Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group
Une surcorrection face à la récente hausse de l’immigration irrégulière met sous pression les employeurs, fragilise les collèges et universités, et menace de retarder une nouvelle vague de projets dans les ressources et les infrastructures — alors même que le Canada approche d’un point critique sur le plan démographique.
Le sentiment public et politique au Canada à l’égard de l’immigration devient de plus en plus négatif. Pourtant, cette opinion va à l’encontre des besoins du pays : le vieillissement de la population et la baisse des taux de fécondité font de l’immigration un levier central pour le maintien et l’expansion de la main-d’oeuvre qualifiée. Une réduction drastique de l’immigration pourrait entraîner un recul rapide de la population, compromettant les efforts visant à préserver le niveau de vie, soutenir l’activité économique et commerciale, et atteindre les objectifs économiques à court terme.
Le plan du gouvernement Mark Carney pour restreindre l’immigration intervient après des années de politique expansionniste. Le nombre de résidents temporaires a dépassé les capacités d’accueil au cours du mandat de dix ans de Justin Trudeau, commencé en 2015. Les infrastructures de logement et les services communautaires ont été surchargés, et la productivité a diminué, les travailleurs temporaires à bas salaire réduisant l’incitation pour certaines entreprises à investir dans la technologie, la formation ou l’équipement. Les cibles pour les nouveaux résidents temporaires, y compris les étudiants, ont été réduites de plus de 550 000 en 2026 par rapport à 2024. Les cibles pour les résidents permanents ont été diminuées de plus de 100 000 par rapport aux admissions de 2024. Malgré ces réductions, les Canadiens estiment que le niveau d’immigration reste trop élevé.
Les objectifs plus large d’une intervention gouvernementale pourraient s’avérer difficiles à atteindre. Le budget fédéral de 2025 alloue des milliards de dollars à des projets de construction nationale visant à relancer l’économie et à protéger le Canada contre les menaces géopolitiques. Il prévoit un financement pour soutenir la mise à l’échelle des entreprises canadiennes, reconnaissant que les grandes entreprises créent davantage d’emplois et contribuent de manière disproportionnée à la croissance économique et à la productivité. Par ailleurs, le budget cherche à tirer parti d’occasions importantes comme le développement de l’économie spatiale canadienne, en particulier les capacités de lancement.
La réussite de ces investissements et la capacité à saisir les occasions avant les autres pays dépendront d’une main-d’oeuvre qualifiée : sans une stratégie d’immigration plus intelligente, le Canada a peu de chances d’attirer ces talents essentiels. Les immigrants économiques apportent compétences, expérience, innovation et investissements financiers. Ils seront indispensables pour combler les pénuries de main-d’oeuvre dans des secteurs critiques comme la santé, les technologies, les métiers spécialisés et l’agriculture, comme cela a été le cas par le passé. Les talents internationaux joueront également un rôle clé dans la mise à l’échelle des entreprises canadiennes dans les secteurs stratégiques et pour éviter le déclin démographique dans les régions rurales.
Attirer les talents dont le Canada a besoin sera d’autant plus difficile face à la concurrence mondiale croissante pour la main-d’oeuvre qualifiée. Selon certaines estimations, la population mondiale devrait atteindre un pic vers le milieu des années 2080 et diminue déjà en Europe et en Chine. D’autres pays mettront en oeuvre des politiques d’accueil très attrayantes pour de futurs citoyens, alors que leur population intérieure se réduit. L’approche canadienne en matière d’immigration doit donc être autant axée sur le recrutement que sur la sélection.
La concurrence mondiale pour attirer les meilleurs talents exigera une marque internationale forte que la volatilité récente de la politique risque de compromettre. Les modifications apportées ces dernières années au système de points d’immigration canadien ont créé des possibilités de contournement rendant le système moins prévisible et moins transparent, ce qui décourage la présentation de demandes par les personnes les plus nécessaires au renforcement de l’économie. Le système a été qualifié de « loterie » reposant moins sur le mérite que sur le choix du moment, et critiqué pour ses délais de traitement longs — dépassant deux ans pour ceux entrant par le programme entrepreneurial.
Même si le Canada parvient à relever ces défis de recrutement, rien ne garantit que les nouveaux arrivants resteront au pays. Des recherches récentes montrent qu’un immigrant sur cinq quitte le Canada dans les 25 ans suivant son arrivée, les plus hautement qualifiés présentant les risques de départ les plus élevés. Qu’ils soient nouveaux arrivants ou nés au Canada, de nombreux diplômés canadiens issus de programmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) émigrent après l’obtention de leur diplôme, principalement vers les États-Unis. De plus, les trois principales villes canadiennes où sont concentrées les entreprises en démarrage — Toronto, Vancouver et Montréal — sont loin derrière les leaders mondiaux, captant moins de 5 % des investissements en capital-risque dirigés vers des pôles comme San Francisco, New York ou Boston. Attirer et retenir les meilleurs talents exigera des parcours plus transparents et prévisibles, des délais de traitement accélérés, ainsi que des investissements dans les infrastructures et les services — notamment le logement et les soins de santé — afin d’assurer un niveau de vie élevé. Avec un flux régulier de talents, le Canada sera mieux positionné pour développer ses entreprises et pour investir dans l’innovation nécessaire pour conserver ses meilleurs éléments.
En plus d’attirer des talents de calibre mondial, le Canada peut les former. Les étudiants internationaux représentent une occasion importante que le pays ne doit pas négliger. Les étudiants étrangers diplômés de programmes réputés dans des domaines en forte demande apportent des compétences recherchées et des diplômes reconnus, faisant d’eux d’excellents candidats à la résidence permanente. Ils sont également plus susceptibles de rester au Canada et d’obtenir des revenus plus élevés que les immigrants qui cherchent directement la résidence permanente. Cela suppose, bien sûr, qu’ils choisissent d’abord de venir au Canada.
Le dernier budget fédéral réduit le nombre d’étudiants internationaux pour les deux prochaines années de près de moitié par rapport à l’objectif de 2025. Même à ce nouveau seuil réduit, il est peu probable que l’objectif soit atteint. Les candidatures internationales ont chuté de manière significative, les modifications fréquentes de l’admissibilité au permis de travail post-diplôme suscitant des doutes chez les étudiants potentiels quant à la possibilité que leurs études ouvrent un chemin vers la résidence permanente au Canada. Le nouveau système est également lourd et complexe pour les candidats. Il impose de nouvelles formalités que les étudiants et les établissements doivent respecter, notamment des lettres d’attestation provinciales visant à faire respecter les plafonds annuels de permis.
Le Canada peut rouvrir les filières pour étudiants internationaux et les rendre à nouveau attrayantes en reconstruisant sa réputation de pays accueillant offrant des parcours d’immigration transparents après l’obtention du diplôme. Avec des garde-fous garantissant l’intégrité des collèges et universités, le pays pourrait se concentrer sur l’accueil d’étudiants poursuivant des diplômes ou certificats dans des domaines d’études (par exemple, STIM) qui offrent de bons débouchés après l’obtention du diplôme, y compris des taux de transition plus élevés vers la résidence permanente. Cela éviterait de modifier constamment la liste des programmes admissibles aux permis de travail post-diplôme qui alimente la perception d’instabilité.

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Ont contribué au rapport conjoint de Leadership avisé RBC et d’Eurasia Group :
Gerald M. Butts, vice-président du Conseil et premier conseiller, Eurasia Group
Graeme Thompson, premier analyste et analyste mondial, Macroéconomie, Eurasia Group
John Stackhouse, premier vice-président, Leadership avisé RBC, Bureau du chef de la direction
John Intini, directeur général principal, Rédaction, Leadership avisé RBC
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC
Jackie Pichette, responsable principale des politiques, Aptitudes et enseignement supérieur, Leadership avisé RBC
Shaz Merwat, responsable principal des politiques, Énergie, Leadership avisé RBC
Lavanya Kaleeswaran, directrice générale, Production et numérique, Leadership avisé RBC
Caprice Biasoni, responsable principale, Conception, Leadership avisé RBC
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