Highlights:

Le risque géopolitique augmente : Selon nous, la hausse des prix du pétrole causée par le conflit au Moyen-Orient devrait, au bout du compte, avoir une incidence neutre sur la croissance économique au Canada et aux États-Unis en 2026 (tous deux exportateurs nets d’énergie), car ses effets varieront beaucoup d’une région à l’autre.

Le contexte commercial se stabilise : Alors que la Cour Suprême s’est prononcée sur les mesures décidées au titre de l’IEEPA et que les États-Unis ont décrété de nouveaux droits de douane au titre de l’article 122, les dispenses prévues par l’ACEUM continuent de protéger le taux tarifaire moyen du Canada, qui reste parmi les plus bas de ceux des partenaires commerciaux des États-Unis. Les droits de douane américains demeurent élevés, mais diminuent graduellement.

La situation entourant le choc pétrolier reste imprévisible : Les prévisions d’inflation globale ont été revues à la hausse, mais les perspectives demeurent stables. Nous n’avons pas modifié nos projections concernant d’autres grands indicateurs économiques (croissance du PIB, taux de chômage et décisions des banques centrales) par rapport à février.
Enjeux sous la loupe :

Les récentes flambées des prix de l’énergie n’ont pas la permanence structurelle nécessaire pour déclencher un rebond des investissements dans le pétrole et le gaz canadiens, en berne depuis dix ans. Si ces investissements n’évoluent pas, l’effet net sur l’économie canadienne devrait être neutre. Nous ne nous attendons pas à ce que la Banque du Canada (BdC) se précipite pour réagir.
Changements dans les prévisions :
La situation au Moyen-Orient continue d’évoluer, et son incidence finale sur la croissance économique, l’inflation et les décisions des banques centrales au Canada et aux États-Unis dépendra de la portée, de la durée et de la façon dont la situation évolue, des facteurs qui restent flous au moment d’écrire ces lignes.
Dans l’ensemble, nous nous attendons à ce que la hausse des prix du pétrole ait un effet net neutre sur la croissance du PIB du Canada et des États-Unis, mais avec d’importantes variations d’une région à l’autre. Dans les régions productrices de pétrole, les revenus plus élevés vont gonfler les bénéfices des sociétés et les redevances gouvernementales, mais dans tout le pays, les consommateurs voient leur facture d’énergie flamber.
Pour cette mise à jour des prévisions, nous avons relevé nos projections globales de l’indice des prix à la consommation en 2026, mais n’avons pratiquement pas modifié nos prévisions de croissance du PIB et de taux de chômage. Nous ne nous attendons pas à ce que les banques centrales se précipitent pour réagir à ce qui est, au fond, un choc de l’offre. Ainsi, selon nous, la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine devraient maintenir leurs taux inchangés en 2026.
Après l’invalidation par la Cour Suprême des mesures prises au titre de l’IEEPA, l’administration américaine a imposé de nouveaux droits de douane au titre de l’article 122, mais près de la moitié des importations américaines en sont exemptées, de même que les biens protégés par l’ACEUM. Le taux tarifaire effectif moyen des États-Unis devrait donc rester légèrement inférieur avec les nouveaux droits de douane, quand bien même l’administration donnerait suite à ses menaces de relever le taux au titre de l’article 122 de 10 %, son niveau actuel, à 15 %.
Ces nouvelles règles tarifaires changent peu la donne pour les échanges commerciaux du Canada. La plupart des exportations canadiennes étaient déjà épargnées par les mesures précédentes de l’IEEPA grâce aux exemptions prévues par l’ACEUM, qui restent en vigueur. La décision de la Cour suprême n’a pas eu d’incidence sur les droits de douane sur les produits relevant de l’article 232, soit l’acier, l’aluminium et les automobiles.
Nous réitérons l’importance de l’ACEUM et des exemptions associées pour nos perspectives concernant le Canada. La décision de l’administration américaine de maintenir ces exemptions face aux nouvelles mesures au titre de l’article 122 rappelle que l’accord présente des avantages réciproques pour les entreprises des deux côtés de la frontière. C’est la raison pour laquelle nous considérons, dans notre scénario de base, que ces exemptions seront préservées.
Compte tenu de l’évolution conforme aux attentes du commerce international et du flou considérable entourant les risques géopolitiques, nous avons maintenu la plupart de nos prévisions ce mois-ci. Plus précisément :
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Après avoir revu à la hausse nos hypothèses concernant les prix pétroliers, nous avons relevé notre profil d’inflation globale pour le Canada et les États-Unis. Pour l’ensemble de l’année, l’IPC global devrait être environ 0,2 point de pourcentage supérieur à nos prévisions précédentes, à 2,4 % pour le Canada et à 2,9 % pour les États-Unis, en moyenne. Les projections de l’IPC de base (hors aliments et énergie) sont maintenues.
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Les autres grandes variables macroéconomiques ont peu changé. La croissance du PIB canadien au quatrième trimestre a été inférieure à ce que nous attendions, mais s’est montrée solide sur certains aspects. Les dépenses des ménages, des gouvernements et des entreprises ont augmenté, ce qui a été contrebalancé par une forte diminution des stocks par les entreprises. Dans l’ensemble, nous maintenons nos perspectives d’amélioration de la croissance du PIB par habitant et de baisse du taux de chômage cette année.
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Les signes de stabilisation des marchés de l’emploi et la hausse des prix à la production aux États-Unis soutiennent notre scénario de base selon lequel le taux de chômage se maintiendra à peu près autour de 4,5 % en 2026. Nous nous attendons toujours à ce que l’IPC de base aux États-Unis augmente pour atteindre un sommet de 3 % au deuxième trimestre, sous l’effet des répercussions tardives des droits de douane.
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La BdC et la Fed devraient faire abstraction de la volatilité à court terme des prix de l’énergie plutôt que de réagir dans la précipitation. Le risque d’une hausse persistante des prix du pétrole à mesure que le conflit se poursuit ou en raison de la destruction des installations pétrolières pourrait nécessiter une réponse différente plus tard.


2.25%
0 pb en janv. 2026
0 pb
mars 2026
La BdC a maintenu le taux du financement à un jour à 2,25 % en janvier pour une deuxième réunion consécutive et a réitéré qu’en se situant à la limite inférieure de la fourchette neutre, le taux directeur demeurait « approprié ». La faiblesse du PIB au quatrième trimestre de 2025 ne devrait pas modifier cette position, car dans le détail, les données ont été robustes. Selon nous, il ne devrait pas être vraiment nécessaire de prendre de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire, et la BdC devrait maintenir le statu quo en 2026.


3.5-3.75%
0 pb en janv. 2026
0 pb
mars 2026
Revenant à une approche attentiste, la Fed a maintenu ses taux inchangés en janvier et module sa politique une réunion à la fois. Jerome Powell, son président, a décrit les taux comme étant « globalement neutres ou quelque peu restrictifs ». Les données récentes aux États-Unis devraient confirmer la prolongation de la position attentiste de la Fed, car les marchés de l’emploi continuent de se stabiliser, tandis que certaines pressions sur les prix liées aux droits de douane commencent à s’accentuer. Nous prévoyons maintenant que la fourchette du taux des fonds fédéraux restera de 3,5 % à 3,75 % en 2026.


3.75%
0 pb en févr. 2026
0 pb
mars 2026
En février, le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à 5 contre 4 pour le maintien du taux directeur à 3,75 %, réitérant sa préférence pour l’assouplissement tout en ne s’engageant pas sur le rythme ou le calendrier des futures réductions. Le marché de l’emploi continue de ralentir, mais il est peu probable que le comité agisse dans ce contexte de choc des prix de l’énergie qui fait grimper l’inflation. Nous prévoyons maintenant une pause en mars.


2.00%
0 pb en févr. 2026
0 pb
mars 2026
La réunion de février de la Banque centrale européenne (BCE) n’a rien apporté de nouveau et les taux sont demeurés inchangés. Sa présidente, Christine Lagarde, a reconnu que l’inflation évoluait conformément aux attentes, et que les risques concernant l’inflation et la croissance sont équilibrés. Nous maintenons notre prévision selon laquelle le taux des dépôts restera à 2 % en 2026. La croissance devrait demeurer supérieure à la tendance et l’inflation, inférieure à la cible.


3.85%
+25 pb en déc. 2025
+25 pb
mars 2026
La Reserve Bank of Australia a relevé le taux des liquidités à 3,85 % en février. Le ton ferme du communiqué et les révisions des prévisions trimestrielles dénotent une volonté claire de resserrer davantage la politique pour faire face à la hausse de l’inflation. Le récent discours de la gouverneure Michele Bullock laisse entrevoir que la réunion du mois de mars se tiendra en direct. Toutefois, compte tenu de la faiblesse des données du PIB au quatrième trimestre, nous maintenons notre prévision de hausse du taux plus tard en mai, et n’attendons pas de changement au-delà.
Enjeux sous la loupe :
Calculs sur le pétrole brut : évaluer la vulnérabilité du Canada face aux prix pétroliers
La flambée des prix du pétrole provoquée par les conflits au Moyen-Orient soulève des questions sur ce que ces événements signifient pour l’économie canadienne, elle-même exportatrice de pétrole. Nous avions déjà abordé ce sujet après le bond des prix du pétrole en 2025, et nous rafraîchissons notre analyse à la lumière des événements récents.
Fondamentalement, les répercussions économiques des variations des prix pétroliers dépendent des facteurs qui les influencent. Comme en juin 2025, il est peu probable que la volatilité des prix due à des événements géopolitiques soit considérée comme suffisamment structurelle pour inverser le déclin des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier canadiens constaté depuis dix ans.
Si les investissements ne changent pas, l’effet à court terme sur le produit intérieur brut devrait être plutôt neutre. L’éventuelle réponse politique de la Banque du Canada (BdC) dépendra notamment de l’ampleur et de la durée de la flambée des prix pétroliers. Tant que l’évolution de la situation ne se clarifie pas, nous nous attendons à une réponse modérée de la BdC.
Les effets nets sur le PIB du Canada et des États-Unis devraient être neutres, avec toutefois des répercussions inégales au niveau régional.
Lorsque les prix pétroliers augmentent, les consommateurs observent une hausse des prix à la pompe presque instantanément. Or, plus les consommateurs consacrent d’argent à leurs achats d’énergie, moins ils ont de pouvoir d’achat pour les autres biens et services – et plus longtemps les prix restent élevés, plus ces arbitrages se compliquent. En situation de forte incertitude économique, les ménages pourraient également être moins enclins à dépenser, ce qui freinerait davantage la demande.
Si la hausse des coûts de l’énergie entrave les dépenses des ménages, d’autres secteurs de l’économie directement liés à la production d’énergie en bénéficient. Les bénéfices des sociétés et les redevances sur les ressources naturelles perçues par les gouvernements augmentent parallèlement aux prix du pétrole, et cela concerne aussi les exportateurs de pétrole que sont le Canada et les États-Unis.
Au Canada, le secteur est moins important qu’il y a dix ans, mais il représentait toujours 6,6 % du produit intérieur brut et 15 % des exportations totales de biens en 2025.
Malgré les avantages économiques découlant de la hausse des prix du pétrole, il reste peu probable qu’une multitude de nouveaux investissements afflue dans les secteurs pétrolier et gazier canadiens. Les grands projets d’exploitation des sables bitumineux – comme ceux qui fleurissaient il y a des décennies – sont particulièrement coûteux et longs à construire. Ils ne sont donc viables que si les prix sont structurellement élevés. De plus, au Canada, la capacité de transport à partir des zones de sables bitumineux enclavées reste limitée.
Aux États-Unis, la vulnérabilité aux chocs sur les prix pétroliers a nettement diminué ces dernières décennies, car la production a augmenté dans le sillage de la révolution du pétrole de schiste. Elle est en effet passée de 5,4 millions de barils par jour en 2004 à 13,5 millions de barils par jour en 2025, selon les estimations de l’Energy Information Administration des États-Unis. Au cours de la dernière décennie, les États-Unis sont passés du statut d’importateur net de produits énergétiques à celui d’exportateur net.
L’incidence globale sur la croissance économique pourrait certes être neutre, mais les effets d’une région à l’autre devraient varier considérablement. Les bénéfices de la hausse des prix du pétrole seront concentrés dans les régions productrices, tandis que la hausse des prix de l’essence affectera tous les consommateurs du pays.
Hors des coûts directs de l’énergie, les effets inflationnistes prennent du temps à se matérialiser
En dehors de l’effet direct sur les prix du carburant, la hausse des prix de l’énergie fait augmenter les coûts d’emballage et les prix des engrais, entre autres intrants essentiels pour les entreprises de multiples secteurs. Ces pressions mettent toutefois du temps à se matérialiser. Il faut que les prix du pétrole restent élevés pendant des mois, et non pendant des jours, pour que l’effet se répercute sur les chaînes d’approvisionnement et influence les décisions des entreprises en matière de prix.
De fait, les tendances historiques incitent à la prudence lorsqu’il s’agit d’anticiper la persistance des hausses de prix causées par des situations géopolitiques. Les conflits peuvent déclencher des flambées soudaines et spectaculaires qui s’atténuent souvent tout aussi rapidement lorsque d’autres sources d’approvisionnement en énergie émergent ou que la situation s’apaise.
Dans un scénario où le prix de référence du pétrole brut West Texas Intermediate reste à 100 $ le baril, l’indice des prix à la consommation global pourrait augmenter de trois quarts de point de pourcentage par rapport à nos prévisions de février (avant l’émergence du récent conflit) pour atteindre cette année un sommet d’environ 3 % au Canada et 3,5 % aux États-Unis.
Ces estimations ne tiennent pas compte des pressions désinflationnistes découlant de la baisse de la demande des ménages pour les biens et services non énergétiques, ce qui pourrait se traduire par une incidence plus modérée sur l’inflation.
Il est peu probable que la hausse des prix du pétrole déclenche des investissements ou une réponse des banques centrales
Par le passé, la BdC a réagi aux fluctuations des prix du pétrole en ajustant son taux directeur. Elle a notamment réduit le taux du financement à un jour de 50 points de base lorsque les prix se sont effondrés en 2015. Toutefois, à l’époque, le choc était d’une nature fondamentalement différente de celui d’aujourd’hui. La baisse de 2015 a été alimentée par une hausse de la capacité de production aux États-Unis, largement considérée comme structurelle et permanente.
Il est peu probable que les perturbations actuelles de l’offre et la hausse des prix du pétrole soient considérées de la même manière. Certes, il existe un risque que le conflit persiste et que les prix du pétrole restent élevés plus longtemps. Mais il est peu probable que cette situation soit considérée comme suffisamment stable ou persistante pour justifier un revirement des investissements des entreprises dans les grands projets de sables bitumineux, presque totalement en pause depuis leur effondrement il y a dix ans.
En part du PIB du Canada, les investissements dans les secteurs pétrolier et gazier en 2025 ont représenté moins de la moitié de ce qu’ils étaient en 2014. Les investissements restants dans le secteur sont désormais essentiellement consacrés à la maintenance de la capacité de production existante – des investissements qui sont insensibles aux fluctuations des prix pétroliers.
Plus tôt ce mois-ci, la sous-gouverneure de la BdC, Sharon Kozicki, a réitéré dans un discours qu’en matière de politique monétaire, la réponse aux chocs de l’offre dépend fondamentalement de leur ampleur et de leur durée. Lorsque les chocs de l’offre sont de courte durée et qu’ils ont des répercussions économiques limitées, la banque centrale en fait généralement abstraction.
Par contre, si le choc de l’offre persiste suffisamment longtemps pour justifier une réponse politique, l’orientation peut également varier selon l’arbitrage effectué entre la production et l’inflation. La hausse des prix de l’énergie accroît mécaniquement l’inflation globale, mais baisse le pouvoir d’achat des ménages, ce qui peut affaiblir la demande de biens et de services non énergétiques et élargir l’écart de production qui touche toute l’économie.
La récente flambée des prix du pétrole a été certes considérable, mais il est trop tôt pour que la BdC y réponde tant que l’évolution de la situation ne s’éclaircit pas. Nous prévoyons toujours que la banque centrale maintiendra son taux directeur en 2026.
À propos de l’auteur :
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
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