À découvrir également dans ce numéro : Les perspectives pour l’industrie automobile canadienne
Hors du cercle stratégique
Les accords issus de la toute première réunion ministérielle sur les minéraux critiques à Washington sont encore à l’analyse. Cette rencontre a donné lieu à des cadres bilatéraux avec plus d’une douzaine de partenaires commerciaux et au lancement du projet Vault.
Fait notable, le Canada ne figurait pas parmi les signataires. Alors que les États-Unis redéfinissent l’ordre mondial dans le secteur des minéraux, le Canada est-il en position de tirer parti de cette dynamique ou risque-t-il d’être laissé pour compte ?
Pourquoi c’est important
Le projet Vault représente la tentative des États-Unis de créer une réserve stratégique de minéraux critiques, à l’instar de leur Strategic Petroleum Reserve (SPR). Le problème : l’analogie avec la SPR montre rapidement ses limites, avec des conséquences majeures pour le Canada.
La SPR originale fonctionnait parce que les États-Unis disposaient d’une vaste capacité de raffinage nationale — le pétrole brut stocké pouvait être transformé en carburants raffinés le long de la côte du Golfe. Aujourd’hui, l’Amérique du Nord dispose de très peu d’infrastructures capables de transformer les minéraux critiques bruts en composés raffinés requis par la défense, les semi-conducteurs et les véhicules électriques.
Vault se heurte donc à un paradoxe fondamental : stocker des minerais bruts sans capacité de les transformer, ou stocker des matériaux raffinés très probablement achetés en Chine — la dépendance même que les États-Unis cherchent à réduire.
En chiffres
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15 milliards $ US — financement de la EXIM Bank déjà mobilisé avant le projet Vault pour des projets miniers alliés à l’échelle mondiale.
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12 milliards $ US — financement du projet Vault (10 milliards $ US provenant de l’Export-Import Bank des États-Unis et 2 milliards $ US de capitaux privés).
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Stock cible de 60 jours pour les minéraux stratégiques.
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15 cadres bilatéraux signés cette semaine — incluant l’UE, le Japon et les ÉAU.
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Mainmise de la Chine sur le raffinage — 98 % du gallium, 91 % des aimants en terres rares, 96 % du graphite qualité batterie, 79 % du cobalt.
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Position du Canada — 71 % des importations américaines d’aluminium non transformé ; la raffinerie de Vaudreuil, au Québec, est l’une des deux seules raffineries d’alumine restantes en Amérique du Nord.
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Le projet Vault couvre l’ensemble des 60 minéraux critiques figurant sur la liste de l’USGS, dont un grand nombre sont des exportations économiques essentielles pour le Canada.
Vue d’ensemble
Les États-Unis ne construisent pas un cadre multilatéral — le terme employé délibérément lors de la réunion ministérielle était plurilatéral. Il s’agit d’une coalition plus restreinte et alignée qui fixe ses propres règles, coordonne des planchers de prix et oriente les investissements de manière collective. Grâce à l’EXIM et à Vault, cette architecture se met en place en temps réel.
Le raffinage et la fusion à forte intensité énergétique — processus indispensables pour transformer les minerais stockés en intrants industriels utilisables — représentent, en théorie du moins, une occasion pour le Canada. Notre électricité propre et concurrentielle (hydroélectricité, nucléaire) complète les gisements minéraux existants et, combinée à des réseaux ferroviaires intégrés, permet une meilleure rentabilité sur l’ensemble du cycle par rapport à des opérations de traitement et de raffinage isolées.
Conclusion
La richesse du Canada en minéraux critiques constitue sans doute son outil bilatéral le plus important à l’approche de la renégociation de l’AEUMC. Son intégration plus large dans les chaînes d’approvisionnement américaines — couvrant l’aluminium, le cuivre, le nickel, le zinc et le manganèse — limite en grande partie tout risque d’exclusion. Si le Canada parvient à obtenir une reconnaissance explicite du contenu canadien dans les chaînes de valeur américaines par l’intermédiaire de l’AEUMC et soutenu par les engagements prévisionnels du projet Vault et l’accès au capital américain, il s’agira d’une victoire incontestable.
Cela dit, l’influence du Canada dans le domaine des minéraux s’érode jour après jour. Chaque cadre bilatéral signé par Washington avec un autre partenaire réduit le levier relatif du Canada, surtout si les négociations de l’AEUMC s’étendent jusqu’en 2027. Et à une époque où certaines décisions d’investissement dépendent moins de critères économiques que du simple désir d’obtenir le « ticket d’entrée » sur le marché américain (Korea Zinc JV).
Trouver le juste équilibre représentera le défi à relever.
— Shaz Merwat
Des turbulences à venir pour l’automobile ?
L’économiste RBC Farhad Pananov a participé cette semaine à l’événement Future of Automotive du Globe & Mail. Voici quelques points saillants :
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Les investissements dans le secteur automobile ont diminué par rapport à il y a seulement quelques années, lorsque les constructeurs planifiaient des stratégies à long terme.
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Bien que les panélistes aient largement salué la main-d’œuvre canadienne hautement qualifiée et instruite, ainsi que la diversité des économies locales, il est apparu clairement que le principal atout du pays reste l’accès au deuxième plus grand marché automobile mondial. Du moins pour l’instant.
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L’accord Canada-Chine sur les VE, qui permettra l’importation de 49 000 véhicules électriques chinois par an à faibles droits de douane, a été accueilli avec scepticisme : quelles marques arriveront au Canada ? Les Canadiens les achèteront-ils ?
La réponse à cette dernière question pourrait se résumer au prix…

Commerce international
Les législateurs américains rejettent les droits de douane de Trump sur le Canada
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La Chambre des représentants des États-Unis a voté pour l’abrogation des droits de douane sur les produits canadiens la même semaine où le président Trump menaçait de bloquer l’ouverture du pont international Gordie Howe en raison de différends commerciaux.
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Bien que le président soit susceptible de mettre son veto à cette motion, le vote de mercredi a reçu le soutien de six républicains, témoignant d’un mécontentement croissant à l’égard des politiques commerciales et des menaces de M. Trump.
Le secteur agricole américain plaide pour le maintien de l’AEUMC
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Plus de 40 organisations agricoles américaines ont formé une coalition pour soutenir l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), soulignant les avantages économiques qu’il apporte aux collectivités rurales et aux exploitations agricoles américaines.
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La campagne cible les membres de la Chambre des représentants, la Maison-Blanche et le président, s’appuyant sur des analyses économiques montrant que le Canada et le Mexique comptent pour environ le tiers de la valeur des exportations agricoles des États-Unis.
Le gouvernement britannique signale un rapprochement avec l’Europe
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La chancelière Rachel Reeves a annoncé que le Royaume-Uni est prêt à s’aligner unilatéralement sur les règles du marché unique de l’UE dans des secteurs comme les services financiers, afin de réduire les barrières commerciales, qualifiant une intégration plus étroite avec l’UE de « plus grande occasion » pour la croissance britannique, marquant un recentrage par rapport à la priorité accordée aux accords commerciaux hors d’Europe.
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Le gouvernement travailliste a été réticent à revoir le Brexit comme enjeu politique, mais commence à envisager plus favorablement une intégration accrue avec l’UE dans sa recherche de leviers pour stimuler la croissance économique.
— Thomas Ashcroft
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