{"id":2458,"date":"1952-09-01T00:00:00","date_gmt":"1952-09-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/septembre-1952-conservons-le-sol\/"},"modified":"2022-10-17T18:39:23","modified_gmt":"2022-10-17T18:39:23","slug":"septembre-1952-conservons-le-sol","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/septembre-1952-conservons-le-sol\/","title":{"rendered":"Septembre 1952 &#8211; Conservons le sol"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e0 conserver nos ressources \u00e9tonne certaines gens. Ils ont encore la vision de vastes territoires vierges &#8211; tout l&rsquo;Ouest \u00e0 peupler &#8211; le Canada grenier du monde &#8211; etc.<\/p>\n<p>On pouvait penser autrefois que le principal but de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e9tait d&rsquo;asservir la nature. Nous nous rendons clairement compte aujourd&rsquo;hui que, pour rester rois de la cr\u00e9ation, nous devons collaborer avec la nature.<\/p>\n<p>Le fait que les parties du monde propres \u00e0 la culture sont limit\u00e9es nous oblige \u00e0 employer et conserver le sol de la meilleure mani\u00e8re possible. Le Dr E. S. Archibald, directeur du service des fermes exp\u00e9rimentales \u00e0 Ottawa, et membre de l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture des Nations Unies, a estim\u00e9 en 1949 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait que deux arpents pour nourrir chaque habitant du globe.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas beaucoup par personne, mais cela suffit si nous en usons intelligemment et soigneusement. C&rsquo;est pourquoi les cultivateurs adoptent de nouvelles m\u00e9thodes, et apprennent \u00e0 faire usage de la science et de la technologie.<\/p>\n<p>La conservation fait pour ainsi dire partie de notre mani\u00e8re de vivre\u00a0; elle a pour but d&rsquo;am\u00e9liorer et de prolonger nos moyens d&rsquo;existence. Le facteur humain est la base de tout programme de conservation dont il est en m\u00eame temps la raison d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a cependant aucune occasion de s&rsquo;effrayer. Il est vrai que nous n&rsquo;avons pas encore accompli de merveilles, mais nous avons fait de grands progr\u00e8s dans cette voie depuis quelques ann\u00e9es. Les r\u00e9sultats semblent maigres par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;il reste \u00e0 faire. Ils ont \u00e9t\u00e9 lents au d\u00e9but parce que le programme \u00e9tait trop ambitieux et le public s&rsquo;en est d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Mais nous commen\u00e7ons \u00e0 nous mettre au pas de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>Qu&rsquo;est-ce que la conservation\u00a0?<\/h3>\n<p>C&rsquo;est la gestion \u00e9clair\u00e9e et consciencieuse des ressources. C&rsquo;est la mise en valeur doubl\u00e9e de protection. L&#8217;emploi \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Conserver ne signifie pas seulement mettre un frein \u00e0 la production de r\u00e9coltes et de min\u00e9raux ou \u00e0 la coupe des arbres. Il ne s&rsquo;agit pas de th\u00e9sauriser, mais de faire des choix judicieux. La conservation s&rsquo;inspire de trois principes g\u00e9n\u00e9raux. D&rsquo;abord, l&#8217;emploi des ressources principalement pour l&rsquo;usage qui leur convient le mieux\u00a0: par exemple, le p\u00e9trole brut peut remplacer la charbon comme moyen de chauffage mais, sous forme d&rsquo;essence, il a d&rsquo;autres usages auxquels le charbon ne saurait pr\u00e9tendre. Ensuite, la pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e aux ressources continuelles ou renouvelables au lieu des ressources fondamentales\u00a0: v\u00e9g\u00e9tation, eau et soleil au lieu de min\u00e9raux, quand la substitution est \u00e9conomiquement possible. Et enfin, la protection des sources d&rsquo;approvisionnement.<\/p>\n<p>En un mot, conserver c&rsquo;est \u00ab\u00a0faire usage sans \u00e9puiser\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en m\u00eame temps rendre la productivit\u00e9 aux ressources us\u00e9es ou d\u00e9labr\u00e9es, et choisir le terrain propre aux meilleurs r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Un rapport du service de la conservation du sol des \u00c9tats-Unis publi\u00e9 en 1948 dit ceci\u00a0: Sur environ 450,000,000 d&rsquo;acres actuellement class\u00e9es comme cultivables, pr\u00e8s de 60,000,000 devraient \u00eatre d\u00e9clar\u00e9es impropres \u00e0 la culture. \u00ab\u00a0Ce sont des terres trop escarp\u00e9es, trop pauvres, d&rsquo;une couche trop mince ou trop susceptible \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion pour donner de bonnes r\u00e9coltes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans notre syst\u00e8me \u00e9conomique qui laisse enti\u00e8re libert\u00e9 aux cultivateurs, personne n&rsquo;a l&rsquo;autorit\u00e9 de d\u00e9clarer une terre impropre \u00e0 la culture. Chaque propri\u00e9taire fait l&rsquo;usage qui lui pla\u00eet de son terrain, mais il a toutefois la ressource d&rsquo;appeler le gouvernement \u00e0 son aide.<\/p>\n<h3>L&rsquo;agriculture au Canada<\/h3>\n<p>Il est \u00e9vident que l&rsquo;exploitation du sol est \u00e0 la fois un probl\u00e8me national, un probl\u00e8me local et un probl\u00e8me individuel.<\/p>\n<p>Le Canada, dit le recensement de l&rsquo;an dernier, a 174,000,000 d&rsquo;acres en culture, environ 7\u00bd pour cent de toute sa terre ferme. Nos exportations de grains ont \u00e9tabli un record pendant la saison de r\u00e9colte termin\u00e9e le 31 juillet 1952\u00a0: 509,000,000 de boisseaux, y compris 357,000,000 de boisseaux de bl\u00e9 et farine, 72,000,000 de boisseaux d&rsquo;avoine, et 70,000,000 de boisseaux d&rsquo;orge.<\/p>\n<p>Combien de terrain cultivable nous reste-t-il\u00a0? Le Dr Archibald a dit au cours d&rsquo;une conf\u00e9rence \u00e0 UNESCO en 1949 que la superficie propre \u00e0 la culture au Canada varie de 350,000,000 d&rsquo;actes a environ 130,000,000. Le premier chiffre comprend le terrain arable, et le dernier le terrain sur lequel un cultivateur serait \u00e0 m\u00eame de se suffire au niveau des conditions \u00e9conomiques et techniques actuelles. \u00ab\u00a0Les terres vierges et cultivables du Canada, propres \u00e0 l&rsquo;agriculture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb, a-t-il dit, \u00ab\u00a0n&rsquo;exc\u00e8dent probablement pas 40,000,000 d&rsquo;acres, dont la plus grande partie est encore inaccessible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La prosp\u00e9rit\u00e9 agricole constante du Canada r\u00e9sulte du fait que nos meilleurs cultivateurs pratiquent depuis des ann\u00e9es les proc\u00e9d\u00e9s inh\u00e9rents \u00e0 un bon programme de conservation du sol.<\/p>\n<p>De nombreuses terres cultiv\u00e9es depuis une \u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration donnent des r\u00e9coltes de beaucoup sup\u00e9rieures \u00e0 la moyenne. Leurs propri\u00e9taires reconnaissent le fait que l&rsquo;entretien de la fertilit\u00e9 du sol est essentiel pour obtenir de bonnes r\u00e9coltes continuelles. Ils n&rsquo;ont pas \u00e9puis\u00e9 leur sol, mais ils l&rsquo;ont constamment nourri pour en r\u00e9parer l&rsquo;usure.<\/p>\n<p>Les changements survenus depuis le premier labour, et les changements continuellement en perspective de nos jours, compliquent \u00e9norm\u00e9ment l&rsquo;agriculture. Les jeunes gens qui se pr\u00e9parent au m\u00e9tier d&rsquo;agriculteur devront apprendre la m\u00e9canique, l&rsquo;art de diriger une entreprise commerciale complexe, ainsi que la chimie et la physique de la conservation. Ceux qui sont propres \u00e0 un m\u00e9tier de ce genre trouveront certainement dans l&rsquo;agriculture un moyen de gagner amplement leur vie et de r\u00e9ussir aussi bien que dans toute autre carri\u00e8re.<\/p>\n<h3>L&rsquo;indigence dans le reste du monde<\/h3>\n<p>Voil\u00e0 pour le Canada. Mais en dehors du Canada il y a un monde qui a faim. Depuis le commencement de la r\u00e9volution industrielle, la population du monde s&rsquo;est accrue \u00e9norm\u00e9ment. Elle a quadrupl\u00e9 depuis deux cents ans, et les experts ne pr\u00e9disent pas de diminution dans le taux d&rsquo;accroissement d&rsquo;ici cinquante ans. Tous les jours, il y a 60,000 personnes de plus \u00e0 nourrir et \u00e0 v\u00eatir que le jour d&rsquo;avant.<\/p>\n<p>Environ la moiti\u00e9 de la population du globe, c&rsquo;est-\u00e0-dire un milliard de personnes, n&rsquo;a pas assez \u00e0 manger ou risque de mourir de faim dit le Dr O. M. McConkey dans son livre <em>Conservation in Canada <\/em>publi\u00e9 cette ann\u00e9e. Son chiffre est confirm\u00e9 par un article dans les Annales de l&rsquo;Acad\u00e9mie am\u00e9ricaine des Sciences politiques et sociales, dans lequel le Dr H. L. Shirley, doyen suppl\u00e9ant de State University de New-York, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Dans un monde o\u00f9 la moiti\u00e9 des gens sont mal nourris et mal log\u00e9s, tout gaspillage de ressources est consid\u00e9r\u00e9 comme un crime envers l&rsquo;humanit\u00e9.\u00a0\u00bb Sir John Orr (maintenant Lord Boyd-Orr) qui \u00e9tait directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture des Nations Unies, a dit en 1947 qu&rsquo;il faudrait doubler la production alimentaire du monde pour que tous les habitants mangent \u00e0 leur faim.<\/p>\n<p>Nous nous disons quelquefois, au milieu de notre abondance occidentale, que toutes ces vues sont trop pessimistes. Dans notre propre int\u00e9r\u00eat, ne nous moquons pas des estimations de ressources indiquant qu&rsquo;il y a une <em>limite <\/em>au rendement du sol, et qu&rsquo;un jour <em>viendra <\/em>peut-\u00eatre o\u00f9, comme l&rsquo;a dit le directeur de conservation de la Izaak Walton League of America\u00a0: \u00ab\u00a0nous aurons chacun un plus petit morceau de g\u00e2teau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il reste peu de terres vierges fertiles dans le monde, sauf dans des r\u00e9gions o\u00f9 la culture est impraticable \u00e0 cause du climat ou du manque d&rsquo;eau. Malgr\u00e9 les diff\u00e9rences d&rsquo;opinion entre les \u00ab\u00a0proph\u00e8tes de malheur\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0pr\u00eacheurs d&rsquo;abondance\u00a0\u00bb, ils sont tous d&rsquo;accord que, si nous voulons \u00e9viter le besoin, il faudra que tout le monde comprenne mieux et pratique, pendant une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es, tous les moyens \u00e0 notre disposition pour \u00e9viter le gaspillage et accro\u00eetre la production et le rendement.<\/p>\n<p>Trois livres faisant une profonde analyse du probl\u00e8me ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Ce sont\u00a0: <em>Our Plundered Planet<\/em>, par Fairfield Osborn\u00a0; <em>Road to Survival<\/em>, par William Vogt, et <em>The Coming Age of Wood<\/em>, par Egon Glesinger.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tendue de notre terrain cultivable \u00e9tant limit\u00e9e, nous devrons exercer toute notre sagesse pour lui faire rendre suffisamment pour nos besoins \u00e0 l&rsquo;avenir. La conservation exige la collaboration de la ville et de la campagne, de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;industrie.<\/p>\n<p>Toutes nos richesses d\u00e9rivent principalement du sol et de l&rsquo;eau\u00a0; l&rsquo;industrie est donc \u00e9norm\u00e9ment int\u00e9ress\u00e9e dans la conservation. Elle ne peut prosp\u00e9rer qu&rsquo;au moyen des mati\u00e8res premi\u00e8res dont elle fabrique les produits qu&rsquo;elle vend. Nos maisons, nos revenus, nos aliments et nos v\u00eatements proviennent, \u00e0 un moment ou un autre, de nos ressources naturelles. Il entre donc un facteur tr\u00e8s humain dans le probl\u00e8me de conservation.<\/p>\n<h3>L&rsquo;importance de l&rsquo;eau<\/h3>\n<p>L&rsquo;eau est une ressource naturelle dont l&rsquo;homme n&rsquo;a pas compris l&rsquo;importance. Nous l&rsquo;avons accept\u00e9e tout naturellement. La trouvant partout \u00e0 notre port\u00e9e, nous l&rsquo;avons gaspill\u00e9e\u00a0; nous l&rsquo;avons laiss\u00e9 courir \u00e0 tort et \u00e0 travers dans nos campagnes.<\/p>\n<p>L&rsquo;eau qu&rsquo;on laisse couler sans n\u00e9cessit\u00e9, qu&rsquo;on gaspille dans l&rsquo;industrie, \u00e0 la maison, et en arrosant, finit par diminuer le niveau souterrain de l&rsquo;eau et par en \u00e9puiser dangereusement le flot. Dans certains endroits, l&rsquo;eau est devenue la plus pr\u00e9cieuse ressource de la terre.<\/p>\n<p>Les animaux et les plantes sont li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau par leur cycle d&rsquo;existence. La plupart des r\u00e9coltes ont besoin de 300 \u00e0 400 livres d&rsquo;eau pour chaque livre de mati\u00e8re s\u00e8che qu&rsquo;elles produisent.<\/p>\n<p>Le conservation de l&rsquo;eau commence \u00e0 la ligne de partage des eaux qui est la r\u00e9gion de drainage alimentant les cours d&rsquo;eau superficiels ou souterrains par \u00e9coulement ou infiltration. Une ligne de partage des eaux est, ou bien un petit bassin approvisionnant un ruisseau qui se jette dans une rivi\u00e8re, ou bien une r\u00e9gion de drainage, couvrant des centaines de milles carr\u00e9s, qui donne naissance \u00e0 un grand fleuve.<\/p>\n<p>Il faut combattre l&rsquo;\u00e9rosion dans la ligne de partage des eaux pour \u00e9viter les inondations, pour ne pas laisser envaser les r\u00e9servoirs, et emmagasiner l&rsquo;eau des pluies et en profiter en temps de s\u00e9cheresse.<\/p>\n<p>L&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;une ligne de partage des eaux demande beaucoup de soins et de connaissances techniques. Il faut savoir comment utiliser le terrain et construire des barrages et autres travaux de stabilisation.<\/p>\n<p>Une ligne de partage des eaux qu&rsquo;on a laiss\u00e9 d\u00e9t\u00e9riorer pendant des ann\u00e9es ne se r\u00e9pare pas en quelques jours. C&rsquo;est un travail de longue haleine dont on recueillera pendant longtemps les fruits.<\/p>\n<p>Quelques parties du Canada ont trop d&rsquo;eau et ont besoin de drainage. C&rsquo;est particuli\u00e8rement le cas de l&rsquo;Est du Canada, o\u00f9 il est souvent impossible de travailler le sol glaiseux. Un rapport du Dr McConkey dit que le rendement moyen du bl\u00e9 a augmente de 23 boisseaux par acre dans les terrains drain\u00e9s, la premi\u00e8re ann\u00e9e, par comparaison avec les autres.<\/p>\n<p>Dans les r\u00e9gions sans eau, l&rsquo;irrigation supprime beaucoup de risques de mauvaise r\u00e9colte, et on peut cultiver ainsi une plus grande vari\u00e9t\u00e9 de produits. M\u00eame en Ontario, o\u00f9 la s\u00e9cheresse n&rsquo;est pas aussi s\u00e9v\u00e8re que dans l&rsquo;Ouest, les r\u00e9coltes souffrent souvent du manque d&rsquo;eau pendant les p\u00e9riodes critiques de croissance.<\/p>\n<p>Pour alimenter les puits, les sources et les cours d&rsquo;eau, il faut s&rsquo;efforcer de faire p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;eau de pluie dans le sol, ou l&#8217;emmagasiner dans des \u00e9tangs sur les hauteurs et \u00e0 la source des cours d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>On fait maintenant un grand usage d&rsquo;\u00e9tangs dans le programme de conservation dans l&rsquo;Ouest du Canada. On creuse la terre dans la partie basse d&rsquo;un p\u00e2turage, ou dans un ravin, et on construit une digue ou un petit barrage. On plante ensuite quelques arbres, saules, ormeaux ou \u00e9rables autour de l&rsquo;\u00e9tang et on s\u00e8me de l&rsquo;herbe sur les bords.<\/p>\n<p>Ces \u00e9tangs servent non seulement de r\u00e9servoirs pour alimenter les ruisseaux mais aussi d&rsquo;abreuvoirs pour les animaux domestiques et sauvages.<\/p>\n<h3>Le probl\u00e8me est s\u00e9rieux<\/h3>\n<p>Le besoin de conservation m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre pris au s\u00e9rieux, m\u00eame dans un pays aussi bien partage que le Canada. L&rsquo;histoire nous apprend que la chute de certains puissants empires a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e en grande partie par le gaspillage de leurs ressources naturelles et renouvelables. La plupart de ces empires \u00e9taient aussi riches que le Canada.<\/p>\n<p>Dans des r\u00e9gions de l&rsquo;Europe, de l&rsquo;Asie et de l&rsquo;Afrique, il ne reste plus que les traces, la laideur et les cendres de civilisations an\u00e9anties.<\/p>\n<p>Il existe de frappants contrastes. Le nord de la Chine, dont le versant des montagnes est d\u00e9nud\u00e9 par la disparition des for\u00eats et autres rev\u00eatements naturels, est un affreux \u00e9pitaphe d&rsquo;effort humain mal dirig\u00e9\u00a0; tandis que la Corse, dont les collines sont recouvertes de plantations de noyers, offre l&rsquo;exemple d&rsquo;une conservation soigneusement pratiqu\u00e9e depuis des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Le Moyen-Orient, berceau de notre civilisation, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9bois\u00e9 et l&rsquo;\u00e9rosion est g\u00e9n\u00e9rale. Au commencement de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne, la Palestine avait trois millions d&rsquo;habitants\u00a0; en 1850, la population avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite, principalement par la guerre, l&rsquo;\u00e9puisement du sol et la coupe des arbres, \u00e0 moins de 200,000 \u00e2mes.<\/p>\n<p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, voyez ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli par les habitants du Plateau des Andes en Am\u00e9rique du Sud. Le climat \u00e9tait froid et le sol ingrat. Leur c\u00f4te \u00e9tait presque aussi aride qu&rsquo;un d\u00e9sert de l&rsquo;\u00e9quateur, mais ils ont m\u00e9nag\u00e9 le peu d&rsquo;eau qui descendait du plateau occidental et r\u00e9pandu la vie sur les plaines par l&rsquo;irrigation\u00a0; les pionniers du haut plateau ont transform\u00e9 les versants de leurs montagnes en terrasses fertiles dont le sol pr\u00e9cieux est retenu par des murs.<\/p>\n<p>Tout le pass\u00e9 est une le\u00e7on pour les pays riches d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ainsi que pour ceux qui souffrent de disettes constantes ou p\u00e9riodiques\u00a0: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, de pr\u00e9server ce qu&rsquo;ils ont, et de l&rsquo;autre, de se r\u00e9tablir de leur mieux.<\/p>\n<h3>Comment s&rsquo;y prendre<\/h3>\n<p>La conservation proc\u00e8de par la correction raisonn\u00e9e et continuelle des erreurs anciennes.<\/p>\n<p>Prenez la lutte contre l&rsquo;\u00e9rosion, par exemple. Un ravin, rong\u00e9 par des eaux furieuses, est un cancer capable de s&rsquo;\u00e9tendre au terrain le plus riche d&rsquo;un cultivateur et en causer la ruine. L&rsquo;\u00e9rosion par le vent n&#8217;emporte pas seulement le sol, mais il alt\u00e8re la texture du terrain en enlevant les \u00e9l\u00e9ments fertiles. Des \u00e9chantillons pr\u00e9lev\u00e9s sur la poussi\u00e8re emport\u00e9e par le vent ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plus de trois fois autant de mati\u00e8re organique et de nitrog\u00e8ne, presque cinq fois autant d&rsquo;acide phosphorique, et une fois et quart autant de potasse que le sol original.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9rosion par l&rsquo;eau commence par la premi\u00e8re goutte de pluie, parce que le choc de la goutte de pluie tasse le sol, ce qui r\u00e9duit l&rsquo;infiltration, favorise l&rsquo;\u00e9coulement et stimule la d\u00e9vastation.<\/p>\n<p>Les champs de petits grains comme le bl\u00e9, l&rsquo;avoine, l&rsquo;orge et le seigle perdent de 16 \u00e0 40 fois plus de sol par \u00e9rosion due \u00e0 l&rsquo;eau que les terrains boises, les for\u00eats et les p\u00e2turages. Le Dr McConkey donne une table indiquant le degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9rosion sur un terrain d&rsquo;essai de 1945 \u00e0 1950. Perte par acre de sol en jach\u00e8re, 154.7 tonnes\u00a0; terrain plant\u00e9 de bl\u00e9, 172 tonnes\u00a0; avoine 3.85 tonnes, et luzerne, 0.29 tonne.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi cela revient-il en perte de fertilit\u00e9 du sol\u00a0? Le Dr F. A. Wyatt, professeur de terrains a l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Alberta, a dit que la perte d&rsquo;un pouce d&rsquo;\u00e9paisseur sur une acre de terrain dans la zone de terre noire de l&rsquo;Alberta \u00e9quivaut \u00e0 la perte de 300 livres de phosphore, 1,500 livres de nitrog\u00e8ne et 15 tonnes de mati\u00e8re organique. Il faudrait 150 tonnes d&rsquo;engrais agricole pour remplacer la perte de nitrog\u00e8ne, et la perte de phosphore \u00e9galerait le montant enlev\u00e9 du sol par 20 r\u00e9coltes de bl\u00e9, chacune d&rsquo;un rendement de 50 boisseaux par acre.<\/p>\n<p>Quelques mesures pr\u00e9ventives sont purement m\u00e9caniques, comme les terrasses pour ralentir l&rsquo;\u00e9coulement, mais la meilleure mani\u00e8re de conserver le sol consiste \u00e0 planter des herbes. Celles-ci rendent le sol fertile. Seul un sol fertile peut r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion. Le labour suivant les lignes de niveau est une variation de la terrasse\u00a0; la culture en bandes produit de bons r\u00e9sultats dans l&rsquo;Est du Canada en ralentissant l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;eau, et dans l&rsquo;Ouest du Canada en r\u00e9duisant le danger d&rsquo;\u00e9rosion par le vent.<\/p>\n<p>L&rsquo;assolement a son utilit\u00e9. La succession de diff\u00e9rentes cultures sur le m\u00eame terrain varie la consommation et le remplacement de mati\u00e8re organiques et de nitrog\u00e8ne dans le sol, augmente la capacit\u00e9 d&rsquo;absorption et r\u00e9duit l&rsquo;\u00e9coulement des eaux.<\/p>\n<p>La paille des r\u00e9coltes qu&rsquo;on laisse sur le sol emp\u00eache la pluie de tasser le sol, retient l&rsquo;eau, r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;action du vent et, en pourrissant, forme un humus qui am\u00e9liore la structure du sol.<\/p>\n<p>Cela est tr\u00e8s important, car un sol pauvre donne de pauvres r\u00e9coltes. Le manque d&rsquo;humus occasionne un manque de bact\u00e9ries dans le sol, et moins de vers de terre si utiles \u00e0 l&rsquo;agriculture, \u00e0 qui l&rsquo;on a donn\u00e9 le nom po\u00e9tique de \u00ab\u00a0charrues du Bon Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le terrain du cultivateur n&rsquo;est pas un entrep\u00f4t inerte, mais un syst\u00e8me vivant et dynamique dans lequel des forces cr\u00e9atrices et destructives agissent constamment.<\/p>\n<h3>Ne bl\u00e2mons pas le pass\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;homme a, souvent dans le pass\u00e9, couvert la terre de ruines, mais la diffusion des connaissances nous enl\u00e8ve l&rsquo;excuse qu&rsquo;on pourrait invoquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de nos anc\u00eatres ignorants des d\u00e9couvertes actuelles de la science.<\/p>\n<p>Sans critiquer le pass\u00e9, mais arriv\u00e9s \u00e0 la maturit\u00e9 et anxieux d&rsquo;\u00e9viter les erreurs naturelles de notre jeunesse, il convient de formuler et ex\u00e9cuter des plans qui feront dire \u00e0 nos successeurs dans une centaine d&rsquo;ann\u00e9es, que nous avions l&rsquo;imagination et le courage d&rsquo;accomplir les projets de conservation rendus possibles par notre science.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;il nous faut, c&rsquo;est une campagne plus intense et plus s\u00e9rieuse d&rsquo;\u00e9ducation. La conservation des ressources naturelles du Canada n&rsquo;est pas un sujet \u00e0 \u00e9tudier \u00e0 moments perdus, ou \u00e0 incorporer dans un programme scolaire.<\/p>\n<p>Pour le Canada dans l&rsquo;ensemble le garde-manger est encore assez plein, mais pour les habitants de nombreuses parties du Canada il para\u00eet terriblement vide.<\/p>\n<p>Notre programme d&rsquo;\u00e9ducation et nos efforts de conservation exigent l&rsquo;appui de tous nos concitoyens &#8211; cultivateurs, industriels, professionnels, m\u00e9nag\u00e8res, marchands, chefs de syndicat, d\u00e9put\u00e9s, journalistes et artisans.<\/p>\n<p>Toujours \u00e0 la recherche de moyens pour \u00e9conomiser l&rsquo;eau, combattre les mauvaises herbes et les insectes, adapter de nouvelles, graines et plantes \u00e0 notre climat, et trouver des m\u00e9thodes de culture destin\u00e9es \u00e0 rendre la vie plus facile dans les campagnes, les directeurs, savants et techniciens des minist\u00e8res f\u00e9d\u00e9ral et provinciaux ainsi que des entreprises priv\u00e9es, accomplissent un bon travail, mais ce n&rsquo;est pas assez.<\/p>\n<p>Le Gouvernement devrait encourager et aider les m\u00e9thodes de conservation que se proposent d&rsquo;entreprendre les particuliers, et accepter la responsabilit\u00e9 des entreprises n\u00e9cessaires qui d\u00e9passent la capacit\u00e9 des particuliers. Il convient \u00e9galement que le Gouvernement \u00e9dicte des r\u00e8glements, qui sont les r\u00e8gles du jeu, et tout aussi n\u00e9cessaires en mati\u00e8re de conservation qu&rsquo;en mati\u00e8re de transport, communications et autres entreprises qui int\u00e9ressent le bien-\u00eatre public.<\/p>\n<p>Il est essentiel que tout le monde fasse sa part. En nous int\u00e9ressant et en participant au programme de conservation, nous nous donnons le droit de dire que nous contribuons \u00e0 r\u00e9soudre un probl\u00e8me mondial au lieu de constituer nous-m\u00eames une partie du probl\u00e8me. Faisons partie des organisations nationales, provinciales et autres de conservation et prenons part ainsi personnellement \u00e0 une grande entreprise.<\/p>\n<p>Si nous sommes cultivateurs, nous pouvons r\u00e9organiser nos terres pour faire rendre \u00e0 chaque arpent son maximum de production. Il est possible de remodeler une ferme, comme une usine, pour en perfectionner le rendement.<\/p>\n<p>L&rsquo;oeuvre de conservation est loin d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8te. Il reste encore de gros probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre et d&rsquo;importants travaux \u00e0 ex\u00e9cuter pour les habitants du Canada, particuli\u00e8rement pour les propri\u00e9taires de ressources naturelles et les industries. C&rsquo;est un signe de haute intelligence que de prendre des pr\u00e9cautions \u00e0 l&rsquo;avance au lieu d&rsquo;attendre d&rsquo;y \u00eatre forc\u00e9.<\/p>\n<p>Par notre pr\u00e9voyance et nos efforts, nous pouvons \u00e9viter la n\u00e9cessit\u00e9 de recourir \u00e0 des mesures h\u00e9ro\u00efques de r\u00e9cup\u00e9ration et r\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>Quiconque d\u00e9truit, ou laisse d\u00e9truire par n\u00e9gligence la fertilit\u00e9 du sol dans n&rsquo;importe quel endroit commet un tort envers toute l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Citons pour terminer et comme exemple les paroles d&rsquo;un chef de tribu de la Nig\u00e9rie\u00a0:<\/p>\n<table border=\"0\" width=\"415\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"415\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\">\n<div class=\"quote\">\u00c0 mon avis la terre appartient \u00e0 une vaste famille, dont beaucoup de membres sont morts, quelques-uns vivants, et un nombre incalculable encore \u00e0 na\u00eetre.<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"415\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[24],"class_list":["post-2458","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-24"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Septembre 1952 - Conservons le sol - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/septembre-1952-conservons-le-sol\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Septembre 1952 - Conservons le sol\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e0 conserver nos ressources \u00e9tonne certaines gens. 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