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À la conquête de l’espace : L’économie spatiale du Canada représente une occasion de 21 milliards de dollars

Cet éditorial a été publié initialement dans le Toronto Star


Le Canada est entré dans une nouvelle ère spatiale.

Le gouvernement Carney a annoncé un engagement historique de 528,5 millions de dollars en faveur des programmes de l’Agence spatiale européenne (ESA), lesquels reviendront entièrement aux entreprises canadiennes, leur permettant ainsi de nouer des partenariats plus solides avec des entreprises et des projets européens dans les domaines de l’espace et de la défense.

Il montre ainsi à la planète que le Canada souhaite redevenir un acteur majeur dans l’espace et collaborer avec des alliés autres que les États-Unis.

Un grand pas pour le Canada, certes, mais comparé aux investissements spatiaux bien plus importants que font d’autres pays, cela reste un petit pas pour l’humanité. Pour redevenir un acteur majeur dans l’espace, le Canada doit faire beaucoup plus — et agir rapidement. Pour prospérer dans cette nouvelle ère spatiale, nous aurons besoin de beaucoup plus de capital privé et d’entrepreneurs que ce que notre pays a connu jusqu’à présent. Il nous faut attirer et retenir les investisseurs spatiaux (et il y en a bien plus qu’Elon Musk), et faire en sorte qu’ils génèrent du capital, des idées, des technologies et des emplois à forte valeur ajoutée au Canada — un défi que d’autres puissances spatiales émergentes, de l’Inde au Japon en passant par l’Allemagne, ont déjà relevé.

Notre nouveau rapport, Une orbite supérieure : élaboration et financement d’une stratégie spatiale canadienne plus ambitieuse (en anglais), récemment publié par Leadership avisé RBC, décrit ce nouvel impératif spatial pour le Canada. On ne peut trop insister sur ce point : notre souveraineté, la défense de l’Arctique, nos capacités technologiques et nos perspectives économiques sont toutes en jeu, à différents degrés. En effet, à une époque où le Canada regarde vers le nord, l’ouest et l’est, il est crucial de lever aussi les yeux — et avec une ambition bien plus grande.

Commençons par reconnaître le terrain que nous avons perdu. Le Canada a été la troisième nation à aller dans l’espace, dès les années 1960, et pendant longtemps un pionnier et un partenaire clé pour nos alliés. Puis nous avons dévié de notre trajectoire. Au cours de la dernière décennie, nos dépenses spatiales sont restées figées, surpassées par plusieurs autres nations.  Aujourd’hui, même les Pays-Bas consacrent une plus grande proportion de leur PIB à l’espaceque le Canada.

Le budget 2025 avait pour ambition de relancer, concrètement, les ambitions spatiales du Canada. Outre l’annonce de l’Agence spatiale européenne (ESA), le budget a prévu un investissement de 182,6 millions de dollars pour des capacités de lancement orbital sur notre sol, probablement pour la construction de deux ports spatiaux en Atlantique canadien. Rien d’autre n’a de réelle importance si nous ne pouvons pas envoyer nos propres fusées et véhicules dans l’espace. Tant que nous n’y parviendrons pas, nous serons à la merci des fusées de SpaceX et des autres pays, et soumis à leurs lois, à leurs délais et à leurs priorités.

Une fois que le Canada contrôlera ses propres lancements, nous prévoyons une décennie audacieuse, où nos satellites pourront se retrouver en tête du peloton dans les domaines de l’observation de la Terre et des communications. Ils seront nos yeux et nos oreilles dans l’Arctique, ainsi que pour défendre les intérêts canadiens partout dans le monde. Ils seront aussi essentiels dans l’évolution de nos alliances de sécurité et pour préserver notre souveraineté. C’est là où l’ardeur doit céder la place à la clairvoyance.

Au-delà de la défense nationale, nos recherches montrent un potentiel économique important, qui touche presque tous les secteurs. L’économie spatiale mondiale, dominée par les États-Unis et la Chine, devrait tripler pour atteindre 1,8 trillion de dollars américains au cours de la prochaine décennie. Le Japon, l’Allemagne, l’Inde, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis préparent tous des programmes spatiaux nationaux pour s’emparer d’une part de ce marché.

Les entreprises canadiennes doivent elles aussi relever la tête. Comme le dit l’adage, chaque entreprise est désormais une entreprise spatiale. Il en va de même pour chaque citoyen numérique. Que vous en soyez conscient ou non, vos données voyagent en moyenne 40 fois par jour en orbite basse, et en ce moment, cela n’est pas sécurisé, puisque des recherches récentes révèlent que les satellites pourraient diffuser jusqu’à la moitié de leur trafic par des canaux non chiffrés.

Les modèles de Leadership avisé RBC montrent qu’environ 12 milliards de dollars de nouveaux capitaux au cours de la prochaine décennie, ce qui pourrait générer plus de 20 milliards de dollars de revenus annuels pour l’industrie.

Pour y parvenir, nous aurons besoin d’une stratégie plus audacieuse. Cela commence par un plan d’approvisionnement qui précise au monde ce que nous sommes prêts à dépenser au cours des cinq à dix prochaines années. Si le Canada consacre 5 % de son engagement renforcé à l’OTAN pour l’espace, le gouvernement pourra prévoir 7,5 milliards de dollars par an pour les dépenses spatiales — une somme suffisante pour permettre au Canada de revenir dans le peloton des nations avancées, moins dépendantes des États-Unis et de la Chine. Sans un engagement à long terme, les investisseurs mondiaux, ceux qui peuvent faire croître cet investissement public, ne verront pas le Canada comme un acteur crédible.

Ensuite, la stratégie industrielle de défense à venir devra identifier les secteurs prioritaires dans le domaine spatial. Une grande partie de cela concernera des technologies dans lesquelles nous avons déjà une expertise, comme le radar à ouverture synthétique et la robotique spatiale, mais il faudra également inclure de nouveaux domaines, tels que les systèmes de contre-espace.

Outre les avantages en matière de sécurité et d’économie, les technologies de surveillance spatiale sont cruciales pour lutter contre le changement climatique, que ce soit face à la fonte des glaces, à l’évolution des systèmes hydriques ou des littoraux. Il est urgent que la technologie spatiale devienne un atout majeur dans notre capacité à prédire, à prévenir et à combattre les incendies de forêt, une capacité que nous pourrions également exporter à nos alliés.

Il y a également l’initiative d’acheter canadien. En réalité, nous avons la possibilité de faire davantage, et plus rapidement, dans l’espace que sur Terre. Nous disposons d’entreprises de renommée mondiale, allant des grandes entreprises, comme MDA Space de Brampton et Telesat d’Ottawa, aux innovateurs en forte croissance, comme Kepler de Toronto et GHGSat de Montréal, qui peuvent tous s’adapter plus rapidement aux marchés mondiaux.

Récemment, lors de l’événement SpaceBound, le forum annuel organisé par Space Canada, les ministres David McGuinty (défense) et Mélanie Joly (industrie) nous ont fait part des ambitions du gouvernement concernant l’espace. Les deux ministres, accompagnés de hauts responsables militaires, ont fait passer ce message au Forum de la sécurité de Halifax.

À Ottawa, nous avons aussi organisé une table ronde privée avec des entreprises et des investisseurs qui ont exprimé la nécessité de faire bien plus. Les investisseurs canadiens, qu’il s’agisse de fonds de capital-investissement ou de fonds de pension, doivent perfectionner leurs compétences en matière d’espace, comme nous le voyons avec les investisseurs institutionnels aux États-Unis et en Europe. Les institutions financières fédérales, telles qu’Exportation et développement Canada et la Banque de développement du Canada, doivent accorder une plus grande priorité à l’espace dans leurs nouvelles stratégies de financement pour la défense. De plus, nos collèges et universités, qui ont toujours soutenu l’innovation spatiale, doivent renforcer leurs efforts tant dans la commercialisation de la recherche que dans la formation de la prochaine génération de pionniers de l’espace.

Le moment est venu de le faire. Quand Jeremy Hansen se joindra à la mission Artemis II vers la Lune cet hiver, il deviendra le premier non-Américain à quitter l’orbite terrestre. Ce sera un moment clé pour tous les Canadiens, un moment pour nous dire à nous-mêmes et au monde que nous allons faire de la place pour le Canada. Il suffit de lever les yeux.

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