
La récente désescalade des tensions commerciales entre le Canada et la Chine est de bon augure pour certains exportateurs des Prairies et des régions côtières, qui ont subi des pertes d’exportation en raison de la réduction de l’accès aux marchés chinois.
La Chine supprimera les tarifs douaniers de 25 % sur les produits de la mer, les pois et la farine de canola canadiens, et les réduira fortement sur les semences de canola, les faisant passer de 75,8 % à 15 % le 1er mars 2026.
En échange, le Canada abaissera les tarifs douaniers sur les importations de véhicules électriques chinois de 100 % à 6,1 %, de sorte qu’il sera possible d’importer jusqu’à 49 000 véhicules électriques (VE) cette année. Ainsi, les VE chinois pourraient représenter moins de 3 % des véhicules enregistrés au Canada à la fin du troisième trimestre de 2025.
Cette décision procurera un répit à court terme aux segments de l’agriculture durement touchés, même si des incertitudes à long terme persistent quant à la durabilité de la trêve et aux répercussions sur la compétitivité du secteur canadien de l’automobile.
Les tarifs douaniers chinois ont nui aux exportations de semences de canola, mais la diversification des échanges commerciaux était déjà entamée
Les exportations de canola du Canada ont reculé d’environ 13 % de janvier à octobre 2025 par rapport à la même période en 2024. Les recettes monétaires agricoles ont reculé de 9 % au cours des trois premiers trimestres de l’an dernier, malgré une production record de canola.
Les tarifs douaniers imposés par la Chine à la mi-août ont eu un effet immédiat sur les exportations de semences de canola vers la Chine en les ramenant à zéro en septembre et en octobre 20251. Elles ont reculé de 60 % de janvier à octobre de l’an dernier, par rapport à 2024.
Toutefois, la baisse des exportations de produits du canola n’est pas exclusivement attribuable à la diminution des expéditions vers la Chine. Environ le tiers de la baisse globale des exportations de produits du canola est attribuable au recul des exportations d’huile de canola destinée principalement aux acheteurs américains.
Des signes indiquaient déjà que les exportateurs canadiens trouvaient d’autres marchés pour les semences de canola directement touchées par les tarifs douaniers de la Chine. Les exportations de semences de canola vers des pays autres que les États-Unis et la Chine ont plus que doublé en 2025 par rapport à octobre un an plus tôt, ce qui a aidé à compenser en partie les pertes liées à l’exportation vers le marché chinois.
Fait intéressant, la part du total des exportations de semences de canola du Canada vers la Chine était déjà passée d’un peu moins de 80 % en septembre 2024 à moins de 50 % au cours des mois suivant l’imposition des tarifs douaniers canadiens sur les véhicules électriques et les métaux chinois, ce qui donne à penser que les organismes de la commercialisation des récoltes avaient anticipé (judicieusement) une hausse du risque que des tarifs douaniers soient imposés sur le canola.
Les exportations vers la Chine d’autres biens soumis aux tarifs douaniers, y compris les produits de la mer et le porc, ont également considérablement diminué, de 31 % et de 19 %, respectivement, en 2025 et en octobre par rapport à l’année précédente. Toutefois, les pertes au chapitre des exportations de ces biens ont été contrebalancées par une hausse des exportations vers d’autres marchés.
Les provinces de l’Ouest et la Nouvelle-Écosse ont été les plus touchées
La Chine est le plus important marché d’exportation pour les semences de canola de la Saskatchewan, de l’Alberta et du Manitoba; ceux-ci représentent ensemble environ 4 milliards de dollars des 6 milliards de dollars d’exportations totales de semences de canola canadiennes en 2024.
Les tarifs douaniers chinois ont contribué à une baisse globale de 10 % des exportations de semences de canola en Saskatchewan, de 10 % en Alberta et de 15 % au Manitoba en 2025 jusqu’en octobre, comparativement à 2024.
Les tarifs douaniers sur les produits de la mer ont largement touché les provinces côtières. Les exportations vers la Chine ont diminué d’environ 30 % en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique en 2025 jusqu’en octobre, ce qui a contribué aux pertes globales liées à l’exportation des produits de la mer visés par les tarifs d’environ 5 % et 10 % pour ces provinces, respectivement, par rapport à l’année précédente. La Chine était le plus important marché d’exportation pour ces biens en Colombie-Britannique (257 millions de dollars) et le deuxième en importance en Nouvelle-Écosse (610 millions de dollars) en 2024.
Certaines provinces ont été en mesure de compenser la baisse des exportations chinoises en se tournant vers d’autres marchés.
L’élimination des tarifs douaniers devrait procurer un certain soulagement, mais l’incertitude demeure
L’élimination des tarifs douaniers sur les produits de la mer, les pois et la farine de canola devrait offrir un répit important aux Prairies, aux régions du Canada atlantique et à la Colombie-Britannique, qui n’ont pas été en mesure de compenser entièrement les pertes liées à l’exportation jusqu’à présent. Pour ces provinces, l’élimination des tarifs douaniers réduit considérablement les risques de baisse indiqués dans nos prévisions de cette année.
Pour les Prairies, la réduction du taux tarifaire sur les semences de canola de 75,8 % à 15 % représente une amélioration importante, même si les droits restants pourraient encore poser des difficultés.
Cpmme le canola canadien fait face à la concurrence sur le marché mondial; il n’est toujours pas évident qu’un acheteur en Chine sera plus prêt à payer un tarif de 15 % qu’un tarif de 75,8 % s’il peut obtenir le canola d’autres pays par l’intermédiaire d’un port côtier aux prix mondiaux exempts de tarifs douaniers. Toutefois, des signes précoces indiquent que d’autres marchés peuvent être repérés pour le canola canadien possiblement assez rapidement (voir ci-dessus).
Du côté des agriculteurs, les producteurs (les preneurs de prix dans un marché mondial) sont plus susceptibles de réagir aux signaux de prix qu’aux changements tarifaires à eux seuls. La trêve procure une certaine confiance à l’approche de la saison d’ensemencement 2026, les prix du canola étant globalement conformes aux niveaux observés à la même période l’an dernier.
Les difficultés ont-elles migré du secteur agricole au secteur automobile?
Le Canada autorisera désormais des importations de VE chinois pouvant aller jusqu’à 49 000 unités, à un taux tarifaire préférentiel de 6,1 %, ce qui est nettement inférieur au taux de 100 % imposé en octobre 2024. Cela porterait les importations chinoises à environ 28 % au-dessus des niveaux de 2023, avant l’imposition de tarifs douaniers sur les véhicules électriques.
À première vue, l’ampleur de la concession semble relativement modeste. À 49 000 unités, les VE chinois représenteraient un peu moins de 3 % des enregistrements de véhicules pour l’année se terminant au troisième trimestre de 2025. Si le contingent devait augmenter à environ 70 000 unités au cours des cinq prochaines années, les importations représenteraient tout de même moins de 4 % des ventes annuelles totales de véhicules.
Toutefois, la réduction des tarifs douaniers rappelle que le secteur manufacturier canadien fait face non seulement à des menaces de perturbations commerciales en provenance des États-Unis, mais aussi à des pressions concurrentielles de la part de puissances manufacturières étrangères comme la Chine.
Répit à court terme, questions à long terme
La trêve proposée devrait procurer un répit à court terme à certains exportateurs canadiens, mais les tarifs douaniers sur la farine de canola, le homard, le crabe et les pois ne sont garantis que jusqu’à la fin de 2026, ce qui soulève des questions quant à la durabilité de la décision. Fait notable : la suppression des tarifs douaniers sur l’huile de canola ou les produits du porc n’a pas été mentionnée dans l’annonce.
Les répercussions à long terme sur le secteur canadien de l’automobile demeurent également incertaines et dépendent d’une longue liste de facteurs tarifaires et non tarifaires, y compris la réglementation. Le gouvernement fédéral s’attend à ce que plus de 50 % des véhicules électriques chinois importés se détaillent sous la barre des 35 000 $ d’ici 2030, ce qui pourrait accentuer les pressions concurrentielles sur les fabricants nationaux et les chaînes d’approvisionnement connexes. En comparaison, le coût moyen d’un VE au Canada se situe à près de 70 000 $.
Salim Zanzana est économiste à RBC. Il se concentre sur les questions macroéconomiques émergentes, allant des tendances du marché du travail aux changements dans la croissance structurelle à long terme du Canada et d’autres économies mondiales.
- Les données du présent rapport sont compilées à partir des données sur le commerce en ligne d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada et ne comprenaient pas encore les données sur le commerce de novembre au moment de la publication. Les données de Statistique Canada sur le commerce international de marchandises pour novembre 2025 montrent que même si les exportations de semences de canola vers la Chine ont légèrement augmenté en novembre, elles ont tout de même diminué de près de 90 % sur 12 mois ↩︎
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.