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Calculs sur le pétrole brut : évaluer la vulnérabilité du Canada face aux prix pétroliers

La flambée des prix du pétrole provoquée par les conflits au Moyen-Orient soulève des questions sur ce que ces événements signifient pour l’économie canadienne, elle-même exportatrice de pétrole. Nous avions déjà abordé ce sujet après le bond des prix du pétrole en 2025, et nous rafraîchissons notre analyse à la lumière des événements récents.

Fondamentalement, les répercussions économiques des variations des prix pétroliers dépendent des facteurs qui les influencent. Comme en juin 2025, il est peu probable que la volatilité des prix due à des événements géopolitiques soit considérée comme suffisamment structurelle pour inverser le déclin des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier canadiens constaté depuis dix ans.

Si les investissements ne changent pas, l’effet à court terme sur le produit intérieur brut devrait être plutôt neutre. L’éventuelle réponse politique de la Banque du Canada (BdC) dépendra notamment de l’ampleur et de la durée de la flambée des prix pétroliers. Tant que l’évolution de la situation ne se clarifie pas, nous nous attendons à une réponse modérée de la BdC.

Lorsque les prix pétroliers augmentent, les consommateurs observent une hausse des prix à la pompe presque instantanément. Or, plus les consommateurs consacrent d’argent à leurs achats d’énergie, moins ils ont de pouvoir d’achat pour les autres biens et services – et plus longtemps les prix restent élevés, plus ces arbitrages se compliquent. En situation de forte incertitude économique, les ménages pourraient également être moins enclins à dépenser, ce qui freinerait davantage la demande.

Si la hausse des coûts de l’énergie entrave les dépenses des ménages, d’autres secteurs de l’économie directement liés à la production d’énergie en bénéficient. Les bénéfices des sociétés et les redevances sur les ressources naturelles perçues par les gouvernements augmentent parallèlement aux prix du pétrole, et cela concerne aussi les exportateurs de pétrole que sont le Canada et les États-Unis.

Au Canada, le secteur est moins important qu’il y a dix ans, mais il représentait toujours 6,6 % du produit intérieur brut et 15 % des exportations totales de biens en 2025.



Malgré les avantages économiques découlant de la hausse des prix du pétrole, il reste peu probable qu’une multitude de nouveaux investissements afflue dans les secteurs pétrolier et gazier canadiens. Les grands projets d’exploitation des sables bitumineux – comme ceux qui fleurissaient il y a des décennies – sont particulièrement coûteux et longs à construire. Ils ne sont donc viables que si les prix sont structurellement élevés. De plus, au Canada, la capacité de transport à partir des zones de sables bitumineux enclavées reste limitée.

Aux États-Unis, la vulnérabilité aux chocs sur les prix pétroliers a nettement diminué ces dernières décennies, car la production a augmenté dans le sillage de la révolution du pétrole de schiste. Elle est en effet passée de 5,4 millions de barils par jour en 2004 à 13,5 millions de barils par jour en 2025, selon les estimations de l’Energy Information Administration des États-Unis. Au cours de la dernière décennie, les États-Unis sont passés du statut d’importateur net de produits énergétiques à celui d’exportateur net.

L’incidence globale sur la croissance économique pourrait certes être neutre, mais les effets d’une région à l’autre devraient varier considérablement. Les bénéfices de la hausse des prix du pétrole seront concentrés dans les régions productrices, tandis que la hausse des prix de l’essence affectera tous les consommateurs du pays.

En dehors de l’effet direct sur les prix du carburant, la hausse des prix de l’énergie fait augmenter les coûts d’emballage et les prix des engrais, entre autres intrants essentiels pour les entreprises de multiples secteurs. Ces pressions mettent toutefois du temps à se matérialiser. Il faut que les prix du pétrole restent élevés pendant des mois, et non pendant des jours, pour que l’effet se répercute sur les chaînes d’approvisionnement et influence les décisions des entreprises en matière de prix.

De fait, les tendances historiques incitent à la prudence lorsqu’il s’agit d’anticiper la persistance des hausses de prix causées par des situations géopolitiques. Les conflits peuvent déclencher des flambées soudaines et spectaculaires qui s’atténuent souvent tout aussi rapidement lorsque d’autres sources d’approvisionnement en énergie émergent ou que la situation s’apaise.



Dans un scénario où le prix de référence du pétrole brut West Texas Intermediate reste à 100 $ le baril, l’indice des prix à la consommation global pourrait augmenter de trois quarts de point de pourcentage par rapport à nos prévisions de février (avant l’émergence du récent conflit) pour atteindre cette année un sommet d’environ 3 % au Canada et 3,5 % aux États-Unis.

Ces estimations ne tiennent pas compte des pressions désinflationnistes découlant de la baisse de la demande des ménages pour les biens et services non énergétiques, ce qui pourrait se traduire par une incidence plus modérée sur l’inflation.

Par le passé, la BdC a réagi aux fluctuations des prix du pétrole en ajustant son taux directeur. Elle a notamment réduit le taux du financement à un jour de 50 points de base lorsque les prix se sont effondrés en 2015. Toutefois, à l’époque, le choc était d’une nature fondamentalement différente de celui d’aujourd’hui. La baisse de 2015 a été alimentée par une hausse de la capacité de production aux États-Unis, largement considérée comme structurelle et permanente.

Il est peu probable que les perturbations actuelles de l’offre et la hausse des prix du pétrole soient considérées de la même manière. Certes, il existe un risque que le conflit persiste et que les prix du pétrole restent élevés plus longtemps. Mais il est peu probable que cette situation soit considérée comme suffisamment stable ou persistante pour justifier un revirement des investissements des entreprises dans les grands projets de sables bitumineux, presque totalement en pause depuis leur effondrement il y a dix ans.



En part du PIB du Canada, les investissements dans les secteurs pétrolier et gazier en 2025 ont représenté moins de la moitié de ce qu’ils étaient en 2014. Les investissements restants dans le secteur sont désormais essentiellement consacrés à la maintenance de la capacité de production existante – des investissements qui sont insensibles aux fluctuations des prix pétroliers.

Plus tôt ce mois-ci, la sous-gouverneure de la BdC, Sharon Kozicki, a réitéré dans un discours qu’en matière de politique monétaire, la réponse aux chocs de l’offre dépend fondamentalement de leur ampleur et de leur durée. Lorsque les chocs de l’offre sont de courte durée et qu’ils ont des répercussions économiques limitées, la banque centrale en fait généralement abstraction.

Par contre, si le choc de l’offre persiste suffisamment longtemps pour justifier une réponse politique, l’orientation peut également varier selon l’arbitrage effectué entre la production et l’inflation. La hausse des prix de l’énergie accroît mécaniquement l’inflation globale, mais baisse le pouvoir d’achat des ménages, ce qui peut affaiblir la demande de biens et de services non énergétiques et élargir l’écart de production qui touche toute l’économie.

La récente flambée des prix du pétrole a été certes considérable, mais il est trop tôt pour que la BdC y réponde tant que l’évolution de la situation ne s’éclaircit pas. Nous prévoyons toujours que la banque centrale maintiendra son taux directeur en 2026.


À propos des auteurs :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.

Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.


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