Skip to main content
Leadership avisé RBC Logement Logement social : jeter les bases de la croissance  
Logement

Logement social : jeter les bases de la croissance  

Les efforts déployés entre les années 1950 et 1990 pour bâtir le parc de logements sociaux offrent de précieux enseignements

Le gouvernement fédéral investit 13 milliards de dollars dans son initiative Maisons Canada (MC), lancée l’an dernier pour créer au moins 26 000 logements sur cinq ans.1 Cette mesure intervient alors que la demande de logements hors marché surpasse largement l’offre : à l’heure actuelle, plus de 300 000 ménages (soit 22 % de plus qu’en 2018) ont besoin d’un logement social, et le délai d’attente moyen dépasse quatre ans.2

Les efforts déployés entre les années 1950 et 1990 pour constituer le parc de logements sociaux mettent en lumière des défis majeurs à prendre en compte lors de la construction de nouvelles unités, tant dans le cadre de MC que des divers programmes menés par l’ensemble des administrations publiques :  

  • L’abordabilité n’a pas été conçue pour durer. L’abordabilité du logement social a généralement été liée à des conventions hypothécaires de 35 à 50 ans conclues avec les gouvernements, selon la logique voulant qu’un immeuble libre de toute dette n’ait plus besoin de soutien continu une fois l’hypothèque remboursée. Or, les charges récurrentes comme les services publics, les taxes foncières et les frais d’entretien demeurent des coûts fixes bien après l’amortissement de la dette. En l’absence de subventions d’exploitation dédiées se prolongeant au-delà de l’échéance de l’hypothèque, les fournisseurs de logements doivent soit augmenter les loyers, ce qui compromet l’abordabilité, soit maintenir les loyers au détriment de l’entretien de l’immeuble.  

  • Les immeubles se dégradent tandis que les loyers restent bas. Le parc existant propose des loyers abordables, s’établissant en moyenne à 565 $ par mois pour un logement d’une chambre et à 637 $ par mois pour un logement de deux chambres. Or, 45 % des logements sociaux construits avant 1980 sont désormais jugés dans un état « passable ou médiocre ».3 Certains fournisseurs accusent des déficits d’entretien se chiffrant en milliards de dollars, tandis que d’autres provinces, ployant sous la charge financière, ont carrément liquidé des parcs immobiliers entiers, retranchant définitivement ces unités du marché abordable. À défaut d’intégrer des réserves d’immobilisations pour l’entretien dans les budgets d’exploitation dès le départ, les nouveaux logements se heurteront à la même impasse d’ici 30 ans – d’ailleurs, environ 8 % des logements sociaux construits après 2020 sont déjà considérés comme étant dans un état « passable ou médiocre ». 

  • D’importantes lacunes persistent sur le plan des données. En l’absence de données actuelles et exhaustives, plusieurs questions fondamentales demeurent sans réponse : combien coûtent la construction, l’exploitation et l’entretien des logements sociaux ? Combien de logements sociaux ont disparu ces dernières années à l’expiration des conventions ? Combien de conventions devront être renouvelées au cours des prochaines années ? Le simple dénombrement des logements construits aujourd’hui ne permet pas d’évaluer avec précision comment l’abordabilité évolue ou s’érode pour les locataires au fil du temps. 

Le Canada pourrait intervenir sur quatre fronts : 

Lier l’abordabilité aux actifs plutôt qu’au financement. Le Canada accorde des avantages fiscaux aux organismes de logement sans but lucratif, mais sans les assortir de conditions. Dans le cadre des nouveaux investissements fédéraux, où la réalisation de projets par des coopératives et des organismes sans but lucratif prend de l’ampleur, le Canada pourrait instaurer un statut de fournisseur désigné bonifiant le régime fiscal actuel en échange d’obligations contraignantes d’abordabilité et de réinvestissement, en plus d’offrir un accès préférentiel aux capitaux et aux terrains. L’établissement de règles cohérentes procurerait également aux prêteurs un cadre clair pour refinancer le parc immobilier arrivé à maturité. En Colombie-Britannique, certaines coopératives mettent déjà à profit leurs immeubles entièrement remboursés pour financer de nouveaux projets. L’Autriche illustre bien comment conserver les capitaux au sein du réseau : elle pérennise l’abordabilité grâce à un cadre de profit limité, où les loyers ne servent qu’à couvrir les coûts et les réserves, les surplus doivent obligatoirement être réinvestis et les exonérations fiscales dépendent du respect de ces règles.

Assurer un soutien à l’exploitation prévisible et finançable à long terme. Le Canada pourrait structurer l’aide à l’exploitation sous forme de versements prévisibles à long terme, sur lesquels les fournisseurs pourraient s’appuyer pour emprunter. Afin d’éviter une rupture brutale de l’abordabilité à l’échéance des subventions, le gouvernement pourrait prolonger ce soutien au-delà du terme de l’emprunt hypothécaire ou le lier à des exigences permanentes rattachées aux immeubles. Le Housing Australia Future Fund propose un modèle semblable : il verse une aide au fonctionnement trimestrielle sur 25 ans, procurant aux fournisseurs une rentrée de fonds prévisible qui facilite l’accès au crédit, à l’instar des projets d’infrastructure financés sur la base des paiements de l’État. 

Prendre en compte l’ensemble des coûts du cycle de vie dès le départ et mettre en commun les capitaux à l’échelle du pays. Au Canada, les locataires continuent de payer leur loyer après le remboursement de l’hypothèque, mais dans les immeubles accueillant principalement des ménages dont le loyer est indexé sur le revenu, ces montants demeurent insuffisants pour dégager des excédents. Dans les immeubles où les loyers se rapprochent de ceux du marché, de véritables excédents se dégagent une fois l’hypothèque remboursée, mais ils demeurent cloisonnés chez chaque fournisseur. Un fonds canadien du bâtiment, géré par le secteur de l’habitation et alimenté par ces excédents réels, permettrait de réaffecter des fonds d’immeubles financièrement viables vers ceux aux prises avec d’importants retards d’entretien, à la condition essentielle de l’associer à une aide d’exploitation permanente couvrant l’ensemble des dépenses et des réserves nécessaires au logement très abordable. Le Danemark offre un exemple probant de cette approche : l’entretien y est intégré d’entrée de jeu dans les loyers calculés au prix coûtant. Une fois les hypothèques acquittées, les loyers sont maintenus au même montant et versés au Fonds national du bâtiment afin de financer les réfections majeures et les nouvelles constructions dans l’ensemble du secteur, ce qui permet de répartir le risque financier entre tous les fournisseurs.  

Établir un système de données intégrées pour suivre l’état des logements et leur viabilité financière. Les données devraient s’intéresser à la pérennité de l’abordabilité pour les ménages à faible revenu après 10, 20 ou 50 ans, et non seulement lors de la mise en chantier. Combinés à une reddition de comptes financiers normalisée pour les fournisseurs (coûts d’exploitation, réserves, retards d’entretien, sources de revenus), ces systèmes donneraient l’alerte dès l’apparition de problèmes tant qu’il est encore temps de les régler, tant pour le parc communautaire actuel que pour les nouveaux logements construits et financés. Les États-Unis comptent pour leur part un inventaire national par immeuble des logements subventionnés par l’administration fédérale, géré par des organismes de recherche non gouvernementaux indépendants.  

Regent Park, Toronto

S’étendant sur environ 69 acres dans l’est du centre-ville de Toronto, Regent Park illustre de façon exemplaire les démarches globales et à long terme de revitalisation du logement social. Le projet répond à un enjeu de taille qui touche le parc vieillissant de logements sociaux partout au pays : la réfection d’infrastructures dégradées sans compromettre l’abordabilité ni effriter la cohésion communautaire. Construit à la fin des années 1940 pour devenir le tout premier ensemble de logements sociaux au pays, Regent Park en était venu à se caractériser par son enclavement physique, une mixité sociale limitée et un manque d’équipements de proximité. Lancée en 2005 sous la forme d’un partenariat public-privé unissant la Ville de Toronto, la Toronto Community Housing Corporation (TCHC) et des promoteurs privés (The Daniels Corporation et Tridel), cette revitalisation met de l’avant un modèle par étapes et financièrement viable qui tire parti du développement d’habitations au prix du marché pour financer le renouvellement du logement social. Déployé en cinq phases sur 15 à 20 ans, le projet remplace les 2 083 logements initiaux à loyer indexé sur le revenu et y ajoute plus de 637 logements locatifs abordables supplémentaires, 1 976 logements au prix du marché ainsi que de nombreux équipements communautaires, démontrant ainsi qu’une densification stratégique combinée à la mixité sociale peut bonifier l’offre de logements abordables plutôt que de se faire au détriment de celle-ci. 

Bob and Michael’s Place, Vancouver

Cet ensemble résidentiel incarne un modèle intégré de logement social qui répond à la fois aux besoins d’hébergement et aux problématiques sociales et de santé complexes des personnes vulnérables. Plus important projet de logements sociaux dans le Downtown Eastside de Vancouver, cet immeuble de dix étages regroupant 231 unités prouve qu’un partenariat efficace entre le milieu philanthropique, les gouvernements et le secteur communautaire peut générer une offre de logements à grande échelle dans des marchés urbains aux coûts prohibitifs. Réalisé par la Vancouver Chinatown Foundation et inauguré en mars 2026, le projet dépasse la stricte question du toit en intégrant des services de santé à même les lieux grâce au Lily’s Community Health Centre (géré par Vancouver Coastal Health), ce qui concorde avec les données probantes montrant que les retombées en matière de logement s’améliorent grandement lorsqu’elles s’accompagnent d’un soutien global. La composition résidentielle, qui compte 120 logements au taux de l’aide sociale et 111 logements abordables (à loyer indexé sur le revenu fondé sur les plafonds de revenu de BC Housing), témoigne de l’évolution des normes en matière de logement social accordant une priorité égale à l’abordabilité et à la qualité de vie. Le modèle de financement du projet, qui mobilise plusieurs secteurs, combine un don philanthropique majeur (10 M$), l’utilisation stratégique de terrains publics (bail de 99 ans consenti par la Ville de Vancouver), des investissements publics directs (plus de 51 M$ provenant de BC Housing et de la SCHL), des prêts à conditions avantageuses (27 M$ accordés par la SCHL) et une collecte de fonds communautaire (30 M$). Il constitue ainsi un modèle reproductible pour financer des projets ambitieux de logements sociaux dans les marchés immobiliers où les coûts sont élevés. 

Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/information-sur-la-durabilite/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.

Avis important concernant ce site Web et mise en garde au sujet des déclarations prospectives

Ce site Web vise à offrir uniquement des renseignements généraux et ne constitue en aucun cas une offre de vente ou une sollicitation d’achat d’un titre, d’un produit ou d’un service dans quelque territoire que ce soit. Il ne vise pas non plus à donner des conseils de placement, financiers, juridiques, comptables, fiscaux ou autres, et l’information qu’il renferme ne doit pas servir de fondement à de tels conseils. Aucune partie du présent document ne doit servir de fondement à quelque contrat, engagement ou décision de placement que ce soit. Le lecteur est seul responsable des conséquences de l’utilisation qu’il fait des renseignements contenus dans le présent rapport. Ni l’Institut d’action climatique, ni Banque Royale du Canada (« RBC »), ni leurs filiales et sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de leur utilisation.

Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans ce site Web. Les opinions exprimées dans ce site sont celles de leurs auteurs à la date de publication et peuvent changer. Nous ne garantissons pas l’exactitude des renseignements ni des opinions exprimées y figurant, et ceux-ci ne doivent pas être considérés comme constituant une analyse complète des sujets traités. RBC et ses entités ne cautionnent pas, explicitement ou implicitement, tout conseil, avis, renseignement, produit ou service de tiers. Tous les renvois à des sites Web sont fournis à titre d’information seulement. Le contenu des sites Web mentionnés sur ce site Web, y compris ceux dont le lien est fourni, et de tout autre site Web auquel ces sites font référence n’est pas intégré par renvoi au présent site Web et n’en fait pas partie.  Ce site Web n’est pas non plus destiné à faire des déclarations sur les initiatives liées à la durabilité, qu’ils soient nommés aux présentes ou autrement, qui peuvent impliquer des renseignements et des événements qui échappent à notre contrôle.

À l’occasion, nous faisons, verbalement ou par écrit, des déclarations prospectives au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières, y compris dans ce site Web et dans d’autres communications. Les déclarations prospectives sur notre site Web portent notamment sur des déclarations concernant nos objectifs, notre vision, nos ambitions, nos engagements, nos buts et nos cibles en matière d’économie, de développement durable, ainsi que sur des événements et des actions potentiels. De par leur nature même, les déclarations prospectives reposent sur des hypothèses et font l’objet d’incertitudes et de risques intrinsèques, qui donnent lieu à la possibilité que nos prédictions, prévisions, projections, attentes et conclusions se révèlent inexactes, que nos hypothèses soient incorrectes, et que nos objectifs, notre vision, nos ambitions, nos engagements, nos buts et nos cibles en matière d’économie, de développement durable ne se matérialisent pas. Le lecteur ne doit pas se fier indûment à ces déclarations, puisque nos résultats réels pourraient différer sensiblement des attentes exprimées dans ces déclarations prospectives en raison d’un certain nombre de facteurs de risque, dont plusieurs sont indépendants de notre volonté et dont nous pouvons difficilement prédire les effets. Les paramètres et données liés au développement durable et autres renseignements contenus dans ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements.