Cet article s’ajoute à l’épisode « Les innovateurs » qui porte sur la technologie sportive : La technologie remporte l’or : comment le Canada peut rebâtir son bassin olympique.
Le 1er novembre 1959, trois minutes après le début d’un match au Madison Square Garden, un tir d’Andy Bathgate, attaquant des Rangers de New York, a fracturé le nez de Jacques Plante. Le gardien des Canadiens de Montréal a quitté la glace, a reçu plusieurs points de suture et est revenu en portant un masque en fibre de verre qu’il avait lui-même moulé. Montréal a gagné 3-1 et a ensuite enchaîné une série de 18 matchs sans défaite. Dès lors, Plante refusa de jouer sans masque. En l’espace d’une décennie, tous les gardiens de but de la ligue avaient emboîté le pas. Plante ne cherchait pas à perturber quoi que ce soit. Il avait simplement décidé que le fait d’arrêter une rondelle gelée avec son visage était un problème qui valait la peine d’être résolu. Depuis, faire preuve d’initiative – cerner un problème, mettre au point une solution et laisser les résultats parler d’eux-mêmes – fait partie du sport canadien.
Un secteur d’une importance économique réelle
Évalué à environ 19 milliards de dollars américains en 2024, le marché mondial de la technologie sportive enregistre une croissance annuelle d’environ 20 %. Le Canada détient une part de marché de 450 millions de dollars américains, soit un peu plus de 3 %, et son taux de croissance annuel est de près de 19 %, ce qui le place parmi les marchés nationaux les plus dynamiques. Pourtant, en matière de financement, le Canada considère le sport et les technologies sportives comme une dépense discrétionnaire. Comme le soulignait David Shoemaker, directeur général du Comité olympique canadien, dans un récent épisode de la série Les innovateurs, les pays comparables « investissent cinq, six, voire dix fois plus que [le Canada] au niveau fédéral ». À elle seule, l’Allemagne investit « environ un milliard de dollars par année dans le sport ».
Ce qu’a produit l’écosystème
Le laboratoire Future of Sport de l’Université métropolitaine de Toronto, lancé avec Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE) en 2015, est l’un des premiers incubateurs de technologie sportive d’Amérique du Nord et a contribué au lancement d’entreprises qui ont collectivement amassé plus de 100 millions de dollars.
Parmi celles-ci figure la société montréalaise Sportlogiq, cofondée par Craig Buntin, ancien patineur artistique olympique, qui a mis au point une technologie d’analyse sportive alimentée par l’IA, maintenant utilisée par presque toutes les équipes de la LNH. On peut également parler de Rapsodo et de 3Motion AI, qui mettent des outils d’entrainement biomécanique entre les mains des athlètes évoluant dans des clubs et des entraîneurs locaux. Ces outils sont maintenant accessibles à partir d’un appareil portatif ou d’une application pour téléphone intelligent.
Le cercle vicieux qu’il faut briser
Le problème avec le secteur des technologies sportives au Canada n’a jamais été ce qui est développé. C’est plutôt ce qui se passe ensuite. En janvier 2026, Sportlogiq a été acquise par Teamworks, une société établie aux États-Unis. Fondée à Halifax, la société Kinduct, dont la plateforme de gestion des athlètes était utilisée par plus de 550 équipes et organisations dans le monde entier, a été rachetée en 2020 par la société mCube, basée dans la Silicon Valley, dans le cadre de ce que son fondateur a qualifié de plus importante cession dans le secteur de la technologie sportive.
Le schéma est bien connu : les fonds publics consacrés à la recherche permettent de lancer l’entreprise, qui fait ses preuves à l’échelle mondiale avant d’être rachetée par des investisseurs étrangers qui fournissent l’infrastructure commerciale dont le Canada ne dispose pas. La même tendance émerge dans le domaine du capital humain. Dans Les innovateurs, Jennifer Heil, cheffe de mission canadienne aux Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan-Cortina et fondatrice d’une jeune entreprise technologique a décrit un « véritable exode des cerveaux » dans le sport de haut niveau, les meilleurs scientifiques et nutritionnistes s’installant aux États-Unis parce que « nous n’avons pas les moyens de les payer à l’heure actuelle ».
Là où les enjeux sont les plus importants
Les trois quarts des médaillés canadiens aux Jeux de Milan-Cortina étaient âgés de 30 ans ou plus. Le bassin de talents s’amenuise : chez Patinage de vitesse Canada, l’équipe pour la Coupe du monde est passée de 24 à 16 patineurs. Près de la moitié des familles canadiennes jugent que le sport organisé est trop cher, et les athlètes de niveau national déboursent jusqu’à 25 000 $ pour représenter leur pays.
La technologie sportive peut s’attaquer directement au problème. Lorsque la gymnaste Marion Thénault, 17 ans, a été repérée pour le Camp des recrues RBC, elle n’avait aucune expérience en ski ; en cinq ans, elle a remporté la médaille de bronze olympique. Un processus de repérage des talents assisté par l’intelligence artificielle pourrait permettre de reproduire ce type de découverte à grande échelle, en touchant des communautés que le recrutement traditionnel ne parviendra jamais à atteindre.
M. Shoemaker imagine ce que cela donnerait grâce à l’IA : « Montrez-nous comment vous sautez, courez ou lancez, et nous vous dirons dans quel sport vous devriez vous inscrire à votre club local. » La jeune entreprise de M. Heil, Revel, repose sur l’idée que l’intelligence artificielle peut « démocratiser l’accès » à des connaissances d’élite sur l’entraînement, auparavant réservées aux athlètes olympiques.
Et en veillant à ce que les entreprises qui développent ces outils restent sous contrôle canadien, on s’assure que les retombées (emplois, propriété intellectuelle, revenus générés par les plateformes) restent ici aussi.
En résumé
Le secteur dispose des entreprises et des infrastructures de recherche nécessaires. Il lui manque toutefois les capitaux nationaux pour permettre aux entreprises de se développer sur le marché intérieur, ainsi qu’une stratégie nationale visant à mettre ces produits à la disposition des jeunes athlètes qui en ont besoin.
Cet écart est visible au sein même du système public : les organismes nationaux de sport n’ont pas vu leur financement de base augmenter depuis 2005 et M. Shoemaker souligne que certains athlètes doivent désormais s’acquitter de frais d’inscription pouvant atteindre 30 000 $. Une stratégie nationale en matière de technologie sportive pourrait considérer les données, les infrastructures et la détection des talents comme des investissements à long terme.
Sabreena Shukul, assistante de recherche, Leadership avisé RBC
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