Skip to main content
Capacité financière : décoder les réalités inégales des ménages canadiens

Casse-tête économique au Canada et aux États-Unis l’an dernier : les mesures de la confiance des consommateurs ont atteint un creux historique, malgré la résilience globale des économies.

Une réponse intéressante pour les États-Unis a été le discours d’une économie en « K », où la divergence des réalités des ménages reflète la forme de la lettre elle-même. Les Américains les plus fortunés, qui ont profité du rendement supérieur des revenus et des gains sur actifs, ont accru leur part de consommation. Par conséquent, ils ont soutenu les dépenses globales, même si la plupart des ménages ont plus de difficultés.

La situation du Canada semble différente à première vue : la consommation est plus équitablement répartie entre les catégories de revenu. Mais cela ne signifie pas que les expériences des ménages soient identiques.

Nous explorons trois scénarios de distribution importants concernant les dépenses, le revenu et la richesse des ménages, à l’aide des données de consommation disponibles jusqu’à la fin de 2024 ainsi que des données sur le revenu et la richesse pour le début de 20251. Elles révèlent comment les catégories de revenu canadiennes sont véritablement confrontées à des difficultés et à des facteurs favorables communs depuis la période prépandémique, mais aussi où des disparités ont émergé.

Lorsque les données de 2025 ainsi que les données prospectives seront disponibles, nous pourrons revoir notre opinion des risques sur le lissage de l’inégalité distributionnelle que nous escomptons à l’avenir.

Les personnes à revenu élevé au Canada ne soutiennent pas la consommation globale comme aux États-Unis.

Entre 2019 et 2024, les consommateurs de chaque quintile de revenu ont réduit leurs dépenses moyennes corrigées de l’inflation. Cette situation est cohérente avec les mesures de la baisse de la confiance des consommateurs et les baisses de la croissance du PIB par habitant très médiatisées au cours des trois dernières années.

Fait intéressant, les personnes aux revenus les plus élevés ont été parmi celles qui ont réduit le plus leurs dépenses. Toutefois, ce repli pourrait être moins lié au fait d’être fortement désavantagé sur le plan économique qu’au fait d’avoir eu des priorités différentes pendant le choc des taux d’intérêt de 2022 et 2023. Au cours de cette période, les ménages à revenu élevé ont réduit leurs dépenses au profit de l’épargne, ce qui a entraîné une baisse importante des engagements hypothécaires de 2022 à 2024.



À l’inverse, les deuxième et troisième quintiles n’ont que peu modifié leur consommation réelle. Cette stabilité apparente cache toutefois une pression sous-jacente pour ces tranches de revenu, car les dépenses ont été soutenues par les dépenses contraintes, comme le logement, les services publics et l’alimentation, où les prix ont augmenté plus rapidement que l’IPC global. Par conséquent, une partie des dépenses chez les ménages à revenu moyen a peut-être été involontaire, ce qui témoigne de la nécessité de maintenir les dépenses contraintes plutôt que les dépenses discrétionnaires.

Pour les ménages à faible revenu, les prix plus élevés sont encore plus difficiles à éviter. L’augmentation relativement faible des dépenses alimentaires (même si les prix ont augmenté) donne à penser que certains ménages ont délaissé les dépenses alimentaires traditionnelles en ayant plus recours aux banques alimentaires.

Selon Banques alimentaires Canada, le recours aux banques alimentaires a augmenté de 90 % entre 2019 et 2024. Les autres transferts sociaux en nature, pour lesquels Statistique Canada indique le recours aux banques alimentaires, ont augmenté de près de 40 % pour les ménages à faible revenu au cours de la même période, contre 28 % pour l’ensemble des ménages.

Les tendances entre les quintiles de revenu sont touchées par des problèmes de composition, car la composition exacte des ménages peut changer d’une période à l’autre. Les quintiles sont également hétérogènes pour chaque période, ce qui signifie qu’il y a une différence importante de situation économique des personnes qui sont relativement proches en matière de distribution de revenu.

Prenons le quintile de revenu supérieur. Ce groupe n’a pas de limite supérieure définie, et regroupe les personnes à revenu élevé et celles qui atteignent à peine le seuil d’entrée.

De même, les groupes d’âge plus élevés ont tendance à être surreprésentés parmi les ménages à faible revenu, même si les aînés constituent la tranche d’âge la plus riche au Canada. Cette concentration peut fausser les tendances en matière de dépenses, car les personnes âgées à faible revenu sont plus susceptibles d’avoir une épargne ou une réserve de patrimoine accumulé pour les protéger des contraintes de dépenses auxquelles font face les autres groupes à faible revenu.

Tout comme pour les dépenses, il existe de nombreuses divergences économiques entre les Canadiens en ce qui a trait au revenu, si l’on y regarde de plus près.

Une première analyse montre que la plupart des Canadiens ont vu leur situation s’améliorer depuis la pandémie. C’est-à-dire que la plupart des catégories de revenu ont enregistré des gains réels (corrigés de l’inflation) du revenu disponible moyen de 2020 à 2024 par rapport à la période prépandémique. Les groupes à faible revenu affichent la plus forte amélioration proportionnelle.

Mais les gains n’ont pas été tout à fait uniformes. La moyenne du revenu réel du troisième quintile n’a pas augmenté au cours de cette période. Mais l’écart de revenu – un ratio qui compare le revenu des deux quintiles supérieurs à celui des deux quintiles inférieurs – s’est légèrement creusé, car les gains de valeur en dollars du sommet ont été plus importants.

Fait crucial, la composition des gains de revenu influe probablement beaucoup sur la perception qu’ont les ménages de l’amélioration de leur situation économique. Trois composantes du revenu disponible ont joué un rôle très différent dans les gains de divers groupes, de sorte que, si l’on se concentre sur la période plus courte de 2022 à 2023, on constate que la tranche inférieure de 80 % de la répartition des revenus a enregistré une croissance négative du revenu réel sur 12 mois au cours de la période. Au cours de la même période, les gains de revenu réel des ménages à revenu élevé ont été très positifs. Ces composantes comprennent les suivantes :

  1. Les transferts gouvernementaux ont fait le plus gros du travail au début de la pandémie, mais ils ont considérablement diminué.

    Les transferts ont été, de loin, le facteur positif le plus important ayant contribué aux gains moyens du revenu disponible réel des quatre groupes inférieurs entre 2019 et 2024. Toutefois, la majorité de ces transferts ont été concentrés pendant la pandémie, lorsque leur flambée a temporairement réduit les inégalités de revenu.

  2. La croissance de la rémunération a stagné en raison de la faiblesse du marché de l’emploi.

    Les quatre quintiles de revenu inférieurs ont enregistré des gains en rémunération réels incohérents de 2021 à 2024, de sorte que la rémunération a nui à la croissance moyenne du revenu disponible réel depuis avant la pandémie. Les ménages à faible revenu ont enregistré la plus forte contribution négative, ce qui concorde avec les conclusions selon lesquelles les travailleurs à faible revenu subissent habituellement le plus les replis du marché de l’emploi. Les ménages à revenu élevé ont enregistré une contribution nette positive de leur rémunération.

  3. Les taux d’intérêt élevés ont exercé des pressions supplémentaires.

    Les paiements d’intérêts ont bondi de 40 % dans toutes les catégories de revenu entre 2019 et le sommet de 2024, mais de près de 60 % pour le quintile inférieur. Cette disparité signale que les ménages à faible revenu sont plus endettés proportionnellement à leur revenu, ce qui les rend plus vulnérables aux hausses de taux. Le quintile de revenu supérieur a également connu une augmentation importante des paiements d’intérêts, mais ces charges ont été plus compensées par les revenus d’intérêts provenant des actifs financiers du groupe.



Malgré les difficultés économiques, le patrimoine net de toutes les catégories de revenu s’est amélioré depuis 2019.

Cette situation s’explique en partie par l’amélioration des taux d’épargne depuis la période qui a précédé la pandémie, c’est-à-dire que la part du revenu des ménages mise de côté ou investie a augmenté, ce qui se traduit par une épargne excédentaire. Cette situation est particulièrement vraie pour les deux premiers quintiles de revenu qui ont un taux d’épargne soutenu supérieur aux habitudes précédant la pandémie.

Pour les trois quintiles inférieurs, qui dépensent régulièrement plus qu’ils ne gagnent2, des taux d’épargne plus élevés se traduisent par une moindre accumulation de dette, ce qui demeure un avantage net pour leur bilan. Cette amélioration s’est produite pendant la pandémie, soutenue par les transferts gouvernementaux, mais les taux d’épargne sont revenus au niveau d’avant la pandémie, voire leur sont inférieurs. Le troisième quintile a connu un taux de désépargne plus élevé que la normale après la pandémie, qui a plus qu’annulé ses gains réalisés pendant la pandémie.

La hausse de l’épargne n’a toutefois pas été le principal facteur de croissance de la richesse entre 2019 et 2024. L’appréciation des prix des propriétés – en hausse de 25 % à l’échelle nationale depuis 2019, malgré les récentes baisses – et la croissance des actifs financiers non liés à la pension (comme les gains des marchés boursiers) sont plus importantes.

Étonnamment, ces gains ont favorisé les groupes à faible revenu, ce qui a permis de réduire considérablement l’écart de richesse. Le ratio qui compare la richesse du quintile supérieur aux deux quintiles inférieurs est passé de 3,2 fois en 2019 à 2,1 fois en 2024.

Cette situation s’explique en partie par la surreprésentation des personnes âgées (qui sont plus susceptibles d’être propriétaires) dans le quintile de revenu inférieur. Toutefois, même en excluant les gains de richesse des 65 ans et plus, la cohorte des plus faibles revenus a tout de même enregistré la croissance de richesse la plus rapide entre 2019 et 2024, bien que dans une moindre mesure. Les gains de richesse déséquilibrés en faveur des ménages à faible revenu sont difficiles à expliquer pleinement et constituent un paradoxe qui se reflète dans les dynamiques démographiques.

Récemment, les gains de patrimoine ont commencé à s’accumuler davantage dans les groupes à revenu élevé (voir ci-dessous).



Les données précoces sur la distribution du revenu en 2025 et nos propres prévisions de croissance économique façonnent nos attentes à l’égard de l’évolution de la situation.

La tranche inférieure de 80 % de la distribution des revenus a déjà connu un certain répit, car la stagnation des salaires a marqué le pas. En 2024, la croissance sur 12 mois du revenu disponible réel est devenue positive et d’autres gains ont été enregistrés depuis le début de 2025. Par conséquent, l’accroissement de l’inégalité des revenus qui avait marqué 2022 et 2023 a déjà montré des signes d’atténuation. La nouvelle amélioration attendue des marchés de l’emploi cette année devrait contribuer à limiter la divergence dans l’économie et à renforcer la confiance des ménages.

Toutefois, cette prévision de base comporte deux risques importants. Le premier est l’inflation des prix alimentaires, qui devrait rester élevée en 2026, autour de 4 %. L’alimentation représente environ 11 % du panier de consommation des ménages, toutes catégories confondues. De plus, comme il s’agit d’achats fréquents, la hausse de ces prix peut avoir une influence démesurée sur les perspectives économiques.

Le deuxième est celui des gains en capital réalisés. Les marchés boursiers ont été propulsés vers le haut. En effet, l’indice de rendement total S&P/TSX a progressé de plus de 70 % entre le début de l’année jusqu’à la fin de février 2026 par rapport à la fin de 2023. Les gains en capital réalisés ne font pas partie des données sur le revenu ci-dessus, mais d’autres données de Statistique Canada disponibles pour 2023 donnent à penser qu’ils ne produisaient probablement pas de changements importants dans la distribution du revenu à cette période.

L’essor des marchés pourrait déjà avoir changé cela en raison de la répartition biaisée des gains en capital : la tranche supérieure de 10 % des personnes qui gagnent le plus représente habituellement environ 70 % des gains en capital réalisés. Cette concentration a déjà commencé à remodeler la distribution du patrimoine, l’appréciation récente des actifs ayant favorisé les ménages à revenu élevé et annulé en partie le resserrement précédent de l’écart de richesse.


À propos des auteurs :

Cynthia Leach est économiste en chef adjointe à RBC et responsable de l’analyse économique et politique structurelle de l’équipe. Elle a rejoint l’équipe en 2020.

Rachel Battaglia est économiste à RBC. Elle est membre du groupe d’Analyse macroéconomique et régionale et fournit des analyses des perspectives macroéconomiques provinciales. Elle est titulaire d’un baccalauréat en économie (avec distinction) de l’Université Western Ontario et d’une maîtrise en sciences de l’Amsterdam School of Economics.


  1. Les comptes de distribution trimestriels de Statistique Canada maintiennent la part de consommation constante, ce qui laisse entrevoir une stabilité potentiellement trompeuse. Par conséquent, nous utilisons les données annuelles sur la consommation actuellement disponibles jusqu’à la fin de 2024. Les données trimestrielles sur le revenu, disponibles jusqu’au troisième trimestre de 2025, sont plus instructives. ↩︎
  2. La composition des ménages par quintile de revenu change au fil du temps, de sorte que les ménages individuels peuvent voir leur situation financière s’améliorer au fil du temps, même si généralement les trois quintiles inférieurs désépargnent. ↩︎

Il existe une nuance dans l’analyse distributionnelle où les conclusions peuvent changer en fonction de l’ensemble de données et des paramètres appliqués.

Les données utilisées dans le présent document proviennent du document de Statistique Canada intitulé Comptes économiques du secteur des ménages canadiens répartis selon le revenu, la consommation, l’épargne et le patrimoine. Ces données sont actuelles et conformes aux comptes nationaux trimestriels du Canada. Elles n’incluent pas les résidents temporaires dans l’échantillon de ménages.

Toutefois, il y a des défis. Le premier est la façon dont l’alignement des comptes nationaux limite la définition du revenu. Par exemple, les gains en capital réalisés ne sont pas inclus, tandis que les loyers imputés – le flux de services de logement accumulés par les propriétaires (représentés par les loyers du marché), qui peuvent ne pas ressembler à des gains en revenu – le sont dans le revenu disponible (ils sont déduits de l’épargne).

L’unité d’analyse du patrimoine est calculée par ménage. L’analyse de la consommation et du revenu est fondée sur les unités de consommation, une mesure pondérée qui tient compte des différences dans la taille et la composition des ménages.

Par exemple, deux personnes qui partagent un logement dépensent habituellement moins pour le logement que deux ménages comptant chacun une personne. En utilisant les unités de consommation, nous normalisons ces économies d’échelle, ce qui rend les habitudes de dépenses plus directement comparables entre les ménages.

Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.

Obtenez les dernières prévisions et analyses de RBC économique.
Abonnez-vous maintenant