Dans le numéro de cette semaine : Trois secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens, comment une idée intelligente peut aider à atténuer le problème chinois des producteurs de canola, et pourquoi ce sont les infrastructures, et non les politiques, qui pourraient nous freiner.
Comment remettre les pendules à l’heure avec le Mexique
Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC
Six mois après le début de la guerre commerciale déclenchée par le président Trump, alors qu’aucun accord n’est en vue, le Canada a de bonnes raisons d’approfondir son partenariat avec le Mexique. (Et, si l’on en juge par plusieurs déplacements récents vers le sud, les gouvernements fédéral (en anglais) et albertain (en anglais) sont d’accord.)
Bien qu’il s’agisse du troisième partenaire commercial du Canada, le Mexique représente moins de 4 % des échanges commerciaux mondiaux de marchandises du Canada, dont la majeure partie est constituée d’importations. En 2024, le Canada n’a expédié que pour 9 milliards de dollars de marchandises au Mexique, tandis qu’il a importé pour 47 milliards de dollars de marchandises mexicaines.
Que l’on ne s’y trompe pas : aucun pays ne saurait supplanter les États-Unis en termes d’importance commerciale pour le Canada. Mais nous percevons trois grands secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens.
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Construire des ponts et des infrastructures. Les huit grands régimes de retraite canadiens, qui disposent au total de plus de 2 000 milliards de dollars d’actifs, comptent parmi les plus importants au monde et possèdent une expertise dans les grands projets d’infrastructure tels que les pipelines, les chemins de fer et les capacités portuaires. C’est exactement ce dont le Mexique a besoin : du capital patient et une expertise en matière de financement. Le capital canadien est une source d’influence financière qui pourrait être mise à profit pour faire progresser les intérêts géopolitiques et commerciaux et renforcer les liens commerciaux. L’investissement du Canadian Pacific Kansas City (CPKC) Rail dans le pont ferroviaire international Patrick J. Ottensmeyer, un projet de 100 millions de dollars lancé au début de l’année qui a recours à une technologie innovante pour améliorer la mobilité des marchandises sur le continent à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, en est un bon exemple.
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Stimuler le commerce bilatéral. Plusieurs des industries exportatrices (en anglais) du Canada, notamment l’énergie, l’acier et l’aluminium, le cuivre, l’agroalimentaire, le bois d’œuvre résineux, les pâtes et papiers et les plastiques, font intervenir des produits importés (en anglais) de ce pays de 130 millions d’habitants. L’amélioration des flux commerciaux, garantie par l’actuel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), pourrait aider plusieurs de nos secteurs en difficulté à trouver une forme de soulagement.
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Faire front commun au sujet de l’ACEUM. Si les États-Unis demeureront la pierre angulaire du commerce nord-américain, le Canada et le Mexique doivent se préparer à l’examen conjoint de l’ACEUM, officiellement prévu pour 2026, mais qui pourrait survenir plus tôt. Plutôt que de se laisser opposer l’un contre l’autre, comme le président Trump l’a fait avec succès jusqu’à présent, le Canada et le Mexique pourraient, grâce à une coordination diplomatique, affirmer les mécanismes du traité et garantir l’accès en franchise de droits aux marchandises conformes à l’ACEUM. Il importe de gérer les aspects que représentent les irritants commerciaux dans des secteurs spécifiques (comme la gestion de l’offre) et le transbordement des marchandises chinoises. Le commerce venant s’inscrire dans un cadre plus vaste qui englobe la sécurité des frontières, la défense, les infrastructures et l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement, les trois pays peuvent améliorer leur situation en approfondissant leur coopération et en garantissant un commerce équilibré et mutuellement avantageux au sein du bloc.
Faits saillants de la semaine sur le plan du commerce
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Les droits de douane imposés par la Chine sur les exportations canadiennes de graines de canola ont incité le gouvernement à limiter les importations d’huile végétale (en anglais). Le chef conservateur Pierre Poilievre exige également que le gouvernement Carney annule un prêt d’un milliard de dollars (en anglais) consenti à BC Ferries pour l’achat de navires construits en Chine.
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La Chine a également intenté une action en justice contre les restrictions à l’importation (en anglais) d’acier imposées par le Canada.
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Le gouvernement de l’Ontario met en place un programme de prêts d’urgence (en anglais) d’un milliard de dollars destiné aux entreprises admissibles des secteurs de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile touchés par les droits de douane américains.
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Les répercussions de la guerre commerciale commencent à se faire sentir sur les prix de gros aux États-Unis, qui ont augmenté de 3,3 % (en anglais) en juin par rapport à l’année précédente, soit la plus forte hausse depuis février.
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Dans le but de relocaliser une partie de sa production et de créer 1 000 emplois aux États-Unis, la société GE Appliances va investir 3 milliards de dollars (en anglais) dans ses usines américaines au cours des cinq prochaines années.
Le canola pris entre deux feux
Par Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC
La crise du canola au Canada s’aggrave. Pékin a imposé des droits de douane de 75,8 % sur la culture la plus lucrative du Canada après une enquête préliminaire qui en est venue à la conclusion qu’Ottawa accordait des subventions et un traitement préférentiel à ses agriculteurs.
La taxe sur les graines de canola s’ajoute aux droits de douane de 100 % déjà en vigueur sur l’huile et les farines de canola canadiennes. En avril dernier, la Canadian Canola Growers Association (CCGA) nous avait indiqué que les agriculteurs gelaient leurs investissements, craignant que des droits de douane sur les graines de canola ne soient la « goutte d’eau qui ferait déborder le vase ». Chris Davison (en anglais), président et chef de la direction du Canola Council of Canada, estime désormais que le marché chinois est « en tout état de cause fermé » aux producteurs de canola canadiens.
Cela représente 4,5 milliards de dollars supplémentaires de commerce de matières premières perturbé et désormais à la recherche de nouveaux marchés exempts de droits de douane, rejoignant sur ce plan le bois, l’aluminium et l’acier.
Voici comment se déroule la crise du canola au Canada :
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Pris en étau entre deux géants économiques : Se pourrait-il que Pékin tente d’amener Ottawa à faire tomber les droits de douane de 100 % imposés sur les véhicules électriques chinois et de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois ? Pékin rendra sa décision finale sur les droits de douane imposés sur les graines de canola en septembre. Mais Ottawa se trouve dans une impasse, car elle a haussé les droits de douane sur l’aluminium et l’acier importés afin d’apaiser les craintes de Washington que des pays, dont la Chine, ne se servent du Canada comme d’une porte dérobée menant au marché américain.
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Le tourteau en perte de vitesse : Les données de Statistique Canada montrent que les importations chinoises de tourteau de canola en provenance du Canada ont chuté à 32 506 tonnes en juin, contre 141 938 tonnes en juin 2024.
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L’huile mise à mal : Les exportations canadiennes d’huile de canola vers la Chine ont atteint le chiffre symbolique de zéro en juin, selon les données de l’industrie.
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Quelques graines… : Les expéditions de graines de canola (en anglais) du Canada vers la Chine ont chuté à 237 897 tonnes en juin 2025, contre 651 080 tonnes au cours de la même période l’année dernière.
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Les agriculteurs veulent une injection de liquidités : La CCGA est d’avis que les agriculteurs ne devraient pas être contraints d’emprunter pour traverser une crise dont ils ne sont pas responsables. Bien que cela ne ferait qu’exacerber les préoccupations de Pékin à l’égard des subventions accordées par Ottawa au secteur.
Les inquiétudes de Pékin quant au fait qu’Ottawa subventionne l’industrie.
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Atténuer les effets négatifs : Stimuler la demande intérieure et la capacité de transformation des biocarburants tels que les carburants d’aviation durables (SAF) offre une possibilité de diversifier la demande de canola en tant que matière première pour les biocarburants. Selon Lisa Ashton, notre responsable principale, Politique agricole : « Le Canada devrait s’inspirer des stratégies d’autres pays pour développer ses marchés nationaux des biocarburants et le rôle de l’agriculture dans leur croissance. » Le Brésil, le Japon et la Malaisie augmentent tous leur capacité de transformation des biocarburants, y compris les SAF, et augmentent les mélanges de biodiesel et d’éthanol requis dans les carburants conventionnels.
« Notre limitation ne tient pas tant aux politiques, mais plutôt aux infrastructures »
Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC, s’est récemment entretenu avec Trevor Tombe, de la School of Public Policy de l’Université de Calgary.
Q : Que peut faire le gouvernement fédéral pour réduire notre dépendance vis-à-vis des États-Unis ?
R : Nous faisons face à des contraintes importantes. La capacité du Canada à développer ses échanges commerciaux avec d’autres pays par le biais d’accords commerciaux est largement épuisée. L’Inde et la Chine, pour des raisons géopolitiques, sont des perspectives peu probables à court terme. Notre limitation ne tient pas tant aux politiques, mais plutôt aux infrastructures. Notre configuration géographique demeure une réalité imparable qui nécessite des investissements importants dans les infrastructures. Le développement de nos infrastructures ferroviaires et portuaires constitue une priorité renouvelée au niveau fédéral, mais il faudra de nombreuses années pour que cette démarche porte ses fruits.
Q : Selon vous, quel sera l’impact à long terme des guerres tarifaires menées par Trump à l’échelle mondiale ?
R : L’incertitude liée aux menaces tarifaires suffit à elle seule à freiner les investissements. Cela pourrait entraîner une baisse permanente de la productivité canadienne si les investisseurs perçoivent un niveau de risque plus élevé au Canada en raison de l’incertitude quant à l’accès au marché américain. À l’échelle mondiale, s’il y a une leçon à tirer des années 1930, c’est que les spirales protectionnistes aggravent les difficultés économiques de toutes les parties en cause. Si les droits de douane pourraient temporairement stimuler certaines industries américaines, les coûts pour l’efficacité mondiale et le bien-être des consommateurs seraient considérables.
Q : De nouvelles connaissances permettent-elles de remettre en question l’idée répandue selon laquelle le libre-échange présente des avantages généralisés ?
R : Les arguments fondamentaux en faveur de la libéralisation des échanges demeurent solides. Mais cela impose que des ressources, des moyens de production, et que des emplois se déplacent d’un secteur à l’autre et d’une région à l’autre. Certains de mes travaux portent à croire qu’entre 1 et 2 % de la main-d’œuvre canadienne pourrait migrer d’une province à l’autre en réponse à l’élimination des coûts commerciaux intérieurs. Si ces mouvements sont bénéfiques pour la productivité de l’économie dans son ensemble à long terme, ils entraînent des coûts d’ajustement pour les individus alors que certaines entreprises touchées imposent des coûts importants à court terme à ces personnes.
À lire également : Discussion de Brennan et Tombe sur les obstacles au commerce interprovincial.
Le mot de la fin
Le Canada a importé pour 43,4 millions de dollars de spiritueux distillés (en anglais) des États-Unis, soit une baisse de 62 % par rapport à juin de l’année dernière. Les importations de vin américain ont également diminué de 67 %.
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