atténuer.
À long terme, plusieurs risques clés pourraient maintenir le coût des produits alimentaires à un niveau élevé :
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Perturbations liées au climat : Les sécheresses, les feux de forêt, les inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes deviennent une source de pression de plus en plus persistante sur la chaîne alimentaire mondiale, ce qui contribue à la hausse des coûts et à la baisse des rendements.
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Protectionnisme : Le Canada pourrait être amené à imposer des barrières (tarifs douaniers ou quotas) sur les produits alimentaires importés, ce qui pourrait exercer plus de pression sur les prix. Fait important, même les mesures commerciales protectionnistes à l’extérieur du Canada – aux États-Unis, par exemple – pourraient avoir une incidence sur les coûts alimentaires intérieurs à cause des effets inflationnistes le long des chaînes d’approvisionnement mondiales ou continentales. Par exemple :
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Les mesures de représailles du Canada en réponse aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis en vertu de l’article 338 auront une incidence mécanique sur le coût d’importation de certains aliments (en particulier les produits de la mer), même si les importateurs canadiens chercheront presque certainement d’autres marchés pour éviter les coûts d’importation.
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Les droits de douane américains sur les tomates importées ont fait grimper les prix des tomates au Canada. Statistique Canada a indiqué que les prix des tomates ont augmenté de 45 % sur 12 mois en mai, en partie à cause de la réduction de la superficie ensemencée au Mexique après la mise en œuvre des droits de douane américains.
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Répercussions politiques imprévues : Les politiques conçues pour répondre aux objectifs en matière d’environnement, de main-d’œuvre et de santé, comme les normes d’emballage et de recyclage, et la tarification du carbone, entre autres, pourraient accroître involontairement les coûts de production et de distribution des produits alimentaires.
6. Qui a été le plus touché par les prix élevés des produits alimentaires?
La hausse des factures d’épicerie est une source de frustration pour tous les ménages canadiens, même si l’incidence varie considérablement en fonction du revenu.
Pour le ménage moyen, la croissance du revenu disponible a généralement surpassé l’augmentation des dépenses alimentaires. Les dépenses annuelles moyennes en aliments et en boissons non alcoolisées sont passées d’un peu moins de 7 400 $ en 2019 à environ 9 600 $ en 2025, soit environ 180 $ de plus par mois. Au cours de la même période, le revenu disponible moyen des ménages a augmenté d’environ 23 000 $, soit environ 1 900 $ par mois.
Cependant, le coût des produits alimentaires représente un fardeau beaucoup plus lourd pour les ménages canadiens à revenu plus faible, car les dépenses en aliments et en boissons non alcoolisées représentent près du quart de leur revenu1. La croissance moyenne du revenu disponible des ménages dans le quintile de revenu le plus faible a également été plus basse, progressant de 7 300 $ entre 2019 et 2025.
Les coûts du logement et du transport ayant aussi augmenté d’environ 30 % en moyenne depuis 20192, les ménages à faible revenu ont moins de marge de manœuvre pour absorber la hausse du coût des produits alimentaires.
La hausse des coûts des produits alimentaires a forcé de nombreux ménages à faire des ajustements difficiles, y compris en modifiant leur alimentation, en choisissant des options moins chères et en achetant auprès de détaillants à escompte, comme les clubs-entrepôts, les supercentres et les magasins à un dollar, afin d’optimiser leur budget.
Mais pour un nombre croissant de Canadiens, ces ajustements ne sont pas suffisants. Le nombre de visites aux banques alimentaires a augmenté de plus de 99 % entre 2019 et 2025, ce qui témoigne en partie de la pression croissante que la hausse des coûts des produits alimentaires exerce sur les ménages vulnérables.
Salim Zanzana est économiste à RBC. Il se concentre sur les questions macroéconomiques émergentes, allant des tendances du marché du travail aux changements dans la croissance structurelle à long terme du Canada et d’autres économies mondiales
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