➔ La F1 prend les devants avec son initiative sur les carburants durables
➔ Ce qui empêche Evan Fraser, de l’Arrell Institute,de dormir
➔ Quel sera le prochain grand moment de la politique climatique au Canada ?
Signaux
Pour la première fois, les investissements dans l’énergie propre devraient être près de deux fois plus élevés que ceux consacrés aux combustibles fossiles. Pour chaque dollar investi dans le pétrole, le gaz et le charbon, soit 1,2 billion de dollars américains, près de deux dollars devraient être dirigés vers les énergies renouvelables, le nucléaire, les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et l’électrification en 2026, estime l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport World Energy Investment 2026. Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes de l’investissement énergétique en temps réel et ramène la sécurité énergétique au premier plan, souligne Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC. Les investissements mondiaux dans l’énergie sont en voie d’atteindre 3,4 billions de dollars américains cette année, en hausse de 5 % par rapport à 2025, tandis que le solaire attire en moyenne 1 milliard de dollars américains par jour. Le nucléaire fait lui aussi son retour, avec 78 GW en construction dans 15 pays et des investissements annuels de plus de 80 milliards de dollars américains. Cela dit, les signaux ne sont pas tous positifs : Les investissements dans l’approvisionnement en charbon atteignent 180 milliards de dollars américains, leur plus haut niveau depuis 2 012.
Montréal a récemment accueilli la Formule 1 et une nouvelle génération de carburants durables, poursuivant ainsi son héritage de leadership climatique – du Protocole de Montréal de 1987 au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal de 2022 –, écrit John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction RBC, qui était sur place pour cet événement à haut indice d’octane, mais durable. L’initiative s’inscrivait dans la nouvelle norme sur les carburants adoptée par la F1 cette saison, qui vise la carboneutralité d’ici 2030. Les monoplaces roulaient avec un carburant durable avancé à 100 %, et l’écurie Mercedes a remporté le Grand Prix du Canada grâce à un carburant mis au point par son partenaire Petronas. L’initiative de durabilité va au-delà du carburant : Les équipes de soutien ont voyagé à bord d’avions-cargos alimentés par des carburants d’aviation durables, tandis que les voitures intègrent des conceptions axées sur une efficacité accrue. Montréal a aussi récemment accueilli la Série Innovation durable de la FIA, qui explore comment l’IA et la technologie peuvent générer des gains d’efficacité.
Les technologies climatiques les plus prometteuses au Canada
Pour Sarah Goodman, la crise des feux de forêt se vit de très près. Presque tout le monde en Colombie-Britannique connaît aujourd’hui quelqu’un qui a dû évacuer son domicile à cause des feux de forêt, explique Sarah Goodman, établie à Vancouver et à la tête de NorthX, une entreprise britanno-colombienne qui a fait des feux de forêt un secteur stratégique pour déployer des solutions climatiques « robustes ».
L’entreprise, soutenue par les gouvernements fédéral et provincial ainsi que par Shell, a investi 5,5 millions de dollars dans les technologies de lutte contre les feux de forêt, dont une nouvelle ronde de financement de 2,2 millions de dollars destinée à trois jeunes pousses prometteuses. La saison des feux de forêt de cette année ravage déjà certaines régions de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, alors que Vancouver a récemment enregistré une température de 23,9 degrés, fracassant un record de chaleur vieux de 128 ans pour un mois de mai.
Les feux de forêt sont à la fois une conséquence et un accélérateur des changements climatiques. La hausse des températures transforme les forêts en véritables poudrières, avec des conséquences économiques et environnementales désastreuses :
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Selon CatIQ, les pertes assurées liées aux feux de forêt au Canada ont bondi de 1 003 % pour atteindre 8,1 milliards de dollars entre 2016 et 2025, contre 734 millions de dollars au cours de la décennie précédente.

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Jusqu’à 7 % de la production pétrolière canadienne a été brièvement interrompue lors d’un feu de forêt en Alberta l’an dernier, alors que d’importantes infrastructures pipelinières se trouvaient dangereusement près des flammes.
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Les saisons 2023 et 2025 ont été les deux pires saisons de feux de forêt jamais enregistrées au Canada. Selon la base de données Copernicus de la Commission européenne, les émissions de carbone attribuables aux feux de forêt au Canada ont atteint 250 mégatonnes au cours des dix premiers mois de 2025 – à titre de comparaison, les émissions de GES du pays s’élevaient à 661,5 Mt en 2024.
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Si les feux de forêt du Canada étaient un pays, ils auraient été le huitième émetteur mondial en importance en 2023, selon 440megatonnes.ca. Pourtant, les feux qui ravagent les forêts non aménagées ne sont pas comptabilisés dans les émissions officielles du Canada.
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« La gravité et le comportement des feux de végétation évoluent à un rythme qui dépasse de plus en plus notre capacité à suivre », affirme Stacey Sankey, conseillère en politiques à Ressources naturelles Canada et autrice du document Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029).
Les investissements s’accélèrent pour mieux supprimer, maîtriser et gérer les feux de forêt, mais, comme le souligne Sarah Goodman, « nous n’en sommes encore qu’aux débuts des technologies de lutte contre les feux de forêt » :
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En avril, NorthX Climate Tech a investi au total 2,2 millions de dollars dans trois jeunes pousses de la Colombie-Britannique dans le cadre d’une nouvelle ronde de financement : Crown.ai, Nova et Skyward Wildfire Technologies.
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Crwn.Ai utilise l’intelligence artificielle pour prédire les départs de feu causés par les lignes électriques ;
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Nova, une autre technologie optimisée par l’IA, exploite des données aériennes pour repérer les zones à risque ; et
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Skyward cherche à mieux gérer la foudre, souvent à l’origine de feux destructeurs.
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« Les feux de forêt se comportent différemment selon les régions », souligne Sarah Goodman, mais les technologies canadiennes présentent un réel potentiel d’exportation. Nova, par exemple, est présente dans 200 territoires dans le monde.
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Le gouvernement fédéral augmente de 70 millions de dollars le financement consacré aux feux de forêt, qui atteindra 629,8 millions de dollars d’ici 2030. Une partie du budget de défense de 290 milliards de dollars pourrait aussi avoir une double vocation, en servant à la fois à la surveillance aérienne et à la suppression des feux de forêt.
Un plan directeur pour lutter contre les feux de forêt
En matière de feux de forêt, Stacey Sankey a littéralement rédigé le plan directeur. Conseillère principale en politiques au Service canadien des forêts, elle est l’autrice du Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029). La situation s’est nettement améliorée, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir, affirme Stacey Sankey. L’entrevue a été abrégée par souci de concision :
Q. Les défis que vous aviez recensés dans le rapport se sont-ils atténués ou aggravés depuis sa publication ?
R. Le Plan directeur formulait quinze recommandations visant à orienter les investissements scientifiques, à attirer de nouveaux partenariats et à coordonner les efforts de recherche à l’échelle nationale. Des progrès réels ont été réalisés pour combler l’écart en matière de ressources humaines. Un investissement de 5 millions de dollars, réalisé par l’entremise de Ressources naturelles Canada (RNCan) et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), a permis de créer un réseau de recherche sur les feux de végétation, établi à l’Université de l’Alberta, qui forme 68 professionnels des feux de végétation aux cycles de la maîtrise, du doctorat et du postdoctorat. Dans le cadre de ce réseau, de nombreuses universités ont élargi leurs programmes afin d’y intégrer des recherches et des cours consacrés aux feux de végétation. Le gouvernement fédéral a également investi massivement dans la formation d’un plus grand nombre de pompiers communautaires. Cela dit, les progrès demeurent mis à l’épreuve par l’ampleur de l’aggravation des feux de végétation.
Q. Lesquelles de vos recommandations ont été mises en œuvre ?
R. Des avancées importantes et concrètes ont été réalisées dans les grands axes de recommandations du Plan directeur : renforcer la capacité de recherche et d’innovation, respecter les savoirs autochtones, élargir les partenariats et partager la gouvernance et la coordination.
RNCan a renforcé les systèmes de données, de modélisation et d’aide à la décision, notamment en modernisant le Système canadien d’information sur les feux de végétation (SCIFV) et la Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt (MCEDIF). De nouveaux investissements ciblés ont fait progresser les outils d’évaluation des risques liés aux feux de végétation, tandis que le réseau du CRSNG a formé une nouvelle génération de spécialistes des feux de végétation.
En ce qui concerne l’intendance autochtone du feu, la mise en œuvre comprend notamment la création du Laboratoire REDfeu (réciprocité, écologie et diversité en matière de feu) et du collectif Thunderbird, qui œuvrent à faire progresser le leadership et les savoirs autochtones dans la gestion des feux de végétation.
Le gouvernement fédéral aide les provinces et les territoires à se procurer de l’équipement spécialisé, à former les pompiers et à garantir une capacité de lutte aérienne contre les feux. Le Canada s’est également engagé à coopérer à l’échelle internationale par l’entremise de la Charte de Kananaskis sur les feux de forêt du G7 et de La mission GardeFeu, une collaboration entre RNCan, Environnement et Changement climatique Canada et l’Agence spatiale canadienne, qui deviendra le premier système satellitaire gouvernemental au monde consacré à la surveillance des feux de forêt.
Q. Quels autres défis sont apparus depuis la publication du rapport ?
R. Le rythme auquel évoluent la gravité et le comportement des feux de végétation s’accélère plus vite que notre capacité à suivre aisément la cadence, et les ressources de lutte contre les feux demeurent sous pression, ce qui maintient le Canada dans une situation de dépendance envers les ressources internationales lors d’épisodes extrêmes. Il reste également du travail à faire pour faire progresser l’intendance autochtone des feux de végétation.
Alimentation, climat et inflation : les ingrédients d’une polycrise
À la croisée de l’alimentation, de la durabilité et des changements climatiques, Evan Fraser, directeur général de l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, craint qu’un climat en mutation déclenche une polycrise mondiale. Il demeure toutefois convaincu que le Canada peut jouer un rôle accru et devenir une source de stabilité alimentaire pour le monde.
Q. Quelle est la chose que vous aimeriez que davantage de gens comprennent au sujet du lien entre les changements climatiques et notre système alimentaire ?
R. On parle souvent des systèmes énergétiques – chauffage, éclairage, électricité, gaz – comme d’un levier essentiel pour lutter contre les changements climatiques, mais l’alimentation est elle aussi un levier majeur. Les systèmes alimentaires produisent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais avec quelques grands changements, ces systèmes peuvent devenir carboneutres, voire « carbone-négatifs » (c’est-à-dire absorber plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en émettent). La clé consiste à réduire l’utilisation des combustibles fossiles dans la production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement, à appliquer avec précision des intrants comme les engrais, et à enrichir la matière organique des sols. C’est dans ce dernier élément que réside le potentiel « carbone-négatif ». La matière organique du sol, au fond, c’est du dioxyde de carbone transformé en matière végétale. Lorsque les agriculteurs adoptent des pratiques qui réduisent la perturbation des sols, par exemple, la matière organique peut s’y accumuler et capter le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. La matière organique du sol agit aussi comme une éponge : Elle capte l’eau lorsqu’elle est disponible et la retient lorsqu’elle est nécessaire, ce qui rend les sols plus résilients face aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Q. Quels enjeux liés au climat et à l’alimentation vous empêchent de dormir ?
R. Ce qui m’empêche de dormir, ce ne sont pas les changements climatiques pris isolément, mais l’interaction entre les bouleversements climatiques, géopolitiques et économiques. Je crains que ces facteurs de stress ne s’accumulent jusqu’à provoquer une cascade de crises susceptible de dépasser la capacité d’adaptation des pays et des ménages.
Depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et le blocus du détroit d’Ormuz, les prix des engrais ont explosé, forçant les agriculteurs du monde entier – en particulier les petits exploitants en Afrique et ailleurs – à réduire leur utilisation d’engrais. Cela se traduira par une baisse des rendements. Parallèlement, le Midwest américain connaît une grave sécheresse, la mousson indienne s’annonce faible, et un épisode El Niño majeur menace la prochaine saison de croissance dans l’hémisphère Sud.
Je crains que nous soyons confrontés à une polycrise. Au cours des six à douze prochains mois, plusieurs éléments du système alimentaire pourraient dérailler et déclencher une nouvelle poussée d’inflation alimentaire. L’un des scénarios préoccupants serait la répétition des vastes émeutes de la faim qui ont éclaté entre 2008 et 2011 en Haïti, au Cameroun et dans des dizaines d’autres pays. Je vois déjà des signes inquiétants laissant penser que nous pourrions revenir vers ce type de situation dans des pays comme le Kenya.Une mauvaise récolte cette année, attribuable aux changements climatiques, pourrait accélérer les perturbations et entraîner une instabilité politique.
Q. Quelles innovations dans le système alimentaire vous rendent le plus optimiste ? Et quel rôle le Canada joue-t-il – ou devrait-il jouer – pour faire progresser l’innovation ?
R. Le Canada devrait se positionner comme l’exportateur d’aliments et de produits agroalimentaires le plus fiable et le plus digne de confiance au monde, non seulement parce qu’il s’agit d’une marchandise économiquement précieuse à échanger, mais aussi parce que c’est un levier stratégique. Par ses exportations alimentaires, le Canada peut aussi exporter de la stabilité géopolitique et de la résilience, un rôle qu’il devrait assumer pleinement, surtout dans cette période d’extraordinaire turbulence.
Pour jouer un rôle de chef de file, nous devons investir massivement dans la recherche et la formation agroalimentaires, en misant sur des innovations comme les semences résistantes à la sécheresse et aux ravageurs, les outils d’aide à la décision fondés sur l’IA pour les agriculteurs et les tracteurs intelligents. Ces avancées aideront les agriculteurs canadiens à composer avec les changements climatiques et les perturbations géopolitiques. Grâce à ces innovations, conjuguées à nos agriculteurs, à notre géographie ainsi qu’à nos ressources en terres et en eau, le Canada est bien placé pour devenir l’un des plus grands greniers du monde au cours de ce siècle.
Conversations
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Rick Smith, de l’Institut climatique du Canada, croit que le prochain grand moment de la politique climatique au Canada sera la publication de la réglementation fédérale sur les véhicules visant à atteindre l’équivalent d’un taux d’adoption des V. É. de 75 % d’ici 2035.
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Michael Liebreich se penche sur la Great Clean Energy Acceleration 2.0, une rupture dans les marchés de l’énergie aussi profonde que les chocs pétroliers des années 1970.
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Jonathan Stern, chercheur émérite à l’Oxford Institute for Energy Studies, pose la question dans un rapport : Les efforts visant à réduire le torchage dans les activités pétrolières et gazières en amont sont-ils voués à l’échec ?
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Celeste Saulo, secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale, explique pourquoi le phénomène météorologique El Niño attendu cet été constitue un « avertissement climatique urgent ».
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