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Le point sur la politique du FOMC – Kevin Warsh inaugure une nouvelle ère à la Fed

La réunion du FOMC du 17 juin a été beaucoup plus palpitante que ne le laissait supposer une manchette annonçant une absence de changement de politique monétaire. Comme beaucoup s’y attendaient, les taux d’intérêt ont été maintenus dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Cependant, il est à noter que cette réunion nous a donné de précieux renseignements sur les stratégies adoptées par le président Warsh pour diriger la Fed ainsi que sur sa vision du double mandat. Ses projets comprennent de nouveaux conseillers, de nouveaux groupes de travail, de nouvelles données et un nouveau régime qui semblait hyperconcentré sur l’inflation. En fait, la question de l’emploi semblait reléguée au second plan : il n’a pas abordé ce sujet qu’à la toute fin de la conférence de presse. C’est un changement important par rapport au discours de Jerome Powell. En revanche, M. Warsh a reconnu dès le début de la conférence de presse que « l’inflation dépasse largement l’objectif d’inflation de 2 % fixé de longue date par la Fed. Cette situation perdure depuis plus de cinq ans. »

Ce changement de cap détonnant a été particulièrement frappant : M. Warsh met clairement la priorité sur l’inflation. Selon notre décompte, M. Warsh a prononcé le mot inflation 19 fois au cours de la conférence de presse, alors qu’il n’a mentionné le travail qu’à quatre reprises (il faut dire que la presse était tout aussi partiale). Après les remarques liminaires de M. Warsh, la situation du marché du travail américain n’a été abordée qu’à la moitié de la période des questions. M. Warsh lui-même n’en a pas parlé avant la toute dernière question et il s’est alors contenté de déclarer que « les données sur l’emploi évoluaient dans la bonne direction », avant de conclure par un commentaire sur la productivité. À l’heure actuelle, M. Warsh accorde très clairement la priorité à l’inflation plutôt qu’au travail.



Comme prévu, le Sommaire des projections économiques (« SPE ») a fait écho à ce qu’a déclaré sans équivoque le président Warsh : l’inflation est l’aspect du mandat de la Fed qui justifie une attention plus immédiate. Les DPC globales comme les DPC de base ont été nettement révisées à la hausse depuis le SPE de mars, les DPC de base annuelles médianes pour 2026 étant passées de 2,7 % à 3,3 %, et celles de 2027 de 2,0 % à 2,5 %. À l’inverse, les projections médianes de croissance et de chômage ont peu fluctué, la croissance ayant été légèrement révisée à la baisse pour 2026 (2,2 %) et le taux de chômage révisé à 4,3 % afin de refléter les données actuelles.

L’élément le plus intéressant de ce SPE est son orientation résolument restrictive. Les prévisions de taux des fonds fédéraux ont été ajustées pour tenir compte d’un biais de resserrement en 2026, plutôt que de l’assouplissement de 25 points de base prévu antérieurement dans le SPE de mars. Le graphique à points du SPE était lui aussi révélateur. À la réunion de mars, la majorité des participants s’attendaient à au moins une baisse de taux en 2026. Or, à peine trois mois plus tard, la moitié des membres du comité ont estimé que l’orientation appropriée de la politique monétaire en 2026 implique au moins une hausse. L’autre moitié a majoritairement jugé que le taux directeur actuel était approprié (à l’exception d’un seul membre conciliant).

Si l’on en croit le SEP de juin, les risques perçus pesant sur l’inflation sont orientés à la hausse. La fourchette des estimations des DPC de base pour 2026 a monté : le bas se situe à 2,6 % et le haut à 3,5 % (contre 2,2 % et 3,0 % précédemment). De plus, la fourchette des attentes à l’égard des DPC de base en 2027 s’est élargie de 50 points de base (passant de 2,0 %-2,5 % à 2,0 %-3,0 %). Les risques pesant sur le chômage restent globalement inchangés à court terme, mais les fourchettes des projections de variations du PIB réel se sont élargies tant pour 2026 que pour 2027, les perspectives de croissance étant légèrement orientées à la hausse pour 2027.



L’incertitude, de l’aveu même de M. Warsh, demeure élevée, principalement en raison du conflit au Moyen-Orient. Mais la répartition des risques évolue et la Fed sera moins encline à se prononcer sur la trajectoire de l’économie à l’avenir. La déclaration de politique monétaire plus courte (et plus simple), se limitant à présenter les faits sans fournir d’orientations prospectives, a été l’un des premiers changements les plus notables sous la présidence de M. Warsh. En effet, le comité a jugé que les orientations prospectives n’étaient plus adaptées à la situation actuelle. Si on lit entre les lignes, cela donne à penser que l’éventail des résultats pour l’économie américaine est incertain et dépend de forces externes sur lesquelles la banque centrale n’a aucune influence. En parlant des points et des prévisions qui ont été soumises par d’autres membres du FOMC, M. Warsh a déclaré : « Ils ont soumis leurs prévisions – pour être clair, il ne s’agissait pas de prévisions jugées plus probables que d’autres ». Ces prévisions étaient plus probables que leurs autres scénarios. Je n’ai donc pas entendu une grande conviction. » En termes simples, M. Warsh ne souhaite pas que les marchés prennent le SPE pour argent comptant, étant entendu que les prévisions doivent être faites avec humilité. Il est intéressant de noter qu’il souhaite transférer aux marchés la responsabilité d’interpréter les données économiques :

« Je pense que les marchés financiers se comportent mieux lorsqu’ils réagissent aux données entrantes. Je pense que les marchés financiers fonctionnent moins efficacement lorsqu’ils se demandent comment la Réserve fédérale réagira à ces nouvelles informations. Plus les marchés prêtent attention à ce qui se passe dans l’économie réelle et déterminent quelles données sont bonnes et lesquelles le sont moins, plus les marchés financiers sont en mesure d’évaluer ce qu’ils estiment être le scénario le plus probable et quels sont les risques extrêmes. Mais lorsque les marchés financiers se contentent de refléter nos déclarations, nous passons à côté de la source d’information la plus importante. J’aimerais que nous mettions en place un système qui nous permette de nous concentrer sur ces sources d’information. »

À la suite de la récente série de données positives sur le marché du travail et des données préoccupantes sur l’inflation, nous demeurons d’avis que la Fed restera en retrait pour le reste de 2026. Même si les prix du pétrole baissent, d’importantes pressions inflationnistes se profilent à l’horizon : les principales composantes de l’IPP s’accélèrent et n’ont pas encore atteint les consommateurs, de nouveaux droits de douane sont mis en œuvre et la croissance des salaires demeure solide. Si ces forces persistent, la prochaine décision de la Fed sera plus probablement une hausse des taux plutôt qu’une baisse.


À propos des auteurs :

Mike Reid est chef, Services économiques RBC – États-Unis. Il est chargé d’établir les perspectives économiques de RBC pour les États-Unis, de commenter les indicateurs macroéconomiques et de rédiger des analyses concernant le contexte économique.

Carrie Freestone est économiste principale aux États-Unis à RBC et membre de l’équipe des Services économiques aux États-Unis à RBC Marchés des Capitaux. Elle est responsable de prévoir les principaux indicateurs clés américains, notamment le PIB, l’emploi, les dépenses de consommation et l’inflation aux États-Unis. Elle contribue également aux commentaires sur la conjoncture économique aux États-Unis qu’elle transmet aux clients au moyen de publications, de présentations et par l’intermédiaire des médias.

Imri Haggin est économiste à RBC Marchés des Capitaux, où il se concentre sur la recherche thématique. Ses travaux antérieurs portaient sur la dynamique du crédit à la consommation et la modélisation des liquidités, et mettaient l’accent sur l’utilisation des données pour comprendre les comportements.


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