
Le différend entre le Canada et les États-Unis sur le bois d’œuvre résineux reste un désaccord de longue date qui se caractérise par des rondes successives de mesures commerciales sur plusieurs décennies, mais les derniers droits de douane ont accru les difficultés pour les principales provinces productrices qui sont déjà aux prises avec des problèmes structurels dans l’industrie forestière.
Les droits antidumping et compensateurs, et maintenant les droits de douane supplémentaires sur le bois d’œuvre résineux et les produits dérivés du bois, s’ajoutent à une longue histoire de mesures commerciales appliquées aux exportations canadiennes.
Au-delà de l’incidence immédiate sur les exportateurs des provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique, les réductions soutenues de la production risquent d’exercer des pressions en cascade sur les industries en aval qui dépendent du bois d’œuvre canadien comme intrant clé.
Néanmoins, ces défis pourraient également créer des occasions de repositionnement stratégique.
Le dernier litige suit une longue lignée de précédents
Au cœur du différend se trouvent les autorités américaines qui allèguent que les droits de coupe canadiens (droits versés pour le bois coupé sur les terres de la Couronne) fonctionnent effectivement comme une subvention, ce qui permet de vendre le bois canadien à des prix inférieurs à ceux du marché.
Au Canada, environ 94 % du bois d’œuvre provient de terres publiques assujetties à des droits de coupe, tandis que la majorité du bois d’œuvre américain provient de terres privées et est vendu dans le cadre d’appels d’offres concurrentiels.
Le différend, qui dure depuis plus de quatre décennies, a été entaché par des enquêtes récurrentes, des règlements temporaires négociés et des rondes successives de droits antidumping et compensateurs à la suite de la rupture ou de l’expiration d’accords bilatéraux.
Après l’expiration de l’Accord Canada–États-Unis sur le bois d’œuvre résineux de 2006 en octobre 2015, les États-Unis ont amorcé de nouvelles enquêtes qui ont mené à l’imposition de droits antidumping et compensateurs sur les exportations canadiennes à compter de mai 2017. Ces droits sont révisés chaque année et varient selon le producteur et l’exportateur.
Les derniers droits antidumping et compensateurs ont été établis à un taux combiné d’environ 35,2 % en moyenne à l’été 2025. De plus, les États-Unis ont imposé à la mi-octobre des droits de douane de 10 % sur les exportations canadiennes de bois d’œuvre résineux et de 25 % sur divers produits dérivés du bois, comme les meubles.
Ces mesures sont prises même si les États-Unis dépendent fortement des importations de bois d’œuvre résineux pour compenser l’insuffisance de la production intérieure, puisqu’ils tirent environ 30 % de leur consommation de bois d’œuvre des importations. Ce bois provient principalement du Canada, où les exportations représentaient environ 71 % des importations américaines de bois d’œuvre résineux, évaluées à environ 4,5 milliards de dollars américains en 2025.
L’industrie forestière représente une part plus importante de l’activité dans certaines régions
L’industrie forestière canadienne contribue de façon importante à l’économie nationale, représentant 23 milliards de dollars, ou 1 % du produit intérieur brut (PIB) industriel nominal en 2024, soit plus que l’industrie des arts, du divertissement et des loisirs.
Environ 194 000 Canadiens1 travaillent dans ce segment, lequel est concentré géographiquement avec près de 86 % des employés canadiens œuvrant dans seulement quatre provinces : le Québec, la Colombie-Britannique, l’Ontario et l’Alberta.
L’industrie forestière représentait une part importante du PIB industriel en 2022, soit 5,1 % au Nouveau-Brunswick, 2,8 % en Colombie-Britannique et 2,2 % au Québec. En Colombie-Britannique, le segment de la scierie et de la préservation du bois a été le plus important secteur manufacturier en 2024, les exportations de bois d’œuvre résineux vers les États-Unis représentant environ 6 % du total des exportations de marchandises.
Fait important, l’industrie forestière est souvent au cœur des économies des collectivités éloignées. En Colombie-Britannique, elle représente 9 % des emplois à Prince George et 21 % à Quesnel, tandis qu’au Québec, elle représente 6 % des emplois à Saint-Georges et 13 % à Dolbeau-Mistassini2. Ces collectivités pourraient être particulièrement vulnérables aux répercussions des barrières commerciales.
La production et les volumes d’exportations tendent à la baisse en raison des difficultés commerciales
Les droits antidumping et compensateurs imposés depuis mai 2017 ont aggravé les difficultés auxquelles sont confrontées certaines régions exposées, notamment les feux de forêt, les infestations de dendroctone du pin ponderosa, les réformes réglementaires et la hausse des coûts.
La production canadienne de bois d’œuvre résineux a diminué d’environ 26 % entre 2017 et 2024, la baisse étant plus marquée en Colombie-Britannique, où la production se situe maintenant à environ la moitié des niveaux de 2017.
L’incidence sur la production s’est également reflétée dans les exportations vers les États-Unis, où les exportations canadiennes ont diminué, passant d’environ 87 % des importations totales des États-Unis en valeur en 2017 à 71 % en 2025. La valeur nominale totale des exportations de bois d’œuvre résineux a baissé de 14 % et les volumes d’exportations, d’environ 27 % au cours de la même période3.
Les pertes à l’exportation sont concentrées en Colombie-Britannique et au Québec
Les récentes données commerciales montrent que les exportations de produits du bois ciblés vers les États-Unis ont diminué d’environ 11 % en 2025 par rapport à l’année précédente, les pertes étant concentrées au Québec et en Colombie-Britannique.
Les gains à l’exportation ailleurs n’ont que partiellement compensé la réduction de l’accès aux marchés américains, en partie en raison des contraintes géographiques liées au transport du bois d’œuvre et des produits du bois.
En particulier, les exportations de bois d’œuvre sont traitées différemment selon l’endroit d’où elles proviennent. Les États-Unis considèrent que les prix du bois d’œuvre des provinces de l’Atlantique (à l’exception du Nouveau-Brunswick) sont fondés sur le marché et comparables aux prix nationaux aux États-Unis, ce qui exempte ces exportations des droits antidumping et compensateurs appliqués aux autres provinces.
Cette situation pourrait expliquer le rendement relativement meilleur des exportations dans certaines régions du Canada atlantique que dans les provinces de l’Ouest et du centre. Toutefois, les exportations en provenance de toutes les provinces demeurent assujetties aux droits de douane prévus à l’article 232 appliqués à la mi-octobre 2025.
Les fermetures d’usines accentuent les pressions sur l’industrie forestière
Les récentes réductions d’activité et fermetures d’usines ont exacerbé les difficultés auxquelles fait face l’industrie forestière canadienne.
Le taux d’utilisation moyen de la capacité industrielle pour la fabrication de produits du bois a diminué d’environ 10 points de pourcentage pour s’établir à 75 % au troisième trimestre de 2025, par rapport à 10 ans plus tôt, tandis que l’emploi dans les scieries et la préservation du bois a diminué d’environ 20 % entre mai 2017 et novembre 2025, les baisses étant plus prononcées en Colombie-Britannique (-32 %) et au Québec (-13 %).
L’avenir réserve plusieurs obstacles auxquels l’industrie se heurtera. Le ralentissement de la construction résidentielle aux États-Unis et la baisse prévue des mises en chantier au Canada cette année et l’an prochain exercent des pressions sur la demande à court terme.
La réduction de l’offre intérieure pourrait également exercer des pressions sur les industries en aval, comme les usines de pâtes et papiers et la construction. La faiblesse de la demande et le resserrement de l’offre augmentent le risque de nouvelles réductions de la production et de fermetures d’usines.
Toutefois, ces pressions présentent également des occasions de repositionnement. Les initiatives fédérales et provinciales axées sur le développement de nouveaux marchés d’exportation, en particulier en Asie, la stimulation de la demande intérieure et l’expansion de la production de produits à valeur ajoutée plus élevée, comme le bois massif, pourraient contribuer à diversifier les sources de revenus, à améliorer la rentabilité et à accélérer la compétitivité de l’industrie à long terme.
Le différend sur le bois d’œuvre résineux entre le Canada et les États-Unis devrait également occuper une place importante dans la prochaine révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Une résolution commerciale durable demeure essentielle, mais le succès dépendra de plus en plus de la capacité de l’industrie à accéder à de nouveaux marchés et à développer des produits à plus forte valeur ajoutée, parallèlement aux exportations traditionnelles de bois d’œuvre résineux.
À propos de l’auteur:
Salim Zanzana est économiste à RBC. Il se concentre sur les questions macroéconomiques émergentes, allant des tendances du marché du travail aux changements dans la croissance structurelle à long terme du Canada et d’autres économies mondiales
- Comprend des emplois dans les secteurs suivants : foresterie et exploitation forestière, fabrication de papier, activités de soutien à la foresterie et à la fabrication de produits du bois, selon le Système de comptabilité nationale (SCN) de 2024. ↩︎
- Selon les données d’emploi du recensement de 2021. ↩︎
- Base de données sur le commerce international canadien de marchandises (CICM) de Statistique Canada pour les exportations sous les codes SH 440710, 440711, 440712, 440713, 440714 et 440719. ↩︎
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