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Les droits de douane des États-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs, les perspectives n’ont guère changé

Points saillants :

Le 1er août, les États-Unis ont annoncé qu’ils relevaient les droits de douane dans la limite supérieure de la fourchette prévue de 10 % à 15 %, mais les exemptions pour les échanges commerciaux conformes à l’ACEUM continuent d’en limiter les répercussions sur les produits canadiens.

Nous nous attendons toujours à une détérioration, quoique modeste, du marché canadien du travail. Ces perspectives, combinées à l’augmentation des mesures de relance budgétaire, expliquent pourquoi nous croyons que la Banque du Canada maintiendra sa politique monétaire actuelle.

La Réserve fédérale américaine attendra plus longtemps avant de réduire les taux restrictifs, soit lorsque les capacités inutilisées sur le marché du travail auront atteint un niveau suffisant pour l’emporter sur les craintes d’inflation. Nous pensons que ce sera le cas en décembre.

Enjeu sous la loupe : Les droits de douane américains mis en œuvre cette année devaient être payés par les exportateurs étrangers, revigorer le secteur manufacturier américain et réduire la taille des déficits commercial et budgétaire des États-Unis. Les données préliminaires indiquent qu’ils ont échoué à atteindre ces objectifs, et nous nous attendons à ce qu’ils commencent à être réduits à mesure que le coût net pour l’économie américaine commencera à se faire sentir de manière plus significative.


Un autre mois riche en nouvelles liées au commerce en provenance des États-Unis n’a pas influé sur nos prévisions. Le 1er août, l’annonce de l’augmentation des droits de douane réciproques imposés aux pays qui n’avaient pas conclu d’accord commercial avec les États-Unis a fait passer le taux effectif moyen des droits de douane près de la limite supérieure de la fourchette prévue de 10 % à 15 %, déduction faite des retards de perception et de l’évolution des échanges commerciaux cette année.

Les droits de douane généraux établis dans la loi sur les pouvoirs économiques internationaux d’urgence (IEEPA, de l’anglais International Emergency Economic Powers Act) et imposés au Canada ont augmenté de 25 % à 35 %, mais ils ne s’appliquent qu’aux échanges commerciaux non conformes à l’accord de libre-échange ACEUM. Les droits visant certains secteurs, notamment l’acier et l’aluminium, demeurent en vigueur, mais nous continuons de souligner que les exemptions à l’égard de l’ACEUM constituent le plus important filet de sécurité pour les relations commerciales en Amérique du Nord, permettant à plus de 90 % des exportations canadiennes d’accéder au marché américain sans droits de douane. Par conséquent, nos perspectives pour le Canada n’ont guère changé.

Nous pensons toujours que les droits de douane imposés par les États-Unis sont suffisamment importants pour freiner la croissance américaine. La croissance de l’emploi a déjà ralenti, y compris dans le secteur manufacturier, sensible au commerce, qui était censé bénéficier des droits de douane. Cela augmente la probabilité que la Réserve fédérale réduise les taux d’intérêt plus tôt que ne le prévoit notre scénario de base, qui table sur décembre. Toutefois, la faiblesse historique du taux de chômage et le nombre limité de mises à pied sont davantage synonymes d’un ralentissement graduel du marché du travail que du début d’une récession.

Nous continuons de prévoir une première baisse des taux par la Fed en décembre, une fois que la détérioration du marché du travail sera devenue claire et assez importante pour éclipser les craintes d’inflation. Le ralentissement de l’économie américaine donne aussi à penser que les droits de douane actuels sont trop élevés pour être maintenus, et ils offrent peu d’avantages compensatoires ; ils n’ont pas atteint jusqu’à présent les principaux objectifs fixés (voir Enjeu sous la loupe ci-dessous pour en savoir plus).

  • La croissance du PIB réel au Canada et aux États-Unis devrait encore ralentir au deuxième semestre de 2025, passant d’une moyenne annualisée de 1,1 % à 1,2 % au premier semestre, à 0,7 % à 0,8 %.

  • Les conditions du marché du travail sont en train de se stabiliser au Canada, mais continueront de se détériorer aux États-Unis. Nous pensons que le taux de chômage devrait se stabiliser près de 7 % au Canada, et s’établir près de 6,9 % en juillet, car la majeure partie des effets négatifs des droits de douane pourrait déjà s’être fait sentir. Nous nous attendons à ce qu’il continue de tendre vers 4,5 % aux États-Unis cette année.

  • La hausse du taux de chômage aux États-Unis incitera la Fed à reprendre son cycle d’assouplissement en décembre. Comme l’inflation de base est élevée, les décideurs commenceront à agir lorsqu’ils constateront une hausse soutenue et importante du taux de chômage, possiblement en décembre.

  • Le taux directeur de la Banque du Canada demeure à un niveau adéquat. Les capacités inutilisées actuelles, mais non croissantes, sur le marché du travail canadien compensent le niveau modérément élevé de l’inflation de base, de sorte que la BdC restera sur la touche à court terme. Par ailleurs, l’accroissement du soutien budgétaire devrait réduire le besoin d’abaisser les taux.

  • L’incidence des droits de douane sera plus forte sur l’inflation. Nous nous attendons à ce que les droits de douane, dont les effets ont été retardés parce que les entreprises ont puisé dans leurs stocks accumulés en début d’année, se répercutent de plus en plus sur les prix à la consommation. L’inflation de base devrait continuer de progresser vers 3,5 % aux États-Unis et vers 3,0 % au Canada (compte tenu des droits de douane de représailles limités) d’ici la fin de 2025. 

Banque centrale

Taux directeur actuel

(Dernier changement)

Prochain changement


Banque du Canada

2.75%

0 pb en juil. 2025

0 pb

sept. 2025

En juillet, la BdC a maintenu le taux du financement à un jour pour une troisième réunion consécutive, évoquant la résilience de l’économie, les signes de pressions inflationnistes sous-jacentes et l’incertitude accrue au sujet des droits de douane américains. Comme le taux du financement à un jour se situe au milieu de la fourchette neutre, que les risques d’inflation sont modérément équilibrés et que le soutien budgétaire augmente, nous nous attendons à ce que la BdC maintienne le statu quo dans un avenir prévisible.

Fed

4.25-4.50%

0 pb en juil. 2025

0 pb

sept. 2025

Après que la Fed a adopté une attitude attentiste pendant plusieurs réunions, les plus récentes révisions à la baisse des données sur l’emploi non agricole ont ravivé les perspectives d’une réduction des taux à l’automne. Néanmoins, les données sous-jacentes ont indiqué un taux de chômage stable et des mises à pied modérées. Étant donné l’accélération de l’inflation de base, nous pensons qu’il faudra que des capacités excédentaires supplémentaires sur le marché du travail pour inciter la Fed à réduire les taux d’intérêt, ce qui devrait se produire plus tard en décembre.

Banque d’Angleterre

4.00%

-25 pb en août 2025

0 pb

sept. 2025

Le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à cinq voix contre quatre en faveur d’une réduction du taux directeur de 25 points de base en août. Elle demeure sur la voie de l’assouplissement, bien que la répartition des votes et le procès-verbal de la réunion aient dénoté un ton plus ferme que prévu. Des préoccupations ont été soulevées sur le rythme moins soutenu de l’atténuation des tensions inflationnistes sous-jacentes. Nous nous attendons toujours à ce que la Banque d’Angleterre ne baisse les taux qu’une seule fois en novembre, et que le taux final s’établira à 3,75 %.

BCE

2.00%

0 pb en juil. 2025

0 pb

sept. 2025

La Banque centrale européenne a maintenu le taux des dépôts à 2 % en juillet, mais a surpris le marché en adoptant un ton plus ferme que prévu lors de sa conférence de presse. Sa présidente, Christine Lagarde, a mis l’accent sur les récentes améliorations de la demande intérieure, a écarté le risque que l’inflation reste inférieure à la cible et a réitéré que la BCE est « en bonne position ». Nous prévoyons que le taux des dépôts sera maintenu à 2 %.

RBA

3.60%

-25 bps in août 2025

-25 pb

sept. 2025

Comme prévu, la Reserve Bank of Australia a abaissé le taux du financement à un jour à 3,6 %, ce qui est dans la fourchette des estimations modélisées du taux neutre. La déclaration faite à cette occasion a laissé entrevoir une confiance accrue dans la progression de l’inflation sous-jacente vers le point médian. Compte tenu de la vigueur persistante du marché du travail, nous prévoyons de nouvelles baisses modestes du taux du financement à un jour en novembre et au premier trimestre de 2026, pour un taux final de 3,1 %.


La guerre commerciale n’en est qu’à ses débuts, et les recettes tirées des droits de douane américains sont à la traîne des annonces faites cet été. Néanmoins, les droits de douane perçus en pourcentage des importations américaines ont déjà atteint leur plus haut niveau depuis les années 1940.

Il est important de noter que les droits de douane de cette année ont été établis par les États-Unis avec quatre objectifs principaux :

1. Les faire payer par les exportateurs étrangers.
2. Réduire le déficit commercial des É.-U.
3. Revitaliser le secteur manufacturier des États-Unis.
4. Réduire le déficit public des États-Unis.

Bien qu’il soit encore tôt, les données recueillies jusqu’à présent confortent l’opinion selon laquelle les droits de douane ne permettront probablement pas d’atteindre ces objectifs. Cette perspective, combinée au ralentissement de la croissance aux États-Unis, sous-tend notre opinion selon laquelle les droits de douane actuels ne sont pas viables et qu’ils commenceront à être réduits à l’approche de 2026.

De façon semblable à ce qui s’est produit pendant le premier mandat de l’administration Trump, nous constatons une fois de plus que les acheteurs américains ont absorbé la majeure partie de l’augmentation des coûts liés aux droits de douane américains cette année.

Bien entendu, les importateurs américains paient toujours d’office des droits de douane. Toutefois, les exportateurs étrangers aux États-Unis peuvent transférer une partie de ces coûts en réduisant les prix courants qu’ils demandent aux acheteurs américains.

Toutefois, cela n’a pas été le cas jusqu’à présent. L’indicateur le plus manifeste est la hausse persistante cette année de l’indice des prix des importations aux États-Unis (hors droits de douane), excluant le pétrole. Il en ressort que les acheteurs américains continuent de payer des prix plus élevés, et que le transfert des droits de douane de la part des vendeurs étrangers a été minime.

Les données sur les prix à la consommation indiquent qu’à ce jour, le coût des droits de douane n’a pas été répercuté sur les ménages, ce qui signifie que ce sont les entreprises américaines qui l’absorbent, ce qui met des emplois à risque.

Il existe quelques exemples isolés de réduction concédée des prix ─ le prix des importations de biens ménagers, y compris l’ameublement, a diminué de plus de 3 % depuis le début de l’année. Toutefois, ces réductions demeurent modestes par rapport aux droits de douane américains moyens de 10 % à 15 %, ou aux taux plus élevés imposés à certains pays. Par exemple, la Chine est confrontée à une hausse d’environ 30 % du taux effectif des droits de douane américains depuis janvier, alors que l’indice des prix des importations a baissé de seulement 2 %.

Le secteur manufacturier américain a éprouvé des difficultés pendant une grande partie de la dernière décennie. Par ailleurs, rien n’indique que les droits de douane de cette année ont changé la donne.

Bien que la production et l’utilisation des capacités se soient légèrement améliorées, elles demeurent essentiellement au niveau de 2013-2014. Parallèlement, l’emploi dans le secteur manufacturier a continué de se replier : plus de 100 000 emplois ont été perdus en juillet par rapport à l’an dernier. Les intentions d’embauche futures semblent également faibles, l’indice ISM de l’emploi manufacturier ayant atteint son niveau le plus bas depuis la crise financière mondiale (compte non tenu des périodes de confinement liées à la pandémie de 2020).

En réalité, l’ampleur des dépenses en immobilisations nécessaires pour rapatrier une grande partie de l’activité manufacturière est trop importante pour être justifiée par les entreprises, alors que l’avenir de la politique américaine sur les droits de douane demeure très incertain. Même si les usines pouvaient être relocalisées, leur dotation en personnel serait difficile compte tenu du vieillissement de la population, qui limite structurellement la disponibilité de la main-d’œuvre.

En outre, une relocalisation forcée par les droits de douane pourrait s’avérer contreproductive. Par exemple, les droits de douane imposés en vertu de l’article 232 au cours du premier mandat de l’administration Trump ont temporairement stimulé la production intérieure d’acier et d’aluminium d’environ 2,3 milliards de dollars américains en 2021, selon les estimations de l’U.S. International Trade Commission, mais au prix d’une perte de production de 3,5 milliards de dollars américains dans les industries en aval touchées par la hausse du coût des intrants.

Les répercussions s’étendent également au-delà des frontières des États-Unis. L’augmentation des droits de douane sur l’acier et l’aluminium devrait faire grimper les coûts des fabricants canadiens et mexicains, minant le pouvoir concurrentiel du secteur industriel nord-américain par rapport aux chaînes de production européennes et asiatiques.

Le déficit commercial des marchandises des États-Unis a semblé moins important en juin qu’il y a un an, mais il ne tient pas compte des déficits beaucoup plus importants enregistrés au printemps dernier, lorsque les importateurs se sont précipités pour accumuler des stocks en prévision des hausses prévues des droits de douane.

En cumul annuel (de janvier à juin), le déficit commercial moyen s’est creusé de 28 % en 2025 comparativement à 2024.

Nul ne sait combien de temps il faudra aux entreprises pour épuiser leurs stocks et, d’ici là, les importations resteront plus faibles que d’habitude. Toujours est-il que, sans changement structurel dans les dépenses excessives ou les emprunts étrangers des États-Unis, le déficit commercial devrait s’établir à des niveaux qui ne seront pas sensiblement plus bas.

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’important déficit commercial des États-Unis découle essentiellement des emprunts à grande échelle que le pays a effectués à l’étranger, principalement en raison du déficit budgétaire considérable du gouvernement fédéral. Ces dépenses stimulent la croissance aux États-Unis, mais ont aussi maintenu l’inflation à un niveau élevé et les taux d’intérêt à des niveaux plus élevés qu’ils ne le seraient autrement.

Il est donc peu probable que des progrès significatifs soient réalisés dans la réduction du déficit commercial, tandis que les déficits budgétaires des États-Unis demeurent exceptionnellement élevés. De plus, les dispositions des accords commerciaux conclus récemment par les États-Unis qui encouragent les investissements étrangers vont aussi à l’encontre de la réduction du déficit commercial – l’augmentation des entrées de capitaux étrangers n’est essentiellement qu’une autre forme d’emprunt étranger, et est généralement corrélée à un déficit commercial plus important, et non plus faible.

Le dernier grand objectif des droits de douane est d’augmenter les recettes publiques, ce qu’ils ont réussi. Toutefois, leur apport au déficit fédéral est négligeable.

Depuis avril, l’U.S. Customs and Border Protection a perçu environ 65 milliards de dollars américains de plus en droits de douane qu’à la même période l’an dernier. En extrapolant ces gains et en tenant compte des annonces faites au début d’août, les recettes annuelles totales tirées des droits de douane aux États-Unis devraient atteindre environ 350 milliards de dollars américains.

Ce montant est considérable, mais il ne s’agit que d’une mince contribution par rapport au déficit fédéral, qui devrait passer de 1 800 milliards de dollars américains durant l’exercice en cours à 3 000 milliards de dollars américains en 2034, compte tenu de l’incidence de l’adoption de la loi One Big Beautiful Bill Act.

En outre, les recettes diminueront probablement au fil du temps, à mesure que les entreprises continueront de mettre en œuvre des stratégies pour réduire au minimum leur exposition aux droits de douane. Nous avons noté dans notre dernier article Le point sur les prévisions mensuelles que la substitution des importations en provenance de territoires où les droits de douane sont élevés a déjà réduit les droits de douane pour les acheteurs américains de 10 % cette année. Tout progrès vers l’atteinte des objectifs de relocalisation et de réduction du déficit entraînera une baisse des importations et des recettes tirées des droits de douane.



À propos des auteur

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.

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