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Leadership avisé RBC IA, technologie et innovation Briser le plafond de verre dans le secteur canadien des technologies propres
IA, technologie et innovation

Briser le plafond de verre dans le secteur canadien des technologies propres

Les technologies vertes novatrices sont essentielles afin de préserver l’environnement et de stimuler la croissance économique, mais de nombreux obstacles entravent leur développement. Un écosystème diversifié d’entreprises et d’investisseurs, qui encourage l’innovation et ouvre l’accès aux capitaux, est nécessaire en vue de soutenir l’essor des technologies propres et de favoriser leur adoption par le marché. […]

Temps de lecture 43 minutes

Les technologies vertes novatrices sont essentielles afin de préserver l’environnement et de stimuler la croissance économique, mais de nombreux obstacles entravent leur développement.

Un écosystème diversifié d’entreprises et d’investisseurs, qui encourage l’innovation et ouvre l’accès aux capitaux, est nécessaire en vue de soutenir l’essor des technologies propres et de favoriser leur adoption par le marché.

Pour relever les défis climatiques mondiaux à l’aide d’actions efficaces, nous avons besoin d’une diversité de points de vue. C’est pourquoi les femmes et les membres des collectivités sous-représentées doivent faire partie de la solution.

Pourtant, bien que les femmes de tous les horizons soient l’une des forces motrices de l’économie de l’innovation au Canada, elles sont considérablement sous-représentées dans le domaine des technologies propres où seulement une entreprise sur dix a été fondée par une femme.

Que faut-il pour briser le plafond de verre? Comment pouvons-nous encourager et inspirer une nouvelle vague d’entrepreneuses? Premièrement, nous devons reconnaître l’inégalité systémique et créer des voies d’accès aux possibilités et à la réussite.

Chaque année, le 8 mars, la Journée internationale de la femme est l’occasion de célébrer les réalisations sociales, économiques, culturelles et politiques des femmes. C’est aussi le moment d’appeler à redoubler d’efforts en vue de l’égalité entre les sexes et de faire connaître les défis auxquels les femmes sont confrontées.

Dans cet épisode du balado Les innovateurs, John Stackhouse anime une table ronde en compagnie d’Alison Nankivell, la nouvelle cheffe de la direction de MaRS Discovery District, organisme sans but lucratif et principal centre d’innovation urbaine en Amérique du Nord, qui offre du soutien aux entreprises en démarrage. Nous accueillons trois femmes qui se trouvent en première ligne des technologies propres au Canada : Myra Arshad d’ALT TEX, Natalie Ashdown d’Evoco et Jacqueline Hutchings de Friendlier.

Le programme accélérateur Femmes du secteur des technologies propres RBC collabore avec MaRS afin d’appuyer les entrepreneuses qui cherchent à concrétiser leurs idées novatrices à l’aide de produits propres, prêts à être commercialisés et susceptibles de générer des retombées à l’échelle mondiale.

Pour en savoir plus sur :

Le programme accélérateur Femmes du secteur des technologies propres RBC, cliquez ici.

Orateur 1 [00:00:01] Bonjour à tous. Mon nom est John. Aujourd’hui, nous allons faire les choses un peu différemment. En effet, alors que sera sous peu célébrée la Journée internationale des femmes, dans le cadre du présent épisode, nous allons nous entretenir avec des femmes innovantes qui mènent la charge dans le domaine des technologies propres au Canada. Je suis accompagné aujourd’hui d’Alison Nankivell, la nouvelle cheffe de la direction de MaRS Discovery District (MaRS), ici à Toronto. MaRS constitue le plus important centre d’innovation urbaine d’Amérique du Nord, en plus d’être un organisme sans but lucratif qui fournit un soutien direct à des entreprises en démarrage, permettant ainsi à une communauté d’innovateurs d’accélérer l’adoption de solutions à fortes retombées pour certains des problèmes les plus pressants qui nous affligent à travers le monde. Nous nous retrouvons ici, dans le cadre d’une table ronde, dans l’édifice Royal Bank Plaza, au centre-ville de Toronto, pour discuter avec certaines de ces entrepreneures qui font également partie du programme accélérateur Femmes du secteur des technologies propres RBC. À Alison et moi-même se joint Myra Arshad, cheffe de la direction de la société ALT TEX, qui a en fait pour vocation de transformer des aliments en tissu. Nous en entendrons beaucoup plus sur ce sujet un peu plus tard. Nous retrouvons également Natalie Ashdown, cheffe de l’exploitation de la société Evoco, qui met l’accent sur les produits durables. Pensez, si vous le voulez bien, à une solution en vertu de laquelle tous les produits que nous connaissons et utilisons dans le cadre de notre vie quotidienne feraient appel à la chimie végétale. Enfin se joint à nous Jackie Hutchings, directrice des revenus de la société Friendlier, qui s’est donné pour mission d’éliminer les plastiques à usage unique dans la livraison de nourriture. Nous nous retrouvons dans le cadre du balado de RBC appelé Les innovateurs. Mon nom est John Stackhouse.

Orateur 1 [00:01:25] Alison, je suis absolument ravi de vous retrouver.

Oratrice 2 [00:01:27] Merci de m’avoir invitée, John. Je suis ravie d’être ici en compagnie de femmes exceptionnelles.

Orateur 1 [00:01:31] Et permettez-moi de vous féliciter pour votre nouveau rôle. Si vous n’êtes pas encore officiellement entrée en fonction, vous êtes désormais la nouvelle dirigeante de MaRS. J’aimerais tout d’abord traiter, Alison, de vos débuts dans le domaine de la finance. Car, avant d’entrer au service de MaRS, vous étiez à la Banque de développement du Canada (BDC), où vous avez dirigé une grande partie de son travail dans le domaine du capital de risque. Et avant cela, vous aviez connu une formidable carrière, allant d’Exportation et développement Canada (EDC) au Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario.

Oratrice 2 [00:01:52] Oui. Je dois dire que j’ai connu un parcours tout à fait passionnant en travaillant tant au niveau international, dans le domaine de la finance, que par la suite au niveau national. Mais je me ravis véritablement du fait qu’une partie importante de mes activités professionnelles m’ont menée à l’écosystème canadien du capital de risque. Et que, par ailleurs, j’ai eu la chance, tant auprès de la BDC qu’aujourd’hui auprès de MaRS, de collaborer avec un si grand nombre de fondateurs et d’entreprises en démarrage tout à fait exceptionnels. Je suis donc extrêmement enthousiaste à l’idée de tabler sur les connaissances préalablement acquises dans le domaine du financement pour travailler, à titre de cheffe de la direction, d’une manière beaucoup plus globale avec la formidable communauté de personnes qui composent notre écosystème du capital-risque.

Orateur 1 [00:02:23] Qu’est-ce qui vous a inspirée en tout premier lieu à vous tourner vers le domaine de la finance ?

Oratrice 2 [00:02:26] Pour moi, la question a toujours consisté à donner aux entreprises les moyens nécessaires pour faire les choses qu’elles souhaitent accomplir, quelle que soit la forme qu’elles prennent. Au tout début, j’ai beaucoup travaillé avec des entreprises axées sur l’exportation, et l’enjeu à l’époque tenait aux efforts qu’elles devaient engager pour conquérir de nouveaux marchés, sachant que, pour ce faire, elles avaient besoin de capitaux. Par la suite, en ce qui concerne le domaine du capital-investissement et celui du capital-risque, l’enjeu consiste à disposer de ce capital-risque pour véritablement bâtir une entreprise. Et tout cela exige de la passion et une vision. Et cela constitue toujours une chose merveilleuse que de contribuer à concrétiser la vision de quelqu’un.

Orateur 1 [00:02:56] Quelle formidable vocation. Et nous allons maintenant entendre certaines de ces entrepreneures. Je vais les laisser, dans quelques instants, nous en dire plus sur leur travail, après quoi nous engagerons la discussion. Myra, pourquoi ne commencerions-nous pas par vous ? Permettez-moi de vous souhaiter de nouveau la bienvenue à Les innovateurs puisque vous avez déjà participé à notre balado. Qu’est-ce qui vous a amenée à créer votre propre entreprise et, plus particulièrement, ALT TEX ?

Oratrice 3 [00:03:12] Merci beaucoup, John, de m’avoir à nouveau invitée. ALT TEX est ma façon bien personnelle d’avoir un impact sur cette planète. Je pense que chaque entrepreneur peut affirmer qu’il ne serait pas en mesure de s’épanouir en effectuant un travail traditionnel de 9 h à 17 h. ALT TEX représente donc une façon pour moi de tenter de contribuer à la planète d’une manière qu’un emploi traditionnel en entreprise de type 9 h à 17 h ne m’a pas permis de faire avant de lancer cette entreprise. Comme vous le savez, ALT TEX est une entreprise en démarrage dans le domaine de la biotechnologie. Nous avons créé une alternative biodégradable et recyclable au polyester à base de déchets alimentaires transformés. Comme l’alimentation et la mode sont deux des industries les plus polluantes au monde, je suis d’avis qu’en les combinant mon équipe et moi-même pouvons trouver une façon d’avoir réellement un impact.

Orateur 1 [00:03:49] L’entrepreneuriat n’est pas une affaire de 9 à 5. Voilà l’une des conclusions que je retire de vos propos. Natalie, comment êtes-vous arrivée dans le secteur de la technologie ?

Oratrice 4 [00:03:56] J’ai entrepris ma carrière dans le domaine de l’ingénierie des matériaux et des procédés et, vous savez, je me compte chanceuse d’avoir pu me lancer dans le domaine des technologies environnementales et durables ou propres. J’ai contribué à mettre sur pied l’une des premières installations de bioéthanol de troisième génération au Royaume-Uni, et cela a vraiment façonné une partie importante de ma carrière. Mon partenaire, qui est le cofondateur d’Evoco, est également ingénieur chimiste et, lorsque nous attendions notre premier enfant, nous nous sommes disputés sur le sujet du choix du matelas pour le berceau et, chaque fois que nous consultions la liste des composants, nous constations que s’y retrouvait quelque chose dont nous ne saurions tolérer la présence dans ce matelas, puisque nous savions pertinemment que ce produit était toxique. Ainsi donc, non seulement avons-nous pris conscience du fait que nous pouvions créer des matériaux qui permettraient de réduire l’impact carbone, mais nous avons réalisé que nous pouvions détoxifier de nombreux matériaux dont nous nous servons dans notre vie quotidienne, qu’il s’agisse de nos matelas, des chaises sur lesquelles nous nous assoyons, des voitures que nous conduisons de même que de nos vêtements. Voilà donc comment tout cela a commencé. Telle fut notre source d’inspiration. Nous créons les éléments de base chimiques constitutifs. Nous avons fait nos premiers pas, pour ainsi dire, dans l’industrie de la chaussure et, en adaptant ces éléments de base, nous pouvons nous tourner vers de nombreuses applications différentes.

Orateur 1 [00:04:54] Jacqueline, qu’est-ce qui vous a attirée vers le secteur de la technologie ?

Oratrice 3 [00:04:57] Comme c’est le cas de Natalie, j’ai également une formation d’ingénieure chimiste. J’ai étudié le génie chimique et j’ai travaillé dans un certain nombre d’usines de fabrication, où l’on est directement témoin de l’économie linéaire à l’œuvre. Nous nous retrouvons à produire en masse des articles dont nous savons pertinemment qu’ils seront plus tard jetés et, en vérité, cela ne me semblait tout simplement pas satisfaisant. Comme l’a dit plus tôt Myra, je ne souhaitais pas passer le reste de ma vie à travailler de 9 h à 17 h en contribuant à ce problème. En parallèle, nous sommes tous conscients du développement des enjeux climatiques auxquels nous sommes confrontés. De sorte qu’avec ma cofondatrice Kailey, nous nous sommes assises et nous sommes demandé ce que nous pouvions faire pour résoudre ce problème. Et nous avons alors découvert l’économie circulaire. Nous avons donc décidé de faire appel à la technologie pour faire en sorte qu’il soit extrêmement facile pour les entreprises d’offrir des emballages réutilisables en lieu et place d’emballages à usage unique de sorte que, plutôt que d’utiliser quelque chose une seule fois et de le jeter, nous pouvions tirer la pleine valeur des produits avant qu’ils passent à l’étape du recyclage ou de la transformation.

Orateur 1 [00:05:53] Quelles formidables histoires inspirantes. Alison, j’aimerais m’adresser à vous parce que nous approchons de la Journée internationale des femmes. Et, comme nous le savons tous, il n’y a pas suffisamment de femmes dans le domaine des technologies propres. Elles ne reçoivent pas suffisamment de financement. Vous êtes dans ce domaine depuis plusieurs années. À votre avis, quels sont les aspects auxquels nous devons nous attaquer ?

Oratrice 2 [00:06:11] Une partie de la réponse tient à la possibilité de se référer à ces premières championnes, tant du côté du capital que du côté des entreprises, qui puissent vraiment donner l’exemple. Et c’est ce à quoi nous nous employons sans relâche à MaRS, en collaboration avec RBC, avec le programme accélérateur Femmes du secteur des technologies propres. Je pense qu’il est important pour ces femmes incroyables de servir de modèles pour la prochaine génération d’entreprises de technologies propres créées par des femmes, mais également en ce qui concerne le volet des capitaux. Lorsque j’ai débuté dans le secteur, ce qui remonte à il y a trop de temps pour que j’en fasse mention ici, il me semble qu’environ 5 % de l’ensemble du capital-risque se retrouvait entre les mains de femmes. Cette proportion a augmenté au cours des 10 dernières années de telle sorte qu’elle est aujourd’hui de 20 % au Canada tandis qu’elle n’est que de 3 % aux États-Unis. Il y a donc encore fort à faire dans ce domaine pour permettre aux femmes de disposer de la visibilité et de l’accès aux capitaux nécessaires pour leur permettre de développer réellement leurs entreprises. Ainsi, ce que MaRS souhaite véritablement faire consiste à créer une communauté d’entreprises, de sociétés, d’organismes responsables de l’attribution des capitaux, de sociétés de capital-risque et d’acheteurs d’entreprises afin de vraiment démontrer que les femmes qui dirigent ce type d’entreprises peuvent tout aussi bien réussir elles aussi. Mais, pour ce faire, il faut bâtir une communauté. Et c’est ce que nous nous efforçons de faire ici, dans le contexte du programme accélérateur sur lequel nous travaillons en collaboration avec vous.

Orateur 1 [00:07:23] Myra, vous hochez la tête pratiquement à tout ce que dit Alison. Quels ont été les défis auxquels vous avez été confrontée et que pourriez-vous nous dire qui pourrait peut-être nous servir d’information ou de source d’inspiration quant aux façons dont vous vous y êtes prise pour surmonter ces obstacles ?

Oratrice 3 [00:07:34] La raison pour laquelle je hochais autant de la tête est qu’il semblerait qu’Alison nous dit qu’un changement systémique s’impose, n’est-ce pas ? Actuellement, le système ne favorise pas les femmes. Mais il est possible de faire en sorte qu’il le soit en semant les graines du changement. Et chacune de nous peut faire office de graine qui peut témoigner de notre représentation et permettre ainsi à d’autres femmes de se tourner vers ce domaine. Et nous pouvons élargir nos activités par la suite. Pour moi, lorsque j’ai fait mes premiers pas, je pense que le principal défi consistait à me demander si j’étais même en mesure de faire cela. S’il existait des modèles ou si je pouvais me tourner vers des témoignages de réussite dont je pourrais m’inspirer et dont je pourrais suivre les traces. Et bien qu’il en existe de remarquables, ce ne sont pas ceux sur lesquels nous décidons de mettre l’accent. Lorsqu’on s’intéresse aux femmes qui dirigent des entreprises, la clé ne tient pas au rendement ou au mérite, mais plutôt à la visibilité. Même si nous sommes moins nombreuses, si nous créons de la visibilité, comme nous le faisons par le truchement de ce balado et comme le fait MaRS en collaboration avec le programme accélérateur Femmes du secteur des technologies propres RBC, de plus en plus de femmes qui sont moins chevronnées que nous le sommes pourront prendre conscience de cette représentation et y trouveront l’inspiration nécessaire pour venir nous rejoindre en quelque sorte. Tel était donc le principal défi auquel j’ai été confrontée, lequel renvoyait à ce syndrome de l’imposteur, qui m’incitait à me demander si je disposais même de ce qu’il fallait pour y parvenir. Et c’est en trouvant des appuis comme les représentants de MaRS et d’autres écosystèmes que le problème a été résolu, dans la mesure où j’ai alors acquis la confiance et les ressources nécessaires pour prendre conscience du fait qu’il n’existait ni différence innée ni différence systémique, et de ce que j’étais en mesure de réaliser par rapport à n’importe lequel de mes homologues.

Oratrice 2 [00:08:48] Et l’un des aspects que j’allais souligner est ce sentiment de communauté. Voilà ce que j’entends autour de la table, quant au fait que vous constituez un réseau qui vous permet de devenir des collègues, des amies et des contacts permanents qui continueront de tirer parti de vos conseils et de vos expériences mutuels. Et je suis extrêmement intéressée à en entendre un peu plus sur ce sujet puisque je pense que, pour les femmes, il s’est avéré extrêmement difficile de compter sur les mêmes réseaux innés qui existent depuis un certain temps déjà du côté masculin du monde du capital-risque.

Oratrice 3 [00:09:17] Absolument. Nous sommes toujours à la recherche de pairs ou de collègues qui vivent la même chose puisque, dans mon cas, tous mes bons amis sont des ingénieurs qui travaillent dans des usines. S’ils sont de très bons amis, ils ne comprennent pas ce que cela signifie que de s’employer à réunir des capitaux ou de licencier un employé. Cependant, en adhérant à une communauté comme celle de MaRS, il est alors possible de rencontrer d’autres fondateurs dans d’autres domaines qui, eux, comprennent de quoi il s’agit. Et cela peut vous permettre de poursuivre vos efforts puisque, vous savez, vous tentez d’accomplir quelque chose de difficile. Ils ont accompli quelque chose de difficile. Et nous allons nous tenir les coudes pour y parvenir ensemble.

Oratrice 4 [00:09:44] Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous. Même en ce qui concerne les rapports avec Myra, puisque nous travaillons dans un secteur tout à fait similaire. Il nous arrive fréquemment de pouvoir partager des noms de candidats pour certains postes. Je suppose que la situation est exactement telle que vous venez de la décrire. Dans le cadre du programme des technologies propres, nous pouvions discuter de nos problèmes de ressources humaines, puisque cet aspect est important pour nous tous. De sorte que le fait de pouvoir compter sur les programmes qui sont mis de l’avant au sein de MaRS ainsi que sur le réseau qu’il propose s’est avéré absolument essentiel pour nous, et nous nous comptons tout à fait chanceuses.

Oratrice 3 [00:10:07] Je dois ajouter quelque chose à ce que vous venez de dire. Je ne sais pas si vous êtes en mesure, à titre de femmes, de bien comprendre cela, mais si je peux me permettre de revenir à l’évocation de ce syndrome de l’imposteur ou du manque de visibilité en grandissant, j’ai l’impression que nous apprécions encore plus la présence les unes des autres, n’est-ce pas ? Car la norme habituelle met en scène un groupe de garçons ou d’hommes qui se retrouvent quelque part pour créer une entreprise. Cependant, comme nous sommes moins nombreuses lorsque nous nous retrouvons en compagnie les unes des autres, cela s’avère encore beaucoup plus important. Et je pense donc que nous créons des réseaux plus durables qui sont plus pertinents et qui reposent sur des liens beaucoup plus authentiques.

Orateur 1 [00:10:45] Alison, vous avez évoqué l’idée de communauté, de ce qu’elle représente pour les entrepreneurs. Ces personnes qui vont vous soutenir. Je serais curieux d’en savoir plus sur la façon dont cela évolue, puisque beaucoup de capitaux sont disponibles. Il y a énormément de fonds, de bonnes initiatives qui pourraient permettre de rehausser le financement, et notamment pour les fondatrices. Mais, malgré tout, ce n’est pas suffisant. Qu’est-ce qui nous empêche de progresser ?

Oratrice 2 [00:11:08] Eh bien, je pense que nous avons accompli des progrès. Et mon ex-employeur, la BDC, a en fait joué un rôle déterminant à cet égard. Lorsque je dirigeais le volet du financement de l’entreprise, nous passions beaucoup de temps avec les gestionnaires qui n’avaient pas d’expérience antérieure à ce titre, dont plusieurs étaient des femmes, et qui s’employaient à mettre sur pied leur propre société de capital-risque pour la première fois. Et je pense que cette nécessité de faire en sorte qu’un plus grand nombre de femmes se retrouvent à occuper un rôle de décideur en matière de capitaux dans le marché est extrêmement importante. En effet, l’une des choses dont nous avons certainement discuté tient à la façon dont les entreprises dirigées par des femmes et les fondatrices parlent de leurs entreprises et en vantent les mérites aux investisseurs peut sembler très différente de celle que retiennent leurs collègues masculins. Et il arrive fréquemment que si des femmes ne contribuent pas en quelque sorte à faire passer ce message, les gestionnaires de fonds de capital-risque ne comprennent pas véritablement de quoi il s’agit. Ils pourraient avoir pour impression que ces femmes manquent de confiance en elles ou qu’elles ne sont pas suffisamment ambitieuses. Et, vous savez, une partie de ce qui permet à une société de se distinguer, tant en ce qui concerne les fondateurs que le volet des capitaux, tient à la diversité de l’expérience et de l’approche réflexive. Il me semble qu’il s’agit là d’un aspect à l’égard duquel nous avons accompli des progrès au Canada. Cependant, il y a encore fort à faire. Mais je pense que, d’une certaine façon, nous sommes un peu plus conscients de cet aspect depuis quelques années. Et, indiscutablement, pendant mon séjour à la BDC, j’ai fait en sorte que mon portefeuille intègre des entreprises dirigées par des femmes dans une proportion de 42 %, alors que cette proportion était auparavant de 10 % à peut-être 15 %.

Oratrice 4 [00:12:30] J’aurais aimé ajouter quelque chose. Je pense que cet aspect de la première étape est extrêmement important puisque les entrepreneurs créent de nouveaux produits, qu’ils créent de meilleurs produits qui doivent être offerts sur le marché. Et comment s’y prend-on pour faire en sorte que ce produit soit offert sur le marché et pour obtenir le financement ? Il me semble qu’il s’agit là du principal obstacle pour les entrepreneurs. Comment s’y prend-on pour surmonter cette première étape ? Et pour dire vrai, le Canada n’a pas grand-chose à offrir en ce qui concerne cette première étape, et que l’on fasse ici référence aux investisseurs d’entreprises en démarrage, aux banques familiales, le Canada constitue un très petit marché au sein d’un marché très conservateur qui a une aversion pour le risque.

Oratrice 5 [00:13:06] Oui, dans notre cas, nous avons dû faire preuve énormément de créativité à cet égard. Et, à l’origine, notre entreprise nécessitait moins de capitaux. Et cet aspect nous a vraiment aidés puisque nous avons été en mesure de lancer l’entreprise avec, comment dirais-je, les quelque milliers de dollars dont nous disposions dans nos comptes bancaires, en les vidant tout simplement. Et, fort heureusement, nous étions à l’époque étudiants. Nous avons donc pu participer à un certain nombre de concours de présentations rapides. Mais la question consiste à se demander comment on s’y prend pour faire en sorte que le moindre sou compte. Et par la suite, il s’agit de parvenir à mettre sur pied quelque chose qu’il est possible de présenter éventuellement à un investisseur, pour pouvoir en venir à la conclusion que nous disposons de quelque chose qui pourrait vraiment être intéressant. Cela n’a pas été sans poser de nombreuses difficultés. Nous avons dû retourner à la planche à dessin et repenser en quelque sorte la façon dont nous nous exprimions. Il arrive en effet fréquemment, lorsqu’on s’exprime d’une façon donnée, et en laquelle on a confiance, que cela ne suffise pas. De sorte qu’aujourd’hui, nous nous sommes convaincues d’utiliser le langage des investisseurs et de modifier la façon dont nous parlons de nos entreprises pour parvenir à faire notre place. Mais notre désir est aussi de faire en sorte que les femmes n’aient pas à modifier la façon dont elles s’expriment et qu’elles puissent tout simplement se présenter telles qu’elles sont et être entendues.

Orateur 1 [00:14:03] En quoi avez-vous modifié votre façon de vous présenter ?

Oratrice 5 [00:14:05] Nous avons appris à nous montrer plus agressives et plus confiantes envers nos chiffres. La clé consiste tout simplement à faire ressortir notre moi masculin intérieur et à faire preuve d’une grande confiance.

Oratrice 5 [00:14:16] J’aime beaucoup. Comme femmes, nous avons souvent l’impression que nous devons incarner les caractéristiques masculines traditionnelles pour parvenir à les séduire, n’est-ce pas ? Alors qu’il convient toujours plutôt de simplement être soi-même. Si le fait de s’exprimer d’une certaine manière vous vient tout naturellement, c’est ainsi que les choses doivent être. Mais il arrive fréquemment que nous nous forcions, que ce soit sur le plan du langage corporel ou des manières, à incarner quelque chose dont ils puissent être vraiment conscients, alors qu’ils devraient tout simplement apprendre à accepter le fait que les femmes sont intrinsèquement différentes ou plus compatissantes. Nous sommes plus empathiques. Nous tenons compte d’autres aspects et cela est tout aussi important que ce à quoi ils accordent de la valeur. Et, vous avez raison, nous connaissons une formidable période de transition. Mais je pense que la raison pour laquelle nous en sommes toujours à 3 % ou à 20 % tient au fait que l’évolution de ce processus relève d’un changement systémique pour lequel il faudra compter de deux à trois générations, après quoi, faut-il l’espérer, nous nous retrouverons dans des proportions plus proches du 50/50.

Orateur 1 [00:15:07] Le marché est plus difficile actuellement. Les taux d’intérêt sont plus élevés, l’économie est plus lente. Il est plus difficile de rassembler des capitaux. Il est intéressant d’observer comment chacun s’est ajusté à cette réalité. Qu’est-ce que ce cycle baissier vous a permis d’apprendre et comment votre entreprise se transforme-t-elle ?

Oratrice 3 [00:15:19] Oui, permettez-moi d’intervenir rapidement parce que j’aimerais simplement revenir à un commentaire qui a été fait plus tôt au sujet du premier chèque ou de la première étape, de la difficulté que représente le fait d’obtenir cette première source de financement, et de combien cela était aussi difficile jadis. Tout cela nous a appris à devenir plus ingénieuses en tant que fondatrices. À titre d’exemple, au tout début, alors qu’aucun responsable dans le domaine du capital-risque n’était même disposé à nous prendre au sérieux et que nous ne pouvions parvenir à faire en sorte qu’un organisme gouvernemental quelconque nous finance, plutôt que de simplement reconnaître que nous ne pouvions trouver de l’argent, nous avions pour habitude de rédiger des lettres aux conseils d’administration de ces organismes pour leur dire que, même si nous n’étions pas admissibles, nous souhaitions toutefois soumettre notre demande. Ils ont ensuite entrepris de nous faire parvenir un dossier de demande préliminaire qui pouvait ensuite nous amener à déposer une demande. Et cela avait pour effet de multiplier par trois la somme de travail que nous devions accomplir. De la même façon, lorsque nous ne parvenions pas à accéder à un incubateur, nous avions pour habitude de nous mettre en rapport avec les coprésidents de cet incubateur, en leur soulignant les raisons pour lesquelles nous estimions que nous méritions de nous y retrouver. Et nous avions donc pour habitude de nous imposer, d’exiger et de nous manifester pour parvenir à trouver notre place. Et vous venez d’évoquer le ralentissement économique. La raison pour laquelle cela importe tient au fait que nous sommes si habituées aujourd’hui à faire preuve d’ingéniosité qu’il me semble qu’il n’existe aucun ralentissement économique auquel nous ne serions pas en mesure de survivre.

Orateur 1 [00:16:12] Certaines d’autres d’entre vous partagent-elles ce sentiment ?

Oratrice 4 [00:16:13] Je ne sais pas. J’observe des gens extrêmement doués quitter le Canada pour aller aux États-Unis parce qu’on y retrouve plus de financement. Et cette réalité est triste. Nous devons bien évidemment faire preuve d’ingéniosité. Cela va de soi. Mais je pense également que les choses doivent changer. Je pense que le domaine des technologies propres, en particulier, souffre d’un sous-financement. Nous avons besoin de plus de subventions. Nous avons besoin de plus de soutien. Nous avons besoin de plus d’investissements. Et quelque chose doit changer du côté des investisseurs, où nous sommes perçues différemment. Comment entreprenons-nous de nous transformer ? C’est difficile. C’est bien cela que nous avons dû apprendre. Pour développer une entreprise, il faut dépenser de l’argent. En parallèle, cependant, il faut gérer adéquatement les risques auxquels nous sommes exposées. De telle sorte que la situation n’a pas été simple.

Oratrice 2 [00:16:51] Absolument. Je pense que cela représente un véritable problème dans la mesure où le marché du capital-risque au Canada est, disons, peu développé. Ce marché ne présente pas l’étendue et n’offre pas la variété des capitaux équivalente, et on observe, notamment dans le domaine des technologies propres, une véritable pénurie en phase d’amorçage. Et cela représente une double difficulté, me semble-t-il, que de travailler comme femme dans le domaine des technologies propres en phase d’amorçage, sans compter le fait que les technologies propres présentent des difficultés particulières puisque cette même désignation regroupe une multitude de types d’entreprises différents. En effet, certaines d’entre elles ont des besoins plus importants en termes de dépenses en immobilisations tandis que ce n’est pas le cas d’autres, et que d’autres encore se rapprochent beaucoup plus étroitement de la situation qui prévaut généralement dans l’industrie. Cela complique les choses puisque, comment dirais-je, si l’on pense aux gestionnaires de fonds, aux gestionnaires de fonds de capital-risque, il se peut que certains d’entre eux connaissent plus ou moins ou soient plus ou moins à l’aise avec certains des domaines dans lesquels vous travaillez. De telle sorte qu’il n’est pas simple de parvenir à présenter les dossiers de manière percutante et d’obtenir les résultats escomptés. Et je suis d’accord quant au fait que nous devons faire plus. Cependant, je dirais par ailleurs que le marché américain a toujours constitué une partie importante du marché canadien. Notre difficulté ne tient pas tant au fait que les Américains se manifestent et financent autant qu’ils le peuvent, mais plutôt à inciter ces entreprises à revenir aux États-Unis – ou de devenir des sociétés constituées dans l’État du Delaware – plutôt que des sociétés constituées au Canada. Et cela représente une très mauvaise habitude que nous tentons de briser.

Oratrice 4 [00:17:59] Oui. Et je pense qu’indiscutablement, et c’est certainement le cas pour vous également, plusieurs de nos concurrents profitent d’investissements 10 fois plus élevés à ceux que nous obtenons. Voilà qui complique les choses pour nous.

Orateur 1 [00:18:07] Je soupçonne que la loi sur la réduction de l’inflation aura peut-être même augmenté cela selon un facteur de 10. Je serais curieux d’en apprendre plus sur la façon dont vous percevez cela, en parvenant à déterminer si vous observez toutes un phénomène de disparition massive ou si vous êtes tout simplement témoins d’un facteur concurrentiel. Mais il y a énormément d’argent et beaucoup plus d’argent disponible aux États-Unis qu’ici. Que pensez-vous que l’on doit faire au Canada en ce moment ou cette année pour vraiment commencer à faire bouger les choses ?

Oratrice 2 [00:18:34] En fait, il y a plusieurs choses à souligner. La première tient au fait que nous devons bien prendre conscience de notre situation et mettre nos atouts de l’avant. À l’évidence, les technologies propres constituent l’une de nos forces. En vérité, sur le plan national, il faut rappeler que 12 des 100 plus importantes entreprises dans le domaine des technologies propres à travers le monde sont canadiennes, ce qui est un résultat absolument extraordinaire compte tenu de notre population et du financement de notre écosystème d’innovation. Il ne fait donc aucun doute que nous obtenons de meilleurs résultats que ceux auxquels il serait possible de s’attendre sur le plan de l’innovation. Cependant, pour revenir au point soulevé par Natalie, nous ne parvenons pas toujours nécessairement à intégrer l’ensemble de nos ressources de sorte que les entreprises puissent harmonieusement passer de l’étape de la création à celle de la commercialisation, puis du développement, tout en profitant de l’ensemble de ces ressources au Canada. Voilà un aspect dont nous nous soucions énormément chez MaRS, qui concerne la chaîne de valeur que doivent suivre les entreprises pour passer de l’étape du concept initial à celle de la prise en considération des possibilités de développement, tout en pouvant trouver à chacune des étapes du processus, ici au Canada, les structures de soutien, ce qui représente un aspect auquel nous devons, me semble-t-il, porter de l’attention puisque nous savons tous et toutes que nos ressources seront moindres dans le futur. Cependant, si nous parvenons en fait à coordonner un peu mieux les ressources à notre disposition, de la même façon que ces incroyables fondatrices se sont en quelque sorte supportées mutuellement dans le cadre d’un réseau, il me semble que ces services, relèvent-ils des gouvernements ou du secteur privé, devront pouvoir donner naissance à un effet de réseau un peu mieux coordonné de telle sorte que nous puissions accentuer l’impact qu’auront les ressources et qu’en définitive nous puissions faire plus avec moins.

Oratrice 3 [00:19:53] Il me semble qu’il s’agit là d’excellentes remarques. Et un autre aspect de cette même question tient aux politiques, n’est-ce pas ? En fin de compte, nous devons créer au Canada des entreprises qui sont fondamentalement conçues pour le changement et on ne saurait jeter de meilleures bases qu’en altérant les politiques. Si vous le voulez bien, permettez-moi de me référer à notre industrie à titre d’exemple. Il est ici question à la fois de l’alimentation et de la mode. Si devaient être mises en place des politiques qui favoriseraient un meilleur détournement des déchets alimentaires ou une meilleure réutilisation et un recyclage plus approprié de même que la biodégradation des textiles, voilà qui serait automatiquement favorable pour nous. Et le gouvernement actuel est très réticent à prendre des risques, non seulement sur le plan des politiques macroéconomiques, mais également à l’égard des politiques dont nous savons pertinemment qu’elles conduiront à l’établissement d’une conjoncture plus favorable pour les innovateurs et les sociétés comme les nôtres. Il faut donc changer les politiques et écouter ce que souhaitent obtenir les innovateurs, en plus de corriger le contexte concurrentiel de manière à les favoriser. Il me semble que tout le reste s’en suivra tout naturellement.

Oratrice 4 [00:20:41] Oui, je suis d’accord avec cela. En fait, c’est également le cas dans notre industrie puisque, par exemple, a été mise en place en Californie la Proposition 65. L’Europe accomplit des choses tout à fait formidables pour s’assurer que les entreprises adoptent des pratiques plus durables. Et il me semble qu’il s’agit là véritablement de ce qui s’avère nécessaire pour appuyer l’industrie et aider des entreprises comme les nôtres. Le remplacement d’un produit fait intervenir énormément de formalités administratives et de travail du même ordre. De sorte que, lorsque les entreprises ne peuvent compter sur des incitatifs ou lorsque les politiques ne sont pas en place, aucune raison ne justifie d’apporter des changements et d’adopter de nouvelles technologies.

Oratrice 5 [00:21:10] Et il me semble qu’il est important qu’ils écoutent les innovateurs et qu’ils comprennent bien la situation telle qu’elle existe étant donné qu’il arrive fréquemment qu’ils manifestent beaucoup d’hésitation à l’égard de l’élaboration de politiques puisqu’ils ne sont pas d’avis qu’il existe une solution. Ainsi, dans le domaine de l’emballage, si l’on interdit les plastiques à usage unique, on évite de suivre quelque autre avenue que ce soit. Et aujourd’hui, dans le domaine de l’emballage, chaque fois que l’on reçoit quelque chose, cette chose est emballée dans un autre matériau à usage unique. N’est-ce pas ? Et la solution consiste tout simplement à remplacer le plastique par autre chose. Pourriez-vous vous imaginer ce qui arriverait si nous décidions de remplacer tout le plastique par du papier ? Il n’y aurait tout simplement pas suffisamment sur terre d’arbres pour permettre que cela puisse se faire. De nos jours, nous abattons tous les ans une forêt de l’étendue du Royaume-Uni simplement pour subvenir aux besoins en matière d’emballage en papier. De telle sorte qu’il me semble qu’il importe en quelque sorte de porter attention aux répercussions de toutes les politiques que nous adoptons, en nous assurant qu’elles soient orientées dans la bonne direction, qu’elles favorisent l’innovation et que la solution ne consiste tout simplement pas à remplacer un matériau par un autre.

Oratrice 3 [00:22:00] Il est stupéfiant de penser que les politiques présentent un caractère réactif plutôt qu’un caractère proactif. Si l’approche était proactive, il serait possible de dynamiser l’économie beaucoup plus rapidement. Cependant, on attend plutôt que chacun se retrouve coincé avant d’ouvrir la voie au changement, ce qui est tout à fait regrettable.

Orateur 1 [00:22:17] Nous nous rapprochons de la fin de notre rencontre, et je dois dire que cette conversation a été passionnante. Autant je regrette devoir me préparer à la fin de notre rencontre, autant je me demande si je pourrais inviter chacune d’entre vous à nous faire part de ses espoirs et de ses rêves pour son entreprise, sur un horizon de 10 ans. Et en nous précisant peut-être ce que le Canada doit faire pour que vous y parveniez.

Oratrice 3 [00:22:34] Voilà une question difficile. Dans 10 ans, d’un point de vue tout à fait pratique, nous nous entendons sur le fait que nous ne devrions pas porter de vêtements comportant du plastique, n’est-ce pas ? Nous sommes en 2024. Soixante pour cent des vêtements que nous portons contiennent du plastique et nous sommes extrêmement tributaires de ce matériau. Et compte tenu du caractère de plus en plus jetable de la mode, cette situation ne peut se maintenir. De sorte que, dans 10 ans, j’estime que le plastique ou que le pétrole à titre de matières premières auront été remplacés par les déchets alimentaires, et ALT TEX aura fait beaucoup pour ce changement et sera responsable d’une grande partie du tissu qui aura été remplacé. Mais, fait plus significatif encore, nous serons ce faisant en mesure de militer au sein même de la chaîne d’approvisionnement en faveur de pratiques plus éthiques, plus durables et plus transparentes. De la même manière, notre entreprise est en mesure de militer en faveur de la place des femmes dans le domaine des technologies, au niveau du leadership et de l’entrepreneuriat. Je dirais que plus de 80 % de notre équipe est actuellement formée de femmes. Elles sont toutes incroyablement intelligentes et elles accomplissent toutes un travail exceptionnel. Et leur apport ne se limite pas simplement à leurs tâches quotidiennes. Il tient également à l’impact qu’elles laisseront derrière elles. De sorte que les étudiantes de l’Université de Waterloo qui les observent aujourd’hui sont des étudiantes en stage ou des étudiantes dont nous assurons le mentorat, et ainsi de suite. Il est donc ici question d’impact sur les entreprises, d’impact sur la durabilité, mais également de la démarche qui consiste à tisser des liens entre un plus grand nombre de femmes, en leur démontrant que l’entrepreneuriat constitue une option pour leur avenir.

Oratrice 5 [00:23:42] Nous rêvons d’un monde dépourvu de déchets d’emballage. Ainsi, nous souhaitons que le Canada ait complètement éliminé d’ici 10 ans les emballages à usage unique. Nous espérons donc tabler sur cette infrastructure de telle sorte que tout ce qui est produit puisse être réutilisé. De la même façon que nous ramenons nos bouteilles de bière au magasin où nous les avons achetées, nous pourrons ramener nos emballages à emporter. Nous pourrons ramener nos contenants de beurre d’arachide. Nous pensons actuellement à cela sur le plan de nos interventions en termes de recyclage, mais en vérité les produits ne sont pas recyclés. Produisons des articles qui puissent être vraiment recueillis, réutilisés, lavés et maintenus en circulation de telle sorte que nos décharges ne débordent pas et que nous n’ayons pas à expédier la moitié de nos déchets aux États-Unis ou à l’étranger.

Oratrice 4 [00:24:22] Pour ma part, j’aimerais que dans 10 ans nos produits se retrouvent dans un plus grand nombre d’applications. J’aimerais que nous puissions faire profiter différents marchés de nos solutions en matière de chimie. Pour notre part, les partenariats ont été essentiels pour assurer le développement et la croissance de notre entreprise. Et j’espère que nous parviendrons à établir des partenariats stratégiques qui nous aideront à atteindre cet objectif.

Orateur 1 [00:24:45] Alison, lorsque vous entendez de tels témoignages, qui sont vraiment inspirants, de quoi pensez-vous que nous pouvons collectivement tirer parti et comment pensez-vous que nous pourrions apporter notre aide ?

Oratrice 3 [00:24:52] Eh bien, du point de vue de l’écosystème, et pour nous, à titre de partenaires qui aident les entrepreneurs à se développer et à réaliser leurs ambitions, la démarche consiste à faire en sorte que nous puissions rassembler tous les bons ingrédients au bon moment. Il faut donc intervenir sur le plan des conseils. Sur le plan des relations avec les entreprises. Sur celui des capitaux. Sans compter l’accès aux marchés et l’introduction à ces derniers. L’objectif consiste à mettre en place ce réseau de soutien dont toutes ces fondatrices ont besoin de la part de leurs collègues pour leur permettre de partager leurs expériences et d’apprendre les unes des autres. Et il me semble que le simple fait de trouver ce modèle qui nous permettrait de nous acquitter de cette tâche de la manière la plus efficiente possible, tout en mettant en place un réseau le plus vaste possible, comme l’a évoqué plus tôt Myra, passe par l’accès à un plus grand nombre d’entrepreneurs qui puissent profiter de services et d’un soutien meilleurs et plus vastes de sorte que l’entrepreneuriat puisse véritablement transformer l’avenir économique du Canada. Voilà ce qui, me semble-t-il, est nécessaire. Nous avons besoin d’une infrastructure qui met de l’avant le genre de choses que l’on retrouve chez MaRS, et nous avons besoin qu’elle soit beaucoup plus développée de telle sorte que, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez au Canada, vous puissiez trouver les structures de soutien qui vous permettront vraiment d’aller de l’avant afin de mettre sur pied cette formidable entreprise que vous souhaitez créer.

Orateur 1 [00:26:01] Quel message exceptionnel. Manifestement, en tant que pays, nous avons besoin de plus d’entrepreneurs. Peut-être ces considérations nous amènent-elles à une dernière question. Beaucoup d’entrepreneurs et de futurs entrepreneurs écoutent notre balado. Je serais curieux de savoir quel conseil vous leur donneriez, tout particulièrement aux femmes entrepreneures et aux futurs entrepreneurs. Si vous pouviez donner un conseil dont vous aimeriez qu’ils se rappellent, quel serait-il ? Peut-être pourrions-nous commencer par vous, Myra ?

Oratrice 3 [00:26:24] Je dirais que vous allez consacrer le même temps à votre entreprise, quelle que soit sa nature. Pourquoi dès lors n’envisageriez-vous pas la possibilité de créer la chose la plus folle à laquelle vous puissiez penser et, ce faisant, tenter d’avoir l’impact le plus puissant que vous puissiez avoir ? Et si vous trouvez certaines des ressources comme celles dont MaRS a su nous profiter, sans compter les investisseurs en capital-risque dont ont su nous faire profiter les autres membres de l’écosystème, vous aurez de grandes chances de réussir dont vous n’auriez peut-être pas été conscientes avant de débuter. Mon conseil consiste donc à voir grand et à vous lancer.

Oratrice 5 [00:26:48] Absolument. J’aime beaucoup l’idée selon laquelle il faut se lancer. Mais je pense aussi qu’il y a une foule de formidables exemples. Comme vous, vous-mêmes, qui êtes de formidables exemples de femmes qui accomplissent des choses vraiment exceptionnelles. Je pense qu’il y a lieu de trouver quelqu’un vers qui vous puissiez vous tourner, de trouver un mentor, même si vous ne connaissez pas vraiment cette personne, mais quelqu’un qui puisse vous inspirer à continuer à faire avancer votre carrière. Car il me semble que cela est particulièrement important. Vous savez, les garçons qui veulent devenir des joueurs de hockey peuvent se référer à cet exemple. Ils peuvent regarder les matches de la LNH, ils peuvent s’entraîner, ils peuvent se préparer et aspirer à réaliser leur rêve. Si vous avez un modèle qui peut vous inspirer, dont vous pouvez observer qu’il passe vraiment à l’action et qu’il accomplit les choses, ce modèle vous démontre en fait que vous aussi vous pouvez le faire. Et cela vous donne la confiance nécessaire pour continuer d’avancer.

Oratrice 4 [00:27:29] Oui, développer cet aspect, trouver un partenaire stratégique, notamment un qui puisse être un client, puisque cela vous aidera sur le plan de l’adoption sur le marché et de la validation du produit. Vous en saurez beaucoup plus avant que vous soyez prêt à commercialiser votre produit et, avec un peu de chance, ce client deviendra votre premier client. Voilà donc indiscutablement quelque chose que je recommanderais à tout entrepreneur.

Orateur 1 [00:27:49] Alison. Cette conversation a été une formidable source d’inspiration, mais je serais curieux de recueillir votre point de vue lorsque vous écoutez certaines des idées et des expériences qui ont été évoquées aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit et quel enseignement les personnes qui nous écoutent devraient-elles en retirer ?

Oratrice 3 [00:28:02] Je pense que l’une des choses consiste à ne pas sous-estimer la générosité dont plusieurs savent faire preuve pour redonner et vous aider à titre de fondateur ou de fondatrice au fil de votre démarche. Je pense que la communauté du capital-risque s’acquiert parfois une mauvaise réputation alors qu’on estime qu’elle fait preuve de peu d’empathie, que les capitaux ne sont pas suffisants et qu’il s’agit d’un domaine très compétitif. Mais en fait, dans le contexte de l’écosystème de l’innovation considéré dans sa globalité au Canada, j’estime n’avoir jamais rencontré une communauté de gens qui souhaite autant appuyer et défendre les fondateurs qui viennent leur soumettre des idées inspirantes. De sorte que le conseil que je donnerais à toute personne qui possède une entreprise ou qui souhaite créer une entreprise est de ne pas hésiter à prendre l’initiative et à engager une discussion avec un membre de cette communauté. Vous serez surpris de constater combien de temps ces personnes seront disposées à vous donner, en plus de vous aider à poser un premier pas dans cette nouvelle direction, sans compter les autres qui vous aideront à acquérir ce sentiment de communauté et de générosité. Il me semble qu’il s’agit là de l’un des aspects les plus formidables que représente le fait d’être dans ce domaine. Et, par la suite, il vous suffit de continuer à tabler sur ces bases pour faire de mieux en mieux.

Orateur 1 [00:29:00] Voilà une excellente façon de clore notre discussion. J’ai pris énormément de notes, mais je retiens quelques mots clés comme « mentors », « partenaires » et « générosité ». Nous devrions tous être généreux. Cependant, il faut comprendre que la plupart des gens sont également généreux, notamment dans le domaine des technologies. Et voilà qui nous renvoie à la notion de communauté que vous évoquiez au tout début, Alison. Il existe une formidable communauté. Merci à vous toutes d’en faire partie et d’avoir participé à notre balado Les innovateurs.

Oratrice 3 [00:29:21] Merci beaucoup de nous avoir invitées.

Oratrice 4 [00:29:22] Merci de nous avoir invitées.

Orateur 1 [00:29:24] Vous venez d’écouter Les innovateurs, un balado de RBC. Au plaisir de vous retrouver la prochaine fois. Mon nom est John Stackhouse.

Oratrice 3 [00:29:35] Le balado, Les innovateurs, est produit par le Groupe Leadership avisé RBC et ne vise pas à recommander une organisation, un produit ou un service en particulier. Pour retrouver d’autres balados de la série Les innovateurs, veuillez consulter le site RBC.com/Lesinnovateurs. Si vous avez aimé notre balado, n’hésitez pas à nous octroyer une note de cinq étoiles.

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