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IA, technologie et innovation

L’intelligence artificielle pour le bien commun : conversation avec Foteini Agrafioti

John Stackhouse discute avec Foteini Agrafioti, scientifique en chef de RBC et chef de Borealis AI.

D’une navette spatiale paralysée aux rues de la ville, les technologies qui reproduisent le monde physique redéfinissent notre façon de construire, de se déplacer et de planifier.

En avril 1970, un réservoir à oxygène a explosé à bord d’Apollo 13, à environ 330 000 kilomètres de la Terre. Les ingénieurs de la NASA sur Terre n’avaient aucun moyen d’atteindre physiquement la navette spatiale. Ils pouvaient toutefois transmettre les données télémétriques reçues en temps réel de la navette dans un parc de simulateurs à Houston, reconfigurer ces modèles pour reproduire les dommages subis et mettre à l’essai des stratégies de survie avant de communiquer des instructions à l’équipage. La solution élaborée a fonctionné et les astronautes ont pu rentrer à la maison. Bien que personne ne l’ait appelé ainsi à cette époque, le centre de contrôle venait de démontrer le principe fondamental de ce qui allait plus tard être connu sous le nom de « jumeau numérique ».

Le Dr Michael Grieves a officialisé le concept à l’Université du Michigan en 2002, et John Vickers, de la NASA, a inventé le terme en 20101. Cependant, le principe sous-jacent était déjà clair : construire une réplique virtuelle d’un objet physique, la maintenir synchronisée avec des données réelles, et l’utiliser pour explorer des questions qu’il serait dangereux ou coûteux de tester sur l’objet réel.

Un jumeau numérique diffère d’une simulation ordinaire sur un point essentiel : il est continuellement mis à jour. Une simulation modélise ce qui a été conçu, tandis qu’un jumeau reflète ce qui existe à l’instant. Il suffit de l’alimenter avec les données des capteurs d’un moteur à réaction, d’une éolienne ou d’un système de ventilation d’hôpital pour qu’il devienne un modèle dynamique capable de signaler une défaillance imminente, de tester un changement de configuration ou de prévoir la demande trois heures à l’avance. Cette distinction fait évoluer le processus décisionnel, passant de l’analyse rétrospective à l’anticipation en temps réel.

McKinsey estime que 70 % des cadres responsables de la technologie au sein des grandes entreprises étudient les jumeaux numériques ou investissent dans ceux-ci, et que cette technologie peut améliorer l’efficience des infrastructures du secteur public jusqu’à 30 %2. Le marché mondial, évalué à environ 36 milliards de dollars américains en 2025, devrait dépasser les 329 milliards de dollars d’ici 2033, avec un taux de croissance annuel composé de 31 %3.

La NASA a pu jumeler une navette spatiale, car elle disposait d’un centre de contrôle dédié. Pour transposer ce concept à une usine, à un réseau électrique ou à une ville, il fallait quelque chose qui n’existait pas en 1970 : une multitude de capteurs bon marché reliés à un réseau. Cette infrastructure est apparue avec l’internet des objets (IdO). On compte aujourd’hui plus de 21 milliards d’appareils connectés à l’IdO dans le monde, un chiffre qui augmente d’environ 14 % par an et qui devrait atteindre 39 milliards d’ici 20304. Chaque appareil (qu’il s’agisse d’un manomètre sur une canalisation, d’un magnétomètre intégré à la chaussée ou d’une caméra installée à un carrefour) génère des données télémétriques en continu qui alimentent un jumeau numérique.

Le champ d’application des jumeaux numériques est très vaste. Dans le secteur de l’énergie, Siemens Energy a créé des jumeaux numériques de composantes de turbines à gaz à l’aide de réseaux neuronaux sur la plateforme Omniverse de NVIDIA, accélérant ainsi de 10 000 fois5 la simulation des actifs du réseau électrique et permettant une maintenance prédictive qui pourrait faire économiser 1,7 milliard de dollars par année aux fournisseurs d’énergie6. SP Group, l’opérateur national du réseau de Singapour, teste actuellement un jumeau numérique qui modélise en temps réel les conditions de l’ensemble du réseau électrique, une initiative indispensable alors que le pays vise à multiplier par dix sa part d’énergies renouvelables d’ici 20357.

Dans le secteur de la production, une réplique numérique complète de l’usine BMW de Regensburg existe au sein de la plateforme Omniverse de NVIDIA. Les ingénieurs peuvent y optimiser l’emplacement des robots et mettre à l’essai les nouveaux modèles de voitures sur une chaîne de montage virtuelle sans interrompre la production. Helsinki utilise un jumeau à l’échelle de la ville pour modéliser l’incidence du remplacement des systèmes de chauffage dans certains quartiers sur les émissions de CO₂ et son objectif de carboneutralité en 2030. Le jumeau de Rotterdam simule les ondes de tempête afin de prendre des décisions proactives concernant l’exploitation des écluses et des barrages. Dans le secteur des soins de santé, 66 % des dirigeants s’attendent à une hausse des investissements dans les jumeaux numériques au cours des trois prochaines années, avec des applications allant de la modélisation des activités hospitalières à l’essai virtuel des médicaments, en passant par la planification des opérations chirurgicales8.

Ces cas présentent tous un élément commun : un actif ou un système jugé trop complexe, trop coûteux ou trop dangereux pour faire l’objet d’expérimentations directes qui se voit attribuer une version virtuelle alimentée par des données en temps réel. Le jumeau absorbe alors le risque lié aux essais et aux erreurs.

La circulation urbaine est un exemple particulièrement parlant de mise en application de cette technologie. En Ontario, le coût économique et social des embouteillages a été estimé à 56,4 milliards de dollars canadiens en 2024, et devrait avoisiner les 108 milliards de dollars canadiens d’ici 204410. La logique du jumeau numérique (percevoir, modéliser, anticiper, agir) appliquée au carrefours permet aux ingénieurs de la circulation de voir comment les feux de signalisation, les véhicules, les cyclistes et les piétons se comportent réellement, plutôt que de se fier uniquement à un plan de synchronisation.

Pour découvrir un exemple canadien de cette approche déployée à l’échelle mondiale, écoutez l’épisode de la série Les innovateurs RBC consacré à Miovision, une entreprise établie à Kitchener dont la plateforme de capteurs et d’analyse est actuellement utilisée sur plus de 170 000 intersections routières dans 68 pays. Les travaux de Miovision illustrent parfaitement comment les principes de jumeau numérique, issus de l’aérospatiale et de l’industrie lourde, peuvent être transposés aux réseaux routiers urbains. Ils démontrent aussi comment une jeune entreprise canadienne peut redéfinir son domaine en exploitant un élément aussi banal qu’un feu de signalisation.

  • La convergence des jumeaux numériques et de l’IA générative. Les pratiques opérationnelles de McKinsey font état d’une évolution des jumeaux : d’abord chargés de surveiller et de prévoir, ils sont désormais capables de formuler des recommandations et, de plus en plus, d’agir de manière autonome.

  • L’émergence d’écosystèmes jumeaux. Par exemple, le jumeau numérique d’une usine échangeant des données avec les jumeaux des composantes fournies et le jumeau du réseau électrique qui l’alimente. L’interopérabilité, les modèles communs de données, les interfaces partagées et les pistes d’audit certifiées détermineront quelles plateformes créeront de la valeur à long terme.

La logique d’ensemble est bien connue des ingénieurs de la NASA. Quand il est impossible d’accéder à un objet physique, ou que toute intervention sans simulation préalable s’avère trop coûteuse, il vaut mieux construire un modèle, le calibrer à l’aide de données réelles et le laisser anticiper les mesures à prendre. La technologie a dépassé le cadre de l’aérospatiale, mais le principe n’a pas changé.

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John Stackhouse discute avec Foteini Agrafioti, scientifique en chef de RBC et chef de Borealis AI.

Cet article est un compagnon de l’épisode Disruptors sur la façon dont la plate-forme Wikipédia a construit la crédibilité grâce à la communauté, la transparence et un engagement partagé à la neutralité – Confiance à l’échelle : leçons de Wikipédia

La relation que les gens entretiennent avec les institutions a changé. Dans les pays de l’OCDE, davantage de gens se disent méfiants plutôt que confiants envers leur gouvernement national. Au Canada, seulement 48 % affirment faire confiance au gouvernement fédéral, comparativement à près de 60 % avant la pandémie1. Selon un sondage d’Ipsos, la confiance envers la capacité du gouvernement à agir de manière juste est passée de 58 % en 2019 à 43 % en 20222. Par ailleurs, l’indice CanTrust 2025 révèle que seulement 17 % des Canadiens font confiance aux politiciens, soit le niveau le plus bas en dix ans, et que six personnes sur dix estiment que les partis politiques sont des sources de division3.

Les médias sociaux et le contenu généré par l’IA ont accéléré cette tendance. Près de la moitié des Canadiens croient désormais que l’IA rendra les sources d’information moins fiables. Les algorithmes favorisent l’indignation au détriment de l’exactitude, inondant le débat public de contenus polarisants et de bruit généré par l’IA. Comme l’a souligné Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, lors d’un récent épisode du balado Les innovateurs RBC, les plateformes encouragent de mauvais comportements en raison de l’engagement qu’ils suscitent : « les comportements provocateurs génèrent davantage d’interactions »4.

Dans son plus récent ouvrage, Seven Rules of Trust—A Blueprint for Building Things That Last (Les sept règles de la confiance : un plan pour construire des choses qui durent), Jimmy Wales s’intéresse à la crise mondiale de la crédibilité et des connaissances.Ces deux éléments se raréfient : selon le Baromètre de confiance Edelman 2026, 73 % des Canadiens se disent réticents à faire confiance à des personnes ayant des valeurs ou des sources d’information différentes5.

Les conséquences de cette méfiance sont nombreuses et concrètes. Lors des élections de 2023 en Slovaquie, un hypertrucage audio imitant un chef de parti politique est devenu viral pendant une période de silence électoral imposée par la loi, privant les journalistes d’une possibilité de réaction6. Aux États-Unis, un appel automatisé généré par l’IA et imitant le président Joe Biden a exhorté les électeurs du New Hampshire à rester chez eux lors de la primaire de 20247. Des incidents similaires sont survenus au Bangladesh, en Turquie et en Inde. Le German Marshall Fund a recensé 133 cas d’hypertrucage liés à des élections dans des dizaines de pays8.

Wikipédia est un modèle particulièrement instructif. Cette encyclopédie en ligne gratuite compte plus de sept millions d’articles en anglais, environ 283 000 contributeurs actifs et des milliards de pages consultées chaque année, le tout avec le budget d’un organisme sans but lucratif. Pour de nombreux utilisateurs, il s’agit d’une source de référence pour des sujets variés, allant de l’histoire d’entreprises à des faits insolites ou à des sujets peu connus.

Malgré sa diversité, la plateforme est loin d’être parfaite : des détracteurs soulignent des biais idéologiques, des écarts entre les sexes parmi les contributeurs et un risque de manipulation rémunérée. Toutefois, comme l’a souligné Jimmy Wales lors du balado, Wikipédia est passée « d’une plateforme autrefois perçue comme peu crédible à l’une des rares sources auxquelles les gens font confiance ».

Cela s’explique par sa structure. Le modèle de Wikipédia repose sur « la responsabilisation plutôt que le contrôle d’accès », a mentionné Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC9. « Toutes vos modifications sont visibles par tous. » Chaque source peut être vérifiée, les désaccords sont traités sur des pages de discussion publiques et les corrections surviennent en temps réel.

La réflexion de Jimmy Wales a été influencée dès le départ par l’argument du philosophe Friedrich Hayek, lauréat d’un prix Nobel, concernant la décentralisation des connaissances, selon lequel la prise de décision est plus efficace au niveau des utilisateurs finaux qu’à celui d’une hiérarchie centrale. Selon Jimmy Wales, les Notes de la communauté de la plateforme X sont une application prometteuse du même principe : donner davantage de pouvoir aux utilisateurs plutôt que de s’en remettre à une modération centralisée.

Des travaux de recherche remontant à l’étude de Knack et Keefer (1997) confirment que la confiance est un facteur mesurable de la croissance10. Une analyse d’Ira Kalish, économiste en chef mondial chez Deloitte, rend ce mécanisme concret : une hausse de la confiance entraîne une augmentation des investissements en immobilisations des entreprises et améliore la productivité grâce à des investissements de meilleure qualité, à l’accumulation de capital humain et à une plus grande internationalisation11.

Selon les modélisations du cabinet, une augmentation de dix points de pourcentage de la proportion de personnes qui font confiance au sein d’un pays se traduirait par une hausse d’environ un demi-point de pourcentage de la croissance annuelle du PIB par habitant ; il s’agit d’un gain appréciable dans un contexte où la croissance mondiale s’établissait en moyenne à 2,2 % entre 2015 et 2019.

Il n’existe pas de solution unique pour rétablir la confiance dans la gouvernance des entreprises et du secteur public. Toutefois, comme l’a mis en évidence la discussion avec Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC, la confiance n’est pas un simple principe abstrait. Sa reconstruction sera progressive, inégale et continue. En revanche, le coût de l’inaction est déjà mesurable.

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John Stackhouse discute avec Foteini Agrafioti, scientifique en chef de RBC et chef de Borealis AI.

Cet article s’ajoute à l’épisode « Les innovateurs » qui porte sur la technologie sportive : La technologie remporte l’or : comment le Canada peut rebâtir son bassin olympique.

Le 1er novembre 1959, trois minutes après le début d’un match au Madison Square Garden, un tir d’Andy Bathgate, attaquant des Rangers de New York, a fracturé le nez de Jacques Plante. Le gardien des Canadiens de Montréal a quitté la glace, a reçu plusieurs points de suture et est revenu en portant un masque en fibre de verre qu’il avait lui-même moulé. Montréal a gagné 3-1 et a ensuite enchaîné une série de 18 matchs sans défaite. Dès lors, Plante refusa de jouer sans masque. En l’espace d’une décennie, tous les gardiens de but de la ligue avaient emboîté le pas. Plante ne cherchait pas à perturber quoi que ce soit. Il avait simplement décidé que le fait d’arrêter une rondelle gelée avec son visage était un problème qui valait la peine d’être résolu. Depuis, faire preuve d’initiative – cerner un problème, mettre au point une solution et laisser les résultats parler d’eux-mêmes – fait partie du sport canadien.

Évalué à environ 19 milliards de dollars américains en 2024, le marché mondial de la technologie sportive enregistre une croissance annuelle d’environ 20 %. Le Canada détient une part de marché de 450 millions de dollars américains, soit un peu plus de 3 %, et son taux de croissance annuel est de près de 19 %, ce qui le place parmi les marchés nationaux les plus dynamiques. Pourtant, en matière de financement, le Canada considère le sport et les technologies sportives comme une dépense discrétionnaire. Comme le soulignait David Shoemaker, directeur général du Comité olympique canadien, dans un récent épisode de la série Les innovateurs, les pays comparables « investissent cinq, six, voire dix fois plus que [le Canada] au niveau fédéral ». À elle seule, l’Allemagne investit « environ un milliard de dollars par année dans le sport ».

Le laboratoire Future of Sport de l’Université métropolitaine de Toronto, lancé avec Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE) en 2015, est l’un des premiers incubateurs de technologie sportive d’Amérique du Nord et a contribué au lancement d’entreprises qui ont collectivement amassé plus de 100 millions de dollars.

Parmi celles-ci figure la société montréalaise Sportlogiq, cofondée par Craig Buntin, ancien patineur artistique olympique, qui a mis au point une technologie d’analyse sportive alimentée par l’IA, maintenant utilisée par presque toutes les équipes de la LNH. On peut également parler de Rapsodo et de 3Motion AI, qui mettent des outils d’entrainement biomécanique entre les mains des athlètes évoluant dans des clubs et des entraîneurs locaux. Ces outils sont maintenant accessibles à partir d’un appareil portatif ou d’une application pour téléphone intelligent.

Le problème avec le secteur des technologies sportives au Canada n’a jamais été ce qui est développé. C’est plutôt ce qui se passe ensuite. En janvier 2026, Sportlogiq a été acquise par Teamworks, une société établie aux États-Unis. Fondée à Halifax, la société Kinduct, dont la plateforme de gestion des athlètes était utilisée par plus de 550 équipes et organisations dans le monde entier, a été rachetée en 2020 par la société mCube, basée dans la Silicon Valley, dans le cadre de ce que son fondateur a qualifié de plus importante cession dans le secteur de la technologie sportive.

Le schéma est bien connu : les fonds publics consacrés à la recherche permettent de lancer l’entreprise, qui fait ses preuves à l’échelle mondiale avant d’être rachetée par des investisseurs étrangers qui fournissent l’infrastructure commerciale dont le Canada ne dispose pas. La même tendance émerge dans le domaine du capital humain. Dans Les innovateurs, Jennifer Heil, cheffe de mission canadienne aux Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan-Cortina et fondatrice d’une jeune entreprise technologique a décrit un « véritable exode des cerveaux » dans le sport de haut niveau, les meilleurs scientifiques et nutritionnistes s’installant aux États-Unis parce que « nous n’avons pas les moyens de les payer à l’heure actuelle ».

Les trois quarts des médaillés canadiens aux Jeux de Milan-Cortina étaient âgés de 30 ans ou plus. Le bassin de talents s’amenuise : chez Patinage de vitesse Canada, l’équipe pour la Coupe du monde est passée de 24 à 16 patineurs. Près de la moitié des familles canadiennes jugent que le sport organisé est trop cher, et les athlètes de niveau national déboursent jusqu’à 25 000 $ pour représenter leur pays.

La technologie sportive peut s’attaquer directement au problème. Lorsque la gymnaste Marion Thénault, 17 ans, a été repérée pour le Camp des recrues RBC, elle n’avait aucune expérience en ski ; en cinq ans, elle a remporté la médaille de bronze olympique. Un processus de repérage des talents assisté par l’intelligence artificielle pourrait permettre de reproduire ce type de découverte à grande échelle, en touchant des communautés que le recrutement traditionnel ne parviendra jamais à atteindre.

M. Shoemaker imagine ce que cela donnerait grâce à l’IA : « Montrez-nous comment vous sautez, courez ou lancez, et nous vous dirons dans quel sport vous devriez vous inscrire à votre club local. » La jeune entreprise de M. Heil, Revel, repose sur l’idée que l’intelligence artificielle peut « démocratiser l’accès » à des connaissances d’élite sur l’entraînement, auparavant réservées aux athlètes olympiques.

Et en veillant à ce que les entreprises qui développent ces outils restent sous contrôle canadien, on s’assure que les retombées (emplois, propriété intellectuelle, revenus générés par les plateformes) restent ici aussi.

Le secteur dispose des entreprises et des infrastructures de recherche nécessaires. Il lui manque toutefois les capitaux nationaux pour permettre aux entreprises de se développer sur le marché intérieur, ainsi qu’une stratégie nationale visant à mettre ces produits à la disposition des jeunes athlètes qui en ont besoin.

Cet écart est visible au sein même du système public : les organismes nationaux de sport n’ont pas vu leur financement de base augmenter depuis 2005 et M. Shoemaker souligne que certains athlètes doivent désormais s’acquitter de frais d’inscription pouvant atteindre 30 000 $. Une stratégie nationale en matière de technologie sportive pourrait considérer les données, les infrastructures et la détection des talents comme des investissements à long terme.

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John Stackhouse discute avec Foteini Agrafioti, scientifique en chef de RBC et chef de Borealis AI.

Ce qu’il faut savoir sur ce domaine en pleine expansion, capable de résoudre les problèmes plus rapidement qu’un super-ordinateur

L’informatique quantique est en train de passer d’un défi de physique intéressant à une solution stratégique potentielle pour les entreprises du monde entier. Le marché mondial de la technologie quantique devrait atteindre 97 milliards de dollars américains d’ici 2035. Le Canada, qui dispose d’une importante base de recherche et d’un petit nombre d’entreprises qui cherchent à transformer cet avantage scientifique en capacité industrielle, est bien placé pour tirer parti de cette évolution.

Les ordinateurs quantiques ne remplacent pas les machines classiques. Ce sont des outils spécialisés pour résoudre des problèmes que même les meilleurs super-ordinateurs actuels ne sont pas en mesure de traiter. En 2024, la puce Willow de Google a effectué en moins de cinq minutes un calcul de référence qui prendrait environ 10 septillions d’années à un super-ordinateur de pointe – bien au-delà de l’âge de l’univers.

Un ordinateur classique teste les possibilités une par une, au moyen de bits binaires (0 ou 1). Un ordinateur quantique, lui, utilise des qubits (ou bits quantiques), qui maintiennent simultanément de nombreuses possibilités (superposition). Il relie les différentes parties du problème afin qu’elles évoluent ensemble (intrication ou enchevêtrement) et exploite des phénomènes d’annulation et de renforcement pour faire disparaître les mauvaises réponses et faire ressortir les bonnes (interférence).

Elle peut résoudre des problèmes qu’aucun ordinateur classique ne peut traiter. Selon Bain & Company, l’informatique quantique pourrait générer jusqu’à 250 milliards de dollars de valeur dans les secteurs de la pharmaceutique, de la finance, de la logistique et de la science des matériaux. Prenons l’exemple de la découverte de médicaments : la mise en marché d’un médicament peut coûter jusqu’à 4 milliards de dollars et prendre plus d’une décennie, sans compter qu’environ 90 % des essais de médicaments échouent. Les ordinateurs quantiques peuvent simuler les interactions moléculaires au niveau atomique – ce que les machines classiques ne peuvent qu’approximer – réduisant fortement les délais.

Le compte à rebours en matière de sécurité a déjà commencé. Le risque le plus immédiat pour les entreprises est celui d’obtenir l’information chiffrée nécessaire et de la déchiffrer plus tard : les concurrents recueillent des données chiffrées aujourd’hui, mais attendent de disposer des capacités quantiques pour les déchiffrer rétroactivement. Pour le National Institute of Standards and Technology (NIST), la National Security Agency (NSA) et le Centre canadien pour la cybersécurité, il s’agit-là d’une menace réelle qui nécessite des mesures. Si votre entreprise détient des données à longue durée de vie (dossiers médicaux, recherche exclusive, propriété intellectuelle industrielle), la fenêtre de vulnérabilité est déjà ouverte.

La puissance quantique canadienne se construit depuis des décennies. En 25 ans, la « Vallée quantique » de Waterloo, vaste écosystème composé notamment de l’Institut Périmètre et de l’Institut d’informatique quantique, a attiré plus de 1,5 milliard de dollars d’investissements et a formé plus de 3 500 spécialistes en physique quantique.

Le défi est de conserver cet avantage au pays. En décembre 2025, Ottawa a lancé le Programme des champions quantiques canadiens, qui investit 92 millions de dollars dans quatre sociétés : Xanadu (Toronto), Nord Quantique (Sherbrooke), Photonic (Vancouver) et Anyon Systèmes (Montréal). Ce programme s’inscrit dans le cadre de l’engagement de 334,3 millions de dollars sur cinq ans du gouvernement en faveur du secteur quantique.

Les résultats prévus : selon une estimation, le secteur pourrait contribuer de plus de 3 % au PIB du Canada d’ici 2045, rivalisant avec l’aérospatiale, et soutenir plus de 200 000 emplois.

Un qubit conserve son état quantique durant une période infime, généralement environ 100 microsecondes pour le matériel de pointe actuel, ce qui suffit pour effectuer une centaine d’opérations avant que l’information ne disparaisse. C’est comme résoudre une équation complexe sur un tableau blanc qui s’efface chaque fraction de seconde.

Pour compenser, les ingénieurs utilisent la correction d’erreur : des qubits redondants qui vérifient et protègent le calcul. Mais la création d’un seul « qubit logique » stable peut nécessiter des milliers de qubits physiques, bien plus que ce que n’offrent les machines actuelles. C’est là que tout se joue : Google, Microsoft et Xanadu, au Canada, rivalisent pour résoudre le défi de la correction d’erreur à grande échelle et faire des percées dans la simulation moléculaire, la cryptographie et l’optimisation que les ordinateurs classiques ne peuvent pas atteindre. 

  • Échéances de la cryptographie post-quantique : la feuille de route du Canada pour les services publics requiert des plans de migration d’ici avril 2026, des systèmes hautement prioritaires à résistance quantique d’ici 2031 et une migration complète d’ici 2035. Ces dates auront des répercussions sur les contrats avec les fournisseurs et les chaînes logistiques.

  • Attrait commercial prometteur : les projets pilotes voient le jour dans les domaines de la découverte de médicaments, de la science des matériaux et de l’optimisation financière. Si cette technologie s’avère systématiquement plus avantageuse que les méthodes traditionnelles, elle aura franchi un cap décisif.

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