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La Banque du Canada applique un traitement préventif : elle relève les taux à mesure que les risques d’inflation augmentent

La Banque du Canada a relevé son taux du financement à un jour de 25 pb pour le porter à 2,5 %, sa première augmentation depuis 2023.

En fin de compte, la décision avait été clairement annoncée par plusieurs communications au cours des deux derniers mois, qui laissaient entendre que la banque centrale penchait en faveur d’une augmentation de taux en réaction à la hausse des prix de l’énergie et à la crainte qu’elle ne se répercute de façon plus générale sur l’inflation des prix à la consommation.

Fait important, toutefois, dans sa décision sur les taux aujourd’hui, la BdC met davantage l’accent sur une croissance économique actuelle qui semble plus vigoureuse et sur l’amélioration future attendue des perspectives (malgré l’incertitude entourant le commerce international).  Par conséquent, la hausse des taux n’est pas seulement une question de prix de l’énergie – la BdC semble de plus en plus sensible aux facteurs liés à l’offre et à la demande qui pourraient stimuler l’inflation en 2027.

Comme nous l’avons déjà dit, à notre avis, il n’était pas urgent de relever les taux lors de cette réunion en raison de l’état actuel de la croissance ou de l’inflation. La BdC a reconnu dans son Rapport sur la politique monétaire qu’il y a des capacités excédentaires sur le marché de l’emploi et que les mesures de l’inflation de base sont demeurées près de 2 %. Pourtant, les préoccupations à l’égard de l’inflation future, combinées à de meilleures perspectives de croissance économique, ont indiqué que la décision d’aujourd’hui était essentiellement une hausse dictée par la gestion des risques – on a jugé que les risques d’inflation future avaient augmenté davantage que le risque de baisse de la croissance économique. En fait, la hausse de taux d’aujourd’hui était un traitement préventif.

Prochaines étapes. Comme d’importants risques et incertitudes demeurent, la BdC est demeurée volontairement vague sur la possibilité d’augmentations futures (« il pourrait être nécessaire d’augmenter davantage le taux directeur, mais, vu les incertitudes actuelles, le Conseil a convenu de procéder avec prudence »), indiquant que de nouvelles hausses dépendront de l’évolution de la croissance économique et des données sur l’inflation. Toutefois, même si le moment exact et l’ampleur de la variation des taux d’intérêt maintiennent un certain niveau d’incertitude, l’orientation est claire : les taux au Canada devraient augmenter au cours de l’année à venir.

Notre propre hypothèse de base, en amont de la décision d’aujourd’hui, supposait que l’amélioration graduelle de l’économie justifierait un total de 100 pb de hausses de taux (trois autres après celle d’aujourd’hui). Nous continuons de penser qu’il s’agit d’une hypothèse de départ raisonnable.  En particulier, nous soupçonnons fortement que la hausse de taux d’aujourd’hui s’accompagnera d’une autre hausse lors d’une des deux prochaines réunions (décembre ou janvier).

Une autre hausse porterait les taux au milieu de la fourchette neutre estimative de la banque centrale pour le taux du financement à un jour. Dans les faits, cela signifierait que les taux n’évolueraient ni vers un assouplissement ni vers un resserrement, soit un point neutre à partir duquel il faudra décider de l’ampleur des hausses supplémentaires nécessaires.

À ce moment-là, les décisions futures seront probablement guidées par de nouvelles données : la croissance doit continuer de s’améliorer, le marché de l’emploi doit se rétablir et il devrait y avoir des preuves que la hausse des coûts des intrants pour les entreprises a été répercutée sur les prix à la consommation.

Fait important, nous avons pris note que les projections économiques révisées de la banque centrale dépassent même légèrement notre vision optimiste de la croissance. La BdC a révisé la croissance du PIB à 2,0 % pour 2027, ce qui est supérieur à notre propre prévision de 1,6 %, avec une vision relativement prometteuse de l’amélioration des investissements des entreprises. Nous entrevoyons donc un plus grand risque que les données sur la croissance ne déçoivent par rapport aux projections de la Banque pour 2027, ce qui donnerait plus de marge de manœuvre pour évaluer la progression de l’inflation.  

Il ne fait aucun doute que certains Canadiens ressentiront les effets de la hausse des taux d’intérêt à court terme, et les secteurs très sensibles aux taux d’intérêt, comme l’habitation, pourraient être davantage touchés au cours des prochains mois. 

Toutefois, dans l’ensemble, il est peu probable que l’économie s’essouffle à cause de cette hausse ou de quelques autres. Cette situation s’explique en partie par le fait que les hausses de taux d’intérêt prévues avaient déjà été intégrées dans les taux des obligations d’État à plus long terme, un facteur plus important des coûts d’emprunt à taux fixe des consommateurs et des entreprises. Deuxièmement, à ces niveaux « neutres », les taux ne devraient pas augmenter ni diminuer la croissance générale ou l’inflation au fil du temps. Enfin, l’économie canadienne a fait preuve de résilience au cours de la dernière année et la politique budgétaire (dépenses publiques et fiscalité) s’intensifie également en tant que mesure de soutien à l’économie, ce qui réduit la nécessité d’un soutien monétaire supplémentaire.  

Nous nous attendons toujours à ce que la croissance économique puisse absorber une légère hausse des taux.


À propos des auteurs :

Frances Donald est l’économiste en chef de RBC et supervise une équipe de professionnels de premier plan, qui fournissent des analyses et des informations économiques pour informer les clients de RBC dans le monde entier. Frances est une experte clé sur les questions économiques et est très recherchée par les clients, les dirigeants gouvernementaux, les décideurs et les médias aux États-Unis et le Canada. 

Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.


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