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Leadership avisé RBC Agriculteur Le sol, cet actif canadien à faire fructifier
Agriculteur

Le sol, cet actif canadien à faire fructifier

La question fait débat depuis plus de 70 ans. Faisons le point et dressons les perspectives.

Temps de lecture 6 minutes

« Soyons clairs : l’agriculteur est responsable du sol qu’il laboure. C’est une ressource naturelle qui ne se régénère pas aussi vite qu’elle s’épuise […]. L’agriculteur doit donc ouvrir un compte d’épargne « sol ». Non seulement cela en assurera la conservation, mais le compte produira un revenu et des intérêts. »

Cette citation, traduite librement, est extraite de Making Money by Saving Soils (édition de 1958), l’ouvrage qui fut la source initiale du Leadership avisé RBC. Elle n’a rien perdu de son actualité. La question de la conservation des sols préoccupe les agriculteurs depuis très longtemps. Si les études, les statistiques et les techniques modernes permettent de mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds, les défis à relever pour obtenir de bonnes récoltes n’en demeurent pas moins les mêmes.

En 1950, un Canadien sur cinq faisait partie de ce qu’on appelle la population agricole1. Pour RBC, à l’époque, s’il importait de préserver le sol, c’était parce qu’il représentait :

  • Un moyen de subsistance

  • L’espoir de s’enrichir

  • Un actif à transmettre à la génération suivante

Les agriculteurs étaient incités à pratiquer la rotation des cultures, la gestion responsable des éléments nutritifs et la préservation des milieux situés en bordure de champ (bois et cours d’eau). Trois raisons poussaient à labourer : cela permettait de préparer un lit de semence approprié, de détruire les plantes indésirables et d’améliorer les qualités physiques du sol. Aujourd’hui, on suggère plutôt le contraire, afin de réduire l’érosion, de favoriser la biodiversité des sols et d’éviter de perturber les puits de carbone qu’ils constituent. Au Canada, ce changement de pratique est favorable à la santé du sol. Nos sols sont considérés aujourd’hui comme des puits de carbone nets, du fait du non-recours au labourage dans les Prairies et à l’accroissement de la productivité dans l’ensemble du pays2.

Des années 1940 à la décennie 70, l’agriculture s’est grandement transformée. Les progrès accomplis par les sciences de la vie et la mécanisation allaient entraîner l’adoption massive de nouvelles variétés de végétaux, des engrais et pesticides industriels ainsi que d’équipements qui permettaient de produire davantage par hectare – il le fallait, car la population mondiale augmentait rapidement. Simultanément, le nombre d’agriculteurs diminuait sensiblement : en 1980, sur 21 Canadiens, un seul faisait partie de la population agricole3.

Pour optimiser la croissance des végétaux, les exploitants introduisaient davantage d’éléments nutritifs dans le sol (azote, phosphore et potassium, notamment). Cela a pu conduire à employer trop d’engrais, ce qui a des effets néfastes sur la composition du sol et entraîne la pollution des cours d’eau. Toutefois, la quantité de résidus de récolte retournant au sol augmentait aussi, d’où des gains de matière organique enfouie.

De nos jours, le perfectionnement de l’outillage apparu pendant la « révolution verte » se poursuit et conduit à produire davantage de récoltes de qualité. Les intrants et le matériel agricole offrent de plus en plus souvent autant d’avantages sur le plan de la santé du sol qu’au chapitre de la productivité. Citons par exemple les engrais biologiques et la vaporisation de pesticides dans les seuls cas où il est vraiment nécessaire d’éliminer des plantes envahissantes.

Aujourd’hui, moins de 2 % des Canadiens vivent ou travaillent dans une exploitation agricole4. Cela n’empêche pas le Canada de figurer, au classement mondial de la sécurité alimentaire, des exportations de produits agroalimentaires ou de la qualité et de la sécurité des aliments, parmi les 10 premiers5,6. Toutefois, le fait que la population agricole de notre pays soit si peu nombreuse représente une menace pour l’avenir de ce secteur.

Par rapport à ce qui se passait il y a 70 ans, les agriculteurs peuvent compter sur un réseau de partenaires et de conseillers beaucoup plus étendu, et ce, dans tous les domaines (finances, agronomie, technologie, machinerie, planification de la transition et durabilité). Au-delà des tâches agricoles, les jeunes peuvent embrasser aujourd’hui des carrières variées, dynamiques et stimulantes : les informaticiens conçoivent des outils reposant sur l’IA qui permettent de répandre les engrais avec beaucoup plus de précision ; les consultants en environnement informent les agriculteurs des crédits et primes offerts à ceux qui veillent à la conservation des sols ; les experts du commerce international trouvent de nouveaux marchés pour les produits canadiens. Les grands défis consistent désormais à mobiliser davantage nos compatriotes en faveur de l’agriculture, ce secteur essentiel à la prospérité nationale, et à souligner combien il importe de préserver nos actifs naturels, au premier rang desquels figurent les sols en santé.

Décidément avant-gardiste, l’ouvrage de 1958 que nous avons cité d’entrée de jeu le disait déjà : « Pour être de bons protecteurs de l’environnement, nous devons changer nos façons de voir, renoncer à certaines pratiques traditionnelles et repenser, parfois complètement, nos méthodes agricoles. »

C’est un sol qui constitue, de manière durable, un écosystème favorable à la croissance des végétaux, des animaux et des humains7. Les sols sont essentiels à nos économies et à l’environnement. Ils sont la source de près de 95 % de ce que nous mangeons8. Sur la terre ferme, ils sont aussi le plus important puits de carbone : ils absorbent trois fois plus de CO2 que l’atmosphère et deux fois plus que tous les végétaux vivants9.

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