Highlights:

La perception des droits de douane a ralenti aux États-Unis, mais les répercussions économiques ne se sont pas entièrement concrétisées. La lenteur du cheminement jusque dans l’économie réelle entraîne une intensification des pressions inflationnistes aux États-Unis alors que l’abordabilité suscite déjà des préoccupations.

Les révisions de nos prévisions sont mineures ce mois-ci. Nous avons légèrement abaissé nos prévisions de croissance du PIB canadien pour le quatrième trimestre de 2025 et celles du taux de chômage aux États-Unis pour cette année.

Toutefois, nos perspectives de base demeurent inchangées. Nous nous attendons toujours à une croissance globalement positive au Canada en 2026, soutenue par une hausse du PIB réel par habitant, ainsi qu’à une stabilisation des conditions du marché du travail aux États-Unis. La nécessité d’un assouplissement monétaire supplémentaire sera donc limitée dans les deux pays, et la Banque du Canada comme la Réserve fédérale américaine devrait maintenir le statu quo cette année.
Issue in focus:

La décision de la Cour suprême sur les droits de douane américains imposés en vertu de l’IEEPA pourrait avoir une incidence sur la position concurrentielle du Canada sur le marché d’importation américain. Néanmoins, nous ne nous attendons pas à ce que la décision influe outre mesure sur nos perspectives pour le Canada, tant que les exemptions aux droits imposés en vertu de l’IEEPA pour les produits conformes à l’ACEUM restent en place.
Changements dans les prévisions :
Nous notons que la perception des droits de douane aux États-Unis semble avoir ralenti vers la fin de 2025 après avoir atteint des niveaux historiquement élevés, ce qui conforte notre optimisme prudent à l’égard du Canada et des États-Unis pour cette année.
Les droits de douane perçus par le département du Trésor des États-Unis ont totalisé un peu moins de 29 G$ US en janvier. Bien que ce soit plus du triple du montant perçu en janvier 2025 (8 G$ US), c’est moins que le sommet de 33 G$ US atteint en octobre dernier. Les baisses sont attribuables à la réduction des droits de douane imposés à la Chine et à l’élargissement de la liste des produits exemptés de droits réciproques, deux mesures en vigueur depuis novembre.
Cela dit, l’incertitude entourant la politique commerciale protectionniste des États-Unis persiste et les effets à retardement des droits de douane sont toujours très présents. La Cour suprême des États-Unis doit bientôt se prononcer sur le statut juridique des droits imposés en vertu de l’IEEPA et cela reste une importante source de volatilité pour nos prévisions, car nous cherchons à déterminer les répercussions des droits (moyennant une visibilité réduite des données) sur l’inflation des biens de base, celle-ci devant encore augmenter au deuxième trimestre.
D’après nous, l’incidence de la décision sur les droits imposés en vertu de l’IEEPA sera faible au Canada, dans la mesure où les exemptions cruciales applicables aux produits conformes à l’ACEUM sont préservées (voir la section Enjeux sous la loupe ci-dessous). Étant tributaires des échanges commerciaux, les secteurs manufacturiers continuent de tirer de l’arrière, mais la propagation au reste de l’économie demeure limitée.
Dans l’ensemble, nous n’avons pas apporté de changements importants à nos prévisions de base en février, seulement quelques ajustements mineurs :
-
La croissance du PIB canadien pour le quatrième trimestre devrait être légèrement inférieure à notre prévision précédente, qui tablait sur une hausse annualisée de 0,5 %. Nous avons revu à la baisse notre prévision pour le trimestre en la ramenant à un niveau nul, mais nous notons que le PIB par habitant devrait continuer de s’améliorer graduellement. Nous nous attendons à ce que cette tendance se poursuive en 2026.
-
Le ralentissement de la croissance du PIB canadien vers la fin de 2025 a été contrebalancé par une amélioration généralisée du marché de l’emploi, le taux de chômage suivant une tendance baissière. En outre, l’inflation de base ralentit, même si elle demeure supérieure à sa cible, confortant la position de la Banque du Canada (BdC) sur un maintien de sa politique. Nous sommes de plus en plus convaincus de cette perspective.
-
Le mois dernier, nous avons expliqué que l’accélération-surprise de la croissance du PIB des États-Unis au second semestre de 2025 était entièrement attribuable à un bond de la productivité plutôt qu’à des gains du côté de l’emploi ou des heures travaillées. Cela dit, les craintes d’une détérioration ont été apaisées par les signes de stabilisation des marchés du travail au début de 2026. Nous avons légèrement revu à la baisse nos prévisions de taux de chômage à court terme, mais nous croyons que la moyenne annuelle restera de 4,5 % en 2026.
-
Il est très important de noter que la visibilité reste réduite, puisque la dernière paralysie partielle du gouvernement américain a repoussé les rajustements annuels de la population de référence (aux données sous-jacentes au taux de chômage) et la publication de l’indice des prix à la consommation de janvier. Les hausses de prix signalées à répétition dans les sondages menés auprès des entreprises confortent notre opinion selon laquelle l’inflation des biens de base s’accélérera de façon plus marquée au deuxième trimestre.
-
Nous nous attendons à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) maintienne le statu quo en 2026, tout en se tenant prête à abaisser le taux cible qui se trouve actuellement à un niveau légèrement restrictif. La nomination de Kevin Warsh à la présidence du FOMC a apaisé les préoccupations à l’égard de l’indépendance de la Fed, mais on peut s’attendre à un changement de style dans les communications à partir de juin, lorsque M. Warsh prendra vraisemblablement la relève de Jerome Powell.


2.25%
0 pb en janv. 2026
0 pb
mars 2026
La BdC a maintenu le taux du financement à un jour à 2,25 % en janvier pour une deuxième réunion consécutive et a réitéré qu’en se situant à la limite inférieure de la fourchette neutre, le taux directeur demeurait « approprié ». Nous nous attendons toujours à ce que la stabilisation des conditions de l’emploi, l’augmentation du soutien budgétaire et l’atténuation des pressions inflationnistes limitent la nécessité d’autres mesures d’assouplissement, de sorte que la BdC devrait rester sur la touche en 2026.


3.5-3.75%
0 pb en janv. 2026
0 pb
mars 2026
La Fed a maintenu ses taux inchangés en janvier, revenant de toute évidence à une approche attentiste, en modulant sa politique une réunion à la fois. Les commentaires du président Powell n’ont guère donné d’indices sur la trajectoire de la Fed. Il a décrit les taux comme étant « globalement neutres ou quelque peu restrictifs » et confirmé que les réductions précédentes devraient être suffisantes pour répondre aux préoccupations soulevées par les deux volets du mandat de la Fed. Nous prévoyons maintenant que la fourchette du taux des fonds fédéraux restera de 3,5 % à 3,75 % en 2026.


3.75%
0 pb en févr. 2026
-25 pb
mars 2026
Le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à 5 voix contre 4 pour le maintien du taux directeur à 3,75 % en février. Le vote partagé a été beaucoup plus serré que prévu et il s’agit de la quatrième réunion sur les cinq dernières qui se sont terminées par un tel résultat. La Banque d’Angleterre a réitéré son orientation en faveur d’un assouplissement, sans, encore une fois, donner d’indication sur le rythme et le moment des baisses de taux. Nous anticipons deux réductions cette année (la prochaine en mars) qui porteraient le taux directeur à 3,25 %.


2.00%
0 pb en févr. 2026
0 pb
mars 2026
La réunion de février de la Banque centrale européenne (BCE) n’a rien apporté de nouveau et les taux sont demeurés inchangés. La présidente Christine Lagarde a minimisé le récent raffermissement de l’euro, tout en reconnaissant que l’inflation évoluait conformément aux attentes de la BCE, et que les risques concernant l’inflation et la croissance étaient maintenant équilibrés. Nous demeurons à l’aise avec notre prévision selon laquelle le taux des dépôts restera à 2 % en 2026.


3.85%
+25 pb en déc. 2025
0 pb
mars 2026
La Reserve Bank of Australia a relevé le taux des liquidités à 3,85 % en février, une décision prise à l’unanimité. Le ton du communiqué et l’ampleur des révisions des prévisions trimestrielles ont tous dégagé un sentiment de fermeté, laissant entrevoir une volonté claire de resserrer davantage la politique pour faire face à la hausse de l’inflation. Nous nous attendons à ce que le taux des liquidités passe à 4,1 % en mai et reste à ce niveau jusqu’à la fin de l’année.
Enjeux sous la loupe :
Préserver les exemptions prévues dans l’ACEUM : la véritable priorité du Canada en attendant la décision de la Cour sur les droits américains imposés en vertu de l’IEEPA
La loi International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) est la principale disposition législative que le gouvernement américain a utilisée l’an dernier pour imposer des droits de douane généralisés et des droits réciproques spécifiques à certains pays. L’attention portée au statut juridique de ces droits de douane augmente avec la décision imminente de la Cour suprême des États-Unis.
Même si nous n’anticipons pas de réduction importante des droits de douane, puisque la volonté politique de les maintenir persiste, la décision survient à un moment crucial et pourrait influencer la confiance à l’égard des cadres commerciaux que l’administration américaine négocie activement avec divers pays, dont le Canada.
Pour le Canada, la décision concernant les droits imposés en vertu de l’IEEPA a peu de répercussions économiques, puisque des exemptions sont accordées pour les biens conformes à l’ACEUM. Dans le passé, ces exemptions ont effectivement protégé la plupart des exportations canadiennes vers les États-Unis des droits imposés en vertu de l’IEEPA.
Cela dit, il y a une distinction importante à faire entre ces exemptions et l’ACEUM lui-même, qui doit être revu en juillet. Même si la révision de l’ACEUM pourrait avoir des conséquences à long terme, nous estimons que son incidence sera limitée à court terme. Nos prévisions pour 2026 sont plutôt tributaires du maintien des exemptions afin que les échanges commerciaux bilatéraux se poursuivent sans heurts avec les États-Unis.
La décision de la Cour suprême des États-Unis sur les droits de douane imposés en vertu de l’IEEPA n’aura pas d’effets notables sur le contexte des droits
Le gouvernement américain a promis de rétablir les droits de douane si ceux appliqués aux termes de l’IEEPA étaient annulés. Il dispose pour cela de diverses autres voies législatives. Par ailleurs, les droits non liés à l’IEEPA, qui représentent environ la moitié des droits de douane américains, ne seront pas touchés par la décision prochaine de la Cour.
Ainsi, les droits de douane imposés en vertu de l’article 232 sur une gamme de produits canadiens clés, comme les métaux, les automobiles et le bois d’œuvre, représentent la majeure partie des droits perçus sur les exportations canadiennes jusqu’à présent. Or, à l’heure actuelle, ces droits ne sont pas dans la mire de la Cour suprême des États-Unis.
Le Canada n’est guère touché par les droits de douane imposés en vertu de l’IEEPA
Selon nos calculs, en novembre, 88 % des exportations canadiennes vers les États-Unis n’étaient pas assujetties à des droits de douane, probablement parce qu’elles étaient conformes aux exigences des règles d’origine de l’ACEUM. Par conséquent, les droits appliqués en vertu de l’IEEPA s’appliquent en réalité à moins de 5 % des exportations vers les États-Unis. En novembre, le taux effectif moyen des droits américains visant le Canada était de 3,7 %, soit le taux le plus faible de tous les principaux partenaires commerciaux des États-Unis.
Il y a de bonnes raisons d’espérer que les exemptions seront maintenues, en grande partie parce qu’elles profitent aux entreprises des deux côtés de la frontière. D’après nos calculs, dans le passé, les exemptions ont effectivement abaissé de 6 % les droits de douane américains moyens, ce qui a particulièrement profité aux importateurs des 23 États américains qui s’approvisionnent principalement au Canada. Cela dit, la possibilité de changements demeure un risque important pour nos prévisions de base.
Le Canada pourrait perdre son avantage concurrentiel à l’échelle mondiale, mais voir la demande des États-Unis augmenter
Pour d’autres grands partenaires commerciaux des États-Unis (à part le Mexique, qui profite également d’un faible taux de droits grâce aux exemptions de l’ACEUM), les droits de douane imposés en vertu de l’IEEPA représentent généralement une part beaucoup plus importante, voire la majorité des droits de douane américains. Les conséquences de la décision prochaine de la Cour suprême seront donc plus importantes pour ces pays.
Si les droits de douane imposés en vertu de l’IEEPA sont annulés et ne sont pas remplacés, d’autres pays pourraient profiter de réductions substantielles des droits. Le Canada pourrait alors perdre son statut de partenaire commercial des États-Unis soumis aux droits de douane les plus faibles. En revanche, les droits de douane américains seront réduits de moitié, ce qui entraînera une augmentation des activités industrielles aux États-Unis et de la demande étrangère.
Nous continuons donc de considérer les risques liés au commerce international qui pèsent sur le Canada comme étant fonction : 1) de la position concurrentielle du Canada sur le marché américain des importations; et 2) de la résilience globale de la demande américaine d’importations en raison de la lourdeur des droits de douane, de telle sorte que l’incidence de la décision concernant les droits imposés en vertu de l’IEEPA sur l’économie canadienne est équilibrée.
À propos de l’auteur
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.