La trajectoire de l’ensemble de la courbe des taux peut être aussi importante pour l’économie réelle canadienne que la prochaine décision de la BdC.
Le taux du financement à un jour (établi par la BdC) est important pour les prêts hypothécaires à taux variable et le crédit à la consommation. Toutefois, la hausse des taux à long terme redéfinit déjà les emprunts à taux fixe pour la plupart des ménages, des entreprises et des gouvernements au Canada, ce qui augmente le coût du service de la dette.
Bien que la hausse des taux obligataires canadiens ait été en partie attribuable à des facteurs mondiaux, la trajectoire des taux d’intérêt dépend toujours aussi de la conjoncture économique nationale. Selon une décomposition courante des taux obligataires, environ 70 % de la hausse des taux des obligations d’État à 10 ans depuis l’an dernier est attribuable à la hausse prévue des taux d’intérêt à court terme, et le reste à la hausse de la prime de terme.

Cette distinction est importante. Cela signifie qu’une grande partie de la hausse des coûts d’emprunt à terme est liée aux attentes selon lesquelles la BdC relèvera les taux d’intérêt au cours de la prochaine année. Nous continuons de considérer que ces hausses sont largement tributaires de l’amélioration de l’économie.
Autrement dit, la hausse des taux d’intérêt devrait effectivement dépendre de l’amélioration de la capacité des emprunteurs à gérer les coûts.
Le ratio d’endettement devrait de nouveau augmenter
La hausse des taux d’intérêt marquera probablement la fin de l’amélioration de la capacité de remboursement de la dette des ménages canadiens observée au cours des deux dernières années, attribuable à la baisse des taux d’intérêt et des emprunts non hypothécaires des ménages par rapport aux niveaux d’avant la pandémie et à la solide croissance du revenu disponible.
Au deuxième trimestre de 2026, les paiements de la dette des ménages en pourcentage du revenu disponible, soit le ratio d’endettement, ont chuté à 14,5 %, leur plus bas niveau en quatre ans. La baisse observée entre le premier et le deuxième trimestre est en partie attribuable à une augmentation temporaire du revenu des ménages découlant de règlements conclus avec les peuples autochtones et à un remboursement ponctuel de la TVH dont l’effet devrait s’estomper au troisième trimestre.

Toutefois, comme les taux d’intérêt ont atteint leur creux, le répit accordé au service de la dette des ménages tire probablement à sa fin, ce qui fait écho à la diminution des gains en matière d’abordabilité du logement que nous avons soulignée dans le passé.
À l’approche de 2027, nous nous attendons à ce que la croissance des paiements de la dette des ménages recommence à surpasser la croissance du revenu disponible, faisant grimper graduellement le ratio d’endettement.
Les taux plus élevés ont une incidence sur certains emprunteurs plus tôt que d’autres
Les ménages qui contractent de nouveaux emprunts ou doivent bientôt renouveler leurs prêts subiront en premier l’incidence de la hausse des taux d’intérêt, mais à un moment donné, tous les emprunteurs s’ajusteront. Nous avons observé ce phénomène en temps réel lorsque les fortes hausses de taux par la BdC en 2022-2023 ont déclenché une vague de préoccupations concernant les renouvellements hypothécaires au cours des années suivantes.
Il reste une dernière cohorte d’emprunteurs à taux fixe de cinq ans qui ont obtenu des taux très bas en 2021-2022, mais qui ne se sont pas encore ajustés à des taux plus élevés. Les autres emprunteurs à taux fixe de trois à quatre ans pourraient tout de même renouveler leur prêt à des taux plus bas qu’en 2023.
Néanmoins, comme les emprunts existants continuent de se renouveler et que de nouveaux emprunts sont ajoutés aux registres à des taux plus élevés, les taux d’emprunt effectifs moyens pour l’ensemble des ménages devraient augmenter, ce qui fera grimper le ratio d’endettement, malgré l’endettement global relativement faible des ménages (mesuré par le ratio dette/revenu).
La hausse des taux obligataires pourrait poser un problème plus important pour d’autres régions et gouvernements
De même, les entreprises et les gouvernements font face à une hausse des coûts du service de la dette, avec des décalages variables. Ceux qui sont plus endettés pourraient être particulièrement sensibles. Pour les gouvernements, la hausse des coûts du service de la dette se traduit généralement par l’une de trois choses : des réductions de dépenses, des hausses d’impôt ou des déficits plus importants.
Les taux obligataires ont augmenté davantage ces derniers mois en France et aux États-Unis, où les préoccupations à l’égard de la viabilité budgétaire sont les plus vives. La hausse des taux d’intérêt alimente les difficultés budgétaires, car elle aggrave considérablement la trajectoire du ratio dette/PIB aux États-Unis par rapport à un niveau de référence déjà préoccupant.
À propos de l’auteur :
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.