Skip to main content
L’indice des prix à la production américain : un système d’alerte rapide sur l’inflation

L’indice des prix à la production (IPP) nous indique ce qui se passe en matière de prix pour les entreprises avant que cela n’atteigne les consommateurs; il agit comme un indicateur avancé pour repérer les pressions inflationnistes.

À l’heure actuelle, les signaux sont au rouge : le coût des intrants des entreprises augmente à cause des droits de douane et des prix de l’énergie.

Ces pressions sur les prix se manifesteront probablement dans les prix à la consommation dans les prochains mois, et nous nous attendons à ce que cette dynamique empêche la Réserve fédérale américaine (Fed) de réduire son taux directeur en 2026.

Dans le contexte actuel de l’exacerbation des pressions tarifaires et du choc des prix du pétrole, l’inflation reprend de la vigueur aux États-Unis. La mesure de l’inflation fondée sur l’IPP a grimpé à 6,0 % sur 12 mois en avril, son plus haut niveau depuis 2022.

Nous portons une attention particulière à la façon dont les entreprises gèrent la hausse des coûts des intrants en surveillant les données de l’IPP, car l’indice nous donne des indications importantes sur les coûts qui circulent le long des chaînes d’approvisionnement. Tout en continuant de surveiller l’IPP pour repérer des signes de répercussion des prix, nous exposons ce que les changements signifient pour l’inflation.

Les principaux indicateurs de l’IPP à surveiller comprennent la demande intermédiaire de matières transformées (pour les prix des marchandises), la demande finale d’énergie et de transport (pour l’ampleur du choc pétrolier), la demande finale de biens de consommation finis (pour les répercussions des droits de douane) et les marges des services commerciaux (pour l’orientation des bénéfices des sociétés).

L’IPP met l’accent sur les coûts pour les entreprises. Il mesure la variation moyenne des prix reçus par les producteurs nationaux pour leur production.

Il existe une exception à la définition conventionnelle de l’IPP pour le commerce de gros et de détail, que nous abordons ci-dessous. La différence entre les prix payés et les prix reçus est importante. Les pressions sur les prix se font sentir au niveau des producteurs avant d’atteindre les consommateurs, ce qui fait de l’IPP un indicateur avancé de l’indice des prix à la consommation (IPC).

L’IPP comprend la production de tous les secteurs producteurs de biens de l’économie américaine et environ 70 % de la production du secteur des services (parmi les services exclus se trouvent l’éducation et l’immobilier résidentiel).

Le programme est vaste. En date de janvier 2024, il publie environ 10 000 indices couvrant les prix du secteur, les prix des marchandises et les mesures globales. La plupart des prix déclarés à l’IPP sont mesurés au moment où le produit quitte l’établissement du producteur, de sorte qu’ils n’incluent pas les coûts de transport, d’assurance ou de livraison. Les services de transport et d’entreposage, qui comprennent le prix du transport des biens, font exception.

Après la publication initiale, les indices IPP peuvent être révisés au cours des trois mois suivants avant qu’un indice final ne soit publié au cours du quatrième mois.

Certaines séries d’IPP alimentent les déflateurs des dépenses personnelles de consommation (DPC), qui représentent environ 20 % du panier total de DPC. Les intrants les plus importants comprennent les services de soins de santé, le transport aérien régulier dans le pays et certaines séries sur la finance et l’assurance. À cette fin, la publication de l’IPP est surveillée de près par la Fed.

Les grossistes et les détaillants distribuent les produits sans les transformer; par conséquent, leur calcul de l’IPP est différent de celui des autres secteurs.

Par exemple, lorsqu’un grossiste d’appareils électroménagers achète des machines à laver d’un fabricant, la différence entre ce que le grossiste a payé au fabricant et le montant auquel il revend l’appareil au détaillant est ce qui est saisi par l’IPP : soit la différence entre le prix de vente et le prix d’acquisition de ce bien. Selon le Bureau of Labor Statistics (BLS), il s’agit du « prix de la marge brute », qui reflète la valeur ajoutée de l’entreprise. Dans ce cas, le grossiste d’électroménagers pour les services, y compris le fractionnement en vrac, l’entreposage et le transport des produits.

La même logique s’applique aux commerces de détail lorsque le détaillant d’appareils ménagers vend la machine à laver à un consommateur. Les IPP des grossistes et des détaillants sont regroupés au sein de l’IPP et classés dans la catégorie « Services commerciaux ». Le prix de la marge reflété dans l’IPP des services commerciaux est égal à :

Comme la marge est la différence entre deux prix évoluant de façon indépendante, de petits changements dans les deux sens peuvent produire des fluctuations de l’IPP des services commerciaux. Un grossiste qui absorbe la hausse des coûts des intrants sans augmenter les prix de vente comprime la marge. Un détaillant qui augmente ses prix, alors que les coûts d’acquisition stagnent, l’élargit.

Il est important de noter que la mesure des services commerciaux ne nous donne pas une idée claire sur l’évolution des prix d’acquisition ou des prix de vente.

La relation entre l’IPP et l’IPC est importante, car elle nous donne des indices sur les décisions en matière de prix et de marges. Lorsque l’IPP dépasse l’IPC, cela donne à penser que le coût de production d’un bien augmente plus rapidement que la capacité d’une société à augmenter son prix de vente. Nous le constatons souvent en réaction aux flambées des prix des marchandises.

Par exemple, dans le cas d’un fabricant d’appareils électroménagers, si les prix du cuivre ou de l’aluminium grimpent en flèche, il devient plus coûteux de produire des appareils électroménagers. En réaction, le fabricant peut choisir d’augmenter les prix pour compenser la hausse des coûts des intrants, ce qui fait grimper le coût d’acquisition pour le grossiste d’appareils électroménagers. Les prix plus élevés reçus par le fabricant d’appareils électroménagers augmenteraient l’IPP pour les appareils électroménagers.

L’IPP peut être utile pour évaluer l’orientation des bénéfices des sociétés et agit comme un indicateur du pouvoir de fixation des prix des sociétés par rapport à l’IPC.

Si l’IPP augmente plus rapidement que l’IPC, cela donne à penser que les prix à la production augmentent plus rapidement que les prix à la consommation. Par exemple, un boulanger commercial peut demander un prix plus élevé pour le pain si les prix du blé augmentent, mais un café de quartier qui achète du pain de la boulangerie peut ne pas ajuster les menus en fonction de la hausse des prix.

Si nous constatons que l’IPP dépasse l’IPC pendant une période prolongée, les vendeurs en phase finale devraient augmenter leurs prix; sinon, cela pourrait causer des difficultés pour les marges bénéficiaires des sociétés.

L’IPP des services commerciaux fait exception. Lorsqu’il augmente, il laisse entrevoir un élargissement des marges : les prix de vente augmentent plus rapidement que les coûts d’acquisition (ou les coûts d’acquisition diminuent plus que les prix de vente). La baisse de l’IPP dans le secteur des services commerciaux signale le contraire : les marges sont comprimées. Si elle se maintient, la compression des marges peut entraîner une hausse des prix à la consommation (si les entreprises ont un pouvoir de fixation des prix suffisant pour répercuter les coûts) ou des mesures de réduction des coûts, comme la réduction de l’emploi.

Les données sur l’IPP sont recueillies au moyen d’un sondage mené auprès de producteurs du secteur privé établis aux États-Unis. Le BLS recueille des échantillons de la liste des opérations du producteur, qui sont pondérés en fonction de leur part de ses revenus totaux (c.-à-d. que les catégories qui génèrent le plus de revenus sont plus susceptibles d’être sélectionnées). L’échantillon est mis à jour périodiquement, et les secteurs qui connaissent des changements rapides (comme celui des semi-conducteurs) sont soumis à un nouvel échantillonnage plus souvent pour tenir compte des nouveaux produits qui entrent sur le marché.

Les caractéristiques qui déterminent les prix sont également importantes. Un prix IPP est défini comme étant « le revenu net généré dans un établissement de production déterminé, provenant d’un type d’acheteur donné pour un produit expédié, ou un service fourni, précis selon des modalités d’opération précises un jour donné du mois ». En pratique, ces caractéristiques comprennent les spécifications du produit (dans le cas des véhicules – taille du moteur, version, couleur) et les modalités de la transaction (type d’acheteur, volume de commandes, durée du contrat).

Pour la plupart des données sur les prix qui alimentent l’IPP, les prix sont recueillis le mardi de la semaine contenant le 13e jour du mois, à quelques exceptions près. Les prix des produits agricoles peuvent être établis un jour de la semaine autre que le mardi, et certains secteurs des services déclarent des prix qui reflètent les variations moyennes pendant une partie du mois ou tout le mois.

L’IPP ne comprend que les produits fabriqués par des entreprises nationales. Par définition, les importations sont donc exclues. L’IPP comprend toutefois les biens expédiés entre des établissements appartenant à la même société.

Une autre règle pour l’IPP est qu’il ne comprend que les composantes de consommation personnelle qui ne sont pas payées par le consommateur. Par exemple, des frais médicaux payés par un régime d’assurance maladie offert par l’employeur ou par le gouvernement figureraient dans l’IPP, mais pas dans l’IPC.

Voici quelques exemples de ce qui est saisi dans l’IPP et de ce qui ne l’est pas :

L’IPP utilise un cadre à quantités fixes pour construire des indices : les prix varient d’un mois à l’autre, mais les quantités demeurent fixes.

L’objectif est d’isoler les fluctuations des prix des variations du volume. L’IPP utilise plusieurs niveaux de pondérations pour s’assurer que les produits plus importants sur le plan économique ont une incidence proportionnelle sur l’indice. Ces pondérations sont mises à jour une fois tous les cinq ans, mais le BLS publie les données sur l’importance relative une fois par an afin de fournir des mises à jour plus opportunes. Les mesures de l’importance relative nous indiquent l’importance d’un produit aujourd’hui, plutôt qu’au moment où la pondération a été initialement établie.

L’IPP est principalement organisé par étape de production à l’aide du système DF – DI (Demande finale – Demande intermédiaire). La distinction est simple : si un produit est vendu à son acheteur final (un consommateur, une entreprise qui achète de l’équipement, un gouvernement ou un acheteur étranger), il s’agit d’une demande finale. S’il est vendu à une autre entreprise comme entrée aux fins de production, il s’agit d’une demande intermédiaire.

L’acier vendu à un fabricant automobile correspond à une demande intermédiaire. Une voiture finie vendue à un consommateur est une demande finale. À chaque étape, l’IPP distingue les services commerciaux et le transport.

Le transport et l’entreposage tiennent compte du coût de transport et de l’entreposage des biens. La demande finale comprend le transport de fret vers les acheteurs finaux et le transport de passagers. La demande intermédiaire comprend les voyages d’affaires et le fret – par exemple, le vol d’un comptable vers le site d’un client pour un audit ou l’expédition de moteurs par une société de camionnage vers une usine de montage.

La construction est également prise en compte séparément. L’indice de la demande finale dans le secteur de la construction suit la variation des prix des nouvelles constructions ainsi que des produits d’entretien et de réparation vendus aux acheteurs finaux. Par exemple, un fabricant qui construit une nouvelle usine ou une municipalité qui construit une autoroute.

Puisqu’une nouvelle construction est un investissement en capital, elle est toujours intégrée à la demande finale. L’indice de la demande intermédiaire dans le secteur de la construction tient uniquement compte de l’entretien et de la réparation achetés par les sociétés à titre d’intrants pour la production courante. Par exemple, une entreprise de camionnage qui refait le revêtement de son quai de chargement pour assurer le bon fonctionnement de ses activités.


À propos des auteurs :

Mike Reid est chef, Services économiques RBC – États-Unis. Il est chargé d’établir les perspectives économiques de RBC pour les États-Unis, de commenter les indicateurs macroéconomiques et de rédiger des analyses concernant le contexte économique.

Carrie Freestone est économiste principale aux États-Unis à RBC et membre de l’équipe des Services économiques aux États-Unis à RBC Marchés des Capitaux. Elle est responsable de prévoir les principaux indicateurs clés américains, notamment le PIB, l’emploi, les dépenses de consommation et l’inflation aux États-Unis. Elle contribue également aux commentaires sur la conjoncture économique aux États-Unis qu’elle transmet aux clients au moyen de publications, de présentations et par l’intermédiaire des médias.

Imri Haggin est économiste à RBC Marchés des Capitaux, où il se concentre sur la recherche thématique. Ses travaux antérieurs portaient sur la dynamique du crédit à la consommation et la modélisation des liquidités, et mettaient l’accent sur l’utilisation des données pour comprendre les comportements.


Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.

Obtenez les dernières prévisions et analyses de services économique RBC.
Abonnez-vous maintenant