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Changement de cap du marché de l’emploi au Canada : rajustement du point d’équilibre de l’emploi

Le marché canadien de l’emploi connaît un changement structurel fondamental en raison d’une pause de la croissance de la population, après une accélération sans précédent au cours des dernières années.

Par conséquent, les critères qui déterminent une croissance de l’emploi « forte » ou « faible » doivent être recalibrés. Le taux d’emploi neutre (le rythme de la création d’emplois nécessaire pour empêcher le chômage d’augmenter) diminue considérablement, car il faut moins d’emplois pour absorber les nouveaux venus sur le marché du travail.

Les données sur le marché canadien de l’emploi sont notoirement volatiles d’un mois à l’autre, mais en moyenne, un taux de création d’emplois plus faible en 2026 (ou même de légères baisses) serait encore suffisant pour faire diminuer le taux de chômage; un contraste marqué par rapport aux années 2023 à 2025 au courant desquelles la solide croissance de l’emploi demeurait insuffisante pour absorber les nouveaux venus sur le marché, ce qui a fait grimper le taux de chômage.

Ce changement fondamental exige que les décideurs et les analystes recalibrent leur interprétation des données sur le marché du travail. Les données sur la croissance économique globale pourraient ne pas être meilleures en 2026, même si nous demeurons prudemment optimistes quant à l’amélioration des conditions économiques par ménage et par travailleur et en ce qui concerne la baisse du taux de chômage.



Lorsque la population canadienne a connu une forte augmentation en 2023 et 2024, la croissance de l’emploi, qui semblait forte d’un point de vue historique, était insuffisante pour suivre le rythme sans précédent de la croissance démographique (et de la population active).

La croissance moyenne de 45 000 emplois par mois en 2023 et de 32 000 emplois par mois en 2024 a été la plus forte croissance jamais enregistrée sur deux ans, à l’exception de la reprise qui a suivi la pandémie.

Pourtant, si l’on tient compte de la croissance démographique et de celle de la population active, le taux de chômage a augmenté de près de deux points de pourcentage au cours de la période, une hausse historiquement impossible à distinguer de celle observée en période de récession. Le taux de croissance de l’emploi qui aurait été nécessaire pour empêcher le taux de chômage d’augmenter au cours de cette période, soit le taux neutre, se rapprochait de 60 000 emplois par mois.

En 2025, la réduction du nombre d’arrivées de résidents temporaires a déjà fait baisser le taux d’emploi neutre à 25 000 emplois par mois. D’ici 2026, ce nombre diminuera encore.

Étant donné que la croissance de la population est au point mort et que son vieillissement fait baisser graduellement le taux de participation de la main-d’œuvre, la main-d’œuvre canadienne pourrait selon nos calculs carrément diminuer au cours de la prochaine année.

Dans ce contexte, le taux de croissance neutre de l’emploi au Canada devrait être légèrement négatif, soit environ -10 000 emplois par mois en moyenne en 2026.

Cela signifie que de modestes pertes d’emplois qui susciteraient normalement des craintes de récession seraient plutôt tout à fait compatibles avec un taux de chômage stable ou légèrement en baisse au cours de la prochaine année. Nos prévisions de création modeste d’emplois seraient tout de même suffisantes pour faire baisser le taux de chômage.



Nous avons déjà fait valoir que la réduction du nombre des arrivées de résidents temporaires au Canada pourrait contribuer à résoudre les problèmes d’abordabilité du logement et d’accessibilité aux services publics à court terme, mais que l’un des coûts de cette mesure sera le vieillissement plus rapide de la population, qui pourrait accroître l’intensité des pénuries de main-d’œuvre futures.

La population canadienne continue de vieillir, ce qui se traduit par le départ à la retraite des baby-boomers nés après la Seconde Guerre mondiale. Il en résulte un écart structurel croissant entre la demande des consommateurs et l’offre de main-d’œuvre disponible, car les retraités demeurent des consommateurs actifs sur le plan économique, mais ils ne fournissent plus d’heures de travail productives.

En moyenne, les nouveaux immigrants sont plus jeunes que la population canadienne. Par conséquent, la réduction des arrivées de résidents temporaires accélérera le vieillissement de la population et accentuera les pénuries de main-d’œuvre futures.

Le vieillissement de la population a déjà fait baisser le taux de participation de la main-d’œuvre canadienne de plus de 4 points de pourcentage depuis 2008, et les baby-boomers continueront d’atteindre l’âge de la retraite en plus grand nombre pendant le reste de la décennie.



Une population vieillissante réduit la main-d’œuvre par rapport à la demande des consommateurs, ce qui peut, à défaut de compenser par des investissements qui améliorent la productivité de la main-d’œuvre, entraîner relativement rapidement un retour des pénuries de main-d’œuvre et rendre les restrictions actuelles en matière d’immigration plus difficiles à soutenir. Cette dynamique façonnera les politiques économiques et le rendement du Canada au courant de la prochaine année et tout au long de la prochaine décennie.

Les décideurs hésiteront à revenir à une forte croissance démographique à court terme, car l’insuffisance de logements et d’offre de services publics est devenue très évidente en 2023 et en 2024.

Toutefois, une population vieillissante a ses propres coûts, et si le taux de chômage diminue comme nous l’anticipons en 2026, des pressions pourraient émerger en 2027 et par la suite, en faveur d’un assouplissement des plafonds restrictifs applicables aux résidents temporaires qui sont actuellement en place.

La hausse du chômage ces dernières années a été quelque peu anormale : les pénuries de main-d’œuvre ont été un problème persistant et croissant pour les entreprises pendant la majeure partie de la décennie précédente. Une population plus âgée signifie que ces pénuries de main-d’œuvre pourraient se produire plus rapidement qu’autrement.


Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.


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