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Bouleversements climatiques : Le printemps des véhicules électriques succède à l’hiver

➔ Découvrez Coalie, la mascotte américaine coiffée d’un casque de chantier

➔ La stratégie automobile d’Ottawa s’accompagne d’une dimension d’action climatique

➔ Quel devrait être le principe directeur de la stratégie nationale de l’électricité proposée pour le Canada ?

Les entreprises canadiennes n’attendent pas un signal d’Ottawa pour faire avancer l’ambition américaine en matière de minéraux. Alors que le gouvernement fédéral tarde à conclure des ententes formelles avec Washington sur les minéraux critiques, Cyclic Material établie à Toronto, investit stratégiquement 82 millions de dollars américains dans une installation de recyclage de terres rares en Caroline du Sud après avoir obtenu de nouveaux financements, notamment du Fonds de croissance du Canada. Il s’agit d’une tendance plus large : Lithium Americas, basée à Vancouver, développe un projet d’envergure au Nevada tandis que Trilogy Metals met en valeur un district cuivre-zinc-or en Alaska — le gouvernement américain ayant récemment pris la mesure sans précédent d’acquérir de petites participations dans ces deux projets. Les atouts du marché et de la géographie nord-américains devraient, espérons-le, l’emporter sur les manœuvres partisanes.

L’adaptabilité et la résilience pourraient constituer la prochaine priorité en matière d’investissement climatique. Le rapport Private Markets Innovation in Climate Adaptation and Resilience de RBC Marchés des Capitaux met en évidence cinq domaines stratégiques dans lesquels l’investissement pourrait permettre des avancées : les données terrestres, les solutions d’assurance pour les entreprises et la société, les incendies de forêt et le réseau électrique, l’eau, et l’environnement bâti. En 2023, l’adaptation au changement climatique et la résilience n’ont attiré que 65 milliards de dollars américains de capitaux, comparativement à 1,8 billion de dollars américains investis dans les efforts d’atténuation traditionnels comme les énergies renouvelables et le stockage d’énergie. Selon Vivan Sorab, chef des technologies propres à l’Institut d’action climatique, si les initiatives d’atténuation s’attaquent à la fois aux tendances actuelles et à long terme en matière d’émissions, leur incidence immédiate demeure souvent limitée. Les investissements en adaptabilité et résilience climatique peuvent générer des résultats plus visibles et plus rapides, notamment par une réduction des périodes d’indisponibilité et une meilleure protection des actifs. Les coûts d’assurance s’accumulent déjà : 34 événements météorologiques extrêmes ont entraîné des pertes assurées d’au moins 1 milliard $ US en 2024 — le deuxième total le plus élevé jamais enregistré.

Coalie, la mascotte américaine coiffée d’un casque de chantier, pourrait bien peiner à redonner un second souffle au charbon. Ce combustible à forte intensité carbone fait l’objet d’une nouvelle image à l’ère des mèmes alimentés par l’IA, tandis que le gouvernement américain promeut le charbon comme essentiel à l’économie. Malgré les critiques, le charbon a connu un regain l’an dernier : la production d’électricité à partir du charbon aux États-Unis a augmenté de 13 % sur un an en 2025, tandis que celle issue du gaz naturel — environ 50 % moins émetteur que le charbon — a reculé de 3,6 %, selon les plus récentes perspectives sur l’électricité de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ailleurs toutefois, la domination du charbon s’effrite dans ce que l’AIE qualifie de virage « inhabituel » : en 2025, les deux grands consommateurs que sont la Chine et l’Inde ont enregistré pour la première fois en plus de cinq décennies une baisse de leur production d’électricité à partir du charbon. Bien que le charbon devrait demeurer la principale source mondiale d’électricité jusqu’en 2030, l’AIE anticipe un recul de la consommation en Chine et dans l’Union européenne. Même aux États-Unis, la consommation de charbon devrait diminuer d’ici 2030, malgré les charmes de Coalie.

Crédit photo : États-Unis Ministère de l’Intérieur

Par Farhad Panahov, économiste, Institut d’action climatique RBC

La nouvelle stratégie du Canada visant à stimuler les ventes de véhicules électriques comporte particularité : un plafond de 50 000 $ pour la valeur totale de l’opération afin qu’elle soit admissible à une subvention. Il s’agit d’un critère plus strict — destiné à favoriser les modèles grand public — que celui du programme précédent, qui permettait l’achat de versions plus coûteuses.

Le prix moyen payé par les Canadiens l’an dernier pour un véhicule neuf s’élevait à 55 000 $, et à près de 70 000 $ pour un véhicule électrique. Selon une analyse de l’Institut climatique du Canada, chaque réduction de 1 000 $ pourrait accroître la demande de VE de 11 %. Malgré cela, seulement 13 des 163 modèles entièrement électriques offerts au Canada affichent un prix inférieur à ce plafond de 55 000 $, selon l’Association canadienne des automobilistes. Dix autres modèles, dont le prix avoisine 55 000 $, pourraient toutefois être ramenés sous le plafond afin de donner droit à la subvention.

Par ailleurs, le quota de 49 000 véhicules électriques chinois devrait donner une impulsion supplémentaire à la transition du parc automobile. Fait notable, bien que ces véhicules soient exclus du programme d’incitatifs, ils pourraient entrer sur le marché dans le segment inférieur de la fourchette de prix. Des modèles de BYD et de Geely — qui représentaient environ le quart des ventes mondiales de VE l’an dernier — se vendent autour de 35 000 $ en Chine, soit environ la moitié du prix payé par les Canadiens pour un VE en 2025.

L’Amérique du Nord demeure toutefois résolument attachée aux véhicules de grande taille, notamment les camionnettes et les VUS — un segment où les VE chinois pourraient ne pas bénéficier du même avantage prix. À cela s’ajoutent les droits de douane canadiens de 6,1 % toujours applicables aux voitures chinoises, ainsi que les coûts de transport. Et bénéficiant d’une concurrence moins intense qu’en Chine, les fabricants chinois pourraient chercher à appliquer des marges plus élevées sur leurs modèles au Canada.

Le succès de la stratégie canadienne pourrait dépendre autant de la confiance des consommateurs que du prix. Près de la moitié des Canadiens ne sont toujours pas convaincus par les véhicules électriques, selon un récent sondage de Clean Energy Canada, et seulement un sur dix envisagerait d’acheter un VE chinois tandis que deux autres se situent dans une zone d’hésitation.

Le précédent programme fédéral, doté de 2,7 milliards de dollars, a permis de mettre environ un demi-million de VE sur les routes canadiennes. Le nouveau volet de subventions, avec un budget moindre de 2,3 milliards de dollars, pourrait permettre l’ajout de 840 000 nouveaux VE, selon les projections du gouvernement.

La nouvelle stratégie automobile pourrait aider le secteur des transports — un pilier des réductions d’émissions au cours des cinq dernières années (voir notre rapport Action climatique) — à atteindre les objectifs climatiques suivants :

  • Remplacer les mandats de VE par des normes d’émissions. La suppression des mandats de vente de VE, très contestés, au profit de normes d’émissions vise à atteindre une part de 75 % de VE dans les ventes d’ici 2035.

  • Normes d’émissions. Pratique courante appliquée aux constructeurs automobiles, les normes d’émissions offrent une plus grande souplesse en matière de conformité par rapport aux mandats de vente, tout en continuant d’inciter à une transition vers des véhicules à zéro émission. Depuis 2011 seulement, les émissions par kilomètre des voitures de particuliers et des camions légers ont diminué respectivement de 50 % et 30 %.

  • Les politiques américaine et canadienne divergent. Auparavant, le Canada alignait ses normes d’émissions sur celles des États-Unis. La situation change désormais, la politique canadienne s’éloignant de l’approche de l’Environmental Protection Agency (EPA), qui tente de revenir sur les normes de l’ère Biden — normes qui auraient permis de réduire de moitié les émissions par kilomètre d’ici 2032.

  • …tout comme la stratégie des « Detroit Three ». La politique automobile soutient un nouvel investissement de 3 milliards de dollars dans le secteur des VE, « positionnant le Canada comme un lieu où seront construits les véhicules de l’avenir ». Cependant, les Detroit Three — Ford, General Motors et Stellantis — réduisent leurs projets de déploiement de VE, une stratégie qui leur a déjà coûté quelque 50 milliards $ US en raison d’une demande client plus faible que prévu.

  • Les réseaux se voient dopés. Ottawa s’engage à investir 1,5 milliard de dollars pour étendre le réseau de recharge, en complément des 1,1 milliard de dollars déjà alloués qui ont permis jusqu’ici d’installer 7 000 bornes. Le réseau public de recharge du Canada est déjà suffisant pour le niveau actuel d’adoption des VE, avec un ratio d’environ 21 VE par borne, mais il devra être considérablement accru à mesure que l’adoption s’accélérera.

    Voyez aussi la Calculatrice du coût d’une voiture électrique RBC.

Tour d’horizon des personnalités influentes et des développements récents

  • Lisa Ashton, directrice par intérim de l’Institut, est à Ottawa pour les festivités de la Journée de l’agriculture, une occasion idéale de diffuser les perspectives de Semer l’expansion, notre nouvelle étude sur le pipeline de capital de croissance dans le secteur agroalimentaire. Lisa a appris que le pipeline d’innovation nécessite lui aussi des améliorations ciblées, et que les universités et l’industrie travaillent de concert pour élaborer une vision claire du secteur avant la réunion des ministres de l’Agriculture prévue en juillet. 

  • Alors que les États-Unis ont réuni la semaine dernière leurs alliés, dont le Canada, autour de la question des minéraux critiques, John Stackhouse a fait part de quelques réflexions. Son premier point : même les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas se passer de partenaires dans le domaine minier.

  • Rick Smith, de l’Institut climatique du Canada, voit un autre angle climatique dans une récente décision de justice canadienne qui a confirmé le droit d’Ottawa de classer les plastiques comme « toxiques » : « …les secteurs polluants et certaines provinces estiment que le Règlement sur l’électricité propre du gouvernement fédéral, également adopté en vertu de l’APEG, constituerait un abus de pouvoir illégal. À ce jour, ces arguments apparaissent comme les plus fragiles qui soient. » Lire la décision.

  • Alors que le Canada élabore une stratégie nationale en matière d’électricité, Dan Woynillowicz, de Polaris Strategy, partage sa vision de ce que devrait être le principe directeur de cette stratégie : doubler la productivité énergétique, doubler la production et doubler la part de la demande finale d’énergie couverte par l’électricité propre.

  • Extrait d’un rapport de la Chambre des communes sur le changement climatique, commenté par Janis Sarra de l’initiative canadienne de droit climatique, sur l’importance de la taxonomie canadienne : « La transition vers une économie à faible carbone au Canada nécessiterait environ 115 milliards de dollars par année ; une taxonomie fondée sur la science créera l’intégrité du marché, la clarté et l’interopérabilité nécessaires à l’échelle mondiale pour accélérer l’afflux de capitaux et l’investissement dans les entreprises canadiennes. »

    Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

    Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseSarah PendrithJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni et Lavanya Kaleeswaran.

    Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

    Bulletin d’information sur le climat

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