En résumé :
Statistique Canada a révisé à la hausse les données démographiques du Canada, ce qui porte la croissance annuelle à 0,5 % au deuxième trimestre et efface l’impression de recul en glissement annuel observé depuis le début de 2026.
Ce redressement découle principalement de la méthodologie de dénombrement mise à jour pour les résidents non permanents, qui sont en hausse de 240 000 (+9,4 %) par rapport à l’estimation précédente du deuxième trimestre. L’augmentation subite du nombre de résidents temporaires après la pandémie a créé un important contingent de permis de travail et d’études qui arrivent maintenant à échéance, ce qui met à rude épreuve le système de traitement des demandes de prolongation, car un plus grand nombre de personnes demeurent au pays après l’expiration de leur permis. Les redressements liés à l’estimation des résidents non permanents représentent 80 % de la révision démographique totale de 301 000 (+0,7 %).
Les changements influencent de façon significative la lecture rétrospective de certaines données économiques. Par exemple, la croissance du PIB par habitant paraît moins solide au cours de la dernière année avec la révision à la hausse des chiffres de population.
Les révisions pourraient également modifier les perspectives pour des mesures comme la croissance du PIB total et celle de l’emploi. Des baisses de population plus modestes dans les trimestres récents pourraient annoncer des ralentissements plus marqués à venir, qui toucheraient la croissance du PIB et de l’emploi, puisque tous deux sont fonction de la croissance démographique.
Néanmoins, le récit économique global ne change pas de façon significative. Les vents contraires structurels liés à la croissance démographique canadienne demeurent importants : la population du pays ne semble plus en voie de reculer pour la première fois de l’histoire en 2026, mais le rythme de croissance demeure le plus faible jamais enregistré.
Enfin, les estimations démographiques avaient été jugées susceptibles d’être sujettes à des révisions, l’attention se déplace vers des indicateurs économiques moins sensibles aux tendances de la croissance démographique, considérés comme des mesures plus fiables de la santé de l’économie. Ces mesures, comme le taux de chômage, ne sont pas touchées de façon importante par les révisions démographiques, et montrent encore des signes d’amélioration jusqu’à maintenant en 2026.
En détail :
Croissance du PIB : les estimations rétrospectives par habitant ne sont pas aussi fortes et les vents contraires démographiques s’annoncent plus forts
Une croissance plus forte de la population en rétrospective réduit l’éclat des estimations récentes du PIB par habitant : celui‑ci a progressé de 0,7 % en glissement annuel au deuxième trimestre, selon les données publiées aujourd’hui, contre 1,7 % selon les estimations précédentes.
Il convient de noter que les données sur le PIB sont également révisées régulièrement, y compris les révisions annuelles de référence prévues en novembre.
Enfin, si le gouvernement maintient son objectif de 5 % pour les résidents non permanents en proportion de la population totale dans le plan des niveaux d’immigration du mois prochain, la croissance annuelle de la population devrait devenir négative dans les prochains trimestres. La Colombie‑Britannique et l’Ontario ressentiraient le plus fortement cet ajustement démographique, compte tenu de leur forte concentration de résidents non permanents.
Marchés du logement : croissance de la demande potentiellement moindre dans les perspectives
Les révisions modifient également l’échéancier des pressions sur le marché du logement. On s’attend désormais à ce que la période de décélération démographique la plus marquée se situe devant nous plutôt que derrière, ce qui pourrait prolonger une pression à la baisse sur les marchés du logement, particulièrement du côté des logements locatifs, où la demande est plus sensible aux mouvements de population des immigrants et des résidents non permanents.
Hausse du point d’équilibre de la croissance de l’emploi
Le taux de croissance de l’emploi au point d’équilibre (le nombre de nouveaux emplois nécessaires chaque mois pour empêcher la hausse du taux de chômage) semble plus près de zéro que les -10 000 que nous estimions auparavant en fonction des estimations antérieures de la population.
Cependant, les mesures plus fiables (et qui ne tiennent pas compte des changements démographiques) de la santé de l’économie sont moins touchées
En ce qui concerne le marché du travail, il est essentiel de noter qu’un plus grand nombre de résidents non permanents qui restent dans le pays a des répercussions simultanées sur la population active et les chiffres de l’emploi, ce qui ne devrait pas modifier de façon significative les estimations ou les prévisions du taux de chômage. Les marchés du travail continuent de s’améliorer si on les mesure par travailleur.
Du point de vue de la Banque du Canada, alors que les décideurs évaluent des hausses de taux d’intérêt, des estimations rétrospectives plus élevées de la croissance démographique impliquent que le potentiel de production de l’économie était plus fort qu’on ne le croyait auparavant (toutes choses égales par ailleurs, y compris les estimations de productivité). Toutefois, d’autres indicateurs en temps réel de la capacité excédentaire de l’économie, comme les réponses des entreprises aux enquêtes sur la capacité excédentaire, le taux de chômage et les tendances de l’inflation sous-jacente, ne sont pas perturbés par les changements des estimations de la population.
La BdC surveillera de près ces indicateurs avant de prendre sa prochaine décision de politique monétaire en octobre. À première vue, des redressements mécaniques à la hausse du PIB potentiel au moyen d’estimations démographiques révisées réduiraient l’urgence de hausser les taux. Toutefois, comme la BdC met de plus en plus l’accent sur les « risques » des prix de l’énergie, la réunion d’octobre s’annonce comme une décision particulièrement délicate.
À propos de l’auteur :
Rachel Battaglia est économiste à RBC. Elle fournit des prévisions pour les économies provinciales canadiennes et analyse les principales tendances en matière de logement et de dépenses de consommation.
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.