
Les Canadiens ne voyagent pas moins, ils voyagent ailleurs.
Le recul soutenu des déplacements vers les États-Unis est de plus en plus compensé par une hausse des voyages vers d’autres destinations au Canada et à l’étranger.
Il en résulte un rééquilibrage du secteur, où les Canadiens dépensent davantage en voyages à l’intérieur du pays, ce qui soutient le tourisme intérieur.
La baisse des voyages aux États-Unis a été à la fois marquée et persistante.
Il y a encore beaucoup de flux de voyageurs entre ces économies étroitement liées : 29,1 millions de résidents canadiens sont revenus des États-Unis en 2025. Toutefois, ce chiffre enregistre une baisse de 25,4 % par rapport à 2024.
Le ralentissement ne s’est pas inversé au début de 2026, les données de janvier montrant une contraction d’environ 23 % sur 12 mois.
Cette faiblesse est généralisée à travers les différents types de voyages, bien que les passages par voie terrestre soient les principaux moteurs du déclin, représentant 20,3 % de la contraction totale, contre une part modeste de 3,5 % pour le transport aérien.
La chute disproportionnée des passages de véhicules donne à penser que les voyages transfrontaliers discrétionnaires de courte durée ont été particulièrement touchés. Les trajets d’une seule journée en véhicule représentent habituellement près de la moitié du volume total des déplacements des Canadiens vers les États-Unis.
Les dépenses se réorientent vers le marché intérieur à mesure que la demande vers l’étranger s’essouffle
Dans le même temps, les Canadiens voyagent différemment.
Ce changement s’explique en partie par des voyages vers des destinations autres que les États-Unis. Environ 14,2 millions de Canadiens sont revenus de l’étranger en 2025, soit une hausse de 9,2 % par rapport à 2024.
Toutefois, la contrepartie la plus importante provient de l’augmentation des dépenses liées aux voyages et au tourisme au Canada, ce qui contribue à soutenir le secteur national.
Les dépenses des visiteurs internationaux au Canada ont reculé de 0,7 % en moyenne en 2025, tandis que les dépenses touristiques nationales ont augmenté de 2,7 %, ce qui porte la croissance totale des dépenses touristiques à 1,7 % en 2025 par rapport à 2024.
Cette divergence reflète une rotation graduelle vers la consommation intérieure. Cette tendance semble cohérente avec la dynamique plus large d’« acheter canadien » observée dans d’autres catégories de dépenses.
Cela a contribué à améliorer le commerce international canadien des services. Le Canada a traditionnellement été un importateur net de services de voyage, les Canadiens étant plus nombreux à voyager et à dépenser à l’étranger que les voyageurs étrangers à dépenser au Canada.
Cette situation a changé pendant la pandémie, alors que la frontière était fermée, et le Canada a été, à nouveau, un exportateur net de services de voyage en 2025; en effet, le ralentissement de la croissance des importations, qui reflète les dépenses des Canadiens à l’étranger, a été plus marqué que le repli des dépenses des visiteurs étrangers au Canada.
Le tourisme soutient les services, car les dépenses demeurent nationales
Ce changement de la demande de voyages soutient l’activité dans le secteur des services au Canada.
Le produit intérieur brut du tourisme a progressé de 4,8 % (taux annualisé) au quatrième trimestre, surpassant nettement la contraction globale de -0,6 %. Il s’agit du troisième trimestre consécutif au cours duquel l’activité touristique a surpassé l’ensemble de l’économie.
Les dollars qui auraient pu être dépensés à l’étranger sont recyclés au pays, ce qui soutient l’hébergement, les services alimentaires, le transport et le commerce de détail.
Les dépenses en hébergement et en restauration ont augmenté de 5,6 % en 2025. C’est un contraste marqué avec la baisse de 2,2 % des dépenses en hébergement des visiteurs étrangers au cours de l’année.
La location de véhicules a affiché une tendance semblable. Les dépenses intérieures ont augmenté de 4,9 % en 2025, tandis que les dépenses des visiteurs étrangers ont reculé de 0,5 % pour l’ensemble de l’année.
Il existe également des effets secondaires, car l’augmentation des voyages au pays a tendance à stimuler les dépenses discrétionnaires dans des catégories comme le divertissement et les loisirs, ce qui amplifie l’incidence globale sur les secteurs axés sur les consommateurs.
La rotation des voyages se poursuit, mais la croissance demeure modeste
La réaffectation des tendances en matière de voyages devrait se poursuivre à court terme, mais pas indéfiniment.
De façon plus générale, les dépenses en tourisme intérieur demeurent élevées par rapport au niveau d’avant la pandémie, l’activité étant d’environ 11 % supérieure à la moyenne de 2019. La croissance a ralenti par rapport aux fortes hausses observées après la pandémie, mais elle témoigne toujours d’une résilience soutenue.
Selon notre scénario de base, l’économie canadienne devra composer avec des difficultés, tout en demeurant stable. La croissance devrait demeurer modeste, la demande intérieure étant soutenue par l’assouplissement de la politique monétaire déjà en place et la stabilisation des conditions du marché de l’emploi.
En ce qui concerne les voyages, les perspectives sont contrastées. D’une part, la baisse des taux d’intérêt par rapport aux récents sommets ainsi qu’un taux de chômage plus faible devraient contribuer à soutenir les dépenses globales, y compris les voyages. En revanche, le ralentissement de la croissance de la population, l’incertitude élevée entourant la politique commerciale et la hausse des coûts du carburant attribuable au conflit au Moyen-Orient limiteront le potentiel de hausse.
Fait important, la transition actuelle vers les voyages à l’intérieur du pays ne nécessite pas une forte croissance pour se poursuivre. Les voyages nationaux n’affichent plus d’accélération rapide, mais ils continuent de progresser légèrement, alors même que les voyages vers l’étranger faiblissent.
Même dans un contexte économique morose, les Canadiens pourraient continuer de privilégier les destinations nationales ou d’autres options internationales au détriment des voyages aux États-Unis, surtout si des frictions transfrontalières ou des considérations de coûts persistent.
À propos des auteurs :
Abbey Xu est économiste à RBC. En tant que membre du groupe d’analyse macroéconomique, elle se spécialise dans les modèles de prévisions macroéconomiques, et présente des analyses et des mises à jour opportunes sur les tendances économiques.
Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.
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