➔ L’affrontement autour du méthane
➔ Le Canada déploie ses ambitions nucléaires à l’échelle mondiale
➔ Pourquoi une municipalité canadienne a mis en pause un projet de centre de données
Signaux
Les entreprises reviennent au premier plan : Le développement durable des entreprises semble amorcer un tournant, les sociétés affichant un engagement renouvelé porté par les vents favorables décrits précédemment, souligneBrian Hong, directeur général, Solutions des marchés environnementaux, qui a participé à la Semaine du climat de Londres. La diversité des participants aux différents événements — grandes entreprises, institutions financières, investisseurs, représentants gouvernementaux et organisations non gouvernementales — constitue également un indicateur encourageant. Lisez ses impressions complètes de la #LCAW2026 ici.
Le Canada fait figure de retardataire dans l’Indice de transition énergétique. Classé au 32e rang, le pays a perdu une place dans l’indice du Forum économique mondial, qui évalue 120 pays, et accuse un retard par rapport à la plupart des économies avancées comparables (les États-Unis occupent le 19e rang et l’Australie, le 26e).Le recul du Canada s’inscrit dans une tendance plus générale de détérioration de la performance des économies avancées attribuable à la hausse des prix de l’énergie et à l’affaiblissement des politiques climatiques.
Le phénomène El Niño alimente une crise du refroidissement. Le refroidissement des espaces est déjà la source de demande énergétique connaissant la croissance la plus rapide dans les bâtiments à l’échelle mondiale (4 % par année), exerçant une pression croissante sur les réseaux électriques. Alors que les températures demeurent accablantes, on peut s’attendre à une accélération de l’adoption des systèmes de climatisation — et, par conséquent, de la demande d’électricité. Au Canada, seulement 52 % des locataires ont accès à la climatisation, tandis qu’à l’échelle mondiale, à peine 15 % des 3,5 milliards de personnes vivant dans des climats chauds possèdent un climatiseur.
Le transport d’électricité en pleine transition
Par Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC
La stratégie canadienne en matière d’électricité se trouve à un moment charnière, alors que les décideurs et les acteurs de l’industrie tentent de concilier les impératifs de croissance avec le maintien d’un réseau électrique qui demeure, dans une large mesure, propre.
À l’issue du Sommet sur la stratégie en matière d’électricité, organisé à Ottawa par Ressources naturelles Canada et le Smart Grid Innovation Network, je retiens les constats suivants :
L’activité se concentre au niveau de la distribution. La construction de nouveaux logements entraîne une forte hausse de la demande de transformateurs et de compteurs, tandis que l’adoption de panneaux solaires sur les toits, de véhicules électriques et d’autres ressources fondées sur des onduleurs s’accélère considérablement. Les centres de données se tournent de plus en plus vers les réseaux de distribution. Confrontés à des contraintes comme le plafond de 1,2 gigawatt imposé en Alberta et aux pénuries mondiales de semi-conducteurs, ils cherchent de plus en plus à se raccorder directement aux réseaux de distribution.
L’abordabilité constitue une contrainte déterminante. Une focalisation excessive sur le coût le plus bas freine les investissements dont le réseau électrique a besoin pour se développer. Or, l’abordabilité représente également la plus grande menace à la continuité politique et, par conséquent, à la pérennité de toute stratégie nationale.
La planification doit aller au-delà du kilowattheure. La planification intégrée des ressources vise à optimiser la capacité et l’approvisionnement énergétique, mais les ressources énergétiques distribuées et la gestion de la demande procurent des avantages qui dépassent largement la seule fourniture d’électricité. Elles favorisent notamment le développement économique local, améliorent le confort des consommateurs et génèrent des économies pour les ménages. Selon certains intervenants, ces bénéfices ne sont actuellement pas correctement valorisés. En conséquence, les solutions distribuées qui pourraient alléger la pression sur le réseau sont systématiquement sous-évaluées.
La main-d’œuvre et les chaînes logistiques limitent ce qu’il est possible de déployer et à quel rythme. Les prévisions de déploiement, notamment pour les thermopompes, reposent sur des trajectoires que les capacités actuelles de la main-d’œuvre et des chaînes logistiques ne permettent pas de soutenir. Le rythme de déploiement réalisable sera donc plus modeste que ne le laissent entendre les objectifs annoncés. Le déficit de compétences vient accentuer ces contraintes. Chaque départ à la retraite entraîne la perte de 30 à 40 années d’expertise, sans qu’il existe de mécanisme systématique de perfectionnement ou de transfert des connaissances pour assurer la relève.
Les interconnexions et un réseau électrique est-ouest sont de nouveau à l’ordre du jour. L’évolution du contexte géopolitique a ravivé l’intérêt pour une plus grande intégration régionale, mais le réseau électrique canadien demeure principalement orienté selon un axe nord-sud. Des interconnexions entre fuseaux horaires pourraient accroître de façon significative la valeur des énergies renouvelables en atténuant les pointes de demande à l’échelle du pays. Des travaux de modélisation plus approfondis et des analyses de faisabilité demeurent toutefois nécessaires.
La plus grande occasion d’exportation n’est peut-être pas matérielle. Les discussions sur les exportations se concentrent souvent sur des actifs physiques, comme les petits réacteurs modulaires et les grandes composantes nucléaires. Or, le Canada dispose d’un avantage encore sous-exploité : son expertise en électrification et ses logiciels de gestion des réseaux électriques.
La bataille autour du méthane
Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique
Les États-Unis et le Qatar sont en désaccord avec l’Union européenne au sujet de ses règles relatives aux importations de méthane. Bruxelles maintient sa position, tout en suspendant discrètement l’application de ces règles. Le débat s’articule désormais autour d’une opposition devenue familière : sécurité énergétique contre ambition climatique.
Cette situation pourrait toutefois jouer en faveur du Canada, compte tenu de ses normes élevées de conformité en matière de méthane. La plupart des grandes sources d’inquiétude qui alimentent actuellement l’anxiété mondiale quant à l’approvisionnement en gaz trouvent une réponse canadienne, affirme Shaz Merwat, notre responsable principal, Politique énergétique.
Des années d’efforts en matière de méthane portent leurs fruits. Le bassin de Montney affiche l’une des plus faibles intensités d’émissions de méthane parmi les bassins gaziers du monde. Les règlements fédéraux renforcés, finalisés en décembre, visent une réduction de 72 % des émissions de méthane par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2030. Le fardeau de conformité auquel s’opposent les États-Unis et le Qatar est déjà intégré aux activités des exploitants canadiens.
Des points de congestion ? Le terminal de Kitimat expédie son gaz vers l’ouest. Aucune préoccupation ne découle du conflit actuel dans le détroit d’Ormuz, des perturbations de la circulation dans le canal de Suez, de l’assèchement du canal de Panama, ou encore des incertitudes entourant l’avenir du détroit de Taïwan.
Pour les exploitants canadiens, la performance en matière de méthane s’impose comme un avantage concurrentiel discret et peu coûteux, alors qu’un nombre croissant d’acheteurs commencent à en faire une condition d’approvisionnement plutôt qu’un simple critère de préférence.
De nouvelles ambitions nucléaires
Par Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC
La nouvelle Stratégie canadienne sur l’énergie nucléaire s’appuie sur l’héritage du pays en matière d’énergie nucléaire civile afin de renforcer la sécurité énergétique, de soutenir la politique industrielle et d’accroître les perspectives d’exportation.
Voici six constats qui illustrent l’ampleur et la profondeur des nouvelles ambitions nucléaires du Canada :
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Nouveaux réacteurs : La stratégie prévoit la construction d’un maximum de dix nouveaux grands réacteurs — dont deux en chantier d’ici 2035 et cinq autres planifiés d’ici 2040 —, ainsi que le déploiement d’au moins un réacteur à l’extérieur de l’Ontario, actuel bastion de l’énergie nucléaire au Canada, d’ici 2035. Elle vise également la mise au point d’une version modernisée du réacteur CANDU d’ici 2030 et le doublement de la main-d’œuvre du secteur nucléaire.
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Une approche fondée sur des parcs de réacteurs : La stratégie concentre les efforts réglementaires, industriels et de construction autour de modèles de réacteurs précis pour chaque usage. Cette approche vise à uniformiser les déploiements, à réduire les coûts et à bâtir une expérience de réalisation à grande échelle.
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Une approche « Équipe Canada » : La stratégie met l’accent sur les exportations nucléaires et préconise une approche concertée à l’échelle du pays. Elle poursuit plusieurs objectifs : implanter la technologie CANDU dans au moins quatre nouveaux marchés d’ici 2040, accompagner de six à dix pays nouveaux venus dans le nucléaire, et obtenir une part des chaînes logistiques d’au moins cinq projets internationaux ne reposant pas sur la technologie CANDU. La création d’un cadre dédié au financement des exportations et à la commercialisation vise à permettre au Canada de rivaliser sur le terrain du financement souverain, un facteur déterminant dans les exportations de technologies nucléaires.
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Miser sur l’uranium : Le Canada est le deuxième producteur mondial d’uranium, et les réacteurs CANDU fonctionnent à l’uranium naturel, ce qui les soustrait à la dépendance envers les chaînes logistiques en uranium enrichi, largement dominées par la Russie. La stratégie vise à doubler les exportations d’uranium d’ici 2035. Bien que les réacteurs actuellement en exploitation au Canada ne nécessitent pas d’uranium enrichi, le futur parc canadien de petits réacteurs modulaires (PRM) aura besoin de combustible enrichi. La stratégie indique que cette question est toujours à l’étude, tout en précisant que l’approvisionnement en combustible sera assuré pour les réacteurs qui en auront besoin.
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Miser sur l’innovation : La fusion nucléaire, un microréacteur de pointe destiné aux applications de défense ainsi qu’un renforcement des capacités en matière d’isotopes médicaux figurent également parmi les composantes clés de la stratégie.
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Les prochaines étapes : La mise en œuvre de la stratégie dépendra principalement du financement, des chaînes logistiques et des compétences des différentes administrations. La politique fédérale de financement, qui doit préciser les modalités d’intervention, n’est pas attendue avant avril 2027. La stratégie vise par ailleurs à attirer des capitaux privés et des investissements provenant des caisses de retraite, des sources de financement qui se sont jusqu’à présent révélées difficiles à mobiliser pour les projets nucléaires occidentaux. Sur le plan des chaînes logistiques, les capacités de production d’eau lourde, qui ont été abandonnées dans les années 1990, devront être rétablies, tout comme les capacités de fabrication de pièces forgées de grande dimension et de matériaux de qualité nucléaire. Enfin, ce sont les provinces, et non Ottawa, qui choisissent les technologies à déployer et qui assument la gestion de leurs retombées en aval. Le rôle du gouvernement fédéral consiste essentiellement à donner des orientations et à contribuer à l’atténuation des risques.
Conversations
➔ Le Canada peut-il construire davantage de logements et renforcer ses infrastructures de défense tout en respectant ses objectifs climatiques ? John Stackhouse, de RBC, livre quelques réflexions sur ce triple défi qui sera bientôt mis à l’épreuve alors que le Canada s’engage dans une nouvelle phase d’expansion résidentielle.
➔ Quand les municipalités ripostent.Illustrant la montée des préoccupations municipales à l’égard des centres de données, les conseillers municipaux de Hamilton, en Ontario, ont unanimement suspendu un projet de centre de données, invoquant ses répercussions potentielles sur l’environnement, l’utilisation de l’eau et l’abordabilité. La conseillère municipale Nrindr Nann, à l’origine de l’initiative, a indiqué que 21 autres conseils municipaux ont demandé à recevoir sa motion.
➔ 25 % d’ici 2035. Il s’agit du nouvel objectif climatique proposé par la présidence turque de la COP31 visant à réduire l’intensité de la consommation énergétique dans le secteur du bâtiment d’ici 2035. Cet objectif pourrait trouver un écho favorable et contribuer à créer un nouvel élan, alors que la hausse des coûts de l’électricité est devenue un enjeu majeur tant pour les entreprises que pour les consommateurs.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Jordan Brennan, John Intini, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.
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Bulletin d’information sur le climat
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