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Pourquoi le choc des prix du pétrole ne devrait pas raviver l’inflation en général au Canada

La récente flambée des prix du pétrole, provoquée par le conflit au Moyen-Orient, rappelle la période qui a suivi l’intensification de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022, bien qu’elle ait eu des répercussions différentes sur l’inflation.

À ces deux occasions, les prix mondiaux des marchandises ont fortement augmenté, car l’approvisionnement en énergie et en engrais, essentiels, a été réduit. Cette situation a suscité des préoccupations généralisées quant aux répercussions stagflationnistes potentielles sur les économies canadienne et américaine, car la hausse des prix du pétrole réduit le pouvoir d’achat des ménages.

Le conflit de cette année a déjà suscité une réaction plus marquée à l’égard des prix du pétrole, mais la conjoncture économique est fondamentalement différente. Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont dans de bien meilleures conditions, les perturbations observées à ce jour étant limitées, tandis que la demande intérieure et les pressions inflationnistes de base ont ralenti au Canada.

La poursuite de la hausse des prix du pétrole au-delà de ce trimestre pourrait entraîner une augmentation des prix des produits non énergétiques et avoir un impact sur l’inflation de base. Toutefois, nous ne nous attendons pas à ce que l’inflation généralisée et soutenue de 2022 se reproduise cette année.

Les préoccupations concernant l’offre mondiale de pétrole sont plus élevées cette année qu’en 2022. À l’époque, le pétrole russe, qui faisait l’objet de sanctions, était redirigé vers l’Asie, ne représentant aucune menace immédiate pour l’offre mondiale. La production mondiale de pétrole a en effet augmenté de 3,7 millions de barils par jour en 2022, malgré la poursuite du conflit.

Le conflit actuel au Moyen-Orient a notamment interrompu le transit par le détroit d’Ormuz, un corridor énergétique essentiel. Selon les estimations de l’EIA des États-Unis (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), les interruptions de production de pétrole brut au Moyen-Orient se sont élevées à environ 7,5 millions de barils par jour en mars et pourraient atteindre 9,1 millions de barils par jour en avril.



Les prix des engrais à base d’urée ont également augmenté, mais cette hausse aura un impact plus important sur les marges des producteurs agricoles que sur les prix des aliments à la consommation.

Les producteurs de céréales sont des preneurs de prix sur les marchés mondiaux et les prix mondiaux des céréales, qui sont le principal indicateur des prix à la consommation sur le long terme, sont restés beaucoup plus stables qu’en 2022, lorsque les prix avaient fortement augmenté en raison des inquiétudes concernant l’offre en provenance de la Russie, de l’Ukraine et du Bélarus.

Au-delà du pétrole et des engrais à base d’urée, les inquiétudes concernant le soufre, le méthanol et l’aluminium ont également pris de l’ampleur. Toutefois, les prix de la plupart des métaux industriels et des produits agricoles sont restés stables jusqu’à début d’avril.

Fait important, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a accentué les pressions inflationnistes systémiques qui s’accumulaient déjà dans les chaînes d’approvisionnement mondiales à la suite des confinements liés à la pandémie. À la fin de 2021, les coûts mondiaux des conteneurs avaient quintuplé. Le fret aérien a été moins touché, mais les tarifs ont tout de même doublé.

En comparaison, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont entrées dans le conflit au Moyen-Orient cette année dans une bien meilleure posture que lors des perturbations précédentes, malgré les difficultés persistantes dans la mer Rouge. L’incidence du conflit est demeurée largement confinée aux régions avoisinantes et à certains modes de transport.

Les coûts des navires-citernes ont fortement augmenté à la suite de la fermeture du détroit d’Ormuz, et la capacité de transport aérien et maritime près du golfe Persique a été considérablement perturbée. Toutefois, comme le golfe Persique est un cul-de-sac pour le transport maritime, la plupart des principales routes commerciales mondiales ont évité des répercussions directes.

La hausse des coûts du carburant a entraîné une augmentation des coûts de transport au début d’avril, mais celle-ci reste modeste par rapport à la hausse enregistrée entre 2021 et 2022. Dans l’ensemble, nous observons peu de signes de retour des perturbations généralisées de la chaîne d’approvisionnement qui ont alimenté l’inflation mondiale entre 2021 et 2022.



L’économie canadienne est plus faible qu’en 2021-2022. Le taux de chômage a été très élevé en 2021, mais cela n’a pas reflété l’épargne élevée des ménages, stimulée par d’importants transferts gouvernementaux directs et par les contraintes de dépenses imposées lors des confinements précédents causés par la pandémie.

Une fois les restrictions assouplies, ces économies, combinées à la demande refoulée, ont permis aux consommateurs de mieux tolérer les prix élevés pendant un certain temps. La forte demande intérieure a également déclenché des pénuries de main-d’œuvre généralisées, ce qui a accéléré la croissance des salaires pour alimenter la hausse de l’inflation dans le secteur des services.

À l’approche du conflit actuel, le taux de chômage au Canada s’est stabilisé, mais il reste élevé après avoir augmenté pendant la majeure partie des dernières années. L’augmentation cette fois-ci reflète également avec exactitude un ralentissement de la demande intérieure qui a entraîné un assouplissement important des pressions inflationnistes de base au début de 2026.



Le PIB par habitant a fortement reculé en 2023 et s’est redressé depuis. À la fin de l’année 2025, il était toutefois resté inférieur aux sommets atteints au début de l’année 2022, lorsque la Banque du Canada a commencé à relever les taux d’intérêt.

Bien sûr, le taux d’épargne des ménages reste plus élevé qu’avant la pandémie, ce qui constitue une protection contre les coûts élevés de l’énergie à court terme. Néanmoins, comme l’économie est plus faible, nous nous attendons à ce que les consommateurs soient beaucoup moins tolérants face à la hausse des prix cette année qu’en 2022.

Après être sorties d’un choc inflationniste important et persistant au cours des années précédentes, les attentes d’inflation des consommateurs et des entreprises canadiennes sont moins ancrées qu’elles ne l’étaient au début de la pandémie. À l’époque, l’inflation était faible et stable depuis des décennies, depuis le début du ciblage de l’inflation par les banques centrales en 1991.



La BdC a finalement réagi avec vigueur à la flambée de l’inflation en 2022 en relevant les taux d’intérêt, confirmant ainsi son engagement en faveur de l’objectif d’inflation de 2 %. Depuis, les anticipations inflationnistes se sont normalisées. Elles ont tout de même dépassé les niveaux d’avant la pandémie en 2024 et 2025.

Comme l’a mis en garde le gouverneur de la BdC, Tiff Macklem, dans le passé, le fait de ne pas répondre aux attentes pourrait faire en sorte que l’inflation demeure élevée, même après la normalisation des prix des intrants, ce qui permettrait à l’inflation élevée de s’enraciner. Elles devraient donc être surveillées de près à mesure que l’incidence des prix élevés du pétrole continuera de se faire sentir.

Dans l’ensemble, le choc des prix des marchandises, bien que marqué, devrait rester concentré et ne pas entraîner une reprise généralisée de l’inflation semblable à celle de 2022.


À propos de l’auteur :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


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