➔ Où en est le Canada dans la lutte contre les changements climatiques ? C’est… compliqué
➔ Le monde se détourne‑t‑il des Tesla ?
➔ Les règles canadiennes sur le méthane prennent un virage pragmatique
Sujets chauds
➔ L’avenir du GIEC sans Washington LeGroupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), soutenu par l’ONU, est déterminé à garder le cap après le retrait des États‑Unis. L’organisme poursuit la préparation de son prochain cycle de rapports, prévu pour 2027. Ses analyses influencent profondément les politiques climatiques mondiales, mais certains lui reprochent de trop privilégier la science et la technologie au détriment des dimensions économiques et politiques de la transition énergétique. Alors que la Maison-Blanche qualifie le GIEC et d’autres organismes onusiens de « gaspillage » de l’argent des contribuables américains, d’autres rappellent le rôle essentiel joué par le GIEC pour mobiliser les décideurs face à l’un des plus grands défis de notre époque. Ils espèrent que la science continuera de guider l’action.
➔ De nouvelles règles sur le méthane marquent une évolution pragmatique de la politique climatique canadienne. Les nouvelles règles, qui s’appliqueront dès 2028 aux activités pétrolières et gazières terrestres ainsi qu’aux grands sites d’enfouissement, allient ambition élevée et souplesse réglementaire. Le changement le plus déterminant est l’introduction de l’optionnalité, explique Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC. Selon les estimations gouvernementales, les nouvelles règles pourraient permettre des réductions cumulatives de 304 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO₂) entre 2028 et 2040. Les exploitants pourront soit suivre un parcours d’inspection prescrit par l’organisme de réglementation, soumis à la vérification et à l’application de la réglementation, soit démontrer leur conformité au moyen de leurs propres processus, appuyés par des mécanismes de surveillance et de vérification. La suppression de l’échéance de cinq ans pour les ententes d’équivalence fédérales‑provinciales renforce le cadre en offrant une plus grande prévisibilité à long terme pour les provinces et pour l’industrie. Les règles sont également appuyées par un investissement fédéral de 16 millions de dollars dans les technologies de surveillance et de vérification du méthane. Compte tenu de l’incertitude persistante entourant les volumes d’émissions de méthane, l’accent mis sur la mesure pourrait s’avérer crucial.
➔ Le monde tourne‑t‑il la page sur la Tesla d’Elon Musk ? Difficile à dire si les positions politiques du milliardaire ont rebuté une part importante du public, mais cela pourrait certainement être un facteur. À l’échelle mondiale, les ventes de voitures électriques ont atteint un sommet historique de 21,7 millions d’unités l’an dernier, selon les estimations de Bloomberg New Energy Finance (BNFE), alors même que les ventes de Tesla ont reculé de 9 %, à 1,64 million de véhicules. BNEF prévoit 24,3 millions de ventes de voitures électriques en 2026, un rythme de croissance plus lent que les années précédentes, la baisse des incitatifs gouvernementaux étant partiellement compensée par la diminution des coûts des batteries, une hausse des ventes de véhicules commerciaux et le déploiement progressif des robotaxis.
Ce qu’implique la rédaction d’un rapport sur l’action climatique
Dans les coulisses, l’équipe de l’Institut d’action climatique a consacré les six derniers mois à préparer ce qui s’impose peu à peu comme un baromètre de l’action climatique au Canada : le rapport Action climatique, qui en est à sa troisième année.
Même si certaines politiques climatiques ont reculé, l’action, elle, ne manque pas. Le titre de notre rapport, Recul, réinitialisation ou renouveau ?, laisse entendre que la réponse est un peu tout cela à la fois.
Le rapport repose sur des calculs, des agrégations et des estimations fondés sur une variété d’indicateurs provenant de l’ensemble de l’économie et de la société. Ces indicateurs ont été retenus afin de dresser un portrait de la situation actuelle, du chemin parcouru et de ce qu’il reste à accomplir. Le rapport, tout comme les outils de mesure qui le soutiennent, n’a pas pour objectif de fournir un diagnostic précis d’un secteur, d’une politique ou d’une technologie en particulier ; il se veut plutôt un miroir permettant de mettre en lumière à la fois les réussites et les lacunes du Canada.
Le rapport s’appuie également sur la participation de notre équipe à plus de 100 événements ainsi que sur des visites de fermes, d’installations et de bureaux partout au pays, au cours desquelles nous avons écouté, échangé et confronté nos points de vue avec des pairs, des experts et des voix plus sceptiques. Plus de 2 000 consommateurs canadiens et 150 dirigeants d’entreprise ont participé à nos deux sondages annuels. Des groupes de pairs ont examiné nos méthodologies en profondeur, et plusieurs experts externes ont soumis notre analyse à des tests rigoureux. Pour nos études de cas, plusieurs entreprises ont accepté de discuter franchement des défis liés à la mise en œuvre concrète de leurs engagements climatiques, du conseil d’administration jusqu’à l’usine ou au bureau. Le résultat est un instantané du parcours climatique du Canada : quelques jalons franchis, quelques impasses rencontrées, et la préparation pour affronter le prochain virage.
Le rapport intégral est accessible ici, mais voici un bref aperçu de certaines de ses conclusions :
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Les progrès sur le plan des émissions sont mitigés : Les émissions nationales ont baissé de 7 % depuis 2019, des réductions ayant été enregistrées dans les secteurs de l’électricité (-27 %), du bâtiment (-19 %) et du pétrole et du gaz (-19 %). Toutefois, de nouveaux projets comme l’expansion du pipeline TMX et la phase 1 de LNG Canada devraient augmenter les émissions du secteur pétrolier et gazier.
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Le pipeline de financement pour la lutte contre les changements climatiques est solide. Des flux de capitaux liés à l’action climatique s’élevant à environ 20 milliards de dollars par année continuent de soutenir le secteur à faibles émissions de carbone.
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D’autres mesures de financement sont prévues. Près de 100 milliards de dollars d’incitatifs pour les programmes et les initiatives axés sur les technologies propres et le climat sont prévus au budget d’ici 2035, bien que l’incertitude persiste quant à la disponibilité des fonds en raison des réorientations politiques.
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Le Baromètre de l’action climatique a descendu : L’indice phare de l’Institut a chuté pour la première fois en six ans dans un contexte d’incertitude politique.
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Les Canadiens se soucient toujours du climat : Malgré la prédominance des enjeux liés au coût de la vie, à l’accès aux soins de santé et au renforcement de l’économie, 33 % considèrent encore les changements climatiques comme l’une des trois principales priorités des décideurs.
Cinq enseignements tirés du terrain des politiques climatiques
Il ne faut pas s’arrêter uniquement aux cibles de réduction des émissions du Canada pour 2030. C’était le message d’Environnement et Changement climatique Canada dans son dernier rapport d’étape sur le plan national de réduction des émissions pour 2030, publié quelques jours avant les Fêtes. Donner la priorité « à tout prix » aux cibles de 2030 risque de fragiliser l’effort climatique à long terme, souligne le rapport. « Se concentrer uniquement sur les réductions à court terme pourrait aussi détourner l’attention des transformations systémiques plus profondes nécessaires pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »
Exercer une pression excessive sur les secteurs des industries lourdes et du pétrole et gaz, deux secteurs étroitement liés à la compétitivité, aux flux d’investissement et au commerce, pourrait « provoquer une fuite des capitaux, une fuite de carbone et une perte de compétitivité internationale, surtout si les coûts de mise en conformité dépassent ceux supportés par les économies comparables ».

L’économiste Farhad Panahov a passé au crible l’ensemble des données pour en dégager cinq constats clés :
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La baisse des émissions est impressionnante, compte tenu de la croissance démographique. En 2023, les émissions du Canada avaient diminué de 8,5 % par rapport aux niveaux de 2005. Plus remarquable encore, l’intensité des émissions avait reculé de 35 % par rapport à la taille de l’économie et de 29 % par habitant, alors même que la population a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies.
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Il faudrait quadrupler les baisses d’émissions observées durant la pandémie. Pour atteindre ses cibles de 2030, le Canada devrait réduire ses émissions d’un volume environ quatre fois supérieur à la baisse enregistrée en 2020, durant la pandémie de COVID‑19.
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La plupart des secteurs font leur part. Les secteurs de l’électricité, des transports, de l’industrie lourde et des bâtiments devraient générer ensemble une réduction de 68 Mt d’éq. CO₂ d’ici 2030, grâce à diverses mesures, notamment l’adoption des véhicules électriques et des thermopompes, la substitution des combustibles et l’électrification dans l’industrie lourde, ainsi que le déploiement de technologies renouvelables.
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Les combustibles fossiles font figure d’exception. Le secteur pétrolier et gazier présente une trajectoire divergente, avec des projections allant d’un niveau stable jusqu’à une réduction de 33 Mt d’éq. CO₂, selon l’application renforcée des règles sur le méthane, la substitution par l’hydrogène et l’adoption de technologies d’extraction à base de solvants.
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Qu’est-ce qui permettra réellement de faire bouger les choses ? Le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, mesure controversée et désormais mise de côté, et exclue des projections, n’aurait permis qu’une réduction additionnelle de 3 Mt d’éq. CO₂. À l’inverse, les pratiques agricoles, notamment la gestion de l’azote, pourraient contribuer à une réduction des émissions pouvant atteindre 12 Mt d’éq. CO₂.
L’institut à l’œuvre
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John Stackhouse sera à Davos la semaine prochaine. Ne manquez pas son analyse de ce qu’il a vu, communiqué et entendu lors du forum le plus influent au monde pour la discussion et le débat sur l’économie mondiale.
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Lisa Ashton, cheffe intérimaire de l’Institut, a été conférencière principale cette semaine au Saskatchewan Crops Forum, où elle a présenté comment le secteur agroalimentaire peut ouvrir la voie à une nouvelle ère de développement économique.
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Mme Ashton a également animé une table ronde à Saskatoon réunissant des chefs de file de l’industrie et des investisseurs en capital de croissance dans le secteur agroalimentaire canadien afin d’explorer les défis en matière d’investissement qui ont été mis en lumière dans La prochaine génération de croissance.
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Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique, anime une table ronde sur l’avantage concurrentiel du Canada et de la Colombie-Britannique en tant que producteurs mondiaux de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié le 21 janvier lors du forum sur les ressources naturelles de la Colombie-Britannique.
À dévorer sans s’arrêter : notre sélection du moment
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The Elements of Power: A Story of War, Technology and the Dirtiest Supply Chain on Earth, par Nicolas Niarchos, qui examine les réalités et les enjeux liés à la transition vers les technologies de batteries.
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Série télévisée Landman, mettant en vedette Billy Bob Thornton, qui montre que le forage sauvage demeure bien vivant au Texas, souvent alimenté par des éoliennes.
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Balado Les innovateurs sur le futur bouquet énergétique de l’Alberta. John Stackhouse s’entretient avec la première ministre Danielle Smith au sujet de l’avenir de l’énergie en Alberta.
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Things Are Never So Bad That They Can’t Get Worse (2022), par William Neuman, à propos de l’effondrement du Vénézuéla au fil des ans.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Sarah Pendrith, Jordan Brennan, John Intini, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Lavanya Kaleeswaran.
Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).
Bulletin d’information sur le climat
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